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SARDINES

On prend des sardines dans la Méditerranée et dans l'Océan, en Italie, dans le pays vénitien, à Raguse, même dans !'£[ ire : on en fait de grandes pêches en Espagne, en Portugal; et pour ce qui concerne la France, en Languedoc, en Provence, dans la Guienne, l'Aunis, le Poitou, et principalement en Bretagne.

On ne tait point de pêche expresse de ce poisson sur les côtes de Flandre , de Picardie et de Normandie.

On en prend dans le nord de l'Europe, en Islande, et dans les parties les plus reculées de la Norwege, où les habitans les font sécher. Ce poisson se retrouve aussi en Asie, et Kœmpfer dit qu'il y en a beaucoup au Japon.

A l'égard de l'Afrique, Lopez dit qu'il y en a une telle cjuantité à Loango, que pendant l'hiver elles sautent sur le rivage, et que les nègres en font une partie de leur nourriture, en les faisant bouillir avec des herbes et du poivre. Suivant Marc-Paul, il y ,1 des cantons en Arabie où les habitans font une sorte de farine avec des sardines sèches qu'ils pilent , et dont ils forment des gâteaux qu'ils font sécher au soleil. Enfin il y en a au Brésil, à Constantinopie et en beaucoup d'autres endroits.

Quoique les sardines soient des poissons de saison, c|ui, généralement parlant, précèdent les harengs, elles paraissent plutôt à certaines côtes qu'à d'autres; et elles se plaisent particulièrement sur certains fonds, où elles se rassemblent en grand nombre, et y séjournent plus long-temps qu'ailleurs. Tout est pris généralement; car des bancs de sardines comme ceux de harengs se portent quelquefois très-abondamment d'un côté et ensuite d'un a>itre, et quelques années plus tôt, d'autres plus tard.

11 paraît qu'elles s'établissent volontiers aux endroits où il y a des herbiers, que les Bretons nomment jaudre. C'est pour les eu tirer cpie les pêcheurs bretons leur présentent un appât qu'ils appellent ré sure , au moyen duquel on ne bouleverse point le fond comme les filets traînans qu'on emploie eu quelques endroits, qui font, pour cette raison, un tort considérable à la multiplication de beaucoup

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d'espèces de poissons , notainnicnt des sardines. Ncannioins , lous les pécheurs ne conviennent pas que les sarJiiics s'établissent sur les fonds; plusieurs pensent , et ce n'est pas sans fondement , ([u'ellts se tiennent souvent entre deux eaux comme les harengs, pour éviter les poursuites de quantité do poissons qui s'en nourrissent. Étant provenus qu'il y a beaucoup d'incertitude sur la marche des sardines, on peut dire que communément on en prend I^eu dans la Manche, depuis la Bretagne exclusivement jusqu'en Flandre : néanmoins on en a vu , mais rarement, dos bancs considérables vers l'embouchure de la Seine. Cependant il y en a sûrement quclques-une<; ilans la Manche , car on trouve sur les côtes de Caux quelques sardines confondues dans les manets avec les harengs et les célans.

On en fait des pèches considérables en Bretagne (i), et on en prend sur presque toutes les côtes d'Angleterre. Les Portugais en prennent beaucoup à la cote des Algarvts , et les Espagnols à Cadix j mais leur pêche la plus considérable est au royaume de Grenade. Enfin ce poisson est trèsabondant dans la plupart des ports de la Méditerranée et dans ceux d'Italie.

Art. II. — DE LA PKCHE DES SARDINES DANS

l'océan-

On prend quelquefois des sardines avec d'autres poissons dans les étentes à la basse eau, dans quelques parcs et dans des filets à manche ] mais il s'agit ici des pèches qu'on fait expressément pour ce poisson.

§ i^"". — Des JiLets qu'on y emploie.

On se sert, dans certaines provinces, de seines, qu'on tire à terre pour prendre le poisson , ou qu'on relève à la mer dans les bateaux qui ont servi à les traîner.

