‹ Traité général des eaux et forêts, chasses et pêchesChapitre 151 sur 344 · PI . , . V · texte numérisé non relu

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se lont les premiers lits sur le plancher ou on établit la pile, ces morues sont absolument mauvaises, et on les jette pour l'ordinaire à la mer; elles n'entrent point dans le rebut.

Les marchands qui achètent la morue verte au compte ne peuvent pas être trompés, puisqu'ils les voient , les visitent, et sont en état d'en connaître la bonne ou la mauvaise qualité. Il n'en est pas de même quand on achète des salines en barils ; lors même qu'elles sont bien conditionnées , il y en a souvent de si petites , qu'elles ne sont pas de vente.

Les poissonnières qui détaillent les morues à la détrempe peuvent aisément tromper en vendant des lingues et autres espèces de morues pour de la morue franche.

Quand le poisson est coupé , cette tromperie ne peut se reconnaître qu'à la cuisson : alors ou la morue se retire et devient presqu'à rien , ou bien les unes deviennent comme de la pâte molle , d'autres sont si dures et si coriaces qu'on ne peut les manger.

On voit , par ce que nous venons de dire des défauts de la morue , cjue la bonne morue doit en être exempte; qu'elle doit être entière, avoir toute sa peau, être blanche, ferme, nullement tachée, et n'avoir point de mauvaise odeur qui indique de la corruption.

Préparation de la morue à la façon de Hollande et

autres.

Quoique la plupart des pêcheurs français tranchent les morues en rond et les salent en grenier , il y en a néanmoins qui les tranchent à plat, et qui les salent en tonne ou en baril, à la façon de Hollande.

On fend le poisson dans toute sa longueur 5 on en détache toute l'arête, excepté un petit bout vers la queue j on coupe le bout des ailerons et des nageoires : c'est ainsi c^ue les morues sont habillées à plat c , PL 42 , N". VI, et on les remet à un mousse, qui les lave dans l'eau de mer, dont on a rempli une baille , de sorte qu'il n'y reste point de sang : c'est ce qu'on appelle enroquer. Quand les morues sont bien lavées, on les met égoutter dans des paniers.

Avant que les morues soient entièrement égouttées , on les paque , c'est-à-dire qu'on les arrange dans les barils en répandant un peu de sel dessus , ayant l'attention de mettre plus de sel dans le ventre qu'ailleurs , parce que cette partie court plus de risque de se corrompre que le reste du poisson. On laisse les morues dans ce premier sel 2 jours ; puis on les verse dans des bailles, et on les lave dans leur saumure. On les met égoutter comme la première fois , et on les repaque dans les barils d'où on les a tirées , mettant alternativement un lit de sel et un lit de morues; mais comme il est important que les morues soient bien pressées les unes contre les autres , on a un faux fond , qui est d'un moindre diamètre que la futaille , formé de trois planches assez fortes, et réunies par une barre qui les traverse; on pose ce faux fond sur les morues, et de temps en temps on monte dessus pour les bien

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presser les unes contre les autres , ce qu'on nomme sauter c , PL /\2, N°. VII ; puis on cherche les fonds qui appartiennent à chaque baril pour les enfoncer. On se sert, pour ce second pacage, de sel blanc raffiné à Etaples , ou quelquefois de sel gris. La morue ainsi mise en tonnes est en état d'être amenée en France, où elle doit recevoir de nouvelles préparations.

acage

de la morue en tonne.

Suivant ce qui a été dit , les morues ont été salées et paquées deux fois à la mer; il s'agit, à leur arrivée , de les paquer et saler une troisième fois pour les rendre marchandes et en état d'être conservées long-temps : ce sont des femmes qui font la plus grande partie de ces opérations, qu'on appelle 5alaison à sel sec.

Les femmes vident dans une cuve 45 à 4^ barils de morues avec leur saumure. Quand les barils manquent de saumure , on en fait de nouvelle avec du sel qu'on fait fondre dans de l'eau ; car il faut qu'il y en ait assez dans la cuve pour que le poisson y treinpe. V. le iV°. VIII de la PL 42.

