M AN
principalement avec le filet de la tartane. Comme il se meut avec beaucoup de vivacité, il lui arrive souvent d'endommager son enveloppe écailleuse et particulièrement sa fourche.
INI ALCOT. L'un des noms du Tacaud. V. ce mot.
MALESTRAN. On donne ce nom aux sardines qu'on a mises en saumure dans une grande baille pour les paquer ensuite dans des barils.
MANCHE. Filet en forme de tuyau conique large à l'entrée , et qui s'étrécit jusqu'à son extrémité, qu'on ferme de différentes manières. Il y a des filets en manche auxquels on donne différons noms tels que ceux de Bertoulens , Guideaux , Lossins , Poches, Sacs, Var\>oustes , Verveux. V, ces mots.
MANCHE DE COUTEAU ou JNTANCHOT.
C'est un coquillage fort commun, sur-tout sur les eûtes du Cotentin. V^ , à l'article Pêche, le paragraphe qui traite des différentes sortes de pêches à basse eau.
MANDOLE. V. Mendole.
MANET. C'est un filet à simple nappe , dont les mailles doivent être tellement proportionnées à la grosseur des poissons qu'on se propose de prendre, que ceux-ci puissent y introduire leur tête, et être arrêtés par le corps , ordinairement plus gros que la tête , de Si rte qu'ils restent arrêtés par les ouïes. On donne aux manets différens noms suivant les espèces de poissons auxquels ils sont destinés , et encore suivant les endroits où on les tend.
Quant aux dénominations qui se tirent des espèces de poissons , elles sont ainsi déterminées : on nomme harangnier ou haranguyère le filet qui doit prendre des harengs ; sardinau ou sardinal celui qui est propre à prendre des sardines ; aiguillière celui qui sert à prendre des aiguilles; marsaïque celui destiné à la pêche des maquereaux ; muliers les filets pour prendre des mulets; rets à colins ou colins ceux qui sont propres à prendre de petites morues. Y. dans ce Dictionnaire ces différens noms.
Quant aux noms qui se tirent des endroits où l'on tend les manets , on appelle ansières les filets qu'on tend dans les anses ; rets à bancs ou rets traversés ceux qu'on tend sur les écores des bancs , et rets d*enceinte ceux qu'on tend pour envelopper un. banc de poisson.
Ces dénominations éprouvent encore des changeniejis suivant les différentes côtes; mais la différence principale qu'on peut remarquer entre les manets se réduit au calibre des mailles et à la grandeur des filets. A l'égard de la chute du filet, elle est plus ou moins grande, suivant la profondeur de l'eau dans laquelle on l'établit. Pour ne point confondre le filet dont il s'agit avec la seine, nous avons adopté la dénomination générale de manet , qui esc reçue sur plusieurs côtes, et qui désigne tous les filets dont les mailles doivent être calibrées, ou avoir une grandeur précise relativement à chaque espèce de poisson que l'on veut prendre.
Comme les manets s&xyç^nX. principalement à prendre les poissons de passage, on s'en sert dans les saisons où ces différentes espèces de poissons se portent à la côte.
Les manets se tendent en ravoir : on en garnit
MAN
des Parcs C voy. ce mot) ; on en tend en pleine eau pierres ou flottés.
I ", Des manets qu'on tend entre les roches, et qu'on 710 rame pour cette raison rets à rocs ou rets entre roches.
Les manets qu'on tend entre les roches se nom-
ment pour cette raison
rets à rocs ou rets entre roches.
Ces pièces de filet sont ordinairement de 4° '"^ 5o brasses ; leur chute , ainsi que la longueur de la tessure , varie suivant la situation du lieu où on les tend et la profondeur de l'eau. Les gros poissons se prennent dans les grandes mailles , au travers desquelles passent les petits , et si les mailles sont serrées il n'y a que les petits poissons qui s'y engagent.
Pour la pêche dont il s'agit ici, les pêcheurs choisissent une petite anse terminée par des roches, auxquelles ils amarrent la corde qui borde la tête de leur filet , après l'avoir ajusté sur le terrain, comme on le voit Vl. 32. , ]V°. VI. Communément les pêcheurs font décrire à ces filets une courbe dont la convexité est du côté de la mer.
Quand l'endroit où les pêcheurs s'établissent assèche de basse mer, ils tendent leurs filets à pied , et vont prendre le poisson après que la mer est retirée.
On voit sur la même planche , même numéro , une autre manière de tendre les manets traversant entre les roches, qui s'est quelquefois praticjuée à l'île de Bas en Bretagne. Le rets est ordinairement attaché par la corde flottée de la tête à des manœuvres qui passent dans des poulies qu'on a frappées au haut de quelque rocher escarpé. La tête du filet est garnie de flottes, et il y a au pied très-peu de lest. Comme ces filets sont destinés à prendre des mulets et des bars, leurs mailles ont environ 2 pouces d'ouverture en carré. Si l'on se proposait de prendre des harengs lorsqu'ils se portent en abondance à la côte , il faudrait que les mailles fussent plus étroites.
Les deux manoeuvres qui sont attachées à la corde flottée du filet , étant passées dans les poulies dd, qu'on a amarrées au haut des rochers escarpés, on plie, de mer basse , le filet sur le terrain , où il est chargé d'un peu de sable. Au tiers du flot, les pêcheurs halent sur les cordes qui passent dans les poulies, et ils élèvent le filet, qui demeure en cet état jusqu'à ce cjue la mer soit retirée : alors ils laissent retomber le filet, et prennent les poissons qui se sont emmaillés. On doit supposer un homme à charpie bout du filet.
2^'. Manets à bancs.
On tend aussi quelquefois des manets dans des anses ou entre des bancs, et alors on les nomme rets d bancs ou ansières. Les pécheurs en ensablent le pied, et la tête est garnie de liège et de bandingues, comme on le voit PL 32 , No. VU.
