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fragmens de becs de sèches, des arêtes de poisson, etc. Il est quelquefois réuni en masses trèsconsidérables : on en a vu des morceaux de 5o, 100 et 200 livres. On trouve communément l'ambre gris dans la mer ou sur les rivages qu'elle baigne. Tous les animaux en sont extrêmement friands , et accourent à l'odeur qu'il répand pour le dévorer. On le regarde comme un produit des cétacés, et particulièrement des Cachalots. V. ce mot.
Uni aux autres parfums , V ambre gris développe son odeur suave , et s'emploie comme im agréable cosmétique. Il passe aussi pour un bon stomachique, un puissant antispasmodique et calmant. Les Orientaux en font un grand usage comme aphrodisiaque.
AMENDES. L'ordonnance de 1669 , tit. XXXI, art. 10, réitère la défense de se servir des instrumens de pêche prohibés par les anciennes ordonnances, et au nombre de ces instrumens dénommés dans les ordonnances de i326 , i388 , 1402, i5i5 et i55o, citées par Saint-Yon, page 224, se trouve l'instrument dit amendes , dont on ne connaît plus la forme.
A-MER. On nomme ainsi deux objets à terre, qui , étant vus de la mer l'un par l'autre , ou sur la même ligne , indiquent la route qu'il faut tenir.
AMIE. Nom spécifique d'un poisson du genre des scombres, scomber amia (Lin.), qu'on trouve dans la Méditerranée. Il a jusqu'à 4 pieds de long. Il remonte les rivières, et il est peu recherché comme aliment. V. ^cambre.
AMMODYTE , ammodytes. Genre de poisson de la division des apodes, dont le caractère consiste à avoir une nageoire anale séparée de la caudale , qui l'est également de la dorsalejla tête comprimée, plus étroile que le corps ; la lèvre supérieure double, la mâchoire inférieure étroite et pointue, le corps très-allongé.
Ce genre ne renferme qii'une espèce ( PI. 3 , Jig. 2) , qui a beaucoup de rapport avec V Anguille (V. ce mot), et qui a même été appelée anguille de sable , à raison de l'habitude où elle est de s'enfoncer dans le sable. Elle vit de vers marins et de petits poissons , qu'elle arrête au moyen de petites dents aiguës , dont les deux os de son gosier sont hérissés. Ses yeux ne sont pas voilés comme ceux de l'anguille ; l'orifice de chaque narine est double ; la membrane des branchies est soutenue par 7 rayons; les nageoires varient dans le nombre de leurs ravons, mais elles eu ont communément; savoir, la dorsale , 60 ; la pectorale , 12; l'anale , 28 ; la caudale , 16 : cette dernière est un peu fourchue.
La couleur de l'aramodyte est d'un bleu argentin, avec quelques raies blanches et une tache brune près de l'anus ; ses écailles sont très-petites , et latéralement divisées par trois lignes longitudinales enfoncées. Sa longueur est de 5 à 6 pouces.
L'ammodyte se trouve abondamment sur les côtes de France et dans tout le nord de l'Europe. Il fraie en mai, dans le sable : c'est un des meilleurs appâts qu'on puisse employer pour la pêche du maquereau et autres poissons voraces : aussi les femmes et les enfans pêcheurs lui fonl-ils une guerre continuelle. On les voit , à Dieppe , par exemple , varmés d'un instrument de fer, crochu à une de ses
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extrémités, courir sur le sable au moment de la retraite de la mer , et l'enfoncer dans les lieux où un petit jet d'eau leur indique qu'est enterré un ammodyte, et fouiller jusqu'à ce qu'ils le trouvent. Il est quelquefois à 2 pieds de profondeur , mais ordinairement seulement à quelques pouces. Lorsqu'on assiste à cette pêche, on est surpris de voir l'activité avec laquelle elle se fait, activité nécessaire, et par le peu de temps qu'elle dure, et par la concurrence. Lorsqu'on niel un ammodyte ainsi pris sur le sable d'où il vient d'être tiré , il se contourne en spirale, et par le moyen de sa mâchoire inférieure, trèsj)ointue , se creuse, en labourant, un trou d'un diamètre égal à celui de la spirale , de manière que le sable ne tarde pas à le recouvrir tout entier. Lorsqu'ensuite une lame d'eau vient passer sur ce sable, elle l'unit, et on ne voit plus qu'un trou au-dessus de la tête du poisson , pour l'absorption de l'eau nécessaire à sa respiration.
On dit cjue les dauphins recherchent ce poisson avec tant de passion , c|u'ils s'exposent à échouer pour venir le fouiller sur la grève.
L'ammoflyte a encore été apj)elé poisson d''appd£, poisson de Tobie et lançon.
AMOIST. Contraction du latin ad montem^ vers ia montagne. Terme dont on se sert pour signifier le côté d'où coule un fleuve, ou une rivière : ainsi , aller en amont, c'est remonter la rivière, aller contre le fil de l'eau. Amont qsX.\q contraire à!' aval.
Le vent d'a/wow^est celui qui vientdu levant.
AMORCE. Mot qui vient du latin admorsare , fait de morsus , inorsellus , morceau. En terme de chasse et de pèche, amorce se dit d'un appât dont on se sert pour prendre du gibier, des bêtes carnassières ou du poisson. V. Appcit.
AMORCER. C'est garnir un haim de l'appât qui doit attirer le poisson, et l'engager à mordre à l'hameçon. V. Appât.
AMORCES VIVES. L'ordonnance de 1669, titre XXXI , art. 1 1 , défend d'appâter les haims avec des amorces vives , c'est-à-dire avec du poisson ; mais, observe avec raison M. Dralet dans son ouvrage sur la pêche, ce serait en quelque sorte défendre la pêclie aux lignes pour certains poissons , c|ue de prohiber absolument l'emploi de cet appât : la prohibition ne devrait s'appliquer qu'aux espèces précieuses.
AMOUBA. Terme de la langue des Basques, qui signifie lianieçon.
AMPHIBIB. Mot qui vient du grec amphi , des deux côtés, et de bios, vie j qui vit de deux manières. On donne , eu histoire naturelle , cette épithète aux animaux qui vivent indiftéremment sur la terre et dans l'eau.
Dans les nombreiises familles des corps organisés, le genre de vie diffère suivant la conformation et les besoins de chacun d'eux , et les lieux qu'ils reclierch«;nt j)Our leur demeure ordinaire sont toujours en rapport avec la disposition de leurs organes. Il est cependant des espèces tellement constituées, qu'elles peuvent subsister dans deux éléinens différens ; mais encore est-il nécessaire d'observer à cet égard que ces amphibies ne peuvent pas y vivre également et dans tous les temps , de sorte
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qu'on peut affirmer qu'il n'y a point en effet d'amphibie suivant toute la rigueur de ce terme.
D'abord, l'homme et les animaux vivipares, ayant des poumons, ne peuvent respirer que de l'air, et périssent suffoqués sous les eaux, loin d'y vivre; par la raison inverse, les animaux pourvus de branchies, d'ouïes, c'est-à-dii-e de feuillets ou de petites lames sur lesquels viennent se ramifier les vaisseaux sanguins, sont destinés à vivre dans les eaux et à en extraire l'air qui y est dissous; mais ces animaux, exposés à l'air de l'atmosphère , ne peuvent pas y vivre , parce que leurs branchies ne sont pas conformées pour en absorber le principe vivifiant dans l'état aériforme. Elles se dessèchent et suspendent leurs for.ctions, ce qui cause bientôt la mort de l'animal : aussi , lorsqu'on veut transporter des carpes vivantes ou d'autres poissons dans divers pajs, on a soin de les entouier de mousse humide et mouillée , afin que leurs branchies ne se dessèchent pas.