Les femmes, arrangées autour de la cuve E, y lavent, les unes après les autres, toutes les morues. Pour cela, tenant de la main gauche les morues contre les douves de la cuve, de sorte qu'elles trempent dans la saumure , elles les frottent avec un petit balai , qu'elles tiennent de la main droite , ayant attention de ne point les écorcher. Quand elles ont répété cette opération trois ou quatre fois, elles mettent celles qu'elles ont lavées en tas dans la cuve ïnêuie où est la saumure.

Elles prennent ces morues ainsi lavées , et les tenant par la queue, elles les trempent quatre ou cinq fois dans une baille pleine d'eau fraîche ; puis on les en retire pour les plonger de même dans une autre baille aussi remplie d'eau fraîche, et quand l'eau devient sale, on la jette, et on y en remet de nouvelle.

Lorsqu'on a ainsi lavé dans la saumure et dans deux eaux fraîches environ un baril et demi de morues , une femme prend l'une après l'autre les morues ainsi lavées j elle les visite, et ôte avec un couteau tout le sang qui peut être resté dans la chair , elle coupe toutes les bavures , en un mot elle retranche tout ce qui pourrait préjudicier à la blancheur et à la qualité de la moruej elle les lave encore s'il le faut , et la morue est en état d'être mise à égoutter sur le théâtre.

On forme ce qu'on nomme le théâtre avec de fortes membrures, qu'on couche sur des madriers qui servent de chantiers, et on a soin de laisser un peu de distance entre les membrures pour que l'eau qui s'égoutte des morues puisse s'écouler.

Au bout de 8 jours, que la morue est suffisamment égouttée, on la met dans des barils, qui sont percés de plusieurs trous auprès du jable pour que la saumure qui se forme par la fonte du sel qu'on y ajoute s'égoutte j mais avant de les mettre en barils, on les porte aux balances pour les peser; car chaque baril doit contenir 260 livres de poisson , poids de marc , et 4o livres de sel blanc 5 sur quoi, il est

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son , poids de marc, ou de 16 onces à la livre, équivalent à-peu-près à 3oo livres , poids de Dunkerque, dont la livre n'est que de 14 onces.

On fait encore un triage des morues en les mettant aux balances, et on ôte les petites, les maigres et celles qui sont molles, rousses ou viciées ; cependant on ne rebute que celles qui sont fort petites : car comme ce poisson se vend à la livre , ce triage n'est pas aussi important que quand on le vend au nombre.

Les morues étant triées et pesées ainsi que le sel, on les porte sous le hangar pour les paquer définitivement en baril.

Les femmes qui sont chargées de mettre les morues en baril commencent par mettre au fond une couple de poignées de sel ; elles mettent sur la chair de la morue un peu de sel, elles en replient les oreilles, et en contournant un peu le poisson, elles lui font prendre la forme intérieure des barils; deux morceaux de morue font à-peu-près un lit , les femmes les recouvrent d'un peu de sel, et elles continuent à remplir le baril lit par lit alternativement de morue et de sel.

Elles savent très-bien répandre exactement la quantité de sel qui doit entrer dans chaque baril.

Quand le baril est à moitié plein , le tonnelier le saute, c'est-à-dire qu'ayant mis un faux fond sur la morue , il monte et saute dessus. ( V. la PL 4^ , /Vos, VII et VIII.) Quand il les a ainsi bien pressées, il ôte le faux fond et les femmes achèvent de remplir le baril ; assez souvent elles sont obligées de mettre quelques rangs de morue au-dessus des bords; en ce cas , on roule avec adresse et sans rien déranger ces barils le long d'un poteau dp où il y a un fort cric , dont la crémaillère porte sur un faux fond qui couvre les morues. Il faut tourner la manivelle du cric uniformément et doucement, et finir quand les morues sont au niveau du jable. Aussitôt que le jable est découvert , on ôte le faux fond ^les femmes répandent sur la morue ce qui reste de sel des 40 livres qui doivent entrer dans chaque baril ; le tonnelier met le vrai fond, serre les cercles, et en met de neufs quand il en manque.

