IV. Pêche de la morue dans l'Amérique septentrionale
C'est, comme nous l'avons dit plus haut, depuis le 4o^> degré jusqu'aux glaces du pôle, que l'on trouve des morues sur les côtes de l'Amérique septentrionale. Dans ce long espace , on les pêche sur le bas-fond de l'Acadie, dans la baie du Canada, autour de l'ile des Sables, sur le banc Vert, et surtout sur le grand banc de Terre-Neuve.
Ce dernier banc , trois fois plus long et six fois plus large que le Dogger's bank , est seul une mine qui, depuis deux siècles, u fourni plus d'argent que les raines du Potosi aux peuples industrieux de l'Europe et aux habitans de l'Amérique.
En décrivant la manière dont on pêche la morue sur ce banc , aujourd'hui le plus fréquenté de l'univers par les ])êcheurs , nous ferons connaître ce qui se pratique par-tout.
Saison. — Quoique les côtes de l'Acadie soient en général long- temps occupées par les glaces, l'extrémité occidentale s'en dégarnit assez tôt pour que les morues commencent à donner au cap de Sable dès le mois de mars ; puis remontant lentement du
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côté du nonl , le long de la côte , ces poissons se rendent, vers les premiers jours de mai, sur les bancs de l'ile de Sable. On prétend même qu'on peut pêcher durant l'hiver en quelques endroits de la côte de l'Acadie lorsque les havres et les baies de l'ile de Terre-!Neuve sont glacés j mais alors la mer est très-dangereuse dans tous ces parages , où on a vu plusieurs fois des navires pris par les glaces. Quand on tombe dans des brumes qui chargent de givre les cordages , on ne peut numœuvrer , et il n'y a guère que ceux qui ont leurs habitations à portée de ces parages qui puissent profiter des circonstances favorables pour pratiquer cette pêche. Souvent, dans le mois d'avril , la morue commence à frayer dans les baies de l'Amérique septentrionale : alors elle ne fait que passer sur le banc de Terre-Neuve, et pour cette raison la pêche y est très-incertaine. La saison du frai continue quelquefois en Amérique jusqu'en juin. Indépendamment de cette marche des morues, elles sont attirées par des poissons dont elles sont très -friandes : c'est pourquoi on peut comjnencer la pêche des morues au Cap-Breton et vers l'Acadie dans les premiers jours de mai , parce que c'est la saison de l'arrivée des harengs dans ces parages , où ils restent jusqu'à la fin de septembre.
Ce qui se trouve encore de glace en quelques endroits aux mois de mai , juin et même juillet , n'interrompt pas ordinairement la [jêche, attendu que ces terres sont plus ouest que l'ile de Terre-Neuve ; quelquefois cependant on est forcé de ne rien faire jusqu'en juin 5 et c|uolque assez souvent ou [luîsse prendre des morues dès le mois d'avril sur la côte sud de l'île de Terre-Neuve, où sont Plaisance, Saint-Fierre, etc., pour l'ordinaire on n'y commence la pêche que vers le 20 de mai.
Absolument parlant, il serait possible de faire la pêche dès le mois d'avril dans les baies du golfe Saint-Laurent, qui baigne à l'ouest l'île de Terre- Neuve ; mais il est prudent de ne pas le tenter : on y courrait trop de risques, tant de la part des vents qu'à cause des glaces, dont on pourrait être surpris : c'est pour ces raisons que les pêcheurs n'entrent dans la grande baie qui fait partie du golfe que vers le i5 de juin 5 cependant on peut y arriver plus tôt et plus sûrement par le Cap-Breton 5 mais assez souvent ce serait inutilement , la morue ne s'y portant en abondance que vers le 20 juin, qu'elle y est attirée par les harengs. A-peu-près dans le même temps , les glaces permettent de pêcher à la bande de l'est de l'île de Terre-Neuve, qui est ce qu'on appelle le petit nord, d'autant que les harengs s'y montrent souvent dès les premiers jours de juin. Les capelans , autre poi-sson dont les morues s'accommodent très-bien, paraissent souvent vers la fin de juin, et ils y restent jusqu'au mois d'août : àpeu-près dans ce temps-là ils se retirent , et les morues, qui les suivent, disparaissent.
On voit, par ce que nous venons de dire , que les morues n'ont point une marche réglée; nous devons ajouter qu'elles affectent tantôt un lieu et tantôt un autre: de sorte qu'aux endroits où assez souvent elles ont donné abondamment plusieurs années de «uile, il survient une année où l'on n'y eu rencontre que peu; quelquefois môme , après avoir commencé
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la pêche avec succès dans un canton , il faut l'abandonner, parce qu'on n'y prend plus rien. Cependant, étant prévenu de ces différences accidentelles , on peut en général admettre les données suivantes : 1°. c'est vers le i5 juin ou un peu plus tard que les morues, sur-tout les jeunes, cjuittent les grands fonds pour aller à la poursuite «les capelans; elles s'approchent alors de la surface de l'eau , sur les bancs ou assez près des côtes; 3°. c'est dans le mois de juillet que la pêche en est la plus abondante sur le grand banc ; 3°. ce poisson y est plus rare dans le mois d'août , saison où il ne trouve plus de capelans ni de harengs, et où paraissent ordinairement les chiens de mer qui font fuir toutes les espèces de poissons; 4"* on recommence à prendre des morues sur les bancs dans le mois de septembre quand les vents permettent de pêcher; 5". en octobre, les bords des bancs de cette île fournissent beaucoup de morues , mais les glaces commencent déjà à être abondantes; cependant on continue quelquefois la pêche à l'île Royale et aux côtes de l'ouest jusqu'à la fin de ce mois ; mais vers le milieu de septembre, les ports et les baies sont très-souvent couverts de glaces; on doit observer, au surplus, que toutes ces époques sont sujettes à beaucouj) de variations.