On admet au nombre des amphibies les mammifères aquatiques, tels que les phoques , les morses, les lamentins , et les cétacés; cependant, loin de vivre au fond des mers , tous respirent et nagent à leur surface.
L;i principale classe, à laquelle on a imposé le nom d'ampbibie , est celle des reptiles, c'est-à-dire des quadrupèdes ovipares et des serpens. Celte dénomination n'est cependant pas exacte; car pour être amphibie il faudrait avoir des bi'anchies et des poumons, pour se servir à volomé des uns et des autres, et c'est ce qui ne se trouve nulle part dans toutes les espèces connues. Les grenouilles , salamandres et crapauds, les tortues marines, des lézards , des serpens , peuvent vivre dans les eaux pendant un temps considérable avant de respirer un nouvel air; toutefois, celui-ci leur est indispensable, et l'on parviendrait à noyer ces animaux, en les retenant pendant plusieurs jours entièrement submei'gés : aussi il est reconnu qu'ils se servent de poumons, et qu'ils respirent par conséquent l'air atmosphérique.
On pourrait trouver cpelques exemples de respiration amphibie dans les plantes : la prêle ou queue— de-cheval, equisetum arvense, les joncs et d'autres végétaux croissent au sein des eaux et sur la terre. Ainsi, la loi de la double respiration est plus remarquable dans les végétaux que dans les animaux.
AMPI]N. Terme qui signifie en provençal un qrapin. V. Thonaircs.
ANCIENS ou JURÉS-rÉCHEURS. V. Prud'hommes-pécheurs.
ANCHOIS. Poisson du genre des dupées, clupea incrassicolijs (Lin.); en anglais, sprat ^ en allemand, anjovis } a Malte , sacella.
Ce petit poisson était certainement connu des Grecs, mais on ignore quel nom ils lui donnaient; on croit cependant reconnaître l'anchois dans ^egqraylcis ou egkrasicholus d'Elian, et V ocgkrqylos d'Aristote. On a lieu de penser que celte chipée était le lycostomc des Romains. La pôclie de l'anchois à la rissole se pratiquait en Provence dès 1298, ainsi que l'annonce un privilège accordé au monastère de Lcrins par Charles 11, comte de Pro-
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vence , et s'y exerçait à l'embouchure de la Siague. Cette pêche et celle de la sardine devaient avoir alors autant d'importance que de nos jours, parce que les besoins de la consommation étaient les mêmes, et que la pèche de la sardine , se faisant sans résure dans la Méditerranée , était facile à exploiter pour tous les pêcheurs.
Description. — Ce poisson ( PI. <) , jftg. i"^^- ) est communément plus petit que la sardine, n'a souvent c[ue 3 pouces environ de longueur ; il a la tète longue , le museau pointu, l'ouverture de la bouche très-grande, ce qui lui a fait donner le nom de goulu par les pêcheurs de la Manche 5 la langue
{>ointiie et étroite, l'orifice branchial un peu large, e corps et la queue allongés, la peau mince, les écailles tendres et peu attachées à la peau , la ligne latérale droite et cachée par les écailles, les nageoires courtes et transparentes j le canal inlestinal courbé deux fois , dix appendices auprès du pylore , trentedeux côtes de chaque côté, et quarante-six vertèbres.
Habitation. — Les anchois sojit répandus dans la Méditerranée, ainsi que le long des côtes occidentales de l'Espagne et de la France, dans presque tout l'Océan atlantique septentrional et dans la Baltique.
Propagation. — Ce poisson multiplie beaucoup j il quitte la haute mer pour venir frayer auprès des rivages : c'est l'époque où on le prend en grande quantité, et cette époque varie suivant les pays.
Qualités. — II n'est pas recherché pour la saveur particulière Cju'il présente lorsqu'il est frais ; mais on consomme une énorme quantité d'individus de cette espèce lorsque après avoir été salés ils sont devenus un assaisonnement des plus agréables et des plus propres à ranimer l'appétit.
Pêche et préparation des anchois. — Les anchois se tiennent plus volontiers au large que les sardines, qui ordinairement paraissent plutôt sur nos côtesnéanmoins on prend souvent, tant dans l'Océan que dans la Méditerranée, ces deux espèces de poissons dans les môme filets, pourvu que les mailles soient assez serrées pour les arrêter 5 car , quoiqu'au commencement de la saison et dans certains parages on jjrenne de très-petites sardines, on peut dire en général que les anchois sont plus petits que les sardines, et c'est pour cette raison que les pêcheurs disent que quand on se sert de manets on prend plus d'anchois avec les vieux filets qu'avec les neufs, ])arce que les mailles diminuent d'ouverture par le service.
Les filets que les Provençaux nomment rissoles ont au moins i\o brasses de longueur , et 26 à 3o pieds de chute 5 les mailles en sont assez serrées pour que les anchois ne puissent les traverser. Pour faire cette pêche , les pêcheurs rassemblent quatre bateaux : un , qui porte le filet , est monté par quatre ou cinq hommes , et il n'y en a sur les autres que deux à trois. Ces derniers bateaux ont aune de leurs extrémités un farillon ou un réchaud : on fait dans ce réchaud un feu clair de pin gras et fort sec.
On pratique ordinairement cette pêche depuis le mois d'avril jusqu'à celui de juillet, et seulement lorsqu'il n'y a point de lune et que les nuits sont obscures. Les bateaux qui portent le feu sortent au
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commencement de la nuit , et vont se placer sur les fonds, où l'on croit trouver plus de poissons à une ou 2 lieues de la côte, et se tiennent à deux portées de fusil les uns des autres.
Les anchois s'approchent des bateaux qui portent le feu , et quand les pêcheurs s'aperçoivent qu'il s'en est rassemblé un nombre, ils en avertissent par un signal le bateau qui porte le filet, qui est resté à une petite distance des autres : il s'en approche et en mettant le filet à l'eau, il entoure le mieux qu'il lui est possible le bateau cjui lui a fait le signal et qui porte le feu, afin d'envelopper les poissons qui sont assemblés auprès de lui. Ainsi, le bateau qui porte le feu se trouve entouré par le filet. Quand l'enceinte du filet est formée , le bateau qui porte le feu plonge son réchaud dans l'eau pour éteindre le feu : alors les poissons , sardines ou anchois , étant effarouchés, se jettent dans le filet et se maillent. Pour les effaroucher encore plus et les engager à donner dans le filet, les pêcheurs qui sont dans le bateau du fastier battent l'eau , et après un certain temps, ceux qui sont dans le bateau de la rissole ou du filet le retirent dans leur bateau avec le poisson qui s'y est maillé ou broqué , et aussitôt qu'ils ont pris le poisson , ils se rendent à un autre bateau-fastier pour faire une pareille manœuvre, qu'ils continuent tant que l'obscurité de la nuit dure ; mais comme les sardines et les anchois, ainsi que les harengs, se portent tantôt d'un côté et tantôt d'un autre, il arrive que certains bateaux font une bonne pêche, pendant que d'autres ne prennent presque rien.
On fait encore la pêche des anchois avec la rissole , qu'on tient sédentaire : pour cela , les pêcheurs qui portent la rissole ne viennent point chercher le poisson qui a été rassemblé parle fastier j mais les bateaux qui portent les fastiers conduisent le poisson au filet qu'on a tendu.