On finit par faire, entre le premier et le second cercle du jable, huit trous, par lesquels on passe une ficelle qui forme une losange, et qu'on arrête avec un plomb.

De la morue mise en tonne suivant l'usage de Dunkerque.

Quoique la méthode des Dunkerquois diffère peu de celle que nous venons de détailler, comme de petites précautions influent quelquefois beaucoup sur la perfection de la morue , nous croyons devoir la rapporter; mais ce sera le plus brièvement que nous pourrons.

Aussitôt que les morues ou cabillauds, car ces deux noms doivent être réputés synonymes , sont amenés par les ligueurs à bord du bàliment , on leur coupe le cou pour les faire saigner , afin que leur chair en soit d'autant plus blanche; ensuite on les éventre presque dans toute leur longueur ; puis on emporte l'arête , n'en laissant qu'un petit bouta la

à propos de faire remarquer que 260 livres de pois- ' queue, précisément comme quand on tranche la

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morue plate à la façon de Hollande. On met ce poisson dans une baille remplie d'eau douce, pour le laver et Ater tout le sang , en le frottant avec xin jietit balai ; au sortir de l'eau , on le met dans un panier, où on le laisse s'égoutter un quart d'heure ou une demi-heure.

On tire ensuite le poisson de cette manne pour , comme on dit , le paquer ou l'arranger dans des tonnes défoncées d'un bout, mettant toujours la peau en dessous, et en saupoudrant sur chaque poisson une petite assiette de sel blanc : on emploie ordinairement pour ce premier pacage 4 tonnes de sel pour i4 tonnes de morues.

Le poisson reste dans ce sel 3 ou 4 jours , ce qui produit une saumure qui sert à laver le poisson qu'on tire de cette tonne , et on le repaque ou on l'arrange de nouveau dans d'autres tonnes, poudrant fort peu de sel entre les morues , et quand la tonne est pleine , on verse par-dessus environ une pinte de forte saumure.

A ce second pacage, on emploie une tonne de sel pour i4 tonnes de poisson : cette quantité de 14 tonnes forme ce qu'on appelle un lot.

Chaque tonne contient depuis trente jusqu'à cinquante poissons , suivant leur grosseur, et elle pèse plus de 3oo livres.

Après le second pacage , ou lorsqu'on a changé les morues de tonnes , on les fait enfoncer et fermer exactement, puis on les arrime dans la cale du bâtiment.

A l'arrivée à Dunkerque , on fait défoncer toutes les tonnes, on en tire le poisson, on le lave dans une nouvelle saumure, et on fait le triage des morues, pour séparer celles qui sont de poids, bien conditionnées et marchandes, de petits poissons, de ceux qui sont mal tranchés , tachés ou meurtris , qu'on paque à part dans des tonnes, et cju'on vend comme poisson de rebut.

On emploie pour ce troisième pacage 20 à iS livres de sel blanc ; enfin les tonnes étant pleines , on les fait enfoncer, et on verse par la bonde une forte saumure : alors la marchandise est en état d'être vendue comme morue saumurée.

De la morue en tonne qu'on vend en sel sec.

Pour la morue qu'on met à sec dans les tonnes , ensuit les pratiques que nous venons de détailler, jusqu'à l'arrivée dans le portj on tire les morues des tonnes , on fait le triage pour séparer les poissons marchands de ceux de rebut; mais à mesure qu'on les tire des tonnes on les lave dans des bailles, puis on les met sur des planches inclinées, queue contre queue, et après les avoir laissées s'égoutter plusieurs jours, on les paque dans des tonnes ou barriques et on les saupoudre de sel blanc ; enfin on perce de jilusieurs trous le fOnd des tonnes , pour que la saumure qui se forme par l'humidité du poisson s'écoule j enfin on fonce ces tonnes et barils.