M. de Lacépède se demande pourcjuoi, puisque les morues viennent sur le grand banc pour frayer, il y a interruption dans la pêche; et voici comment il explique cette particularité : comme aucun naturaliste n'a suivi les pêcheurs dans leurs expéditions, on n'a point d'observation positive cjui autorise à répondre à cette question ; cependant on peut présumer, par analogie , d'après ce dont on est assuré relativement aux autres poissons, sur-tout au hareng et aux poissons d'eau douce , que les plus vieilles morues fraient les premières , ordinairement avant l'arrivée des pêcheurs, que les moyennes fraient en juin et juillet, et que les plus jeunes, celles qui fraient pour la première fois , déposent leurs œufs en septembre et en octobre : après cjuoi , toutes quittent les bas-fonds pour rentrer dans la profondeur des eaux.
Ce n'est donc qu'à l'entrée du mois de juin que commence la grande pêche sur les côtes de l'Amérique septentrionale. Ceux qui sont à portée du grand banc peuvent y faire la pêche toute l'année, comme les Hollandais sur le Dogger's bank. Les Nantais peuvent primer les Normands en j)artant en février pour rapporter du poisson de primeur. Quand la |)êche est heureuse , leur campagne est ordinairement de 5 à 6 mois ; mais dans certaines années il leur en faut 10. Les GranviUols, les Malouins , les Rochelois , ceux de la Tremblade , etc. , y emploient moins de temps à proportion de celui qu'ils gagnent , soit par la proximité du lieu de la pêclie, soit à cause de la commodité qu'ils ont de prendre leur sel dans leur voisinage : ainsi , ordinairement leur retour prévient celui des Normands.
Les ports de France où l'on arme pour la pêche de la morue verte sont Dunkerque , Gravelinee , Saint-Valery, Fécamp, Dieppe, le Havre, Honileur, Cherbourg, GranvlUe , Saint - Jirieux , la Rochelle, Saint-Malo , Bordeaux, les Sables-d'Olonne , etc.
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Des lieux où Von peut s'établir pour la pcche de la morue verte.
C'est principalement sur le grand banc de Terre- ^ieuve qu'on s'établit pour pêclicM- la morue qu'on prépare eu vert; rependant on pratique encore cette pèche sur d'autres bancs , tels que le Banc-ù-vert , le Banquereau, le banc aux Orphelins, les battures de l'île de Terre-Neuve, etc.j mais nous observerons que pour la morue qu'on veut préparer en vert on s'établit toujours en pleine mer, et rarement à la Tue des terres. On estime que le grand banc a près de 200 lieues de longueur sur 60 de large au milieu; ses deux bouts se terminent ù-peu-près en pointe , dont la plus septentrionale est environ à 40 lieues de la cAte est de l'île de Terre-Neuve.
On connaît qu'on en approche lorsque la sonde indique 70, puis 60, puis 5o, 4° > 3o brasses, et encore quand on aperçoit beaucoup d'oistaux, qui s'y rendent j^our se nourrir des issues des morues qu'on jette à la mer, ou pour attraper des capelans quand ils s'approchent de la surface de l'eau.
Les morues du grand banc sont plus grosses et plus grasses que celles qu'on prend dans les mers du Nord.
Le Banc-à-vert est par le travers de l'île Saint- Pierre, et le Banquereau entre le grand banc et le Banc-à-vert : de dessus ces trois bancs, on n'aperçoit point la terre.
Le banc des Orphelins est dans le golfe Saint- Laurent, à 10 ou 12 lieues des côtes du Canada, et comme elles sont fort élevées , on les aperçoit par les beaux temps de dessus ce banc.
Ceux qui pèchent sur les battures de l'île de Sable courent des risques quand il survient des vents qui portent à terre , et les morues qu'on y prend sont ordinairement maigres.
Pour cette pêche, les équipages se tiennent dans les bàtimens qui leur ont servi à se rendre sur les bancs, et ils se tiennent presque toujours à la dérive.
Le parage le plus avantageux et celui qui est le plus fréquenté est entre le 44** ^t le 46^. degré de latitude.
Quelques pêcheurs, par aventure, entrent dans la grande baie pour pêcher sur le banc des Orphelins et sur le petit banc de Bridel lorsqu'ils espèrent y faire une meilleure pêche que sur le grand banc, ou sur les autres qui sont hors de la baie.
Pour le succès de la pêche, en quelque lieu qu'on la fasse, il est important de choisir un bon poste : c'est pourquoi les capitaines doivent bien examiner sur la carte la position des bancs et des hauts-fonds, pour choisir ceux qui communément sont plus poissonneux 5 car tous les fonds ne sont pas également fréquentés par les morues. Il résulte de ces connaissances que certains capitaines reviennent presque toujours avec leur charge complète , pendant que d'autres ont tout au plus la moitié de leur cargaison.