On commence par leur arracher la tête et les intestins , parce que ces parties sont amères. Pendant que des pêcheurs sont occupés à habiller ainsi les poissons, d'autres préparent du sel rouge , qu'on regarde comme nécessaire pour cette salaison. Pour cela, on met dans un baril qui contient, si l'on veut, 200 livres de sel , 2 livres d'ocre rouge ou de bol , l'un ou l'autre, réduits en poudre fine 5 on prend les poissons à qui l'on a ôté la tête, qu'on a lavés dans de l'eau douce ou de mer , qu'on a mis égoutter dans des corbeilles, et après leur avoir donné ces préparations , on les arrange dans des barils de différentes grandeurs , les alitant , comme l'on dit, en les rangeant le dos en haut avec du sel qu'on répand entre chaque lit, commençant et finissant par une couche de sel rouge.
La chaleur fait fermenter la saumure qui s'est foi-inée de l'humeur du poisson , dans laquelle est dissous le sel rouge qu'on a mis entre les lits de poisson : cette fermentation est nécessaire pour bien en confire la chair. Lorsque la saumure sort jiar le trou qu'on a fait au fond , on n'y en ajoute point de nouvelle 5 mais quand elle diminue , on a soin de houiller les barils de temps en temps, c'est-à-dire de les remplir avec de la saumure , qu'on verse sur le fond et qui est retenue par la partie des douves qui excède le jable.
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Il faut avoir grande attention de boucher avec une cheville le trou qu'on a fait au foml , quand il y a apparence de pluie : avec ces précautions , les barils sont en état d'être mis dans les magasins ; mais il convient de les en tirer de temps en temps pour les exposer de nouveau au soleil , et les bouiller s'il en est besoin.
Les meilleures salaisons se font à Fréjus , à Cannes, à Saint-Tropez et autres lieux du département d'Antibesj quoique la pêche de ce poisson n'y dure que depuis le mois d'avril jusqu'à celui de juillet, il s'y en fait un grand commerce : presque tout se transporte à Beaucaire.
En Provence, on arrose le poisson de temps en temps avec une saumure qu'on fait sur le feu , et dans laquelle on fait fondre avec le sel de petits anchois et un peu de rouge brun , qui ne sert, dit-on, qu'à leur donner un coup-d'œil avantageux.
On fait aussi d'abondantes pêches d'anchois sur les côtes d'Espagne , au royaume de Grenade, de Galice en Catalogne , et en Italie à la côte de Gênes; dans le royaume de Naples, en Sicile, à Messine, sur les côtes de l'Etat ecclésiastique, en Corse, dans l'Etat de Venise , enfin en Hollande.
La pêche de ce poisson se fait à l'emboucbure de l'Escaut, sur les côtes de Zélande, vers le mois de mai. On fait avec des roseaux des espèces d'entonnoirs, à l'extrémité desquels on ajuste un fileta manche, qu'on assujettit fixe au moyen d'une corde qui part de la pointe de la manche, et qu'on amarre à un pieu qui est planté à une distance plus ou moins grande du filet : cette opération se fait de mer basse, et quand la marée s'est retirée , le filet se remplit d'anchois; on se hâte de les en tirer et de les transporter au lieu où on les prépare. Pour cela, on leur ôte la tête et les entrailles; on les met dans des mannes, et on les lave dans de l'eau douce ou salée ; quand ils ont égoutté leur eau , on les met dans une futaille avec du sel; lorsqu'il est fondu ^ et que les anchois en sont bien pénétrés , on verse la saumure et on met les poissons en second lit; on rejette encore la saumure qui se forme , et on sale les anchois pour une troisième fois : c'est dans cette saumure qu'on les conserve une année et plus , en les tenant dans un lieu frais ; il convient même de n'en faire usage au plus tôt que 3 mois après leur préparation.
Les anchois doivent , pour mériter la préférence dans les cuisines , être petits , nouveaux , blancs dessus, vermeils en dedans , et avoir le dos rond. Ceux qui sont plats ou trop gros , en comparaison de la taille ordinaire de ces poissons , ne sont que des sardines. On observera, de plus , si la sauce qui doit se trouver dans les barils est de bon goût, et si elle ne sent point l'évent.
Les anchois frais peuvent se manger frits ou rôtis; mais ils sont meilleurs et d'un plus grand usage, salés. (Somme ils n'ont point d'autres arêtes que l'épine du dos, qui est mince et déliée, elle ne blesse point, et n'empêche pas qu'on ne les mange entiers.
Cette excellente sauce, que les Grecs et les Latins nommaient garujTL, et à laquelle ils donnaient l'épilhète de très-précieuse , n'était autre chose que
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des anchois confits, fondus, et liquéfiés dans leur saumure , après qu'on leur avait ôté la queue, les nageoires et les arêtes. Cela se faisait ordinairement en exposant au soleil le vaisseau qui les contenait , ou bien quand on en voulait avoir plus promptement , on mettait dans un plat des anchois sans les laver, avec du vinaigre et du persil, et on exposait ensuite le plat sur la braise bien allumée , on remuait le tout jusqu'à ce que les anchois fussent . fondus ; on nommait cette sauce acetogarum. On se servait du gariim et de V acetogarum pour assaisonner d'autres poissons , et quelquefois même la viande.
La chair des anchois , ou cette sauce que l'on en fait, excite l'appétit, aide la digestion, atténue les humeurs crasses , et fortifie l'estomac.
ANCRAGE. C'est un lieu propre à mouiller l'ancre , à cause de la profondeur de l'eau , de l'avantage de l'abri et de la nature du fond , qui doit être de bonne tenue , et de nature à ne point endommager les câbles. 11 y a des endroits où il faut payer V ancrage.
ANCRE. C'est un gros crochet de fer qui mord dans le fond du terrain , et arrête les bâtimens. Toutes les ancres ont une tige, deux bras terminés ordinairement par un évasement, qu'on nomme patte ^ à l'extrémité de la tige est un organeau, où l'on amarre le câble.
ANCRE. Nom spécifique d'un poisson du genre des spares. V. Spare.
ANDANA. Sorte de pêche que les Espagnols font à la nasse.
ANDOLIUM. Préparation qu'on donne en Flandre à la morue qui se pêche à la côte.
ANDROMOI. Nom qu'on donne aux poissons qui remontent de la mer dans les rivières.
ANE. C'est l'un des noms du Chabot. V. ce mot. ANEY. Nom spécifique d'un poisson du genre des I,ahres. V. ce mot.
ANGE ou ANGELOT, squalus squatina. (Lin.) Poisson qu'on nomme à Bordeaux créac de buse , et ailleurs esquaque , que Daubenton appelle chien de mer^ ange , et qui est connu en Angleterre sous le nom de monk ou à^angel-Jîsh.
Description. -^h^angelot (P/. ^,Jig. 6) parvient communément à 7 ou 8 pieds de longueur, et quelquefois à une grandeur beaucoup plus considérable. Il y a des individus de cette espèce qui pèsent jusqu'à 100 et 160 livres. C'est celui de tous les squales quia le plus de rapports avec les raies, et particulièrement avec la rhinobate. Comme ces dernières, il n'a point de nageoire à l'anus, et il est pourvu d'évents ; il a le corps aplati et de grandes nageoires pectorales ; mais sa bouche, au lieu d'être placée au-dessous du museau , en occupe toute l'extrémité; elle est grande, et forme une partie de la circonférence de la tête, qui est arrondie , aplatie , et plus large que le corps-; ses mâchoires sont garnies de dents pointues et recourbées , disposées sur (les rangs dont le nombre augmente avec l'âge. Il a les narines situées comme la bouche sur le bord antérieur de la tête, et la membrane qui les recouvre terminée par deux barbillons; deux nageoires dor-
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sales sur la queue , les ventrales grandes , la caudale un peu en demi-cercle , et les pectorales trèsétendues et assez profondément écliancrées par-devant. Ce sont les dimensions et la forme de ces dernières qui les ont fait comparer à des ailes , et donner le nom iS^angc à ce poisson.
