‹ Traité général des eaux et forêts, chasses et pêchesChapitre 26 sur 344 · DE GRANDE BAIE J BALEINE VULGAIRE OU ORDINAIRE · texte numérisé non relu

DE GRANDE BAIE J BALEINE VULGAIRE OU ORDINAIRE

balœna mysticetus (Li\n.)y en irlandais, slettbakr; en danois, slicfitebaclc , c'est-à-dire dos uni, ou sandhual ^ en anglais, -whale^ en allemand, whallfisch ', en hollandais, -whallvisch; en norwégien , huajîschy en espagnol, 'vallena. Les Hottentots la connaissent sous le nom de tkakœ , car elle se trouve aussi dans l'Océan austral. ^

Description. — La baleine du Groenland (P/. 2, fig. 3) est le plus grand des animaux connus. On a vu des baleines de 1 00 et même de 1 20 pieds de longueur, et on prétend même qu'il a dû s'en trouver, à certaines époques et dans certaines mers , de près de 3oo pieds ; mais aujourd'hui que les Européens en détruisent chaque année un grand nombre , elles n'ont plus le temps de parvenir à la même taille. Elles sont d'ailleurs obligées de se réfugier jusque sous les glaces des pôles, 011 le froid extrême qu'elles y éprouvent peut arrêter leur développement, tandis qu'une température plus douce le favoriserait. Les baleines que l'on prenait il y a trois siècles étaient bien plus grosses que celles d'aujourd'hui, parce qu'elles étaient plus vieilles et vivaient plus tranquilles. En 1 620, une baleine échoua dans l'île de Corse j elle était longue de plus de 100 pieds : un homme à cheval pouvait entrer dans son énorme gueule. Pour retirer le grand intestin de son ventre, il fallut plus de dix-sept hommes; elle fournit 1 55, 000 livres de lard. C'était une femellb pleine ; son fœtus avait déjà 3o pieds de longueur et pesait i,5oo livres; la mère devait peser plus de 5oo,ooo livres. La force des muscles doit être proportionnée à cette masse gigantesque ; et quels efforts prodigieux ne faut-il pas à la baleine pour remuer avec vitesse un corps de cette taille; lui faire fendre les eaux; le faire bondir à leur surface; soulever des dômes énormes de glaces sur son dos, et parcourir comme un trait la vaste plaine des mers?

La baleine doit vivre très-long-temps, de mr;me que les poissons ; mais on ne connaît pas la durée de sa vie : on sait seulement que le développement des baleines s'opère lentement , et l'on a jugé , d'après le volume que ces animaux présentaient lors des premières navigations et des premières pèches dans les mers polaires, que la vie del.i baleine pouvait être de bien des siècles. Buffon a dit qu'une baleine pouvait bien vivre 1000 ans, puisqu'une carpe en vit plus de 200.

On ne trouve guère à présent que des baleines de 40, de 5o à 80 pieds au plus; elles se tiennent dans les mers polaires et s'enfoncent très-avant entre les

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glaces, où les navires pèclieurs ne les poursuivent qu'avec beaucoup de périls et de pleines.

Le corps de la baleine peut èlre comparé à une forme de cordonnier renversée ; sa tète, d'une taille énorme^ fait environ le tiers de la longueur totale 5 son sommet est incliné comme un toit 5 an milieu , les deux évents sont placés s\ir une émirience. L'ouverture de la gueule est extrêmement vaste, et a la figure d'un S. Chaque mâchoire a la même longueur, mais l'inférieure est la plus large, sur-tout dans son milieu ; elle a des lèvres charnues et creusées en gouttière large et profonde, pour emboîter les barbes ou fanons de la mâchoire supérieure.

Ces fanons , ces barbes sont en lames fibreuses de diverses longueurs; les plus petits ont 3 pieds de long , et les plus grands en ont i5; ils sont placés transversalement et dans une direction oblique qui tourne du côté de la gorge; leur grandeur va en décroissant successivement, et leurs bords sont effilés, larges vers l'une de leur extrémité ; ils s'amincissent à leur autre bout. Vers les deux extrémités de ces rangs de fanons, se trouvent des lames carrées, petites comme des tuyaux de plumes , et de 4 poiaces de longueur; leur substance est plus tendre; elles sont moins rapprochées aussi. Le tranchant effilé des fanons pose verticalement sur la langue et sur la mâchoire inférieure.

Ces lames ou fanons occupent tout le palais et la cueule des baleines; ils sont épais d'un pouce ou même moins, et tranchans à leur bord, avec des fibres effilées. Cette réunion touffue de fanons places en ordre fait paraître la surface du palais des baleines comme la peau d'un animal couverte de crins ou de soies très-rudes : le développement de ces fanons est analogue à celui des cheveux ou de la corne des animaux.

Chaque fanon est composé de fibres longitudinales de la nature de la soie de cochon 5 ces fibres sont collées ensemble, mais peuvent se séparer. Lorsque les pêcheurs ont détaché ces barbes de la mâchoire des baleines, ils les fendent et les débitent jjour en faire des buses, des rayons de parapluie, etc. Cette matière est très-flexible et de la nature de la corne, car elle se ramollit dans l'eau chaude; mais elle ne s'y dissout pas. On appelle cette matière de la baleine^ elle sert dans plusieurs arts, et forme des ressorts doux et très-élastiques.

La peau de la baleine est épaisse d'un pouce environ , brune ou noire en dessus , et blanchâtre en dessous du corps. Son épiderme est analogue à celui de la plante des pieds dans l'homme, et son tissu esc composé de couches successives. Le tissu de la peau se confond presque avec le tissu cellulaire graisseux , sous-cutané dans la baleine franche. Communément la peau de cet animal est très-lisse, sans écailles , polie et brillante , parce qu'elle est huileuse ; souvent on y remarque des marbrures de diverses couleurs.

Dans tous les cétacés , la langue est courte , attachée à la mâchoire inférieure, et d'une nature graisseuse comme tout le corps. Celle des baleines tranches est une masse de chaire molle, spongieuse et presque sans mouvement, parce qu'elles ont seulement besoin d'ouvrir leur gueule pour écraser

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avec leurs fanons les petits animaux dont elles se nourrissent. La langue est presque la seule partie (lu corps que les matelots puissent manger, car la chair de la baleine est très-dure et cornée ; ses fibres sont extrêmement grossières et imbibées d'une huile dégoûtante. On observe des marques noirâtres sur les côtés de la langue de ces animaux, qui a une forme arrondie et souvent 18 pieds de longueur sur ao de largeur : on en peut remplir plusieurs tonneaux.

Derrière les yeux sont placés les tuyaux des oreilles sans pavillon extérieur : c'est par ces trous que les pêcheurs adroits lancent le harpon, afin que, pénétrant dans l'os pierreux des oreilles, il y adhère plus fortement. L'os de l'oreille intérieure est, en effet, très-dur dans la baleine; il a la forme d'une coquille univalve; les parties qui servent à l'ouïe sont renfermées dans cet os , de même c|ue chez les quadrupèdes , car l'oreille intérieure des cétacés ne diffère point essentiellement de la nôtre. Aussi leur ouïe est très -délicate. La nature leur a donné cet avantage, afin qu'ils puissent reconnaître de loin leurs nombreux ennemis. Ordinairement l'os de l'oreille est enfoncé de 3 à 4 pieds sous les chairs, le lard et la peau; il est d'une substance extrêmement compacte, et fait feu avec l'acier.

Les nageoires pectorales de la baleine sont deux larges membres de forme ovale, aplatie, échancrée. Dans leur intérieur , on ne trouve pas des rayons comme chez les poissons , mais tous les os de l'épaule , du bras et de la main ; seulement ils sont tous raccourcis, couverts d'une chair tendineuse ou demicartilagineuse , et revêtus d'une peau épaisse. La baleine franche n'a point de nageoires sur le dos ; celle de la queue est formée de deux lobes échancrés et posés horizontalement. Dans leur intérieur, on trouve les rudimens des os du bassin . Avec ces seules nageoires, la baleine fend l'eau avec la plus grande vitesse; sa graisse abondante allège son corps, le fait surnager, et la plus légère impulsion lui suffit pour glisser rapidement sur la plaine des mers. Si elle veut plonger, elle resserre son corps; et pour remonter sur l'eau , elle s'étend. Les cétacés ne sont pas des animaux véritablement aquatiques; ils ne vivent pas au sein des eaux , mais seulement à leur surface; ils sont plutôt habitans de l'air, puisqu'ils le respirent par les poumons.

Les baleines et les autres cétacés n'ont pour voix qu'une sorte de mugissement assez fort, ou de grognement qu'ils font entendre lorsqu'ils sont dans les souffrances de l'agonie.

Il y a, dans les baleines et les cétacés les mêmes os que dans la charpente des quadrupèdes, à l'exception de ceux du bassin et des extrémités inférieures, qui manquent dans tous. Leurs muscles sont aussi les mêmes et leur substance est coriace , trèsfibreuse; ils sont environnés d'un tissu cellulaire extrêmement abondant, dont les cellules sont remplies de graisse ; leur surface extérieure est enveloppée d'un lard très-épais et en plusieurs couches ; au-dessus du lard et immédiatement sous la peau, se trouve une couche d'huile renfermée dans une membrane réticulaire On trouve cinq grandes poches dans l'estomac des baleines ; elles ont aussi un

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cœcum et de très-longs intestins , parce qu'elles vivent de nourriture moins animalisée que les cétacés pourvus de dents.

Nourriture. — On serait tenté de croire d'abord qu'un aussi puissant animal dévore les plus gros poissons; mais en considérant que la baleine n'a point de dents, que ses fanons sont de nature assez flexible, que les muscles de ses mâchoires sont trèsfaibles, on reconnaîtra qu'elle ne peut se nourrir que des plus petits animaux. Ses alimens ordinaires sont composés de vers, de mollusques , de zoo,)hites, tels que les actinies, le planorbe boréal, l'argonaute arctique, la clio à deux bras, les petits crabes (^pedatus et oculatus^ Linn.), les méduses, etc. Comme ces petits animaux sont en nombre infini dans les mers polaires , la lialeine n'a , pour ainsi dire , qu'à ouvrir sa gueule pour les engloutir par milliers; elle les brise facilement sous ses llinons tranchans, tandis qu'une proie plus dure et plus osseuse résisterait à leur compression. Les zoophites que dévorent les baleines ont l'instinct de se jouer avec les barbes effilées de leurs fanons, qu'ils prennent pour une proie ; ils viennent eux-mêmes se taire prendre entre ces barbes; le vaste animal, fermant sa gueule et rejetant l'eau en soufflant, écrase ces frêles nourritures vivantes et les engloutit dans l'énorme cavex'ne de son estomac. On nomme -w alfisch - aas , amorce de baleine, ces zoophites, qui sont gros comme des fèves et ont l'odeur de la mélasse.

La nature a très -bien proportionné la c|uantité des alimens, et leur nature avec la conformation de ces animaux gigantesques. Ce n'est point aux poissons que les vraies baleines font la guerre , elles se contentent de leur menue nourriture, comme le bœuf se contente de l'herbe des champs. Ce sont des animaux doux et paisibles, qui n'ont rien d'impétueux et de féroce dans le caractère.

