CHAPITRE XVIII
Après avoir développé les lois générales qui règlent les rapports du poème lyrique et des périodes mélodiques, ceux du rythme et du sens , et la liaison des différentes parties delà période par Tentrelacement des rimes, nous devons pénétrer plus avant dans la constitution de la période simple ou composée, examiner les cas divers qui peuvent se présenter et les embrasser jians une étude d'ensemble.
Nous demanderons au lecteur la permission de donner à notre démonstration une forme mathématique, d'ailleurs fort simple, ce qui nous permettra d'introduire une concision nécessaire dans les différentes parties du sujet. Si donc nous désignons par P une période mélodigjje, quelle qu'elle soit, tout poème lyrique (L) pourra être représenté par la somme de ses périodes mélo* diques: L = Pi + P2 + P3 +Pm, ce qui nous donnera réquation générale du poème lyrique: L==mP* On voit ainsi que le poème lyrique se modifiera selon la valeur que prendront les variables m et P. Le nombre m^
en effet, peut être plus grand que l'unité ou égal à Tunité ; et P peut se réduire à une strophe s, ou comprendre deux, trois, quatre strophes et plus {Sy s, s\ etc.) différant entre elles, soit par le nombre des vers, soit par leur mètre, soit par leur disposition, soit par l'entrelacement des rimes. Nous aurons donc cette série de formules P = ^, P = ^ + /, V = s + s' -\-s" , V = s + s' + s +s"\ etc., à examiner, premièrement en posant m > 1, deuxièmement en supposant m = i.
Nous passerons ainsi en revue toutes les formes que prend la période mélodique , d'abord dans le cas où le poème lyrique comprend plusieurs périodes simples ou complexes, et ensuite dans le cas où il est réduit à une seule et unique période, qui peut être également simple ou complexe.
Nous présenterons d'abord une observation générale sur le choix des mètres et sur leur disposition. Le poète est libre d'assembler des vers de même mètre ou de mètres différents, et, dans ce dernier cas, de les dispo-^ ser selon qu'il conviendra à l'expression de sa pensée.
Toutefois, les parties dans lesquelles se décompose la période mélodique devant être facilement appréciées par l'esprit et par l'oreille de l'auditeur, le poète évitera d'assembler un grand nombre de mètres différents. La plupart des strophes ne comportent que deux sortesjie mètres, quelquefois trois, plus rarement quatre. Il n'y a pas, en réalité, de hmite précise; mais il faut toujours songer que c'est la clarté et la netteté du rythme périodique qui est en jeu, et qu'il faut prendre garde de détruire.
Le choix et le mélange des vers apportent une grande diversité dans les rapports des périodes secondaires et modifient le rythme général de la strophe. En effet, toute période mélodique comprend un certain nombre de mesures, qui peuvent se diviser différemment selon le mètre des vers employés. Par exemple, une période mélodique de seize^ mesures musicales pourra être remplie soit par quatre vers de douze syllabes, soit par huit vers de six, de sept ou de huit syllabes, soit par quatre vers de dix syllabes joints à deux vers de six, de sept ou de huit syllabes. Une période de vingt mesures pourra être formée, soit par cinq alexandrins, soit par six décasyllabes et un vers de six, de sept ou de huit syllabes, soit encore par quatre alexandrins qu'entrecoupent deux vers de six, de sept ou de huit syllabes. Le nombre des combinaisons est considérable. La plus petite période mélodique est de quatre mesures, remplies par quatre vers de trois, de quatre ou de cinq syllabes. Il n'y a pas rigoureusement de limite supérieure ; cependant une période de quarante-huit mesures, formée de douze alexandrins, est une des plus grandes que Ton puisse employer. Lorsqu'un poète a choisi l'amplitude de sa période mélodique, il doit apporter une grande attention à ne pas l'altérer, soit par l'addition inattendue d'une mesure (quand un accent supplémentaire vient à surgir dans un vers), soit par la diminution d'une mesure (quand, par exemple, un vers alexandrin passe du mode classique au mode romantique).