Ce cartilagineux ressemble d'ailleurs à plusieurs raies par les aiguillons recourbés en arrière qu'il a auprès des yeux et des narines , sur les nageoires , le dos et la queue : il est gris par-dessus et blanc par-dessous.
Habitation. — Il habite dans l'Océan septentrional et dans la Méditerranée. Il va souvent en troupes nombreuses.
Nourriture. — Il se nourrit de petits poissons^ de plies , de raies , de limandes et d'autres espèces du genre pleuronecte , qu'il prend souvent en se tenant en embuscade dans le fond de la mer , en s'y couvrant de vase, et en agitant ses barbillons, qui, passant au travers du limon, paraissent comme autant de vers aux petits poissons , et les attirent pour ainsi dire jusque dans la gueule de l'ange.
Propagation. — La propagation de ce poisson se fait, comme celle des diverses espèces de Squales (V. ce mot), par l'accouplement des mâles et des femelles : ces dernières mettent au jour , en automne et au printemps, une douzaine de petits chaque fois.
Qualités. — Les anciens ont attribué à l'ange beaucoup de qualités et de propriétés extraordinaires , auxquelles on ne croit plus aujourd'hui. On se sert de sa peau pour polir les ouvrages de bois et d'ivoire , et pour couvrir des étuis, des fourreaux de sabres ou de cimeterres j sa chair est dure et de mauvais goût, et il n'y a que les pauvres qui en mangent. Les pêcheurs se servent des œufs de ce poisson desséché pour arrêter la diarrhée.
Pêche. — On prend l'angelot au filet et à l'hameçon 5 mais il faut en approcher avec précaution quand on le tire de l'eau , car il cherche à mordre le pécheur ou à le tuer à coups de queue. Quand, on le pêclie à l'hameçon, on amorce le haim avec un morceau de viande. A Dunkerque, on fait la pêche des angelots à la ligne avec de gros hameçons, et les pêcheurs de Saint- Valéry en pi-ennent avec les Folles (V. ce mot) dans les temps calmes , depuis le mois de janvier jusqu'au mois de mars.
ANGON. Instrument qui sert à tirer les crustacés d'entre les rochers, et qui est composé d'un morceau de fer barbelé , et d'un bâton au bout duquel il est emmanché. V., au mot Pêclie , les différentes sortes de pêches qui se font à basses eaux. V. aussi la PI. 17, No. IV, fig. c.
ANGUILLAT. V. Aiguillât.
ANGUILLE, murcena anguilla. (Lin. ) Poisson du genre des murènes , qui vit dans l'eau douce et dans l'eau salée. Le mot de murène vient du mot grec murein , qui signifie couler, s'échapper, et qui désigne cette faculté de l'anguille et des autres poissons du même genre.
Histoire. — L'anguille dut être l'un des premiers objets de la pêclie grecque. La bonté de la chair de cette murène fut bientôt appréciée. Comme ce poisson n'a |)as besoin d'une eau profonde pour vivre et atteindre avec le temps une grandeur remarqua-
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ble , il avait moins de moyens qu'aucun autre de braver le fichoir , le trident , et d'éluder les poursuites de son ennemi. L'anguille est un des poissons qu'Aristote a le mieux décrits, et dont il a le mieux connu les habitudes. Toutefois il s'est trompé en disant qu'elle vit rarement plus de 8 ans , qu'elle n'a point de sexe , qu'elle n'a ni laite ni œufs , et qu'elle n'engendre pas, qu'elle provient de vers qui naissent d'eux-mêmes dans la vase.
Les Grecs faisaient grand cas de l'anguille. Les Sybarites avaient, dit-on, exempté de toute contribution les pêcheurs d'anguilles. On estimait particulièrement celles du lac Copaïs et celles du Strimon, où l'on en pêche encore aujourd'hui de trèsgrosses. Nicandre, ])oëte cité par Athénée, pensait que la chair de l'anguille était vénéneuse quand elle s'était accouplée avec la vipère , union à la possibilité de laquelle on crut long-temps en Grèce et en Egypte.
L'anguille était l'emblème, tantôt de l'instabilité des choses humaines , tantôt de l'envie.
Les prêtres égyptiens défendaient au peuple de se nourrir de ce poisson , sans doute parce que la chair grasse et mucilagineuse de celui qui était nourri dans le Nil passait pour malsaine 5 et afin de donner à cette interdiction un caractère religieux, ils faisaient regarder l'anguille comme un poisson sacré.
L'anguille et le congre ne jouirent pas d'une réputation remarquable chez les Romains ; mais, sur la fin du Bas-Empire, et notamment apiès l'établissement de la religion chrétienne , on trouve en Fi-ance, en Allemagne , en Angleterre beaucoup de donations d'anguilles dans les fondations religieuses antérieures à Charlemagne. Il y eut même des baux à rente qui ne s'acquittèrent plus qu'en prestations de celte nature. En Normandie, on distinguait le pimpernau d'avec l'anguille, à cause de la délicatesse de sa chair. On accordait à ce poisson, qui est une variété de l'espèce, une préférence dont il est resté en possession.
Il est fait mention de l'anguille dans les ordonnances de i3i2 , iSaS, i344i pour les rivières de Somme et d'Yonne, et dans celle de Charles IV, rendue en i402. Wels fut long-temps l'endroit de l'Angleterre le plus renommé pour la pêche de ce poisson.
Malgré la brillante réputation de l'anguille dans une partie de l'Europe , la ressemblance qu'elle a avec le serpent , et le préjugé qui lui attribuait des qualités malfaisantes, la faisaient proscrire dans d'autres contrées. Les Islandais etla plupart des montagnards d'Ecosse ne la mnngent encore qu'avec répugnance. Les Russes et différentes nations du nord de l'Asie l'admettent rarement au nombre de leurs comestibles. Le soufflard était confondu avec l'anguille , ou distingué seulement par le nom de mar~ gagnon.
Description. — La forme cylindrique et allongée de l'anguille lui a fait donner aussi le nom de serpent d'eau. Sa peau est si glissante qu'on ne peut retenir ce poisson dans la main en le serrant. Ses couleurs varient fréquemment, et il parait que les nuances de ces couleurs dépendent beaucoupde l'âge du poisson et de la qualité des eaux où il vit. Dans les eaux limoneuses, l'anguille est d'un brun noir en dessus et jaunâtre en dessous; dans les eaux
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limpides, elle est d'un vert varié, rayée de brun en dessus et d'un blanc argenté en dessous 5 sa nageoire caudale est bordée de blanc , et sa dorsale de rouge.
L'anguille a les nageoires très-peu apparentes, les écailles à peine visibles , la tête menue , la mâchoire inférieure avançant en pointe , les narines saillantes, les yeux couverts d'une membrane demitransparente , les lèvres et les deux lignes latérales garnies d'un grand nombre de glandes ouvertes, qui répandent continuellement une liqueur onctueuse; ce qui fait paraître sa peau comme vernie, et la rend si glissante.
Ses deux mâchoires, la partie antérieure de son palais, deux os placés au-dessus de son gosier, deux autres situés à l'origine des branchies, sont garnis de plusieurs rangs de petites dents.
Variétés de V anguille. — M. Lacépède distingue cinq variétés de l'anguille.
La première , plus petite que l'anguille ordinaire, et que l'on nomme acerine , se trouve dans les marais de Chiozza , auprès de Venise.
La seconde est une anguille qui vient de la mer lorsque les marées sont fortes , et qui remonte dans la Seine en même temps que les éperlans; sa tête est un peu menue, elle est d'ailleurs très-belle et communément assez grosse : on la prend quelquefois avec la seine , mais le plus souAent avec une ligne dont les appâts sont des éperlans et d'autres petits poissons.