S'il arrive plus fréquemment aux Hollandais de faire une bonne pêche , c'est qu'ils sont laborieux , patiens, et cju'ils ne se découragent point. Comme ils ont fréquemment leurs équipages à gages , ils en profitent le plus qu'ils peuvent ; leurs bàtimens
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étant bien approvisionnés pour une campagne de 6 ou 8 mois, ils sont continuellement occupés de leur pèche; s'ils ne trouvent point de poisson dans l'endroit où ils coniptaient s'établir, ils eji vont chercher un autre , et suivant les circonstances ils changent plusieurs fois de parages, la grande habitude qu'ils ont de la pèche leur indiquant , au moins avec quelque vraisemblance, le lieu où ils doivent se porter ; et lorsqu'à force de travail ils en ont trouvé un favorable, ils en profitent , travaillent avec toute l'activité possible et reviennent avec une bonne cargaison; ce qui n'arrive pas aux pécheurs impatiens, qui, ne trouvant point de poisson au lieu t[u'ils s'étaient proposé d'occuper , reviennent à demi-charge. Au contraire , quand les Hollandais désespèrent de faire une bonne pêche de morue , ils essaient de parfaire leur cargaison avec du hareng ou du maquereau, s'étant approvisionnés au départ des ustensiles qui conviennent pour ces pêches.
Comme ils tiennent la mer fort long-temps, s'ils sont pris d'une tempête, ils amènent leurs vergues, ils mouillent une bonne ancre avec deux ou trois cables épissés les uns au bout des autres ; ils ferment les écoutilles, amarrent la barre du gouvernail, et attendent le beau temps, étant renfermés dans leur bâtiment.
De même quelques bàtimens français, étant partis [lour pêcher du maquereau sur les côtes d'Islande et n'y trouvant que peu de poisson , se sont hasardés d'aller pêcher de la morue sur le grand banc , quoiqu'ils ne fussent pas équipés pour cette pêche, et ils sont revenus au bout de 4 mois avec une assez bonne cargaison , ayant salé leurs morues dans les barils qui étaient destinés pour le maquereau.
En ce cas , les équipages souffrent beaucoup de la rigueur du climat, n'étant point à l'abri comme ils le sont dans les navires équipés pour la morue verte ; et les bàtimens qui vont à la pèche du maquereau , ayant leur pont fort bas et un grand coffre, ils sont fort incommodés par les coups de mer qu'on éprouve dans ces parages ; néanmoins , avec un peu plus de fatigue , ils sont parvenus à faire leur pêche avec autant de succès que ceux cjui étaient appareillés pour la pêche de la morue.
Idées générales des fonds et des circonstances favorables d la pêche.
Outre ce que nous venons de dire des positions avantageuses pour la pèche de la morue, les matelots regardent comme bons fonds ceux de roches pourries, de coquillages, et aussi ceux de terre grasse : les fonds rouges sont pour l'ordinaire abondans en coquillages. Les morues trouvant à se nourrir sur de semblables fonds, elles s'y rassemblent en quantité, ainsi que sur les fonds gris , où il y a beaucoup d'équilles.
On ne fait point de cas des fonds de sable pur , ainsi que de ceux de roche dure et sans délits , où les morues sont maigres, et où l'on prétend qu'il se rassemble des zoophytes, qui rendent ces poissons de mauvaise qualité.
Le temps le plus favorable pour cette pèche , comme pour toutes celles aux haims , est qiiand le
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ciel est couvert et qu'il n'y a point de moture. Les vents forcés et la mer agitée sont absolument contrairi^s à cette pêche ; car, dans ces circonstances, les secousses du vaisseau et la vivacité du filage font que les plombs quittent le fond, et que les lignes se mêlent. Quand la tempête est forte, il est souvent arrivé de voir des vaisseaux chassés de dessus les bancs, et contraints de revenir ayant couru des dangers et fait une fort mauvaise pêche. Au contraire, quand la saison et le temps secondent l'avantage d'être sur un bon fonds , la pêche devenant plus commode , on ne fait que jeter la ligne , et la retirer aussitôt garnie de morues , qui mordent avec avidité à l'appât ; et on a vu un seul matelot prendre alors jusqu'à 125 morues, et même plus de 200 en xin jour. Quand cela continue , en moins de 3 mois, une flûte de 200 tonneaux quitte le banc avec une cargaison de 3o ou 35 milliers de morues.
Choix des postes sur le grand banc de Terre-Neuve.
Le grand banc de Terre-Neuve a , comme nous l'avons dit, environ 200 lieues de longueur sur 60 de largeur vers le milieu. Les ])êcheurs de morue se rendent à différens endroits sur ce banc , pour y chercher un poste avantageux. Il y a des pêcheurs qui connaissent bien mieux les postes que d'autres; ce qui fait (|ue certains capitaines reviennent avec leur chargement complet, pendant que d'autres, après avoir resté assez long-temps sur le banc, reviennent à demi-charge : ceux-ci consomment un temps considérable à parcourir toutes les parties du banc , au lieu que les autres ne tardent pas à trouver les postes avantageux.
Cette pêche se fait ordinairement depuis le 43^- degré de latitude nord jusqu'au 45^. , à la partie qu'on appelle le sud du banc. On y trouve communément ce qu'on nomme des pompons ou môles., qui ressemblent à un melon gros comme les deux poings , qui sont noirâtres , marqués de jaune.