Quand la marée commence à recouvrir les filets , les pêcheurs vont à l'eau et saisissent la tête de leur filet; ils la soulèvent, afin de la débarrasser s'il y avait quehpie chose qui s'opposât à l'effort que font les lièges pour faire prendre au filet une situation
MAN
verticale : il est sensible qu'on ne peut y prendre de poisson qu'une fois à chaque marée. Outre les poissons ronds qui s'emmaillent , le pied du filet, qui est ensablé , arrête les poissons plats.
3°. Manets sédentaires qu'on tend en pleine eau et en ligne droite.
La plus considérable pêche qu'on fasse au cap de Gascogne est celle du peugue : elle se fait en pleine mer, depuis le commencement de novembre jusqu'au mois de mars, par dix à douze chaloupes, dans chacune desquelles il y a douze hommes d'équipage. Ils vont au large chercher depuis lO jusqu'à 40 brasses d'eau : étant arrivés à l'endroit qu'ils jugent convenable , suivant les vents c|ui régnent , ils mouillent une ancre , et jettent à la mer leurs filets, qui y demeurent le reste du jour et la nuit suivante, pour être relevés le lendemain matin. Les pêcheurs se tiennent sur leurs filets 5 mais après avoir relevé , ils retournent dans le bassin d'Arcancon joindre de vieux pêcheurs , cjui les attendent dans des pinasses ou des tilloles, pour recevoir leurs poissons; ensuite ils font sécher leurs filets, et les ayant repris dans leurs chaloupes , ils retournent en mer.
Quand la pêche est abondante, on relève quelquefois prescjuc aussitôt que l'on a fini de tendre. En général, les pêcheurs relèvent leurs filets au commencement de la marée montante , en prenant d'abord le bout qui est au large.
Gomme ces filets sont du genre des manets , il faut en avoir de plusieurs sortes, suivant les différentes espèces de poissons: par exemple., dans les mois de novembre et décembre, saison où l'on pêche à cette côte principalement des marsouins, des tires et d'autres raies , ils se servent des filets qu'ils nomment leugeons , petuts , &t filets de trois fils ; mais ceux dont ils font usage en janvier , février et mars sont les estoueyres et les bigeareyres , pour prendre des soles, rougets, turbots et autres bons poissons qui donnent à la côte pendant cette saison.
Les mailles du leugeon sont de 18 lignes en carré j le filet a 20 brasses de longueur et 3 pieds de chute.
Ceux qu'on nomme petuis et filets de trois fils ont leurs mailles de 24 à 26 lignes d'ouverture en carré -, les pièces sont longues de 3o brasses sur environ 4 pieds ou 4 pieds et demi de chute; mais celui dit de trois fils est effectivement fait avec trois fils fins retors l'un sur l'autre.
Le filet dit bigeareyre a ses mailles de 2 pouces d'ouverture en carré ; les pièces de ce filet ont 40 brasses de longueur sur 6 pieds de chute.
Enfin les mailles du filet apjielé estoueyre ont 18 lignes d'ouverture; la longueur de ce filet est de 40 brasses , et sa chute de 4 pieds et demi.
Tous ces filets sont d'un fil très-fin , retors dans la plupart.
La ralingue du bas est chargée de 10 à 14 livres de plomb , distribuées en bagues qui pèsent une once, et la ralingue de la tête porte quatre douzaines de flottes, pesant ensemble environ 4 livres.
Pour faire une tessure, on réunit jusqu'à quarante pièces de filets. On les cale en droite ligne , de sorte que le pied du filet repose sur le fond; à c]iac|ue extrémité est une pierre du poids d'environ 60 livres,
MAN
tt dans la longueur, à des distances égales, on en met deux autres de même poids : chaque pièce de filet est, outre cela , chargée d'une petite pierre qui peut peser 4 livres.
( )n amarre à chaque grosse pierre un orin qui porte une bouée de liège, de figure conique, ayant 2 pieds de hauteur sur un pied et demi de diamètre à sa base, et que les pécheurs nomment bigeyre.
Les poissons qui donnent dans le filet s'eramaillent et se prennent par la tête et les nageoires.
4°. Des majiets tendus en forme d'enceinte.
Quoique la pêche dont il s'agit ici ressemble beaucoup à quelques autres qu'on fait avec les filets nommés seines ^ nous croyons devoir en parler , attendu que le Met doit avoir ses mailles calibrées de grandeur proportionnée à l'espèce de poisson que l'on pêche.
Ce filet a ordinairement une brasse ou une brasse et demie de chute. Si l'on se propose de prendre des mulets ou des bars, les mailles ont 17 à i8 lignes en carré ; il est flotté à la tête , on ne met au pied que fort peu de lest; de plus, on fait en sorte qu'il ne porte pas sur le fond, l'intention étant de ne prendre que les poissons ronds qui s'emmaillent. Vu que les mulets , les colins, les bars et d'autres poissons qui vont de compagnie, se rassemblent volontiers dans les eaux dormantes et traiic[uilles, comme il s'en trouve assez fréquemment à l'entrée des rivières qui se rendent à la mer par de larges embouchures, c'est à ces endroits qu'on tend les filets dont il s'agit. Lors donc que les pêcheurs ont aperçu dans l'eau des tourbillons de poissons, ce qu'ils connaissent aisément à la couleur de l'eau , après avoir amarré le bout A, PL 32, N°. VIII, du fileta un rocher , à une ancre ou à une càblière , étant avec leur filet dans le bateau , ils jettent le filet autour des places où les poissons nagent près de la superficie, et ils en enveloppent le plus qu'ils peuvent, en décrivant une ligne circulaire. Les poissons ainsi renfermés s'épouvantent, donnent dans le filet, et s'emmaillent en grande quantité.
On nomme ce filet rnu/ier dans l'amirauté de Coutances , ciheaitdière flottée dans celle de Saint- Valéry , et on lui donne d'autres noms ailleurs.
5^. Des mômes filets tendus en pleine eau , et tenus sédentaires.
Il y a des pêcheurs qui, au lieu de faire l'enceinte dont nous venons de parler , se contentent de tendre un manet par le travers de la route que tiennent les poissons, et ayant amarré un bout de leur filet à une ancre ou à une grosse càblière , ils conservent l'autre bout dans leur bateau , qu'ils tiennent fixe avec un grappin. ^ . la PL 33, A"^. /.
