SECTION III. — PRÉPARATION DES PLAQUES
§ 485. Installation. — La préparation des plaques, sans être difficile, n'est pas aussi aisée qu'il le semble au premier abord. Celui qui ne sera pas installé convenablement, qui ne pourra pas affecter un cabinet spécial à cet objet, qui n'en fera point une étude tout-à-fait sérieuse, celui-là, disons-nous, fera mieux d'acheter ses plaques dans le commerce.
Quoiqu'il en soit, si quelqu'un veut préparer ses plaques lui-même, il observera bien les conditions pratiques que nous allons lui indiquer ici.
La place dans laquelle on opérera ^Qrsi parfaitement sèche, et munie d'une cheminée, dont nous expliquerons tout à l'heure l'utilité.
Si l'on est obligé d'y faire du feu en hiver, il faut le faire avant de préparer les plaques, sinon la lumière émise par le foyer les altérerait évidemment toutes. Il ne faut pas que la place soit trop chaude, sinon les couches se soulèveraient lors du développement. En été surtout, ce défaut est à craindre.
Une fenêtre, d'environ un quart de mètre carré et recevant le jour du nord, sera percée dans le mur et garnie de doubles verres rouges comme il l'a été dit précédemment (Section I, p. 395). Cette fenêtre sera placée à hauteur de la table sur laquelle on opérera, afin qu'on puisse distinguer les objets à sa portée. L'usage d'une lanterne à bougie garnie de verres rouges est préférable.
Cette table aura 60 centimètres de large, et 1 mètre 20 centimètres de long. Elle sera couverte d'une plaque de marlre noir parfaitement horizontale.
On peut aussi opérer le soir. Dans ce cas la lanterne à verres rouges est nécessaire. Cette lanterne doit avoir au moins un pied cube, être faite en bois noir, et la cheminée qui la surmonte être recourbée deux fois, afin que la moindre trace de lumière blanche de la flamme ne puisse être perçue par l'œil.
Dans cette lanterne peut se mettre une bougie, ou un faible bec de gaz, mais 'pas de lampe à pétrole, celle-ci donnant une flamme trop blanche.
Il faut faire l'essai de la lanterne en exposant contre les verres rouges dont elle est garnie une glace au gélatino-bromure à demi couverte de papier noir. Exposez 10 minutes. Si le développement fait ressortir la trace du papier noir, les verres rouges ne sont pas assez foncés.
§ 486. Nettoyage des verres. — Les glaces ou verres seront
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nettoyés, et bien époussetés comme à l'ordinaire. Cependant le nettoyage des verres est beaucoup moins important que pour le collodion humide. Il suffit que les glaces soient mécaniquement et non chimiquement propres, comme lorsqu'il s'agit du collodion humide.
Nous nettoyons simplement nos glaces à l'eau, puis à l'alcool, avec un tampon de toile propre pour finir. Puis nous époussetons au blaireau.
En hiver, les glaces à couvrir de gélatino-bromure doivent être très-légèrement chauffées. Pour cela, il faut les mettre en paquets dans un vase en fer blanc, placé dans de l'eau tiède. En été cela n'est point nécessaire.
§ 487. L'émulsion. — Si l'on a préparé l'émulsion liquide comme nous l'avons dit à l'alinéa 480, page 397, il suffit de la filtrer et de l'employer comme nous le dirons tout-à-l'heure. Mais si l'on a de l'émulsion sèche, il faut procéder comme suit.
On la découpe avec des ciseaux d'acier (non rouilles) en bandes de longueur convenable, et l'on en pèse 10 grammes pour 100 centimètre cubes d'émulsion liquide qu'il s'agira de préparer.
On ne doit point préparer trop d'émulsion à la fois. On en réglera la quantité sur le nombre et surtout la grandeur des plaques que l'on a à préparer.
Prenons un flacon de 200 centimètres cubes et versons y 100 cen.timètres cubes d'eau pure et froide.
Puis, introduisons-y l'émulsion sèche, faisons cela l ou2 heures à l'avance. De cette manière la gélatine contenue dans l'émulsion absorbe lentement l'eau.
Le flacon est maintenant placé dans un vase contenant de l'eau chaude à 50 ou 60 degrés centigrades (1) et agité fréquemment jusqu'à parfaite dissolution de l'émulsion sèche.
Aussitôt prête, l'émulsion doit être employée et en entier. Sinon le bromure d'argent s'en sépare et passe très-vite à l'état grenu. Dans ce cas les images sont couvertes d'un pointillé noir général. Ne pas ajouter d'alcool à l'émulsion, sinon il peut se former des veines d'argent réduit à la surface des glaces.
§ 488. Application de l'émulsion sur le verre. — Voici comment on couvre le verre d'émulsion.
(1) Mais pas à une température supérieure, sinon le bromure d'argent pourrait s réparer de l'émulsion et produire des couches entièrement grenues.
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L'émulsion est versée dans un entonnoir de verre au fond duquel se trouve un tampon de coton (l) légèrement tassé.
Le liquide filtré est recueilli dans un petit vase de porcelaine de la forme d'un pot à lait. Pour éviter les bulles, il faut que l'extrémité inférieure de l'entonnoir plonge au fond du vase.
