‹ Traité général des eaux et forêts, chasses et pêchesChapitre 103 sur 344 · PIAR · texte numérisé non relu

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mers du nord de l'Europe, et que même on en pêche pendant tout l'été dans le nord de la Norvège ; qu'on ne sait ce que deviennent ces immenses bancs de hareni^s, et qu'on n'a jamais eu connaissance de leur retour.

Ce même naturaliste demande ensuite : 1°. pourquoi la plus petite espèce de harengs tourne-t-eile du côté de la Baltique, et la plus grosse vers la mer du Nord? 2°. 2>ourquoi, si c'est l'elfroi que leur causent les baleines qui les fait émigrer, font-ils plusieurs centaines de milles au-delà des parages où ces cétacés liabitent ordinairement? pourquoi reviennent - ils ensuite dans ces mêmes jiarages qu'ils fuyaient quelques mois auparavant, et pourquoi sortejit-ils de la Baltique, où ils n'ont pas à craindre la présence de ces redoutables ennemis.? 3° pourquoi, si c'est le manque de nourriture qui les chasse de dessous les glaces du Nord, arrivent-ils toujours à la même époque de l'année? enfin, pourquoi ne voit-on presque jamais les petits harengs, qui devraient accompagner les gros, si des causes générales agissaient sur eux ?

Un fait qui a été fréquemment constaté dans différens lieux et à des époques fort éloignées les unes des autres, c'est que les harengs abandonnent des parages sur lesquels ils étaient fort abondans, et qu'après plusieurs années, ils y reviennent en aussi grande quantité.

Nourriture. — Ils vivent de petits poissons, de petits crustacés, de vers marins, de mollusques, etc. Duhamel observait que les harengs paraissaient se soutenir par l'usage de quelque substance très-abondante et très - répandue dans toutes les eaux de la mer, attendu que ces poissons, qui arrivent par bandes, devraient souffrir et dépérir par le défaut de nourriture, si elle ne se rencontrait par-tout. On sait aujourd'hui qu'ils se nourrissent de petites écrevisses, que Fabricius a décrites sous la dénomination è^astacus harenguni , et qui sont tellement multipliées pendant l'été , qu'on ne saurait remplir un seau d'eau de mer sans prendre en même temps plusieurs milliers de ces animaux. Ils servent de nourriture aux poissons et principalement aux harengs, qui les suivent par-tout où ils dirigent leur course et par-tout où le vent et le courant les entraînent. On attribue aux yeux de ces écrevisses , qui contiennent une humeur d'un roupc foncé , la couleur rouge des excrémens des harengs, teinte qui se communique même au ventre.

Propagation. — Les harengs vivent dans les profondeurs de la mer qui s'étend depuis le ^5«. degré jusqu'au pôle arctique ; et comme la plupart des autres poissons, ils s'approchent des côtes pour frayer. Ils entrent quelquefois en si grande quantité dans la Manche, qu'ils ressemblent aux flots d'une mer agitée : c'est ce que les pêcheurs nomment des lits ou bouillons de harengs } quand les filets donnent dans ces bouillons, il arrive quelquefois qu'ils sont tellement chargés de poissons , qu'ils rompent et coulent bas. Quoique les harengs se rassemblent ainsi pour Irayer, on rencontre néanmoins de ces bancs formés de harengs gais qui se sont déjà déchargés de leurs œufs. On apeiçoit à la surface de l'eau une espèce d'écume que les pêcheurs nom-

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ment le graissin ; on le voit dans la Manche , principalement vers les bords, rarement an milieu, et encore plus rarement à Yarmoutli. Ce graissin est la laite du hareng mâle.

On a remarqué que les harengs frayaient à trois époques différentes : ces époques sont plus ou moins reculées , suivant la chaleur de la saison et l'âge des poissons. Les plus vieux fraient les premiers, ensuite ceux d'un âge moyen, enlin les plus jeunes, et ceux qui fraient pour la première fois 5 car leurs laites et leurs œufs ont bien moins de consistance que ceux des premiers , et les pêcheurs disent même qu'ils sont liquides. Ainsi, le commencement de la ponte a lieu en automne et continue avec des interruptions, variables, sous tous les rapports, pendant presque toute l'année.

Les pêcheurs appellent harengs du printemps les harengs vides ou gais ( V. la PL 8, Jig. 10) , ceux qui ont frayé au printemps , harengs d'été ceux qui fraient dans cette saison, et harengs pleins ou d'automne (V. \'x fig. 8) ceux qui ne fraient qu'en automne ou en hiver.

Plusieurs jours avant que les harengs arrivent en troupes, il y a quelques mâles dispersés, et lorsque tonte la troupe est arrivée, on y trouve plus de mâles que de femelles. A l'instant où ces dernières veulent déposer leurs œufs, ce qui a toujours lieu dans des endroits abondamment garnis de pierres et de plantes marines, elles se frottent le ventre contre les pierres; se mettent tantôt sur un côté, tantôt sur un autre ; aspirent vivement l'eau et agitent rapidement leurs nageoires. L'eau s'obscurcit, devient fétide, et l'œuvre de la génération est accompli. Le hareng du printemps fraie dans la Baltique quand la glace commence à fondre, et continue jusqu'à la fin de juin; ensuite vient celui d'e^e, puis celui d'awtomne , qui n'a terminé que vers le milieu de septembre. Ces différentes bandes suivent un certain ordre dans leurs opérations, comme on l'observe dans plusieurs poissons de rivière, entre autres ceux des genres salmone et cyprin.

Il paraît que les œufs éclosent peu de temps après qu'ils ont été jetés par les femelles ; les pêcheurs disent que , dans les beaux temps d'hiver, on aperçoit sur la côte et le long du rivage une multitude de poissons presque imperceptibles. Ces poissons grossissent , et dès le mois de mars on en prend beaucoup qui n'ont que 3 à 4 pouces de longueur , et qu'on appelle yre///î de hareng.

La multiplication des harengs est prodigieuse : on a compté 63,656 œufs dans une seule femelle de moyenne grosseur. Aussi , comme on l'a déjà dit , ils couvrent, dans le temps de leur migration , des espaces de mer très-considérables , et ils ne semblent pas diminuer, malgré la chasse perpétuelle que leur font les cétacés , un grand nombre de poissons voraces, d'oiseaux de mer, et enfin l'homme.

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