Il est bon de savoir que la saison la plus commode pour cette pêche est depuis la mi -avril jusqu'à la fin de juin, parce que les vents de sud-sudouest, qui régnent pour lors, amènent la douceur et les calmes, qui engagent les morues qui ont frayé à quitter les baies : elles arrivent peu à peu sur les bancs , ovi elles se trouvent rassemblées en juillet.
Les pêcheurs prétendent que les morues ne faisant que passer sur le banc en août, la pêche y est accidentelle. Outre que dans ce temps elles ne sont pas de bonne qualité , elles paraissent en plus grande abondance en octobre; mais il faut les aller chercher sur les açores et les bords des bancs. Quoique toutes ces remarques des pêcheurs se trouvent assez fréquemment en défaut, les capitaines doivent les connaître, et essayer d'en tirer le meilleur parti qu'il leur est possible.
Des ports de France où se font principalement les déchargemens au retour de la pèche .
Les armemens pour la pêche de la morue verte, qu'on destine à l'approvisionnement de Paris , de la Picardie et de la Champagne, se font à Dunkerque , Gravelines, Fécamp, le Tréport, Dieppe, lionfleur, Nantes et Saint-Malo. Ceux qui arrivent de)
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bonne heure font leur déchargement à Dieppe , d'où la morue nouvelle est chassée par terre à Paris. D autres bâtimens, dont le retour est plus tardif, font leur déchargement aux ports de l'embouchure de la Seine, et le poisson est transporté par eau à la capitale; celle qui doit être distribuée le long de la Loire et du côté de Bordeaux se fait par des bâtimens qu'on équipe à Olonne, à Nantes, au Groisic, à la Rochelle ; mais les lieux où l'on doit faire les déchargemens changent suivant les sjjéculations des armateurs.
Les navires de Tréport, Fécamp, des Sablesd'Olonne et du pays d'Aunis, etc., ont souvent fait deux voyages par an , dont l'un , nommé voyage de prime , fournissait une pêche plus abondante d'un tiers que celle du second voyage, dit de tard} mais la morue de ce second voyage était beaucoup meilleure que l'autre, qui se faisait en avril, mai, juin et juillet, saison où l'on prétend que les morues sont de moins bonne qualité. On dit même qu'anciennement quelques navires ont fait trois voyages dans une année ^ mais cela n'est plus praticable, parce qu'on met quelquefois 6 à 17 mois au voyage de prime, à cause de la rareté de la morue.
Quelques Basques , qui font venir leur sel de l'ile de Ré par des barques , sont en état de partir de bonne heure pour se rendre directement sur le grand banc, et quand la pêche est favorable, ils peuvent faire deux voyages^ mais cela est maintenant fort rare.
Lorsque les Normands ne tirent pas leur sel par des barques , outre qu'ils sont plus éloignés du grand banc , ils sont obligés d'aller tout armés prendre leur sel à Brouage, et pour peu que la pêche ne soit pas favorable , ils ne peuvent revenir que sur la fin d'octobre. Ceux qui hâtent le plus leur armement partent en février et mars , et d'autres ne partent qu'en avril ou mai.
Autrefois que les morues donnaient très-abondamment sur le grand banc, les voyages répétés avaient pendant un temps rendu la morue si commune, que les armateurs ne retiraient pas leurs frais, et on se vit dans le cas de défendre de faire plus de deux voyages dans une année.
Des bâtimens.
Les bâtimens qu'on emploie pour la morue sont d'autant plus grands, qu'ils appartiennent à un port plus éloigné du lieu de la pêche : ceux des Anglais, des Hollandais et des Français , qui vont au banc de Terre-Neuve et sur les côtes de la Norwege, ont de 40 à 1 5o tonneaux ; ceux de Fécamp , de Saint-Malo et de Granville ne passent guère 100 à 120 tonneaux, et la plupart sont de 90 : leur forme varie suivant les ports où ils ont été construits. V. la PL 3i.
Des menus ustensiles ne'cessaires pour la pêche de la morue verte.
Il faut avoir des barils {PI. 41 , -A°- II ,/ig' a), dont les bords d'en haut soient garnis d'un bourrelet de paille, pour que les pêcheurs qui sont dedans ne se blessent point. La plupart ont un second (ond à un pied au-dessus du premier, pour élever les pê-
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cheurs et égoutter l'eau ; sur ce fond est un coussin de paille garni de toile ;\ voile : quelques-uns ont seulement leurs pieds dans des sabots. On verra dans la suite que ceux qui préparent leurs morues dans des tonnes ou barils s'équipent un peu différemment 5 les barils doivent être plus larges par le bas que par le haut, cette largeur d'en bas étanl très-propre à leur donner de l'assiette} et il convient qu'ils soient plus étroits par le haut, afin que le pêcheur qui est dedans c , PL 4?- ? A". IK, ayant un tablier de cuirqui déborde sur le baril, soit moins esposé à être mouillé. Le tablier de cuir a une bavette qui remonte jusque sous le menton, et qui est nécessaire ; car 3o ou 60 brasses de cordage qui sortent de la mer répandent beaucoup d'eau : d'ailleurs ce tablier et cette bavette les garantissent du vent, qui est souvent très-froid et humide dans ces parages ; au milieu du baril est une estrope de corde, dans laquelle passe un cordage qui sert à l'amarrer, afin que les mouvemens du roulis ne puissent l'ébranler : il faut autant de ces barils qu'il y a de pêcheurs.