Le filtrage de l'émulsion est absolument indispensable pour la débarrasser de ses impuretés mécaniques.
La glace que l'on doit couvrir d'émulsion étant placée horizontalement sur une glace épaisse, on verse au milieu de sa surface une certaine quantité d'émulsion (7 1/-2 cent, cubes pour une glace 13 centimètres sur 18); puis, à l'aide d'une spatule de verre, on force le liquide à la couvrir entièrement. On étend le liquide en couche uniforme à l'aide d'un tour de main que comprendront tous ceux qui ont pratiqué le collodion humide.
Il ne faut jamais reverser l'excès d'émulsion dans le récipient en porcelaine, sinon, on n'aurait plus que des couches remplies de bulles, oio, si on le fait, il faut filtrer à nouveatc le liqîiide.
La glace étant préparée, on la met à figer sur la table de marbre (~), et pendant ce temps, on en couvre une seconde et une troisième. La couche de la première glace est alors figée, et on peut la mettre dans la boîte à sécher dont nous parlerons tout à l'heure. On continue ainsi jusqu'à ce que tout le flacon dJèmulsion soit entièrement épuisé. Si l'on tient le liquide chaud, en été surtout, ou si on le laisse figer pour le refondre après, la gélatine perd fréquemment la propriété de se figer de nouveau, et les couches abandonnent la glace lors du développement de l'image, dont nous parlerons plus loin.
Il ne faut point que la gélatine se fige très-vite à la surface des glaces, sinon il est impossible d'obtenir des couches unies.
La couche doit être à peu-près égale d'épaisseur à la surface de la glace, sinon l'image sera plus intense dans les endroits épais, et aussi en ces endroits la couche jaunira lors du renforçage. Evitez surtout que des bourrelets épais ne se forment sur les bords des glaces, et cela aura toujours lieu si la table de marbre n'est pas bien horizontale, ou si le verre dont on se sert n'est pas
(1) On doit prendre du coton cardé bouilli pendant V2 iieure dans 100 parties d'eau et 1 partie de soude caustique, bien lavé et séché. On en ouvre alors les fibres à la main.
Le coton ordinaire, non bouilli à la soude, ne laisse pas filtrer l'émulsion, à cause de la nature grasse de ses fibres qui repoussent le liquide.
(2) Cette table de marbre ne peut pas recevoir l'action directe du jour, ni de la lanterne, sinon la lumière rouge agirait à la longue sur les plaques qui s'y trouvent déposées, et les images seraient plus tard entièrement voilées.
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plan. Pour ce motif, la préparation des glaces de grande dimension n'est point du tout facile.
Si les couches sont trop minces, les images manquent de vigueur. Il vaut mieux qu'elles soient trop épaisses, le seul inconvénient qui en résulte étant un lavage et un fixage plus difficiles.
L'habitude, d'ailleurs, en apprendra plus sur ce point que tous les préceptes que nous pourrions donner ici.
§ 489. Seconde méthode. — Une autre méthode consiste à nettoyer les glaces avec une eau contenant, par litre, 20 centimètres cubes de silicate de potasse en solution sirupeuse, en lieu et place de l'alcool ordinairement employé pour cette opération. Il reste ainsi à la surface de la glace une trace de silicate de soude qui permet à l'émulsion liquide de couler sur les plaques comme le ferait du collodion.
Au lieu de silicate de soude, M. Audra se sert d'une solution de sucre et il affirme que dans ce cas l'émulsion s'étend sur la glace comme le ferait du collodion.
On verse alors l'émulsion liquide sur la glace juste comme on le fait avec le collodion, mais on y laisse tme couche beaucoup ]3lus épaisse. Car, remarquons-le bien en passant, une couche trop épaisse n'a d'autres inconvénients que de sécher lentement et de se fixer difficilement. Mais à tous autres égards, les couches trop épaisses sont meilleures que les couches trop minces.
Puis la glace est mise à plat comme nous l'avons dit plus haut.
§ 490. Taches grasses. — On observe souvent que des taches grasses se forment à la surface des couches. Tantôt ces taches se traduisent par des cercles transparents, tantôt par des taches mates que l'on voit très-aisément au jour frisant, lorsque les couches sont sèches. Ces dernières taches se retrouvent dans le négatif. Elles sont plus foncées que le reste de l'image.
Ces taches s évitent en opérant avec des émulsions aussi peu chaudes que possible, et en donnant aux couches une épaisseur suffisante.
Moins l'émulsion est chaude, moins on aura de ces taches grasses. Plus cette émulsion est concentrée, moins on en aura encore. On peut fort bien dissoudre l'émulsion à raison de 12 et même de 15 pour cent (au lieu de 10 prescrits par notre formule), et opérer sur glaces nettoyées au silicate en versant l'émulsion sur ces glaces à la façon du collodion. Alors les taches grasses disparaîtront complètement, si bien entendu, on a emjjloyé, pour faire l'émulsion, une gélatine convenable.
On peut encore, pour détruire les taches grasses, ajouter à