II. KÉSERVOIBS POUR LES POISSONS d'eAU DOUCE
Les poissons d'eau douce ont communément la vie plus dure que ceux de mer; d'ailleurs, comme les poissons de rivière et d'étang sont abondans dans l'intérieur des terres, où l'on ne peut pas avoir la marée fraîche, chacun est engagé à établir chez lui des réservoirs où l'on en trouve dans le besoin. Ces raisons font que les réservoirs pour les poissons d'eau douce sont plus communs que ceux qui sont
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destinés à la conservation des poissons de la mer, qui ne peuvent être établis qu'à portée de l'eau salée, où l'on ne peut les conserver que peu de temps, à cause de la délicatesse de ces poissons.
§ i^"". — Des petits réservoirs.
Les historiens disent que LucuUus avait poussé la magnificence jusqu'à faire nourrir des poissons dans des vases de verre, qu'on suspendait dans les salles à manger, comme nous faisons des cages où sont de petits oiseaux, pour cjue les convives, étant à table , eussent la satisfaction de voir en vie les mômes poissons qu'ils mangeaient avec délices. On a aussi vu une espèce de poisson qui subsiste longtemps dans des bouteilles de verre pleines d'eau, et quelques-unes de ces bouteilles ont en dedans un olobe de verre avec une ouverture par-dessous, où l'eau de la bouteille ne peut entrer; en ajustant ces bouteilles sur une cage où il y a de petits oiseaux , comme des serins, ils entrent dans ce globe intérieur, où l'on met de petits bâtons pour les percher, et on croit les voir dans l'eau pêle-mêle avec les poissons.
Tout le monde connaît ces petits poissons dorés de la Chine, qu'on nourrit dans des vases de cristal.
§ 2. — Des huches ou petits réservoirs.
Les bateaux, PL 20, iV». VI , fig. 2, qu'on nomme bascules , et qui servent pour apporter de grandes provisions de poissons aux endroits où l'on en consomme beaucoup , peuvent être regardés comme des réservoirs, puisqu'ils restent long-temps sur les ports en attendant les acquéreurs ; et c'est pour cette raison qu'on les nomme quelquefois boutiques à poisson.
Mais les plus simples de tous ces réservoirs sont ceux que chacun peut avoir à portée de sa demeure, lorsqu'il y a une rivière, une source, ou même une mare où il y a une profondeur d'eau claire assez considérable. Ces réservoirs ne sont autre chose qu'une grande caisse, faite de planches de chêne, clouées aux angles sur des chevrons de 3 ou 4 pouces d'équarrissage, précisément comme une grande caisse d'oranger, excepté que ces caisses doivent avoir un fond de bonnes planches, sans quoi les carpes , les tanches, etc., sa fraieraient bientôt un chemin par-dessous ; on doit aussi les couvrir avec une trappe fermant à clef, pour tenir le poisson à l'abri des voleurs et des loutres, qui ne tarderaient pas à y faire un grand dégât. Ces caisses sont percées de plusieurs trous, pour que l'eau y entre et en sorte aisément. Elles doivent être enfoncées dans l'eau de presque toute leur hauteur, et être assujetties par de forts pieux qui entrent dans le terrain , ou par les chevrons des angles, qu'on fait excéder le fond de 2 pieds et qui se terminent en pointe. On y pêche le poisson avec une truble ; et comme ces réservoirs sont établis à. /^ axiS pieds du terrain, on y arrive au moyen d'une planche qu'on jette du rivaee sur la caisse.
Les meuniers, qui ont ordinairement la pèche aux environs de leurs moulins, ont de ces réservoirs, qu'ils nomment huches, dans lesquelles ils mettent
les poissons qu'ils ont pris durant la semaine, pour les vendre lorsque l'occasion se présente. II en esl de même dans les villes de province pour des marchands et des aubergistes qui achètent le poisson des pêcheurs pour le revendre en détail.
II y a encore des huches d'une construction plus recherchée, PI. 2t, iV". I , fig. \ et 2, au moyen desquelles on a la facilité de choisir le poisson à la main comme s'il était sur une table de cuisine. Pour cela, la caisse ah , Jîg. i , dont nous venons de parler, a un double fond mobile c, et percé de trous} au milieu de ce fond mobile est attaché un montant d, comme la queue d'une bonde qui traverse un chapeau de charpente e. Au moyen de cette queue , quand on a ouvert les trappes f, qui ferment la huche, on élève le fond mobile jusqu'à la surface de l'eau 5 et comme le poisson est dessus , on peut choisir et prendre à la main celui qu'on désire \ ensuite on laisse descendre ce second fond^ et le poisson qu'on n'a pas pris rentre dans l'eau sans avoir été fatigué : ce qui est inévitable quand on pêche avec une truble celui dont on a besoin. Ces huches sont fort commodes; mais elles coûtent plus que les autres.
6 3. — Réservoirs en maçonnerie.