Les pêcheurs de Granville qui vont sur le grand banc n'accommodent des morues dans des quarts que pour quelques amis , jamais pour mettre dans le commerce. Ils choisissent pour cela de petites mornes de 2 à 3 livres, qui, étant encore jeunes, ont la chair plus délicate que les grosses; ils les ren-

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ferment dans des barils sans les couper par morceaux 5 et les saupoudrent de sel. Comme ces morues sont à coiivert du contact de l'air, elles conservent long-temps leur fraîcheur : ils n'en préparent jamais en saumure.

Préparation de la morue qu'on appelle andolium , et de celle qu'on appelle abberdahn.

En Flandre, on prépare d'une façon particulière quelques morues qu'on pêche à la côte : on les dit supérieures aux morues fraîches , ayant une petite pointe de sel qui les rend très-agréables, c'est ce qu'on appelle Vandolium. On prétend que pour préparer cette morue , on la met toute en vie dans un vase de fei-blanc proportionné à sa grandeur, et qu'on la fait mourir dans le sel en en mettant beaucoup dessus et dessous. Cette morue ne se garde que i5 jours au plus; mais en l'apprêtant comme la morue fraîche, on dit qu'elle est délicieuse.

Voici le procédé des Norv^régiens pour faire l'abberdahn : à bord des chaloupes de pêche, on tranche la tête des morues , et on les vide en les éventrant jusqu'à l'anus sans les fendre en deux pièces* ensuite on les transporte à terre, où on les saupoudre de sel du pays; puis on les nettoie dans de l'eau delà mer ou dansune saumure, et on les sale de nouveau dans des barils avec du sel d'Espagne ou de Portugal. Cette morue n'est pas à beaucoup près aussi bonne que celle de Terre-Neuve, non-seulement à cause du sel qu'on emploie, mais encore parce qu'en Norwege on tranche mal la morue verte ; de sorte que la chair en est souvent rouge de sang ; on la met en premier sel dans de grandes cuves, et après l'avoir laissée 8 jours dans cette saumure , on arrange les morues en tas les unes sur les autres jusqu'à ce que la saumure se soit bien égouttée ; ensuite on la met dans des barils avec du sel de Portuoal;, qu'on choisit en gros grains.

Les Hollandais , qui vont au Nord faire la pêche de la morue , la préparent mieux que les Norwégiens : ils tranchent la tête, et l'ouvrent jusqu'à l'anus pour la vider; et après une première salaison pour raffermir la chair, ils la rangent dans des tonneaux par lits avec de gros sel : c'est ce qu'ils TvommentV abberdahn , qui est plus estimé que Vabberdalin que font les Norwégiens , quoique ces deux préparations soient à-peu-près les mêmes; mais celle des Hollandais est faite avec plus soin , de propreté et de meilleur sel.

Détail de la morue aux marchés.

Les détailleurs font dessaler la morue verte dans de l'eau douce , et ils la coupent par tronçons, les petites en trois et les grandes en quatre ; savoir, une queue, un ou deux entre-deux, suivant la grandeur des morues , les flanchets et les loquettes.

La morue se dessale très-bien dans l'eau de mer. Les marchands la font dessaler dans des baquets rem- [)lis d'eau douce; mais pour que cette morue soit bonne, il faut changer plusieurs fois d'eau; sans quoi, elle contracte une odeur qui se communique au poisson : c'est pourquoi on estime que la morue ne se dessale jamais mieux que dans l'eau courante. Lne morue à cjui on laisse trop de sel n'est pas

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agréable j mais celle qu'on dessale trop perd tout son mérite.

De la pêche qu'on nomme à la faux.

Comme cette façon de pêcher peut être pratiquée, 6oit qu'on pêche de la morue verte ou de la sèche , nous croyons qu'il est à propos d'en parler : elle se fait avec des hairas , les uns à deux , les autres à trois crocs, et il ne s'agit point de prendre celles qui mordent à l'hameçon , mais d'accrocher au hasard celles qui se rencontrent vis-à-vis la pointe des liaims.