Cette façon d'amarrer les barils ne parait pas assez solide aux pêcheurs de Granville ; ils ont trois crampes de bois S, PL ^\, N°. II , qu'ils clouent ■ sur le pont autour du baril à distance égale; ils font au baril , vis-à-vis chaque crampe , deux petits trous près l'un de l'autre , dans lesquels ils font passer une corde, dont les deux bouts qui restent en dehors viennent s'attacher sur la crampe à l'endroit où elle est entaillée : cela ne leur parait point encore suffisant, ils placent entre chaque crampe un taquet r , dont le dos appuie fortement contre le baril. De cette manière, le baril ne peut faire aucun mouvement , quelque roulis et tangage qu'il y ait.
La. ^g. b est un baril qu'on appelle baille aux foies , parce qu'il sert à mettre les foies : il a une échancrure.
On ne se sert point de ces barils dans les navires de Granville et de Saint-Malo ; le décolleur a auprès de son baril une manne d'osier d , PL 41 j jVo. II j dans laquelle il met les foies. Lorsque cette xnanne est pleine, un mousse vient la prendre , et va la vider dans ces barriques à l'huile, qui sont pla- .cées sur l'arrière du bâtiment p, PL 41 > N^.iy, on le nomme foassier.
Il faut un gaffot c , N°. VII ^ qui sert à plusieurs usages , particulièrement à saisir et tirer à bord les grosses morues ou celles qui ne sont pas bien saisies par les haims, quelquefois même à mettre les morues élanguées à portée des étêteurs, sur-tout celles qui sont prises par les pêcheurs du gaillard.
L'étêteur en fait aussi usage pour prendre les morues qui sont autour de son baril et les amener à lui; mais pour mettre à portée des étêteurs les morues pèchées par les gens de l'arrière du bâtiment , il est aisé de sentir que communément le gaffot recourbé par en bas ne serait pas fort commode : aussi se sert-on ordinairement d'un autre instrument, que l'on nomme piquoir t, PL 4' ? ^''' II : c'est une broche de fer d'un pied de long , pointue par un bout , et ajustée par l'autre à un manche de bois de 3 pieds de long environ. F^est le fer du piquoir.
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On se sert de mannes d pour y mettre les langues, les foies, et pour transporter ces issues, etc.
On a une palette g, avec laquelle les mousses portent du sel aux saleurs et saumureurs.
hesjig. h, i, k représentent des lignes, des plombs et des haims.
On fait usage d'un petit instrument L, nommé élaîigiieur , ou , à Granville, diguet : c'est un morceau de fer long de 7 à 8 pouces, pointu par les deux bouts. Chaque pêcheur a son élangueur, piqué obliquement auprès de lui dans la lisse ; quand il a retiré l'haini de la bouche du poisson , il le pique avec l'élangueur par le derrière de la tête , pour lui détacher la langue. Il y a au milieu de la longueur de cet instrument un trou, dans lequel passe un bout de ligne qui est amarré à la lisse , pour prévenir que l'élangueur ne tombe à la mer quand le pêcheur décroche la morue. Lorsqu'un pêcheur quitte le travail, il met son élangueur dans un petit panier pendu à la lisse.
Les autres ustensiles sont, une espèce de couperet, qu'on nomme couteau à habiller m, PL 41 5 N^. II : chaque habilleur doit avoir le sien;
Un couteau n à deux tranchans, qui sert à emporter les têtes , et qu'on nomme pour cette raison e'téteur ;
Autre couteau e nommé nautiery parce qu'il sert à détacher les noues ;
Futailles ordinaires^, iV^. Y, dans lesquelles on met l'huile qu'on a retirée des foies;
Manette ou truble q, qui sert à différens usages, entre autres à tirer à bord de très-gros poissons, qui pourraient rompre les haims ou les lignes*
Grande pelle x , iV°. VII, pour jeter à la mer les issues ;
Petits barils Y, pour saler à part les langues et les noues qu'on destine à faire des jjrésens.
Puisque le bâtiment doit être garni de tous ses agrès , il s'ensuit qu'on doit embarquer son rechange en cordages, voiles , vergues , etc.; car, étant fréquemment exposés à de gros temps , il faut avoir de quoi réparer les avaries.
Voilà une énuniération sommaire des principaux ustensiles nécessaires à ceux qui vont à la pêche de la morue verte.
Des lignes et plombs.
Les lignes dont se servent les pêcheurs terre-neuviers ont 6 , 8 , 9 , et quelquefois 10 lignes de circonférence , et environ jS à 90 brasses de longueur. Elles doivent être fortes, sur-tout quand on pêche dans des parages où les morues sont grosses ; cependant il est important qu'elles soient fines, nonseulement pour ne point effaroucher le poisson , mais encore pour que le pêcheur sente mieux quand il y en a de pris, et enfin pour qu'elles soient plus maniables et plus aisées à relever. Ainsi , il faut avoir soin qu'elles soient faites de bon chanvre, bien fabriquées, point trop torses, afin d'être plus fortes , plus maniables et ne point prendre de coques. Comme il faut que le plomb porte au fond de la mer, on est quelquefois obligé d'épisscr bout à bout deux lignes.
On frappe au bout de ces lignes un plomb cjui a
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quelquefois la forme d'une poire, d'autres fois celle d'un cylindre : son poids est de 5 à 5 livres et demie ou 6 livres, suivant la volonté des pêcheurs. En général, il doit être d'autant moins lourd que les lignes sont plus fines, et les pêcheurs fatiguent d'autant plus, que le plomb est plus pesant; cependant il faut qu'il le soit assez pour entraîner prompteraent la ligne au fond, et résister aux efforts que la dérive et les courans pourraient faire pour l'emporter.