Il s'est aussi introduit l'usage de pêcher les sardines avec des drèges, dragues et autres filets traînans; mais par l'ordonnance de la marine, de 1681, tit. III, art. 16 , il est défendu de le faire à une dis-

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(i) On lit dans le Bretox , journal de Nantes (mois de janvier 1827) , l'article suivant sur la poche de la sardine en 182G : « La pèche de la sardine, qui est une des précieuses branches d industrie de notre département , a introduit cette année, à Nantes , 30,196,000 de sardines en vert, depuis le mois de mai dernier jusqu'au mois de novembre suivant , sur 702 barques , formant ensemble 3, 58o tonneaux , et présentant un équipage de 2,982 hommes.

» On sait combien la Tente en détail de ce poisson , que l'on transporte journellement dans les rues, répand d'argent parmi le peuple.

» La seule ville de Port-Louis fait , dit-on , annuellement 4,000 barriques de sardines ; Belle-Ile, 1,200, et ainsi des autres ports.

n On évalue à 2,000,000 fr. de béncGce annuel la pèche qu'on fait sur les parages seuls de la Bretagne; on en prend quelquefois d'un seul coup de CJet de quoi remplir 4o tonneaux.

n Le mode de la pêche pour les sardines est le même que pour les harengs, seulement on emploie des filets à mailles plus étroites.

» >os pêcheurs ont trouvé le moyen de retenir les sardines pendant long-temps en répandant dans la mer, comme amorce, l'espèce de caviar qu'on prépare dans le Nord avec des œufs de morue et autres poissons , et qu'on appelle rogue. n

tance moindre de 4 lieues des côtes, parce que ces filets bouleversent les fonds et sont très-destructifs.

La pèche des sardines , qui est autorisée par les réglcmens, est relie qui se lait avec des filets flottans et ordinairement dérivons. les Bretons, qui font principalement cette pêche dans l'Océan, attirent les sardines dans leurs filets avec un nppàt iju'on nomme rave , roguc ou résure; ce qui leur occasionne une dépense assez, considérable , que ne font point les pêcheurs d'autres provinces, qui pèchent les sardines précisément comme ceux du canal pèchent les harengs, avec des manets qu'ils présentent en dérivant au passage des sardines, qui se maillent ou se broquent par les ouïes.

La pêcl'.e des sardines est encore plus incertaine que celle des harengs : il y a des années oi'i l'on en prend une immense quantité, et d'autres où l'on n'en prend presque point. Dans ce dernier cas , la perte des [,êcheurs est considérable, et sur-tout celle des Bretons , qui emploient une quantité de résure d'autant plus grande que la pêche est plus stérile.

§ 2. — Des appâts employés en Bretagne pour al~ tirer les sardines , et qu'on appelle rave, rogue, résure, gueldre, chevrons ow maniguette.

La résure, ro^ue, rave, rabe, rêve, rebe ou graine, car tous ces termes sont synonymes, n'est autre chose que des œufs de morue qu'on sale dans des barils. Il est étonnant que les pêcheurs français, à l'exception des Bretons et des Olonnois, qui Vont usage de cet appât, jettent les œufs de morue à la mer au lieu de les saler, puisqu'une barrique de résure du poids de 3 quintaux se vend en France jusqu'à 40 francs et plus. Les pêcheurs hollandais et ceux du Nord, qui sont plus attentifs à tirer parti de tout, mêlent souvent dans un même baril des œufs de diverses sortes de poissons. D'autres pêcheurs en font avec du frai ou de petits poissons qui viennent d'éclore , ce qui fait un mauvais appât et occasionne une grande destruction de poissons. Cette résure est particulièrement défendue par les réglemens.

On emploie en Provence une résure dans laquelle il entre de la noix de galle et du musc, et peut-être aussi de la noix vomique. Cette composition, qui attire, enivre et tue souvent le poisson, est expressément défendue par les lois.

