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DES GRANDES PECHES AUX CORDES GARNIES

DE LIGNES ET d'hAMEÇONS.

Des grandes pêches par fond.

Ceux qui pratiquent ces pêches ont leur maîtresse corde de 6 à 9 lignes de circonférence , et chaque pièce porte environ 70 brasses de longueur ; elle est garnie de cinq à six cailloux du poids d'une livre , et de soixante-dix lignes qui sont attachées de brasse en brasse , et qui ont une brasse de longueur. Ces pièces sont roulées en Cet F^ PL 14 j Jîg. 36. On les roule ou love dans une manne ou panier G.

hes pêcheurs se mettent sept à huit dans un bateau , PI. 16, N°^. IV et /^; chacun fournit deux ou un plus grand nombre de corbeilles ou pièces de corde garnies d'appâts: ils se rendent au lieu de la pêche à voile ou à rame , et à mesure qu'ils ont mis à la mer une pièce, ils y en ajoutent une autre. Quand les quatorze ou seize pièces , etc.,, sont ainsi ajoutées bout à bout , la tessure est complète.

Comme les cordes ne sont pas toutes aussi neuves les unes que les autres, on commence par mettre à l'eau les plus usées, non-seulement parce que dans cette position elles ne fatiguent pas autant que les autres , mais encore parce que , si elles venaient à rompre, on ne perdrait pas une aussi grande portion de la tessure.

Pour tendre la tessure, on commence par attacher une càblière ou haude ( c'est le terme provençal ) au bout de la pièce qui doit être mise à l'eau la première.

On prend , dans l'Océan , le temps de la mer montante pour jeter la tessure à l'eau contre le vent,

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afin que , le bateau filant doucement à petite voile ou à la rame, on puisse fournir aisément de la corde, et encore pour qu'il soit plus aisé de la relever. V. laP/. 16, iV°. ///.

La corde, étant chargée d'une grosse càblière et de cailloux, tombe au fond de l'eau; et quand ona filé la première pièce, ou y attache une seconde pièce qui est dans un autre panier. Ou la met à l'eau comme la première, puis on en ajoute une troisième, une quatrième ; ce qu'on continue jusqu'à ce que toutes les pièces soient mises à la mer , et on finit par attacher au bout de la dernière pièce une petite càblière ^, PL 16, N°. VIII y et un orin qui porte une bouée C, ordinairement surmontée d'un petit pavillon , pour qu'on puisse l'apercevoir plus aisément.

Le temps le plus favorable pour cette pêche est un demi-calme.

La plupart des pêcheurs de la Méditerranée mettent une bouée sur chaque pièce pour retrouver ces pièces quand quelqu'une vient à rompre : c'est une très-bonne précaution. Ceux qui ne la prennent pas perdent quelquefois bien du temps à chercher leur tessure au fond de la mer avec une catenière ou un grappin.

Ces pêcheurs à la grosse corde par fond vont quelquefois chercher le fond de la mer jusqu'à loo brasses de profondeur.

On conçoit bien qu'il faut des précautions pour mettre à la mer une aussi grande étendue de cordes chargées de lignes et d'haims , de façon que rien ne se mêle 5 pour les comprendre, il taut se rappeler qu'une tessure est formée par un nombre de pièces qui sont ajoutées bout à bout : les lignes , PI. 16, iVo. VIII , se dispersent de côté et d'autre sur le fond 5, D ; on voit en £des poissons qui sont pris^ C B D représentent l'épaisseur de l'eau dans laquelle nagent les poissons.

Comme on n'a pas pu représenter toute la longueur de la tessure dans le carré iV^. VIII de la PL 16 , et qu'elle est coupée en D, on ne voit point la grosse càblière , qui a d'abord été jetée à la mer; mais elle est représentée en H , fig. i5, PL \5 , iVo. IV.

Quand toutesles pièces qui forment une tessure sont niisesà l'eau, on attache au bout, comme nous l'avons déjà dit, une petite càblière B, PL 1 6, iV°. VIII, et une corde ou orin B C, qu'on tient plus ou moins longue , suivant que la mer a plus ou moins de profondeur. Au bout de ce cordage est attachée une bouée C , qui sert à indiquer où est le bout de la tessure.

Pêche dite piélago.

Dans la Méditerranée , et particulièrement sur les côtes d'Italie , on tait avec des tartanes une pêche considérable , qu'on nomme piélago.

