ARTICLE 2. DES PARCS OUVERTS
On fait des parcs qui ne sont fermés que du côté
PAR
de la mer, et qui sont entièrement ouverts du côté de terre. Ils diffèrent beaucoup les uns des autres, tant par leur forme que par les matériaux qui servent à leur construction : c'est ce que nous nous proposons de faire apercevoir dans les paragraphes
suivans.
§ 1. — Petits bas parcs de pierre très-simples.
\^a fig. 1 de la PL 29, N<>. VI, représente un bas parc, dont les murs, construits de pierres sèches, et c|uelquefois de pierres plates posées debout, n'ont que 2 pieds de hauteur.
Dans quelques-uns, les pierres^ arrangées, les unes sur les autres , ressemblent à la berge d'un fossé. Comme ces murs sont fort bas, la mer passe pardessus, et elle se retire sans qu'on soit obligé d'y pratiquer des ouvertures : aussi n'y trouve-t-on guère que des poissons plats, qui se tiennent toujours sur le fond. Cette sorte de parc détruirait néanmoins beaucoup de frai et de menuise, si l'on négligeait de faire abattre \es pierres , et de former des ouvertures dans les mois de mars, avril, mai et juin.
Une règle générale pour tous les parcs ouverts qui ont une forme circulaire est que le dos ou le fond soit situé du côté de la mer.
§ 2 . — Parcs de pierre plus considérables que les précédens.
Ces parcs sont encore d'une construction fort aisée : on fait sur la grève des murailles à pierres sèches, et suivant la situation des lieux , l'état du terrain et le goût des pêcheurs , on leur donne des formes différentes; communément on les appuie sur quelques rochers, pour s'épargner dvx travail et augmenter la solidité de l'ouvrage. Quelquefois (P/. 29 , N^ . V) on donne aux murailles as a 3 ou 4 pieds de hauteur, et une épaisseur suffisante pour cju'elles résistent aux efforts de la lame ; on pratique de distance à autre des ouvertures bb , que plusieurs pêcheurs nomment cunettes , et qu'ils ferment avec des portes de grillage.
Il faut concevoir qu'à la pleine mer, l'eau qui baigne toute la plage passe par - dessus la muraille et qu'elle la recouvre entièrement. Quand la marée s'est assez retirée pour qu'on aperçoive le haut de la muraille , il se forme des courans par les cunettes Z» j et comme le grillage qui les ferme est assez serré pour ne pas permettre aux poissons qui ont une certaine grosseur de passer entre les barreaux , les pêcheurs, entrant dans le parc à la mer basse, en deviennent nécessairement possesseurs.
Pour que ces pêcheries ne fassent pas un tort énorme à la multiplication du poisson , il faut multiplier les cunettes , et qu'il y ait un pouce et demi ou 2 pouces d'intervalle entre les barreaux ; il faut avoir grand soin que les grillages ne soient pas fermés par des immondices; enfin on doit ouvrir entièrement les cunettes pendant les mois de mars , avril , mai et juin , parce que , dans cette saiso^i , la plupart des poissons rangent la côte pour y déposer leur frai, et les plus jeunes s'y retirent, n'ayant pas assez de force pour rester dans la grande eau, ou pour résister au courant de la marée, qui les porte à la côte.
PAR
§ 3. — Parcs de pierres ouverts , ou écluses d'une construction plus recherchée que les précédentes.
Les parcs de \?ifig. 2, PL 29, N°. VI, sont construits à pierres sèches, mais avec plus de soin que ceux dont nous avons parlé jusqu'ici. Comme les murailles qui en forment l'enceinte sont assez élevées , on pratique au bas, de distance en distance, des ouvertures ou cunettes aa, ayant au moins 2 pieds d'ouverture en carré : on les ferme avec des grilles de bois, dont les mailles doivent avoir au moins un pouce et demi en carré, depuis la fin de mai jusqu'au commencement d'octobre, et 2 pouces le reste de l'année. On doit même ôter entièrement ces grilles pendant les mois de mars, avril et mai.
On établit, de distance en distance, des espèces de contre-forts hh , qui servent non-seulement à fortifier la principale muraille , mais encore à diriger une plus grande masse d'eau vers les cunettes a a.
Comme ces parcs ont beaucoup d'étendue, on ménage en quelques endroits des ouvertures c, pour faciliter aux chaloupes l'entrée sur la plage.
Ces pêcheries, ainsi que toutes celles du même genre , s'établissent le plus près qu'on peut de la laisse de basse mer, et elles sont quelquefois recouvertes de plusieurs brasses d'eau. On ne peut guère y pêcher que pendant les vives-eaux , parce que dans les mortes -eaux ces parcs restent inondés; d'ailleurs c'est dans les grandes marées que le poisson abonde davantage à la côte j mais les gros temjjs n'obligent pas d'interrompre cette pêche; au contraire , ils la rendent plus avantageuse.