On sait que les morues vont souvent par bancs ou bouillons , étant rassemblées en grand nombre , soit qu'elles soient attirées par des poissons qu'elles chassent pour s'en nourrir, soit qu'elles essaient d'échapper à la voracité des gros poissons qui les poursuivent. Quand, pour quelque cause que ce soit, il s'en est rassemblé une multitude auprès d'une côte dans une anse ou petite baie , les pêcheurs qui manquent d'appâts, ou qui s'aperçoivent que les morues ne mordent pointa ceux qu'on leur présente, essaient, quand il n'y a pas une grande profondeur d'eau , d'en attraper en jetant au hasard leur hameçon à plusieurs crocs au milieu de cette multitude de poissons. Ils jettent donc leurs haims le plus loin qu'ils peuvent, et quelquefois ils amènent à bord une ou deux morues qu'ils ont attrapées, tantôt par un endroit, et tantôt par un autre.

En général , on doit avoir soin que la ligne ne soit pas assez longue pour que l'haim porte sur le fond; les morues, trompées par le leurre d'étain , courent après, et se rassemblent en nombre pour le reconnaître ; à mesure que l'haim descend , les morues le suivent dans sa marche , et quand il est arrêté entre deux eaux par la ligne , qui n'est pas assez longue pour que l'haim porte sur le tond , les morues étant rassemblées autour, le pêcheur tire sa ligne par une forte secousse; s'il sent qu'il ait accroché une morue, il la tire à bord; s'il n'a rien accroché , il lâche la ligne , et laisse descendre l'haim pour la retirer comme la première fois.

On fait cette pêche ou dans des chaloupes ou à bord du vaisseau : dans ce dernier cas , le bâtiment étant à la dérive, tous les matelots jettent une ligne ; mais quand on pêche dans une chaloupe, chaque pêcheur jette deux lignes , une à bâbord et l'autre à stribord; car , pour ne point perdre de temps pendant qu'il laisse un instant un haim à l'eau pour donner le temps au poisson de se rassembler autour, il en jette un autre de l'autre bord, et sur-le-champ il retire l'haim qu'il a mis à l'eau le premier : ainsi, il est dans un exercice continuel, et fatigue beaucoup. Comme il jette ses haims sans interruption de droite à gauche et de gauche à droite , on a comparé ses mouvemens à ceux des faucheurs, et l'on a nommé cette façon de pêcher pecAe à la faux.

On conçoit que, par la manœuvre que nous venons de décrire , le pêcheur n'attend point que le poisson ait mordu à un appât; il jette au hasard son haim, et essaie d'accrocher un poisson, il n'importe par oùj mais il ne réussit pas toujours à amener à bord les poissons qu'il a piqués , et ceux qu'il a blessés, étant effarouchés, s'enfuient en

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perdant leur sang ; des morues le suivent pour l'avaler , de sorte que les poissons étant effrayés ou attirés ailleurs par les blessures de leurs camarades, en peu de temps la pêche devient infructueuse ; et si l'on pratique cette pêche au commencement de l'arrivée des morues, elles ne paraissent plus, même quand le capelan se montre, ce qui fait que les pêcheurs prétendent qu'elle doit être défendue ; néanmoins quelques-uns soutiennent que cette pêche ne causerait pas un grand dommage si on ne la pratiquait qu'après la passée du capelan , parce que , disent-ils , rien n'attirant le poisson à la côte , elles y passent rapidement et en petite quantité, et qu'alors cette pêche est une ressource pour ceux qui ont eu le malheur de prendre peu de poisson , et l'on cite pour exemple des pêcheurs qui, n'ayant presque rien pris en péchant suivant l'usage ordinaire, sont parvenus, au moyen de la faux, à faire un assez bon chargement; mais on a peine à se le persuader, quand on fait attention que cette pêche ne peut réussir que quand il y a une grande abondance de poissons : alors on en blesse beaucoup, qui meurent et dont on ne profite pas.

