DE LA PKCHE DU HARENG
L'importance de celte pêche et les détails dans lesquels nousdevonsentrer nous obligent àdiviser cette partie de notre article en plusieurs paragraphes, qui traiteront 1". de l'histoire de cette pilche; 2». de la pêche du hareng , qui se fait aujourd'hui dans les dif-
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férens parages^ 3°. des préparations qu'on donne à ce poisson pour le conserver^ 4°. de la fabrication de l'huile de harengs ^ 5**. des réglemens rendus en France sur la pêche du hareng.
§ i^"". — Notice sur l'histoire de la pêche du hareng.
La pêche du hareng est la plus importante de toutes les pêches, et celle qui a eu le plus d'influence sur la prospérité des nations. Les Hollandais la nomment la grande pêche .^ tandis cjue celle delà baleine est appelée \a. petite pêche. Charles-Quint et Philippe il ont publié plusieurs ordonnances pour en régler la police ; les états de Hollande y ont fait des changemens et des améliorations , et ces lois forment un recueil considérable, parce que tout ce qui concerne cette pêche , la préparation et le commerce du hareng y est réglé avec la plus grande exactitude et dans les plus grands détails. Le soin de faire observer ces réglemens est confié à un comité , qui porte le titre de collège de la grande pêch-e.
La pêche du hareng est aussi l'une des plus anciennes qu'on ait pratiquées dans le nord de l'Europe. Elle était la seule que les peuples de cette partie du monde fissent en grand à une époque où la pêche de la baleine était limitée à quelques rivages, oii le banc de Terre Neuve n'était pas encore découvert , où les pêches des autres poissons n'étaient que des pêches côtières , qui, par leur peu (l'extension, n'avaient aucune iniiuence sur la marine des nations qui s'en occupaient.
M. Noël, dans son Histoire générale des Pêches , dont il n'a publié qu'un tome avant d'entreprendre son dernier voyage sur mer, oii il paraît avoir été victime de son zèle , a établi que sur la fin du IX^. siècle (888), la pêche du hareng llorissait sur les côtes de Norwege et que les produits de cette pêche excédaient les besoins de la consommation des habitans. En 960 , elle sauva la Norwege d'une grande famine; mais elle prit une nouvelle extension vers la fin du Xe. siècle par suite de la conversion des peuples du Nord au christianisme et de l'observance des carêmes.
Nous dirons un mot de cette pêche chez les différentes nations de l'Europe, en nous aidant du savant ouvrage de M. Noël, qui, malheureusement, est resté incomplet, et ne comprend que les premiers âges , jusque vers le milieu du XV^. siècle.
Pêche des Norwégiens, des Danois et des Villes Anséatiqucs. — La pêche du hareng, la plus productive de toutes et en même temps la j)lus facile à exercer, s'étendit sur tous les rivages où l'Evangile avait été prêché, etdès le commencement du XI^. siècle, elle était en grande activité dans le Sund , et donna, naissance à plusieurs grandes villes.
Les Norvégiens et les Danois ne bornèrent pas l'exploitation de cette mine féconde aux seules eaux qui baignent leurs côtes; ils se portèrent sur celles de Poraéranie et de l'île de Rugen , le rendez-vous général des peuples chrétiens et payens , qui s'y rassemblaient au mois de novembre. L'auteur de la Vif de saint Olton rapporte qu'en 1124 le hareng fut pôcbé en si grande abondance, qu'on donnait pour un ore de denier (un sou et un quart) la charge d'une voiture de ce poisson.
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Les immenses richesses que les Nonvégiens acquirent par cette jièche , excitèrent la jalousie des nations , qui partagèrent avec eux ces laveurs de l.> nature et finirent par se les approprier.
L'abondance du hareng était si grande dans les eaux du Sund , qu'au rapport d'un auteur, les barques pouvaient à peine en rompre les bancs avec la rame, et qu'on n'avait pas besoin de filets pour les pécher; il suffisait d'étendre la main pour les prendre.
Les réglemens publiés par le roi de Danemarck sont les plus anciens que l'on connaisse , et c'est sous la protection de ces lois que se répandit dans tout le Daneman k une opulence et un luxe jusqu'alors inconnus des peuples du Nord.
Fischer, auteur du Commerce de V Allemagne^ dit qu'à l'époque où la grande pèche du hareng se faisait dans la Baltique , et dans les premières années où elle devint si florissante en Scanie , le commerce extérieur de ce poisson était entre les mains de deux nations : \&s Slaves l'emportaient par terre et les Saxons par mer; ces peuples, et généralement ceux de la Basse-Allemagne, en faisaient leur principale nourriture ; mais lorsque l'apparition plus régulière des bancs de hareng eut fixé le rendez-vous des pécheurs auprès de Skanor et de Falsterbo , les Brandebourgeois, d'un côté, et les \ illes Anséatiques de l'autre, s'emparèrent de cette branche de commerce.
Plusieurs fois les Danois essayèrent de se ressaisir du sceptre de la mer, et d'expulser les Mlles Anséatiques de leurs pêcheries de Skanor; mais, en 12425 Eric, successeur de Waldemar, fit la funeste expérience de la supériorité des forces qu'elles avaient acquises à la faveur des privilèges obtenus de ses prédécesseurs. Leurs troupes vinrent assiéger Copenhague , la prirent d'assaut , la pillèrent et en rasèrent la forteresse.
La JNorvvege qui n'était pas encore réunie au Danemarck, et l'Islande, qui fut indépendante jusqu'en 1264, se livraient avec autant d'ardeur que de succès à la pêche du hareng dans les eaux de leurs golfes, qui ne le cédaient point à celles du Sund pour l'abondance de ce poisson. Bergen était considéré comme le principal marché de toute la Norwege ; il y avait des pêches réglées, des foires annuelles où se rendaient les étrangers , et les rois leur avaient accordé de grands privilèges. Les Norwegiens étaient presque seuls en possession d'acheter tout le poisson des Islandais, et la pêche y formait une des principales occupations de ces insulaires, depuis l'établissement du christianisme.
En 1 2'75 , il y eut aussi quelques troubles en Norwege sous le règne d'Olaff : les privilèges des marchands de la Basse-Allemagne, qu'il voulut abroger en furent le prétexte; maisHaquin, son successeiu", persuadé que la Norwege ne pouvait commercer avec avantage que par l'entremise de ces étrangers, confirma et augmenta les concessions faites aux \ illes Anséatiques.
En 1348, la "pêche du hareng fut le prétexte d'une nouvelle guerre entre les Villes Anséatiques et le Danemarck. M. Noël attribue cette guerre à la haine que Waldemar portait à 11 ville de Lubeck , et qui entrait pour beaucoup dans les prétentions
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qu'il eut de faire payer aux villes confédérées un toldow droit de passage dans le Sund , au mépris de leurs privilèges et des conventions passées entre elles et ses prédécesseurs. Sousson règne, la Scanie continuait d'être le rendez-vous des pêcheurs de la Hollande, de la Prusse, des pays de la Basse-Allemagne , etc. On voit, par le récit de Philippe de Maizières, voyageur français , adressé à Charles \ J roi de France, et dont un extrait est rapporté dans l'ouvrage de M. Noël, que, dans le bras de mer qui sépare l'ile et le royaume de Norwege de la terre ferme et du royaume de Danemarck, le hareno y arrivait en telle quantité dans les mois de septembre et d'octobre, qu'en plusieurs endroits de ce bras qui a i5 lieues de long, on pouvait le tailler avec l'épée ; que les navires et bateaux de toute l'Allemagne et de la Prusse s'y rassemblaient chaque année pour la pêche de ce poisson ; que suivant la commune renommée , il y avait 40,000 bateaux montés chacun de six , sept, huit et dix personnes, et qui ne faisaient autre chose que cette pêche; qu'en outre de ces 40,000 bateaux, il y avait 5oo gros et moyens vaisseaux destinés à recueillir et saler les harengs. Ce voyageur estimait qu'il y avait plus de 3oo,ooo hommes occupés uniquenient pendant 2 mois à la pêche du hareng.
On peut juger, d'après ce récit, quelle pêche de hareng il se faisait en Scanie, et de quelle importance elle était pour la consommation de l'Europe. Doit-on s'étonner si elle excita si souvent des que-, relies sanglantes entre les puissances qui cherchaient à se supplanter successivement dans ce genre d'industrie , à une époque où il n'y avait ])oint de pêche de morue à Terre-Neuve, qui rivalisât avec celle du hareng.
On voit, dans l'ouvrage de M. Noël, le détail des guerres et des traités cjui eurent lieu pendant un espace de i5o ans, entre le Danemarck et les Villes Anséatiques au sujet de cette pèche.
Un règlement remarquable publié en Danemarck vers le commencement du XV^. siècle, par Marguerite de Waldemar et Eric de Poméranie, qu'elle avait associé à son trône , embrassa et prévit toutes les circonstances qui intéressaient la pêche, la salaison et le commerce du hareng sur les côtes de Skanor et de Falsterbo , et garantit paix et sécurité à tout pêcheur ou commerçant qui se rendrait en Scanie, quoique le prince dont il était sujet, ou la ville dont il était citoyen , fût en guerre avec d'autres princes ou villes dont les sujets fréquentaient aussi la Scanie. n
Pêche suédoise du hareng. — En Suède , dans le cours du moyen âge, cette pêche n'offre pas le même intérêt. Les Suédois furent les derniers à prendre une part active dans les entreprises industrieuses de leurs voisinset dans les guerres souventrépètéesqu'ils sefirent. Ce n'est en effet qu'en 1284, plus de 200 ans après les premières pêches réglées du hareng, qu'une escadre suédoise vint dans le Sund pour y protéger les pêcheurs de cette nation. A cette époque> ils péchaient néanmoins sur leurs propres côtes, puisque, dès l'année 1297, la dime du hareng de la Baltique fut accordée aux évêques de la province d'Helsingie.
