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SECTION IL — MANIPULATIONS CONMUNES AU SIMPLE ET AU DOUBLE TRANSFERT

§ 360. Papier dit au charbon. — Le papier au charbon, examiné par réflexion, est très-luisant lorsqu'il contient beaucoup de sucre ou qu'il est préparé avec une gélatine très-commune. Il est plus mat, lorsqu'il est préparé avec une gélatine fine.

Regardé par transparence, le papier au charbon n'est jamais absolument uni. Il contient parfois des veines d'inégale épaisseur qu'il est impossible d'éviter complètement. Mais ces veines n'ont aucune influence sur l'image, parce que c'est la surface seule de la mixtion qui la fournit ; tout ce qui se trouve en dessous de cette surface ne sert pas, et ne fait que faciliter le développement.

Le papier au charbon doit être conservé dans un endroit sec, car dans un endroit humide il se ramollit et colle. Aussi le déroule-t-on alors avec diflîculté, et est-il couvert d'un duvet provenant du dos du 23apier avec lequel la mixtion colorée est en contact.

Si le papier mixtionné séjourne longtemps dans un endroit humide, il se gâte totalement. La gélatine s'altère et les images sont sans vigueur. De plus, un tel papier perd énormément de sa sensibilité à la lumière (bien entendu après qu'il a passé au bichromate : car, à l'état de papier mixtionné simple, il est tout à fait insensible à cet agent).

ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER

§ 361. La raclette. — On se sert constamment dans la pratique du procédé au charbon de la raclette (fîg. 157).

La raclette de caoutchouc est formée par une lame AB de caoutchouc de 4 à 5 millimètres d'épaisseur, de 2 centimètres de hauteur, de 20 centimètres de longueur, enfermée entre deux lames de

bois DC qui en emprisonnent la c moitié. On se sert de cet outil pour racler les feuilles et en chasser ainsi l'excès de liquide.

Il ne faut jamais faire la raclette de plus de 20 centimètres de long, (mais on peut la faire moins grande pour les petites épreuves) parce que l'effort que l'on exerce sur de larges raclettes est insuffisant. Il ne faut pas non plus que la lame de caoutchouc ait moins de 4 à 5 millimètres d'épaisseur.

Même pour des épreuves de 1 mètre carré une pareille raclette suffit, parce que l'on peut racler les grandes feuilles en plusieurs fois, en commençant toujours par le milieu.

§ 362. Sensibilisation du papier mixtionné. — Cette opération est des plus simples, mais en même temps des plus importantes; c'est de sa régularité que dépendent en partie les opérations subséquentes du procédé. Aussi allons-nous la décrire dans ses moindres détails pratiques.

La sensibilisation doit se faire dans une place obscurcie par des rideaux jaunes ou noirs; mais l'obscurité ne doit pas être aussi complète que quand on opère sur papier albuminé ou sur collodion humide, parce que le papier au charbon sensibilisé n'est affecté par la lumière que lorsqu'il est sec ou presque sec.

La cuvette qui sert à cette opération doit être en bois doublé intérieurement de verre. L'amateur prendra une cuvette de 40 centimètres sur 50. Mais le photographe de profession fera bien d'en avoir une de 80 centimètres sur 1 mètre de long. De cette manière, on peut ouvrir le rouleau de papier mixtionné (qui a une largeur de 7(3 centimètres) et en découper des bandes de 90 centimètres de long que l'on sensibilise en une seule fois. Cela évite bien des déchets.

La hauteur intérieure de la cuvette sera de 15 centimètres et un goulot muni d'un bouchon sera soudé à l'un des angles, afin de laisser écouler facilement le liquide. Un couvercle en bois est indispensable si l'on veut laisser le liquide séjourner dans la cuvette, sans le transvaser à chaque opération. Les cuvettes en faïence conviennent encore ; mais non celles en gutta ou en bois simple que le bichromate attaque facilement. Or, dès que le bichromate est altéré, il est réduit à l'état

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de sel vert de chrome, et quelque petite que soit cette réduction, le 2)apier mixtionné sera j^artiellement insoluMUsè à la' surface, en été surtout. De là, des défauts d'adhérence et toute espèce d'insuccès.