Les excrémens des baleines sont un peu solides, d'une couleur jaune rougeâtre et comme safranée; ils n'ont point de mauvaise odeur. Les pêcheurs en amassent, et on en fait usage pour teindre la toile en rouge. Cette couleur est de bon teint et assez agréable.

De la propagation. — Le mâle de la baleine a un membre génital long de 7 à 8 pieds, qu'on appelle balénas, et qui est renfermé dans un double prépuce commu nn couteau dans une gaine. On trouve un os dans cette longue verge , qui a 7 pouces de diamètre à sa racine. Les testicules paraissent à l'extérieur dans le temps du rut seulement, et rentrent ensuite dans la cavité abdominale. Toutes ces parties génitales sont à-peu-près conformées comme celles des quadrupèdes ruminans. On observe, dans la femelle, une vulve placée près de l'anus, et pourvue d'un clitoris; des grandes lèvres et des nymphes. De chaque côte du vagin , on voit une mamelle cnfojicée dans un sillon de la peau. A l'époque de l'allaitement, les deux mamelles sont gojiflées de lait; elles ont alors un pied de largeur et à-peuprès autant de longueur; mais elles diminuent et se rident lorsque le baleineau ne tète plus.

Lorsque les baleines veulent s'accoupler, elles s'apparient, voyagent de compagnie vers quelque rive déserte. Le mâle et la femelle s'approchent, se

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laissent tomber perpendiculairement sur leur queue, et n'ayant que la tête hors de l'eau , ils se pressent amoureusement et s'embrassent étroitement en entrelaçant leurs nageoires : alors s'accomplit l'acte de la génération. Selon Dudley , la femelle se couche sur le dos et reçoit le mâle entre ses nageoires latérales; c'est de cette manière aussi que s'accouplent les marsouins. On prétend que l'union sexuelle n'a lieu cjue tous les 2 ans chez les baleines. Le couple demeure fidèle, et les différentes espèces ne se mélangent jamais. La femelle porte seulement y ou 10 mois son fœtus; rarement elle accouche de deux baleineaux ; c'est vers le mois d'avril cju'elle met bas son petit, qui a déjà i5 à 20 pieds de longueur. Lorscjue le baleineau veut téter, la mère se place sur le côté et présente sa mamelle à l'air, afin que le petit puisse respirer. On assure que le lait des baleines est gras et nourrissant; celui de la femelle du nésarnak ressemble au lait de vache, auquel on aurait ajouté de la crème. Les baleineaux sont très-gras pendant l'allaitement, et donnent près de 5o tonneaux de graisse, tandis que les mères maigrissent beaucoup. Ils tètent pendant un an, et on les nomme alors shortends ou courtes têtes en anglais. A 2 ans, ils sont comme hébétés après avoir été sevrés, et sont appelés ^^a/z/^ (bêtes); leur graisse est moins abondante à cette époque, car ils n'en fournissent c^u'enviroii 24 tonneaux.

On o'jserve que les baleines ont le plus grand attachement pour leurs peûts, et ne les quittent jamais de vue. Avant de songer à sa sûreté, la baleine n'a soin que de son petit ; elle le protège, le défend de ses ennemis en exposant sa propre vie. Cet animal si timide , quoique si puissant , devient terrible pour défendre 507z baleineau. S'il échoue sur les rivages, la mère s'expose à échouer pour le remettre à flot.

La couleur des baleineaux est brune et cjuelquefois panachée de blanchâtre, tandis que celle des baleines est communément d'un beau noir ; on y voit quelques raies blanchâtres et comme marbrées ou veinées. De loin , et lorsque le soleil brille, ces ondulations de couleurs sont assez agréables ; le dessous du corps est d'un très-beau blanc argenté. Dans les mers du nord-ouest, on rencontre des baleines toutes blanches, suivant Ellis, et les vieilles portent quelquefois une bande transversale d'un blanc sale sur le dos. Les cicatrices des blessures des baleines restent blanches.

Des lieux où se trouvent les baleines , et de leurs voyages. — Autrefois les baleines se répandaient sur presque tout l'Océan, et descendaient des mers glaciales jusque dans les jilages tempérées, avant que l'audace et la cupidité des hommes eussent porté le ravage et la mort parmi ces animaux tranquilles. Plusieurs fois elles ont pénétré dans la Méditerranée ; elles entraient même dans les ports. Leur présence près de Saint-Jean-de-Luz avait excité les liasquesà en faire la pêche avant le douzième siècle, car Guillaume Breton, poëte qui vivait vers l'an 1140? ^n fait mention. Poursuivies dans nos mers, les baleines se sont réfugiées peu-à-peu vers le nord , leur patrie naturelle. On les trouve dans la mer Baltique, mais principalement dans la mer Glaciale, sur les

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côtes d'Islande et du Groenland, au détroit de Davis, auprès du Spitzberg, de Pîle de Mayen, à Terre- Neuve, etc. Elles se retirent de plus en plus vers le fiAle et entre les j;laces inaccessibles qui encombrent es mers du Nord. On en rencontre aussi dans la mer qui sépare l'Asie de l'Amérique septentrionale. Mendès-Pinto en vit tuer une sur les cotes d'une île du Japon. L'Océan central nourrit aussi un grand nombre de baleines qui viennent quelquefois échouer sur les côtes du Cap de Bonne-Êspérance. Aujoiird'hui la baleine franche se pêche entre le 77e. et le 79e. degré de latitude nord; il est dangereux de les poursuivre plus près du pôle, à cause de l'abondance des glaces. Les cachalots se tiennent dans des régions plus tempérées , et s'avancent en troupes jusque dans les mers les plus chaudes.

Au temps de l'accouplement , les baleines émigrent. Selon quelques marins, vers le mois de novembre, les baleines franches quittent les mers du pôle et entrent dans le fleuve Saint-Laurent, vers Québec , pour y faire leurs petits. Au mois de mars^ elles retournent dans leurs glaces. La faim, les tempêtes, la poursuite acharnée Aes pêcheurs, les déterminent aussi à changer de demeure j cependant ce sont des animaux assez stationnaires, tandis que les cachalots se répandent dans toutes les mers.

Des mœurs, habitudes et combats des baleines contre leurs ennemis. — Tous les animaux cétacés ont un caractère assez pacifique, et plutôt grossier que méchant ; ils ne deviennent farouches qu'à force d'être tourmentés. Les baleines sur-tout étant privées de dents, n'ayant aucune arme défensive, et embarrassées le plus souvent de la masse énorme de leur corps, ne sont point capables de se défendre avec succès contre des ennemis robustes et agiles. Cette conscience de leur faiblesse les rend timides et craintives ; cependant l'amour maternel , le désespoir, les rendent furieuses, et leur font employer toute leur force pour se défendre ou pour échapper à leurs implacables persécuteurs.

Dans l'état tranquille, la baleine se promène avec assurance au milieu des mers, se joue au milieu des tempêtes, cherche sa nourriture au fond des abîmes et se livre à l'amour. C'est un animal assez vorace et qui mange presque continuellement; sa vue est faible, mais son ouïe est excellente , et il fuit aussitôt qu'il entend quelque bruit inquiétant; sa nage est extrêmement rapide , et lorsqu'il frappe de la queue sur l'eau, il produit un fracas pareil à celui d'un coup de canon. La baleine nage ordinairement en droite ligne. Quelquefois elle caracole autour des vaisseaux, qu'elle paraît prendre pour certains animaux d'une taille extraordinaire. Elle souffle trèsfort et rejette quelquefois avec tant de violence l'eau qui entre dans sa gueule, qu'elle retombe en pluie fine ou en brouillard. Elle se meut avec vitesse, mais se tourne assez difficilement; ce qui lui donne beaucoup de désavantage vis-à-vis d'un ennemi agile.

C'est une prévoyance assez remarquable de la nature d'avoir rendu pacifiques et timides les plus grands animaux, et de les avoir mal armés, de crainte qu'ils ne détruisissent trop d'espèces et ne devinssent redoutables à tous les êtres vivans. Ce-

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pendant les baleines sont, par leur seule masse et la violence de leurs chocs, des adversaires redoutables ; elles se défendent avec une vigueur impétueuse contre les attaques de leurs ennemis.

Un grand nombre de poissons déclarent la guerre à la baleine; et de tous ses ennemis, il n'en est point de plus acharné et de plus cruel que la vivelle, qu'on nomme aussi espadon ou poisson-scie; c'est une grande espèce de chien de mer, dont le museau est prolongé en lame plate, garnie de chaque côté de fortes dents ( squalus pristis , Lin.). En hollandais on la nomme zaag-vich. Lorsqu'une l'/Ve/Ze aperçoit une baleine, elle court dessus et l'attaque avec une grande vigueur; la baleine, à l'aspect de son implacable ennemi, saute de furie, mugit, frappe les eaux , s'agite avec des mouvemens extraordinaires, et cherche à atteindre la vivelle d'un coup de queue. Si elle peut lui en asséner un seul coup, elle l'écrase; mais la vivelle est agile, adroite; elle se retourne, prend la baleine par-derrière, fond sur elle, bondit, s'élance sur son dos et la déchire de ses dents.

On dit aussi que le narwhal et la baleine ont beaucoup d'antipathie entre eux: aussitôt que le premier aperçoit la baleine, il lui porte de rudes coups avec sa dent, longue de 8 à 10 pieds, qui sort en avant et toute droite de sa mâchoire supérieure. (V. Narwhal. ) Cet animal s'appelle aussi licorne de mer. Lorsqu'il rencontre des vaisseaux, les prenant pour des baleines, il fond quelquefois sur eux et enfonce sa dent d'un grand coup dans la quille du bâtiment.

Mais il est un autre ennemi plus redoutable et plus cruel : c'est le cachalot microps , espèce de cétacé dont la gueule est armée de dents pointues et crochues. (V. Cachalot-) A l'aspect des baleines, sur-tout de la jubarte, de la baleine à bec, des bélugas, des marsouins et des phoques, il entre en fureur, s'approche la gueule béante, s'acharne à sa proie, la déchire toute vivante en lambeaux, qu'il arrache et dont il fait sa nourriture.

L'épée-de-mer (qu'il ne faut pas confondre avec le xiphius gladias (Lin.) ou V empereur) est une espèce de dauphin long de 20 à 3o pieds, dont la gueule est armée de dents aiguës, et qui porte sur le dos une nageoire longue de 5 à 4 pieds, semblable à un sabre recourbe. Il n'y a point d'ennemi plus féroce et plus acharné contre les baleines; Andersen assure que « c'est plutôt par la gueule que ces animaux sont dangereux ; et comme ils marchent ordinairement par petites troupes ( de cinq ou six) , ils attaquent la baleine tous à-la-fois et emportent de gros morceaux de son corps , jusqu'à ce qu'étant échauffée à un certain point, elle ouvre la gueule et en fait sortir sa langue. Ils se jettent aussitôt sur cet organe, qui est presque la seule partie qu'ils mangent ; et s'étant à la fin introduits dans la gueule, ils l'arrachent tout entière. » A la vue de ces animaux voraces et très-forts, la baleine fuit avec une grande vitesse; mais ils la poursuivent et lui font de larges entailles avec leurs sabres. On les nomme killars , c'est-à-dire assassins.