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M. Noël établît, par des preuves incontestables, (lue l'art de saler le hareng était connu et pratiqué à cette époque mémorable de la pêclie de ce poisson, et par conséquent bien l^ng-temps avant Villiem Beuckelz, né à Biervliet en Brabant, en iSçy, et auquel les Hollandais attribuent l'honneur de cette découverte. Si Beuckelz perfectionna cet art, ce fut en introduisant la méthode de caquer le hareng; opération qui consiste à lui enlever les branchies et les intestins avant de le soumettre à l'action du sel 5 mais la préparation ordinaire était connue de toute l'Europe dès les premières pêches de Rugen; et si l'empereur Charles-Quint visita , en i556 , le tombeau du pécheur de Biervliet, à dessein d'honorer sa mémoire, on ne doit voir dans cette espèce d'hommage qu'un acte de la politique de ce prince, trop versé dans la connaissance de l'histoire pour se méprendre sur les faits, et trop éclairé sur ses intérêts pour blesser l'amour-propre national des Flamands et des Hollandais , en rejetant une tradition qui flattait la vanité du peuple.
On avait, d'un autre côté, attribué à l'industrie suédoise la découverte de la fabrication de l'huile de liareng, et M. Noël prouve encore que cette fabrication était pratiquée dès l'année 1 236 par les habitans de la Marche de Brandebourg, et par conséquent plus de 5oo ans avant que cette fabrication s'introduisît en Suède , où on la regarda comme une découverte en i 750.
La Ligue des Villes Anséaliques, qui n'était originairement qu'une association de marchands, avait, jusqu'à la fin du XlVe. siècle, fait sentir sa supériorité sur le commerce danois, et fait la navigation du nord et de l'est de l'Europe presqu'à l'exclusioii de toute autre puissance 5 mais les choses changèrent de face en 1697 , lorsque Marguerite, fille et héritière de Waldemar , de ce prince que la Ligue avait tant persécuté, vit reposer sur sa tête la triple couronne de Norwege , de Danemarck et de Suède. Le pouvoir des villes confédérées était alors monté à son comble; il déclina insensiblement. La politique de cette princesse, justement surnommée la Sémiramis du nord ^ £t plus pour l'abaissement de leur domination que n'avaient pu faire les armes de tous ses prédécesseurs.
Pécfie prussitnnc. — La pêche prussienne n'atteignit jamais l'importance de celle des Villes Anséatiques et ne jieut lui être comparée sous aucun rapport. La Prusse a dû encourager la pêche du hareng , parce qu'elle possède des côtes maritimes d'un assez grand développement; mais il paraît que ce n'est guère que vers le milieu du XllI^. siècle que cette naiion pratiqua cette pêche et s'occupa du commerce des poissons salés; et pendant plus d'un siècle, elle ne fit ce commerce que sous le pavillon des villes confédérées.
Péc/ic hollandaise. — La situation de la Hollande et de la Zélande en particulier nous montre dans la pêche l'origine de leur commerce, comme elle le fui de leur navigation. En effet, il est évident cjue les pêches , sur-tout celle du hareng, amenèrent et introduisirent le commerce , puis les voyages de long cours, et développèrent par degrés dans la pallie des anciens Bataves celte aptitude aux entre-
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prises maritimes, qui depuis a distingué si éminemment la nation hollandaise. « L'agriculture, dit Raynal , n'a jamais pu être en Hollande un objet considérable, quoique la terie y soit cultivée aussi parfaitement qu'elle puisse l'être ; mais la pêche du hareng lui tient lieu d'agriculture : c'est un nouveau moyen de subsistance , une école de matelots. »
Boxhornius regarde , avec raison , la pêche du hareng comme la première source de la richesse de son pays, et Luzac la célèbre justement comme la [ilus importante de toutes les pêches hollandaises.
Anderson estime que les premières pêches réglées de la Hollande ne remontent point au-delà de i 1 64 7 quoique long-temps auparavnnt les Hollandais eussent fait des chargemens de harengs salés sur les côtes d'Ecosse. On s'accorde à regarder la Brille comme le plus ancien port où l'on ait fait une pêclie réglée de hareng; Zierickzée partagea bientôt cet avantage avec lui. La pêche toutefois ne se fit point, dans ces premiers temps, sur les côtes de la Hollande proprement dite ; elle se fit sur celles de la Zélande, qui appartenait encore aux comtes de Flandre, et qui ne fut unie à la Hollande qu'en i256.
Les richesses naissantes de la Brille et de Zierickzée devinrent un objet d'émulation pour d'autres villes de Zélande et de Hollande. La pêche, qui s'était faite d'ubord à l'embouchure de la ]Meuse et sur les côtes voisines, s'augmenta insensiblement; et trop resserrée entre les bouches du Rhin et celles de l'Escaut, elle s'étendit bientôt dans des mers plus éloignées , sans doute celles d'Ecosse et de Norwege, avec un succès qui justifia pleinement le but de ses entreprises.
A la même épocpie , des pêches non moins avantageuses furent laites et poussées par les Hollandais dans les mêmes eaux que iréquentaient les pêcheurs danois et bas-allemands.
En 1295, les pêcheurs de Frise, de Hollande et de Zélande, à la faveur d'une liberté de pêche accordée par Edouard ler., roi d'Angleterre, vinrent pêcher à la hauteur d'Tarmouth; et il est probable que même avant cette époque les Hollandais fréquentaient les pêcheries de la Grande-Bretagne.
Campen, ville de l'Over-Yssel , possédait depuis long-temps un établissement en Scanie pour la pèche du hareng. Eric VIII, roi de Danemarck, donna, en i5i6, à la ville de Deventer des privilèges ptirticuliers; Harderwick et Staverin en obtinrent aussi tant de ce prince , que de Waldemar, en 1 324 et 1326 , pour la même pêche en Scanie.
Outre le hareng qui provenait de la pêche hollandaise proprement dite, et qui était consommé soit dans le pays même , soit dans les contrées voisines, il en était encore importé de l'étranger, surtout par les bàtimens de la Prusse et des Villes Anséatiques.
Amsterdam, qui devait figurer un jour au nombre des grandes places de commerce de l'Europe, était déjà une ville importante lorsqu'elle fut admise dans la Ligue anséatique. La richesse et la réputation de cette ville s'accrurent Irès-rapidement. Dès 1395, les relations et les débouchés de sou commerce s'étendaient fort loin, sur-tout depuis que Venceslas, roi des Bomains, eut supprimé les
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péages du Rhin 5 ce qu'il faut reporter à l'an 1079. Plus de 3o ans auparavant, il avait été passé entre Louis (le Bavière et l'archevêque de Mayence une convention, qui portait que les habitans de Spire pourraient librement remonter avec leurs bateaux chargés de sel et de hareng, après avoir acquitté les droits d'estaple à Mayence. Enckhuysen et Wieringen , Staveren et Hindelope, partagèrent avec la Brille les avantages de celle convention , parce qu'elles étaient déji des villes populeuses , dont l'industrie s'était dirigée vers la pèche.
La Hollande vit constamment prospérer sa pêche. Elle eu fut redevable à la protection spéciale dont les comtes, ses souverains, ne cessèrent de l'environner, à l'admission de ses villes dans les pêches <le Scanie, aux privilèges que les rois de Danemarck accordèrent à ses ports, et sur-tout à la nécessité dans laquelle se trouvait la politique danoise d'établir une sorte de rivalité entre ce c|u'on appelait alors la Hanse teulonique et la Hanse batave, qui se portaient réciproquement ombrage, quoiqu'elles fissent partie de la même confédération. La Hollande en fut aussi redevable au besoin que l'Angleterre eut de son alliance dans ses guerres avec la France j considération qui explique le motif des faveurs que les Hollandais obtinrent souvent des rois d'Angleterre, au préjudice même de la pêche anglaise. Enfin la position de la Hollande ; ses rapports de commerce avec les villes de l'Allemagne occidentale , avec les ports de l'Ecluse et de Bruges, où, suivant Fischer, il arrivait chaque année 5oo bàtimens chargés de hareng; la libre navigation de plusieurs fleuves, celle du Khin en particulier, et plus encore peut-être la supériorité de la préparation , qui déjà semblait être le partage du hareng de pêche hollandaise , lui donnaient un avantage décidé sur tous ses concurrens. Pendant la première partie de cette période , tels furent donc en Hollande les progrès de la pêche du hareng. Si les Hollandais n'ont point été les inventeurs de l'art de saler ce poisson, on ne peut leur contester l'honneur d'avoir donné au commerce cjui s'en faisait une grande célébrité , d'en avoir étendu la consommation et d'avoir vu de bonne heure, dans cette branche d'industrie, les fondemens de leur puissante future.
Duhamel, dans son Traité des Pêches ^ imprimé en 1772, dit que les Hollandais employaient à cette époque environ loco bàtimens et 20,000 personnes chaque année à cette pêche, et qu'ils péchaient et débitiiient plus de 3oo,ooo tonnes de hareng , qui, àraison de 200 florins la tonne, produisaient 60 millions de florins et un bénéfice annuel de 87 millions de florins, déduction faite de 23 raillions pour les frais de pêche et de l'apprêt.
Pèche ^amande. — Si l'on ne considère la pêche flamande que d'après le nombre des ports qui s'en occupaient et celui des bras qu'elle employait , peut-être ne paraîtra-t-elle pas digne de figurer à côté des pêches de Hollande , d'Angleterre et de France 5 mais si on l'envisage sous les différens rapl'Orts d'utilité qui lui sont propres, on en concevra une autre idée, et elle ne perdra rien dans le parallèle.
La Flandre était composée originairement du ter-
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ritoirede Bruges, auquel Charles-le-Chauve joignit depuis une assez grande étendue de pays dévasté par les Normands, et dont Bruges, devenue célèbre jjar l'entrepôt qu'y établirent les Villes Anséatiques , était la capitale. Le port de VÉcltise était encore peu fréquenté; Blanktnbcrgh existait à peine sous les premiers comtes flamands; Ostende n'était qu'un village en 8i4j il devint bourg en 1072, et ce n'est qu'en 1372 qu'il fut entouré d'une palissade. Il n'était habité que par des pêcheurs de hareng; Nicuport doit à la pêche son origine et ses premiers accroissemens, comme la plupart des villes maritimes du JNord ; il fut détruit plusieurs fois et ne trouva que dans sa pêche, les moyens de réparer ses pertes. Philippe d'Alsace le fit entourer de murs en 1 160. Sur la même cAte, IDunherque n'était encore qu'un hameau habité aussi par des pêcheurs. Gravelines ne fut bâtie que vers l'an 1 1 60. Telles sont les villes où se firent d'abord la pêche et le commerce du hareng.