La substance qui sert à sensibiliser le papier est le McliTomate de jMasse ordinaire du commerce. Ce sel est fort peu soluble dans l'eau froide. Aussi est-il bon de le faire pulvériser finement par le droguiste et de ne s'en servir que dans cet état.

Dans un grand flacon de 5 à 15 litres, dont on mesure, une fois pour toutes, la capacité en litres et dont on se sert exclusivement pour cet usage, on fait le mélange suivant :

Eau(l) 10 litres.

Bichromate de potasse 200 grammes.

Carbonate d'ammoniaque 10 »

Le flacon est alors fermé avec un bouchon et bien secoué pour dissoudre le bichromate. Puis on filtre à travers un filtre de feutre. La solution est alors versée dans la cuvette.

La hauteur du liquide dans la cuvette doit être de 2 à 4, centimètres ; s'il j a trop peu de liquide la sensibilisation est difi^cile.

En été, et surtout par les fortes chaleurs, on diminuera le titre du bain de moitié, sinon on aura des insuccès. Car, plus il fait chaud, plus facilement s'opère cette insolubilisation spontanée du papier dont nous parlerons plus loin, à propos du séchage.

Plus les clichés cpie Von possède sont légers, plus le titre du lain de licliromate doit être faille et ptlns les images seront alors mgoîireuses, mais aussi plus lente sera Vaction de la lumière.

Il ne faut jamais supprimer, dans la formule ci-dessus, le carbonate d'ammoniaque, en été surtout, sinon on expose le papier sensibilisé à s'insolubiliser spontanément.

Un bain de bichromate de potasse ne doit pas servir à sensibiliser un trop grand nombre de feuilles de papier mixtionné. C'est du reste un produit de si peu de valeur, qu'il ne faut pas compromettre le succès des opérations par une économie mal entendue.

Le bain doit être renouvelé tous les 8 jours, en été surtout, quand bien même il n'aurait servi que très-peu.

(1) L'eau de puits ordinaire convient parfaitement pour le bain de bichromate de potasse; elle est de beaucoup préférable à l'eau de pluie, souvent remplie de matières organiques qui réduisent le bain. L'eau de puits contient, il est vrai, du carbonate de chaux qui neutralise en partie l'acide chromique du bichromate, mais elle en contient si peu que cet effet est presque nul et bien moins dangereux que celui des matières réductrices que peut contenir l'eau de pluie.

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Nous avons souvent remarqué que si, par inadvertance, le bain n'avait pas été renouvelé, les épreuves étaient grises et sans vigueur dans les noirs. Ce qui est plus grave, c'est qu'en été un usage trop prolongé du même bain de bichromate de potasse le réduit en partie : il s'y forme un corps analogue à l'alun de chrome qui insolubilise partiellement la couche. De là, des insuccès continuels, parmi lesquels le défaut d'adhérence, lors du transport, est le principal.

Un bain de dix litres de bichromate de potasse ne doit pas servir à sensibiliser plus de deux rouleaux de 30 pieds carrés de papier mixtionné. En hiver on peut laisser le bichromate dans la cuvette qui sert à sensibiliser le papier, mais en été il faut toujours verser le liquide dans le flacon après la sensibilisation, et le mettre dans la cave.

En été, il faut refroidir le bain de bichromate à 15° centigrades. Pour cela, il est bon de sensibiliser le papier dans une cave, quitte à sécher le papier dans une place située à un étage supérieur. Dans le but d'activer le séchage du papier, on a prescrit d'ajouter de l'alcool au bain de bichromate. Cette formule est tout à fait dangereuse, car l'alcool tend à réduire le bichromate et à produire l'insolubilité spontanée de la couche.

§ 363. Procédé opératoire de la sensibilisation. — Avant de sensibiliser le papier mixtionné, passez une brosse à sa surface pour enlever le duvet. Ce duvet provient de l'envers du papier qui a plus ou moins adhéré à la surface de gélatine.

