‹ Traité général de versification françaiseChapitre 35 sur 54 · DEUXIÈME FORME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME FORME

Roi, père é- poux heu- reux, fils du puis- sant A - trée.

Il ne faut pas abuser sans nécessité de la faculté qu*a la voix d'étendre ainsi la période mélodique du vers et d'élever les accents toniques au rang d'accents rythmiques. Une telle extension est la plupart du temps destructive du rythme. Ainsi ce vers d'André Chénier :

cieux, ô terre, ô mer, prés, montagnes, rivages,

qui contient six accents toniques très distincts, perdrait tout son effet poétique si la voix le partageait en six mesures. Les accents rythmiques et les accents toniques seront très bien placés en lisant ce vers ainsi :

ciewa;, — ô terre, ô mer^ — ;?ré5, — montagnes, rivages;

ce qui nous donne à peu près la période musicale suivante :

cieux, ô terre^ ô raer^ prés^ raon-ta-gnes,ri -vages.

C'est une question de goût et de sentiment qui, dans ces différents cas, règle la diction. Lés récitateurs inexpérimentés, comme les chanteurs qui manquent de science, sont toujours enclins à s'attarder sur des points d'orgue, le plus souvent inutiles ou même destructifs du rythme.

Nous devons accorder ici une attention toute spéciale au vers romantique. L'extension de sa période mélodique, qui se carre normalement sur trois^mesures, produit plusieurs phénomènes intéressants. Il est clair, tout d'abord, que certains vers à double rythme, chez lesquels le mode romantique est instable, remontent à la forme classique par l'apparition d'un quatrième accent. Ainsi ce vers, de la forme 4 — S — 3 :

On entendait — aller et yenir — dans Ten/er,

prendra très aisément la forme classique 4 — 2 — 3—3 :

On entendait — aller — et venir — dans Ten/er.

Dans celui-ci, de la forme 4—4—4 :

Dans le serpent, — dans Taigle altier, — dans la ponthère;

et dans celui-ci, de la forme 3—5—4 :

^pj^e bat — tent, combat terri— ble, corps à corps^

on revient de même à la forme classique, en faisant surgir un quatrième accent :

Dans le serpent^ — dans /'ai— gle ab'er, — dans la pan^Aère. Ils se bai — tent, comôa^ — tern — ble, corps à corps.

Toutefois, dans ces sortes de vers on doit prolonger le son du deuxième accent rythmique plutôt que d'intercaler le repos classique de Thémistiche.

D'autres vers, qu'une raison de symétrie seule a ramenés au mode romantique, reprennent par la même raison leur forme classique, et doublent la période mélodique. Tels sont les vers de cette forme :

Tantôt des bois, — tantôt des mers, — tantôt des nues. J'ai vu le jour, — j'ai vu la foi, — j'ai vu l'honneur.

Ces vers, en effet, ne peuvent avoir que trois ou six accents, trois dans leur forme romantique et six dans une forme dérivée du mode classique, 2 — 2 — 2 — 2 — 2 — 2.

Tan^d^ — des bois, — tan^d^ — des mers, — tan^d^ — des nwes. J'ai vu — le jour, — j'ai vu — la foi, — j'ai vu — Vhonneur.

Mais le cas le plus intéressant à considérer est celui où le vers a une forme romantique certaine. On voit alors se produire ce phénomène remarquable d'un vers romantique qui prend quatre accents rythmiques comme le vers classique, mais qui les dispose différemment, et qui, tout en remplissant les quatre mesures de la période mélodique normale, reste cependant discordant par rapport au mode classique. Ainsi le vers romantique a, comme le vers classique, des formes dérivées

qui lui sont papliculières et qui ne doivent pas se confondre avec les vers classiques de même portée. Il est facile de fournir un certain nombre d'exemples. Ou verra que les formules simples peuvent se résoudre en formules dérivées de différents types, toutes offrant quatre accents rythmiques dont aucun ne porte, comme dans le mode classique, sur la sixième syllabe. En tête de chaque exemple, nous indiquerons la formule simple (S.) et la formule dérivée (D.) et nous donnerons chaque vers sous ces deux formes.

Marthe et Man — e étaient ses sceurs, — Marie, un jour,,. Marthe et Mart— e étaient ses sœurs, — Mari — e, un jour,,.

S*il ne croit pas^ — quand vient le soir, — il pleure, il crie. S'il ne croit pas, — quand vient le soir, — il pieu — re, il crio.

Avant le Vlpr— be, il a rugi, — sifflé, henm. Avant le Ver— be, il a ru^t, — sif/?^, — henm.

Entraient, donnaient — un coup de dent — au genre humam. Entraient, — donnaient — un coup de rfen^— au genre humam.

Un piège où ceux — qu'il veut détrui—re tomberont. Un piè — ge où ceux — qu'il veut dé/rMi- re tomberont.

bit : Porte^^àii— ve, il est ain« — commodément Jyu : — Porte-^^at- ve, il est ainsi — commodément*

L'aigle, qui, seul, — n'avait pas ri, — dressa la ^^e. L'ai— gle, qui, seul^ — n'avait pas ri, — dressa la ^^te»

DES RYTHMES DËRIVÉS. 211

Ils vont, vien — nent, jamais fuyant, — jamais Idissés. Ils vont, — vien — nent, jamais fuyant, — jamais IdiSsés,

Plus d'infants : — neuf étaient tombés; — un avait fui. Plus d'infants ; — neuf — étaient tombés; — un avait fui.

C'est Final, — mais Final vaincu, — tombé, ûétri. C'est Final, — mais Final vaincu, — tomô^, — ûétri.

Il se ven — ge, il devient pervers, — il vole, il ment. Il se ven — ge, il devient pervers, — il vo — le, il ment.

Çà, le premier — qui monte à cheval, — je le tue. Çà, — le premier — qui monte à cheval, — je le tue»

Et tout est ^— xe, et pas un coumer — ne se cabre* Et — tout est fi — xe, et pas un coumer — ne se cabre»

Ladislas, îxxrtif, — prend un couteau — sur la nappe. Ladis/o^, — fnrttf, — prend un couteau — sur la nappe,

Dans l*azur des deux, — hors de Tom— bre et de Voubli. Dans Vdizur — des cieu3ù, — hors de Tom— bre et de l'ouô/û

L'être est d'aôord — moitié bru — te et moitié for^^ L'é—tre est d'aôord — moitié ôru- te et moitié for^^;

S'il revient? — disent Ponce et Ramon. •— Qu'il revienne. S'il revient? — disent Ponce et Ramon. — Qu'il revienne.

Nous aurions pu facilement multiplier les exemples ; mais ceux que nous avons cités nous paraissent suffisants. Le dernier mérite une courte observation. Nous avons montré comment un accent rythmique trouvait un obstacle à son allongement dans la proximité d*un élément de six syllabes. La forme dérivée vient, dans ce cas, fort heureusement corriger ce défaut de la forme simple.

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