Constamment favorisée par la bienveillance des souverains , la pêche de Nieuport prospéra au point qu'outre l'agrandissement de la ville , on y fonda et bâtit, avec le produit de la seule dîme du hareng, les églises, les hc)pitaux , les écoles des pauvres. Celte ville devint bientôt le chef-lieu des pêches de la Flandre, et le principal marché de poisson pour les villes et les provinces voisines.
Il est donc certain que, dans le moyen âge, les Flamands ont fait des pêches considérables de hareng ; celui qui provenait de ces pêches était connu dans le commerce sous le nom de hareng de Flandre. 11 s'en consommait une partie à Paris même , et il est souvent cité dans les réglemens de police ; tandis que la dénomination de hareng de Hollande ne s'v trouve employée Cjue 2 ou 3 siècles plus tard ; mais il parail certain aussi cjue ce poisson n'était pas aussi bien préparé que celui d'Ecosse ou de Scanie, car il en est parlé comme d'un poisson contrefaict: d'où l'on doit conclure qu'il s'expédiait alors par barils en vrac, sans être alité ou pacqué à la manière hollandaise.
Les pécheurs d'Ostende, de Dunkerque et de Nieuport, n'eurent point d'établissement en Scanie; ils se rendaient sur les côtes d'Ecosse et d'Angleterre , ou péchaient à l'ouverture de la Manche. Le succès de leurs travaux fut souvent contrarié par les guerres, et la pêche du hareng, après avoir obtenu encore c^uelque importance vers le commencement du XVe. siècle , éprouva de nouvelles épreuves qui la firent insensiblement décliner.
Pêche du hareng en Angleterre. — Cette pêche est très-ancienne, si l'on en juge par plusieurs actes antérieurs à la conquête et par le grand nombre qui turent publiés dans le cours du siècle suivar:t. M. Noël pense que la première station des pêcheurs fut, dès l'origine, sur les côtes deSuffolk. La ville de Norwich était l'estaple de la pêche sous Alfred et Canut, rois d'Angleterre; elle jouit de ce privilège jusqu'au temps de la conquête, époque où se formèrent à l'embouchure de l'Yare les bancs de sable où depuis fut établie la ville d' Yarnwuth. C'était déjà, sous Guillaume et même des le règne de Canut , le point de réunion de tous les pêcheurs des côtes voi-
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sines, et d'une partie de la France et de la Basse- Allemagne. On y élevait des tentes pour chaque saison de la pêche, et cet état de choses dura depuis io4o jusqu'en 1 108, où Yarmouth fut érigé en bourg et obtint des privilèges de Henri 1". La même pêche
se faisait avecunégal succès àWhitby , Deseninges, Keppes, Lynn, Thanet, etc.
Il paraît que l'Irlande, malgré sa position au milieu des eaux les plus poissonneuses, n'a commencé à s'occuper de la pêche du hareng que vers le XlIIe. siècle..
Quant à l'Ecosse, qui fut bien plus tôt civilisée que l'Irlande, il est certain que vers le milieu du Xlle. siècle, elle avait des liaisons de commerce dans les Orcades avec plusieurs nations européennes; et l'on ne peut douter que le poisson salé n'en formât l'un des principaux objets.
Vers le commencement du XlVe. siècle, Yarmouth vit s'augmenter la réputation de sa pêche, et l'opinion lui assigna dès-lors la place qu'il a occupée depuis comme premier port de pêche de l'Angleterre. Il y arrivait annuellement de la Flandre, de la Hollande, de la Frise, au-delà de 5oo buyses et autres bâtimens, qui faisaient trois voyages et ne péchaient pas moins de 70,000 lelhs de poisson. Dans le cours de ce siècle, il y eut diverses conventions entre les rois d'Angleterre et de Danemarck pour la police de la pêche que faisaient les Anglais dans les mers de la Norwege et dans les îles de Shetland. Il y eut aussi, dans le commencement de ce siècle, entre les rois d'Angleterre et les comtes de Flandre et de Hollande plusieurs traités relatifs à la pêche du hareng.
Dès le commencement du XVe. siècle, les pêcheurs anglais parcouraient les côtes de la Baltique.
Les guerres malheureusement trop fréquentes qui s'élevaient entre la France et l'Angleterre , firent négliger le commerce et la pêche pour se livrer à des opérations militaires, dont le résultat tournait indistinctement au préjudice des deux nations. La liberté de la pêche, qui avait été respectivement reconnue en i385 et en i4o3, ne fut plus accordée sous le règne de Henri V. Les Anglais ne péchèrent plus sur leurs propres côtes j ils préférèrent de se rendre dans les eaux de la Norwege et du Danemarck; mais d'un autre côté, le roi de Danemarck se plaignit du nombre excessif de bâtimens anglais qui parcouraient les mers de ses royaumes et semblaient les épuiser; ce qui obligea Henri V à défendre à ses sujets, en i4i5 , d'aller pêcher sur les côtes de Norwege.
Tandis que l'Angleterre éprouvait une sorte d'incertitude dans la direction et l'exploitation de sa pêche, une émulation généreuse se développait en Ecosse. Les législateurs y donnaient leurs soins pour établir une pêche générale sur toutes les côtes du royaume. L'époque de sa plus grande splendeur fut
en 1429-
La pèche française du hareng fut, de même que les pêches dont on vient de parler, subordonnée à une foule de circonstances plus ou moins défavorables. vSorti des forêts de la Germanie , le peuple franc n'était pas un peuple pêcheur, et pendant longtemps les rois de France n'apprécièrent pas l'utilité
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des hommes de mer. L'époque la plus reculée que l'on puisse assigner à la pêche du hareng est celle de io3o. La charte de fondation de l'abbaye de Sainte- Catherine, près de Rouen, donne la preuve qu'il y avait dans la vallée de Dieppe cinq salines, dont la redevance annuelle était de 5 milliers de harengs. En 1070, une donation de ces poissons fut faite à l'abbaye de Saint-Amand de Rouen , et il existe un autre titre de 1088, par lequel Robert, duc de Normandie, accorde à l'abbaye de Fécamp une foire qui doit être ouverte pendant tout le temps de la harengaison.
Les avantages que les ports compris entre la Seine et la Brêle retiraient de la pêche du hareng ne se bornèrent pas à la consommation locale du poisson; le commerce s'en étendit avec le temps, sur-tout celui du hareng salé. Dès 1 i4i j de riches bourgeois de Paris , réunis sous le titre religieux de Confrérie des marchands de l'eau , avaient acquis dans cette ville la place de Grève. Cette association, dont l'origine paraît remonter à l'an 1070, avait pour objet le commerce sur la rivière de la Seine et la police de la navigation.
En I 181, Philippe-Auguste, désirant donnerplus d'importance à la confrérie des marchands de l'eau , défendit à tout Français ou étranger de faire monter à l'avenir aucun bateau sur la Seine, depuis le pont de Mantes jusqu'à Paris, s'il n'était affilié à leur société. En 1187, ce prince confirma par ses lettres un accord passé entre cette confrérie et Gathon, sire de Poissy, pour le péage de Maisons-sur- Seine. Dans cet acte , sont exprimés les droits à payer pour les bateaux chargés de hareng, de sel et de vin, qui se rendaient de Rouen à Paris.
Dès-lors le commerce et l'importation du hareng salé durent s'accroître insensiblement. Il en arrivait à Rouen de tous les ports de la Normandie. L'Angleterre et la Flandre en fournissaient aussi beaucoup, qui entraient en concurrence avec celui de Dieppe , de Fécamp et du Tréport. Un acte de Henri Il , roi d'Angleterre et duc de Normandie , porte à croire qu'il y avait une pêche de hareng sur la côte même du Cotentin: c'est l'état des droits à percevoir à Pontorson sur les harengs frais ou salés qu'on envoyait de cette ville en Normandie ou en Angleterre.
A la même époque, la pêche du hareng avait aussi lieu à Calais, ainsi que le prouvent plusieurs bulles du Pape Alexandre III, de 1 170, et par l'une desquelles il accordait à l'abbaye Saint-Bertin la dîme du hareng sur toute la côte du Calaisis; «harge qui révolta tous les pêcheurs, et qui donna lieu à de vives contestations entre l'abbaye de Saint-Berlin et les Calaisiens , comme elle en excita aussi plus tard entre l'abbaye de Sainte- Walburge, en Flandre, et les pêcheurs de Dunkerque et ceux de Nieuport, mais dans lesquelles les pêcheurs finirent par succomber.
Il paraît que la pêche du même poisson avait lieu sur les côtes de Bretagne, entre la Vilaine et la Loire, ainsi qu'au midi de la Loire. Un règlement de police maritime, qui porte la date de 1266 , mais qui paraît être de 1 J 52 , contient des dispositions sur cette pêche au midi de la Loire.
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Le commerce des ports de mer avec Paris obliiit de plus grands accroissemens lorsque Philippe-Auguste eut réuni à la couronne la Normandie et la Picardie : c'est de ces provinces que la capitale et les principales villes du royaume tirèrent dès-lors leurs provisions en poisson de mer. Uu nouveau port de décharge pour les marchandises qui remontaient la Seine, fut établi à Paris, et Philippe-Auguste, désirant concourir aux frais, accorda à la société des marchands de l'eau la levée d'un droit sur chaque cargaison de harengqu'on y déchargeait. Mais ce n'est que sous Louis IX, et à la faveur des ordonnances de i25o, 1254 et i258, que le commerce des poissons de mer acquit l'importance qu'il méritait. Celle de i254 sur-tout fut un des premiers encouragemens indirects <jue reçut la pèche du hareng. Elle établit la police de la vente qui s'en faisait à Paris. Pour la première fois, il est fait mention des marchands forains et des voituriers de poissons de mer; les harengs y sont distingués en poissons frais, salés ou secs. L'ordonnance de i238 et de 1026 défendirent de mêler ensemble des harengs de deux mors, c'est-à-dire de deux marées. C'est cette distinction que l'on a conservée sous la dénomination de harengs de la nuit et de harengs de deux nuits. Pour surveiller la vente du poisson de mer, on créa des jurés-vendeurs dans la plupart des grandes villes, telles que Paris, Rouen, Langres, Laon, etc. On régla la quantité de harengs qu'il serait permis d'acheter, et en plusieurs endroits les officiers du roi furent chargés d'en fixer le prix.