Le papier est maintenant immergé dans le bain, la couche en dessus. Il est bon, si la feuille est de grande dimension, de passer la main (revêtue d'un gant de caoutchouc) sur les bords, en forçant ces bords à s'immerger, puis d'imprimer à la cuvette quelques légères secousses, afin que le liquide couvre immédiatement le papier mixtionné. La surface de ce dernier est grasse et repousse le liquide; aussi est-il indispensable de tenir constamment le liquide en mouvement, en imprimant un mouvement de bascule à la cuvette, afin d'éviter la pénétration du liquide par places, ce qui produirait inévitablement des taches.

Les bords de la feuille tendent à s'enrouler, c'est pourquoi l'agitation du liquide, par les secousses régulières que l'on imprime à la cuvette, est indispensable.

Au bout de 2 minutes, si la température du bain est de 10 à 15 degrés centigrades, la feuille est presque plane. On la retire alors du bain, pour l'immerger de nouveau pendant une minute, mais cette fois la couche en dessoîis. Ceci a pour but de débarrasser le dos de la feuille des bulles adhérentes qui produiraient autant de taches.

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On enlève maintenant la feuille du bain comme nous allons le décrire.

Sur un des côtés de la cuvette (fig. Î58), l'on a préalablement disposé une glace inclinée à 45° ; c'est sur cette glace que l'on glisse le papier, le côté mixtionné en contact avec elle ; puis l'on passe légèrement la raclette sur le dos de la feuille (1), procédant d'abord du centre de la feuille vers les bords, puis du bord supérieur vers le bord inférieur, de manière à chasser tout l'excès de liquide.

La feuille est maintenant légèrement adhérente à la glace. Plaçant

Fig. 158.

alors sur le bord supérieur de la feuille, une règle en bois que l'on fixe à l'aide de 3 pinces américaines à crochets, on la détache du verre et on la suspend pour sécher. Si la feuille est de grande dimension, on peut attacher une seconde règle à sa partie inférieure, afin d'éviter qu'elle ne se recoqueville en séchant.

La durée de l'immersion de la feuille mixtionnée dans le bain a une influence décisive sur l'image. Moins la feuille séjourne dans le bain, moins elle prend de bichromate et moins elle est sensible à la lumière. Si elle est immergée un temps insuffisant les demi-teintes de l'image sont enlevées lors du développement, et jamais on ne peut obtenir des fonds propres, ces derniers sont toujours tachés.

(1) Il est de la plus haute importance de ne passer que très-légèrement la raclette sur le dos de la glace, juste assez pour enlever l'excès de liquide. Si on raclait fort? on exprimerait trop le bichromate de la feuille, et alors les demi-teintes dans l'image seraient enlevées par l'eau chaude, lors du développement de l'image.

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Dans notre atelier, l'on procède de la manière suivante, pour éviter l'emploi de la glace inclinée dont nous venons de parler.

Nous avons une cuvette pivotante (fig. 159) en glaces de 80^ sur 120*= pour contenir le bain. La feuille qui est de 25 à 30 centimètres moins longue que cette cuvette, y est immergée; puis, les 3 minutes étant

Fig. 159.

écoulées, on incline très-fortement la cuvette dans le sens que montre la figure, tout en maintenant le papier mixtionné avec la main (couche en dessous) contre la glace du fond. On racle le papier sur cette glace même. Puis la feuille est enlevée et la cuvette redressée. (La cuvette doit avoir une profondeur plus grande que ne l'indique la figure ci-dessus et être munie d'un recouvrement à sa partie inférieure.)

On suspend alors pour sécher.

Toute l'opération se résume donc ainsi : Couper le papier à dimension et l'immerger pendant 3 minutes dans un bain de bichromate de potasse bien abondant, à renouveler tous les 8 jours; enlever la feuille, la placer sur une glace inclinée, la mixtion en dessous, chasser l'excès de liquide à l'aide de la raclette, et la suspendre pour sécher.

Il est d'une importance capitale, en été, de tenir le bain sensibilisateur froid (15'' centigrades) sinon les images seraient réticulées^ défaut dont nous parlerons plus loin.

