MF M F' F
Etc.,
, etc.
Etc., etc.
382 VERSIFIGATIÛN FRANÇAISE.
Dans le cas où P=^4-5'-}-/, mais où les trois strophes ne différeraient entre elles que par les rimes et par leur disposition, nous aurions alors une nouvelle série de combinaisons. Il suffirait, par exemple, d'intercaler dans le tableau ci-dessus, au milieu des deux strophes, une strophe intermédiaire commençant par une rime masculine et finissant par une rime féminine. Afin d'éviter des complications inutiles, je ne fournirai d'exemple que pour des strophes de quatre vers :
FMMF mfmf m f f m
Ce système est lui-même susceptible de modifications, car la disposition s — 8--^$" peut devenir s — / — ^ ou s" -s- s'.
On voit à quelle richesse rythmique peut s'élever la poésie, car toutes les strophes pourraient fournir de semblables combinaisons. Il est Juste d'ajouter que si ces systèmes composés sont assez fréquents, quand il s'iagit de strophes courtes, ils sont rarement employés ou rejetés quand on met en œuvre de longues strophes.
Nous arrivons à un des cas les plus intéressants, lorsque, dans l'hypothèse P = ^ + y, ou P = ^ + ^ + /, les strophes s, s\ / sont composées d'ua nombre dissemblable de vers pouvant encore différer par le mètre, les rimes et leur disposition. Dans ce cas, s, s\ s'\ bien que formées sur un même système de rimes et formant un tout rythmique, ne doivent pas être indissolublement liées
entre elles ; à la fin de chacune de ces strophes, le système des rimes doit être partiellement complet et coïncider avec un arrêt partiel du sens. Si, en effet, une rime de la strophe s ne trouvait que dans la suivante la rime qui lui répond, si une rime de la strophe s' ne trouvait sa rime jumelle que dans s\ les trois strophes s, s\ s" ne seraient pas séparables et formeraient une seule et même strophe, ce qui est contraire à Thypor thèse P == ^ +5' + / et nous ramène au cas des périodes simples. On voit donc que s, s\ / doivent être des périodes mélodiques secondaires, dont la réunion forme la période mélodique principale. Ce genre de poème ly^ rique est peut-être le plus usité, bien qu'il dérobe aux yeux son agencement par la réunion typographique des périodes secondaires. On peut dire, en effet, que, du seizième au dix-huitième siècle, et même encore de nos jours, les strophes apparemment simples de huit, de neuf, de dix vers, etc., ne sont très souvent que des périodes mélodiques composées. Ainsi, les strophes de huit vers, n^» 1, 3, 4, 7, 8, 9 et 10, seront en réalité dans ce cas des périodes composées, formées de deux strophes de quatre vers (quand, bien entendu, il y a coïncidences du repos logique). Les strophes de neuf vers, n°» 1, 2, 3, sont, dans les mêmes circonstances, formées d'une strophe de quatre vers et d'june de cinq, tandis que le type n° 4 se composerait d'une strophe de cinq vers et d'une strophe de quatre. Les strophes de dix vers, n^ 1, se diviseraient en deux strophes de cinq vers, le n^ 3 en une strophe de quatre vers et une de six, de même que les n<»« 4, 8 et 7. Le modèle n» 6 se
partagerait, au contraire, en deux strophes, l'une de six vers et Tautre de quatre, ainsi qu'à l'occasion le n« 4. Les strophes n°^ 5 et 7 pourraient encore se composer de deux strophes de quatre vers et d'un distique.
Les anciens traités de versification prescrivent justement, dans ces strophes de huit, neuf ou dix vers, les repos qui les brisent et qui sont, en effet, dans les usages habituels des meilleurs poètes. Ces prescriptions n'ont rien que de légitime ; elles introduisent dans un tout d'un certain développement l'ordre et l'équilibre des parties composantes. Proscrire aujourd'hui ces repos serait peu rationnel. Seulement, il y a là deux systèmes qui ne doivent pas se confondre. Tout poète est parfaitement libre de construire son poème lyrique d'après le système des périodes mélodiques simples, et dans ce cas ces repos doivent être rigoureusement proscrits ; ou suivant le système des périodes mélodiques composées, et dans ce cas ces repos doivent, au contraire, être prescrits. Ce qu'on est en droit d'exiger d'un poète, c'est qu'il soit constant dans son dessin, et qu'il n'assemble pas au hasard et indifféremment des périodes simples et des périodes composées. Un tel mélange ne' serait possible que si du poème lyrique simple nous^assions au poème lyrique complexe, lequel est libre d'assembler, suivant certaines lois, des périodes simples et composées. Dans un poème quel qu'il soit, un ordre logique et saisissable pour l'esprit doit coordonner les parties.
Avant de passer à la dernière partie de notre sujet,
• il nous reste à examiner un cas particulier des poèmes
à périodes composées. Soit un poème lyrique de cette
l'orme : L = Pi + P2 + P3 , etc. = (^1 -f Si) + {S2 + ^2') + (^3 + ^3), etc. Si nous supposons ^1'= ^2'= .^3', nous pourrons désigner ces trois quantités identiques par r et nous aurons L = {Si+r) + (s2+r)+{S3+r), etc., qui n'est autre chose que la formule générale de la chanson avec refrain. On rencontre assez souvent des odes de cette forme, où les périodes mélodiques composées se terminent toujours par le retour d'un même vers, d'un même distique, d'un même quatrain, etc.
