SECTION III. — DU TRANSPORT SIMPLE
Le transfert simple donne des épreuves retournées avec les négatifs ordinaires. Le lecteur en comprendra de suite la cause lorsqu'il saura que, au lieu d'obtenir directement l'épreuve sur le papier au charbon, comme cela est le cas pour le papier albuminé, il est obligé de transporter la couche de mixtion impressionnée sur un second papier, préparé exprès pour cet usage.
Le douhle transport donne des épreuves redressées, comme nous le verrons plus tard. Mais le procédé du transport simple est si
PAPIER AU CHARBON
certain, si facile, que nous engageons tous ceux qui veulent essayer le procédé au charbon à commencer par là.
On peut du reste retourner préalablement les négatifs, soit à l'aide du prisme ou du miroir placé en avant de la chambre noire, soit en se servant de clichés pelliculaires soit enfin, et ce procédé est très-facile avec les glaces sèches, en exposant la glace retournée dans le châssis même.
§ 371. Nature du papier transfert simple. — Le papier transfert simple se prépare en rouleaux, exactement comme le papier au charbon. Il peut aussi se faire en feuilles. Il est recouvert d'une couche de gélatine insolubilisée par l'alun de chrome. Cette couche se reconnaît de l'envers du papier parce qu'elle est plus unie et plus brillante. Il faut toujours, du reste, avant de se servir de ce papier et après l'avoir découpé à dimension, en marquer l'envers au crayon, pour le reconnaître dans les opérations subséquentes.
Le papier dit « papier émaillé » et celui dit « ai^ liane de baryte » réussit quelquefois sans l'intermédiaire d'aucune couche interposée, mais il arrive que les épreuves s'en détachent après plusieurs mois ; voilà pourquoi nous avons renoncé à la fabrication du papier simple transfert émail.
§ 373. Transport du papier impressionné. — Cette opération doit être faite dans une chambre peu éclairée (1). Le papier transfert étant coupé de la dimension un peu plus grande que répreuve, est immergé pendant 2 à 3 minutes (2) dans l'eau froide, puis retiré et appliqué tout mouillé sur une glace, une table de marbre ou de bois verni bien uni, V envers du papier étant en dessous.
L'épreuve au charbon est alors immergée dans de l'eau froide, la couche en dessous, et remuée dans cette eau, passant même le plat de la main sur la mixtion et sur le dos du papier pour enlever les bulles d'air qui animaient pu se former. Le papier se recoqueville d'abord en dedans, puis devient plan, et c'est à ce moment précis qu'il faut l'appliquer sur le papier transfert. Mais avec des papiers mixtionnés plus minces, cet effet est plus rapide et au bout d'un temps de 30 à 60 secondes, on peut les retirer de l'eau froide et les appliquer sur le transfert, le côté de la mixtion en dessous.
(1) On peut opérer en pleine lumière pourvu que l'on protège bien les papiers impressionnés contre l'action du jour direct tant qu'ils sont secs. Une fois mouillés ces papiers peuvent voir le jour, que l'on mitigé en tous cas à l'aide de rideaux.
(2) Il n'y a aucun inconvénient à y laisser le papier plus longtemps, fut-ce des heures entières.
ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER
Saisissant alors la raclette de la main droite et maintenant le papier en place de la main gauche, on frotte d'abord légèrement, puis très-fortement sur le dos du papier au charbon, en procédant du centre vers les bords. Les deux papiers deviennent alors plans. Il faut bien chasser toute l'eau en excès et toutes les bulles d'air (on s'aperçoit qu'il y a des bulles d'air si une partie du papier forme une cloche locale).
Il est de plus, indispensable, après le raclage, de passer une éponge sèche sur le dos du papier mixtionné et surtout sur les bords, pour enlever l'eau en excès. Car, si cette eau séjourne sur les bords, elle pénètre la mixtion, qui se détache alors sut les lords pendant le développement.
Si l'épreuve est de grande dimension, au delà 30 cent, sur 40, il est bon d'immerger à la fois le papier transfert et l'épreuve, de les ajuster à peu près l'une sur l'autre dans l'eau même, de les retirer ensemble, et de racler alors le tout sur la glace.
Si l'épreuve est de petite dimension, carte ou cabinet, il est plus commode d'opérer le transport de plusieurs épreuves sur une seule et même feuille de papier transfert. Dans ce cas, on immerge rapidement toutes les petites épreuves dans l'eau, d'où on les retire une à une pour les placer sur le transfert mouillé, puis, recouvrant le tout d'une feuille mince de caoutchouc rentoilée mouillée, on racle sur cette dernière et avec force, de manière à obtenir une planimétrie parfaite.