§ 364. Effet du bichromate de potasse sur l'économie animale. — L'opérateur qui sensibilise le papier doit éviter de tremper les mains nues dans la solution de bichromate de potasse. 11 est nécessaire, pour les protéger, de faire usage de gants en caoutchouc.

Si l'on a des blessures fraîches aux mains, le bichromate rend les plaies très-vives et les empêchent de se fermer.

Le bichromate de potasse est un poison qui agit par absorption ;

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cette substance doit être maniée avec prudence. On en ressent assez vite les effets aux mains : la peau chatouille vivement, l'on se gratte alors instinctivement, et les blessures s'aggravent.

Avec un peu de prudence, il est très-facile d'éviter ces inconvénients.

§ 365. Séchage du papier sensibilisé. — Cette partie du procédé au charbon est d'une importance plus grande encore que la sensibilisation. En effet, la sensibilité à la lumière, la cohésion de la mixtion lors du transport sur verre, la vigueur des images, sont affectées en raison du temps que la feuille sensibilisée a mis à sécher.

Un séchage rapide donne au papier trois qualités tout à fait essentielles, à savoir :

P Celle de fournir des images très-vigoureuses, des blancs purs et des noirs bien accusés. Au contraire, un papier qui sèche lentement donne souvent des images ternes et sans vigueur.

B"* Celle d'adhérer facilement et énergiquement aux surfaces, lors du transport sur verre ou sur papier. Au contraire, un papier qui sèche lentement adhère mal et se soulève partiellement lors du développement.

3"" Celle de se développer facilement à l'eau chaude et en peu de temps. Un papier qui sèche lentement se développe au contraire, lentement et avec difficulté.

Quand le papier sèche lentement, il est, il est vrai, bien plus sensible à la lumière que lorsqu'il sèche rapidement. Mais ce léger avantage est compensé par tant de désavantages qu'un séchage rapide doit être établi à tout prix.

Il est évident que le papier doit sécher dans l'obscurité, ou tout au moins dans une chambre obscurcie par des verres jaunes. Il est bon de trouver dans la maison que l'on occupe, une place bien sèche, dans laquelle se trouve une cheminée et une fenêtre ou une ouverture quelconque donnant sur la rue ou dans la cour. La fenêtre est enlevée et remplacée par un double store en bois conforme aux figures 160 et 161. Le store extérieur seul ne suffirait pas à exclure la lumière, mais le second coupe toute lumière de l'extérieur (fîg. 161) et permet à l'air de circuler facilement de l'extérieur vers l'intérieur. Un volet intérieur permet de fermer tout accès à l'air extérieur, lorsqu'il fait trop de vent ou que le temps est très-humide. Le double store doit être peint en jaune, intérieurement et extérieurement. De cette manière, il éclaire suffisamment la chambre du séchage.

Dans la cheminée on place un foyer ouvert, et non pas un poêle

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fermé. Le foyer ouvert a l'avantage d'échauffer peu et de produire un appel d'air énergique.

Il est de la dernière importance d'éviter, dans la chambre du séchage, la présence de becs de gaz allumés, ou de lampes à pétrole.

Fig. 160. Fig. 161.

Le voisinage immédiat d'une fosse d'aisance ou d'un égout est également fatal, de même que celui d'une cuisine.

En général, il faut éviter toutes les émanations quelconques dont l'effet, sur le papier au charbon, est de le rendre insoluble en dehors de toute action de la lumière.

C'est ainsi qu'il suffit de suspendre le papier, surtout lorsqu'il est presque sec, le soir dans une cuisine éclairée par le gaz, à l'effet de le sécher entièrement, pour rendre l'adhérence sur le verre ou le papiertransport presque impossible. Les épreuves sont, de plus, entièrement voilées dans les blancs. Car ces substances gazeuses, surtout les produits de la combustion du gaz à l'éclairage, ont sur le papier au' charbon l'effet de réduire le bichromate de potasse exactement comme si Von sécliait le papier dans une place éclairée par le jour direct.

Un courant d'air rapide qui fait constamment mouvoir les feuilles suspendues est ce qu'on peut avoir de mieux ; quand elles sont à moitié sèches, on peut (en hiver, bien entendu) allumer le foyer ouvert et fermer les stores et les portes. Alors la faible élévation de température de l'air produit rapidement le séchage complet de la feuille.

