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Madrague de Bandol. — La madrague de Bandol, dit Duhamel, passe pour la plus étendue de toutes celles qui sont en Provence : elle est représentée PL 4o , N". I.
Laqxieuede cette madrague, AB, fait l'eftetde ce que les pêcheurs partjuiers nomment \a. chasse ; c'est un filet d'auffe, semblable à celui qui fait l'enceinte de la madrague. Il est tenu verticalement par du lest de pierres dont on garnit le pied, et des nattes de liège qui sont attachées à la ralingue de la tête. Cette muraille de filet, comme disent les pêcheurs provençaux, doit s'étendre depuis la madrague B jusqu'à la côte A. On assure que celle de Bandol avait près de i,ooo toises de longueur, et le cpiart de cette étendue dans sa plus grande largeur. Quand les thons qui longent la côte par bandes rencontrent ce filet, ils le suivent, et sont parla déterminés à entrer dans la madrague, comme nous le dirons par la suite.
L'enceinte ttttàe cette madrague est formée par des filets d'auffe, tenus verticalement, comme ceux de la madrague de Toulon , par du lest de pierres , des flottes ou nattes de liège ; et elle est affermie par des cordes vvw , amarrées d'un bout à la tête du filet , et de l'autre à des ancres qui sont mouillées au fond de la mer.
Cette grande enceinte tttiest divisée, par des cloisons de filets, en cinq compariimens qu'on nomme c/iambres.
La chambre g est dite de la grande entrée. Elle Ji'a point de filcit en ab ; il n'y a qu'une corde , soutenue par des lièges , et servant à entretenir la liaison de la muraille en cette partie. On peut regarder cette chambre comme un vestibule ou une pièce de distribution, dans laquelle se rendent les thons qui, venant du côté de, et étant arrêtés par la queue A , B , la suivent et se rendent dans cette corde g. Les poissons qui sont dans cette chambre peuvent entrer dans la chambre /"(qu'on nomme à Bandol /a chambre du levant) par un endroit p, où il n'y a point de filet, mais seulement une corde garnie de lièges.
D'auti es thons, prenant une route contraire, passent dans la chambre o (qu'on nomme à Bandol la première chambre du couchant) par une ouvertuie qui est en c, où il n'y a point de filet , mais seulement une corde garnie de lièges. Il y a ordinairement eu cet endroit un bateau do garde.
A la cloison qui sépare la chambre o d'avec la chambre d , qu'on nomme seconde chambre du couchant, il y a , vers e, un espace qui n'est formé que l)ar un hlet à très-grandes mailles, au travers iles- (pielles les thons passent sans difficulté 5 et à portée de là est un bateau, d'où l'on peut observer si le poisson se rend dans la chambre d.
Quand les thons y sont entrés, il s'agit d'y faire passer ceux qui sont dans la chambre /dite du levant. Pour cela, on se promène dans la chambre/ avec le bateau s , faisant du bruit et battant Peau. Les poissons, effarouchés, sortent par l'ouverture/», et traversant la chambre g, entrent par l'ouverture c dans la chambre o et ensuite dans celle d, traver- .sant un filet à grandes mailles.
il est bon de faire remarquer que les croisées g ,
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c[u on aperçoit sur les chambres odgn^ ainsi que la corde q, qui est auprès de la grande entrée, sont de simples cordes qui ne portent point de filet, et qui sont seulement garnies de nattes de liège. Elles ne servent qu'à donner de la fermeté aux filets qui forment les chambres et à la queue : ce qui est convenable, à cause de leur grande étendue.
Nous devons encore arrêter ici les yeux des lecteurs sur un agrandissement qu'on appelle la petite entrée, cjui est à la grande madrague de Bandol, et qu'on ne voit point aux madragues de Toulon , dont nous avons parlé en premier lieu.
En se rappelant ce qui a été dit, on concevra que les thons qui suivent la direction de , étant arrêtés par la queue ou chasse A, B, sont déterm.inés à entrer dans la madrague par la grande entrée ab^ mais ceux qui suivent la route mn ne peuvent y entrer, à cause de l'obstacle qu'y fait la queue A , B , laquelle s'étend jusqn'à la côte. C'est pour retenir ceux-ci qu'on pratique la petite entrée g , par laquelle ils se rendent dans cette chambre , et ensuite dans la chambre m , puis dans celle dg, le passage n.