L'usage de la feuille de caoutchouc rentoilée (qui peut être trèsmince) est très-sûr et très-commode, parce que de cette manière on peut frotter très-fort sans le moindre danger pour l'épreuve.
Si T épreuve n'a pas été surexposée et si elle n'a pas séjourné trop longtemps dans l'eau, elle colle et adhère avec force au papier transfert. Mais si les bords du papier ont vu le jour, si le papier a été surexposé, alors la surface du papier mixtionné est devenue insoluUe, il ne colle plus, et l'adhérence n'a plus lieu, ou n'a lieu qu'imparfaitement.
Le temps pendant lequel l'épreuve séjourne dans l'eau n'est donc pas indifférent, pas plus que la température de cette eau, qui doit être très-froide (de 10 à 15 degrés). Si l'épreuve séjourne trop peu de temps dans l'eau, une foule de bulles d'air microscopiques se mettent souvent entre l'image et le papier transfert, parce que la gélatine, continuant à se gonfler, aspire l'air à travers les pores du papier. Si ce séjour est trop prolongé, la gélatine absorbe trop d'eau et n'adhère plus au transfert. Si l'eau a une température de 15 à 20 degrés, l'épreuve se recoqueville en peu de secondes, mais ou peut être certain
q%e Vimage sera complètement rétimilèe, surtout si la température de cette eau est supérieure à 25".
En été, il est d'une importance capitale de se servir, pour détremper le papier charbon au moment du transport, d'eau très-froide et très-abondante, sinon les images seront réticulées. Il faut se servir d'une cuvette profonde, contenant beaucoup d'eau, et maintenir le papier charbon sous l'eau, car s'il arrive partiellement à la surface, il s'échaulFera au contact de l'air, et dans ces parties l'image sera réticulée.
Dans le même bac d'eau froide qui a servi à une épreuve, on peut continuer à tremper les papiers transports suivants, ainsi que d'autres épreuves au charbon. Cette eau devient jaune par l'effet du bichromate qui se dissout, mais ceci n'offre aucun inconvénient.
Quand les feuilles sont transportées, il faut les suspendre ou les mettre à plat les unes sur les autres afin d'éviter qu'elles ne sèchent, surtout si l'on veut remettre le développement au soir, ce que l'on peut faire sans inconvénient. Au reste, on peut procéder au développement 10 minutes après le transport, mais pas avant, sinon le papier mixtionné pourrait se détacher du transfert et le développement de l'image serait difficile et inégal.
On ne y eut jamais procéder au développement avant que le bichromate n'ait percé à travers le papier transport qui devient jaune dans sa texture, ce quil est facile de voir sur V envers du papier.
Une fois les épreuves transférées, comme elles sont humides, on ne doit plus les protéger contre l'action du jour, à moins qu'il ne soit trop vif, attendu que le papier mixtionné n'est sensible que pour autant qu'il soit sec.
§ 373. Développement. — Cette opération peut se faire en pleine lumière : elle doit même se faire ainsi, puisqu'il s'agit de bien juger de l'état des images.
Voici comment on procède :
Dans une cuvette en bois doublée de cuivre mince, on verse de l'eau chaude!^) à 30 degrés de température, de manière à recouvrir le fond de la cuvette d une couche de 2 centimètres d'épaisseur.
Le papier transfert supportant les épreuves au charbon (comme nous l'avons décrit à l'alinéa précédent) est immergé dans cette eau chaude, le papier au charbon étant au-dessus. L'eau de la cuvette est
(1) Si l'on emploie de l'eau trop chaude il se forme des quantités de petites bulles agglomérées que l'on aperçoit en enlevant le papier charbon du transfert. Ces petites bulles constituent autant de taches sur les épreuves.
ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER
tenue constamment en mouvement pour maintenir le papier immergé et pour favoriser l'absorption de l'eau chaude.
Au bout de quelques minutes, on voit les bords de l'épreuve dégager des veines colorées, provenant de la dissolution de la mixtion colorée dans l'eau chaude.
Bientôt, sous l'influence de l'eau chaude en mouvement, les angles de l'épreuve tendent à se soulever. L'on peut alors, en saisissant le papier mixtionné par un angle, le détacher lentement du papier transfert. Le papier mixtionné, n'étant plus d'aucun usage, peut être jeté.
L'image que l'on voit à la surface du papier transfert est tout à fait empâtée de mixtion colorée, mais il suffit de la laisser dans l'eau chaude pendant quelques minutes, la couche de charbon en dessus, puis d'y projeter l'eau chaude de la cuvette avec la main, pour la voir s'éclaircir et se développer entièrement. On reconnaît ce point, lorsque soulevant l'épreuve hors de l'eau chaude pour la laisser égoutter, aucune trace de matière colorante n'apparaît plus au coin inférieur de l'image.
