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SECTION I. — GÉNÉRALITÉS

§ 367. Historique (1). — C'est à Poitevin (2) que l'on doit le procédé dit au charbon ou aux poudres indélébiles. Cet inventeur recouvre une feuille de papier d'une couche de gélatine mélangée d'une petite quantité de bichromate de potasse et d'une poudre colorante. Il soumet cette feuille à la lumière derrière un cliché négatif, jusqu'à ce qu'il en juge l'action suffisante, et plonge alors le papier dans de l'eau tiède qui dissout et enlève la gélatine et la

(1) Historique du procédé au charbon, in-8°, chez H. Carette, 12, rue Château d'eau, Paris.

(2) Brevets de 1855, aujourd'hui tombés dans le domaine public.

EPREUVE AU CHARBON (double transfert)

matière colorante partout où la lumière n'a pas agi. Il suffit de laver le papier supportant l'image dans l'eau froide pour la fixer.

Pour obtenir de cette manière une bonne image, il faut que la proportion de la matière colorante à la quantité de gélatine soit trèsfaible, car V action de la limière a lieu à la surface même de la coucJie. Aussi, les demi-teintes sont-elles fréquemment^ enlevées par l'eau chaude, et le procédé Poitevin n'a-t il jamais pu servir qu'à la reproduction de dessins au trait, pour lesquels l'obtention des demiteintes n'est pas nécessaire.

Pour bien faire comprendre le procédé au charbon, il nous faut expliquer ici ce qui se passe dans l'action de la lumière sur le bichromate de potasse et la gélatine. Une feuille de papier immergée dans une solution de bichromate de potasse et séchée par suspension dans l'obscurité, est d'une couleur jaune qui passe au jaune verdàtre sous l'influence de la lumière. La matière organique du papier (ou plutôt l'encollage) réduit le bichromate à l'état d'un sel de sesquioxyde de chrome qui o^end la gélatine insoluble, et celle-ci enferme la matière colorante dans une espèce de filet.

La lumière agit donc sur une couche de gélatine bichromatée en insolubilisant la gélatine. Si une matière colorante, telle que le noir de fumée (en poudre impalpable) est mélangée intimement avec la gélatine bichromatée, elle est retenue par la gélatine insolubilisée et constitue l'image.

L'inaltérabilité de cette image dépend donc uniquement de la matière colorante employée. Aussi faut-il faire usage de noir de fumée, ou mieux, d'encre de Chine dont on corrige un peu le ton par l'addition d'oxides métalliques rouges et pourpres.

Nous avons dit plus haut que l'obtention des demi-teintes par le procédé de Poitevin est difficile, sinon impossible, parce que l'action de la lumière a lieu à la surface de la couche. Ceci est, en efiet, très-facile à comprendre si l'on examine avec attention une feuille de papier au charbon. La surface en est ^oire et impénétrable à la lumière. Dès lors l'image se trouve à la surface du papier, et la couche sousjacente reste soluble dans l'eau chaude. Les demi-teintes sont donc enlevées, et il ne reste de l'image que les parties les plus noires, les plus saillantes.

L'abbé Laborde est le premier auteur qui expliqua ainsi (et trèsrationnellement) l'insuccès de Poitevin ; et ce fut Fargier, un autre auteur français, qui eut l'ingénieuse idée de transporter l'image sur un second support. C'est cette découverte qui sert de base à tous les procédés actuels.

M. Fargier verse sur une glace posée horizontalement un mélange

ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER

de gélatine, d'encre de Chine et de bichromate de potasse, de manière à obtenir une couche de 1 millimètre d'épaisseur, qu'il laisse sécher à l'abri de la lumière. On l'expose derrière un négatif, puis on la recouvre de collodion et on immerge l'ensemble dans Teaii froide, de manière à dégraisser le collodion et à saturer la gélatine d'eau, La glace est alors immergée dans l'eau chaude.

Aussitôt la couche s'enlève du verre, mais l'image toute entière avec ses demi-teintes reste adhérente à la pellicule de collodion. Quand la matière colorante inutile est enlevée, il reste l'image que l'on transporte alors avec précaution sur une feuille de papier, à laquelle elle adhère.