Il arrive quelquefois qu'on accroche deux morues à un haim ; mais il est rare qu'on les amène à bord , ordinairement une et souvent toutes les deux se détachent, et c'est autant de poisson perdu.

Il résulte de ce qui vient d^être dit, que s'il y a beaucoup de poisson , on peut s'en tenir à la méthode ordinaire ; que s'il y en a peu , la pêche à la faux n'aura pas un grand succès , et qu'en général cette pêche est destructive ; cependant des pêcheurs qui ne s'occupent que du moment et qui prennent peu d'intérêt à la conservation du poisson , prétendent qu'elle est nécessaire au petit JNord , où il y a peu d'eau , et où les morues , trouvant beaucoup de pâture, mordent à l'hameçon. On pensera ce qu'on voudra de cette exception ; mais une raison pour ne point faire de règlement sur cette façon de pêcher est la difficulté qu'il y aurait à le faire exécuter ; les pêcheurs allant à la mer, les uns le jour , les autres la nuit, le soir ou le matin , on ne pourrait les empêcher de faire la pêche à la faux qu'en autorisant les inspecteurs à aller visiter les bateaux avant leur départ ; ce qui gênerait beaucoup les pêcheurs, qu'il est important de laisser libres de partir pour leur pêche quand ils le jugent à propos , et si les visites se faisaient à la mer, il en résulterait des combats nocturnes très-fâcheux.

VI. De la pêche et de la préparation de la morue qu'on sèche après l'avoir salée.

Après ce qui a été dit, on voit que la morue verte est celle qui a été salée et qui n'a point été séchée , celle dont il va être question a été salée et ensuite séchée. Il est assez d*UBage en France de la nommer merluche ^ mais ce terme convient mieux au merlu qu'on sale et qu'on sèche , qu'à la morue ou cabillaud.

Quoique dans l'intérieur du royaume on préfère la morue verte à la sèche , celle-ci forme un objet de commerce tout autrement étendu ; en quantité d'endroits , on lui donne la préférence sur la verte, sur-tout quand celle-ci a perdu sa première fraî-

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chexir ; car la morue sèche a le grand avantage de se conserver beaucoup plus long-temps sans perdre de sa qualité, puisque, lorsqu'elle est bien emmagasinée, elle est tout aussi bonne, même meilleure la seconde et la troisième année que la première ; de plus, elle supporte sans beaucoup s'altérer les chaleurs de Provence , d'Espagne , de Portugal , d'Italie et du Levant , ce que ne peut faire la morue verte la mieux préparée : aussi, outre la morue sèche qui se consomme en France, en Hollande , en Angleterre et en Allemagne , il s'en Tait des exportations considérables pour les différens royaumes que je viens de nommer. On en porte même quelquefois un peu en Danemarck, où est pour ainsi dire la source des morues, parce que les Hollandais, les Anglais et les Français savent mieux la préparer que les pêcheurs du Nord.

Les Anglais et les Hollandais préparent beaucoup plus de morue sèche que de verte , et on arme en France pour la morue sèche dans les ports de Normandie , de Bretagne, de Poitou et des Basques.

Des bâtimens qu'on emploie pour la pêche de la morue sèche. — Des approvisionnemens en vivres. — Des fonctions des hommes de l'équipage. —•Des conventions des armateurs avec les hommes de l'équipage.

Nous ne donnerons sur tous ces objets que des idées très-sommaires.