Il est encore un autre ennemi des baleines : l'ours blanc du Spitzberg et du Groenland, qui est tn~;sfriand de leur graisse et de leur chair , et qui , se

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tenant en sentinelle sur des bancs de glaces, saute sur la baleine et enfonce ses griffes dans sa chair, qu'il dévore toute vivante.

Une multitude d'autres animaux vivent aux dépens de la baleine. Il s'attache sur elle des vers qui la rongent ; des animalcules se logent dans ses chairs j les oiseaux de mer les plus voraces fondent sur son dos et enlèvent des lambeaux de sa graisse sans pouvoir être atteints. Les goëlands,les lummes, les albatros, les grands pétrels, les puffins ou fulraars , accourent en nuées et poussent d'horribles clameurs, s'attachent comme des harpies insatiables sur la baleine prise , échouée ou mourante , se gorgent de sa chair, et la vomissent pour en dévorer encore. Rien n'égale l'audace et la rapacité de ces oiseaux 5 ils viennent jusque sous la main des pêcheurs leur disputer le lard de la baleine , et l'on a mille peines à les chasser ou à les tuer 5 car ils se défendent avec les griffes et le bec, et dégorgent sur les assaillans des flots d'huile rance et fétide. Leur nombre immense obscurcit les airs, couvre les monts de glaces, et leurs cris imjjortuns assourdissent l'oreille.

Divers coquillages s'attachent sur le dos des baleines , comme le lepas halœnaris (Lin.) sur la jubarte ; des chitons sur la baleine franche, et des espèces de pous s'enfoncent et se cramponnent dans la peau des lèvres, des organes de la génération, et de toutes les parties où l'animal ne peut pas se frotter.

Baleine a bosses , halœna gibbosa , de Lin. et de Bonnaterre, se distingue de la baleine franche par les six bosses qu'elle porte sur le dos près de la queue , et par la couleur blanche de ses fanons. Du reste , sa couleur est la même; elle donne à-peu- ])rès autant d'huile, proportionnellement à sa taille, qui est moins considérable que celle de la grande baleine. Ses barbes, toutes blanches, se fendent ])lus difficilement. Quelquefois cette espèce est mail^re ; on la trouve dans les mers qui baignent les Etats-Unis d'Amérique. Les Anglais la nomment .scrag-whale , et les Hollandais knohbel-visch ^ il paraît que cet animal est peu différent de la baleine franche.

Baleine - Tampon , le bunch , ou humback- Mvhale des Anglais, \q pensvich des Hollandais, ou le pflockfisch y est une autre espèce de baleine, halœna nodosa de Bonnaterre. On la rencontre aussi dans les mers de la Nouvelle-Angleterre. Elle diffère de la précédente par une bosse de la grosseur de la tête, qu'elle porte près de la queue sur le dos. Les nageoires de la poitrine sont longues de 18 pieds et de couleur blanche. Comme la tète de cet animal est longue de près du tiers de tout son corps , ses nageoires sont situées presque au milieu du corps. On estime peu ses fanons, quoique meilleurs que ceux du gibbar ( balœna phisalus , Lin. ). Sa graisse ressemble au lard de cette dernière. Sa bos^e a la figure d'un pal penché en arrière.

Baleine a hec, balœna rostrata, (Lin.) Cette espèce ressemble beaucoup à \diJubarte. (V. ce mot.) Vu de côté, son corps est ovale, très-allongé; sa tête, conique, fait à-peu-près le quart de la longueur totale du corps ^ ses mâchoires sont longues, étroites

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et amincies en forme de bec. Cette baleine a de petits yeux placés aux angles des mâchoires et les deux évents au sommet du crâne; les fanons trèscourts et de couleur blanche ; les nageoires latérales de figure ovale, aplatie; sur le dos, une autre nageoire arrondie et penchée vers la queue, et dont la position sur le dos correspond à l'anus; la poitrine couverte de plis parallèles et longitudinaux; le dos d'un brun noir, qui s'éclaircit sur les flancs , et le ventre d'un blanc marbré de rougeâtre. Ce cétacé nage avec une vitesse extraordinaire. Son lard, épais et dur , produit peu d'huile ; aussi les pêcheurs donnent rarement la chasse à cette espèce; mais les Groenlandais, qui trouvent sa chair délicate, l'attaquent fréquemment et la tuent à coups de flèches sans l'approcher. La baleine à bec ne devient jamais très-grande ; elle se répand quelquefois dans nos mers d'Europe; il en échoua une, en 1786 , sur les côtes d'Angleterre, et qui n'avait que 17 pieds de longueur. Elle se nourrit des petits poissons qu'elle poursuit avec ardeur, et principalement d'une espèce de petit saumon qui est commune vers le pôle arctique, le salmo artlcus de Linné.

V., pour les autres espèces de baleine, les mots Nord- Cap er ) Jubarte ^ Gibbar, Rorqual ^ et pour les autres cétacés les mots Cachalot , Narvfhal, et Dauphin.

DE la pèche de la BALEINE.

Histoire de la pêche de la baleine et encourage mens accordés d cette pêche.

Noël de la Morinière, dans son Histoire générale des Pêches^ observe qu'il n'est pas probable que la pêche de la baleine ait été la première dont se soient occupés les Grecs, et qu'il a dû en être de même chez tous les peuples. On sait, dit-il , qu'il dut s'écouler une longue suite d'années avant que l'homme osât mesurer ses forces avec ces énormes habitans des eaux. On manquait d'armes assez fortes pour les attaquer avec avantage ; et ceux qui les premiers osèrent s'en approcher firent peut-être une épreuve fatale de l'infériorité de leurs moyens , et payèrent de leur vie la peine de leur témérité.

Il paraît que les Tyriens en faisaient la pêche; et il est certain que , de leur temps, la baleine était commune dans les mers de la Phénicie.

Aristote a très-bien distingué la baleine du dauphin, d'après la situation de son évent.

Les Grecs se plaisaient à croire que les mers de l'Inde nourrissaient des cétacés cinq fois plus gros que le grand éléphant. Ils pensaient que l'Atlantique avait, comme elles, le privilège d'en posséder dont la taille énorme et gigantesque l'emportait sur celle des baleines de la mer Egée. Celte opinion , fondée sur le récit de quelques marchands grecs qui avaient pénétré dans l'Orient jusqu'aux bouches de l'Indus, fut confirmée par la relation de Néarque, qui commandait la Hotte d'Alexandre dans le golfe Arabique. En effet, Néarque y trouva une grande quantité de baleines, qui s'opposèrent en quelque sorte à la navigation de sa flotte, qui cinglait vers le midi. Néarque s'élant assuré que le bruit des instrumcns de guerre produisait une impression de crainte et de terreur sur ces monstrueux animaux,

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eut recours à cet expédient : il donna l'ordre de sonner de toutes les trompettes comme s'il se fût agi d'un combat; et se portant à pleines voiles vers la partie delà mer occuiiée par les baleines, elles rompirent leurs rangs et lui laissèrent le champ libre.

Il paraît que les habitans du golfe Arabique en détruisaient beaucoup chaque année, et qu'ils se nourrissaient de leur chair; car du temps de Strabon, elles étaient déjà moins nombreuses. Les ossemens de celles qui étaient poussées mortes et venaient s'échouer sur les côtes , leur servaient de solives pour la construction de leurs cabanes. Strabon cite d'autres nations barbares de la côte d'Afrique qui se revêtaient de peaux de serpens et de poissons , et il est évident que par ces derniers il faut entendre les baleines et les grands squales.

A cette époque , où la Grèce comprenait plusieurs républiques, celles dont le territoire s'étendait sur les bords de la mer, ou se composait d'îles, pratiquaient la pêche <!e la baleine, qui s'y soutint pendant plusieurs siècles avec succès, puisque Elien rapporte que , de son temps, non-seulement on employait les nerfs (sans doute les fanons) des baleines pêchées auprès de l'île de Cythèrc à faire des cordes d'instrumens de musique, mais qu'on s'en servait aussi dans la composition des machines de guerre. Néanmoins cette pêche et celle des poissons, si utiles, si variées, si multipliées dans les mers de la Grèce , n'acquirent d'importance qu'à l'époque des rivalités politiques qui s'élevèrent entre Athènes et Sparte , entre les Grecs et les Perses , parce que la nécessité de réunir le nombre d'hommes de mer nécessaire à l'équipement des flottes dut tourner l'activité des gouvernemens grecs vers cette branche d'industrie si favorable à leurs vues guerrières.

Suivant un passage de Xénocrate , nous voyons qu'en Grèce on mangeait de la chair de baleine après l'avoir salée; mais c'était un aliment peu recherché à l'époque où il écrivait.

Lorsque les Romains eurent porté leurs armes dans les contrées maritimes de l'Afrique et de l'Asie, et qu'ils eurent ouvert des relations de commerce avec l'Inde par la mer Rouge , ils apprirent des peuples de ces contrées l'art de prendre la baleine, si déjà ils ne l'avaient reçu des Grecs. Cet art, transplanté chez eux , s'y perfectionna quand ils eurent soumis les Gaules, la Germanie inférieure et la Grande-Bretagne. Le golfe Cantabrique, la Manche, et en général la |)artie de l'Océan septentrional qui entoure les Iles-Britanniques, abondaient en baleines.

On confondait toujours les grands squales avec les baleines, puisque les Romains, à l'imitation des Grecs , désignaient par le nom de cetus tout poisson d'une taille remarquable.

Du temps d'Oppien, on croyait que les baleines avaient un chef, qui , nageant à la tète de ces cétacés , leur servait de guide ; et suivant Elien , les pêcheurs pensaient que s'ils parvenaient à s'emparer de ce cétacé conducteur, remarquable par sa force et sa grande taille, parla blancheur de son cuir et la longueur de sa tête, la capture des autres deviendrait plus facile.

Oppien a décrit cette pèche très au long. Il in-

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dique les instrumens dont on se servait, et il cite le foie de bœuf comme l'un des meilleurs appâts. Il fait mention de grandes outres remplies d'air que l'on fixait au câble rapidement filé, pour s'assurer de la route que tenait l'animal, qui emportait avec lui l'hameçon et l'appât.

Il décrit sur-tout les mouvemens brusques et terribles auxquels se livre ce cétacé , lorsqu'il entraîne au fond de la mer les outres , cjui lui opposent une résistance incalculable, ou que , cédant à leur force ou perdant insensiblement la sienne, il se voit contraint de nager près de la surface de l'eau. Alors les pêcheurs, à la vue des outres, montent sur des barques légères , s'avancent armés de lances garnies d'un fer à deux pointes, attaquent de nouveau la baleine, la mettent à mort malgré ses coups de queue qui menacent de faire chavirer leurs barques et l'amènent à terre , au milieu des cris de joie des vainqueurs.

Nous ne trouvons pas que les Romains aient connu l'art d'extraire l'huile de ceux des cétacés dont ils parvenaient à s'emparer sur les côtes de leur vaste empire.