Les poissons donnent dans le filet en suivant leur roule; une partie s'y emmaille, d'autres côtoient le filet , et ne se prennent point : c'est pourquoi le filet tendu en enceinte est plus avantageux; cependant si on veut pratiquer cette façon de pêcher, qui peut quelquefois avoir des avantages qui lui sont propres, il faut savoir établir les filets à différentes profondeurs dans l'eau. V. la PL 33 , N"" . III.
MAN 3o3
6". Des mancts flottans et dérivans.
Quand les matelots sont rendus au lieu de la pêche , ils amènent leur voile , leur vergue, et souvent leur nuit, ne conservant qu'un mâtereau à l'avant, qui porte une petite voile quand on en a besoin V
la p/. 35 , i\r°. ///. * ■
Tout étant ainsi disposé, ils jettent leur fileta l'eau, etau fureta mesure ilsattachentsurla ralingue les manœuvres qui portent les grosses bouées ou les barils dont nous avons parlé. Les pêcheurs conservent dans leur bateau un halin répondant au filet qui se place verticalement dans l'eau , à une plus grande ou une moindre profondeur, suivant qu'on a établi les flottes plus ou moins près de la ralingue qui borde le haut du filet.
Le filet ainsi que le bateau flottent et dérivent au gré des courans. Quand le filet a resté à la mer 6 , y heures, eu au plus 12 heures, suivant la longueur des nuits, on le relève : pour cela, on tire à bord le halin, et ensuite le filet; à mesure qu'il se présente des bouées ou des barils, on les détache.
On conçoit que, par cette façon de pêcher, on ne prend que des poissons qui s'emmaillent : d'où il suit qu'il faut que les mailles ne soient ni trop grandes ni trop petites, mais d'une ouverture proportionnée à la grosseur du poisson qu'on se propose de prendre.
7°. De la pèche dite AvoxnWQlie ^ drainette, drivnnette, et plus exactement peut-être derivette.
On prend à cette pêche des orphis, des harengs, des sardines, des sansonnets et plusieurs autres poissons ronds , jamais de plats.
Le filet est un manet formé d'un fil très-délié et point retors.
La pêche des orphis, qu'on fait avec ce filet, dure depuis le mois de mars jusqu'à la fin de mai; les pécheurs s'éloignent très-peu de la cote , et s'établissent sur 3 à 4 brasses d'eau. On pêche de flot et de jusant, mais toujours la nuit. Quand les orphis se sont maillés par la tête, ces poissons se débattent et s'agitent tellement, qu'ils s'embarrassent dans le filet , au point que les pêcheurs Ont souvent bien de la peine à les en retirer.
Immédiatement après cette pêche , on fait celle du maquereau, qui commence dans le mois de mai, et se continue jusqu'à la fin de juillet. Ce poisson, ainsi que le hareng, s'emmailie; mais il ne s'embarrasse ])as dans le filet, comme les orphis.
On choisit de mên\e le temps convenable pour la pêche des autres poissons. Les bateaux pour cette pêche ne sont armés que de quatre hommes, et le filet , qui n'a que 4 ''^ ^ pieds de chute, est apparreillé de façon qu'il se tienne à la surface de l'eau. Les pièces sont de 40 brasses de longueur, et la tessure a quelquefois plus de 3oo brasses. V. la PL 55, No. IV.
Les pêcheurs rentrent à toutes les marées.
11 ne faut pas confondre avec cette pêche celle qu'on nomme douillette sur la. cote de Haute-Normandie , près d'Isignj. Les filets ont 6 pieds de chute ; l'ouverture des mailles est d'un pouce et demi en carré ; huit hommes , dans une grande
plate ^ vont à la voile établir leur pêche à 6 ou "7 lieues au large, et ils prennent de toutes les espèces de poissons qui sont de grosseur ta s'emmailler. Nous allons rapporter l'usage qu'on fait des maiiets pour prendre des sardines dans l'Océan.
8°. Pêche de la sardine avec les manets.
La pêche des sardines commence en ces quartiers au mois de mai , et elle se continue jusqu'à la fin de septembre : alors les sardines quittent ces parages et se portent vers Concarneau, où l'on en pêche beaucoup à la fin de l'automne.
Au commencement de la saison des sardines , ce poisson est fort petit; il augmente successivement de grosseur , et pour qu'il s'emmaille on change de filets, dont les mailles sont de plus en plus grandes : il y en a de six moules différens.
Celui qui a les mailles les plus serrées, et qui sert à l'arrivée des sardines , est nommé parmi les pêcheurs carabine, ou plus exactement du premier moule : il a les mailles de 6 lignes en carré ; le filet du second moule a ses mailles de 7 lignes; celles du troisième moule sont de 8 lignes ; le filet du quatrième moule a les siennes de 8 lignes et demie; au cinquième moule , les mailles ont n lignes d'ouverture ; enfin, celles à\x sixième moule sont de 9 lignes et demie ou lO lignes.
Une pièce de ce filet à simple nappe , qui est plombé et flotté, porte \5 brasses de longueur sur 5 de chute. On le met à l'eau par l'arrière de la chaloupe , en sorte que le bout qu'on jette le dernier n'est éloigné de la chaloupe que d'une ou 2 brasses, étant retenu à bord par un bout du funin , qu'on amarre à un tolet.
Au moyen de deux avirons , on tient la chaloupe debout au vent , et elle suit la direction du courant ou de la marée. Le maître , étant sur l'arrière, jette en mer le plus loin qu'il peut la rogue ou rave, mais en petite quantité ; si le maître aperçoit des sardines à stribord du filet, il jette la rogue à bâbord, et de même si la sardine se montre à bâbord, il jette la rogue à stribord: le poisson, courant alors vers l'appât, se maille par la tête.