Pour sécher rapidement le papier, il ne faut pas le suspendre à liaiiteur d'homme, mais placer des roulettes au plafond avec des ficelles qui permettent d'élever la feuille près de ce plafond. A lors la feuille

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sèclie deux fois aussi vite qit'à V ordinaire, Vair humide descendant dans les salles au lieu de s'élever comme le fait Vair chaud.

En été, la température de la pièce dans laquelle s'opère le séchage ne doit pas dépasser 15 à 20 degrés. C'est pourquoi il faut avoir soin d'éviter les rayons directs du soleil sur des fenêtres garnies intérieurement de papiers noirs, etc. Des stores extérieurs sont préférables.

Par les très-fortes chaleurs de l'été, il vaut mieux sécher le papier dans la cave (si l'on possède une cave bien sèche). Car lorsqu'il fait très-chaud le papier s'insolubilise partiellement à la surface.

Il est bon d'exclure de la chambre du séchage les cuvettes contenant le bain sensibilisateur, etc., car tout ce qui donne de l'humidité ralentit le séchage.

Si Von sensibilise le j^ajpier le soir, il doit être sec le lendemain matin, et, s'il ne l'est pas, on doit faire en sorte, en chauffant la pièce, qu'il le soit.

Quand le papier est sec, si la sécheresse est trop grande, il est dur et cassant, et alors il se manie très-difficilement. Mais il suffit de le placer quelques minutes dans un endroit humide pour qu'il devienne flexible.

Le doigt appliqué sur le papier ne doit pas y adhérer, sinon cela prouverait qu'il n'est pas complètement sec. Employé ainsi, il collerait au cliché et le détruirait en enlevant la couche de collodion verni.

§ 366. Conservation du papier au charbon sensibilisé. —

Si l'on veut produire des images vigoureuses avec des clichés légers, il faut employer au plus tard le papier sensibilisé la veille, mais si l'on a des clichés durs, dont les demi-teintes s'enlèvent facilement au développement, il vaut mieux se servir du papier 48 heures après la sensibilisation.

C'est même le seul moyen que possède le praticien d'imprimer convenablement au charbon des clichés très-durs, c'est d'employer du papier sensibilisé de plusieurs jours. Les demi-teintes s'obtiennent mieux.

Par les temps humides, le papier sensibilisé s'altère; mais par les très-fortes chaleurs, cette altération est beaucoup plus rapide. Il devient lentement insoluble.

L'amateur pourra conserver plusieurs jours le papier sensibilisé, en le plaçant coupé à dimension, en paquets bien serrés et pressés entre 2 glaces, les couches sensibilisées étant en contact deux à deux. Ou bien encore fortement enroulé, puis recouvert d'une feuille d'étain et placé dans un fourreau de fer blanc.

§ 367. Des négatifs. — Les négatifs très-légers ne donnent pas.

avec le papier au charbon, des images aussi vigoureuses qu'avec le papier albuminé. La gamme des tons est autre. Avec le papier albuminé, le négatif doit être juste à point. Mais, avec le charbon, on peut de tout négatif, faible ou dur, obtenir une bonne épreuve. Pour cela, il suffit de faire varier le titre du bain sensibilisateur. Mais, hâtons-nous de le dire, ce moyen n'est pas pratique dans un grand atelier. Si le négatif est trop léger, mieux vaut verser sur le dos du négatif un vernis mat(i), et renforcer les noirs avec l'estompe ou du graphite et, à l'aide d'un canif, gratter dans les parties transparentes. De cette manière, on renforce très-bien le négatif.

En moyenne donc, les négatifs pour le charbon douent être tcn jpeii plus intenses que po^ir le papier albuminé.

Les clichés très-durs peuvent aussi se corriger comme nous l'avons dit à l'alinéa précédent, en employant du papier sensibilisé de 2 jours.