Lorsqu'il y a une assez grande quantité de thons dans la chambre dg, on les fait passer dans la chambre de la mort yz, et on les rassemble dans le corpou z. Cette opération a été expliquée à l'occasion de la madrague de Toulon.
Quoique ordinairement on ne lève le filet de la chambre jK 2 qu'une fois le matin, au point du jour, et une autre fois le soir à la brune, on le relève néanmoins trois ou quatre fois dans une journée quand il se présente du poisson en abondance.
Il y a des ^Jropriétaires de madragues qui font de ce corpou un réservoir de poissons, où ils ne prennent les thons cpi'à mesure qu'ils savent en avoir un débit avantageux.
La pèche du thon commence ordinairement en mars ou avril, et finit en octobre. C'est dans les mois d'août et de septembre que la pêche est la plus abondante.
Cette pêche, qnl exige de grands frais, est trèslucrative quand, le poisson donne abondamment a la côtej mais elle est éventuelle, et dans certaines années on ne se remboiuse pas de ses dépenses.
On peut servir les pttites madragues avec dix à douze hommes, y compris le chef, qu'on nomme rey, et l'écrivain. Il faut avoir quatre bateaux de •2.5 pieds de longi;eur, et un de 3o ou 35 pieds, qu'on met à la tète du corpou ; mais pour les grandes madragues, il fiiut plus de monde et de plus grands bateaux.
Observations. — En examinant, observe Duhamel, la construction des madragues, on sera sans doute surpris de voir les poissons se laisser prendre dans ces enceintes de filets, pendant qu'ils ont autant de facilité pour en sortir qu'ils en ont eu pour y entrer 5 mais il ne faut pas avoir long-temps suivi f elto pèche et observé les mouvemens des poisson.', dans les madragnes, pour être pleinement rassuré à cet égard. En effet , le poisson qui tend à faire route parallèlement à la côte suivant la même ligne de , jN". I, étant arrêté par la queue A , B , il la côtoie jusqu'en Z>, où, ne trouvant plus d'obstacle suivant sa
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première direction , il la reprend , et entre par l'ouverture c dans la chambre off. Il peut bien s'en égarer plusieurs dans la chambre /,• mais aperce- Tant qu'il y a des poissons dans la chambre og, ils traversent ensuite la grande entrée jt" et s'y rendent. Quelques autres, pour suivre la diiection de leur première route, passent dans la chambre dg, on traversant le lilet à larges mailles. Comnje toutes les ouvertures des différentes chambres sont du côté de l'enceinte du fond, les poissons la suivent ainsi qu'ils ont suivi la queue, et d'autant plus volontiers que cette muraille étant parallèle à la côte, elle se trouve dans la direction de la route qu'ils veulent suivre; et les demi-cloisons ne soiit point inutiles, puisqu'elles obligent les poissons à se porter auprès de la muraille du fond.
On n'imagine pas d'abord à quoi sert le filet ù grandes mailles qui est entre la chambre og et la chambre dg; car si les thons ont franchi ce filet pour entrer, ils peuvent de même le traverser pour en sortir. Mais les pêcheurs assurent que cela n'arrive jamais ; et ils disent que quelque grandes que soient les uîailles du filet e, les thons ne manquent guère de se froisser en le traversant : ce qui , ajoutent les pêcheurs, les effarouche tellement , qu'ils s'en éloignent aussitôt et évitent de rencontrer ce filet. Aussi voit-on de petits thons qui essaient d'entrer dans la chambre /ly, au travers des mailles, plutôt que de revenir sur leurs pas et de traverser le filet à glandes mailles. C'est en étudiant l'instinct des poissons qu'on est parvenu à simplifier les madragues et à retrancher des filets qu'on tendait pour fermer les portes, lorsque le poisson est entré dans une chambre. Il n'y avait autrefois qu'un tiers de la cloison qui sépare la chambre og de la chambre dg qui fût à grandes mailles.
On a de même trouvé plus à propos d'élargir toutes les portes et de les laisser ouvertes, piour qu'à toute heure du jour et de nuit les poissons pussent entrer dans la madrague.