On frappe à la ligne principale dont nous venons de parler la pile qui doit porter l'haim : cette pile est souvent de la même grosseur que la principale ligne, et quelquefois elle est plus fine.
Cette pile ou empile a 2 ou 3 brasses de longueur, suivant que le navire est plus ou moins élevé sur l'eau : d'où il suit qu'il faut que les piles soient plus longues pour les ligueurs ou llgnotiers qui sont sur le gaillard , que pour ceux qui sont sur le bel ; ceuxlà fatiguent davantage, ayant à tirer le plomb avant que le poisson soit hors de l'eau, attendu la longueur de la pile.
Les pêcheurs de la côte de Haute -Normandie, accoutumés à pêcher au libouret, frappent volontiers leur empile sur une avalette de bois, dont ils proportionnent la grosseur à celle de Thaim; mais cela ne se pratique point ordinairement.
Suivant ce que nous avons dit , le plomb est destiné à faire caler les lignes et les haims : ainsi , son poids doit être proportionné à la grosseur des lignes, à celle des haims, et à la profondeur où il doit descendre. Néanmoins son poids n'est déterminé sur aucune règle fixe ; il varie même suivant la volonté des pêcheurs •, mais ordinairement j^our les haims du banc, le plomb est de 5 à 5 livres et demie ; pour ceux de Férol , de 3 à 4 livres. Le plomb s'attache à la ligne même , et dans les petits bàtimens, on ne laisse qu'une brasse de distance entre l'haim et le plomb.
Des haims.
Les haims pour la pêche de la morue en Amérique doivent être, les uns d'un fer bien liant, les autres d'acier. Ceux-ci sont préférables dans les parages où il n'y a point de roches ; mais on préfère ceux de fer dans les endroits où il y a des roches , parce que les haims d'acier sont sujets à rompre lorsqu'ils s'accrochent à une pierre.
C'est un principe général, qu'il faut proportionner la force des haims à la grosseur des poissons qu'on se propose de prendre; et comme c'est sur le grand banc qu'on prend les plus grandes morues, on les pêche avec les plus gros haims. Si les morues ne sont pas aussi grandes à Férol et à Port-à-Clioix, dans l'ouest de l'île de Terre-Neuve, que celles du banc, elles le sont toujours beaucoup plus que celles que l'on pêche de l'autre côté de l'île.
De plus , on se sert de grands haims quand la morue est abondante et lorsqu'elle se tient près de la surface de l'eau ; mais quand elle est rare et qu'elle se tient à une grande profondeur dans l'eau , on se sert d'haims moins grands.
En général , les Anglais et les Hollandais em-
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ploient des haims moins grands et des lignes plus déliées que les Français.
On emploie quelquefois , sur-tout au petit Nord , des haims à double croc, et ceux-là sont plus forts: mais les poissons refusent d'y mordre quand ils ne sont pas affamés.
Plusieurs pêcheurs mettent deux haims au bout de leur ligne , les y attachant par de fines empiles , dont une répond immédiatement au-dessus du plomb, et l'autre à une brasse plus haut : en ce cas, ils tiennent cette empile plus longue, pour que les deux haims portent également sur le fond.
Des appâts pour la morue.
Le choix des appâts est une chose très-importante pour faire promptement une bonne pêche : rien n'est plus vorace que les morues, sur-tout celles du grand banc , peut-être à cause de l'énorme quantité qui s'y rend; quand elles sont affamées, elles avalent tout ce qui tombe à la mer. On a trouvé, comme on l'a dit, dans leur estomac des manigots ou mitaines, des couteaux, des pierres, et quoique gorgées de poissons , elles se jettent quelquefois sur des haims qui ne sont pas garnis d'appâts: ainsi, à l'arrivée des bàtimens , il suffit de leur présenter un leurre , tel qu'un morceau d'étain ou de plomb imitant très-grossièrement la forme d'un poisson , on a seulement soin qu'il soit brillant : c'est pour cela que quelques-uns étament ceux de plomb. D'auti'es fois, le leurre n'est autre chose qu'un morceau de drap de quelque couleur éclatante; mais souvent les morues refiisent de mordre à ces appâts: c'est pourquoi les pêcheurs leur présentent des morceaux de viande salée ou de lard , qui, ayant souffert quelque altération , ne sont point propres à la nourriture de l'équipage, des maquereaux ou harengs salés qu'on emporte dans les barils. Les maquereaux étant plus gros que les harengs, ils ont l'avantage de pouvoir servir à amorcer plusieurs haims; mais aussitôt qu'on a pris quelques morues, on amorce avec le cœur ou une mâchoire sanglante , souvent même avec les entrailles ou breuilles. On sacrifie encore à cet usage les têtes ou la chair de quelques petites morues, mais jamais les foies, qu'on met à part pour en retirer de l'huile.
Quoique les morues se mangent les unes les autres , et qu'on ait trouvé dans l'estomac de quelques grosses morues jusqu'à quatre petites , il y a néanmoins d'autres poissons dont les morues sont tout autrement friandes, tels que les grondins , les maquereaux, les harengs, les sardines, l'éperlan , les capelans, toutes sortes de crustacés et de coquillages ; mais la plupart de ces appâts étant rares, on se contente quelquefois, après avoir amorcé un haim avec des issues de morues, de l'embecquer avec un petit morceau de ces bons appâts, qu'on pi que à la pointe de l'haim.