On emploie pour cette pêche des bâtimens de toute grandeur. Il y en a de 80 à ico, i5o et 200 tonneaux, de 10 à 20 canons, de 3o jusqu'à lOO hommes d'équipage. Les Anglais y ont envoyé des navires de 400 à 600 tonneaux , de 3o à 40 canons, et de i5o à 200 hommes d'équipage. On y voit de petits bâtimens et des équipages peu nombreux. H y a des bâtimens qui sont revenus avec 6 , 7 et même 800, coo pièces. On se pourvoit d'armes pour s'en servir en cas d'attaque et pour se faire respecter des sauvages 5 et c'est dans la même vue qu'on met quelques canons a, PI. 43, N°. IV, à la pointe des échafauds qu'on construit à terre pour préparer la morue qu'on destine à être séchée. Observons cependant qu'aujourd'hui ces précautions ne sont plus nécessaires , et que les naturels des pays construisent eux -mêmes les échafauds , baraques et cabanes des pêcheurs , qu'ils louent aux Européens.

On ne fait point la pêche dans le bâtiment qui a fait la traversée , comme pour la morue qu'on ne veut que saler 5 on la fait avec de petits bateaux où se mettent trois matelots, qui chaque soir apportent, à l'endroit désigné, les produits de leur pêche. Il faut s'approvisionner pour un navire qu'on suppose pouvoir charger 6,000 quintaux de morue, de 20 bateaux pêcheurs du port de 4 à. 5oo tonneaux , et de 2 ou 3 bateaux un peu plus forts , dans lesquels se mettent 4 à 5 hommes pour pêcher des maquereaux, harengs, capelans, etc., destinés à servir d'appâts. Ces bateaux sont presque tous démontés et arrimés avec leurs agrès dans la cale, sur le sel j on les monte lorsqu'on est arrivé à destination.

Les approvisionnemens en vivres sont à-peu-près

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les mêmes que pour la pêche de la morue verte : ils consistent en lard, bœuf salé, pois, légumes secs, poissons, beurre, vin, bière, cidre et eau-de-vie.

Le capitaine qui a le commandement d'un navire nomme ses officiers avant le départ, et leur assigne leurs fonctions , qui sont à-peu-près déterminées comme il suit : le capitaine en second a soin de la grave ou grève et des vigneaux 5 les hommes de l'équipage sont divisés en deux classes, les uns étant destinés au service de terre, et les autres à celui des chaloupes pêcheuses. Les gens destinés au service de terre sont les trancheurs , les décolleurs , les pi., queurs et les saleurs , qui sont aidés par des novices et des mousses 5 les autres travaillent aux lavoirs, aux vigneaux, sur la grave, etc.

Sur plusieurs bâtimens , le maître de grave fait préparer la soupe, le matin, pour ceux qui vont à la pêche , et il est chargé en outre de faire pêcher, avec des filets ou seines , de petits poissons pour les appâts.

Dans un équipage de 120 hommes, il faut ordinairement 10 habilleurs, le capitaine compris 5 10 décolleurs 5 60 pêcheurs ; 20 échafaudeurs, ou charpentiers, ou calfats; 8 ou 10 hommes pour armer les bateaux capelaniers, c'est-à-dire les bateaux qui font la pêche aux capelans et autres poissons pour les appâts ; enfin , environ 8 apprentis ou mousses chargés de laver les morues , et de faire d'autres ouvrages proportionnés à leurs forces.

Les équipages qui s'engagent pour la pêche de la morue sèche font différentes conventions, suivant l'usage établi dans les ports où ils arment : les uns sont au tiers sans aucune avance \ d'autres au cinquième de la pêche et du fret lorsqu'ils vont décharger leur poisson dans la Méditerranée} d'autres au cinquième et au pot-de-vin , ou au pot-de-vin et au lot.

Les équipages, outre le cinquième, reçoivent des avances qu'ils nomment pot-de-vin, sans intérêt, et dont le capital est perdu pour l'armateur et acquis à l'équipage aussitôt que le navire a mis dehors, et quel que soit le succès de la pêche.

Il y a des équipages qui sont au mois pour toute la campagne; d'autres sont au tiers avec des avances à la grosse 5 d'autres au cinquième, franc de tout, excepté du déchargement et des droits d'entrée ; d'autres au tiers sans avances, et dans ces deux derniers cas les armateurs fournissent tout.