Quand les lièges s'enfoncent dans l'eau, on juge qu'il y a beaucoup de sardines maillées , et l'on tire le filet à bord. Après avoir démaillé les poissons, on remet aussitôt le filet à l'eau; il arrive quelquefois qu'un banc de sardines , donnant dans le filet , fait caler les lièges sans pour cela qu'il y en ait beaucoup de prises : c'est ordinairement quand la grandeur des mailles n'est pas proportionnée à la grosseur des sardines.
Dans l'abondance de ces poissons , les pêcheurs joignent quelquefois les unes au bout des autres six pièces de filet et ])lus, et souvent ils prennent alors jusqu'à quarante milliers de sardines d'un seul coup.
Il y a deux sortes de rogues, celle de stockfish et celle de maquereau : la rogue de maquereau est la plus estimée ; mais, attendu qu'elle est beaucouj> plus chère, les pêcheurs se servent plus communément de celle de stockfish, d'autant que , quand il y a abondance de sardines, une seule chaloupe en consomme près d'une barrique dans un jour.
Quelquefois , sur la fin de la pêche , il se trouve
MAQ
de fort petites sardines mêlées avec les grosses ; elles traversent les mailles sans se prendre, et mangent la rogue , auquel cas les grosses , n'apercevant point d'appât, ne donnent point dans le filet : ainsi, la pêche est infructueuse. V. Kogue et Sardine.
MANGONNIERS. Nom qu'on donne en Languedoc aux chasse-marées ou marchands de poissons en détail.
MANGUE. Grand filet qui est employé auprès de Fréjus.
MANIGUETTE. V. Gueldre.
MANIGUIÈRE. Pêcherie formée de filets tendus sur des pieux qui aboutissent à des manches où entrent les anguilles. Nous avons déci'it les maniguières au mot Bourdigues, V. ce mot.
MANIGOT. Brassard de cuir dont se servent les Hollandais qui font la pêche du hareng.
MANIOLE. Grande truble dont on se sert dans l'Adour, près Bayonne, dans un petit bateau , pour prendre de petits poissons; on s'en sert aussi dans le port de Brest pour prendre des merlans bâtards. Quelquefois la maniole n'a pas de manche , et est suspendue à un cordage. V. Truhle.
MANNE DES RIVIÈRES ou DES POISSONS.
On appelle ainsi les éphémères j insectes qui se montrent sur les rivières, et dont les poissons sont très-friands V. Ephémère.
MANOEUVRES. Ce sont les cordages d'un vaisseau et leur usage , ainsi que l'action de les mettre en mouvement.
MAQUEREAU, scomher. (Lin.) Poisson du genre des scombres, qui, à raison de son abondance sur les côtes de l'Europe pendant plusieurs mois de l'année et de sa qualité, est d'un grand intérêt pour tous les peuples de cette partie du monde. Il se nomme, sur plusieurs côtes méridionales de France, auriol, verrat , horreau] en Suède et en Danemarck, makril^ en Allemagne, makril ; en Angleterre, macaril y à Venise , scomhro^ à Naples, lacerto ; en Espagne , cavallo.
Histoire. — Ce poisson ne fut pas connu des Grecs. On le péchait, dans le moyen âge, sur les côtes de France et d'vVngleterre. Il existe un acte de 1 i54, de Henri II , roi d'Angleterre et duc de Normandie, qui accorde l'exemption de droits sur les harengs, les maquereaux, les merlans et autres poissons que l'on introduisait dans les ports de Dieppe. Les lois d'Oléron attestent qu'on péchait des maquereaux sur les côtes de Bretagne à la même époque. Il est fait mention de ce poisson dans les Statuts de la vente de la marée à Paris, confirmés par des lettres lie Charles IV. L'ordonnance du roi Jean, de i35o, règle la police de la vente des maquereaux , ainsi que l'avait fait, en 1262, le règlement municipal publié à Rouen par le maire de cette ville. On trouve encore le nom de ce poisson dans l'ordonnance de Charles VI, publiée en i4i5 : les maquereaux se vendaient à Paris au cent et au millier; on les y apportait en bateaux et non en barils, comme de nos jours. Par maquereau goulefy, on doit entendre le poisson qui était sauré , comme le saumon et le hareng , comme la morue bacconnée : c'est au moins l'explicatiim la plus vraisemblable qu'on puisse donner de ce nom.
MAQ
Description. — Ce poisson (P/. 5,^ff. 4) » '^ont la longueur ordinaire est Je i3 à 18 pouces, a 5 pelites nageoires au-dessus et au-dessous de la queue; 12 rayons à chaque nageoire du dos j le corps allongé; la tète longue et se terminant en pointe; l'ouverture de la bouche large; la langue libre, pointue et unie ; la mâchoire inférieure plus longue que la màchcdre supérieure, et toutes deux garnies d'un rang de petites dents pointues , ainsi que le palais; les narines oblongues et doubles; les yeux grands , et couverts au printemps d'une peau qui disparaît en été; les opercules des ouïes composés de trois lames, et le tronc couvert de petites écailles. Il est noir en dessus , irrégulièrement fascié de noir ou de bleu sur les cO»tés , et argenté sous le ventre ; il a la ligne latérale voisine du dos , et accompagnée de taches oblongues ; l'anus plus près de la queue que de la tête; le premier rayon de ses nageoires anale et dorsale aiguillonné; les nageoires petites et grises, celle du dos fort écartée et celle de la queue fourchue.
Plusieurs individus ne présentent pas de grandes taches latérales ; ils forment une variété, à laquelle on a donné le nom de marchais dans plusieurs pêcheries françaises , et qui est communément plus estimée pour la table que le maquereau ordinaire.