La pêche de la baleine , dans le Nord , a une origine très -ancienne. Dans l'Europe moderne, les Basques ont passé jusqu'à présent pour être les premiers qui osèrent attaquer les grands cétacés , et qui réussirent à s'en emparer; mais il est certain que les Normands avaient, depuis plusieurs siècles, précédé les Basques dans ce genre d'industrie, et c'est ce qui est établi par les documens historiques rapportés dans l'ouvrage de Noël, p. 218, où ce savant observe d'ailleurs que dès le Xll». siècle les JNorwégiens et les Islandais distinguaient déjà vingttrois espèces de baleines par des noms différens, et d'après leurs habitudes particulières.

Lorsque les Norwégiens abordèrent au Groenland , ils purent s'assurer que les Skrelings ou naturels du pays, ne vivant guère que de chair de baleine et de phoque, n'allaient jamais en mer dans leurs barques de cuir sans avoir avec eux tous les instrumens nécessaires pour la pêche de ces animaux. Les Norwégiens en mangeaient aussi la chair.

Depuis que le christianisme eut été prêché dans le Nord, la chair des baleines fut assimilée à celle des poissons, et l'on en mangeait les jours maigres, tandis qu'on s'abstenait de celle des phoques et des morses : on en mangeait aussi en Angleterre, en France, en Allemagne.

L'huile de baleine était une substance extrêmement recherchée par les habitans du Nord. Celle de la baleine-rtv<fer passait pour avoirune odeur agréable et une saveur particulière.

Albert et Vincent de Beauvais nous apprennent que dans le XllI^. siècle les pêcheurs de Ja Basse- Allemagne faisaient la pêche àes baleines , quoique les actes diplomatiques ou réglementaires n'en fassent pas mention. On les prenait par deux procédés différens. Le premier consistait à les harponner , ainsi qu'on le pratique de nos jours. Les barques destinées à agir de concert étant rassemblées, ou faisait retentir l'air du son des timbales et autres instrumens; et au moment où le cétacé imprudent y prêtait son attention, on lui lançait le harpon at-

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taché à une longue corde. Le second procédé consistait à lancer de loin un harpon au moyen d'une forte baliste, machine de guerre qui a précédé l'usage du canon; d'où il faut conclure que les Anglais, en employant la poudre nonr lancer le harpon comme un boulet, n'ont fait que changer la puissance motrice.

Outre l'huile, la chair, les dents, les fanons qu'on obtenait des baleines à l'époque dont nous parlons , les nerfs étaient une cinquième substance qui rendait la capture de ces cétacés avantageuse aux pêcheurs, parce qu'ils en composaient des cordages plus déliés, renommés par leur force , et spécialement employés pour la pêche du requin, du brygd et du flétan.

Relativement à la pêche faite dans le Nord, nous observerons que toute baleine prise en mer appartenait aux pêcheurs; mais que blessée ou morte, si elle échouait et n'était pas réclamée dans un délai fixé, elle appartenait au roi. Ce droit lui était ac- (juis d'après le principe reçu que le roi étant seigneur du rivage de la mer, toute chose naufragée qui échoue sur son territoire devient sa propriété. Pour que le souverain pût jouir de cette prérogative royale, il fallait que la baleine, ou tout gros poisson échoué, fût d'un tel poids, qu'un homme seul ne pût le porter. Cependant les lois avaient assuré une prime à celui qui trouvait une baleine et en donnait avis à l'officier du roi. D'après celles du Jutland, par exemple, si l'homme était à pied au moment où il avait fait cette découverte , il prenait du lard de baleine autant qu'il en pouvait porter; s'il était à cheval, autant que le cheval pouvait en porter; s'il était en charrette, la quantité qu'elle en pouvait contenir ; s'il était sur un bâtiment , autant qu'il en fallait pour remplir une barque montée de six rameurs. Nous allons voir le droit de baleine et de poissons royaux passer du Nord dans l'Europe occidentale, et s'y maintenir conformément au principe qui l'avait fait introduire enNorwegCj en Suède, en Danemarck, etc.

A l'époque de l'invasion des Normands en France, la Manche possédait encore des baleines, et il est parlé de la pèche de ces cétacés sur les côtes de Flandre , en 875 j dans le livre de la Translation de saint fVaast. Une Vie de saint Arnould ^ è\èc^\\eAfi So'issons dans le Xl^. siècle, fait mention de la pêche de la baleine au harpon. Les baleines se montraient dans la Manche en assez grande quantité vers l'an 1402 ; et il en est parlé à l'occasion d'une violente tempête où périrent plusieurs bàtimens, dont on leur attribue en partie le naufrage. Les côtes de Flandre étaient encore fréquentées par ces grands cétacés au commencement du XVe. siècle, puisqu'en i4o4 il s'en échoua près d'Ostcnde huit qui tombèrent au pouvoir des habitans.

On confondait souvent les baleines avec les marsouins, et c'est de ces derniers qu'on doit entendre ce qui est rapporté dans plusieurs actes du moyen âge, où il est dit qu'on mangeait de la chair de baleine dans les monastères de France; que plusieurs églises jouissaient d'un droit de baleine, etc.

Dans le golfe de Gascogne, la pêche y était pratiquée par les Basques à une époque où ils étaient

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pirates comme les Normands j ils la faisaient sur leurs propres côtes quand les femelles des baleines s'y réunissaient dans la saison où elles produisent leurs petits. Lorsque ces animaux devinrent plus rares , les Basques se portèrent sur les côtes d'Espagne et y établirent une nouvelle pêche avec d'autant plus de facilité, que, suivant Cerqueyra, dès 999) ils avaient occiipé !a ville de i^orto à titre de conquête et fondé des colonies dans son voisinage. Ils étaient dans l'usage de donner à l'église, par dévotion, ies langues des baleines et des baleineaux, comme la partie la plus délicate: ces offrandes étaient volontaires.

Les rois d'Angleterre s'attribuèrent depuis des droits de baleine et les incorporèrent à leur domaine. Une charte du roi Jean, de 1199, relate ceux que les pêcheurs acquittaient au port de Biarritz. En i3i5, Edouard II se réserva l'échouement des baleines sur les côtes de Bisquarosse et de Sart, terre de Labourd; et en 1 338, Edouard 111, voulant dédommager Pierre de Puyanne dts dépenses qu'il avait faites pour équiper à Bayonne l'escadre dont il était amiral, lui délégua les droits qu'il percevait au port même de Biarritz (6 livres sterling sur chaque baleine qu'on y amenait). Il fallait que la capture annuelle de ces cétacés fût considérable pour que les droits seigneuriaux s'élevassent à une somme telle qu'Edouard l'affectait aux frais de l'équipement de ses bâtimens de guerre : ce fait seul doit nous donner une grande idée de la pêche de la baleine dans le golfe de Gascogne, vers le milieu du XlVe. siècle.

Il parait, d'après d'anciens manuscrits, que les baleines n'habitaient point ce golfe pendant toute l'année ; elles ne s'y montraient que depuis l'équinoxe du printemps jusqu'à celui d'automne : ainsi ce ne fut d'abord qu'une pêche côtière et saisonnaire que firent les Basques. Il leur était réservé de pousser leurs expéditions dans le cours des siècles suivans, vers le nord du Nouveaii-Continent, et d'être, en matière de pêche, les modèles et les maîtres des autres nations de l'Europe. On vendait alors la chair de ces cétacés dans les marchés de Bayonne , de Ciboure et de Biarritz; on regardait la langue sur-tout comme un mets très-sain. Cette chair, salée, était un objet de commerce et faisait partie des approvisionnemens de bouche des armées de terre et de mer.

Les Anglais et les Ecossais ne paraissent pas s'être occupés à cette époque de la pêche de la baleine; on voit seulement d'après un acte d'Edouard II, de i324, et un autre de Henri V, de i4i5, que ces princes réclament ou concèdent la dîme de la baleine ; mais , observe M. Noël , il n'était peut-être question danscesactesque des baleines capturées par échouement et par suite de tempête. Les Islandais faisaient cette pêche avec un avantage soutenu et sans interruption ; et ils apportaient dans le XVe, siècle, à Bergen, l'excédant de leurs huiles. Enfin la pêche n'était pas encore l'objet des arméniens des villes anséatiques et hollandaises, quoique la chair et les fanons de baleine fussent pour elles des matières de commerce.

L'usage de ces fanons en France y était également répandu dès le comnicncement du XIU^'. siècle. En

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1203, les hommes de guerre portaient:, au lieu de plumets, des panaches de fanons de baleine effilés, dont ils ornaient leurs casques, îl ne faut donc pas s'étonner si ces fanons étaient une matière de commerce en i3i5, quand une ordonnance de Louis-le- Hutin annonce que les cent baleines qui sont transportées à Paris par la Seine doivent 7 sous au roi. Les ordonnances des rois de France ne nous apprennent point si l'importation des fanons de baleine à Paris était alimentée par les produits d'une pèche étrangère ou nationale; on est porté à croire qn'aii moins la pêche française y contribuait pour une part. £n effet, à cette époque, et même antérieurement, on donnait en France, comme en Angleterre, les noms de baienger, de baleinier [balengenis , halcenarius) à certains bàtimens bons voiliers.

L'' Histoire des Pêches, par Noël, dont nous avons tiré l'extrait qui précède, s'arrêcant au commencement du XVe. siècle, nous lâcherons de compléter par d'autres documens celle de la pêche de la baleine. Les baleines franches étaient, dans les XU". , XUr. et XIV^. siècles, répandues auprès des côtes de France , et la pèche de ces animaux devait y être lucrative; mais harcelées avec acharnement, elles se retirèrent vers des latitudes plus septentrionales. L'historien des pêches des Hollandais dans les mers du Nord dit que les baleines franches trouvant plus de repos et une nourriture abondante auprès des côtes du Groenland , de l'île de Saint- Maven et du Spitzberg, y étaient très-multipliées. Elles abandonnèrent ces parages que les pêcheurs des différentes nations vinrent se partager, et elles se réfugièrent vers les glaces du pôle. Voilà pourquoi plus on approche de ces régions glacées, plus on trouve de grosses baleines chargées de graisse , et faciles à prendre, et voilà pourquoi encore les grandes baleines que l'on voit en deçà du 6oe. degré de latitude, vers Labrador, par exemple, et vers le Canada , paraissent presque toutes blessées par des harpons lancés dans les parages polaires.

On assure néanmoins que, pendant l'hiver, elles quittent le voisinage des pôles pour s'avancer dans la zone tempérée, où, jusqu'au retour du printemps, elles trouvent dans les bas-fonds une nourriture qu'elles ne pourraient chercher dans des masses de glaces , et où d'ailleurs elles peuvent respirer à la surface de l'Océan.

Les Basques, qui péchaient la baleine, avant le Xlle. siècle, sur la côte de Biscaye, du golfe de Gascogne et de Saint- Jean-de-Luz, animés par le succès qu'ils avaient obtenu, affrontèrent les dangers de l'Océan glacial , et parvinrent jusqu'aux côtes d'Islande et à celles du Groenland ; ils équipèrent des flottes de cinquante à soixante navires, et aidés par les Islandais, ils trouvèrent dans une pêche abondante le dédommagement de leurs peines et la récompense de leurs efforts.