On tire une grande quantité de résure du Nord. Celle qui vient de la Norwege, du Danemarck et de la mer Baltique, est en barils de sapin, qui pèsent 25o livres ; celle qui est apportée de Berghen vient dans des barils de i5o livres, et celle de Drontheini dans des barils de 200 livres. La résure que les Hollandais apportent des mers d'Allemagne etduDnggers-Banck est dans des barils de chêne qui pèsent jusqu'cà 3oo livres. Les Basques fournissent de la résure aux Espagnols, qui l'estiment plus que celle du Nord.

Comme la pèche du maquereau est très-abondante à l'Ile-du-Bas , les pêcheurs en salent les œufs pour en faire de la résure , qui est très-estimée ; mais quelquefois, après avoir fait cuire les maquereaux , ils en écharpent la chair, qu'ils mêlent

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avec les œufs pour avoir plus de résure, lorsqu'ils i)révoient qu'elle se vendra avantageusement. La résure des œufs de maquereau, étant plus légère que celle de la morue, se précipite plus lentement au fond de l'eau; ce qui est avantageux dans certaines circonstances.

On fait une autre sorte d'appât pour les sardines, qu'on nomme maniguette , et qui se prépare avec de très-petits crabes et de petites chevrettes , qu'on appelle sauterelles et chevrons en Bretagne. Il en reste ordinairement à la basse mer et dans les petites marées une si grande quantité , que les femmes, avec des sainettes très-serrées, même des sacs de serpillière, en prennent dans des flaques d'eau et en salent de pleins barils, qu'elles vendent aux pêcheurs de sardines. Si elles ne prenaient que des sauterelles et de petits crabes , il n'y aurait pas grand mal; mais comme elles prennent en même temps beaucoup de petits poissons et de frai , cette pêche est destructive, sur-tout quand ces femmes font l'espèce de gueldre qu'elles nomment menu , et qui se compose uniquement de petits poissons et de frai. Elles les pilent et salent dans des barils, et il y a des ports où l'on en prépare jusqu'à 4oo barils.

Les ordonnances des 23 avril 1726 et 16 août 1727 ont désigné l'espèce de résure, rave ou roque que l'on peut employer pour attirer les sardines; elles ont établi un juré qui doit visiter les résures, pour décider si elles sont de bonne qualité; et elles ont interdit l'usage de celles qui sont faites avec les petites sauterelles de mer , connues sous les noms de guildre , chevrons ou maniguette } et cela pour la conservation du frai de poisson , que les pêcheurs ne manquent jamais de prendre pêle-mêle avec les sauterelles.

Duhamel insiste beaucoup sur la nécessité de faire exécuter ces ordonnances, qui étaient tellement négligées de son temps, que la pêche abusi^'e, qu'elles avaient eu pour objet de réprimer, s'y faisait ouvertement. Il en est de même aujourd'hui pour cette pêche et pour celles qui sont défendues par lesréglemens : j'ai tout récemment vu employer à Dieppe le chalut pour la pêche des poissons plats. Les pêcheurs conviennent eux-mêmes que c'en est fait de la pêche dans ce port, si on ne remet en vigueur les lois qui prohibent l'emploi de ces filets, qui ratissent et bouleversent les fonds.

§ 3, — Des barques et chaloupes qui servent en Ponentpour la pèche des sardines.

Les pêcheurs de sardines sur toute la côte du sud de Bretagne, à Belle-Ile, au Port-Louis, Groays, ainsi que ceux de la côte de Poitou, Saint onge, Guienne, se servent de bateaux qui sont à-peu-près de même construction et qui ressemblent assez aux biscayennes. Ils sont, pour la plupart, du port de 8 à 10 barriques, et ont quilles, mâts, voiles et gouvernails. Lies plus petits portent 3 tonneaux et n'ont qu'un mât ; les plus grands peuvent porter 6 à 8 tonneaux. Ces bateaux marchent très-bien, portent bien la voile et se gouvernent on ne peut mieux. Il y a une autre espèce de bâtiraens qu'on nomme chasse-mare'es. Ces bâtimens , qui ressem-

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blent aux bateaux dont nous venons de parler, ne sont jamais mieux manœuvres que par les pêcheurs de sardines. Ils sont principalement employés à transporter les sardines à Nantes, à la Rochelle, à Bordeaux, pour les vendre, après (qu'elles ont été saupoudrées de sel ou braillées comme les harengs. Les sardiniers vont souvent à la rame ; mais les cliasse-marées, qui sont plus grands, ont ordinairement deux mâts.