11 y en a qui, ayant un étang à portée de leur maison, y font au bord, dans un endroit où l'eau est profonde, un retranchement avec des cannes ou en clayonnage, dans lequel ils déposent le beau poisson qu'ils ont pris , soit dans l'étang, soit ailleurs 5 et comme on le nourrit en cet endroit, le poisson de l'étang s'y rendra de lui-même, si à l'enceinte de ce petit parc on fait des ouvertures qui soient comme le goulet d'une nasse 5 mais l'étang en est d'autant plus appauvri.
Quand on est dans le cas de profiter de la décliarge d'un étang ou des fossés qui entourent un château , et qu'il y a une chute d'eau un peu considérable, on peut faire de grands réservoirs, et en mettant une petite pelle, PL 7.1.^ Jig. 3, à la tête, et une autre au bout opposé, on peut, en ouvrant celle-ci, vider le réservoir en un instant, quand on veut le nettoyer ou prendre du poisson, et le remplir de même dans le moment, en fermant la pelle de décharge, et ouvrant celle de la tête, qui communique avec l'étang ou les fossés du château. On fait de ces réservoirs en maçonnerie, oîi il y a un compartiment séparé pour les brochets, avec encore un petit pour les anguilles ainsi que pour les écrevisses , la grande partie étant pour les carpes, les tanches, les vandoises, etc. Quand ces réservoirs sont remplis d'eau vive, les poissons qui auraient été pris dans la vase s'y dégorgent, et en peu de temps ils deviennent très-bons.
Il ne faut pas espérer que les poissons augmentent dans ces réservoirs, ils y subsistent seulement; et pour qu'ils ne maigrissent point, il faut les nourrir, les carpes et les tanches avec de gros pain bis, ou avec du grain qu'on a fait cuire dans de l'eau et qu'on a pétri avec de la terre grasse. On remplit un panier ou un baril défoncé avec cette terre, et les carpes sucent la terre et le grain 5 de grosses fcves â demi cuites sont aussi fort bonnes à
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cet usage. On leur donne encore des fruits qui se gâtent, hachés menu. \^qs brochets se nourrissent avec de la blanchaille qu'on prend en péchant, des grenouilles qu'on leur jette après les avoir déchirées, des têtards, qu'on peut prendre en grande quantité au bord de l'eau avec une truble, des cœurs de bœuf, etc. Les écrevisses se nourrissent avec des tripailles de la cuisine. Il est sur-tout important de nourrir les poissons dans le temps du frai; mais on peut s'en dispenser l'hiver.
§ 4- — Des viviers.
Les viviers sowX. ordinairement de larges fosses, qui ont 20 ou 25 toises de longueur, plus ou moins, suivant la situation ofi l'on se trouve. Il ne faut pas se proposer d'y mettre du poisson pour peupler ou pour y grossir; c'est un grand réservoir où l'on en dépose quand il est parvenu à sa grosseur, et dans lequel on pêche journellement pour la provision de la maison seulement. Les viviers ayant plus d'étendue que les réservoirs, le poisson s'y porte mieux, sur-tout quand ils sont entretenus par une source ou au moins un courant d'eau; et il est bon, tant pour y pécher que pour le nettoyer, qu'on puisse le vider en ouvrant une petite A'anne. Quand l'eau du vivier ne se renouvelle pas, la carpe et la tanche y prennent un goût de vase ; en ce cas, il faut, avant de les employer à la cuisine, les faire dégorger dans une eau vive.
Si l'on mettait quelques carpes dans des fosses qui se trouvent au milieu des pâtures , il est d'expérirnce qu'elles y grossiraient promptement ; mais ce moyen n'est guère praticable , parce qu'elles y seraient exposées à être volées. Il ne faut pas mettre dans un vivier trop de carpes, proportionnellement à sa grandeur; elles y niaigriraienl , à moins qu'on n^eût soin de les nourrir, ce qui exigerait une dépense d'autant plus considérable que le vivier serait plus rempli de poisson. La perche, la tanche, le gardon, y pros[)éreront mieux que la carpe, et le brochet y grossira beaucoup tant qu'il y aura du poisson dans le vivier; mais ce sera aux dépens des autres poissons. Si c'étaient de petits brochets , ils ne pourraient manger que les petits poissons ; mais les brochets-carreaux détruiraient tout.
Quand on f.iit des viviers avec les fossés même qui sont autour des châteaux, il faut leur donner une grande profondeur d'eau ; sans quoi, les fortes gelées d'hiver feraient périr le poisson.
Kéglemens.
Les agens forestiers et les gardes ont le droit de visiter les réservoirs établis sur les rivières , pour connaître si les pêcheurs ne sont pas en contravention à l'ordonnance sur la dimension que doivent avoir les poissons. (Ord. de 1669, ti£- XXXI,
Le vol de poissons dans les viviers et réservoirs est puni de la peine de la réclusion. {Code pénal, art. 388.) V. Etang, Vivier et Valeurs de poissons.
KESSAUT ou RiSSAUT. En Provence, on donne ce nom au filet appelé ailleurs épervier.
PiESLUE, ROQUE ou RAVE. Les pêcheurs donnent ces noms à une espèce de caviar, c'est-à-