SECTION I. — REPRODUCTIONS
§ 266. Objectifs. — Nous avons vu page 142, que de tous les objectifs, les aplanats étaient les meilleurs pour les reproductions, parce qu'ils sont rapides et absolument exempts de distorsion.
L'aplanat ne doit pas être retourné si l'on veut s'en servir pour agrandir, puisqu'il est symétrique. Il n'en est point de même du triplet qui est également un excellent objectif pour les reproductions. L'essai des objectifs se fait comme nous l'avons indiqué page 141.
§ 267. Chambre noire. — Le meilleur modèle est représenté page 86. Il est nécessaire que la chambre noire soit très-longue lorsqu'on reproduit les gravures, cartes ou plans en grandeur naturelle, ou bien lorsqu'on fait les agrandissements à la chambre noire.
L'axe de la chambre noire doit être rigoureusement perpendiculaire au plan à copier. Pour cela on placera sous le pied de la chambre noire des rails en fer ou en bois sur lesquels tout l'appareil peut rouler. Ces rails aboutissent perpendiculairement à un grand châssis vertical, muni de fils à plomb, sur lequel les plans, cartes, etc. sont tendus avec soin, dans un plan parfaitement vertical.
§ 268. L'éclairage. — Les gravures, cartes, tableaux, etc. doivent être éclairés de face, non de côté, sinon les inégalités de leur surface se reproduisent trop facilement par la photographie. C'est ainsi qu'un papier blanc éclairé très-latéralement paraît grenu, tandis que éclairé de face il paraît uni.
Les objets à reproduire ne seront pas couverts de verre, afin d'éviter la réflexion de la lumière dans l'appareil. Cependant, si on ne peut pas faire autrement, l'éclairage sera ménagé de telle façon que cette réflexion ne se voie pas sur le verre dépoli.
Si les objets doivent être reproduits en grandeur naturelle ou agrandis, on les exposera au soleil, sinon le temps de pose serait trop considérable. On peut même rendre l'éclairage plus intense à l'aide de deux ou trois miroirs qui réfléchissent la lumière sur la gravure.
§ 269. Temps de pose. — En reproduisant des gravures, l'on ne doit pas prendre une pose trop longue, au contraire, sans cela l'image manquerait de netteté dans les traits délicats. Les épreuves
ARTIFICES ET PROCÉDÉS DIVERS
photographiques, dont on veut faire la reproduction, exigent une pose courte, si elles sont d'un ton trop égal, et longue si elles offrent trop d'opposition.
Plus le papier d'une gravure ou d'une épreuve photographique est jaunâtre, plus il faut de pose. Une chose curieuse, et qui s'explique facilement, c'est que les anciennes épreuves photographiques jaunies viennent presque aussi bien que les épreuves récentes. Le jaune, en eÔet, de ces images altérées est aussi peu photogénique que le noir.
Le même cas a lieu pour les anciens manuscrits dont l'encre a jauni. — Un fait inverse se présente dans le cas d'écriture à l'encre bleue. Celle-ci est invisible ou presque invisible sur le cliché, attendu que le bleu vient comme le blanc.
Nous verrons tout à l'heure que la reproduction des tableaux offre encore plus de difficultés au point de vue de l'appréciation du temps de pose.
§ 270. Cartes, plans, gravures. — Ce que nous avons dit précédemment s'applique presque essentiellement aux cartes, plans et gnivures. Quant au procédé à suivre, l'on se servira du collodion humide. Il est inutile d'ajouter un bromure au collodion, au contraire. Les collodions qui donnent beaucoup d'intensité, beaucoup d'opposition, sont les meilleurs pour ce genre de photographie.
Dans tous les cas, l'on pourra se servir d'un bon collodion ordinaire en développant les images au sulfate de fer additionné d'acide tartrique (page 168) qui préserve bien les noirs des gravures.
On ne se servira qu'à la dernière extrémité du renforçage au bichlorure de mercure pour rendre les noirs
des négatifs très-opaques, parce que les traits fins de la gravure s'elfacent facilement par un tel renforçage.