On peut, du reste, si le bain d'eau chaude est suffisamment abondant, développer plusieurs feuilles à la fois, en les immergeant successivement dans l'eau.
Nous avons dit qu'il fallait employer de l'eau à 30° pour détacher répreuve du support provisoire. Mais il faut, pour développer l'image, ajouter de l'eau très-chaude dans la cuvette, mêler le tout de manière à avoir de l'eau à 40"*.
Du reste, la températeure de l'eau varie suivant la nature du papier charbon, suivant qu'il a séché vite ou lentement, suivant qu'il a été sensibilisé la veille ou de plusieurs jours. La pratique seule peut enseigner ces points de détail.
Il arrive toujours que, sous l'influence de l'eau chaude, la couleur qui se trouve dans la mixtion colorée s'agrège spontanément et se réunit en grains noirs qui s'attachent à l'image, dont la nature est essentiellement collante. Ce phénomène se produit surtout lorsque l'eau chaude est immobile, et que plusieurs épreuves sont en contact les unes avec les autres. Aussi pour éviter ce défaut, est-il bon, une fois que le papier mixtionné est détaché, de retourner le papier transfert l'image en dessous, et de laisser le développement se faire lentement et de lui-même. C'est surtout lorsque l'eau chaude a servi à développer un grand nombre d'épreuves que ces grains sont à craindre.
L'image est formée par la gélatine en relief. Elle est très-fragile, mais à l'opération suivante (alunage) elle devient plus dure.
PAPIER AU CHARBON
Si le temps d'exposition à la lumière a été exact, et si le cliché n'est pas trop léger, l'image développée est très-brillante avec toutes les demi-teintes désirables. Si le temps de pose est trop court, les noirs seuls apparaissent, et les demi-teintes sont successivement enlevées par l'eau chaude; l'image entière semble disparaître et disparaît en effet.
Si le clicliè est trop dur, les demi-teintes disparaissent partiellement dans les lianes, et dans ce cas, il fant se servir de papier sensibilisé de 2 jour s.
Mais si le temps de pose a été trop long, alors, non-seulement il arrive que l'image se détache du transfert par défaut d'adhérence (et cela parce que toute la surface de l'image est insolubilisée), mais de plus l'image est entièrement empâtée. Toutefois si l'on ajoute un peu d'eau bouillante au liquide (ce que l'on doit faire en sortant d'abord l'épreuve de l'eau, puis agitant bien le liquide) de manière à porter l'eau à 50° centigrades, et si, de plus on j ajoute quelques gouttes d'ammoniaque et qu'on y laisse l'épreuve suffisamment de temps, elle pâlit peu à peu, et peut être amenée à bien, à moins que le temps de pose n'ait été par trop exagéré.
Si l'on veut éclaircir seulement une partie de l'image, on peut verser localement sur cette partie de l'eau à 50''. Sous l'influence du filet d'eau chaude qui agit alors mécaniquement, le développement est activé à cette place.
Les épreuves sont bien plus vigoureuses en dépassant un peu l'exposition à la lumière dans le châssis-presse, et en développant avec de l'eau à 45% que si on les expose juste le temps voulu, et qu'on développe avec de l'eau à 35''.
§ 374. Insuccès. — L'insuccès le plus fréquent est dans le défaut d'adhérence 'des épreuves au transfert, alors l'image s'en détache. Généralement ce défaut se produit en été. Il a surtout pour origine la sensibilisation du papier mixtionné dans un bain trop riche en bichromate. Dans ce cas, au séchage, la surface du papier s'insolubilise et il n'adhère plus au transfert.
Le second insuccès consiste dans la formation de petits amas de bulles lorsqu'on arrache le papier charbon du transfert. C'est qu'on a employé de l'eau trop chaude pour détremper le papier charbon. Dans ce cas on emploiera de l'eau moins chaude, et on y laissera les papiers plus longtemps.
Le troisième insuccès est dans la rèticulation des images, défaut dont nous parlerons plus loin (§ 292).
§ 375. Alunage. — A proprement parler, l'image au charbon n'a
pas besoin d'être fixée, puisque le bichromate est presqu'entièrement éliminé par l'eau chaude, et que toute la mixtion colorée, sauf celle qui constitue l'image, est enlevée; mais la couche est collante et sans consistance. Autant pour la rendre non-collante, c'est-à-dire insoluble, que pour enlever les dernières traces de bichromate (i), il est nécessaire d'immerger l'épreuve pendant 10 minutes dans un bain abondant et filtré de :
Ce bain d'alun peut servir pendant un jour ou deux, mais il faut le filtrer même deux ou trois fois par jour si l'on s'en sert constamment, car il se remplit de filaments qui s'attaclient à ïimage.