Les bateaux pêcheurs sont munis de trois ou quatre sortes de manets dont les mailles sont de différentes ouvertures, et cju'on emploie suivant la grosseur des sardines, c|ui change beaucoup pendant la saison de la pêche. L'ordonnance de i68i permet de se servir de filets qui ont 4 lignes d'ouverture ; cependant les mailles les plus serrées des filets des pêcheurs bretons ont plus de 5 lignes. Les pièces ont à-peu-près 22 brasses- de longueur sur 3 et demie et jusqu'à 5 de chute ; elles sont flottées par la tête et un peu lestées par le pied , parce cju'elles sont faites d'un filet très-délié. Les propriétaires des bateaux les fournissent tout gréés et approvisionnés de résure.

§ 4* ""• -^^ l' équipage des bateaux sardiniers.

Il y a ordinairement, le long des côtes de Bretagne, mille ou douze cents chaloupes qui sont tous les ans occupées, pendant la saison des sardines , à en faire la pêche; et dans cette saison, savoir, depuis le mois de juin jusqu'en octobre, quantité d'ouvriers, même des laboureurs, quittent leur profession ordinaire pour aller à la pêche ; de sorte que cjuelquefois il n'y a que le maître et le second qui soient matelots. Les bateaux pêcheurs sont ordinairement équipés de quatre matelots, y compris le maître, qu'on nomme patron ^ le second, qu'on appelle brigadier, et deux matelots; quelquefois, au lieu d'un de ces matelots, on embarque deux novices. Le maître et le brigadier doivent avoir de l'expérience et être de bons marins ; les autres sont pour la force et ne servent qu'à ramer.

§ 5. — Des filets pour la pêche de la sardine en Bretagne.

Les filets pour cette pêche se font avec de beau fil de chanvre. Quoiqu'il soit retors, il n'est pas gros, parce qu'il est fait de beaux brins bien filés. On ne le lessive point ; au contraire , les pêcheurs de sardines tannent leurs filets et même leurs voiles.

L'espèce de filet dont on fait le plus d'usage pour la pêche des sardines est, comme nous l'avons dit, celui qu'on appelle communément TVfawe/ (voy. ce mot ). Ces filets sont une simple nappe ; mais il faut que l'ouverture des mailles soit proportionnée à la grosseur des poissons que l'on se propose de prendre ; car les manets diffèrent des seines en ce qu'avec les seines on rassemble tout le poisson qui se présente à son passage, et qu'en en pliant le filet en deux on le retient, et on le prend en tirant le filet ou sur le rivage, ou au bord des bateaux ; au lieu qu'avec les manets, il faut que le poisson se maille et se broque par les ouïes. Si les mailles sont trop larges, le poisson passe au travers ; si elles sont as-

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sez étroites pour que le poisson n'y puisse pas introduire la tète, il s'en va et n'est pas pris. 11 faut donc que l'ouverture de la maille soit tellement proportionnée à la grosseur du poisson, qu'il puisse introduire la tète, et que le corps, qui est plus gros, ne puisse la traverser : alors il est pris, non-seulement parce que le poisson, de sa nature, ne peut reculer, mais encore parce que, s'il parvenait à reculer, il serait pris par les ouïes. Ceci bien entendu , comme il y a, ainsi que nous l'avons dit, des sardines de grosseurs fort diflérentes, il faut que les pêcheurs aient des nianels dont les mailles soient de différentes ouvertures , pour employer les uns ou les autres suivant la grosseur des poissons qu'ils rencontrent. Oi-dinairement , à la fin de la saison de la pèche des sardines, on emploie des manets qui ont les mailles plus ouvertes qu'au commencement.