La troisième, qu'on appelle le -pimpemeauj est une autre anguille de la Seine, qui a la tête menue comme l'anguille blanche, mais qui, de plus, l'a très-allongée, et dont la couleur est brune.
La quatrième est une anguille que l'on trouve à l'embouchure de la même rivière, etque l'on nomme puiseau ^ elle a la tête plus courte et un peu plus large que l'anguille commune ; le corps aussi plus court, l'œil plus gros, la chair plus ferme et la graisse plus délicate : sa couleur varie du noir au brun , au gris sale , au roussâtre.
La cinquième est V anguille^ chien , qui a la tête plus longue que l'anguille commune, comme le pimperneau , et plus large, comme \e guiseau ;\es yeux gros , les dimensions assez grandes, l'ensemble de son corps peu agréable à la vue , et la chair filamenteuse. Elle paraît se plaire beaucoup sur les fonds qui sont au-dessus de Candeleux. Elle dévore les petits poissons qu'elle peut saisir dans les nasses, dérange les filets , et ronge même les fils de fer des lignes.
Les ])êcheurs distinguent encore d'autres variétés, qui diffèrent plus ou moins de l'anguille commune.
Habitation. — On trouve les anguilles dans les pays les plus chauds comme dans les pays les plus froids; il jjaraît qu'elles vont périodiquement de la mer dans les fleuves , et de là dans les lacs et les marais qui les alimentent. Elles quittent la mer au printemps , et n'y retournent en automne que lorsqu'elles sont adultes , de sorte qu'elles restent plusieurs années dans l'eau douce.
Pendant le jour, elles se tiennent presque toujours enfoncées dans la vase ou dans des trous tju'elles se sont creusés dans les rivages. Ces trous
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sont quelquefois très-vastes et remplis d'un grand nombre de poissons ; maïs plus souvent leur diamètre est petit, ayant presque toujours deux ouvertures, par lesquelles elles peuvent entrer et sortir indifféremment dans le moment du danger : car elles nagent à reculons presque aussi bien que dans le sens naturel.
Lorsqu'il fait très-chaud et que l'eau des étangs commence à se corrompre , les anguilles quittent le fond , et viennent à la surface respirer un air plus pur : alors elles se cachent sous les plantes flottantes ou entre celles qui bordent le rivage. Cette altération des eaux est, dans les pays chauds, une des causes les plus fréquentes de la mortalité des anguilles; mais dans les parties septentrionales de l'Europe , où la fermentation putride parcourt plus lentement ses phases, les anguilles sont moins exposées aux accidens de cette nature ; elles ont le temps d'aller chercher des eaux plus pures , en parcourant sur terre, pendant la nuit , des espaces quelquefois considérables; cependant elles y gagnent une maladie, qui est indiquée par un grand nombre de taches blanches. Dans les courses que font les anguilles sur terre, elles prennent dans les prés des vers et des insectes, et on dit même qu'elles vont manger les petits pois nouvellement semés , qu'elles aiment beaucoup.
On a vu des anguilles vivre des mois et même des années entières renfermées dans la vase des étangs desséchés ou dans les trous des rivières dont on a détourné le cours, privées d'eau et peut-être de nourriture. Cette faculté fait qu'il n'est presque jamais nécessaire de repeupler les étangs qu'on a péchés. Il se conserve toujours assez d'anguilles cachées pour travailler à leur multiplication lorsqu'on leur rend de l'eau.
Nourriture. — Les anguilles vivent de petits poissons , du frai des gros, de vers, d'insectes, des cadavres en décomposition qui sont jetés dans l'eau, et même, comme on l'a déjà dit , de substances végétales; elles sont très-voraces , et digèrent trèsrapidement leur proie. Il ne faut pas les laisser trop multiplier dans les étangs, si on veut y entretenir l'abondance des autres poissons.
Propagation et accroissement. — Le mode de reproduction des anguilles a été le sujet d'un grand nombre de dissertations. Les anciens attribuaient la naissance des anguilles à la fange, à la corruption des cadavres, àdesfragmens qu'elles enlevaient de leur propre corps en se frottant contre les rochers; des auteurs modernes l'ont attribuée à d'autres causes non moins absurdes; mais il est aujourd'hui bien constaté que les anguilles s'accouplent à la manière des serpens , et qu'elles font des œufs, qui, la plupart du temps , éclosent dans leur ventre , et que par conséquent, dans ce cas, elles sont vivipares à la manière des vipères.
Les œufs des anguilles, croissant dans leur corps, ne peuvent être aussi nombreux que ceux de la plupart des autres poissons ; mais comme elles en peuvent faire dès leur douzième année , et 2)eut-être jusqu'à leur centième, leur multiplication est trèsconsidérable : aussi sont-elles extrêmement nombreuses dans quelques eaux.
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Des expériences constatent que les anguilles jj'augmentent que d'environ 8 pouces en longueur j^endant lO ans j mais si leur croissance est lente, elle a lieu pendant long-temps 5 car elles peuvent vivre un siècle , quoique quelques auteurs aient voulu limiter leur existence, d'après des observations isolées, à moins de 20 ans : aussi en voit-on quelquefois, dit-on , de 10 à 12 pieds de long et de la grosseur de la cuisse d'un homme dans les lacs où on pèche difficilement, et où elles trouvent une nourriture constamment abondante.
Particularités. — Les anguilles se distinguent de la plupait des autres poissons par leur agilité, leur souplesse et leur force, et par la facilité avec laquelle elles parcourent, sans que l'œil puisse les suivre , des espaces considérables ; par la propriété qu'elles ont de pouvoir sortir de l'eau en rampant sur la terre à la manière des serpens, pour aller chercher de nouvelles eaux ou de la nourriture} par leur facilité à nager à reculons presque aussi bien que dans le sens naturel ; par la faculté qu'elles ont de vivre très-long-lemps dans la vase des étangs desséchés j par leur grande vitalité , qui fait que lorsqu'on les a cou|)ées en plusieurs morceaux, chaque partie donne encore pendant quelques instans des signes de vie, phénomène cju'on remarque également dans les ser- ])ens , et qui tient aux ganglions nerveux répandus dans toute la longueur de leur corps , et dont chacun est un centre de vie 5 enfin, elles se distinguent par leur mode de reproduction, qui consiste à s'accoupler à la manière des serpens , et à faire des œufs, qui, pour la plupart du temps, éclosent dans leur ventre, et à être par conséquent ovi -vivipares.
Ennemis et maladies. — Les anguilles , malgré leur souplesse et leur vivacité , ont des ennemis auxquels il leur est très-difficile d'échapper : les loutres, plusieurs oiseaux d'eau, les pèchent avec habileté, et s'en nourrissent 5 les gros poissons, tels que les brochets et les esturgeons , en font aussi leur proie. Comme ces derniers avalent souvent une anguille tout entière , il arrive quelquefois qu'elle parcourt leur canal intestinal, ec sort par leur anus sans éprouver aucun dommage : de là , le conte qu'elle entrait volontiers dans le corps de l'esturgeon pour en manger les œufs.
Nous avons dit que l'altération des eaux était , dans les pays chauds , une des causes les plus fréqi;entes de la mortalité des anguilles. S'pallanzani rapporte qu'il en périt quelquefois des centaines de milliers en peu de jours dans les étangs de Commachio, près Venise, érangs cjui rapportent des sommes considérables , uniquement pour le loyer de la pêche des anguilles. Dans les pays du nord, où elles voyagent quelquefois pendant la nuit pour changer d'eau , elles gagnent une maladie qui est indic|uée par un grand nombre de taches blanches.