La tessure est formée par une longue corde appelée/7ara^/na ; c'est une palangre ou corde chargée de piles et d'haims. On commence à la jeter quand ou est éloigné de la côte d'au moins 3o brasses ; elle s'étend jusqu'à 20 milles en mer , et elle porte jusqu'à dix ou douze mille haims. On amarre une râblière au bout de la corde c|ui doit être jetée la

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première à la mer ; on attache de distance en distance des signaux de liège, qui tiennent à des lignes assez longues pour ne point empêcher la corde de gagner le fond.

Pendant qu'on la tend , la tartane dérive doucement au gré du vent ou des courans ; on laisse la parasina quelques heures à la mer , puis on la relève. La grande longueur de cette tessure fait qu'il faut au moins 24 heures pour la tendre et la relever.

On prend avec la parasina quantité de raies, de chiens de mer et d'autres poissons , dont quelquesuns pèsent plus de i ,000 livres. Pour tirer ceux-ci à bord , on les harponne avec un croc de fer qui est au bout ;d'une perche, et même on les assomme à mesure qu'ils sortent de l'eau.

De la pêche aux cordes flottantes et dérivantes ^ qu'on nomme en quelques endroits bellée.

On ne prend guère avec les grosses cordes tendues par fond que des poissons plats. On se sert , pour prendre les poissons qui nagent entre deux eaux , ou qui s'approchent de la surface , de cordes flottantes , PA 16, iV^»^. lU , IV, V, VI y VII ^t VIII- Ces cordes sont moins grosses que celles qui servent à pêcher par fond , et elles en diffèrent principalement en ce qu'au lieu de la câblière et des cailloux dont on charge les grosses cordes , on met de 2 en 2 brasses sur celle de la belée des corcerons de liège qui la font flotter quelquefois entièrement à la surface de l'eau, iV". ///; alors il n'y a que les lignes et les haims qui entrent dans l'eau. D'autres fois, quand les pêcheurs soupçonnent que le poisson est à 2 ou 3 brasses sous l'eau , ils établissent la corde à cette profondeur. Pour cela, au lieu d'amarrer les flottes de liège immédiatement sur la maîtresse corde , ils les attachent à des lignes qui répondent à cette corde, qu'ils tiennent plus ou moins longues, suivant qu'ils jugent à propos que les haims soient à une plus grande ou à une moindre profondeur dans l'eau. Quelquefois ils mettent çà et là de petits cailloux, afin que les lignes qui répondent aux flottes soient tendues 5 mais ces cailloux doivent être assez légers pour ne point faire entrer les flottes dans l'eau. Quoi qu'il en soit, on met une grosse flotte aux deux bouts de chaque pièce de bellée, et une bouée avec un signal de roseau sec aux deux extrémités de la tessure ; enfin on attache une corde à l'extrémité de la tessure , et on en retient le bout dans la barque où sont les pêcheurs.

Cette tessure , ainsi que celles qui sont destinées à pêcher par fond , est composée d'un nombre de pièces qu'on met les unes au bout des autres, et toutes ensemble font une longueur de 5 à 600 brasses et plus.

Pour mettre la tessure à la mer, les pêcheurs prennent un peu de voile, ou ils parent quelques avirons; mais quand ils ont tendu, ils carguent leurs voiles , et se laissent dériver traînant lentement la tessure pendant une ou 2 heures. Lorsqu'ils veulent relever , ils emploient quelques avirons pour maintenir le bateau contre l'effort que font les matelots en tirant la tessure à bord : du reste , on manœuvre comme quand on pêche par fond. On prend à cette pêche des merlans, des maque-

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reaux et d'autres poissons ronds, rarement des poissons plats.

De la pêche qu'on nomme traîner la balle.

Pour cette pêche , la maîtresse corde a b ^fig. 9 , PL 12, ne doit pas être tout-à-fait aussi longue que la profondeur de l'eau où l'on se propose de pêcher. On amarre à l'extrémité b un boulet ou quelque autre poids, qui doit être éloigné du fond d'environ une bi-asse. On attache à une brasse les unes des autres, sur toute la longueur de cette corde a 6 , de petites baguettes de houx-frelon , qu'on nomme en Normandie 'vergandier. Ces baguettes e dj appelées baluettes , ont seulement 4^5 pouces de longueur , et c'est à leur extrémité qu'on attache des lignes fort déliéesy, qui sont longues d'environ 2 brasses.