Dès la fin du XVI®. siècle, en iSçS , sous le règne d'Elisabeth , les Anglais , qui avaient été obligés, jusqu'à cette époque, de se servir des Basques pour la pêche de labaleine, envoyèrent dans le Groenland des navires destinés à cette pêche ; et en 1608 , ils s'avancèrent jusqu'au 80^. degré de latitude septentrionale, et prirent possession de l'île de Mayen,

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et du vSpilzberg, que les Hollandais avaient découvert en 1596.

On vit, dès 1612, ces mêmes Hollandais , aidés par les Basques, se montrer sur les côtes du Spitzberg , sur celles du Groenland et dans le détroit de Davis, et résister aux efforts des Anglais pour leur interdire les parages fréquentés par les baleines.

D'autres peuples, encouragés par les succès des Anglais et des Hollandais, les Brémois, les Hamboui geols , les Danois arrivèrent dans les mers du Nord , et se partagèrent les rivages les plus favorables à leur entreprise. Les Hollandais particulièrement, réunis en compagnies, formèrent de grands établissemens sur les rivages du Spitzberg, de Pile de Saint-Mayen, de l'Islande, du Groenland et du détroit de Davis. Ils fondèrent dans l'île d'Amster~ dam le village de Sraeerenbourg (bourg de la Fonte). C'était dans ces établissemens et dans les fourneaux des autres nations que l'on faisait fondre le lard des baleines, et qu'on préparait l'huile que donnait cette fonte.

En 1672, le gouvernement anglais encouragea par une prime la pêche de la baleine, et en 1695 la compagnie anglaise formée pour cette pêche était soutenue par des souscriptions dont la valeur montait à 82,000 livres sterling.

Le capitaine hollandais Zorgdrager, qui commandait le vaisseau nommé /e5 Qnatre-Frères ^ rapporte qu'en 1697 il se trouva dans une baie du Groenland avec quinze navires brémois, qui avaient pris 190 baleines; quinze bàtimens de Hambourg, qui en avaient harponné 5oo; et cent vingt et un vaisseaux hollandais, qui en avaient pris i252.

Depuis 1669 jusqu'en 1778 inclusivement, les suels Hollandais ont pris, sur les côtes du Groenland, 57,589 baleines; et depuis 1719 jusqu'en 1778, aussi inclusivement, ils en ont pris 7,586 au détroit de Davis; ce qui fait un total de 65, 175 baleines.

Pendant près d'un siècle , on n'a pas eu besoin , pour trouver de grandes troupes de ces cétacés , de toucher aux plages de glaces : on se contentait de faire voile vers le Spitzberg et les autres îlesdu Nord ; et l'on fondait dans les fourneaux de ces contrées une si grande quantité d'huile de baleine, que les navires-pêcheurs ne suffisaient pas pour la rapporter, et qu'on était obligé d'envoyer chercher une partie considérable de cette huile par d'auti-es bàtimens.

Les baleines, fatiguées enfin d'une guerre si longue et si opiniâtre, s'éloignèrent des côtes, des baieset des bancs fréquentés par les pêcheurs , et se réfugièrent sur les bords des glaces, où elles furent encore poursuivis par leurs ennemis. Elles disparurent de nouveau , s'enfoncèrent sous les glaces fixes et choisirent particulièrement leur asile sous cette croûte immense et congelée que les Bataves ont nommée -westis (la glace de l'Ouest).

Les- pêcheurs allèrent jusqu'à ces glaces immobiles, au travers de glaçons mouvans, et épièrent les momens où les baleines étaient contraintes de sortir de dessous leur vorite glncée pour respirer.

Avant la guerre de 1774 , les Basques se livraient encore à la pêche de la baleine ; mais cette guerre et les encouragemens considérables que les Anglais accordèrent pour cette pêche, forcèrent les Basques

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à abandonner cette source de prospérité. L'Angleterre paie une fois plus que le produit net de cette ])êche5 mais ces récompenses , dit un écrit publié en 1766 , ne sont point une perte pour l'Etat. Celle de l'argent qu'on porterait à l'étranger pour acheter les produits de la haleine , celle des matelots les plus courageux , formés par cette pêche ^1 en seraient une réelle.

Les Anglo-Américains ont suivi cette politique, et dès 1765, plusieurs ■villes américaines avaient armé un grand nombre de navires. Les Hollandais envoyèrent , 2 ans après, cent trente-deux navires pêcheurs sur les côtes du Groenland , et trente-deux au détroit de Davis. En 1768 , le Grand Frédéric ordonna que la ville d'Embden équipât plusieurs navires pour la pêche des baleines franches. En 1774) une compagnie suédoise fut établie à Gothembourg pour envoyer pêcher dans le détroit de Davis et près des rivages du Groenland. En ijjS , le roi de Danemarck donna des bàtimens de l'Etat à une compagnie établie à Berghem pour le même objet. Le parlement d'Angleterre augmenta, en 1779, 'es encouragemens accordés à la pêche de la baleine.

Le gouvernement français ordonna, en 1784, qu'on armât à ses frais six bâtimeiis pour la même pèche , et il accorda , par un arrêt du 5 mai 1 786 , à plusieurs familles de l'ile de Nantuckett, très-habiles et très-exercées dans cet art, qui viendraient s'établir à Dunkerque et se livreraient à la pêche de la baleine et du cachalot, une prime de 5o francs par tonneau de jauge. La révolution a interrompu chez nous ce genre de spéculation, qui fut cependant encore l'objet d'une loi du 27 mai 1792, laquelle confirma la prime accordée par l'arrêt de 1786. Le gouvernement consulaire régla le mode d'exécution de la loi précédente par des arrêtés des 9 nivôse an 10 et 17 prairial de la môme année.

Le roi, à son retour dans ses états, s'est occupé de ranimer le zèle des armateurs pour cette pêche ^ qui a été l'objet des ordonnances des 8 février 1816, 14 février 1819, 11 décembre 1821 , 5 février 1820 et 24 février 1825. V. ces réglemens à la fin de ce Dictionnaire.

Comment se fait la pèche de la baleine.

Navires et instrumens employés à cette pêche. — Pour pêcher la baleine , on emploie des navires qui ont de 35 à 40 mètres (io5 à 120 pieds) de longueur, sur 10 mètres (3o pieds) de largeur, et 4 mètres (12 pieds) de profondeur. Dn leur donne 2 mètres 33 centimètres (7 pieds) de hauteur pour le tillac. On les double d'un bordage de cliêne assez épais et assez fort pour résister au choc des glaces. Chaque bâtiment est pourvu de six à sept chaloupes d'un peu plus de 8 mètres (24 pieds) de longueur, de a mètres (6 pieds) ou environ de largeur, et d'un mètre (3 pieds) de profondeur, depuis le plat-bord jusqu'à la quille. Le bâtiment porte de 40 à 5o hommes d'é(|uipage. On prend des vivres pour 8 mois, quoiqu'on demeure moins de temps; mais on mange beaucoup plus dans le Nord que dans le Midi.

Les chaloupes sont montées de quatre rameurs , un oudcux harponneurs et un patron. Leur équipement consiste en sept pièces de ligne ou cordage fait

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de bon chanvre, de 120 brasses chacune; en trois harpons , six lances pour achever de tuer la baleine ; un pieu de fer, un épiloir, un hacbot à marteau , une boussole et un pavillon.

Li; harpon que les pêcheurs lancent est un dard peu pesant et triangiilaire, dont le fer, long de près d'un mètre, doit être doux , bien corroyé, très-effilé au bout , tranchant des deux côtés et barbelé sur ses bords. Ce fer^ ou le dard proprement dit, se termine par une douille de près d'un mètre de longueur, et dans laquelle on fait entrer un manche très-gros, et long de 2 à 3 mètres. On attache au dard même, ou à sa douille, la ligne, qui est faite du plus beau chanvre, et que l'on ne goudronne pas, pour qu'elle conserve sa flexibilité , malgré le froid extrême que l'on éprouve dans les parages où l'on fait la pêche de la baleine.

La lance diffère du harpon, en ce que le fer n'a pas d'ailes ou oreilles qui empêchent qu'on ne la retire facilement du corps de la baleine et qu'on n'en porte plusieurs coups de suite avec force et rapidité. Elle a souvent 5 mètres (i5 pieds) de longueur, et le fer est à-peu-près du tiers de la longueur totale de cet instrument.

Saison de la pêche. — Le printemps est la saison la plus favorable pour la pêche des baleines franches, aux degrés très-voisins du pôle. L'été l'est beaucoup moins. En effet, la chaleur du soleil après le solstice, fondant la glace en différeus endroits, produit des ouvertures très-larges dans les glaces les moins épaisses. Les baleines quittent alors les bords des immenses bancs de glaces , et parcourent de très-grandes distances au-dessous, parce qu'elles respirent plus facilement , en nageant d'ouverture en ouverture, et les pêcheurs peuvent d'autant moins les suivre dans ces espTces ouveris , que les glaçons qui y flottent briseraient ou arrêteraient les canots que l'on voudrait y faire voguer.

D'ailleurs , pendant le printemps , les baleines trouvent, en avant des glaces, une nourriture abondante et convenable. Il est sans doute des années et des parages où l'on ne peut surprendre les baleines que pendant l'été ou pendant l'automne; mais on a vu souvent , dans les mois de mars et d'avril , un si grand nombre de baleines franches réunies entre le jn'^. et le 79^. degré de latitude, que l'eau lancée par leurs évents représentait de loin la fumée qui s'élève au-dessus d'une ville immense.

Néanmoins , les pêcheurs, qui, par exemple, dans le détroit de Davis ou vers le Spitzberg , pénètrent très-avant au milieu des glaces , doivent commencer leurs tentatives plus tard et les finir plus tôt, pour ne pas s'exposer ù des dégels imprévus ou à des gelées subites.

Des glaces des mers polaires. — Au reste , les glaces des mers polaires se présentent aux pêcheurs de baleines dans quatre étals différens. Premièrement, ces glaces sont contiguës ; secondement , elles sont divisées en grandes plages immobiles; troisièmement, elles consistent dans des bancs de glaçons accumulés ; quatrièmement enfin, ces bancs ou montagnes d'eau gelée sont mouvans, et les courans ainsi que les vents les entraînent.

Les pêcheurs hollandais nommentc/^ûw^^ déglace

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les espaces de plus de deux milles de diamètre, bancs déglace ceux de [>lus d'un demi-mille à deux milles, et glaçons ceux qui n'ont pas plus d'un demi-mille de diamètre.

On rencontre vers le Spitzberg de grands bancs de glace qui ont 4 ou 5 myriamètres (8 ou lo lieues) de circonférence. Comme les intervalles qui les séparent forment une sorte de port naturel ^ dans lequel la mer est presque toujours tranquille, les pécheurs s'y établissent sans crainte ; maij; ils redoutent de se placer entre les petits bancs qui n'ont que 2 ou3oo mètres de tour (de 6oo à 900 pieds), et que la moindre agitation de l'Océan peut ra[iproclier les uns des autres. Ils peuvent bien, avec des gaffes ou d'autres instrumens, détourner de petits glaçons} mais que peuvent ces moyens contre des masses glacées et mobiles qui ont plus de 5o mètres (i5o pieds) d'élévation? Ce n'est que lorsque ces glaçons, étendus et flottans, sont très-éloignés l'un de l'autre, qu'on ose pêcher la baleine dans les vides qui les séparent. On cherche un banc qui ait au moins 3 ou 4 brasses de profondeur au-dessous de la surface de l'eau , et qui soit assez fort par son volume et assez stable par sa masse pour retenir le navire qu'on y amarre.