// est indispensable de coller sur les bords du cliché un papier jaunâtre (pas noir, comme on l'a recommandé), qui limite le cliché à la partie à reproduire. Si l'on oubliait cette précaution essentielle, il arriverait fréquemment, lors du développement, que l'épreuve se soulèverait sur les bords, par défaut d'adhérence.

§ 368. Les châssis-presse. — Les châssis-presse ordinaires employés dans le procédé au papier albuminé peuvent aussi servir pour le procédé au charbon. Mais, si l'on doit en acheter de nouveaux, on peut en supprimer la planchette pliante, puisque, ainsi qu'on le verra bientôt, la venue de l'image ne peut pas être examinée comme quand il s'agit du papier albuminé.

Pour obtenir dans le châssis-presse une adhérence bien complète entre le papier au charbon et le négatif, on doit interposer une feuille de caoutchouc vulcanisé de 1/2 centimètre d'épaisseur au moins entre le négatif et la planchette. Ce moyen avait été proposé pour le papier albuminé et rejeté, parce que le caoutchouc vulcanisé sulfurait les épreuves. Mais ici, ce défaut n'étant plus à craindre, on peut avoir recours au caoutchouc qui est bien supérieur aux coussins de papier ou d'étoffe. Il suffit d'en faire l'essai par les temps humides pour s'en convaincre.

Le châssis de Lechleitner a pour objet l'impression d'épreuves à deux teintes. M. Sarony a réuni plusieurs de ces châssis en un seul et lui a donné son nom. On peut atteindre ce but de bien d'autres manières, mais le châssis Sarony le fait d'une manière très-commode.

Un cadre en bois DCML contient un double fond sur lequel se

(1) Voir page 194.

PAPIER AU CHARBON

placent les négatifs. Il est un peu plus grand qu'il ne devrait l'être afin de convenir à des formats divers de négatifs.

Le double fond étant fermé comme le montre la figure, les papiers

Fig. 162.

coupés avec un calibre sont placés dans leurs compartiments, en ayant soin de toujours glisser le papier vers la gauche et le haut, où il doit toucher l'encadrement. On ferme alors les planchettes pliantes 0, P, Q, R, S, T, après avoir marqué le papier au crayon par derrière.

Quand toutes les planchettes pliantes sont fermées, on ferme le couvercle ACDB et le châssis est prêt.

Les négatifs s'impriment maintenant, mais le pourtour du négatif est protégé par un papier noir collé sur le double fond, de manière à présenter un rectangle ou un ovale (fig. 163).

Cela étant fait, on a un second châssis, mais où l'ovale et le carré sont figurés en noir, le fond étant transparent. Ce châssis teinteur s'emploie comme le précédent, mais l'impression exige à peine quelques secondes d'exposition. La teinte s'imprime alors, et, si on colle dans le châssis des gélatines transparentes avec le nom et l'adresse, le tout se fait en une fois.

Il faut voir fonctionner ces châssis pour en comprendre toute l'utilité.

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§ 369. Le photomètre. — Le photomètre anglais est trèssimple. Il consiste en une boîte en fer blanc (fig. 164), dont le couvercle M porte une lame de verre peinte en couleur rouge chocolat, sauf une petite portion carrée, au centre, qui est découverte.

Dans l'intérieur de la boîte se trouve une bandelette de papier sensibilisé à l'argent qu'un coussin de velours presse toujours contre le verre dont nous venons de parler. Placé au jour, ce papier noircit lentement. Quand la teinte qu'il a prise correspond à celle qui est peinte sur le verre, l'on a un degré du photomètre. A ce moment, on glisse un peu la bande de papier et on imprime un second degré, et ainsi de suite.

Il existe plusieurs autres photomètres : un Fig. 164. volume ne suffirait pas à les décrire. Tous

sont bons, si l'on s'en sert convenablement.

Quel que soit le photomètre employé, il ne faut jamais avoir recours aux teintes foncées produites par la lumière, car on se trompe alors de fortes quantités, les teintes foncées étant beaucoup pUts difficiles à juger par ïœil que les teintes légères.