Les Anglais s'étant rendus maîtres de Calais, profitèrent de cet avantage pour prescrire des limites à la pêche française, et le malheur du temps imposa la dure obligation de les respecter. Abandonnés à leurs propres forces , les Dieppois s'opposèrent seuls aux aggressions de l'ennemi : ils armèrent, en i385, deux grosses barges et un bargotj mais il paraît que leurs efforts n'eurent point de succès : car on voit, deux ans après, Charles VI permettre aux pêcheurs de Dieppe et de Boulogne de prendre du gouverneur de Calais des saufs-conduits pour la pêche , avec la clause de ne la faire qu'entre la Seine et la Somme , et jusqu'à Noël seulement , et aux offres d'en accorder de pareils aux pêcheurs anglais et calaisiens. Ces mesures avaient pour objet de mettre à l'abri des violences des corsaires les pêcheurs des deux nations à une époque où la guerre entre elles se faisait avec beaucoup d'acharnement, et où les Anglais regardant la côte de Calais comme une terre anglaise , et méconnaissant pour la première fois le principe sacré de la liberté de la pêche, appliquaient aux pêcheurs de France les lois prohibitives qu'ils avaient opposées à ceux de Hollande quelques années auparavant.
En 1400, Charles VI fixa en France la dimension des filets par un règlement dont les dispositions ont été obligatoires pour les pêcheurs de la Manche. Les baleaux qu'on équipait dans les différens ports de cette mer variaient pour la grandeur et étaient distingués par des noms particuliers. Les plus grands paraissent avoir été les dragueurs ou î/ragueurs ^ soit que ce nom leur vînt du commerce de
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du Levant, soit qu'ils l'eussent tiré du filet appelé drague., dont ils se servaient pour d'autres pêches. Le port de CCS drogueurs était ordinairement de 1 00 tonneaux; ils servaient pour les pêches dans les mers du Nord, des Orcades et des côtes d'Ecosse , et ensuite à transporter , après la pêche , le hareng salé en caques ou tonnels dans les pays étrangers, ou dans les autres ports de France , soit sur l'Océan , soit sur la Méditerranée. Venaient ensuite les barges, sorte de bàtimens plus petits que les drogueurs, et qu'on employait à la pêche d'Tarmouth, et à celle qui se faisait le long de laMancheet dans l'Océan. On équipait aussi des bargota ou petites bargeset des tourets, qui paraissent avoir été des demi-barges.
L'exportation annuelle de tant de milliers de tonneaux de harengs que pioduisait chaque saison de pêche, alimentait, dans le moyen âge , la navigation d'une incroyable quantité de bàtimens de toutes grandeurs. Le bas prix de ce poisson en assurait partout le débouché j la Scanie, par l'Oder, l'Elbe et le Khin , en approvisionnait les contrées intérieures de l'Europe , et c'étaient la France , l'Angleterre et la Flandre qui semblaient chargées de fournir aux besoins de celles du midi. Les souverains s'appliquaient à attirer dans leurs Etats un commerce qui augmentait leurs revenus par les droits de tonlieu, d estaple, etc., et qui fournissaient aux peuples plus de moyens de satisfaire aux obligations du carême. Cependant ce commerce éprouva des entraves par les prétentions des seigneurs , des évêques et des abbés, qui l'avaient chargé d'une foule de droits, connus sous les noms de prise., de transit, de tarage , de tonlieu , de rive , de chaussée , de travers et de truage , par les fournitures de poissons , à des conditions arbitraires que se faisaient faire quelques abbayes, et par les vexations que les marchands éprouvaient , tant de la part des principaux habitans des villes , que de celle des garnisons des places fortes et des pourvoyeurs des grandes maisons , qui arrêtaient le poisson destiné pour la capitale. Mais le roi Jean , informé de ces abus, accorda aux voituriers , en i35o et j35i , des lettres-patentes portant peine de confiscation , d'amende et de privation d'offices, contre ceux qui entraveraient à l'avenir la liberté du commerce des poissons de mer.
La principale cause de la grande consommation du hareng , et en général de tout poisson de mer, était la sévère abstinence qu'observaient toutes les classes de citoyens, et même les armées, pendant le carême et dans les jours maigres, et la règle de la plupart des monastères, qui avait admis l'usage du poisson comme substance mieux appropriée que la viande aux besoins des personnes des deux sexes, qui, par piété , se consacraient au célibat.
Il paraît bien certain que, dans le moyen âpe, la pêche française du hareng se faisait sur toutes les côtes de la Manche , et qu'elle ne fut pas limitée sous les ducs de Normandie , ni depuis la réunion de la Normandie à la France. Ainsi l'on péchait ce poisson dans la baie de Saint-Michel , sur les côtes de Bayeux, sur celles de Caen et de Honlleur jusqu'à la Seine , aussi librement que sur les côtes de la Haute-Normandie. La pêche était libre , et n'avait
droguerie que les Dieppois faisaient dans les échelles 'd'autre époque de clôture que celle de la dispari
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tion du poisson, quand les premières chaleurs du printemps le forcent à abandonner les côtes et à regagner les grandes eaux; et s'il y eut quelques limitations , ce ne fut que dans des circonstances extraordinaires, et seulement pour quelques années. En temps de paix , les relations entre les Français et les Anglais étaient telles , que les deux nations n'avaient qu'un même système de police sur la pêclie, et que l'une d'elles ne pouvait s'en écarter sans nuire a ses propres intérêts.
§ 2. — Z)e la pêche du harengs qui se fait aujourd'hui dans les différens parages.
Aujourd'hui les Hollandais, les Anglais, les Français , les Danois , les Suédois, les Prussiens et les Américains des Etats-Unis se disputent l'honneur de faire la pêche la plus abondante , et cette pêche est toujours , pour ces différens peuples , une mine plus riche que les mines d'or du Pérou. Us y emploient chaque année plus de 3,ooo vaisseaux de différente grandeur, et plus de 100,000 matelots , sans compter les bateaux de la petite pêche , et qui sont innombrables.
I^es Anglais et les Français se livrent moins que les Hollandais à la pêche du hareng dans le Nord ; les Anglais la font principalement à Yarmouth , où vont aussi les Hollandais et les Français. Les liabitans des États-Unis d'Amérique font cette pêche sur les côtes jusqu'à la hauteur de la Virginie.
Les habitans de la Haute-Normandie prennent le hareng dans la Manche , et les Bretons dans leur province.
Des principaux h âtlmens qu emploient le s Français, les Hollandais et les Anglais pour la pêche du hareng à Yarmouth et dans la Manche.
Les Français qui pèchent dans la Manche emploient pour la pêche du hareng tous les bâtimens qui sont en usage sur la côte pendant toute l'année , tant pour la pêche aux cordes que pour celles qui se font aux filets. La plupart de ces bateaux se ressemblent à beaucoup d'égards 5 néanmoins ils ont des formes et des dimensions qui varient suivant les ports où on les construit et les usages auxquels on les destine. Ils sont connus sous diverses dénominations : à Dieppe et dans les environs , ce sont les caravelles , les grands poltois, les grandes quenouilles, \ç^ gros cordiers , les grands drogueurs et les gondoles ; à Dunkerque , les barques longues ; à Saint-Valery, les ci/nquars; à Boulogne, dans la Somme , à Cayeux , au Tréport , les bateaux; au Petit-Veule, les ■wurneteurs , les biscayennes , etc.
Les pêcheurs de la Manche se servent de la plupart des bateaux que nous venons de nommer lorsqu'ils pèchent s\ir leurs côtes; mais à mesure que le hareng se porte au large , ils en prennent de plus forts, et qui sont plus en état de tenir la mer, tels que les gondoles ou grands drogueurs, qui ont de 45 à 5o pieds de longueur de l'élrave à l'étambot, et 12 à i3 pieds de bau hors les membres, et qui sont tous pontés, et peuvent tenir environ 3o tonneaux : ils n'ont que deux mâts.
Les pêcheurs qui vont à Yarmoutli se servent aussi
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de grandes gondoles du port de 60 à 80 tonneaux. D'autres pêcheurs, et sur-tout les Bas-Normands, vont avec d'assez gros bâtimens s'établir par le travers d'Oxford et de Thanet. Enfin, les Français, qui vont chercher le hareng dans le Nord, se servent des mêmes bâtimens qu'à Yarmouth , ou bien des bâtimens qui sont employés à la pêche à la morue.
Les Hollandais, qui vont à Yarmouth, se servent souvent de dogres ou de corves, qui en diffèrent peu, et qui , les uns et les autres , sont à-peu-près de la force des grandes gondoles ou des grands drogueurs des Français; mais plus communément ils font la pêche à ïarmouth avec les bâtimens dont ils se sont servis au Nord, et qui sont les corves et les dogres , qu'ils emploient pour la pêche de la morue. Ils ont toujours avec eux une flûte de 200 tonneaux pour servir d'hôpital, et de plus de petits bâtimens légers et bons voiliers , pour transporter les harengs en Hollande aussitôt qu'ils sont mis au sel.
Les pêcheurs anglais, qui sont dans les ports, le long de la Manche, y pèchent avec des bateaux à- ])eu-près semblables à ceux des Français; mais ils s'occupent beaucoup plus de la pêche à Yarmouth, qui se pratique le long de leur côte, et pour laquelle ils emploient un nombre prodigieux de petits bâtimens de toutes sortes de constructions , qu'ils nomment quaiclies ^ boot ou malbour , petits lieux ^ smaks , yachts , etc. Ceux qui vont au Nord se servent de ces derniers bâtimens, mais plus grands.