Jusqu'ici nous avons considéré le poème lyrique comme formé d'un certain nombre de périodes mélodiques égales, simples ou composées. Nous modifions maintenant notre hypothèse et nous supposons le nombre des périodes réduit à l'unité. Dans la formule générale L = m?, nous prenons m = l-, et elle se réduit à L = P, c'est-à-dire que le poègae lyrique ne comprend qu'une seule période mélodique. Mais celle-ci, comme dans l'hypothèse précédente, peut être simple ou composée. Nous substituons à P les différentes valeurs que la période est susceptible de recevoir. Dans le cas de P = ^, nous aurons: L = ^; et dans le cas de P=^-[-y, ou de P = ^ + /4-/, etc., nous aurons : L = ^-|-/, ou L = ^ -|- y +-#, etc.
Mais n'oublions pas la condition essentielle à l'intégrité de la période mélodique, à savoir que les différentes parties en doivent être liées par des procédés rythmiques et métriques, qui consistent dans la disposition préalablement déterminée des rimes, dans leur répétition, dans le retour systématique de tel ou tel vers, etc. Le poème lyrique, dans l'hypothèse que nous
examinons, est devenu un tout dont une loi rythmique assemble les parties. C'est, en définitive, une seule période mélodique qui pourra être aussi simple qu'on le désirera, ou aussi complexe qu'on voudra l'imaginer. Il est certain, d'ailleurs, qu'à mesure que la période agrège un nombre de plus en plus grand de parties, le dessin général devient de moins en moins saisissable, et qu'arrivée à un certain degré de complexité elle échappe à toute loi appréciable.
Dans la première hypothèse, L = ^, le poème lyrique se composera donc d'une strophe unique, qui pourra être de deux, de trois, de quatre, de cinq, de six, de sept, de huit, de neuf, de dix, de onze, de douze vers et plus. La strophe unique, formant un tout poétique et rythmique, prend un nom particulier, selon le nombre de vers dont elle se compose. Elle s'appelle distique^ tercet^ quatrain^ cinquain ou quintil^ sizain, sejptaiTiy huitain, nmvain, dizain^ onmin, domain, etc. Les poètes français ont surtout fait usage du quatrain^ du sizain^ du huitain et du dizain. L'emploi des autres strophes n'aurait rien d'illégitime. Toutes ces strophes peuvent prendre l'une quelconque des dispositions dont ci-dessus nous avons dressé des t^bleaux«sufflsamment détaillés.
Nos vieux poètes ont longtemps affectionné ces petits poèmes, et Ton pourrait rencontrer chez eux des exemples de toutes les formes. Cependant quelques formules rythmiques ont été de préférence employées, en raison de l'heureuse disposition de leurs rimes. Telles sont, pour le huitain et le dizain, qui se composent générale-
ment de vers de huit ou de dix syllabes, ces deux formes, d'ailleurs excellentes :
Ces sortes de petits poèmes constituent, il faut Favouer, un genre de poésie à peu près abandonné aujourd'hui. Il nous suffit donc d'en avoir montré la loi générale.
Dans la seconde hypothèse, L=^-f^' ou s-{-s'+s'\ etc., nous avons à faire passer devant les yeux du lecteur une série de petits poèmes curieux et très intéressants, fort en usage au temps jadis. Quelques-uns ont eu une très haute fortune, mais la plupart sont aujourd'hui délaissés, si ce n'est oubliés. Nous ne chercherons donc pas à en pré^nter ijne nomenclature complète, nous tomberions dans l'archéologie littéraire. Nous ne parlerons que des plus célèbres, ou de ceux qui sont restés en usage. C'est ici qu'on va voir se réaliser cette loi rythmique, qui consiste à lier par la disposition et la répétition des rimes toutes les parties composantes d'une large période mélodique complexe, élevée au rôle de poème lyrique.
Nous désignerons par R tout vers, ou fragment de vers, répété comme un refrain à des places déterminées. Quand les vers-refraîns sont au nombre de deux, nous désignerons le premier par r et le second par /.
Le Triolet, — Ce petit poème, qui n'emploie que deux rimes, se compose de deux parties liées entre elles. Il est remarquable par le retour successif, à des places fixes, de deux vers-refrains. Voici sa forme :
Le Rondel. — Il n'a aussi que deux rimes , et un refrain de deux vers, r et r'. Il se divise en trois parties.
Le Rondeau. — Composé de treize vers ordinairement de huit ou de dix syllabes, il se divise en trois parties et se construit sur deux rimes, huit féminines et cinq masculines , ou vice versa. Il a un refrain deux fois répété, qui ne rime avec aucun vers, et qui est formé
du premier mot ou des premiers mots du premier vers.
Le Rondeau redoublé, — Comprend six quatrains construits sur deux rimes. Les vers du premier A, B, C, D, forment le dernier vers des quatre suivants. Au sixième s'ajoute en refrain le début du premier vers.
• • \^ ••••X !••••«•#•• JLVX
Le Lai, — Construit sur deux rimes, il disposait ainsi ses vers de cinq et de deux syllabes.
Le Virelai. — Prenait les rimes des petits vers de la première strophe pour en faire la rime des grands vers de la seconde, et ainsi de suite. Le nombre de strophes est indéterminé. Voici la forme d'un virelai à trois strophes :
La Villanelle, — Ce petit poème se construit sur deux rimes, et se compose d'une suite soit de tercets, soit de quatrains. La première strophe, dans les deux cas,con-
tient deux vers-refrains qui, dans les tercets, reviennent chacun à leur tour et qui, dans les quatrains, reviennent ensemble dans un ordre tour à tour semblable ou inverse. Le nombre de strophes n'est pas limité.