Voici l'ouverture des mailles des manets dont on fait usage à Belle-Ile, et que les pêcheurs nomment tout simplement^/e/s d sardines , mais qu'ils distinguent par des numéros relatifs à l'ouverture des mailles, qui varient depuis 5 jusqu'à 12 lignes d'ouverture en carré. Ainsi les filets du premier moule ont les mailles de 5 lignes, ceux du second moule de 7, du troisième de 8, du quatrième de 10 , et du cinquième de 12. Si l'on en a de plus petits moules, on les nomme carabins; s'ils sont de plus grands moules, on les appelle /oZ/e^^. On est rarement dans le cas d'en faire usage , à moins qu'on ne se trouve dans un banc de célans ou célerins, etc., qui ne sont point véritablement des sardines. Un bateau complètement muni de tout ce qui lui est nécessaire pour la pèche des sardines doit avoir des filets de tous ces moules, pour choisir ceux dont l'ouverture des mailles peut convenir à la grosseur des poissons qu'il rencontre; car, quoiqu'on puisse dire en général que les plus petites se prennent au commencement de la saison, vers les Sables-d'Olonne ou à Royan , de même que les plus grosses à la fin de la saison , depuis Concarneau jusqu'à Brest , néanmoins on tombe quelquefois dans des bancs dont les poissons sont plus gros ou plus petits qu'on ne s'y attendait, et en ce cas il faut changer de filets.

Les mailles des tessures ou filets à sardines sont bien plus grandes que celles qui sont permises par l'ordonnance, puisque, quoiqu'il soit permis d'en avoir de 4 lignes en carré et de s'en servir en toute saison, il est rare qu'on se serve de celles de 5 lignes , le poisson étant presque toujours trop gros pour s'y mailler. Si les mailles n'avaient que 4 li" gnes, on ne prendrait que du meslis, du nonnat ou de la gueldre j et si elles étaient trop grandes, il ne s'y maillerait que des harengs ou des maquereaux.

ce Nous avons déjà prévenu, observe Duhamel, qu'on pense ordinairement que les sardines pêchées au commencement de la saison sont fort petites, qu'elles grossissent peu à peu , et que celles qu'on prend quand elles commencent à disparaître sont les plus grosses j ce qui engage à croire qu'elles grossissent dans leur route. Ce sentiment n'est pas dénué de vraisemblance : néanmoins, outre les exceptions qu'il convient de faire à cette règle générale, on piétend avoir remarqué que les sardines

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augmentent toujours de grandeur depuis la Bretagne jusqu'en Es])agne,et qu'ensuite, vers les côtes de Languedoc et de Provence , elles sont plus petites que les moins grosses des côtes du Ponent. Il ne serait pas naturel de croire que les sardines d'Espagne et de France diminuassent de grosseur en passant dans la Méditerranée ; on n'oserait pas dire que ce sont les jeunes sardines qui passeraient dans la Méditerranée. Ces réflexions ont enaaoé nlu- Sieurs personnes a penser que les sardines passent de la Méditerranée dans l'Océan , où elles acquièrent de la grosseur. Toutes ces remarques confirment ce que j'ai dit plus haut; savoir, qu'on n'a rien de certain sur la route que suivent les sardines, n

A cet égard , nous rappellerons ce qui a été dit au commencement de cet article ; savoir , que les sardines s'élèvent du fond de la nier à l'époque du frai, et qu'il est probable c[u'elles arrivent vers les rivages dans l'ordre de leur âge.

Les filets que les pêcheurs de Marennes et de Brouage tendent pour former leurs courtines , leurs venèts et tournées ont leurs mailles, lorsqu'il est question de prendre des sardines, de 7 à 8 ligues d'ouverture en carré , et ils n'en prennent que de grosses.

