SUIS
a - gi - té.
Elle offre, on Tavouera, très peu de relief, et elle est trop parfaitement équilibrée pour bien exprimer le manque d'équilibre moral que le doute détermine dans Tesprit. Une modification de rythme est donc nécessaire. La voix reportera le troisième accent rythmique sur le mot dont :
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Dans le dou - te mor - tel
dont je suis a - gi - té.
La durée normale du vers n*a pas été altérée, mais le second hémistiche a resserré ses syllabes dans un temps plus court. La voix arrivera à produire un effet plus saisissant encore en éteignant tout à fait le troisième accent :
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rï33
Dans le dou - te mor - tel
dont je suis a - gi - té.
Ainsi, c'est une étude attentive du rythme musical qui nous aura permis de ramener la formule 3 — 3 — 3—3 à Pune des deux formules 3— -3— 1—5, 3—3—0—6. Le
rythme musical doit constamment guider la récitation. La première qualité de celle-ci est de bien faire sentir le rythme, c'est-à-dire la proportion des parties, et de marquer à Toreille Féquidistance musicale des accents ou temps forts. Dès que nous nous serons pénétrés de ces équidistances, nous serons assurés de bien dire un vers. Si, par exemple, nous avons à lire à haute • voix ce vers à forme classique de Victor Hugo :
Comme rarc-en-ciel rit entre Tombre et la pluie,
notre premier soin sera de déterminer théoriquement le rythme et la mesure :
Com-me l'arc-en - ciel rit en-lre l'om-breet la pluie.
On peut donc affirmer que c'est dans la résolution scientifique des difficultés de la diction que nous rencontrerons Texpression juste. Mais, d'ailleurs, une fois que nous avons déterminé le rythme et choisi, s'il s'en présente plusieurs, celui qui se rapporte le mieux au sentiment exprimé, il ne faut pas se préoccuper de la mesure mathématique de la récitation. Les vers ne se disent point sur une mesure marquée par un métronome. L'oreille et la voix ont depuis notre enfance l'habitude de se régler l'une sur l'autre, et notre voix arrive aisément à parler en mesure avec une approximation qui suffit à notre oreille. Au surplus, la récitation poétique est, comme la musique, susceptible de modifier le degré de vitesse dans lequel on exécute un morceau ;
et pour guider la voix on pourrait, à la rigueur, se servir des termes de presto, A'allégro, A'andante, A'a^ dagio, etc. Ce sont ces nuances dans le mouvement qui constituent une des parties les plus importantes de Tart de la scène.
Mais on peut presser ou ralentir le mouvement de deux façons très différentes : premièrement, en changeant la valeur de T unité de temps, sans modifier le nombre des mesures dans lesquelles se divise un vers ; deuxièmement, en diminuant ou en augmentant le nombre des mesures, sans changer la valeur de Tunité de temps. Nous examinerons le premier problème quand nous traiterons de la vitesse des vers. Nous ne nous occuperons présentement que du second problème. Sans doule, les deux opérations peuvent être et sont souvent simultanées; mais nous en simplifierons Tétude en les disjoignant. Il est donc bien entendu que, dans rétude succincte que nous allons faire du second problème, la valeur de Funité de temps est supposée invariable.
Le temps normal du vers fondamental est de quatre mesures à six-huit; c'est la portée théorique de la période mélodique. Or, il arrive souvent que la récitation, d'accord en cela avec l'intention formelle du poète, modifie cette portée théorique, soit en diminuant, soit en augmentant le nombre des mesures. Quelles seront donc les limites inférieures et supérieures entre lesquelles, le cas échéant, peut se mouvoir la récitation? La plus petite portée du vers nous est donnée par le nombre de ses syllabes, chacune d'elles élant équivalente, en
moyenne, à une unité de temps. Le vers atteindra ainsi la limite inférieure de sa durée quand celle-ci sera réduite à douze unités de temps, c'est-à-dire à deux mesures. Ce vers de Racine :
Que Ton cou — re aver/w- — et hâ/er — la princesse,
pourra se poser sur trois mesures :
Que Ton coure aver^eV — et hkter — la princesse,
et même se ramener à deux mesures :
Que Ton coure avertir — et hâter la princesse.
Que l'on cou- re a -ver - tir et hâ- ter la prin - cesse.
Dans un assez grand nombre de cas, c'est, non plus le premier, mais le troisième accent rythmique que Ton réduira au simple rôle d'accent tonique. Mais ce raccourcissement de la longueur normale de la période mélodique sera surtout fréquent quand le second hémistiche affectera la forme classique — 6. Aiusi levers de Racine, de la forme 2—4—0—6 :
Brûlé — de plus de feux — que je n'en allumai,
ramènera très facilement la période mélodique à trois mesures :
{^p^r=r=ts=fs=K=: r1r- ^ .-A—^^-^=:f^
1=^--^--^=:=^==:?= ir^
Brû - lé de plus de feux que je n'en al - lu - mai.
Cette forme, qu'on pourrait noter numériquement
2 — 4 — 6, réduit la période classique à la carrure de la période romantique. Mais le vers reste classique, puisqu'il conseWe l'accent rythmique de Thémistiche; il est uniquement d'une forme classique dérivée, qu'on pourrait désigner sous le nom de pseudo-romantique.
Nous venons de voir que le vers classique pouvait se disposer sur trois et même sur deux mesures. Les musiciens vont plus loin puisqu'ils dédoublent l'unité de temps. Or, la récitation est une sorte d'interprétation musicale. On peut donc envisager le cas, assez rare d'ailleurs, où un acteur croira devoir employer ce procédé musical et enfermer son vers dans une seule mesure remplie par douze doubles croches. Bien entendu, ce que nous ne voulons même pas essayer d'indiquer, les syllabes, comme les notes, pourront conserver leur valeur relative proj)ortionnelle. On remarquera que les vers romantiques ne peuvent se ramener de leurs trois mesures théoriques à deux mesures sans repasser par la forme classique, ce qui n'offre aucun inconvénient puisque ce nouveau raccourcissement égalise en quelque sorte la durée de toutes les syllabes du vers et agit par conséquent dans le même sens que le premier raccourcissement normal du mode romantique.
Quant à l'extension du vers et à l'accroissement du nombre des mesures, on peut avec une égale facilité en déterminer la limite supérieure. Celle-ci nous sera donnée par le nombre des accents toniques que contient le vers. Ainsi ce vers de Racine :
Roi, père, époux heureux, fils du puissant Atrôe,
peut se renfermer dans les quatre mesures qui forment la portée normale de la période mélodique :
Roi, pè-re, époux heu -reux, fils du puissant A - trée.
Mais on pourrait à la rigueur retendre sur cinq, et même sur sept mesures, ce qui nous donnera les deux formes dérivées suivantes :
[première forme
Roi, père, époux, heu-reux, fils du puissant A- trée.