Lorsqu'on peut se servir de ces appâts délicats , on emploie de petits haims d'acier semblables à ceux dont on fait usage pour la morue sèche, et les morues donnent dessus en telle abondance , que les vaisseaux qui ne peuvent écher ou aquer avec des issues de morues sont obligés de quitter leur poste pour en aller chercher un éloigné d'un bâtiment
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qui amorce avec du capelan , du maquereau ou du hareng.
Quand, en oxivrant les morues, on trouve dans leur corps des poissons qui ne sont point digérés , on s'en sert pour écher, et on est comme assuré qu'ils conviendront aux autres morues : c'est pourquoi, quand les pêcheurs ont détaché les langues, ils ouvrent le ventre des morues, pour retirer de l'estomac les poissons qui peuvent s'y trouver.
On preud des morues sur nos cAtes , et comme on trouve dans leur estomac différentes espèces de poissons qui sont encore reconnaissables, des crustacés, crabes, homards, chevrettes, on en peut conclure que ces poissons conviennent pour amorcer les haims.
Les pécheurs de Picardie et de Flandre ramassent beaucoup de grenouilles dans des bailles, et ils s'en servent à prendre des morues dans des parages peu éloignés de leurs ports. Pour cela , ils les accrochent par le travers des cuisses , et comme elles vivent assez long-temps, elles en attirent d'autant mieux le poisson.
Sur quelques côtes , celle de Boulogne est de ce nombre , on prend de petites morues avec des haims amorcés de vers de terre, ou de harengs et de maquereaux, tant frais que salés.
Les pécheurs basques se trouvent bien d'écher avec des anchois et des sardines.
Les pécheurs d'Islande échent avec des moules lorsque les harengs leur manquent; et dans ces cas , les Hollandais amorcent leurs haims pour la morue avec de fort petites lamproies d'eau douce, qu'ils tiennent dans des réservoirs pour les trouver au besoin.
On lit, dans V Histoire naturelle d'Islande, que les habitans estiment beaucoup pour amorce la viande prise sur un animal nouvellement tué, et sur-tout le cœur de quelques oiseaux dont les pêcheurs mangent la chair, assurant qu'avec cet appât on a plutôt pris vingt poissons qu'un seul avec beaucoup d'autres. On prétend qu'il y a des poissons du genre des sèches qui fournissent de bons appâts.
On voit qu'il y a beaucoup de difïerentes substances qui [leuvent fournir de bons appâts aux pêcheurs de morue. La difficulté est de s'en procurer sur le lieu de la pêche ; et comme le succès dépend beaucoup de la bonté des appâts, c'est aux pêcheurs à employer toute leur industrie pour s'en pourvoir , soit en mettant à la traîne derrière leur bâtiment des cordes garnies de grand nombre de petits haims, soit en mettant à la mer, par de beaux temps, quelques chaloupes pêcher avec la seine lorsqu'on se trouve à portée des parages où il y a des maquereaux, des harengs, des capelans , des sardines, etc.
On assure que les Anglais de l'Amérique pèchent à la côte de l'île de Terre-Neuve des poissons passagers, pour se procurer des appâts frais.
11 est certain que , comme le hareng donne de bonne heure à cette côte, ils essaient de commencer leur pêche avec cet excellent appât, prenant des arrangeujens pour en avoir fréquemment de nouveaux; et pour cela, ils destinent quelques chalou-
pes ou des goélettes à la pêche de ces petits poissons. Comme les harengs deviennent rares vers la mi-juin, les Anglais vont alprs pêcher des capelans dans les baies de la côte; ce qui dure jusqu'à la fin do juillet. A|irôs ce temps , ils ont recours aux petits poissons de toute espèce qu'ils peuvent attraper, ou ils draguent des coquillages ; mais cela convient plutôt à la pêche de la morue qu'on sèche à terre qu'à la morue verte.
Comme il n'est pas toujours possible d'avoir de CQs poissons frais , on eu porte de nouvellement salés ou saumurés, et les morues ne les refusent pas, sur-tout quand on a soin de les dessaler avant d'amorcer les haims.
Dispositions pour pêcher.
Un bâtiment, arrivé au lieu de la pêche, commence ses opéi-ations par établir son bel aa^ PI. 42, N°. III ^ c'est-à-dire par former le long de son bordagc une espèce de galerie un peu saillante en dehors , sur laquelle on fixe solidement de petits tonneaux défoncés en dessus, échancrés du côté qui regarde la mer , et garnis d'un bourrelet de paille, ainsi qu'un theu a.,e , PL 42, N". //^^fespèce d'abri ou de toit fait de deux moutons réunis par des demi-cercles de barriques, et couvert de toile goudronnée.
Le tonneau est destiné à empêcher que la partie inférieure du corps des pêcheurs ne soit mouillée par l'eau que les vents ou la manœuvre lancent sur le pont, et qu'ils ne soient pas fatigués ou blessés par l'effet du roulis ou du tangage, et le theu à mettre leur tête un peu à l'abri de la pluie ou des vents froids et brumeux , si fréqucns dans les parages du grand banc.