Qualités. — La chair de l'anguille est très-visqueuse, huileuse, et difficile à digérer 5 mais sa saveur agréable la fait rechercher sur les tables les plus délicales. Elle est plus saine quand elle est rôtie, parce qu'elle est dégagée de son phlegnie visqueux. Les médecins en défendent souvent l'usage aux estomacs faibles; cependant il ne paraît pas qu'elle soit nuisible , puisque des peuplades entières
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en vivent presque exclusivement, sans que la santé de ces peuples soit altérée. La peau des anguilles est extrêmement tenace j elle a la même consistance que le parchemin, et fait Tobjet d'un petit commerce. On lui attribue la propriété de faire croître les cheveux lorsqu'on les lie avec des lanières de cette peau. Dans la Tartarie, on l'emploie, après l'avoir huilée, pour tenir lieu de verres aux fenêtres.
De la pèche des anguilles.
On pêche les anguilles d'un grand nombre de manières : à la main, à \a.fouane , avec des râteaux et des herses de fer, à la ligne., à la nasse, aux filets, etc.
U Histoire des Poissons , par M. Lacépède, contient sur ces différentes sortes de pêche des indications dont nous ferons usage, ainsi que des observations générales de M. Noël, par lesquelles nous croyons devoir commencer.
Dans plusieurs pays de l'Europe , et notamment aux environs de l'embouchure de la Seine, on prend les anguilles avec des haims ou hameçons j les plus petites sont attirées par les lombrics ou vers de terre plus que par toute autre amorce : on emploie contre les plus grandes des haims garnis de mou les, d'aii très animaux à coquilles ou de jeunes éperlans. Lorsqu'on pêche les anguilles pendant la nuit, on se sert d'un filet nommé seine- drue. On substitue quelquefois à cette seine un autre filet appelé , dans la rivière de Seine, dranguel ou dranguet-dru, dont les mailles sont encore plus serrées que celles de la seine-drue : c'est par suite de cette substitution, et parce qu'en général on exécute mal les lois relatives à la police de la pêche (1), que les pêcheurs de la Seine détruisentune grande c^uantité d'anguilles du premierâge, et cjui n'ont encore atteint qu'une longueur d'un ou 2 décimètres ( 3 à 7 pouces), pendant qu'ils prennent , peut-être plus inutilement encore , dans ce même dranguet , beaucoup de frai de barbeau , de vandoise , de brème et d'autres poissons recherchés. Mais l'usage de ce filet à mailles très-serrées n'est pas la seule cause contraire à l'avantageuse reproduction, ou, pour mieux dire, à l'accroissement convenable des anguilles dans la Seine 5 M. Noël fait remarquer deux autres causes : premièrement, les pêcheurs de cette rivière ont recours c|uelquetois, pour la pêche de cette murène, à la vermille , sorte de corde garnie de vers, à laquelle les très-jeunes individus de cette espèce viennent s'attacher trèsfortement, et par le moyeu de laquelle on enlève desmilliers de ces petits animaux j secondement, les fossés qui communiquent à \^ Basse-Seine ont assez, peu de pente pour que les petites anguilles, poussées par le llux dans ces fossés , y restent ù sec lorsque la marée se retire, et y périssent en nombre extrêmement considérable par l'effet de la grande chaleur du soleil du mois de juin.
Au reste, c'est le plus souvent depuis le commencement du printemps jusque vers la fin de l'automne qu'on pêche les anguilles avec facilité; on a coni-
(i) Ces observations ont cte rédigées avant la loi du i4 floréal an X , qui a confié la police «le la pcclie dans les rivières à l'Administration des forêts.
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inunément assez de peine à les prendre au milieu de l'hiver, au moins à des latitudes un peu élevées 5 elles se cachent pendant celte saison, ou dans les terriers qu'elles se sont creusés, ou dans quelques autres asiles à-peu-près semblables; elles se réunissent même en assez grand nombre, se serrent de très-près j et s'amoncellent dans ces retraites, où il paraît qu'elles s'engourdissent lorsque le froid est rigoureux. On en a trouvé cent quatre-vingts dans un trou de 4o décimètres cubes (12 pieds environ) , età Aisiey, près de Quillebœuf, on en prend souvent pendant riii ver de très-grandes quantités en fouillant dans le sable entre les jnerres du rivage. Si l'eau dans laquelle elles sa trouvent est peu profonde ; si , p.ir le peu d'épaisseur de ce fluide , elles sont moins à couvert des impressions funestes du froid, elles périssent dans leurs terriers, malgré toutes leurs précautions, et le savant Spallanzani rapporte cpi'un hiver fit périr , dans les marais de Commachio, une si grande quantité d'anguilles, qu'elles pesaient environ 4îOOC»,000 livres.
Pccke des anguilles à la main. — Les anguilles, ainsi qu'on l'a vu , se cacheiit pendant le jour ou sous des pierres , ou dans la vase , ou dans les trous creusés sur le riiage. Lorsqu'on veut les prendre à la main, il ne s'agit que de se dépouiller de ses vêteraens en tout ou en partie, de se coucher sur le bord de l'eau, d'y entrer ou de se mettre dans un petit bateau, et de les chercher dans leurs retraites. Cette manière, qui est bonne pour les petites rivières ou pour les lacs très-peuplés de cette sorte de poisson , n'est pas sans danger 5 car l'anguille mord avec fureur et ne lâche jamais prise. On n'y prend d'ailleurs que de j^etitcs pièces, les grosses trouvant presque toujours le moyen d'échapper à la main qui les saisit : aussi les pêcheurs de profession emploientils très-rarement en France cette méthode, qui n'est guère mise en usage que par les voleurs de poissons et par les enfans.
Pêche des anguilles à pied sur les vases. — Cette pêche ne peut se faire que dans quelques lieux, tels que les étangs dont on a vidé l'eau , les mares où le poisson a été conduit par suite du débordement d'une rivière et qui commencent à se dessécher, et les vases que la mer abandonne chaque jour à l'embouchure des rivières et sur quelques côtes. On entre nu ou presque nu dans la vase; on examine les endroits où se sont enfouies les anguilles , et que l'on reconnaît aux trous en entonnoir qu'elles forment pour leur respiration; on les en fait sortir par la compression ou l'ébranlement de ces entonnoirs, et on les prend à la main , ou on les assomme avec un bâton.
Dans quelques cantons, au lieu d'entrer dans la vase les jx'chcurs marchent dessus, en ajustant sous leuvs pieds des espèces de raquettes faites avec de larges douves de tonneaux, qui, embrassant un grand espace , diminuent les effets de la pesanteur de leur corps, et les empecluMit enfin de s'enfoncer.
Lorsque , dans les mêmes lieux , il se trouve des masses de lerre solide percées de trous horizontaux, et lorsqu'on détourne le cours des ])etites rivières qui nourrissent des anguilles, et dont les bords sont également percés de trous dans lesquels ces
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poissons se retirent quelquefois en très-grand nombre , alors on les prend ou avec la main, ou avec un crochet; mais lorsque le trou est trop profond ou trop tortueux, on n'a plus que la ressource de l'enfumer : pour cet effet, on brûle à l'entx'ée du trou de la paille, du fumier ou quelque autre matière qui donne beaucoup de fumée, que l'on force à pénétrer dans le trou avec un soufflet , ou avec le vent d'un chapeau ; les anguilles, qui ne peuvent plus respirer , ne tardent pas à sortir, sur-tout s'il n'y a pas dans le trou de l'eau ou de la vase dans laquelle elles puissent enfoncer leur tête. On les saisit à leur sortie, ou on les tue à coups de bâton,
Pêche avec un râteau ou une herse de fer. — Sur quelques côtes de la mer, on pi-end les anguilles qui se sont cachées dans le sable ou la vase , avec un râteau ou une herse de fer , que l'on promène aux basses eaux, et qui force ces poissons à sortir de leurs retraites. Cette pêche , qui ne se fait que pendant les chaleurs, produit rarement de grosses pièces, et blesse beaucoup de poissons en pure perte pour le pêcheur.