§ 271. Anciennes épreuves photographiques. — On reproduit fréquemment par la chambre noire les anciennes épreuves photographiques, plus ou moins effacées. Pour éviter le grain du papier dans l'image reproduite, mettez l'original en A (fîg. 118) au fond d'un cône à section carrée en carton blanc.
La lumière, se réfléchissant en tous
sens sur les parois blanches intérieures F's- i'»-
de ce cône et de là sur l'épreuve à copier, en rend le grain invisible.
Ce procédé est très-pratique.
PROCÉDÉS NÉGATIFS
Les photographies effacées (de même que les manuscrits dont l'encre a jauni) se reproduisent très-bien. Cela se conçoit, puisque le jaune Yient en photographie comme du noir.
Les anciennes épreuves de daguerréotype sont difficiles à reproduire à cause de leur miroitage. La monture en cuivre de l'objectif et le devant de la chambre noire dont on se sert se réfléchissent quelquefois sur la plaque daguerrienne et leur image est visible sur le verre dépoli. Aussi faut-il tendre au-devant de la chambre un drap noir muni d'un trou qui laisse passer la tête de l'objectif.
§ 272. Reproductions des tableaux. — La reproduction des tableaux offre les plus sérieuses difficultés, et nous pouvons le dire sans détour, des difficultés insurmontables.
Voici pourquoi. Non-seulement les couleurs, mais encore la nature des matières employées dans la peinture ont un pouvoir photogénique différent. Pour donner un exemple de ce dernier cas, nous citerons une expérience curieuse de M. Glaisher. On trace avec un pinceau trempé dans une solution de sulfate de quinine des traits sur un papier blanc, avec quelque attention qu'on examine le papier, on ne voit aucun des traits, mais ils sont visibles sur la reproduction photographique, ce qui se comprend facilement quand on sait que les rayons émis par le sulfate de quinine (1) diffèrent de ceux émis par le papier blanc.
Un fait analogue a lieu en reproduisant les couleurs ; le vermillon et le rouge à la garance, amenés par des mélanges à offrir la même couleur différeront dans la reproduction.
Il suffit de ces quelques lignes pour faire voir toute la difficulté qui s'attache à la reproduction des tableaux; aussi ne reconnaît-on, dans la photographie d'un tableau, que le dessinateur et non le peintre. Cependant à l'aide du nouveau procédé au gélatino-bromure d'argent qui est sensible au vert, au jaune et même au rouge, la reproduction des tableaux est devenue beaucoup plus facile.
Quand les tableaux se trouvent dans des salles dans lesquelles on ne peut les déplacer, l'appareil sera placé sur un échafaudage pour l'amener à la hauteur du point central du tableau. Le procédé sec au gélatine-bromure permettra d'ailleurs une pose suffisamment longue pour compenser le manque de lumière, si tel est le cas.
Pour éviter le miroitage des tableaux vernis, on les enduit de glycérine que l'on frotte à sec à l'aide d'une éponge. Alors le tableau devient mat. Le même moyen rend plus vives les couleurs des
(1) Le sulfate de quinine étant Jluorescent.
ARTIFICES ET PROCÉDÉS DIVERS
anciens tableaux. La glycérine s'enlève d'ailleurs facilement par un simple lavage à l'eau à l'aide d'une éponge.
Au lieu de glycérine, on se sert quelquefois avec avantage de l'albumine.
M. Rousselon, l'ingénieux directeur de l'établissement de M. Goupil, à Asnières, enferme le tableau dans un hexagone en calicot noir (fîg. 119), pour éviter les reflets. Le tableau se place en B, et dans la paroi opposée est percé un trou A qui donne passage à l'objectif. Cet appareil est placé en plein air, de sorte que le tableau reçoit le jour d'en haut.
Le jaune, le rouge, le vert, couleurs dominantes des tableaux d'histoire, se reproduisent en noir, excepté si l'on se sert du procédé au gélatino-bromure, — le bleu, le violet, l'indigo, au contraire, en blanc. Que l'on juge par là combien la copie est différente de l'original. Aussi les vrais amateurs d'art préfèrent-ils une bonne gravure à une reproduction photographique, certains tableaux exceptés pourtant, sur lesquels le temps a singulièrement nivelé toutes les couleurs vives.