Chaque filet a ordinairement i5 brasses de longueur sur 2 et demie de chute ; ils sont bordés haut et bas par des ficelles ou ralingues assez menues, qui ont environ 9 lignes de circonférence. Ces nappes de filets, quand elles ne sont point montées sur leurs ralingues, ont 96 à 100 pieds de long sur 20 pieds de hauteur, et elles sont réduites à 70 ou 75 pieds quand elles sont montées sur leurs ralingues. Ainsi on veut que le filet ne soit point tendu sur sa ralingue, comme nous l'avons remarqué en parlant des manets pour la pèche du hareng. La ralingue de la tête du filet est garnie de flottes de liège qui sont à environ 3 pieds de distance les unes des autres ; on met à de pareilles distances, sur la corde du pied du filet, des bagues de plomb qui pèsent à-peu-près 2 ou 3 onces.

La corde du pied du filet n'est pas toujours garnie de lest de plomb : c'est ce qu'on fait assez souvent pour les manets qu'on emploie pour la pêche du hareng ; mais comme les filets pour les sardines sont plus fins que ceux qu'on emploie pour le hareng, ils pourraient bien ne pas prendre dans l'eau une direction verticale ; c'est pourquoi les pêcheurs de Camaret mettent aux pieds et aux angles de leurs filets descâblières , qui font caler le filet, et néanmoins lui permettent un certain balancement que les pêcheurs trouvent avantageux pour faire mailler les sardines. On pêche aussi des sardines avec des seines; et nous ferons remarquer que dans les endroits où les sardines se tiennent entre deux eaux, on ajuste à la tête du filet des bandingues , au bout desquelles il y a de grosses flottes de liège qui tiennent lieu de barils, dont on se sert pour la pêche du hareng.

§ 6. — Ues saisons où commence la pêche de la sardine en Bretagne.

Depuis le Croisic jusque et compris Concarneau, on commence cette pèche à-peu-près à la fin de

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juin et elle finit en août : ce poisson, au commencement de la saison, est si tendre, cju'on ne le peut saler qu'en petits barils et en saumure. Mais à Audierne , à Camaret, à Douarnenez , à Belle-Ile, au Croisic, elle commence en juillet et août ; le poisson est alors plus fort, et on peut le saler en grands barils pressés. Cependant on assure que dans la baie de Camaret, où la mer est tranquille , le fort de la pêche est en novembre jusqu'à la mi-décembre; qu'alors elles sont fort grosses et très-grasses , et que passé la baie de Brest et l'anse de Bertheaume, on n'en prend plus sur les côtes de France que par hasard : c'est communément en ces endroits que se termine la pêche des sardines. On ne sera pas surpris de ces incertitudes , quand on fera attention aux variétés qui arrivent dans la marche de ces poissons.

§ 7. — Manière de pêcher les sardines sur les côtes de Bretagne.

Les bateaux de pêche étant gréés, pourvus de rames, de résure , de filets et de quatre ou cinq hommes , les pêcheurs partent de grand matin , lorsque le temps le permet, pour se rendre, à l'aube du jour, ^ l'endroit où ils présument trouver du poisson. Quelquefois ce sera près de terre , d'autres fois jusqu'à 2 ou 3 lieues au large ; et souvent dans ces parages ils s'établissent entre Belle-Ile et les terres de Quiberon, jusqu'à l'embouchure de la rivière de Saint-Cado, où les fonds n'ont que 8 à 12 brasses d'eau au plus. On remarque en général que l«s sardines se plaisent dans le remous de courans, à des endroits où l'eau paraît peu agitée, ce que les pêcheurs appellent des limes ^ cependant il arrive quelquefois qu'il n'y a pas plus de poisson dans ces endroits qu'ailleurs : en ce cas, ils essaient de croiser la marée. Autrefois les pêcheurs de Camaret prétendaient qu'il ne fallait mettre les filets à la mer que de basse eau, ou lorsque la mer ét;iit dans son plein et étale , jamais à rai -marée 5 mais on a reconnu que c'était une erreur, et on jette les filets indistinctement à toutes les heures du jour. On verra dans la suite que quand on ne fait pas usage de la résure , on jette les filets à l'eau la nuit, et que dans des circonstances on fait caler les filets à différentes profondeurs dans l'eau , au moyen de bandingues à-peu-près semblables à celles qu'on emploie pour la pêche du hareng ; mais il ne s'agit ici que de ce qui se pratique sur la côte de Bretagne.