M. Fargier attaque donc la couche par derrière, la surface du papier au charbon, surface qui porte l'image latente, étant en contact avec le support provisoire; puis, après le développement, il la transporte sur papier.

Nous ne faisons pas autre chose aujourd'hui, mais nous le faisons avec des moyens plus perfectionnés.

M. Swan, en 1864, perfectionne le procédé Fargier en couvrant prèalaUement la glace de collodion, puis de gélatine bichromatée et colorée. Il sèche, et détache la double couche du verre. Elle est insolée sous le négatif et montée sur un support avant le développement, pour éviter les difficultés pratiques du procédé Fargier.

M. Swan ne s'en est point tenu à ce perfectionnement. Il a trouvé que l'on peut supprimer le collodion dans le procédé précédent, et attacher la couche à du papier, pourvu que cette couche soit assez épaisse. Après l'insolation, il cimente le papier au charbon, à un autre papier revêtu de caoutchouc, met les deux papiers sous presse, les immerge dans l'eau chaude, détache le papier au charbon et développe alors l'image à l'eau chaude. Mais l'image est renversée. Pour la redresser, M. Swan colle un papier sur l'image, et, après dessiccation, ramollit le caoutchouc du support provisoire à l'aide de benzine. Dès lors, l'image se détache du premier support et reste adhérente au second, qui est définitif. L'image est maintenant redressée.

Plusieurs perfectionnements de détail ont rendu le procédé au charbon entièrement pratique. Ainsi, en 1864, M. Davies rend certaine l'adhérence du papier au charbon à son support provisoire en le plongeant seulement un temps très-court dans l'eau.

M. Despaquis, et après lui M. Johnson, utilisent cette méthode d'opérer en se servant du verre comme transport provisoire : ce qui permet d'obtenir des épreuves brillantes. Ces auteurs, par leurs publications et leurs recherches, ont aidé à la vulgarisation du procédé au charbon.

PAPIER AU CHARBON

Citons encore MM. Garnier, Salmon, Mari on, Jeanrenaud, Vidal, Biaise, qui ont introduit plusieurs perfectionnements de détail : Entre tous les noms que nous venons de citer, celui de Poitevin, comme inventeur du procédé, et ceux de Fargier et Swan comme praticiens, doivent être retenus par nos lecteurs, car ce sont ceux d'iiommes éminents à qui nous devons un procédé de photographie inaltérable rempli d'avenir.

§ 368. Fabrication du papier au charbon. — Le papier recouvert de gélatine tenant en suspension la couleur constitue le papier mixtionné. Nous avons donc à examiner successivement : le papier à employer, la gélatine, la couleur, puis la préparation de la mixtion colorée.

Le papier brut doit être acheté en rouleaux, satiné, et fort peu encollé. La couche de gélatine prenant exactement l'empreinte de toutes les inégalités de la surface du papier, il est indispensable, si l'on veut obtenir des couches unies, de choisir un papier d'une texture très-égale.

Le choix de la gélatine est bien plus difficile que celui du papier. La gélatine commune donne du papier mixtionné qui se dépouille facilement à l'eau chaude, mais les images qu'elle fournit manquent de vigueur. Il faut donc se servir de gélatines fines, telles que celles de Nelson, Coignet, etc.

Pour les climats chauds ou en prévision des fortes chaleurs .de l'été, il est bon d'additionner la gélatine de 10 à 20 pour cent de colle de poisson. Les gélatines doivent être conservées dans des salles extrêmement sèches.

Il faut, autant que possible, choisir des couleurs inaltérables, telle que l'encre de Chine, le noir d'ivoire ou de fumée, le peroxyde de fer, l'alizarine et la purpurine combinées avec l'alun (laque de garance) ou le peroxyde de fer.

L'encre de Chine est un mélange très-fin de sucre, de charbon et d'une essence odorante huileuse. Il faut d'abord la pulvériser, la laisser séjourner dans l'eau froide, et l'étendre en couche unie avec de la glycérine, sur une table de verre dépoli et la molette. Elle fournit des épreuves d'un ton noir jaune, très-désagréable à l'œil.