Manœuvres et harponnage. — Il est très-rare Cjue l'équipage d'un seul navire puisse poursuivre en même temps deux baleines au milieu des glaces mouvantes. On ne hasarde une seconde attaque que lorsque la baleine franche , harponnée et suivie , est entièrement épuisée et près d'expirer.

Mais dans quelque parage que l'on pêche , dès que le matelot-guetteur, qui est placé dans un point élevé du bâtiment, d'où sa vue peut s'étendre au loin, aperçoit une baleine, ou les jets d'eau qui sortent de ses évents et qui ressemblent à une fumée , il donne le signal convenu; les chaloupes partent , et à force de rames, on s'avance en silence vers la baleine. Debout , à la queue de la chaloupe , un hardi et robuste harponneur saisit la ligne de la main gauche et prend le harpon de la droite } et dès qu'on est à portée de l'animal, à 10 mètres par exemple, il lance cette arme meurtrière. Les Basques sont fameux par leur habileté à manier cet instrument. On évite de lancer l'arme à la tête , qui est trop dure , excepté sur les évents; mais on vise à l'ouïe, au dos, au-dessous du ventre , aux parties génitales, aux deux masses de chair qui sont à côté des évents. Le plus grand poids de l'instrument étant dans le fer triangulaire, de quelque manière qu'il soit lancé, sa pointe tombe et frappe la première. Une ligne de 12 brasses ou environ est attachée à ce fer, et prolongée par d'autres cordages.

Albert rapporte que de son temps des pêcheurs , au lieu de jeter le harpon avec la main , le lançaient par le moyen d'une baliste; et Schneider fait observer que les Anglais, voulant atteindre la baleine à une distance bien supérieure à celle de 10 mètres, ont renouvelé ce dernier moyen , en remplaçant la baliste par une arme à feu , et en substituant le harpon à la balle de cette arme , dans le canon de laquelle ils font entrer le manche de cet instrument. Les Hollandais ont employé, comme les Anglais, une sorte de mousquet pour lancer le harpon avec

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moins de danger , et avec plus de force et de facilité.

Lorsque la baleine se sent blessée, elle fuit avec une vitesse inconcevable; on file la ligne au milieu de la chaloupe, en la mouillant sans cesse, de crainte qu'elle ne prenne feu par son mouvement rapide et n'allume le bois. Si l'on n'avait pas le soin de la larguer par le milieu de la chaloupe , ou si cette corde , formée par toutes les lignes qu'elle entraine , résistait un instant, la chaloupe chavirerait et coulerait à fond.

Cependant l'équipage, resté à bord du vaisseau, observe de loin les manoeuvres de la chaloupe, et lorsqu'il croit que la baleine s'est assez éloignée pour avoir obligé de filer la plus grande partie des cordages, une seconde chaloupe force de rames vers la première, et attache successivement ses lignes à celles qu'emporte la baleine.

Le secours se fait-il attendre? les matelots de la chaloupe l'appellent à grands cris. Ils se servent de grands porte-voix ; ils font entendre leurs trompes ou cornets de détresse. Ils ont recours aux deux lignes qu'ils nomment lignes de réserve : ils font deux tours de la dernière qui leur reste ; ils l'attachent au bord de leur nacelle ; ils se laissent remorquer par l'énorme animal ; ils relèvent de temps en temps la chaloupe, qui s'enfonce presque jusqu'à fleur d'eau, en laissant couler peu-à-peu cette seconde ligne de réserve , leur dernière ressource ; et enfin, s'ils ne voient pas la corde, extrêmement longue et violemment tendue, se casser avec eifort, ou le harpon se détacher de la baleine, ils sont forcés de couper eux-mêmes cette corde, et d'abandonner leur proie, le harpon et leurs lignes, pour éviter d'être précipités sous les glaces ou engloutis dans tes abîmes de l'Océan.

Mais lorsque le service se fait avec exactitude , la seconde clialoupe arrive au moment convenable; les autres la suivent et se placent autour de la première, à la distance d'une portée de canon l'une de l'autre, pour veiller sur un plus grand champ. Un pavillon particulier nommé gaillardet , et élevé sur le vaisseau , indique ce que l'on reconnaît , du haut des mâts, de la route de la baleine. Celle-ci , tourmentée par la douleur que lui cause sa larges blessure, fait les plus grands efforts pour se délivrer du harpon qui la déchire ; elle s'agite , se fatigue, s'échauffe; elle vient à la surface de la mer pour respirer , et alors toutes les chaloupes voguent vers elle; le harponneur du second de ces bàtimens lui lance un second harpon , et on l'attaque avec la lance. L'animal plonge et fuit de nouveau avec vitesse ; on le poursuit avec courage et on le suit avec précaution. Si la corde attachée au second harpon se relâche , et sur-tout si elle flotte sur l'eau , on est sûr que le cétacé est très - affaibli , et peut-être déjà mort ; on ramène la corde à soi : on la retire en la disposant en cercles, ou plutôt en spirales, afin de pouvoir la filer de nouveau avec facilité , si le cétacé, par un dernier effort, s'enfuit une troisième fois ; mais quelque force que la baleine conserve après la seconde attaque, elle reparait à la surface de l'Océan beaucoup plus tôt qu'après sa première blessure. Si quelque coup de lance a pénétré jusqu'à ses poumons, le sang sort en abondance par

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ses deux éveiits. On ose alors s'approcher de plus près du colossej on le perce avec la lance j on le fi-appe à coups redoublés 5 on tâche de faire pénétrer l'arme meiiitiîère au défaut des côtes. La baleine, blessée mortellement, se réfugie quelquefois sous des glaces voisines : mais la douleur que ses plaies lui font éprouver, les harpons qu'elle emporte et dont le mouvement agrandit ses blessures, sa faligue extrême, son affaiblissement, tout l'oblige à sortir de cet asile. Elle ne suit plus, dans sa fuite, de direction déterminée; bientôt elle s'arrête, et, réduite aux abois, elle ne peut plus que soulever son énorme masse , et chercher à parer avec ses nageoires les coups qu'on lui porte encore. Redoutable cependant lors même qu'elle expire, ses derniers niomens sont ceux du plus grand des animaux. Tant qu'elle combat contre la mort, on évite avec effroi sa terrible queue, dont un seul coup ferait voler la chaloupe en éclats ; on ne manœuvre que pour l'empêcher d'aller terminer sa cruelle agonie dans des profondeurs recouvertes par des bancs de glace , qui ne permettraient d'en retirer son cadavre qu'avec beaucoiip de peine.

Lorsqu'on s'est assuré que la baleine est morte , ou si afiaiblie qu'on n'a plus à craindre c[u'ime blessure nouvelle lui redonne un accès de rage dont les pêcheurs seraient à l'instant les victimes , on la remet dans sa position naturelle par le moyen de deux cordaqes fixés à deux chaloupes qui s'éloignent en sens contraire, si elle s'était tournée sur un de ses côtés ou sur son dos. On passe un nœud coulant par-dessus la nageoire de la cjueue , ou on perce cette queue pour y attacher une corde ; on fait passer ensuite \x\\ funin au travers des deux nageoires pectorales qu'on a percées : on les ramène sur le ventre de l'animal ; on les serre avec force , afin qu'elles n'opposent aucun obstacle aux rameurs pendant la remorque de la baleine , et les chaloupes se préparent à l'entraîner vers le navire ou vers le rivage où l'on doit la dépecer.

Si l'on tardait trop à attacher une corde à l'animal expiié, son cadavre dériverait, et, entraîné par des courans ou par l'agitation des vagues, pourrait échapper aux matelots, ou, dénué d'une assez grande f[uantité de matière huileuse et légère, s'enioncerait, et ne remonterait que lorsque la putréfaction des organes intérieurs l'aurait gonflé au point d'augmenter beaucoup son volume.

L'auteur de V Histoire des pêches des l'.ollandais dans les mers du Nord fait observer avec soin que si l'on remorquait la baleine franche par la tête, la gueule énorme de ce cé'.acé^ qui est toujours ouverte après la mort de cet animal, jjarce que la mâchoire inférieure n'est plus maintenue contre celle d'en haut, serait comme une sorte de gouffre qui agirait sur un immense volume d'eau, et ferait éprouver aux rameurs une résistante souvent insurmontable.

Lorsqu'on a amarré le cadavre d'une bnleine franche au navire, et que son volume n'est pas trop grand relativement aux dimensions du vaisseau, les chaloupes vont souvent à la recherche d'autres individus avant qu'on ne s'occupe de dépecer la première baleine.

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Dépècement des haleines. — Mais enfin on prépare deux palans , l'un pour tourner le cétacé, et l'autre pour tenir sa gueule élevée au-dessus de l'eau , de manière qu'elle ne puisse pas se remplir. Les dépeceurs s'habillent de vêtemens de cuir, garnissent leurs bottes de crampons, afin de se tenir fermes ou de marcher en sûreté sur la baleine, s'at' tachent une corde par le milieu du corps, et, la hache à la main , ils se disposent aux opérations du dépècement : elles se font communément à bâbord. Avant tout, on tourne un peu l'animal sur luimême par le moyen d'un palan fixé par un bout au mât de misaine , et attaché par l'autre à la queue de la baleirie. Cette manœuvre fait que la queue du cétacé , laquelle se trouve du côté de la poupe , s'enfonce un peu dans l'eau. On la relève, et un funin serre assez fortement une mâchoire contre une autre, pour que les dépeceurs puissent marcher sur la mâchoire inférieure sans couiir ledangerde tomberdans la mer, entraînés parle mouvementde cette mâchoire d'en bas. Deux dépeceurs se placent sur la lête et sur le cou de la baleine ; deux harponneurs se mettent sur son dos; et des aides , distribués dans deux chaloupes , dont l'une est à l'avant et l'autre à l'arrière de l'animal, éloignent du cadavre les oiseaux d'eau, qui se précipiteraient hardiment et en grand nombre sur la chair et sur le lard du cétacé. Cette occupation a fait donner à ces aides le nom de cormorans. Leur fonction est aussi de fournir aux travailleurs les instrumens dont ces derniers peuvent avoir besoin. Les principaux de ces instrumens sont des couteaux de bon acier, nommés tranchans y dont la longueur est de 2 pieds, et dont le manche a 6 pieds de long; d'autres couteaux, des mains de fer, des crochets, etc.