Il esc sensible que les lignes étant écartées de la corde par les baluettes, où elles sont attachées, les haims sont moins exposés à s'embarrasser les uns dans les autres.

Un des avantages de cette façon de pêcher est qu'au lieu de faire les maîtresses cordes d'une grande longueur , on met à la mer plusieurs de ces cordes , qui présentent aux poissons un assez grand nombre d'haims, quoique chacune soit fort longue- Ils flottent tous entre deux eaux sans confusion , comme on le voit dans la PI. 17, N°. /, où il y a trois de ces cordes et des balles qui sont amarrées au bout.

On pêche ordinairement sous voile quand on se sert de la balle et d'une corde garnie de baluettes; on a seulement l'attention de proportionner la grosseur du poids à la vitesse du bateau ; on l'augmente quand il vente bon frais, et on le diminue quand le vent est faible : c'est pour cette raison qu'on nomme cette pêche traîner la balle.

Pour mettre dehors ou jeter à la mer les balles , trois pêcheurs, mêmes PL et iV**. , sont arrangés sur le bord de leur barque, chacun ayant à côté de lui un banc de la chaloupe : ils donnent à ce banc le nom de tire. Ils lovent sur ce banc par petitesglanes la corde qui porte les baluettes : le matelot qui est le plus vers l'arrière jette le premier sa balle à l'eau le plus loin qu'il peut , et toujours vers l'arrière de la barque : il y en a d'assez forts pour la jeter à 5 ou 6 brasses d'eux. Il laisse aller au gré dû courant la corde et les piles qui sont garnies d'haims et d'appâts.

Le second pêcheur , placé vers le milieu de la barque, jette sa balle devant lui moins loin, et il ne file pas une aussi grande longueur de corde, pour que les haims ne se mêlent pas avec ceux de la première balle.

Le troisième pêcheur laisse aller son plomb à pic, et il file encore moins de corde que le second.

Ce n'est pas tout : on doit avoir attention que le poids du premier matelot soit moins lourd que celui du matelot qui est au milieu , et que celui de l'avant soit le plus pesant de tou§ , toujours pour éviter que les haims ne se mêlent les uns avec les autres.

Quand on tient en main la maîtresse corde, ou sent, malgré le poids de la balle , les secousses quie

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les poissons tont sur les piles lorsqu'il y en a de piùs. Chaque homme tire sa corde à petites brasses , il la love sur le banc qui est à sa portée, et à mesure qu'il se présente des haims , il en détache le poisson , qu'il jette dans une corbeille. Quand la balle est a bord, on remet des appâts où il en manque et on recommence la pèche.

De la pêche au vrai libouret.

La balle dont nous venons de parler est une espèce de libouret 5 mais l'appelet qui porte particulièrement ce nom consiste en une maîtresse corde m n ,jig- 10 , PL 12 , qui a 4 lignes et demie ou 5 lignes de circonférence. On attache au bout de cette corde un plomb ^ , du poids d'environ 2 livres. A 4 O" 5 pouces au-dessus, on ajuste sur la corde un morceau de bols long de 6 à 7 pouces , qu'on nomme avalette. Une de ses extrémités m a un trou dans lequel passe librement la corde n m , et les deux nœuds p p tiennent l'avalette à une distance convenable du plomb q , sans cependant empêcher qu'il ne tourne autour de la corde, laquelle, dans ce cas, forme un axe. A l'autre bout / de l'avalette, est amarrée une ligne k , qui n'a que 2 lignes de circonférence : elle a environ xme brasse de longueur , et elle porte les empiles , qui sont fort fines, auxquelles sont attachés les haims h, h, h. L'ajustement de ces empiles varie suivant le goût des pêcheurs ; car quelques-uns font la ligne assez longue pour y attacher 8 ou 9 empiles à 3 pieds les unes des autres. De quelque façon qu'on les ajuste , il faut que les haims ne soient pas à égale distance du bout / de l'avalette.

A l'égard des haims, ils ne sont jamais fort gros; mais ils le sont plus ou moins suivant l'espèce de poisson qu'on se propose de prendre , comme merlans, carrelets, limandes, soles, petits grondins. Ceux que nous avons cotés h seraient de bonne grosseur jiour les merlans, et communément on en prend d'un peu plus forts pour les maquereaux.