Lorsqu'un bateau est rendu au lieu où il veut pêcher, il amène ses voiles et quelquefois les mâts; deux ou quatre matelots se mettent en rames , moins pour faire avancer le bateau que pour tenir le bout au vent; on ôte le gouvernail, et le maître ou un matelot met le filet à l'eau par l'arrière , et l'attache au bateau par le bout de la ralingue, qui porte les lièges. Pendant ce temps , l'équipage rame pour que le filet s'étende bien dans l'eau. Cette pièce de filet, qui aj si l'on veut, i5 brasses de longueur, s'étend dans la même direction que le bateau, et les bagues de plomb ou les càblières qu'on a amarrées aux angles de la ralingue du pied du filet lui font prendre dans l'eau uae situcvtion verticale.

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Lorsque la pièce de filet est ainsi mise à l'eau , en rame mollement, seulement ce qu'il faut pour entretenir le bateau dans l'air du vent : on le laisse dériver au gré de la marée de conserve avec le filet. Pendant qu« l'équipage est occupé à ces opérations, un mousse délaie dans de l'eau de mer de la résure, de sorte qu'il en forme comme une bouillie claire ; le maître , placé à l'arrière et ayant auprès de lui un seilleau rempli de cette bouillie, en prend dans une gamelle, et avec une cuiller de bois il en jette de temps en temps des deux côtés du filet, le plus loin qu'il peut. Quelques-uns ne se servent point de cuiller; ils la jettent à la main, et suivent la direction que prend le filet. On répand quelquefois la résure par l'avant; mais ce n'est pas Pordinaire : l'attention que doit avoir celui qui jette la résure est de la répandre à bâbord, s'il apercevait le poisson à tribord, et le contraire, afin que le poisson soit déterminé à traverser le filet pour attraper l'appât ; car les sardines apercevant cet appât, dont elles sont avides, s'élèvent près de la surface de l'eau ; elles nagent de côté et d'autre pour en attraper, et elles se maillent. Quand on voit des écailles qui flottent sur l'eau, on juge que les sardines ont donné dans le filet; on en juge aussi quand on voit que les lièges sont agités à la surface de l'eau , ou , encore mieux , quand les filets étant chargés de poissons, les lièges entrent dans l'eau : alors on répand abondamment de la résure , et les pêcheurs qui préfèrent celle de maquereau en jettent, pour les engager encore mieux à donner dans le filet.

Quand le patron soupçonne que son filet est bien chargé de poissons, il le relève ; ou bien, s'il s'aperçoit qu'il y a beaucoup de sardines , il ajoute une seconde pièce de filet qu'il attache à la première , en épissant ou liant ensemble les cordes de liège des deux pièces de filets, et ordinairement il met une bouée à l'extrémité foraine de la première pièce de filet, et il attache au bateau la seconde pièce de filet par la corde des lièges : de sorte que la pièce qu'on a mise à l'eau la première est reculée du bateau de toute la longueur de la seconde pièce. Lorsque le patron trouve que les sardines sont en grande quantité, il met quelquefois juscju'à cinq pièces de filet les unes au bout des autres , en jetant toujours de la résure à mesure qu'il ajoute de nouveaux filets. On conçoit combien il est important que le bateau se tienne toujours debout au vent, pour c|ue les filets soient en ligne droite, et qu'ils ne s'embarrassent point les uns dans les autres • mais par l'addition de ces pièces de filets , on forme une tissure de 70 ou 80 brasses de longueur, cjui se trouve quelquefois garnie de poissons dans toute son étendue, comme l'était la première pièce.