Le dépècement commence derrière la tête, trèsprès de l'œil. La pièce de lard qu'on enlève, et que l'on nomme pièce de revirement , a 2 pieds de largeur; on la lève dans toute la longueur de la baleine. On donne communément un pied et demi de large aux autres bandes qu'on coupe ensuite, et qu'on lève toujours de la tête à la queue, dans toute l'épaisseur de ce lard huileux. On tire ces différentes bandes de dessus le navire par le moyen de crochets; on les traîne sur le tillac, et on les fait tomber dans la cale , où on les arrange. On continue alors de tourner la baleine, afin de mettre entièrement à découvert le côté ])ar lequel on a commencé le dépècement, et de dépouiller la partie inférieure de ce même côté, sur laquelle on enlève les bandes huileuses avec plus de facilité que sur le dos, parce que le lard y est moins épais.

Quand cette dernière ojK'ralion est terminée, on travaille au dépouillement de la tête : on coupe la langue très-profondément, et avec d'autant plus de soin que celle d'une baleine franche ordinaire donne communément 6 tonneaux d'huile. Plusieurs pêcheurs cependant ne cherchent à extraire cette huiie (]ue lorsque la pèche n'a pas été abondante : on a prétendu qu'elle était plus sèche que les huiles provenues des autres parties de la baleine ; qu'elle était assez corrosive pour altérer les chaudières dans lesquelles on la faisait couler , et que c'était principalement cette huile extraite de la langue, que les

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ouvriers employés à découper le lard prenaient garde de laisser rejaillir sur leiirs mains et sur leurs bras, pour ne pas être incommodés au point de courir le danger de devenir perclus.

Pour enlever plus facilement les fanons , on soulève la tête avec une armure fixée au pied de l'artimon, et trois crochets attacliés aux palans dont nous avons parlé, et enfoncés dans la partie supérieure du museau , font ouvrir la gueule au point que les dépeceurs peuvent couper les racines des fanons.

On s'occupe ensuite du dépècement du second côté de la baleine, qu'on achève de faire tourner sur sa longueur, et on enlève le lard du second côté comme on a enlevé celui du premier ; mais comme, dans le revirement de l'animal, la partie inférieure du second côté est celle qui se présente la première, la dernière bande dont ce même côté est dépouillé est la grande pièce dite de revirement. Cette grande bande a ordinairement lo mètres (3o pieds) de longueur , lors même que le cétacé ne fournit que 2,800 livres d'huile, en environ 1,200 livres de fanons.

H est aisé d'imaginer les différences que l'on introduit dans les opérations que l'on vient d'indiquer, si on dépouille la baleine sur la côte ou près du l'ivage , au lieu de la dépecer auprès du vaisseau.

Lorsqu'on a fini d'enlever le lard , la langue et les fanons , on repousse et laisse aller à la mer la carcasse de la baleine. Les oiseaux d'eau et les ours marins s'attroupent sur ces restes immenses et en font curée.

Lorsqu'on veut arranger le lard dans les tonneaux, on le sépare de la couenne ; on le coupe par morceaux de 3 décimètres (11 pouces ) carrés de surface ou environ , et on entasse ces morceaux dans des tonnes.

Fonte du lard. — Veut -on le faire fondre, soit à bord du navire, comme les Basques le préféraient, soit dans un atelier établi à terre , comme on le fait dans plusieurs contrées, et comme les Hollandais l'ont praticjué pendant long-temps à Smeerenbourg, dans le Spitzberg? On se sert de chaudières de cuivre rouge ou de fer fondu. Ces chaudières sont trèsgrandes : ordinairement elles contiennent chacune environ 5 tonneaux de graisse huileuse. On les pose sur un foiirneau de cuivre , et on les y maçonne pour éviter que la chaudière, en se renversant sur le feu , ne cause un incendie. On met de l'eau dans la chaudière avant d'y jeter le lard , afin que la graisse ne s'attache pas au l'ond de ce vaste récipient, et ne s'y grille pas sans se fondre. On le remue d'ailleurs avec soin, dès qu'il commence à s'échauffer. Trois heures après le commencement de l'opération , on puise l'huile toute bouillante avec de grandes cuillers de cuivre : on la verse sur une grille qui recouvre un grand baquet de bois; la grille purifie l'huile en retenant les morceaux, pour ainsi dire infusibles. que l'on nomme lardons (1).

(1) On remet ces lardons dans les chaudières , pour en tirer une colle qui sert à din'erens usages j et après l'extraction de cette colle , on emploie à nourrir des chiens le marc épais qui reste au fond de la cuve.

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L^huile encore bouillante coule du premier baquet dans un second baquet, rempli aux deux tiers d'eau froide , et ayant communément un mètre de profondeur sur 2 mètres de largeur et 5 à 6 mètres de longueur. L'huile surnage dans ce second baquet, se refroidit, et continue de se purifier en se séparant des matières étrangères, qui tombent au fond 5 on la fait passer du second baquet dans un troisième, et du troisième dans un quatrième. Ces deux derniers sont remplis, comme le second, d'eau froide jusqu'aux deux tiers ; l'huile achève de s'y perfectionner, et du dernier baquet on la fait entrer, par une longue gouttière, dans les tonneaux destinés à la conserver ou à la transporter au loin.

Au reste , moins le temps pendant lequel on garde le lard dans les tonnes est long , et plus l'huile qu'on en retire doit être recherchée.

De l'huile de baleine. — Une baleine produit aujourd'liui environ 40 tonneaux d'huile, de i36 pintes chacun 5 autrefois les baleines, étant plus fortes, en produisaient jusqu'à 60 ou 80 tonneaux. Cette huile est employée très-utilement, soit à brûler , soit à préparer du savon , soit pour corroyer les cuirs , pour enduire les vaisseaux de brai , pour détremper les couleurs et pour une foule d'autres usages.

De quelques produits utiles que donne la haleine, indépendamment de L'huile et des fanons.

Les Groenlandais, et d'autres habitans des contrées du Nord, tirent plus de profit que nous de la baleine : ils en mangent la chair cuite, séchée ou à demi corrompue 5 et ils trouvent la peau , la queue et les nageoires de ce cétacé, qu'ils mangent presque toujours crues , très-agréables au goût. Le lard sert à leur nourriture et à brûler; la chair fraîche et salée de la baleine a souvent servi à la nourriture des équipages basques. Le capitaine Colnet rapporte que le cœur d'une jeune baleine qui n'avait encore que 5 mètres de longueur, et qui fut prise en 1793 , parut un mets exquis à son équipage. Avec les intestins de la baleine franche, les Groenlandais faconnent des espèces de rideaux pour boucher les fenêtres des cabanes , et des vêtemens pour les pêcheurs. Les tendons et les nerfs fournissent des fils propres à faire des filets ; on fait de très-bonnes lignes avec les poils qui terminent les fanons ; et on emploie , dans plusieurs pays , les côtes et les grands os de la mâchoire pour composer la charpente des cabanes, ou pour enclore des jardins et des champs. Enfin , on fabrique différens ustensiles propres à la chasse, à la navigation et au ménage , avec les os de la baleine.

De quelques façons particulières de pêcher la haleine.

L'industrie particulière de chaque nation a déterminé l'emploi de plusieurs proq,édés pour prendre les baleines.

L Les habitans de plusieurs îles voisines du Kamtschatka vont , pendant l'automne , à la recherche des baleines franches, qui abondent alors près de leurs côtes. Lorsqu'ils en trouvent d'endormies , ils s'en approchent sans bruit , et les percent

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.. ec des dards empoisonnés. La blessure, d'abord légère, fait bientôt éprouver à l'animal des tourmeas insupportables : il pousse, dit-on, des mugissemens horribles, s'enfle et périt.

II. Dans l'Amérique septentrionale, près des rivages de la Floride, des sauvages aussi exercés à plonger qu'à nager , et aussi audacieux qu'adroits , ont pris des baleines franches en se jetant sur leur tête , enfonçant dans un de leurs évents un long cône de bois, se cramponnant à ce cône, se laissant entraîner sous l'eau , reparaissant avec l'animal , faisant entrer un autre cône dans le second évent , réduisant ainsi les baleines à ne respirer que par l'ouverture de leur gueule , et les forçant à se jeter sur la côte ou à s'échouer sur des bas-fonds , pour tenir leur bouche ouverte sans avaler un fluide qu'elles ne pourraient plus rejeter par des évents entièrement bouchés.

III. Les pêcheurs de quelques contrées sont quelquefois parvenus à fermer, avec des filets très-forts , l'entrée très-étroite d'anses dans lesquelles des baleines avaient pénétré pendant la haute mer, et où, laissées à sec par la retraite de la marée , que les filets les ont empêchées de suivre, elles se sont trouvées livrées sans défense aux lances et aux harpons.

IV. Sur les côtes nord-ouest de l'Amérique, les naturels de Nootka déploient une grande adresse à tuer la baleine et à la transporter jusqu'à leur habitation. Voici, à cet égard, un bref extrait de ce que rapporte le capitaine J. Meares , dans son Voyage de la Chine à la côte nord-ouest de l' Amérique, traduction française, t.III^P' 21 : «C'est le chef de la peuplade qui conduit l'expédition , accompagné de ses sujets les plus l.'-ts et les plus braves. Il s'y prépare par des cérémonies religieuses, se revêt d'une peau de loutre de mer, et se frotte tout le corps d'huile et d'ocre rouge. Les canots dont on fait usage peuvent contenir dix-huit ou vingt hommes •, les harpons sont faits avec une habileté merveilleuse. Le chef lui-même est le principal harponneur et le premier qui frappe la baleine 5 il se fait accompagner de plusieurs canots remplis d'hommes et de harpons. Lorsque la baleine sent la pointe du premier crochet du harpon , elle plonge , emportant avec elle la perche à laquelle le harpon est attaché , et toutes les vessies qui y tiennent. Les canots suivent ces vessies , et chaque fois que l'animal reparaît à la surface , les harponneurs continuent de lui enfoncer leurs crochets dans le corps, jusqu'à ce que le nombre des bouées flottantes qui y sont attachées le mette dans l'impuissance de replonger sous l'eau. La baleine expire bientôt , et est traînée sur le rivage au milieu des cris de joie des assaillans. On la coupe sur-le-champ en morceaux : une partie est destinée pour le repas qui termine ce jour de triomphe, et le reste se distribue entre les pêcheurs. 3>

V. Les Groenlandais , à l'approche des lunes du printemps , se parent de leur grande jaquette de peau de chien marin , qui est bien cousue et qu'on peut remplir d'air en soufflant dedans. L'homme est renfermé dans cette jaquette enflée comme dans une vessie ; mais ses jambes et ses bras sont libres. Il

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est armé d'un grand couteau, qui pend à son côté avec une pierre à aiguiser, de grands harpons, de lances et de flèches ; et après quelques cérémonies religieuses , il entre dans son canot , qui est formé de peaux de phoques ou veaux marins , bien cousues et remplies d'air 5 il embarque sa femme et ses enfans avec lui, et leur fait courir tous les dangers de cette pêche. Sur cette frêle embarcation , il glisse légèrement sur les eaux, s'approche de la baleine avec une hardiesse étonnante , l'attaque avec intrépidité , et lui enfonce des harpons attachés à des peaux enflées comme des ballons et qui empêchent la baleine de plonger , à cause de leur légèreté spécifique. Ce gros animal, arrêté sur l'eau, est entouré des canots de Groenlandais, qui, la lance à la main , le percent de coups. Quand la baleine est morte, ils se jettent à la nage avec leur jaquette, qui les soutient dans l'eau 5 ils s'approclient , et, flottant d'eux-mêmes sur la mer, ils dépècent l'animal avec leurs couteaux, en jetant la graisse dans leurs canots. Malgré leurs mauvais outils , ils saveat détacher les fanons de sa gueule. Leur nourriture ordinaire est composée de cette graisse et de la chair de la baleine,

Oppien nous apprend qiie , de son temps , les pêcheurs de l'Océan atlantique attachaient aussi des peaux enflées aux baleines pour les empêcher de plonger.