Des saisons oîi l'on pêche le hareng. — Dans le commencement du printem2)s , les habitans du Nord prennent beaucoup de harengs dans leurs parages; on va, en juin et en juillet, les chercher à la hauteur des Orcades, près les îles de Schetland. Les pêcheurs s'établissent en septembre et octobre à l'entrée de la mer d'Allemagne et aux côtes du nord de l'Angleterre, pour y faire la pêche d' Yarmouth; et ayant fini cette pêche, ils suivent le hareng dans la Manche en octobre, novembre et décembre.
Les Hollandais ne commencent jamais leur pêche dans le Nord avant le 23 juin , prétendant qu'avant ce temps les harengs ne sont pas de bonne qualité, ou peut-être, observe Duhamel, parce qu'ils veulent fixer une époque pour que tous les vaisseaux de cette nation, qui sont en grand nombre, puissent commencer ensemble leur pêche, et empêcher que quelques-uns, pour devancer les autres, ne s'exposent à périr. Ils la cessent dans le courant du mois d'août, temps où la plus grande partie des harengs quittent ces parages : alors les pêcheurs vont s'établir au nord des côtes d'Angleterre , et suivent les harengs depuis Yarmouth jusque dans la Manche.
A 40 lieues au nord-nord-ouest de l'Ecosse, on prend beaucoup de harengs dès les mois de juillet et d'août; mais \a. pêche d' Yarmouth se fait principalement depuis le mois de septembre jusqu'à la mioctobre.
C'est ordinairement à cette dernière époque que ces poissons entrent dans la Manche : d'abord à Dunkerque , ensuite à Calais , et successivement dans les autres ports de la Manche , jusque dans l'embouchure de la Seine, où l'on on pêche jusqu'à la fin de l'année.
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Dès le i5 septembre, on commence à voir des harengs en Bretagne depuis Saint-Gildas de Rhuis jusqu'à l'entrée de la Vilaine ^ mais quelquefois on n'en voit presque plus en octobre. Ainsi , cette pèche, qui ordinairement n'est pas considérable et qui dure pe\i de temps , précède celle de la Manche.
On peut dire en général que les grandes pêches de harengs se font au Nord, à Yarmouth , dans la Manche et en Bretagne.
On doit observer que les époques que l'on vient de citer comme étant celles de la présence des harengs dans les ditférens parages ne sont point constantes , et qu'elles varient au contraire beaucoup , ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer. Enfin , l'abondance de ces poissons varie aussi beaucoup dans les différentes années 5 ce qui a fait penser qu'ils changeaient de routes dans leurs émigrations.
Des signes qui annoncent la présence des harengs et du momentle plus favorable pour en faire la pêche. '—ÏjQs bancs de harengs sont indiqués aux pêcheurs par des volées de mouettes et autres oiseaux de mer, qui les suivent perpétuellement pour se nourrir de ces poissons. Ils s'annoncent aussi par l'odeur, et par un grand mouvement des flots ; les harengs nagent tantôt près de la surface des eaux , et tantôt à une grande profondeur; quelquefois ils sortent un instant leur tête, et s'y replongent sur-le-champ. Ce mouvement produit un petit bruit pareil à celui de quelques larges gouttes de pluie qui tomberaient dans l'eau : c'est ce que les habitans des côtes qu'ils fréquentent appellent lejeu des harengs. Pendant la nuit, leur présence se manifeste par une trainée de feu, car les harengs sont éminemment phosphoriques, ainsi que leur frai j enfin, elle se décèle par des taches d'une matière onctueuse, qui flotte sur l'eau comme de l'huile , matière qu'on appelle ^/awsin, et qui n'est autre chose, comme nous l'avons dit , que la laite du mâle : les soirées calmes sont les plus favorables à ces observations. Lorsque ces signes ne se manifestent point, c'est-à-dire lorsque le poisson nage dans la profondeur des eaux , on jette des lignes de fond , amorcées de petits crustacés, et on ne tarde pas à les retirer garnies de harengs, si on se trouve sur un banc de ces poissons.
C'est presque toujours le soir que l'on jette les filets , parce que la pêche des harengs, comme celle de tous les autres poissons , est plus avantageuse la nuit que le jour, attendu qu'alors ils montent à la surface de l'eau , et qu'ils accourent aux lumières qu'on a toujours soin d'attacher aux navires de pêche. Quelques indices servent à faire juger aux pêcheurs si la pêclie sera abondante ou non. Ainsi, ils en augurent favorablement lorsqu'après une tempête il survient un calme accompagné de brouillard ou de brume, lorsque le vent souffle de l'endroit d'où viennent les harengs, etc. On prétend au contraire que la pêche de la nuit ne sera pas bonne quand les soirées sont calmes et que le ciel est serein.
Des procédés en usage pour la pêche du hareng. — Nous parlerons d'abord des procédés employés par les Hollandais , qui excellent toujours dans cette pèche, et dont les réglemens sont les mieux obàervés.
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Les filets dont ils se servent sont de différentes grandeurs; mais ceux qui sont consacrés à la grande pêche doivent avoir, d'après leurs réglemens, de 5 à 600 toises de long. Autrefois, on les faisait en fil retors; mais comme ils ne duraient qu'un an, on les a remplacés par des filets de soie , qui sont encore passablement bons à la troisième année. Leurs mailles doivent avoir au moins un pouce de large. (V. , à la fin de CQ Dictionnaire , les Réglemens sur la pêche du hareng. ) On les teint en les exposant à la fumée.
La grandeur des filets ne permettant pas de fes manœuvrer à la main , c'est par le moyen d'un cabestan qu'on les jette à l'eau et qu'on les en retire. Cette opération est très-pénible , et n'est pas sans danger pour les matelots. On met à celui des bouts du filet qui est jeté le premier à la mer une bouée de forme conique, qui indique sa position. A mesure que le filet quitte le navire , on attache des pierres à sa partie inférieure, pour la faire enfoncer, ot des barils vides à sa partie supérieure, pour la faire surnager; et lorsque la totalité du filet est à l'eau, le navire dérive le plus lentement possible : alors, tous ou presque tous les harengs qui rencontrent le filet, voulant forcer l'obstacle qui s'oppose à leur marche, engagent leurs ouïes dans les mailles de la tessure et y restent accrochés. Pour que cette opération se fasse bien, il ne faut pas que le filet soit tendu : aussi a-t-on toujours soin de le tenir plissé sur la corde supérieure.
Lorsqu'on juge qu'il y a autant de poissons maillés que le filet peut en porter sans se rompre, on le retire par le même moyen qu'on a employé pour le jeter à l'eau : seulement un matelot ou plusieurs matelots tendent horizontalement un filet audessous de l'autre à sa sortie de la mer, pour recevoir les poissons qui ne sont pas bien maillés et que le mouvement ou le frottement détache. Les autres tombent sur le pont ou sont démaillés à la main.
Quelquefois il ne faut que quelques instans pour garnir un filet de poissons ; d'autres fois, une marée entière suffit à peine. Ordinairement on regarde la pêche comme très-bonne lorsqu'au bout de 2 heures on est obligé de le retirer.
La pêche est souvent troublée par les requins et autres espèces de poissons voraces, qui affluent toujours autour des bancs de harengs pour les dévorer. Elle l'est sur-tout par la chimère antarctique y qui, pour cette raison , a pris le nom de roi des harengs. Tous ces poissons , fort gros et féroces, font, pour passer au travers du filet, des efforts qui non-seulement l'exposent à être déchiré, mais qui encore déterminent la colonne de harengs à prendre une autre direction , et il y a des années et des parages où ils sont si nombreux, qu'ils obligent d'abandonner la pêche. Il y a plus, on a été forcé de renoncer à préparer les harengs en mer, sur les côtes de France, paroe que leurs intestins , qu'on jette hors des navires, fixaient ces poissons voraces dans les parages de la pêche bien au-delà de sa durée , et qu'ils nuisaient à la petite pêche , c'est-à-dire à celle du merlan , des p/euronectes , etc.
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De la pèche du hareng au Nord. — On sait qu'il V a une prodigieuse quantité de harengs dans le Nord ,• et qu'il s'en détache de nombreuses colonies, qui se répandent en une infinité d'endroits. 1! paraît qu'en Jutland on en pêche beaucoup avec des filets qu'on traîne, et même avec des filets qu'on tend sur des perches. On trouve beaucoup de harengs à l'extrémité de la JNorwege, qu'on appelle le Cap-Nord, et qui côtoient ce royaume. Les natui'els du pays en font des pèches considérables. On a cru que les cachalots, qui font une grande dévastation de ces poissons , les chassaient vers les certes , qui ont près de 5oo lieues de longueur j et c'est ce qui avait engagé à rendre des ordonnances pour défendre de faire la pêche du cachalot, tant que durait celle du hareng. Elle a lieu en deux saisons : en hiver et en été ; la première pêche est la meilleure , soit pour la qualité , soit pour l'abondance du poisson. Les harengs que l'on prend en Norwege se distribuent dans toute la Baltique , en Pologne , en Prusse , en Suède , en Danemarck , etc.
On pêche dans le lac Ladoga, en Russie , une espèce de hareng qu'on nomme ladog, que l'on sale et que l'on paque à-peu-près comme le hareng que l'on prend dans l'Océan; mais c^uoique le commerce en soit considérable , il ne suffit pas pour la consommation des Russes; ce qui fait que les Anglais et les Hollandais y en portent beaucoup.
Nous avons vu cju'il se faisait des pèches de harengs sur les côtes de Suède et de Finlande , dans la Balticjue, le Holstein et sur-tout dans le Sund.
On dit que les harengs cju'oti pêche en Norwege ne sont pas si gros que ceux qu'on prend près d'Hitland j c|ue les Norwégiens ne les salent pas aussi bien cjue les Hollandais , et qu'ils les paquent dans (les tonnes de sapin, qui leur donnent une mauvaise odeur.
On fait des pêches et des salaisons considérables auprès de Halbourg, et qui sont l'objet d'un commerce sur les côtes de la Baltique ; on en transporte même à Hambourg , où néanmoins les salaisons de Hollande sont plus estimées.