Habitation. — On trouve de nombreuses troupes de maquereaux dans presque toutes les mers des quatre parties du monde, dans le grand Océan, auprès des pôles, dans l'Atlantique et dans la Méditerranée. La grande vitesse avec laquelle elles se transportent d'une plage vers une autre n'a pas peu contribué à l'opinion adoptée presque universellement jusqu'à nos jours , au sujet de leurs changemens périodiques d'habitation. On a cru, d'après les relations des pêcheurs, rapportées par Anderson, que les maquereaux passaient l'hiver auprès des glaces polaires, et voyageaient pendant le printemps ou l'été jusque dans la Méditerranée. On a indiqué l'ordre de leur voyage sur les cartes , et on a dit que vers le printemps ils côtoyaient l'Islande, le Hithland , l'Ecosse et l'Irlande ; que , parvenue dans cette dernière ile , la troupe se divisait en deux colonnes, dont l'une passait devant l'Espagne et le Portugal pour se rendre dans la Méditerranée , et l'autre paraissait, vers le mois de mai, auprès des rivages de France et d'Angleterre , s'enfonçait dans la Manche, se montrait en juin devant la Hollande et la Frise , et arrivait en juillet vers les côtes de Jutland : c'était dans cette dernière portion de l'Océan atlantique boréal que cette colonne se séparait pour former deux grandes troupes voyageuses : la première se jetait dans la Baltique, et la seconde voguait devant la Norwege , et retournait près des rivages des mers polaires.
Bloch et Noël ont très-bien prouvé que ces voyages ne pouvaient se concilier avec des observations précises , et il parait certain que les maquereaux passent l'hiver dans des fonds de la mer plus ou moins éloignés des côtes , dont ils s'approchent vers le printemps; qu'ils parcourent des chemins plus ou moins directs, et ne suivent point le cercle périodique auquel on a voulu les attacher.
Le vice-amiral Pléville-le-Pelev a fait connaître,
MAQ
dans une note remise à M. de Lacépède , q\ie le long des côtes du Groenland , auprès des rivages de Terre-Neuve , on trouve des milliers de maquereaux qui sont enfoncés , pendant l'hiver , dans des fonds vaseux , tenant leur queue élevée verticalement audessus du limon. Ce tait, observe M. de Lacépède , est propre à jeter un grand jour sur l'engourdissement que peuvent éprouver les poissons pendant le froid. Ce n'est que vers le mois de juillet que les maquereaux ainsi enterrés reprennent leur activité et parcourent les grands rivages; il semble même que l'engourdissement dans lequel ils doivent avoir été plongés pendant les grands froids ne se dissipe que par degrés : leurs sens paraissent trèsaffaiblis pendant une vingtaine de jours; leur vue est alors si débile , qu'on les croirait aveugles , et qu'on les prend facilement au filet. Après ce temps de faiblesse, et lorsqu'ils ont recouvré l'usage de leurs yeux , ils ne peuvent plus en quelque sorte être pris à l'hameçon ; mais comme ils sont trèsmaigres et affamés , ils mordent facilement aux appâts et on en fait une pêche très-abondante.
C'est à-peu-près à la même époque qu'on recherche ces poissons sur un grand nombre de côtes plus ou moins tempérées de l'P'urope occidentale. Ceux qui paraissent sur les rivages de France sont communément parvenus à leur point de perfection en avril et mai ; ils portent le Jiom de chevil/és , et sont moins estimés en août et septembre lorsqu'ils ont jeté leur laite ou leurs œufs.
Leur nourriture et leurs ennemis. — Les maquereaux sont voraces et hardis ; ils attaquent souvent des poissons plus gros et plus forts qu'eux , et on les a même vus quelquefois se jeter avec audace sur des pêcheurs qui voulaient les saisir ou qui se baignaient dans les eaux de la mer. Ils se nourrissent de petits poissons, et sur-tout de harengs, qu'ils poursuivent avec acharnement ; mais s'ils cherchent à faire beaucoup de victimes, ils sont perpétuellement entourés de nombreux ennemis, tels que les grands poissons, et même les murènes , qui les combattent avec avantage.
Propagation. — Ils arrivent en grandes troupes sur les côtes à la fin du printemps pour y frayer : c'est sur les rochers que les femelles aiment à déposer leurs œufs, qui sont très-nombreux, puisqu'on en a compté 546,681 dans une seule femelle de moyenne taille. Il n'est donc pas étonnant que ces poissons forment des légions si considérables.
Qualités. — La chair du maquereau est grasse, serrée, de bon goût et nourrissante; mais elle ne saurait convenir aux personnes dont l'estomac est faible, car elle peut leur causer des indigestions graves. C'est par suite de la nature grasse et huileuse de leur chair que les maquereaux sont au nombre des poissons qui jouissent le plus de la faculté de répandre une lueur phosphorique pendant la nuit, lors même qu'ils sont tirés de l'eau depuis très-peu de temps.
Pêche. — On prend le maquereau avec le filet à hareng à plus larges mailles, mais encore plus fréquemment à la ligne amorcée d'un morceau de hareng, ou d'autre poisson, ou de viande. La pêche est sur- tout favorable lorsqu'il fait un vent frais et
MAH
tort. Elle dure environ 3 mois; mais on la prolonge dans quelques endroits, en jetant de temps en temps dans la mer des préparations de caviar, ou de petits poissons appelés Gucldre et Kessure (voy. ces mots), qui fournissent aux maquereaux une nourriture de leur goût. On le prend encore pendant la nuit, à la lumière des flambeaux, dans des jours de calme. La quantité que l'on prend chaque année par ces ditférens moyens est très-considérable 5 mais on ne s'aperçoit pas que le nombre en diminue; il meurt aussitôt qu'il est sorti de l'eau , et ne tarde pas ensuite à devenir phosphorique.
Préparation. — Une partie des maquereaux péchés en Europe se mange frais, soit sur les bords delà mer, soit dans l'intérieur des terres, où on les transporte le plus loin possible; une autre, et c'est la plus forte , se sale et se marine. On emploie deux procédés pour exécuter le premier de ces moyens <ie conservation : après les avoir vidés et lavés , on les remplit de sel , et on les stratifié encore avec du sel dans des tonneaux ; ou bien , après les avoir vidés et lavés, on les met dans la saumure, et lorsqu'ils s'en sont imprégnés pendant plusieurs jours, on les met dans d'autres tonneaux avec du sel. Cette dernière manière était déjà employée du temps des Romains, au rapport du Pline.
