‹ Traité général des eaux et forêts, chasses et pêchesChapitre 171 sur 344 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Quoiqiie nous aions essayé de ne rien omettre de ce qui est important pour la pêche aux parcs, nous avons cru devoir terminer ce qui les regarde par des idées générales qui auraient pu nous échapper , ou qu'il est-à propos de présenter à part , afin que , étant isolées, elles en soient plus frappantes.

§ 1 . — De la situation la plus avantageuse pour tendre des parcs , soit ouverts , soit fermés.

L'objet qu'on se propose en tendant des parcs est d'arrêter le poisson, qui, s'étant porté àja côte, regagne la grande eau en suivant le retour de la marée, ou de retenir celui qui se rassemble en grand nombre, et qui , se plaisant aux endroits où Peau a peu d'épaisseur , nage parallèlement à la côte. Ces différentes circonstances doivent engager à tendre les filets , ou parallèlement à la côte , ou dans une situation qui lui soit perpendiculaire , un bout étant à la côte , et le reste s'étendant vers la mer.

Toutes sortes de filets sont propres à arrêter les poissons qui s'écartent de la côte pour regagner la mer, et la situation la plus favorable est l'embouchure des rivières, le débouché des anses et des gorges , en un mot les endroits où l'eau coule avec rapidité. Il est bon néanmoins de ne pas s'établir entièrement dans le lit de ces courans lorsqu'ils entraînent beaucoup d'herbes , de vase ou de sable. Ces immondices combleraient bientôt les pêcheries qu'on y aurait établies, et formant une digue qui arrêterait le cours de l'eau , il n'y aurait point de pieux ni de filets qui pussent y résister. On a vu que , pour remédier à cet inconvénient, les uns calent leurs filets au-dessous de la surface de l'eau, afin que les corps légers passent par-dessus, et que les autres tiennent le pied de leurs filets écartés du fond pour donner un libre passage au sable et au galet; ou bien , n'arrêtant point le pied du filet, il a la liberté de s'élever quand le courant est rapide. En général , dans les grands courans , on doit tenir les mailles fort larges, afin que l'eau fasse moins d'impression sur le filet.

Pour éviter les inconvéniens qui résultent de la force du courant et àzs récrémens , il y a des pêcheurs qui ne placent point leurs pêcheries dans le fil de l'eau, mais à côté des embouchures des rivières, dans les endroits où, l'eau se répandant sur un grand espace , le courant est moins rapide 5 et cependant le poisson tombe dans les filets , parce qu'il se plaît dans les endroits où la force du cour.mt diminue.

Les pêcheries et parcs qui sont près de terre et au voisinage de l'ouverture des grandes vallées ou des rivières , fournissent, pendant l'été , de petits poissons et des vers pour les pêcheurs-cordiers. Au contraire , les pêcheries qui sont placées plus devers l'eau sont les meilleures pendant l'hiver , surtout dans les saisons du hareng, du maquereau, du merlan et des autres poissons de passage.

Quand il s'agit de grands parcs , on ne i^eut y prendre les poissons qui longent la côte, à moins de les tendre à la suite les uns des autres, l'un portant à terre , et les autres s'étendant toujours vers

PAR

la mer ; ou bien il faut placer le premier sur la laisse de basse mer des marées communes, et étendre la chasse jusqu'à la terre : car , de quelque côté que vienne le poisson , sitôt qu'il est arrêté par la chasse, il s'emmaille si le filet est un manet, ou bien il le côtoie et rentre dans le parc.

Un parc seul , qui a une grande chasse , laquelle s'étend jusqu'à la laisse de haute mer, fournit toujours plus (fue chacun des parcs que l'on place l'un derrière l'autre. Entre ceux qui sont situés sur une même ligne , celui qui est vers l'eau produit le plus, parce que le poisson , qui est barré et effarouché par les parcs , ne se porte pas si volontiers à la côte, et il s'entonne dans les premiers parcs les plus près de la mer.

^2. — Accidens que les pêcheurs-parquiers ont à

redouter.

Nous avons dit que les ouragans et les forts coups de vent rompent souvent les perches et déchirent les filets ; c'est pourquoi, bien que les grandes viveseaux et les motures rendent la pêche plus abondante , les bons pêcheurs ne tendent point, notamment les parcs qui sont vers l'eau , quand on est menacé de gros temps. II5 redoutent sur - tout la saison de la pêche du maquereau , parce qu'alors il survient des coups de vent impétueux, qui , s'ils ne rompent pas les filets, troublent les fonds et remplissent les pêcheries d'immondices.

Nous avons dit plus d'une fois le tort que les poissons voraces faisaient aux pêchfîurs 5 mais les cormorans et d'autres oiseaux- pêcheurs se jettent assez souvent en grand nombre dans les parcs , où ils savent qu'ils trouveront du poisson en abondance. On essaie de les éloigner, en tendant des épouvantails au haut des perches de la chasse et du corps du parc ; et pour que les poissons voraces fassent moins de tort , on va pêcher le poisson dans les parcs avant que la mer soit entièrement retirée j on prend des bottes et des sabots , qui valent mieux que des souliers pour aller dans l'eau.

§ 3. — Des différens ustensiles dont les pêcheurs à la basse eau et aux parcs doivent se pourvoir.

Il suit des détails où nous sommes entré , que les pêcheurs à la basse eau et les parquiers doivent avoir des filets de bien des sortes , non-seulement eu égard à leur longueur et à leur chute , mais encore par l'ouverture des mailles , comme du calibre des seines, ou des manets, ou des folles, ou des tramaux.

Les pêcheurs aisés tannent leurs filets pour eu prolonger la durée, et les filets qui n'ont pas hvsoin de souplesse sont encore préparés au goudron et à l'huile ; ce qui exige des établissemens coûteux.

Outre les grands filets , les manches et les verveux, il faut que les pêcheurs-parquiers soient pourvus de trubles, de havenets , de petites bottes, etc., pour pêcher dans l'intérieur des parcs qui ne dessèchent pas.

A mesure qu'on pêche, on a assez l'usage de mettre le poisson dans des glines ou paniers couverts de différentes grandeurs , dont les plus grands se nomment carcasses en quelques endroits.

Page 1