L'alizarine ou la purpurine, dissoutes dans l'ammoniaque et précipitées par l'alun, donnent des tons rouge vif. Précipitées par les sels ferriques des bruns très-solides.

Il faut éviter l'emploi du carmin, des rouges cochenille, et, en général, de toutes les laques qui contiennent de l'alun et qui tendent à insolubiliser la couche de gélatine dès qu'elle est mélangée d'un bichromate.

L'addition du sucre ou de la glycérine rend le papier au charbon plus facile à manier. Sans cette addition, par les temps très-secs, ce papier casse facilement, se recoqueville, etc. et se manie avec beaucoup de peine.

La gélatine est d'abord mise à macérer, pendant une heure, dans de l'eau très-froide et très-abondante.

Puis on amène le mélange à Sô"" de température, on ajoute les matières colorantes, et l'on filtre à travers la flanelle. La mixtion colorée est alors prête.

La machine à recouvrir le papier de mixtion est assez compliquée. Elle consiste en un système de rouleaux qui entraînent la feuille à la surface de la mixtion maintenue à 35'' par un bain-marie abondant. La feuille passe de là sur un grand rouleau creux de fonte, maintenu très-froid par un courant d'eau fraîche qui passe à travers l'axe. De là enfin, le papier passe sur une table horizontale, où on le coupe en feuilles d'une longueur déterminée. Celles-ci sont suspendues dans un séchoir où un ventilateur amène de l'air sec en grande abondance. En été, pour éviter que la gélatine fondue ne coule des feuilles, l'air est pris dans un canal souterrain et chassé avec une vitesse très-grande dans le séchoir. L'évaporation rapide de l'eau à la surface des feuilles en abaisse la température, et on évite ainsi la fusion de la gélatine.

Telle est, d'une manière sommaire, comment s'opère la fabrication du papier au charbon dans notre établissement à Gand.

§ 369. Résumé du procédé au charbon. — Une feuille de papier recouverte d'une couche de gélatine et de matière colorante, constitue le papier au charbon.

Veut-on sensibiliser ce papier, on l'immerge dans une solution de bichromate de potasse, et on lè suspend pour sécher dans une chambre bien aérée et bien obscurcie.

On insole maintenant le papier mixtionné derrière le négatif placé dans le chàssis-presse. Comme le progrès de l'image n'est pas visible, ainsi que cela a lieu avec le papier préparé aux sels d'argent, on mesure l'action de la lumière à l'aide d'un photomètre.

Le papier impressionné est rapporté dans le laboratoire. Deux voies se présentent maintenant pour obtenir l'image :

1° Le transport (ou transfert) simple donnant des épreuves retournées; ce procédé est d'une merveilleuse simplicité, c'est celui que l'on doit étudier d'abord. Il consiste à plonger un instant le papier mixtionné dans l'eau et à l'appliquer sur un papier blanc préparé exprès et appelé papier transport simple. L'ensemble est immergé dans l'eau chaude. Les deux papiers se séparent, et l'image reste adhérente au papier transport.

PAPIER AU CHARBON

2" Le transport (ou transfert) double donnant des épreuves redressées. Ce procédé est plus compliqué. Le papier mixtionné portant l'image latente est mouillé un instant et collé, par simple pression, soit à une glace collodionnée, soit à un papier spécial. Supposons d'abord que l'on emploie la glace.

Celle-ci (portant le papier mixtionné) est immergée dans l'eau chaude qui détache le papier mixtionné et l'image reste adhérente à la glace. On colle ensuite sur la glace un papier spécial, dit transport double. Quand ce dernier est sec, il s'enlève du verre et relient la pellicule gélatinée que portait auparavant la glace. — L'image est ainsi redressée et adhère au papier.

Au lieu de glace, on peut aussi se servir d'un papier spécial dit support flexible et opérer le double transport.

Ainsi que le lecteur peut le voir, les premières manipulations sont communes aux deux procédés du simple ou du double transfert. Nous les décrirons en premier lieu; puis, pour la description des suivantes nous suivrons l'ordre indiqué dans notre résumé.

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