11 paraît, par un passage de ce naturaliste, qu'on employait fréquemment le maquereau pour composer \egaru7n, liqueur qui était recherchée non-seulement comme un assaisonnement agréable de plusieurs mets, mais encore comme un remède efficace contre plusieurs maladies.
La manière la plus ordinaire de préparer le maquereau frais pour les tables à Paris est, après l'avoir vidé , lavé et essuyé , de lui fendre le dos et de le faire cuire sur le gril ou sous la tourtière. On le sert ou à la maitre-d'hôtel , c'est-à-dire avec du beurre, du persil, de la ciboule hachés, sel et gros poivre , ou avec une courte sauce faite avec les mêmes ingrédiens, et de plus un filet de vinaigre.
Réglemens sur la pêche du maquereau.
Ces réglemens se trouvant liés avec ceux qui concernent la pêche du hareng , nous les avons indiqués ù l'article Pêche maritime, § 8.
MAQUEREAU BATARD. Nom vulgaire du scomher-trachurus de Linnaeus , et qui fait partie du genre caranx de Lacépède. V. Caranx-Trachure, et 11 PI S /i£T 6
MAKAIGNON ou MARGAIGNON. On appelle ainsi, dans c[uelques cantons, les jeunes anguilles ou une variété de V Anguille. V. ce mot.
MARANDER. Signifie, chez les pêcheurs normands , deux choses fort différentes ; savoir, mettre leurs appelets à la mer, ou raccommoder , rétablir, radouber leurs filets.
MARAUDEURS. Visiteurs établis pour marquer les barils de harengs salés.
MARBREE. Nom vulj^aire de la lamproie marine dans quelques cantoiis. V. Lamproie.
MARCHAIS. On donne ce nom aux harengs qui sont rétablis de la maladie qu'ils éprouvent dans le temps du frai. On donne aussi ce nom aux harengs qu'on abandonne jiar gratification aux matelots^ qui I
MAR
choisissent les plus beaux ; ce qui les fait nommer harengs de choix , de triage ou de l'équipage.
MARCHAIS. On donne encore ce nom au maquereau qui n'a pas de taches.
MARCHy^NDE (MORUE). Les morues marchandes sont celles qui sont grandes et n'ont point de défaut. V. Morue.
MARCHE-PIED. Ancien instrument de pêche , qui n'est plus connu , et qui était prohibé par les ordonnances de 1 326 , i388, 1402, i5i5eti55o, citées par Saint- Yon, page 224, et auxquelles se réfère l'ordonnance de 1669 , tit. XXXI , art. 10.
MARCHE -PIED DES RIVIÈRES. L'ordonnance de 1669, tit. XXVIII, art. 7, porte que les propriétaires des héritages aboutissant aux rivières navigables laissei'Ont , le long des bords , 24 pieds au moins de place en largeur , pour chemin royal et trait des chevaux, sans qu'ils puissent planter arbres ni tenir clôture ou haie plus près que 3o pieds du côté que les bateaux se tirent, et 10 pieds de l'aiitre bord , à peine de 5oo francs d'amende , confiscation des arbres, et d'être, les contrevenans , contraints à réparer et remettre les chemins en état \\ leurs frais.
Les adjudicataires de la pêche ne peuvent user , pour l'exercice de la pêche, que du marche- pied, consistant, comme on vient rie le dire , en 24 pieds ou 8 mètres du côté où les bateaux se lireiit, et en 10 pieds ou 3 mètres 248 millimètres de l'autre bord. {Cah. des ch. de la pêche, art. 61. — Circul. del'Adm. des for., du i5 octobre 1821.)
On ne peut assujettir le propriétaire d'une ile située au milieu ou sur le bord d'une rivière navigable à la servitude du marche-pied. {Décis. minist., du 19 mars 1823.) V. celte décision dans le Recueil des Réglemens forestiers.
MAREE. Mot qui vient de mare , mer. C'est le mouvement régulier et périodique des eaux de l'Océan, par lequel la mer s'élève et s'abaisse alternativement deux fois par jour , et forme deux courans en sens opposés : l'un, en montant vers les côtes, qui se nomme Jlux ou flot; l'autre, en descendant, et que l'on appelle reflux , ebe ou Jusant.
Refouler la marée, c'est naviguer contre le sens de la marée.
Grandes marées , ce sont celles des nouvelles et pleines lunes, qui s'élèvent plus haut et sont plus rapides; on les appelle encore malines.
Mortes marées, ce sont celles des deuxième et dernier quartiers de la lune, cjui sont basses et lentes.
Ras de marée, c'est im courant rapide des eaux de la mer dans un passage étroit, entre des terres ou des îles, dans une passe ou dans un canal, ou même en pleine mer dans certains parages : ces courans sont occasionnés ordinairement par le mouvement de la marée. Ils sont plus marqués aux nouvelles et pleines lunes, et sur-tout à celles des équinoxes. On entend souvent par ras de marée un<" élévation et un mouvement subits et extraordinaires qui arrivent passagèrement aux eaux de la mer, se prolongeant le long des côtes, et y faisant quelquefois beaucoup de ravages.
On dit que la marée porte au vent quand le mouvement ou le sens de la marée est contraire au vent.
MAR
Marée. Ce mot se dit aussi des poissons de mer : les poissons les plus délicats et les plus chers se nomment grande marée , et les poissons les plus communs pe^/Ve marée.
MARES ET FOSSÉS. II est défendu à toutes personnes de prendre le poisson dans les mares et fossés appartenant à autrui. V. Etang et Pcche.
MAREYEURS, marchands de marée. Comme ils l'achètent des pécheurs pour la transporter eu diffùrens endroits, on les nomme chasse-marées.
AJARINIERS. Ce sont ceux qui conduisent les bateaux sur les rivières. V. Pèche.
M ARME. WMorme.
MARQUESEC. C'est un filet qui a les mailles très-petites, et dont on se sert sur les côtes de Provence pour prendre le nonnat. La pêche avec ce filet est prohibée pendant les mois de mars, avril et mai, à peine de 5o livres d'amende , et de confiscation des filets et bateaux. {Ord. de 1681, liv. V, tit. II, art. 10.) V. Nonnat, et à la fin de ce Dictionnaire les Déclarations du roi , des 2.5 avril et 24 décembre 1726.