On prétend que quand les thons sont effarouchés ou par les pêcheurs, ou par quelque requin, ils plongent jusqu'au fond, mettent leur tète dans l'algue et ne remuent plus. C'est ce qui arriva, diton, lorsque le duc de Penthièvre fut voir les madragues, en passant par Toulon. Le cortège était des plus nombreux et la mer couverte de canots ; mais de 200 thons qu'on savait être dans la chambre dg, il ne fut pas possible d'en faire monter un seul dans le corpou yz, et la pèche se réduisit à quelques livres de petits poissons. Ces mêmes thons se montrèrent le lendemain comme d'eux-mêmes, et on fit une pêche abondante.
Les thons ne sont pas les seuls poissons que l'on prenne dans ces pêcheries : on y trouve des bonites, des veaux marins, des espadons et même des esturgeons, mais rarement , parce que ces derniers poissons se plaisent à l'embouchure des rivières ; on y prend aussi des chiens de mer, quoique les gardiens qui sont dans les barquettes tassent leurs efiorts pour les empêcher d'y entrer, parce qu'ils tuent beaucoup de poissons et qu'ils endommagent les filets.
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Ejrposé sommaire de ce qui est nécessaire pour l'établissement d'une madrague. — Il faut, pour établir une madrague, environ 3o ancres de fer; 3oo libans d'auffe ; 200 pièces de filet de môme matière, pour former les chambres; 60 pièces de filet à mailles plus petites, pour fermer, au besoin, les communications entre les chambres; 6 pièces de filet de chanvre pour faire la levée dans la dernière chambre qu'on nomme le corpou; 800 livres de corde de chanvre assez menue , qu'on attache an double filet du corpou nommé la levée; 3oo quintaux de ficelles menues pour attacher les filets les ims aux autres ; 200 paquets de fiottes de liège pour soutenir à fleur d'eau la tète des filets de la madrague; une ou plusieurs grandes barques amarrées auprès du corpou , dans lesquelles on met les poissons qu'on a pris dans cette chambre; plusieurs barques à-peu-près semblables, montées de 7 à 8 hommes, et qu'on amarre autour du corpou quand on le pêche; enfin plusieurs petites barquettes qui se tiennent aux entrées de la madrague ou aux communications des chambres les unes avec les autres, ])our observer s'il y entre des thons.
HégltmcTis sur la pêche dans les ma dragues et bourdigues , et sur la pêche du thon . - — V . , à l'article Pêche maritime , § 7, et à la fin du Recueil , Varrêùé du 00 mars 1801 .
MAIGRE , perça umbra. Poisson du genre persèque, qui a été souvent confondu avec la scienneumbre (voy. Timbre)^ que l'on nomme dans plusieurs contrées de la France ombre, maigre et daine ^ en Grèce , millocorno ; en Allemagne, barlumber, meerasche j en Angleterre, beardcd umber, cro-w ^sh.
Le maigre est un poisson dont la présence , annoncée par un bruit sourd qu'il produit sous l'eau , suivant quelques pêcheurs, épouvante et fait fuir les sardines. C'est de là que, dans les temps anciens, on l'a nommé magister, le maître, nom primitif ou radical , dont on a formé, avec le temps, celui de maigre , ainsi prononcé par contraction.
Description. — Lacépède, qui a distingué le poisson dont il s'agit ici de la scienne-umbre , avec laquelle il avait été confondu par les auteurs, et qui l'a placé dans son ^Gnre persèque , en donne la description suivante : 10 rayons à la première nageoire du dos, 26 à la seconde; 2 rayons aiguillonnés et 7 rayons articulés à celle de l'anus ; un barbillon au bout de la mâchoire inférieure.
Ce poisson parvient quelquefois à 6 ou 7 décimètres. Il a la tête comprimée et toute couverte de petites écailles; les deux mâchoires, dont l'inférieure est la plus courte , garnies de dents très-j)etites et semblables à celles d'une lime; deux orifices à chaque narine; le barbillon qui pend au-dessous du menton, gros, mais très-court; un aiguillon à la dernière pièce de cliaque opercule ; le dos et le ventre arrondis ; la hauteur du corps assez grande; le corps et la queue comprimés ; les écailles larges ; les rayons de la première nageoire du dos aiguillonnés, ceux de la seconde articulés, excepte le premier; là couleur générale jaune; des raies bleues vers le haut et argentines vers le bas du corps; une tache noire à l'extrémité de chaque opercule; les pectorales, les thoracines et la caudale noirâtres; l'anale rou-
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