Nous nous contenterons de ces quelques observations sur le choix des mètres. Quant à la disposition des rimes.
c'est une étude qui tient essentiellement à la constitution de la strophe ; elle varie selon le nombre de vers dont se compose la période mélodique. La strophe a plus ou moins d'unité et de solidité, selon que les rimes sont plus ou moins habilement enlacées. Nous devrons donc nous livrer, sur ce point> à Un minutieux examen.
Nous passons à l'étude de la constitution du poème lyrique , d'abord dans l'hypothèse de f^ > 1 , c'est-àdire quand il comprend uh nombre indéterminé de périodes mélodiques. Le premier cas à examiner est celui Bù P = *, c'est-à-dire où là i^ériode sô réduit à une strophe* Selon le nombre des vers de la strophe les rimes s'entrelaceront différemment. Dans les tableaux que nous dresserons les accolades de droite relieront toujours les rimes féminines entl*e elles , et celles de gauche lés rimes masculines.
Strophe de dmùi> ou de trois f>ersi — Le distique et le tercet ne peuvent remplir une période mélodique simple et fobmet Uiie strophe. Ils ne peuvent entrer que dans des péi^iodes composées;
Strophe de quatire i>ers. — Cette strophe j en dehors des Hmes plates, ne comporté qu'une combiuaison :
Ici, comme dans la suite, nous ne comptons pas pOUr une fbrme •particulière celle qui résulterait de là disposition inversé des rimes : Mj F, M, F.
DES PÉRIODES SIMPLES ET COMPOSÉES. 37ft
Strophe de cinq vers. — Cette strophe se forme en combinant diversement deux rimes , l'une féminine, l'autre masculine. Voici les formes les plus usitées:
Mf / M[ F 1 rM
Mi \F ) /M( ]f
La strophe n° 1 et surtout là strophe n® 4 ont un poittt faible après le quatrième vers, puisque le système des rimes s'y trouve complet. Il fatit donc, ëprès ce vers, éviter un arrêt ou un repos du sens et bien lier le quatrième vers au dernier.
Strophe de six vers. — Cette strophe se dispose, soit sur deux rimes, Tune féminine, l'autre masculine ; soit sur trois rimes, l*une féminine, et les deux iautres masculines ou vice versa.
Voici quelques-unes des cotnbitiaisons employées le plus fréquemment :
La strophe n<> 1 est la plus solidement coiistruite> car
le système des rimes n'est complet qu'à la fui même de la strophe.
La strophe n<» 3 faiblit après le quatrième vers ; les strophes n^» 2 et 4 ont deux points très faibles : l'un après le quatrième vers, l'autre après le cinquième. Nous redirons donc encore une fois qu'à ces points le sens doit continuer et entraîner l'auditeur jusqu'à la fin de la strophe.
Strophe de sept vers. — Cette strophe comporte, soit deux rimes , l'une féminine, l'autre masculine ; soit trois rimes : l'une féminine et les deux autres masculines, ou vice versa.
Les formes les plus usitées sont celles-ci :
!¥'>» 1¥°3 ]V«4 1V'>5 JV^e IV^'T
F F M F' F' F' M (M m' IM ^M
Les strophes n<> 6 et n® 7 sont bien liées dans toutes leurs parties, malgré le point très légèrement faible de la 7^, après le sixième vers. La strophe X)P 4, et surtout la strophe n° 5, ont un point très faible après le quatrième vers.
Quant aux strophes n°M, 2 et 3, elles sont fragiles; les trois derniers vers sont imparfaitement attachés aux quatre premiers.
Strophe de huit vers, — Cette strophe se compose sur deux, sur trois ou sur quatre rimes. Voici quelques formes qui se présentent fréquemment :
F I cui jM