MARQUETTE. On appelle ainsi , sur c^uelques côtes de la France, les sèches employées à faire des amorces dans la pêche des poissons voraces.
MARRON, sparus chromis. (Lin.) Poisson du genre des spares , qu'en Ligurie et en Toscane on appelle castagnole , et sur nos côtes inonachelle. Il a 14 rayons aiguillonnés et 9 rayons articulés à la dorsale; 2 r.iyons aiguillonnés et 10 articulés à l'anale; des dents obtuses aux mâchoires ; la ligne latérale courte; les écailles grandes; 3 petits aiguillons au-dessus et au-dessous de la queue ; la couleur générale brune ; une tache noire à la base de chaque pectorale; sept ou huit raies longitudinales. On le trouve dans la Méditerranée. Il vit en troupes , et produit un bruissement avec sa bouche.
MARSAIQUE. Palis pour prendre des maquereaux. V. Manet.
MARSEILLE. La plus ancienne ville de France, fondée par une colonie de Phocéens environ 5oo ans avant Jésus-Christ. Placée au fond d'un golfe couvert , et défendue par plusieurs îles , elle a un des plus vastes et des plus sûrs ports de la Méditerranée.
Il y a dans cette ville une sorte de juridiction consulaire exercée par d'anciens pêcheurs, qui jugent des faits de pêche. V. Prud'hommes- Pêcheur s.
Nous faisons connaître, à l'article Pêche maritime, § 4 » Iss réglemens concernant la pêche en usage à Marseille.
MARSOUIN ou TOUNIN, delphinus phocana.
.''Lin.) Espèce de cétacé du genre des dauphins, c[ue les Allemands appellent meerschwein , cochon de mer.
Description. — Cet animal (voy. la PL xo^/ig. 5) n'a guère que 7 à 9 pieds de longueur, et le plus souvent il n'en a que 5 à 6. Il ressemble assez au dauphin; cependant sa tête est plus grosse; son museau a la figure d'un cône obtus, mais n'est pas formé en espèce de bec, comme dans ce dernier. 11 a sur le dos une nageoire triangulaire; deux rangées de dents à chaque mâchoire, et qui sont élargies au sommet , aplaties , pointues et assez tranchantes; les yeux noirs , et placés près des angles des ma-
MAR
choircs; un évent sur le front; derrière chaque œil, un trou auditif; les nageoires des flancs placées très-bas; le dos aplati , et d'une couleur brune ardoisée; le ventre blanc; la fi)rme du corps conique, arrondie et un peu ovale ; sous le ventre, l'anus et les organes sexuels; la queue |)Osée horizontalement, et échancrée en faucille. Il y a deux races de marsouins dans les mers de l'Amérique septentrionale : la plus grosse est toute blanche, et la plus petite , qui se nomme poursille , et qui est assez bonne à manger , voyage par troupes dans toutes les mers. Le marsouin est un animal très-aeile à la nase.
Habitation. — Il habite dans toutes les latitudes de l'Océan, et principalement dans les mers du Nord. Il se tient fréquemment entre les rochers et les baies; il remonte quelquefois dans les embouchures des rivières.
Nourriture . — - Il se nourrit ordinairement de petits poissons, qu'il poursuit avec une telle vivacité que quelquefois il vient échouer avec sa proie.
Propagation. — Les marsouins s'accouplent au mois d'août : la durée de la gestation est d'environ 10 mois; la portée est d'un ou de deux petits , que la femelle allaite avec beaucoup de soin et de tendresse, et qu'elle porte quelquefois sur son dos. Les petits conservent un grand attachement pour leur mère.
Qualités. — La chair du marsouin est rance , de mauvais goût, coriace et huileuse ; cependant les Ecossais en mangent beaucoup, ainsi que les Groenlandais, les Nnrwégiens et les habitans desOrcades. Les Français établis au grand banc de Terre-Neuve en préparent des aiidouilles. On retire du thran de son foie, en l'exposant à l'air et laissant dégoutter son huile.
Pêche. — On ne fait guère la pêche des marsouins que pour en extraire l'huile, sur-tout aujourd'hui que la baleine est devenue fort rare. Anderson assure qu'ils deviennent aveugles tous les ans au mois de j uin, par une petite taie qui croît sur leurs yeux. Les Islandais profitent de cette saison pour en faire la chasse; ils les poussent à grands cris vers les côtes , où ces bêtes aveugles viennent se jeter par centaines, et oïl il est aisé de les tuer ; mais dans d'autres temps il est assez difficile de les atteindre, à cause de leur extrême agilité; ils font des bonds prodigieux sur l'eau , principalement à l'approche des tempêtes.
Notes historiques sur le marsouin. — Ce cétacé , qui se rapproche le plus du dauphin par sa conformation générale, en fut distingué par les Grecs, qui observèrent qu'il a le dos large et que sa couleur est bleuâtre. Il fut adopté pour symbole par Phocée, ville d'Ionie. On possède un grand nombre de médailles où le marsouin est représenté sous une louve.
Nous ne possédons rien sur la pêche du marsouin dans la Méditerranée antérieurement au règne de Charlemagne ; mais on a la certitude qu'on le prenait dans la Manche^ la mer du Nord , etc., dans le moyen âge. Les Anglo-Saxons et les Normands , fixés en France d'après le traité de 912, se livrèrent à la pêche du marsouin avec beaucoup d'ardeur, et on peut même dire qu'avant l'arrivée des Normands elle n'était pas étrangère aux Neustriens. La chair
MAR
du marsouin, considérée comme nourriture , offrait un aliment recherché par toutes les classes de consommateurs; d'un autre côté, l'huile qu'on en obtenait, soit par la simple pression , soit par l'action du feu , donnait une valeur nouvelle à cette production de la mer; on salait , on faisait fumer la chair du marsouin, etnous voyons, par les lois d'Ethelred, qu'en 979, près d'un siècle avant la conquête, les haliitans de Rouen ])Ortaient à Londres du marsouin salé ou séché. La pêche de ce cétacé se faisait même déjà sur les côtes d'Angleterre : Guillaunie-le-Conquérant accorda à l'abbaye de Hattle , en. Sussex , tous les marsouins qui échoueraient sur les côtes de ce comté.