Les épreuves sont alors immergées pendant une heure dans un grand baquet d'eau, et ensuite suspendues pour sécher.
L'épreuve au charbon une fois sèche perd tous ses reliefs, et est extrêmement résistante au frottement, si résistante que l'on a même une certaine peine à l'entamer avec un grattoir en acier.
§ 376. De la réticulation de l'image. — Il arrive fréquemment en été que l'image au charbon est entièrement couverte d'un filet noir microscopique qui en altère toute la finesse. C'est la réticulation. On aperçoit déjà que l'image est réticulée lorsqu'elle sèche. Elle offre alors un aspect mat par réflexion.
Ce défaut se produit à la volonté de l'opérateur, en trempant le papier au charbon dans de l'eau tiède à 30 degrés (au lieu d'eau froide) au moment du transport. Alors, le papier au charbon, au lieu de se recoque viller lentement en dedans, le fait rapidement et devient de suite plan. C'est qu'il absorbe rapidement l'eau et l'on dirait que par une espèce de dilatation rapide, suivie d'un retrait subséquent l'image se replie sur elle-même pour former ce filet noir qui la couvre en entier.
On l'évite toujours si l'eau dans laquelle on trempe le papier au moment du transport est très-froide et très-abondante. Cette eau doit être d'autant plus froide que la température extérieure est plus élevée, et cela se conçoit, puisque la température qui règne dans la couche est la moyenne entre celle de l'eau et celle qu'avait le papier.
Même par des températures de plus de 36^ centigrades nous avons
(1) Le bichromate de potasse est extrêmement soluble dans l'alun.
(2) L'eau de puits ordinaire, contenant des sels calcaires, trouble l'alun en y formant un précipité blanc qui s'attache souvent aux épreuves.
(3) L'alun étant peu soluble doit être employé en poudre, ou tout au moins concassé en petits fragments.
Eau de pluie (-)
Alun pulvérisé en poudre (^) .
5 litres.
250 grammes..
PAPIER AU CHARBON
évité la réticulation en nous servant d'eau à 0*" centigrade, prise dans une glacière. Mais généralement de l'eau fraîche prise au puits suffit.
Cette eau doit être abondante, et dans les villes où l'on a une distribution d'eau, il est bon d'employer une cuve de 25 centimètres de profondeur dans laquelle elle coule d'une façon permanente. Il faut maintenir le papier sous l'eau, s'il vient à la surface il sera facilement réticulé.
On doit aussi éviter l'usage de bains de bichromate concentrés. En été, des bains à 1 et 1 1/2 7o de bichromate suffisent.
§ 377. Retouche et montage. — La retouche de l'épreuve au charbon est très-facile, surtout si on la dépolit préalablement en la frottant avec de la poudre d'os de sèche. Comme l'image est plus ou moins rugueuse, l'emploi de l'estompe est particulièrement favorable pour donner des vigueurs dans les noirs. Pour ce dernier mode, on achète dans le commerce : P du noir de fumée en poudre impalpable ; 2*^ du carmin en morceaux, ou mieux de la « tête morte. »
Ce carmin, on le pulvérise et on le passe au tamis de soie très-fin. On mélange bien le noir de fumée et le carmin (poids égaux) et y trempant l'estompe, on s'en sert pour donner des vigueurs dans les noirs. Pour les parties qui doivent être retouchées au pinceau et repiquées, l'on trempe une bande de papier mixtionné un instant dans l'eau chaude, la couche fond, coule et l'on retouche avec cette couleur. Le grattoir en acier (dont on se sert pour enlever les taches d'encre) permet d'introduire des détails dans les blancs avec une extrême facilité.
L'épreuve étant sèche, on la passe à l'encaustique (cire 1 partie, benzine chaude 10 parties, laisser refroidir). Un peu de cette encaustique est mis sur un morceau de flanelle et frotté vivement sur l'épreuve. Il vaut mieux encaustiquer les épreuves après le satinage. On peut encore vernir les épreuves avec le vernis à tableau, ou les émailler comme les épreuves sur papier à l'argent (voir page 254).
L'épreuve est montée sur carton comme à l'ordinaire, en la plaçant à plat sur une table, étendant de la colle d'amidon sur l'envers à l'aide du pinceau, collant alors sur bristol. Mais il faut éviter de mettre de la colle sur l'image, car on ne peut l'enlever avec une éponge qu'en risquant d'endommager partiellement l'image, qui est fragile tant quelle est Tiumide, Une fois sèche, l'image devient d'une extrême solidité.
ÉPREUVES POSITIVES SUR PAPIER