Lorsque le filet est bien garni de sardines, ou lorsqu'on est pressé de gagner la terre pour livrer le poisson , ou encore lorsque quelque gros poisson vorace qui s'est jeté dans les filets les brise ou fait fuir les sardines, enfin quand le jour manque, il faut retirer les filets, et voici comment on fait cette manœuvre.

Quand, pour quelque cause que ce soit, on veut relever les filets , on détache du bateau la pièce de

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filet qu'on a mise la dernière à l'eau , el ou attache une bouée à la ralingue qui porte des lièges ; puis le bateau va à la rame chercher la bouée qu'on a mise au bout de la pièce de filet qu'on a jetée la première à l'eau ou au bout forain de la tissure, car c'est ce bout qu'on tire le premier à bord; et à mesure qu'on y amène le filet, un mousse avec un notice fait sortir le poisson des mailles en secouant le filet, et suivant de même les unes après les autres toutes les pièces , le poisson se trouve rassemblé dans le fond do la chaloupe. Le filet qu'on a mis le derjiier à l'eau étant aussi le dernier qu'on tire à bord , il continue à s'y mailler des poissons pendant qu'on lève les premières pièces, et c'est une raison pour le haler le dernier.

Il y en a qui suivent une autre méthode : ils retirent une couple de pièces de filets du bout forain de la tissure 5 et quand ils en ont secoué le poisson, ils mettent à l'eau ces filets du côté que le bateau était, et ils continuent cette manœuvre jusqu'à ce qu'ils aient chargé leur bateau; ou quand ils ont vendu leur poisson à des chasse-marées, qui les distribuent le long de la côte, ils continuent leur pêche jusqu'à la nuit sans interruption. On a quelquefois vu la pêche donner si abondamment, cju'un bateau , étant revenu chargé de 5o milliers de sardines, a retourné faire une seconde pêche; mais elle n'est pas toujours aussi heureuse. Il arrive que les bateaux sont dehors des journées entières infructueusement, et après avoir consommé beaucoup de résure, ils rentrent sans avoir presque rien pris; et le malheur est encore plus grand qiiand des marsouins ou d'autres gros poissons se sont jetés dans les filets et les ont déchirés.

A Guérande, côte de Belle-Ile, où l'on prend beaucoup de sardines, les pêcheurs se servent de résure pour attirer le poisson, et ils essaient de croiser la marée avec leurs filets; quelquefois une chaloupe prend jusqu'à 2,5 ou 3o milliers de sardines, mais ces cas ne sont pas ordinaires. Les sardines fraîches ou saujioudrées de sel se répandent par les chasse-marées le long des côtes de Bretagne ; et celles qu'on a salées et pressées se transportent en Poitou, Aunis, Saintonge, Gascogne, le long des côtes d'Espagne, à Saint -Sébastien, à Alicanle et dans la Méditerranée, en Provence, en Languedoc, jusqu'au port de Gênes, etc.

§ 8. — Z)e la pêche des sardines à Quimper , Douarnenez , Tréhoul, etc.

On fait de très-grandes pêches de sardines dans les environs de Quimper. La saison de cette pêche varie beaucoup : quelquefois elle commence à la fin de juillet ou avec le mois d'août; d'autres fois les premiers jours de septembre, et elle finit quelquefois au commencement d'octobre ; souvent elle dure jusqu'à la fin de l'année , et vers la fin de la saison on prend des sardines grosses comme de moyens harengs. On dit qu'aux environs de Douarnenez et de Kéboul, où l'on prend des sardines qu'on estime beaucoup, les chaloupes se retirent dans le port de Pouldavi , cjui est fort bon ; mais les marsouins, qui sont abondans dans ces parages, font souvent bien du tort aux pêcheurs.

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