Ces parcs ne font pas plus de tort à la multiplication du poisson que ceux que nous avons représentés dans les iV°*. F" et VI ,fig. 1 j pourvu que les cunettes soient assez grandes et en nombre sufsant ; qu'elles soient fermées de grillages, dont les mailles aient assez d'ouverture pour laisser passer les petits poissons ; qu'on les ouvre entièrement dans les mois de mars , avril et mai , et sur-tout qu'on n'y ajoute pas des guideaux, verveux, nasses, etc., qui retiennent tout le frai.
Les pierres dont on bâtit les écluses, à Vîle de Ré, sont tirées du rocher même où on les assied. On donne ordinairement à ces écluses la forme d'un croissant ; la muraille du fond , qui est du côté de la mer , a environ 6 pieds de hauteur, et on la tient de plus en plus basse à mesure qu'elle s'approche de terre ; la longueur circulaire de cette muraille est de 25 à 3o toises. On forme au fond du parc plusiers ouvertures semblables aa, iV^". VI,Jig. 2, qu'on nomme canonnières. On les ferme avec des grillages de claies d'osier , dont les mailles doivent avoir 2 pouces d'ouverture.
On fait , aux environs de la Rochelle, des écluses avec des cailloux j leurs murailles ont 5 pieds d'élévation du côté de la mer et 4 pieds d'épaisseur : leur étendue circulaire est de 200 toises.
Vers le milieu de chaque écluse, sont trois ouvertures à-peu-près semblables à Z», N° . V, pour laisser écouler l'eau.
Il y a, dans le quartier de Granville, des parcs de pierre accompagnés d'ailes, qui ont i5o ou 200 pieds
PAR
de longueur. Dans l'article suivant, nous parlerons des ailes qu'on ajuste aux parcs de clayonnages.
§ 4- — D^s parcs de pierres ouverts , formés en bouchots.
Autour l'île d'Oléron, la plupart des parcs sont formés par deux murailles droites , qui, du côté de terre, sont éloignées l'une de l'autre de 100 brasses , et elles se rapprochent pour former auprès de la laisse de basse mer un angle , où l'on pratique une ouverture pour y ajouter une grande nasse ab a^ N°. V, PL 29 : on la nomme bourgnc Nous en avons représenté la coupe dans la PL 3o, N°. III, aaabbb.
Ce bourgne est un panier dont l'embouchure, qui est carrée, a 4 ou 5 pieds de côté. Il se rétrécit assez pour n'avoir plus qu'un pied de diamètre à son autre bout , où l'on ajuste une nasse longue de 3 à 4 pieds : on la nomme bourgnon , et quelquefois on y en ajoute une plus petite , que l'on nomme bourgnet. Tout cet ajustement est solidement assujetti par des pieux.
On a coutume de soutenir ces nasses sur un bout de clayonnage ou sur des piquets o^rf, N'^. V, PL 29.
Il est .sensible que les bourgnes sont très-préjudiciables à la multiplication du poisson. On ne gagne rien à supprimer le bourgnet pour laisser l'extrémité du bourgne ouverte. Le bourgne n'étant pas établi assez bas pour laisser l'eau s'égoutter librement, il s'amasse des immondices qui ferment le passage de l'extrémité du parc , ainsi que la capacité du bourgne, et le fond du parc se trouve rempli de frai et de menuise. 11 faudrait donc supprimer sévèrement tous les bourgnes , y substituer des claies assez ù claire-voie pour laisser passer la menuise, et soigneusement ôter , à toutes les marées , les immondices qui ferment les mailles de ces claies, qu'on devrait même ôter absolument pendant les mois de mars, avril, mai, etc.
Quand on établit de ces parcs , qu'on peut regarder comme des bouchots , dans des endroits où il y a beaucoup de lames et des brisans, on tient les murs peu élevés et plus épais ; on arrange aussi les pierres autour d'une file de pieux , comme on le voit au N°. VII, PL 29 ; ce qui augmente la solidité de la muraille.
On voit auprès du Havre des parcs de pierres auxquels on donne une forme demi-circulaire. Comme ils sont faits avec de gros galets roulans, on ne peut leur donner qu'environ 3 pieds de hauteur; mais on met entre ces galets des gaulettes , sur lesquelles on attache des filets qui ont un peu de chute. Ces parcs tiennent donc un milieu entre les parcs de pierres et ceux de filets , dont nous parlerons dans la suite.
ARTICLE 3. — DES PARCS OUVERTS QUI SONT CONS- TRUITS EN BOIS, ET qu'on NOMME ASSEZ ORDINAI- REMENT BOUCHOTS.
Après l'idée générale que nous avons donnée des parcs au commencement de cet article, on conçoit qu'on peut en faire l'enceinte de bien des façons différentes, qui sont à-peu-près aussi bonnes les unes que les autres ; ce qui détermine sur le choix ,