Pêche des anguilles à lafouée ou javelle. — On prend des sarmensde vigne dont on forme des fouées, qu'on lie jiar les deux bouts d'une manière lâche ; on y attache une grosse pierre , et on les jette dans l'eau, et si on n'y a pas attaché de pierre , on les fixe avec un pieu ; on les y laisse pendant une nuit ou deux, et on les retire pendant la nuit. On prétend que, par ce moyen, on prend des anguilles entrelacées dans la fouce, dont elles tiennent les sarniens entre leurs dents.
Pêche à la fouane. — La fouane (V. la PL 17, Jîg. t, t,t) destinée à cette pêche doit avoir un long nuiriche ou hamjie, un grand nombre de dents rapprochées. Les proportions les plus ordinaires sont un manche de 8 à 12 pieds et un fer de quatre à huit branches , chacune de i5 à 16 pouces; cependant il est des lieux, comme à Narbonne , où l'on n'emploie cjue la fouane simple, qu'on appelle épêe ; mais on sent combien elle a de désavantage sur celle qui est composée de jflusieurs branches.
La première manière de pécher les anguilles avec une fouane consiste à se promener sur le bord des mnrais, des lacs, des étangs, des rivières ou de la mer , dans les lieux qii'on sait être les plus abondans en anguilles , et à ficher avec force la fouane de distance en distance. Les anguilles que cet instrument atteint s'embrochent dans ses branches, sont arrêtées dans les crochets dont il est pourvu , et sont facilement entraînées sur le rivage : souvent on en amène plusieurs à-la-fois, sur - tout dans les endroits où elles se réunissent en grand nombre, et notamment dans \qs fonds de cuve, places qui, dans les lieux où il y a peu d'eau, sont plus profondes.
Cette pêche se fait aussi en bateau. Plusieurs harponneurs peuvent se réunir avec avantage; ca» le bruit qu'ils font, l'agitation qu'ils donnent à l'eau ne nuit point au succès de la pèrlic , et ils peuvent plus facilement fouiller avec rapidité une certaine étendue de vase.
Dans quelques endroits, on la pratique aussi pendant l'hiver : pour cela, on fait dos trous à la
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glace, au-dessus de l'endroit où l'on sait qu'il doit y avoir des anguilles , et on les harponne au hasard. Comme dans cette saison elles sont réunies en grand nombre , entrelacées les unes dans les autres, et qu'elles ne cherchent point à s'écliapper, on en prend souvent beaucou[) par le même trou.
Pêche des anguilles au flambeau. — On sait que les anguilles, de même que la plupart des autres poissons, quittent, au printemps et en été, leurs plus proloiides retraites pour venir pendant la nuit chercher à la surface de l'eau et sur les bords une nourriture pliis abondante, et qu'elles se dirigent constamment vers les feux qu'elles voient briller dans l'obscurité, hes pécheurs ont profilé de cette observation pour prendre une grande quantité d'anguilles avec divers engins.
L'un de ces engins est encore la fouane ; mais souvent à manche court et attaché à une corde , qu'on lance sur les anguilles qui passent en nageant à la portée du bord ou du bateau sur lequel sont placés les pêcheurs; l'autre est une trouble, avec laquelle on les enlève ; le troisième est un échiquier, qui produit le même effet d'une manière un peu différente ; le quatrième est enfin l'épervier , qu'on jette sur elles. Dans tous ces cas, les pêcheurs, lorsqu'ils sont sur le rivage , ont un aide, cjui porte de petites bottes de pnille , qu'ils allument successivement, ou (les flambeaux de bois enduits de résine ou de suif, ou des réchauds placés au sommet d'un bâton, et dans lesquels ils mettent de petits copeaux de bois sec de diverses espèces, sur-tout de bois résineux. Lorsque ces pêcheurs sont dans un bateau , ils fixent leur espèce de lanterne , au moyen d'un long bâton, à la proue, et une femme ou un enfant est chargé d'en alimenter le feu de manière à lui faire constamment produire le même effet.
On ne se fait pas d'idée , observe M. Lacépède , combien un bateau monté de c^uatre harponneurs adroits peut prendre d'anguilles parce procédé dans le cours d'une nuit, lorsque la saison est chaude, l'air calme, et les eaux abondamment pourvues de cette sorte de poisson.
Pèche à la ligne volante. — Comme les anguilles restent presque constamment cachées dans des trous ou enfoncées dans la vase pendant le jour, il est difficile de les prendre avec la ligne volante , c'està-dire avec celle qui est attachée à une longue perche, f^ue tient un homme qui se promène sur le rivage; cependant on en prend quelques-unes, surtout de petites; mais les pêcheurs de profession, qui attendent un profit de leur travail, ne doivent faire usage que de la ligne dormante.
Pêche à la ligne dormante. — On appelle ligne dormante ou traînée une corde de la grosseur du petit doigt, dont la longueur varie suivant les circonstances, et à laquelle on attache, de distance en distance , quelques cordelettes d'un à 2 pieds de long au plus , munies à leur extrémité d'hameçons d'un pouce de longueur, qu'on amorce d'ablettes, de goujons, de loches et d'autres petits poissons, et encore pli.s avantageusement de petites lamproies et de gros vers de terre.
Lorsqu'on veut faire usage de cette ligne , on choisit une place convenable, où l'eau soit dor-
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mante; on jette au fond de l'eau un pariau , grosse pierre â laquelle on a lié la tête de la corde ou traînée ; on attache à cette corde les empiles des hameçons ])ar un nœud coulant, à la distance de 2 brasses les unes des autres; à tous les cinq hameçons, on place un caillou, que l'on choisit le plus communément de la forme d'un 8 , comme plus aisé à fixer au moyen d'un nœud coulant , et à tous les cent hameçons on attache un pariau , afin de charger suffisamment la corde pour qu'elle ne puisse être entraînée par les poissons qui peuvent se prendre aux hameçons; à la fin de la traînée, on attache encore un pariau. Pour tendre cette traînée , on se sert d'un batelet, que l'on conduit sans aller ni trop vite ni trop doucement , et en laissant le temps nécessaire pour attacher les hameçons et les pierres , que l'on jette à l'eau au fur et à mesure, et toujours en descendant la rivière. Il faut que la traînée soit bien tendue et à une distance égale du rivage. On peut tendre ainsi autant d'hameçons que l'on veut.
On tend les traînées à la nuit tombante, et on vient les lever au petit jour; car, dès que les anguilles aperçoivent le jour, elles cherchent à gagner leurs retraites, et font de vigoureux efforts pour se débarrasser. On relire la traînée au moyen d'un grapin de fer, avec lequel on accroche la tête de la traînée, et en suivant également le cours de l'eau. A mesure qu'on la relève , on décroche les anguilles qui s'y trouvent prises , et on dénoue les empiles , qu'il convient de laisser sécher.
On trouve quelquefois des brèmes et des barbeaux pris aux hameçons , et on peut, au commencement de juin, pêcher les lottes de cette manière.
L'auteur du Pécheur français , qui nous fournit cette description de la pêche à la traînée , conseilla de varier les amorces suivant les saisons de l'année.
Depuis le ler. juin jusqu'à la fin de juillet, ou emploie des vers de terre , en préférant les plus gros et les plus fermes , et on amorce les hameçons de manière à ce que les pointes soient bien cachées.