On conçoit que quand la maîtresse corde n m est tendue par le plomb q , l'avalette Z m a la liberté de se mouvoir librement autour de cette corde , et les piles où sont attachés les haims /i se dirigent sans confusion suivant le cours de l'eau. Il îe peut donc prendre autant de poissons qu'il y a d'haims , parce que les piles étant de différentes longueurs , les haims ne se rencontrent point les uns vis-à-vis des autres.

Ce sont les poissons plats qui se prennent le plus ordinairement dans cette pêche sédentaire, qui est représentée PL 17, N°. II, où l'on voit une barque qui est à l'ancre.

Four mettre à la mer le libouret , trois pêcheurs se rangent sur un bord ; une partie de la maîtresse corde est lovée auprès d'eux sur un banc , où elle est enroulée sur une espèce de châssis , que les pêcheurs nomment traillet.

ils ne jettent point le plomb à la mer, comme font ceux qui pèchent à la balle ; ils mettent d'abord les piles à la mer en les posant doucement avec les mains. On met aussi tout doucement le plomb et l'avalette , et on file la corde jusqu'à ce qu'on sente que le plomb repose sur le fond.

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Si l'on voulait faire cette pêche du bord d'un bateau qui fût fort élevé au-dessus de l'eau , on courrait risque que, la maîtresse corde venant à se détordre , les lignes se mêlassent les unes avec les aytres et on ne ferait qu'une mauvaise pêche.

En amorçant les haims du libouret, on a soin que les appâts pendent aux haims, afin qu'ils frétillent dans l'eau ; ce qui est avantageux pour attirer le poisson , sur-tout quand on fait une pêche sédentaire, comme l'est celle-ci.

Pour relever le libouret, chaque homme tire sa maîtresse corde à petites brasses, et quand l'avalette est à fleur d'eau, le matelot qui est auprès de lui tire le plus promptement qu'il peut la ligne, les empiles et le poisson , tandis que l'autre continue à amener la maîtresse corde. Quand on a mis dans une corbeille le poisson qui est pris, chaque matelot remet des appâts à son avalette, et il tend de nouveau avec les précautions nécessaires.

De la pêche au grand couple.

On fait encore une pêche qui approche du libouret, et que les Basques , qui la pratiquent en grand, ont nommée le grand couple^ PL 17 , iV"". //. Pour faire cet appelet, on attache au bout d'une ligne fine un morceau de fil d'archal, qui peut avoir une ligne de diamètre et 2 pieds ou 2 pieds et demi de longueur. Ce fil est un peu courbé en arc ; son milieu est fortifié par deux petites jumelles de bois , qu'on y assujettit avec des révolutions d'un fil retors. Au milieu de l'intérieur de la courbe, on forme une petite anse ronde de corde, à laquelle s'attache un poids d'une demi-livre , et au même point, dans la partie convexe , on forme une autre anse ovale , qui sert à attacher la ligne qui porte le couple.

Les deux bouts de ce fil d'archal sont aplatis comme l'extrémité du corps des haims, et on y attache plusieurs piles, qui sont de différentes longueurs; mais les plus courtes ont presque une brasse.

Sur la côte de Normandie , les pêcheurs qui se servent de cet appelet se mettent dans une chaloupe ; mais les Basques , qui font plus en grand la pèche dont nous parlons, se mettent huit à dix hommes dans une barque : chacun jette son couple à la mer , et le retire quand il juge qu'il y a quelque chose de pris.

Comme on tient les lignes qui répondent aux couples les unes plus longues que les autres, les haims occupent une grande étendue dans la mer, où ces lignes se développent comme un éventail , PL 17, N°. II : de sorte qu'il se présente toujours des haims aux poissons qui sont à différentes profondeurs dans l'eau.

Cette pêche se fait tantôt à l'ancre , et tantôt en portant peu de voile.

Pour prendre des vives , quinze ou seize hommes se réunissent dans un grand bateau , et ils calent leur couple très-près du fond. V, les articles ^/jpdts , Cannes , Cordes , Hameçons.

Ligne de fond a menus hameçons. Elle est prohibée par les anciennes ordonnances de i326, i388, i4o2, i5i5 et i55o, citées par Saint-Yon , p. 224 , et auxquelles se réfère l'ordonnance de 1669 5 ^^^' XX.XI , art. lo.

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