Devant chaque petit tonneau est fixé un montant de bois échancré à son sommet, et qui sert à appuyer la ligne lorsqu'elle est dans l'eau, et derrière se trouvent différens objets utiles au pêcheur, tels que la lisse, où il accroche par le derrière de la tête les morues qu'il vient de prendre , en les piquant avec l'instrument nommé élangueur, qui est auprès de la mouette ou petit baril , où il met les langues, après qu'il les a détachées. La morue reste attachée à ce petit instrument la bouche ouverte , jusqu'à ce que le pêcheur ait détaché la langue.
Sur le milieu et aux extrémités du pont sont placés à demeure une table garnie de rebords , et qu'on appelle Ve'tal^ un petit tonneau destiné à mettre les foies, et qu'on nomme la/bissière^ un autre pour recevoir \a. fressure ^ un autre pour les cœurs; enfin un trou qui communique à l'entrepont , par où l'habilleur jette son poisson, et qu'on nomme i'éclairc.
Lorsque tout est ainsi disposé , chaque pécheur , chaudement vêtu , pourvu d'un tablier de cuir de vache ou de toile goudronnée, qui lui monte jusqu'au cou et qui entoure presque son corps , et de gants ou de mitaines de même sorte, se place dans son petit tonneau, en dehors duquel il fait pendre le bas de son tablier : alors il amorce , et jette sa ligne.
Manière de jeter les lignes à la mer.
Chaque pêcheur, établi dans son baril , file sa li-
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gne de 3o , 4^5 ■^o brasses, même plus, suivant la profondeur de l'eau , la vitesse de la dérive et la force des courans : c'est ce que font les pêcheurs.
Les Hollandais, qui pèchent au nord de l'Europe en traînant leur ligne , la liaient de temps en temps de quelques brasses, et la laissent tout d un coup retomber. Ils se proposent par là d'empêcher les morues de venir reconnaître l'appât et de le flairer , ce qu'ils prétendent qu'elles font quand elle reste sans agitation ; et ils assurent avoir observé dans les viviers qu'ils font à fond de cale pour transporter des poissons en vie , que les morues, après avoir flairé la nourriture qu'on leur jette , re fusent les issues de morues, pendant cju'elles se jettent vivement sur les harengs, les grondins , les crustacés , etc. D'ailleurs , ils prétendent qu'au moyen de ces secousses, les morues prenant apparemment l'appât pour un poisson en vie , elles le poursuivent et le saisissent avec avidité.
La manière ordinaire des Français et des Anglais est de traîner la ligne plus ou moins vite , suivant la dérive du bâtiment ; néanmoins , quelques pêcTieurs expérimentés traittent ow. traillentXeuv ligne (ce sont des termes de pêcheur) , comme nous avons dit que le font les Hollandais.
Sitôt qu'un pêcheur terre-neuvier sent qu'une morue a mordu à l'appât , il haie sur sa ligne , et tire le poisson à fleur d'eau ; s'il est de médiocre grosseur, il l'amène à lui j mais si c'est une trop grosse pièce , son voisin la gaffe et la tire à bord : le premier la saisit par les ouïes , et l'accroche par la tête à l'instrument nommé élan^ueur cd , PL 42^ iNT^'. VI ; il l'éventre ensuite , lui tire la langue , et avec ce qu'il trouve dans l'estomac réamorce son haim , que souvent il trempe dans le sang ; puis il jette le poisson dans le parc qui est derrière lui , et qui est un espace entouré de planches.
C'est en comptant les langues mises à part par chaque pêcheur que l'on sait combien il a pris de morues dans la journée. Ce compte est de première importance pour tous lorsque l'équipage est intéressé dans les profits, et même, dans le cas contraire, il se fait encore avec exactitude , parce qu'il est généralement d'usage qu'on impose à celui qui en a pris le moins, comme une punition, de vider le parc où sont les têtes , et de les jeter à la mer, pendant que les autres soupent et se reposent. Cette punition , quelque légère qu'elle paraisse, suffit pour engager quelques pêcheurs à se mettre à l'ouvrage avant les autres, et à le continuer lorsque leur tour est venu de faire le quart.
Une attention que doit avoir chaque pêcheur , et dont l'oubli peut beaucoup nuire au succès des opérations, c'est de tirer 5a ligne de manière à ce qu'elle ne s'embarrasse pas dans celle de ses voisins; car souvent elle n'est pas encore arrivée au fond qu'elle est déjà chargée d'un poisson, et que par conséquent la plus grande promptitude est de rigueur. L'habitude et la bonne volonté valent mieux, dans ce cas, que tous les préceptes : c'est pourquoi on ne parlera pas ici des divers usages reçus parmi les pêcheurs.
Lorsqu'une morue se trouve prise aux lignes de deux; | êcheurs , ce qui arrive ([uelquefois , elle est jugée appartenir à celui dont l'hameçon est plus
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près de l'œil , parce qu'on présume que l'hamecon qui est parvenu dans la gorge du poisson établit la négligence de l'autre , et qu'il est bon de l'en punir.
Si l'hameçon n'est pas entré trop avant dans le gosier, il est fort aisé de l'ôter avec la main par la bouche; mais lorsqu'il est fort avant, il est nécessaire de déchirer la membrane de l'ouïe, et de la détacher d'une main, tandis qu'on tire la ligne de l'autre.
La langue de la morue s'enlève avec un couteau qui cerne toute la chair intérieure de la mâchoire inférieure : par cette opération , on obtient une masse , dont la langue ne fait que la plus petite partie , mais qui ne peut être trop grosse, parce que c'est un morceau des plus délicats.