On fait sur la côte de Norwege , à l'endroit nommé Nordenjiels , une pêche considérable avec de très-graiuls filets , et pour l'usage desquels on emploie jusqu'à 200 chaloupes, montées, chacune, de quatre ou cinq hommes. Les Hollandais vont quelquefois chercher des cargaisons entières de harengs , qu'ils tirent des barils de sapin, où les pécheurs du Nord les ontimis ; ils les paquent dans des barils de chêne , et comme ces harengs sont fort boiis , ils les vendent ensuite comme harengs de Hollande.
Le hareng commence ordinairement à paraître aux côtes de Schetlancl vers le commencement de juin : il y est plus abondant en juillet, et il y séjourne jusque vers la fin d'aoï'it. hes Hollandais ne sortent pour aller faire cette pêche Cjue vers la mijuin, et ne lacommencent qu'à la Saint-Jean : alors, à un signal donné , on met les filets à la mer. C'est près de Fayrill et de Boukeners, aux environs d'Hitland, qu'ils jettent leurs premiers filets. Comme il paraît (|ue plus on avance vers le pôle, plus on trouve de harengs, les pêcheurs se portent, autant
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qu'ils le peuvent, au nord-nord-ouest. Quoiqu'ils tendent leurs filets à l'entrée de la nuit, ces filets ne restent pas long-temps à la mer, parce que, dans cette saison et dans ces parages , il y a peu d'intervalle entre le coucher et le le\er du soleil, et que ce n'est cjue pendant la nuit que se fait la pêche du hareng : ils les relèvent vers les 2 heures du matin.
Autrefois, les pêcheurs de la Manche, qui appareillaient pour le Nord, allaient s'établir au nord de l'Ecosse; ensuite ils ont été , comme les Hollandais , jusqu'à Hitland.
Le vrai parage pour faire la pêche du Nord est depuis la petite île Fayrhill, au nord-ouest des Orcades et autour de l'île de Hitland.
\^Qs harengs qu'on prend en différens parages ne sont point de la même taille , et il faut que les mailles des filets soient proportionnées à la grosseur des poissons : aussi les pêcheurs de la Manche, qui avaient été s'établir à Hitland avec leurs filets, dont les mailles n'ont cjue j2 lignes d'ouverture en carré, ne prenaient presque rien; tandis c^ue les Hollandais, qui péchaient avec des filets dont les mailles avaient de i3 à 14 lignes d'ouverture , faisaient de très-bonnes pêches.
\^QS hlets des Hollandais ont, comme nous l'avons dit, de 5 à 600 toises de longueur; ils sont faits avec une sorte de grosse soie , et brunis à la fumée. Ils durent très-long-temps.
Comme il faut , au Nord ainsi que dans la Manche , établir le filet plus ou moins profondément dans l'eau , suivant le lieu que le poisson y occupe , les bandigues des Hollandais pour la pêche au Nord ont jusqu'à 8 brasses de longueur, parce qu'il y a une grande profondeur d'eau , et que le poisson s'approche moins de la surface qu'à Yarmouth et dans la Manche.
Cette pêche se fait durant les plus grandes chaleurs de ces climats , qui sont considérables , [)arce cjue le soleil est presque toujours sur l'horizon. Quand le poisson donne abondammentdans les filets, les pêcheurs ne les retirent de l'eau que par parties, et proportionnellement à la quantité de harengs cju'ils peuvent préparer et saler sur-le-champ. Lors qu'ils en ont environ quatre tasts, ils les préparent, et.cnsuite ils retirent de l'eau la partie du filet qu'ils y ont laissée. Sans cette précaution , les harengs , qui sont très-gros, et qu'on retire de l'eau quand l'air est chaïul , tourneraient avant d'être mis dans le sel et en tonnes. Ces opérations doivent se faire avec toute la diligence possible et avec beaucoup) de propreté*; ce cpii est exécuté par les Hollandais trèsponctuellement.
On distingue, à-peu-près comme dans la Manche, le hareng en trois classes : le hareng-vierge y qui n'a que de petits œufs, peu de laite, et qui est fort délicat; le liarcng plein ^ qui est prêt à frayer, et qui est fort bon ; le hareng vide ou hareng gai , qui a frayé , et qui n'est pas à beaucoup près aussi bon que les autres , mais cju'on trouve en petit nombre dans ces parages. ^
Les bàlimens des pêcheurs hollandais sont toujours accompagjiés de petites galiotcs ou allèges, qu. ramassent, depuis le 25 juin jusqu'au i5 juillet , Itpoisson que les pêcheurs ont pris et préparé en vrac
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pour le porter diligemment en Hollande , el qui , après l'avoir déchargé promptenient, vont rejoindre les pécheurs , pour exécuter la même manœuvre. Quant aux marchands, lorsqu'ils ont patjué dans des barils les harengs qu'ils ont reçus en vrac, ils les vendent avantageusement sous la dénomination de harengs de chasseurs.
Après le i5 juillet, ce transport précipité ne se fait pins; les pécheurs salent en vrac et paquent leurs poissons à leur bord, et ils les rapportent ordinairement eux-mêmes en Hollande : rarement ils chargent sur des allèges.
Ces bàtimcns-chasseurs , qu'on nomme en Hollandais l'entjagens ^ sont soumis à une police, et il leur est défendu de se charger d'autre hareng que de celui qui a été péché et salé par des vaisseaux hollandais , et de vendre aucyn hareng à la mer.
Les pécheurs hollandais quittent ordinairement le lieu de la pèche vers la fin d'août, et lorsque leur chargement est complet ils retournent directement en Hollande 5 mais s'ils n'ont point toute leur charge, ilsxôtoient en revenant le nord de l'Ecosse, puis ils viennent chez eux pour se préparer à aller à la pêche d'Yarmouth ; quelques pêcheurs même , après avoir envoyé par des allèges leur poisson en Hollande , et tiré de leurs ports les filets dont ils ont besoin , continuent la pêche à Yarmouth sans interruption.
Les Hollandais , qui savent mieux que tous autres mettre leur temps à profit, ont soin, pendant qu'ils sont en mer, et que le ti-avail de la pêche ne les occupe pas , de tirer de la cale les poissons qu'ils ont salés en vrac, pour les paquer surle pont, parce que le poisson qu'on met en quarts se conserve beaucoup mieux que quand il n'est salé cju'en vrac.
Cej)endant, à leur arrivée en Hollande, on pa- (jue les harengs de nouveau, et on les presse si bien, que 14 barils paqués à la mer n'en font plus que 12.
Le soin que les pêcheurs hollandais ont d'habiller et de saler en vrac chacjue jour le poisson qu'ils ont pris la nuit, et de le paquer aussitôt qu'ils jugent qu'il a pris sel, joint à l'attention que les marchands de Hollande ont de le bien paquer à terre avec une suffisante cjuantité de gros sel, souvent même avec celui de brouage , et de j^aquer les harengs les mieux conditionnés séparément de ceux qui ont quelque défaut; toutes ces attentions ont mérité^ux harengs de Hollande la réputation dont ils jouissent.
i)e la pêche du hareng au nord de l' Angleterre y et qu'on appelle la pêche d'Yarmouth. — Les Anglais font la plus grande partie de la pêche du hareng dans la mer qui est au nord de leur île, comme les Hollandais font celle de ce poisson dans les îles de Schetland, quoique dans les deux parages les autres nations puissent la faire aussi. La pêche nommée i^ Yarmouth se fait depuis Oxford jusqu'à l'est d'Yarmouth , et s'i-tend à 8 , i o et 1 2 lieues au large. Les pêcheurs anglais s'approchent plus près de leurs côtes que ceux des autres nations; néanmoins , pour éviter les écueils, qu'ils nomment de Saint-Nicolas ., et des bancs d'Yarmouth, ils se tiennent un peu au large; mais, au commencement de la saison de cette pêche, ils approchent le plus
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qu'ils peuvent de ces bancs, parce qu'il y a ordinairement beaucoup de poisson; ensuite ils se portent vers l'entrée de la mer d'Allemagne, du côté de l'embouchure de la Manche, pour le suivre jusqu'à la hauteur d'Oxford et de Tanet. Quoicpie les parages d'Yarmouth ne s'étendent pas au-delà des endroits que l'on vient d'indiquer, on a coutume à'^A])- ]^ç\ftx hareng d'Yarmouth tout le poisson de cette espèce que les Anglais prennent dans une assez grande étendue, parce qu'il est ordinairement porté trais dans cette ville, où on le prépare. Les Hollandais el les Français donnent aussi ce nom à celui qu'ils emportent chez eux salé en vrac, quoiqu'il ne passe point par Yarmouth. Il se prend quelc^uefois une telle tjuantité de harengs près des côtes d'Angleterre , c|ue la pêche en est communément plus utile aux An.'Jais cjue celle de la morue : aussi, pour la favoriser, ils ont déchargé les pêcheurs des droits qu'ils payaient à raison de cette pêche, pour laquelle ils ne sont plus tenus qu'à prendre un congé à Yarmouth.
Les Français équipent leurs bateaux comme pour la pêche dans la Manche, avec cette différence qu'ils prennent des manets dont les mailles sont plus ouvertes , et cju'ils embarquent à frais communs des vivres pour S bi6 semaines , avec quelques barils de biscuit pour y avoir recours au besoin. Lorsque la pêche du premier voyage est heureuse, ces vivres leur suffisent: mais si elle est mauvaise, et qu'ils prévoient être obligés de tenir la mer plus longtemps, ils diminuent les rations et ont recours au biscuit. Comme ils sont obligés de préparer leur poisson à bord, ils embarquent aussi du sel et des barils. Les bateaux étant ainsi équipés, les pêcheurs se rendent à leur poste, et lorsqu'ils sont arrivés, ils les démâtent comme dans la Manche, et mettent de même leurs filets à la mer.
Les Anglais, étant à portée du lieu de la pêche, emploient de petits bateaux, et s'y rendent souvent à force de rames; lorsqu'ils se servent de voiles, ils se démâtent comme les Français.
