‹ Traité général de versification françaiseChapitre 4 sur 54 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

ment nous avons tenu compte du temps et mesuré la durée normale du vers fondamental et de toutes les unités métriques plus courtes en usage dans la poésie française. ^

Un vers français doit être considéré comme une véritable phrase musicale, qui se divise en un certain nombre de mesures, et qui, suivant des rapports facilement appréciables à T oreille, répartit un nombre déterminé de syllabes dans ces fractions égales du temps total. La théorie scientifique de la versification française repose donc sur le rapport qui existe entre le nombre et te temps. On verra combien est fécond ce principe et avec quelle facilité il nous permet de rattacher notre système de vérification à celui des anciens. De ce principe se déduisent toutes les règles auxquelles sont soumis les vers français ; et c'est encore lui qui nous a conduit à découvrir les lois de révolution rythmique dont notre siècle a été le témoin.

Quel que soit le jugement que Fon porte sur la valeur des innovations introduites dans la poésie

PRÉFACE. vn

moderne, on ne peut désormais se soustraire à la nécessité d'en rechercher le caractère et la raison. Tous les traités en usage jusqu'ici ne s'appliquent qu'à la versification du xvii® siècle. A Taide de quel principe d'ailleurs eussent-ils expliqué l'évolution romantique, du moment qu'ils ne tenaient pas compte du temps? C'est donc encore dans cet ouvrage un pfliiit de. vue entièrement nouveau. ^

Nous avons étudié le système de versification, que conventionnellement nous appelons romantique, avec un esprit dégagé de préjugés et avec la môme attention scrupuleuse que le système classique. Si l'Université et l'Académie elle-même s'eflForcent de maintenir les grammaires et les lexiques au coura»t des révolutions du langage, quelle raison pourrait-on alléguer pour laisser dédaigneusement de côté la langue des vers et lui refuser le droit de se plier à la façon de sentir des générations nouvelles? Toutefois, il y a vingt ans, et c'est la légitime excuse de nos devanciers, juges du goût le plus sûr pour la plupart, il eût

Page 1