370. Impression des clichés. — Le papier au charbon doit être découpé avec un couteau effilé sur une glace (qui ne sert qu'à cet usage), soit à l'aide de calibres en glace dépolie pour les petites épreuves, soit à l'aide d'une règle en acier et d'un modèle de papier pour les grandes épreuves.

Il est tout à fait indispensable que les lords du papier ne dépassent pas la lande de papier qui protège les lords du cliché.

Le papier est placé dans le châssis-presse comme à l'ordinaire. On époussette d'abord le cliché, puis le papier au charbon et l'on place ce dernier sur le négatif. On le couvre alors du coussin de caoutchouc, puis de la planchette, etc., et on expose au jour.

Chaque cliché doit porter un numéro à côté duquel on inscrit le degré photométrique.

Quand l'impression est finie, il faut rapidement distribuer à la surface des châssis des cartons qui interceptent la lumière. De même, quand on place les châssis, munis de papiers nouveaux sur la table éclairée, il faut encore les couvrir et enlever alors toutes les couvertures ensemble ou du moins très-rapidement.

M. Sarony, à Scarborough, au lieu de laisser ouverte la partie AB (fig. 165) de la table sur laquelle on imprime, ferme cette paroi à l'aide de verres jaunes AC, sauf qu'il ménage à la partie inférieure une ouverture CB de 5 à 6 pouces de hauteur.

PAPIER AU CHARBON. 285

Sur la table BL peut glisser une autre table plus légère EF recouverte des châssis à imprimer, portant le photomètre au milieu.

On charge et on décharge donc tous les châssis à l'intérieur, et à l'abri de la lumière blanche, puisque la table EF est glissée sur la table en plein jour. Le photomètre se place en E, où on peut faci-

Fig. 163.

lement le prendre pour l'examiner. Comme c'est à l'extrémité de la table B qu'il fait le plus clair, c'est là qu'on place les clichés les plus intenses.

Avec un peu de pratique, du reste, l'usage du photomètre devient beaucoup plus facile et plus sûr que l'examen, une à une, des épreuves, comme on le fait pour le papier albuminé.

Les indications photométriques sont du reste très-exactes, excepté dans les temps très-sombres, alors le papier au charbon est un peu plus sensible que celui du photomètre, qu'il faut donc laisser noircir un peu moins. Au soleil, c'est le contraire.

Recommandations essentielles. — Il faut éviter de toucher la surface des papiers si l'on a les doigts humides : ce seraient autant de taches.

Le papier au charbon étant à peu près 3 fois plus sensible que le

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papier albuminé, il est indispensable de protéger le déchargement des clichés à l'aide de rideaux jaunes.

Il faut éviter, par les temps humides, que les papiers ne se ramollissent. Ils colleraient aux clichés, dont ils enlèveraient la pellicule de collodion.

Il nous faut maintenant appeler l'attention du lecteur sur le point le plus important de tous, à savoir : que V impression sur papier au cJiarhon contimie mtme après que l'action de la lumière a cessé.

C'est là un phénomène très-curieux, mais si souvent observé qu'il faut en tenir un compte sérieux.

Ainsi les épreuves d'un même cliché, obtenues au même degré du photomètre, diffèrent énormément si, les développant toutes ensemble le soir, on compare celles du matin avec celles tirées l'après-midi. La différence est encore plus considérable si on abandonne une de ces épreuves au lendemain.

Quand on développe le soir, il faudrait donc tirer le matin toutes les épreuves faibles. Mais cela serait peu pratique. Comme, après tout, cette continuation de l'action de la lumière est lente, et qîi'elle cesse dès que les épreuves sont mouillées, il vaut mieux d'heure en heure^ procéder au transport et au développement, ou tout au moins, au transport en conservant les feuilles transportées sur le papier ou sur verre les unes sur les autres, afin d'empêcher qu'elles ne sèchent. Nous reviendrons du reste sur ce dernier point aux articles relatifs au transport simple et au transport double.

— loi finissent les opérations communes aux procédés au charbon dits transport simple et transport double. Nous allons maintenant décrire les opérations subséquentes ; nous les diviserons en deux chapitres distincts, en recommandant de nouveau à celui qui n'a jamais fait le charbon de commencer par le transport simple.

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