A l'égard des Hollandais, ils carguent leurs voiles, amènent leurs vergues et conservent leurs mâts, comme ils le font dans le Nord. Ils ont été longtemps dans l'usage de faire suivre leurs bateaux- ])êcheurs par des bàtimens légers , comme ils le font dans le JNord, et de charger ces allèges de leur poisson à mesure cju'ils le prenaient, pour le transporter dans les ports de la Hollande, où on le préparait; mais , soit à cause des frais ou des pertes que ces petits bateaux occasionnaient , la plupart y ont renoncé, et ils salent leur poisson à bord, comme le font les Français; mais les bateaux hollandais qui viennent s'établir à Yarmouth, au retour de la pèche de la morue ou du hareng-pec , ayant des allèges, au lieu de faire plusieurs voyages qui interrompent la pêche, ils envoient en Hollande les poissons fju'ils ont salés en vrac, et tirent par leurs allèges tout ce dont ils peuvent avoir besoin. De plus, les Hollandais ont presque toujours sur le lieu de la pêche, soit au Nord, soit à Yarmouth , une flotte d'environ 200 tonneaux, armée aux dépens de tous les bàtimens de leur nation , et qui sert d'hôpital pour les matelots qui tombent malades.
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C'est ordinairement vers le lO ou le i5 septembre que paraissent à Yarmouth les premiers bancs de harengs; il en arrive de plus considérables à la fin de ce mois, et de moins abondans en octobre.
Nous avons déjà indiqué les bâtimens qui sont employés à la pêche d'Yarmouth , et il nous suffira de rappeler que les Anglais se servent pour cette pêche de différentes sortes de bâtimens : les uns , assez semblables aux gondoles de Dieppe, et dont le port est de 2.5 tonneaux ; les autres, et qui sont en plus grand nombre , comparables aux petites crevelles du même endroit, et dont le port est de 8 à i5 tonneaux 5 enfin les Anglais y emploient de petits heux, de grands bateaux ou doubles chaloupes, etc. , et il s'en rassemble quelquefois jusqu'à deux mille , qui apportent le poisson frais à leurs ports.
Les bâtimens hollandais sont en général plus commodes pour la pêche que ceux des autres nations, leur pont ayant plus d'étendue; ce qui permet d'y placer quantité de barils pour paquer les harengs. Du reste , les bâtimens employés à Yarmouth sont ordinairement les mêmes que ceux qu'ils emploient pour la pèche de la morue sur le Doggers-Banck , et pour celle du hareng à Hitland. Les moindres de ces bâtimens sont plus forts que les plus gros de ceux emjjloyés par les Anglais : leur port est de 6o tonneaux.
Les pêcheurs hauts-normands vont quelquefois à cette pêche avec des bateaux de 6o ou 8o tonneaux, qu'on nomme à Dieppe grandes gondoles on grands dragueurs : ils sont montés par vingt - quatre à vingt-huit hommes.
Les Dunkerquois emploient souvent des corvettes de 3o à 4o tonneaux.
On emploie aussi pour cette pêche des bâtimens à deux ponts , qui ont servi pour la pêche de la morue.
Z>e la pèche sur les côtes d'Ecosse et d'Irlande. — La pêche au nord de l'Ecosse diffère peu de celle qu'on fait aux Orcades , et celle d'Irlande ressemble beaucoup à celle d'Yarmouth.
Des pêches de harengs qui se font sur les côtes de France. — On prend accidentellement des harengs dans les étentes , les parcs, et autres filets qu'on tend, à la basse eau ; à l'égard des parcs fermés , comme il n'est question que d'arrêter les harengs, il suffit que les mailles soient assez petites pour qu'ils ne puissent passer au travers, puisque, sitôt qu'ils sont arrêtés, ne pouvant sortir du parc , on les prend à la basse mer, dans son enceinte, avec destrubles ou d'autres petits filets,
La pêclie qu'on nomme marseique à Fécamp, parce que , dit-on , on la pratique dans le mois de mars , saison où les harengs sont souvent abondans à cette côte , se fait près de terre , à des endroits où il n'y a pas une grande épaisseur d'eau, avec un filet lesté et flotté , dont les mailles ont 1 1 à 12 lignes d'ouverture en carré, quand on se propose de prendre des harengs pleins, et 10 à 11 quand il s'agit de prendre des harengs gais , ce qui est très-ordinaire en cette saison. Cette tessure est ordinairement formée de douze à quinze pièces de filet; on la tend sédentaire et par fond, comme on le voit iV. 33,
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N^. VIII. Pour cela , chaque bout du filet est retenu par une ancre A B ^ et la position des ancres se reconnaît par des bouées C C , amarrées aux ancres : il faut que le terrain soit solide comme pour les folles. On laisse ce filet au fond de l'eau pendant cjuelques jours ; ensuite on va, avec un bateau d , relever et prendre le poisson qui s'y est maillé. On trouve avec les harengs de petits maquereaux qu'on nomme roblots.
Pêche du hareng dans la Manche. — Elle s'étend depuis le Pas-de-Calais jusqu'à l'embouchure de la Seine, et elle se fait par les ])êcheurs de Boulogne, de Cayeux , du Tréport, du Bourg - d'Ault , de Dieppe , et par ceux des ports d'Angleterre qui bordent la Manche : elle dure depuis la mi-octobre jusqu'à la fin de décembre.
Les pêcheurs se rendent au lieu de la pêche à force de rames , si leurs bateaux sont petits et s'ils s'établissent près de la côte ; mais , autant qu'ils le peuvent , ils vont à la voile , sur-tout quand ils emploient de grands bâtimens ou lorsqu'ils ont à se porter au large: dans ces cas néanmoins, ils sont obligés de s'aider de rames lorsque les vents sont contraires et pas assez forts pour les empêcher de sortir ; mais le plus souvent ils parent leurs voiles.
Quand le bâtiment est rendu au poste qu'il doit occuper , on le met côté en travers au vent , et on le démâte d'abord de son grand mât On conserve ordinairement le mât d'avant jusqu'à ce qu'on ait mis le filet à l'eau. Les pêcheurs se démâtent et se désagréentavec une grande promptitude. Tout étant ainsi disposé , on tire le halin et les filets des soutes ou on les avait plies : c'est ce que font les matelots, PL 33, N\ III.
Pour tirer les filets de leur soute, on commence par lever les écoutilles par feuillets. On a soin de mettre deux rouleaux, un sur le vibord , et l'autre au bord de la soute, du côté qu'on tire le filet, pour qu'il ne s'accroche point, et cju'on puisse le tirer aisément de la soute sans l'endommager; dans la même vue, on garnit d'une vieille voile les endroits du bâtiment où nécessairement le filet doit porter. Des matelots se distribuent, les uns de la soute, fes autres sur le pont, pour parer les filets et les remettre à deux contre-maîtres , qui sont, ou à califourchon, ou le ventre appuyé sur le franc-bord, vis-à-vis la soute où sont les filets; ils les saisissent, un par la ficelle des lièges , l'autre par le pied , et étant ainsi étendus , ils les mettent à la mer sans confusion.
Quand toute la tessure a été mise à l'eau , ne retenant dans le bateau qu'un bout du halin , les pêcheurs laissent leur bateau dériver conjointement avec la tessure. Cette pêche ne se fait que la nuit, et pour éviter les abordages, les pêcheurs sont obligés d'avoir un ou deux fanaux allumés, et un |)eu élevés au-dessus du pont; souvent on en place un sur le gibet. Cette lumière a encore l'avantage d'attirer le poisson, et pour cette même raison les lumières qui viennent de terre sont fort contraires à la j)cche. On met ordinairement le filet à l'eau vers les 8 heures du soir; néanmoins l'heure varie suivant la saison et la marée; souvent on le laisse dériver pendant toute une marée : alors les matelots
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se reposent, il n'en reste qu'un pour faire le guet; néanmoins , quand on juge que beaucoup de poissons ont donné dans le filet , on en retire , au bout de quelques heures , une pièce ou deux , pour examiner si l'on en a pris beaucoup. Si effectivement on le trouve bien garni, on se met en devoir de retirer la tessure; mais s'il y en a peu, on remet à l'eau les pièces du filet qu'on en avait tirées , et on continue la dérive jusqu'à la fin de la marée, à moins qu'il ne survienne du gros temps , ou que le jour ne commence à paraître, ou que le temps ne presse pour appareiller, afin de se rendre au port; car, dans ces circonstances, on est obligé de relever promptementle filet.
Quand l'équipage est assez fort , on tire à bras le halin à bord ; mais ordinairement on le fait passer par les écubiers , et on le pare au cabestan, que des hommes virent. Il y a des matelots qui saisissent les baffouins et les bandingues à mesure qu'elles paraissent , pour les détacher du halin et les mettre à bord , ainsi que les barils ; et à cet effet ils se servent souvent d'un gaffot pour les attraper : d'autres matelots lovent le halin dans la soute.
En même temps deux matelots , et ce sont ordinairement des contre-maîtres , saisissent le filet , l'un par la ficelle des lièges , l'autre par le pied du lilet, qu'ils tirent à bord, et l'embarquent par le milieu du bateau, ayant derrière eux des matelots , les uns qui leur aident à haler le filet , d'autres qui démaillent le poisson , et d'autres qui plient et lovent le filet dans la soute d'oii on l'a tiré. En secouant le filet sur le pont, tous les poissons qui ne sont pas bien broqués tombent; on démaille les autres; mais il en tomberait à la mer qui seraient perdus s'il n'y avait pas un homme qui , ayant les pieds sur la préceinte, et étant retenu par une corde qui passe sous ses aisselles, tend un manet pour les recevoir ; cet homme, cjui est ordinairement le maître, présente donc sous le filet un manet pour recevoir les harengs qui se détachent , et quelquefois il en attrape dans une marée de quoi remplir un ou deux barils. Quand le filet est très-rem pli de poisson , il est fort lourd , et ceux qui sont chargés de le tirer à bord fatiguent beaucoup ; dans ce cas , ils se font aider par des matelots , qui saisissent le filet avec de petits crocs. >.