En Normandie, depuis la Bresle , rivière dont l'embouchure est au Tréport , jusqu'à celle du Couesnon, il existait alors des espèces de madragues , où le marsouin se prenait de la même manière que le thon dnns les madragues de la Méditerranée. Les madragues de la JVIanche étaient placées sur le bord de la mer, et d'autres pêcheries d'une moindre importance existaient à Dive, à Créances, à Sotteville , à Piron , etc.
Tous les seigneurs jouissaient du droit de faire la pêche du marsouin à la mer par les barques et les vassaux de leur fief. Tout marsouin qui échouait sur le rivage appartenait au seigneur du fief. Cette prérogative existait non-seulement en Normandie, mais encore en Angleterre et même en Guienne.
La pêche du marsouin en Normandie était si considérable, que les pêcheurs étaient formés en compagnie.
Outre les pêches sédentaires, on employait des bateaux et des filets pour entourer les marsouins et autres poissons royaux, tels que l'esturgeon, le saumon , etc.
La chair du marsouin était assez estimée, puis- (ju'on en fit des donations aux monastères et aux églises , ainsi qu'on le voit par des actes de io36, ]o66, i323 , qui sont cités par Noël dans son Histoire des Pêches.
Le commerce cjui se faisait de la chair, et sur-tout du lard du marsouin, était considérable en France dans le cours du XI Ve. siècle \ il en est souvent fait mention dans les ordonnances des rois sous les noms de craspois , de puurpois , de pourprés. Celle de Louis-le-Hutin , en i3i5, parle du craspois vieil et salé. 11 paraît que le craspois était le lard de la baleine et du marsouin. On vendait la chair du marsouin dans tous les marchés, et en i363 il fut ])ublié à Rouen \in règlement pour en soumettre la vente à diverses formalités.
Durant les XlVe. et XYe. siècles, la pêclie du marsouin se faisait dans l'Océan , la mer du Nord et la Manche avec une ardeur générale, qui trouvait sa récompense dans la consommation de la chair de ce cétacé, qu'on servait alors, fraîche ou salée, sur la table du riche et sur celle du pauvre. Pourquoi cette pêche, si fiorîssante alors, est-elle aujourd'hui si négligée , qu'elle n'est phis guère exercée que dans la partie de la Baltique la plus voisine duSundetdans un petit nombre de golfes de la Norwege? Quand elle était en quelque sorte une pêche privib'giée, quel attrait avait jour nos ancêtres une chair dure,
MAR
coriace , imprégnée d'une huile qui la dispose à la rancidité , et dont la couleur , d'un rouge livide , et les émanations nauséabondes affectent désagréablement les organes de la vue et de l'odorat? La chair du marsouin n'était-elle donc pas en concurrence avec celle des meilleurs poissons qu'on péchait alors? Et par quel prestige en balançait-elle la renommée, lorsqu'à tant d'égards elle lui était si inférieure en bonté ?
ce Ces questions , observe M. Noël , nous paraissent faciles à résoudre. Nous pensons qu'à cette époque la pêche de la baleine étant nécessairement bornée, les huiles animales rares et la culture des plantes oléagineuses peu répandue, la pêche du marsouin était encouragée, bien moins en vue d'augmenter la masse des alimens que pour se procurer l'huile qu'on extrait de sa graisse 5 car on en consommait beaucoup pour l'éclairage des églises et des monastères, pour la préparation des étolfes , des cuirs, etc. ; mais le prix de cette huile, tout considérable qu'on le suppose , n'aurait pas dédommagé le pêcheur de ses peines : ce dernier avait à acquitter des droits seigneuriaux, des dîmes et autres charges; il se serait dégoûté d'un genre de pêche dont il n'eût recueilli que des fatigues et des dangers. Dans cet état de choses, il fallait que la politique vînt à son secours, et elle le fit avec succès.
y> A cet effet, elle investit d'une réputation exagérée, si même elle n'était trompeuse , les qualités de la chair du marsouin; elle en mit en vogue la consommation. Comme la mer était présumée renfermer tous les animaux analogues à cexix que la terre nourrit, on trouvait tout naturel d'user, dans les jours maigres , de la chair du porc marin, comme dans les autres jours on usait de celle du porc terrestre : les riches , les grands, les rois même , donnaient l'exemple. La chair du marsouin fut pendant plusieurs siècles une nourriture d'adoption , et la politique atteignit son but. Cet encouragement indirect fut une espèce de prime accordée à la pêche, parce que le prix de la chair et de l'huile procurait au pêcheur le double salaire que réclamaient ses intérêts; mais cette prime lui échappa du moment où les Basques , les Hollandais, les Anglais eurent dirigé leurs arniemens vers le Nord , attaqué la baleine dans ces parages glacés, et fait des pêches prodigieuses, qui fournirent à l'Europe des huiles préférables à celles du marsouin.
» Dans cette lutte inégale entre les deux pêches, il lallut bien que celle du marsouin déclinât ; les besoins du peuple ne la protégeant plus, elle dut donc céder rapidement la place à une rivale qui l'écrasait du poids de sa prospérité. »
MARTEAU, squalus zygœna. (Lin.) Poisson du genre des squales, que l'on nomme poisson juif ou pesce-jonzion à Marseille, à cause de sa resserabbince avec l'ornement de tête que les Juifs portaient autrefois en Provence. On le nomme aussi pantouflier , quoiqu'il diffère du squale décrit sous ce nom par Lacépède ; dans quelques départemens de la France, pesce marte lia , plomb .^ règle \ en Italie , balista^ et en Allemagne, hammcr.
Description. — J-^a forme de ce poisson ( voy. la PL ^f/ig-à) est extraordinaire; sa tête ijig' 4)