Le partage des deux cinquièmes entre l'équipage, en supposant que le lot à partager soit de 3oo quintaux de morue, se fait ainsi : le capitaine a 60 quintaux ; les trancheurs en ont chacun 40 ; les maîtres de chaloupe, 3o} les deux compagnons de chaloupe, chacun 28; les mousses, de l/^ à 20, suivant leur force.

Il y a au surplus bien d'autres manières de traiter avec les équipages.

Saison du départ de la pêche de la morue sèche dans l'Amérique septentrionale.

Les bâtimens destinés pour cette pêche partent les uns à la mi-mars, d'aixtres à la mi-avril et d'autres vers le 10 mai, suivant les lieux où ils doivent s'établir. Il serait utile , ainsi que pour la pêche

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(verte , de partir de bonne heure ; mais comme la pêche de la morue qu'on doit sécher se fait le long des côtes, on pourrait être retardé par les glaces. Autrefois les capitaines se pressaient d'arriver les premiers, parce que le choix des places était au premier arrivé 5 mais il n'en est plus ainsi. (V. les Réglemens à la fin de l'article.) On doit se rappeler que, dans le nouveau continent, les morues ne paraissent un peu abondamment que vers la fin de juin, et c'est sur cela qu'il faut se régler pour le départ; mais d'un autre côté, il faut observer que, vers la fin d'août et dans le commencement de septembre, on est forcé de discontinuer la pêche dont nous parlons, parce que la température ne permet plus de faire sécher la moi'ue. En ce cas, les pêcheurs finissent la campagne par la pêche de la morue verte ; et comme leurs navires ne sont pas disposés pour cette pêche, ils y forment une galerie, du mieux qu'ils peuvent.

Des divers instrumens et ustensiles pour la pêche et la préparation de la morue sèche.

Ces instrumens sont :

Les lignes et les haims, PI. 4»- — Li^s lignes y sont plus menues, les piles h et les haims y sont moins forts que pour les pêches de la morue sur le grand banc; ils sont garnis d'un plomb ^, qui est attaché à 2 brasses de l'haim , mais qui est plus léger que celui employé pour la morue verte ; il ne pèse que 2 à 3 livres. On lui donne ordinairement une forme conique, étant attaché à la ligne par le sommet ou la pointe du cône au moyen d'une rosture. On voit l'empile en // et la ligne en^! On tient cette ligne plus ou moins longue, suivant la profondeur de l'eau où l'on pêche.

Quand la pêche est abondante, les pêcheurs mettent quelquefois deux haims sur chaque ligne, ce qu'on appelle des lignes ramées, et souvent ils amènent deux morues ; ou bien ils ajustent les deux haims chacun à son empile, qui répond à deux lignes ayant 2 brasses de long. Les deux lignes sont séparées par un bâton d'environ 2 pieds de longueur, et au milieu duquel est attaché un plomb du poids de 4 livres et qui a jusqu'à 8 livres lorsque la mer est grosse. Par cette disposition , les haims se distribuent de côté et d'autre ; mais comme on est plus de temps à les retirer et à détacher le poisson, on ne s'en sert que quand il y a peu de morue.

Couteau étêteur. — Il est pareil à celui qui tient l'éfêteur a, iV». II , PI. 43.

Grappin. — Les chaloupes ont chacune un grappin , qu'elles mouillent quand elles sont en pêche.

Digons ou piquoirs. — Ce sont des perches terminées par un fer pointu , PI. 4 1 » N°. VII , et qui servent à piquer les morues comme on le voit PL 1^1^ No. VI, pour les jeter des chaloupes sur la galerie , et de la galerie sur le plancher de l'échafaiid.

Les décollcurs ont de grands piquoirs, avec lesquels ils prennent une quantité de morues qu'ils jettent sur l'étal.

Gajfaux , PL 4» , JVo- VII y c. — Ce sont de petits crocs pour tirer à bord de très-grandes morues.

JUtal. — C'est une table sur laquelle on habille

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