Z)u transport du poisson au port. — Aussitôt que les pêcheurs ont relevé leurs filets, ils appareillent pour essayer de gagner promptement leur port; car il est avantageux de transporter le poisson à terre le plus tôt j)Ossible. Celui qui est nouvellement tiré de l'eau se vend toujours plus cher que celui qu'on a conservé 2 jours, et celui quiest plus anciennement péché est presque toujours rebuté. Les petits bateaux qui pèchent près de la côte ont à cet égard un grand avantage sur les autres, puisqu'ils peuvent livrer leur poissen le jour qui suit la nuit où il a été péché; ce qu'on appelle , comme nous l'avons dit , \q poisson d'une nuit. C'est parce qu'ils peuvent livrer promptement leur poisson qu'ils ont coutume de le jeter dans la cale ou soute par des ouvertures qui sont au pont ; mais ceux qui vont pêcher loin de leurs ports, ou près des côtes d'Angleterre, se gardent bien de le jeter a^nsi dans la cale , où il s'al-
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tère promptement ; ils le mettent dans des parquets sur le pont. Lorsque la pêche donne bien , au lieu de revenir à terre, comme font les pêcheurs dont nous venons de parler , ils versent leur poisson dans de petits bateaux qui , à. force de rames ou autrement, gagnent le port le plus promptement qu'ils peuvent, ce qui met les pêcheurs en état de continuer leur métier ; mais s'il arrive que cette ressource leur manque , les bàtimens d'une ibrce un peu considérable, s'étant approvisionnés de sel et de quarts, salent leur poisson à demi ou le braillent, comme nous allons le dire en parlant de la salaison des harengs : moyennant ces précautions , ils peuvent conserver leur poisson quelques jours sans qu'il s'altère. Ces pêcheurs ont encore recours à ce moyen quand les venis contraires ne leur permettent pas de gagner le poit : quelquefois même ils en salent en vrac.
Delà vente du poisson frais aux chasse- marées et aux saleurs. — Dans presque tous les ports où il se lait une pêche un peu considérable de hareng, à l'arrivée des barques on sonne une cloche pour l'annoncer à ceux qui veulent en acheter. Les marchands en détail de hareng frais et les chasse-marées , qui en transportent dans l'intérieur des terres , ont la préférence sur les saleurs , et après avoir pris la permission du magistrat, ils l'achètent à bord du bateau et à son arrivée, afin de l'avoir plus promptement : aussi le paient-ils un peu plus cher que les saleurs, et dans la primeur ce sont ces marchands de poisson frais qui achètent presque tout. Ce privilège leur est accordé par un arrêt du parlement de Rouen, du 23 mai 1765.
Les chasse-marées achetaient autrefois leur poisson au mille ; mais maintenant c'est à la mesure. Aussitôt que le poisson leur est livré et qu'ils ont acquitté les droits , ils le font transporter à leurs frais au lieu où ils veulent le mettre en paniers; ils le jettent d'abord dans de grandes bailles ou des cuviers remplis d'eau de puits : il y a souvent dans les ports un puits dont l'eau passe pour être préférable aux autres.
On lave soigneusement les harengs dans cette eau ; puis on les arrange, en les pressant bien les uns contre les autres dans des paniers dont le fond et les côtés sont garnis de paille longue, les mettant par lits jusqu'à ce que le panier soit entièrement rempli ; puis ils en entassent au-dessus des bords du panier, la tête en bas, pour en former une espèce de dôme , qu'on couvre de paille bien foulée sur les bords du panier, et arrêtée bien fermement avec de la ficelle. On arrange ensuite les uns auprès des autres tous les paniers dans des voitures faites exprès , dont le fond est formé par des enlacemens de cordages, afin de diminuer la force des cahots; ils ont des paniers de différentes grandeurs, suivant le lieu où ils se proposent de vendre leur poiss.on. Les voitures qui viennent à Paris en chargent ordinairement 8 ou 9,000 , celles qui partent de Boulogne sont environ 60 heures en route. Les marchands font des avances aux voituriers , et leur paient l'excédant à leurretour. Au commencement de la harenguaison , lorsque les harengs sont rares et chers , on en distribue dans les différentes provinces à dos de cheval.
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Mais cette vente du liareng aux cliasse-niarées est bien moins importante que celle qu'on fait aux saleurs.
Du transport des' harengs chez les saleurs. — Dans les ports où la pêche du poisson n'est pas fort abondante, et où les marchands logent près du port, ce sont des femmes qui transportent les harengs chez les saleurs , dans des paniers à bras, ou sur leur tête , ou sur leurs épaules , uu sur des civières , ou enfin dans de grands paniers qu'on porte à deux; mais dans les ports où l'on fait de grandes salaisons, sur-tout (juand il faut livrer le hareng assez loin, les hommes et les femmes le portent dans des hottes dont la mesure est déterminée par les réglemens. La livraison du hareng en vrac ou paqué à la mer se fait sur des brouettes ou sur des camions.
Des défauts qui font rebuter les harengs frais , soit par tes marayeurs , soit par les saleurs. — Il faut que la proportion entre les harengs pleins et les harengs gais se trouve, à la livraison, à-peu-près conforme à la déclaration qu'en a dû faire le maîtrepêcheur chez le magistrat, et lors de la vente qui s'en est faite à l'arrivée sur le port. On rebute les harengs boussards ou à In bourse^ les harengs loques , c'est-à-dire ceux qui ont été mordus par les chiens de mer ou les poissons voraces ; les harengs peignés , qui sont ceux qui ont perdu leurs nageoires ou beaucoup de leurs écailles ; les harengs évcatrés , ceux dont le ventre est ouvert et laisse apercevoir les entrailles; les harengs bougons , qui ont perdu la tête ou la queue 5 les harengs égorgés, ceux auxquels les femmes, en les habillant, ont emporté la tête; mais ce dernier défaut, n'étant pas produit par les pêcheurs , n'est pas mis à leur charge. Tous ces harengs de rebut se vendent aux pauvres gens.
Un règlement du parlement de Rouen , du 23 mai 1765, porte , art. 5 , que le hareng de Irois nuits ne pourra être vendu qu'aux revendeurs et chasse-marées pour la subsistance de ceux qui voudront l'acheter à cette intention, et aux saleurs, pour être bouffi à la cheminée, et faire l'espèce de hareng appelé craquelât , mais point pour être salé en blanc et mis en quart , et que sous aucun prétexte le poisson de quatre nuits ne pourra être vendu à qui que ce soit, à peine de confiscation et d'amende.
De la pêche du hareng en Bretagne. — On pêche un peu de harengs aux côtes du pays nantais, principalement à la côte de Piriac. On se sert pour cette pêche de manets qui ont environ 3o brasses de longueur , que l'on jette près de la côte , où il y a beaucoup de fond , et qu'on ne relève qu'au bout de 24 heures , attendu que ce poisson y est en petite quantité.
On fait une pêche plus considérable aux côtes de Bretagne, depuis la pointe de Saint - Gildas-de- Rhuis jusqu'à l'embouchure de la rivière de Vilaine ; elle précède celle de la Manche , puisqu'elle se fait quelquefois dès le commencement de septembre; mais elle ne dure que i5 jours ou 3 semaines.
La plupart des pêcheurs sont du village d'Hennebon : ils font leur pêche avec de petits bateaux du port d'environ 2 tonneaux, dans lesquels ils s'em-
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barquent ordinairement au nombre de cinq personnes ; savoir , deux hommes et trois femmes, ou des mousses. Ces petits bateaux emportent cinq pièces de filets, de 3o brasses chacune , et lorsqu'on se sert de chalou[)es plus fortes , on embarque sept pièces de filets de cette même longueur; les uns et les autres ont j5 mailles de chute. Ces bâtimens mettent leurs filets à l'eau vers les 6 heures du soir, et les relèvent vers les 6 heures du matin. Cette pêche se fait sans appâts ; on laisse dériver le filet sur le fond tant cju'il est uni.
§ 3. — Des préparations que l'on donne aux harengs pour les conserver.
On sait que le hareng meurt aussitôt qu'il est sorti de l'eau, et qu'il ne revient plus à la vie lors même qu'on le rejetterait à l'instant dans son élément naturel ; c'est ce qui a donné lieu à cette comparaison : Aussi mort qu'un hareng. De plus , il s'altère promptement, sur-tout lorsqu'il fait chaud. Il est donc de la plus grande importance de lui faire subir les opérations conservatrices le plus tôt possible.
Pour toutes les préparations que l'on donne aux harengs dans la vue de les conserver et de les mettre en état d'être transportés fort loin , on emploie toujours du sel; mais il y en a de différentes qualités, ^t tous ne sont pas également propres à faire de bonnes salaisons.
Les sels dont les Français font usaoe sont ceux de Poitou, de Saintonge , de Bretagne et de Normandie. Tout le monde convient que la qualité de ceux qu'on nomme de brouage est supérieure à celle des autres. On les fait dans les marais salans de Brouage, de Marans , de l'île de Ré et autres lieux de la côte de Saintonge et de Poitou.
Quand ces sels sont anciens , qu'ils se sont bien égouttés, qu'ils sont devenus doux , ils ne font point ouvrir le poisson , il n'en racornissent point la chair; ils lui laissent tout son bon goût sans lui communiquer d'àcreté; en un mot , quand on emploie ime juste proportion de sel , on est certain de faire de bonnes salaisons.
Quelques personnes emploient encore, pour saler les harengs , du sel de retour des campagnes, qu'on a embarqué pour la pêche de la moi-ue.
Les étrangers nos voisins emploient pour leurs salaisons des sels blancs d'Espagne et de Portugal.
Des vaisseaux dans lesquels on met les harengs. — On met les harengs salés dans des barils pomles conserver et en faciliter le transport; et comme ils se vendent assez ordinairement dans ces barils, il faut, pour la fidélité du commerce, qu'ils soient de jauge.
A Dieppe, on distingue , en général, deux espèces de futailles pour les harengs ; savoir , les barils caques et les barils romains; les premiers se divisent en demis, en quarts et en huitièmes , les autres, dits romains, ne se divisent qu'en demis et rarement en quarts.
Les barils-caques servent ù mettre le hareng blanc salé; ils doivent être bien étanchés; on les tait quelquefois de chêne, le plus souvent de hêtre. Ces ba-