Pendant le mois d'août, on amorce les hameçons avec des goujons de moyenne grosseur, en faisant entrer la longue branche de l'hameçon par la bouche du jDoisson , et ressortir au-dessous de l'ouïe , ou la faisant entrer au-dessous de l'ouïe et ressortir par la bouche, ou enfin l'introduisant par la bouche et la faisant sortir par l'anus : cette dernière méthode est moins bonne, parce qu'elle tue le poisson trop vite. Pendant le même mois , si l'on peut se procurer de petites lamproies, leur usage est préférable.
Dans les mois de septembre et d'octobre , l'eau commençant à devenir froide, les ablettes et les éperlans quittent la surface de l'eau pour habiter les fonds, où ils deviennent la proie des anguilles. 11 convient alors d'amorcer avec ces poissons en les employant de la même manière que les goujons.
Si l'on veut pêcher dans un étang , on emploie une traînée bien dévrillée, de la longueur d'une cinquantaine de pieds, dont on fixe un bout par un piquet enfoncé au bord de l'eau; on attache à cette traînée dix hameçons, placés de 5 en 5 pieds, et amorcés avec des vers de terre ou de petits poissons, suivant l'époque où l'on pêche; à l'autre bout
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(3e la traînée , on attache une pierre un peu lourde, qu'on lance assez loin pour que la traînée soit bien tendue. Il faut faire en sorte que cette ligne soit tendue dans un lieu dégagé de bois et d'herbes. Ces préparatifs se font également le soir^ et c'est le lendemain matin qu'on relève la ligne. On peut tendre plusieurs de ces lignes, en ayant soin de cacher les piquets pour éviter les vols, et d'y faire un signal pour retrouver ces piquets.
Pêche avec la ligne à soutenir. — On pêche encore l'anguille avec la ligne à soutenir, dont on amorce l'hameçon avec des vers rouges , dans une eau dormante et profonde.
Pèche avec les jerix. — Pendant la nuit , on la prend aux Jeux (V. ce mot) avec des vers rouges, et dans le mois de novembre lorsque l'eau est trouble et qu'il ne fait pas froid 5 on la pêche pendant le jour également avec des jeux amorcés de la même manière.
Pêche des anguilles à la nasse. — Cette pêche est celle qui est le plus employée : il est nécessaire que les osiers qui composent la nasse soient bien serrés les uns près des autresj car dès que les anguilles peuvent introduire leur cpieue ou leur tête, elles forcent tellement l'ouverture, qu'elles font plier les osiers , et qu'elles ne manquent pas de s'échapper. 11 faut, pour mieux retenir le poisson, faire un vrai goulet à la nasse, qui a quatre anses; les deux d'en-bas servent à attacher des pierres qui la font coller, et les deux d'en -haut à attacher les cordes qui servent à la relever.
On met j)our appât dans les nasses des limaçons, des moules ouvertes, des vers de terre, des grenouilles déchirées, du foie, de la chair de différens animaux, du marc de raisin, des fèves, des haricots, des tourteaux provenant de la fabrication des huiles, le tout renfermé dans des canevas. L'anguille tourne autour de la nasse pour trouver l'appât c|ui y est suspendu, elle entre dans les goulets et se trouve prise. On tend un grand nombre de nasses dans les herbiers auprès des crones et des soui'ives. Ces préparatifs se font le soir , et on l'elève les nasses le lendemain matin , ayant soin de renouve-
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Quand on a à faire cette pêche dans une rivière peu profonde, on la barre avec des claies, qu'on arrête par le moyen de pieux. On met les claies en triangle, et dans le fond on laisse un espace pour faire couler l'eau de la largeiir de l'embouchure de la nasse : cela fait, on enfonce la nasse dans l'eau , on l'attache à la haie dans l'endroit de l'ouverture, et on fait en sorte que l'eau passe par-dessus.
Le temps le plus favorable pour cette pêche est lorsqu'il fait cliaud et que le temps est disposé à l'orage.
Cette pêche est très-destructive, sur-tout quand les anguilles descendent les rivières, soit pour gagner les eaux plus profondes , soit pour retourner à la mer. Peu de grosses anguilles échappent à ces pièges : aussi n'est-il pas ])ermis , ])our l'intérêt de la génération future et pour celui des propriétaires des eaux inférieures, de barrer ainsi toute une rivière. L'ordonnance de 1669 ? ^^^' X-XXl, art. jo, défend d'aller au barandage, c'est-à-dire de pra-
tiquer aucune sorte de pêche qui consisterait à barrer une rivière pour arrêter le poisson en montant ou en descendant.
Pêche avec de petits filets. — On prend aussi un grand nombre d'anguilles, soit dans la mer, soit dans les rivières, avec des filets mobiles de différentes espèces, tels que le hout-de-qnièvre, petit filet attaché à deux perches, que le pêcheur tient dans sa main , et qu'il pousse devant lui en marchant dans l'eau et en le relevant de temps en temps ; la trouble etV échiquier ou carrelet. De ces trois sortes de filets la trouble est préférable , et en conséquence plus généralement employée, ])arce que, sur -tout quand son cadre est en fer , on peut plus facilement l'introduire dans la vase , sous les mottes et les racines des arbres , retraites ordinaires des anguilles pendant le jour.
A la chute des feuilles, l'anguille se relâche, suivant l'expression des pêcheurs , c'est - à - dire qu'elles s'entortillent une trentaine ensemble , forment une pelote, et dans cet étnt s'abanrionnent au courant de l'eau : c'est alors qu'il est avantageux détendre àes guideaux ^ qui en reçoivent quelquefois trois ou quatre paquets.
Enfin , on prend des anguilles avec le verveux , la louve , le quinque-porte et les gors , que l'on tend dans les trous, aux arches des ponts, aux vannes des moulins, et généralement dans toutes les eaux profondes.
Pêche des anguilles dans les étangs dont on a retiré l'eau. — Jusqu'à présent nous n'avons passé en revue que les moyens employés pour prendre un petit nombre d'anguilles 5 il y en a d'autres qui, dans certaines circonstances, procurent des centaines de milliers de ces poissons. Certains étangs d'eau douce contiennent une si grande quantité d'anguilles, que lorsqu'on en retire l'eau on est obligé de les prendre lentement avec des troublas de ficelle, parce cjue par leur poids elles casseraient les seines, que l'on emploie ordinairement pour ramasser le poisson qui s'est réuni dans la poêle.
Pêche au moyen de barrages. — Dans les lagunes de Commachio , à peu de distance de Vérone , dont les eaux sont salées, on prend quelquefois, au rapport do Spallanzani , plus de 60,000 livres pesant d'anguilles en une seule nuit : c'est vers La fin de l'automne , lorsqu'elles cherchent à retourner à la mer, qu'on en prend en grand nombre. Pour cet effet, on barre toute la largeur du canal qui conduit les eaux à la mer Adriatique avec des roseaux , que l'on plante verticalement dans la vase et très - près les uns des autres , et cju'on appuie par d'autres roseaux placés en travers. On pratique en dedans plusieurs chambres, bâties avec les mêmes matériaux et dont l'entrée s'évase. Les anguilles, poussées jxir l'instinct qui les rappelle à la mer, enfilent les allées, entrent dans les chambres, s'y accumulent et s'y entrelacent au point de former souvent une masse |)lus élevée que l'eau : c'est là qu'on en prend, avec des troubles et des paniers , des quantités plcus ou moins grandes, selon hs années, mais toujours très-considérables.
Dans les lacs et les étangs qui ne peuvent être mis entièrement à sec, sur-tout dans ceux où entrent