VI. Notes sur la pèche de la baleine dans le grand Océan , recueillies par M. Pellion , enseigne de vaisseau , et extraites du Journal des Voyages , 8e. année , février 1826.

Quoique les procédés indiqués dans ces notes aient beaucoup de rapport avec ceux dont nous avons parlé en traitant de la pèche de la baleine dans les mers du Nord, nous croyons devoir, pour compléter les renseignemens acquis sur cette pêche importante , les insérer dans notre ouvrage.

La pêche de la baleine et l'extraction de l'huile qu'on en retire ne se pratiquent point de la même manière dans les mers boréales que dans celles du sud. Les baleiniers qui se rendent dans les parages septentrionaux , ne se trouvant ordinairement pas trop éloignés des continens , ont en général l'usage de découper le corps des baleines par morceaux pour les encaquer dans des barils , et ils les rapportent ainsi jusqu'au lieu de leur destination, où l'on procède à l'extraction de l'huile. Les baleiniers du grand Océan , dont les campagnes sont beaucoup plus longues , partent munis de tout ce qui est nécessaire pour exécuter à bord l'opération tout entière, et, par ce moyen , ne se chargeant que de l'huile qu'ils ont obtenue , en rapportent une plus grande quantité que les autres.

C'est de l'appareil et de l'instrument à l'usage de ces derniers que nous donnons ici la description : M. Pellion l'a recueillie dans son voyage autour du monde, sous le commandement de M. de Freycinet, et le mérite de cet officier distingué ne laisse aucun doute sur son exactitude. Elle a un but utile, c'est de donner l'idée et de fournir les moyens d'adopter généralement cette manière d'équiper les navires baleiniers, qui paraît présenter réellement

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plus d'avantages que l'autre. {Note du rédacteur du Journal des Voyages. )

Le canot cherche à prolonger l'animal de la queue à la tète; le harponneur est de l'avant, les avirons sont levés , le timonier est attentif; le harponneur saisit sur la fourche le premier harpon j il juge la distance , commande au patron , et marque de l'oeil la place , qu'il frappe à l'instant avec son fer de toute la force de son bras : la tête est la partie qu'il doit toucher de préférence.

La baleine est quelquefois si bien touchée, qu'elle tourne à l'instant et reste sur le coup.

Si elle demeure un moment à la surface, entraînant le canot après elle , le harponneur, qui a promptement saisi le deuxième fer, le lui lance de même que le premier.

Mais le plus souvent la baleine plonge verticalement, c'est ce que les pécheurs appellent sonder. Alors la ligne est filée autant qu'il le faut, pour ne point comj)romettre l'embarcation. Si elle s'engageait , elle serait coupée de suite , de même que si elle décapelait de sa goujure, en venant sur le travers 5 ce qui pourrait faire chavirer.

On a presque toujours deux lignes , qui font 480 brasses de filin. 11 arrive qu'on est forcé de tout filer : on met alors la bouée avec son pavillon sur le bout.

Lorsqu'on prévoit le dernier cas par la rapidité avec laquelle sonde d'abord le cétacé , on a soin, jiour le fatiguer, de ne filer qu'à retour , de manière que l'avant du canot sur lequel passe la ligne soit maintenu à fleur d'eau. On est également attentif à abraquer lorsqu'il y a un peu de mou , et il ne faut pas oublier d'arroser la ligne.

Cependant la baleine , épuisée, remonte bientôt à la surface pour respirer j la ligne s'abraque, et le canot se haie ainsi sur le monstre j un des nageurs prend le double du filin par le travers et s'accoste de plus près; le harponneur , armé de la lance, le frappe à coups redoublés au défaut de la tête ; le cétacé ne tarde pas à vomir le sang par son soupirail, signe certain de ses derniers efforts; enfin il tourne sur le côté; sa nageoire latérale semble, par des mouvemens précipités, posséder sesderniers principes de vie. Elle s'abat ainsi en peu de minutes, et l'animal est mort.

La baleinière prend le long de son bord ou à la remorque, si elle le peut, cet énorme corps; on l'élonge à un des côtés du navire , et on l'élingue de la manière suivante :

Deux caliornessontaffalées du grand mât; à l'une d'elles est fixé un croc , lequel se croche fortement à un trou pratiqué près de l'œil de la baleine, et cela en venant de dehors en dedans , c'est-à-dire la caliorne passant en dehors du corps et venant crocher au trou du dedans : l'autre se fixe à une élingue, qui suspend le corps.

Le croc fait tourner le poisson , et de dessus une planche placée extérieurement, le harponneur découpe la graisse à mesure avec le couteau fait exprès. Cette graisse se coupe d'abord en spirale , et , par des incisions faites dans le sens de sa longueur, 00 en détache des quartiers en forme de parallélipipèdes. Un homme pique ces quartiers avec la four-

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chelte , et les donne à bord, où ils sont de suite placés sur le chevalet pour être hachés à l'aide du croc et du couteau.

Lorsque les morceaux de graisse sont hachés , ils sont de suite jetés dans la chaudière, et lorsqu'ils ont rendu toute leur huile, ils servent à faire du feu.

L'huile clarifiée est prise dans le deuxième réservoir et mise en pièces.

Le blanc de baleine ou sperma-ceti est mis d'abord dans de grandes caisses en cuivre étamé^ qui sont placées dans l'entrepont , de chaque côté du grand mât, et dont les ouvertures donnent sur le pont. Ce blanc est fondu à loisir et avec soin , et mis dans des caisses en cuivre pour être arrimé.

Armement d'une baleinière.

Sept avirons, dont un en gouvernail ; cinq harpons, dont deux en bataille sur lafourclie et gréés de leurs lignes; les trois autres dans des étuis, le long du vaigrage ; trois lances, dont une en bataille , les deux autres en étuis comme les harpons; une hache , un couteau dans une graine de l'avant; une bouée avec son signal ; une ou deux lignes (d'un filin de 2 pouces et demi à-peu-près) ; chaque ligne , de 240 brasses, placée dans une baille , bien lovée et couverte d'un prélart ; un mât, une voile, un bidon, un gamelot.

Appareil pour fondre la graisse.

Deux chaudières en cuivre placées dans un fourneau en briques, cpi lui-même repose sur un réservoir d'eau pratiqué dans le pont.

Deux réservoirs en cuivre sont sur les faces latérales du fourneau ; la graisse fondue ou l'huile coule dans ces réservoirs par les ouvertures pratiquées dans la partie supérieure de l'appareil et y correspondant.

Le plus pur de cette huile s'introduit par une grille fermée par un robinet extérieur , et placée au haut d'une des faces de chaque réservoir; il s'introduit, dis-je, dans d'autres grands vases de fonte, où on le prend avec la cuiller pour le vider dans la manche.

Les morceaux de graisse qui sont jugés ne plus rendre d'huile sont enlevés avec une fourchette et mis au feu, que, seuls, ils entretiennent : les plus petits sont enlevés avec l'écumoire.

VIL Emploi des fusées à la Congrève pour la pêche de la baleine , et description de ces fusées. ( Extrait d'une lettre datée du 7 septembre 1822, adressée au lieutenant Colguhoun , de l'artillerie royale , par le capitaine Kay , commandant le navire baleinier la Marguerite, de Londres. t/b/zrnal des V^oyages.)

« Je vous adresse le récit de quelques essais que j'ai faits avec des fusées à la Congrève. Craignant que les harponneurs ne tirassent pas juste, je voulus essayer par moi-même l'effet des fusées ; mais ce ne fut que le 8 juin que l'occasion s'en présenta. Ledit jour, de grand matin, une baleine dune énorme dimension se montra près de mon bâtiment : je la poursuivis, et lorsque j'en fus assezprès, je tirai une fusée, que je dirigeai contre son flanc. L'effet

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qu'elle produisit sur ce poisson fut terrible : toutes ses articulations éprouvèrent un mouvement convulsif, et après avoir été quelques secondes dans cet état d'agitation, elle se renversa sur le dos, et expira. Nous découviîmes, en la dépeçant, que la fusée avait pénétré à travers le lard , et avait éclaté entre les côtes. La baguette et la partie inférieure de la fusée furent retirées entières : la partie supérieure avait éclaté en morceaux. Je tentai ma seconde épreuve, le 9 juillet, sur une baleine de la même dimension que la première; mais le mouvement rapide du poisson , joint à une grosse mer qui agitait beaucoup ma chaloupe , fut cause que la fusée n'entra qu'au-dessous du milieu du corps, ce qui en diminua beaucoup l'effet ; cependant l'explosion donna une forte secousse à l'animal , qui plongea sur-le-champ , mais se releva ensuite, en soufflant par ses évents une immense quantité de sang. La baleine fut alors harponnée et tuée avec des lances. Lorsqu'on la dépeça , on ne put trouver qu'une portion de baguette : il paraît donc probable que la fusée a éclaté dans le corps du poisson.

La fusée dont on se sert est contenue dans un tube ou cylindre creux, de 7 à 8 pouces de longueur et d'environ 3 pouces de diamètre. Elle se meut librement dans le tube , qu'on tient à la main eomme un pistolet 5 la partie destinée à entrer dans le corps de l'animal est armée d'une pointe d'acier, à une légère distance de laquelle se trouve un petit globe de fer de fonte destiné à éclater comme un obus; puis vient l'artifice, qui fait mouvoir la fusée comme une chandelle romaine. L'artilleur qui la lance peut viser comme avec une arme à feu : or , telle est la justesse du tir que ce moyen comporte, qu'à la distance de 3o à 4° verges on atteint trèsfacilement l'animal dans la partie du corps à laquelle on a visé. La fusée sort assez lentement du cylindre pour que peut-être (car l'expérience n'en a pas été faite ) on pût dérouler une ligne qui y serait attachée ; bientôt la vitesse devient extrême , et si elle frappe perpendiculairement la baleine , elle y pénètre à la profondeur de 5 à 6 pieds , éclate , et d'abord semble avoir anéanti l'animal , qui demeure stupéfait, engourdi, puis frissonne et revient à la vie , mais pour n'offrir qu'une faible résistance. L'explosion a lieu même sous l'eau , ce qui prouve que le feu de ces fusées ne s'y éteint pas. On pouvait craindre que la mort presque subite de l'animal ne le fit couler à fond ; mais il n'en est rien.

Réglemens sur la pèche de la baleine.

La pêche de la baleine et du cachalot exige de grands frais, et elle est accompagnée de grands dangers ; et comme celte pêche est une source de richesse et un moyen de former des matelots, les gouvernemens de l'Europe accordent des encouragemens à ceux qui s'y livrent. Nous en parlerons à l'article Pèche maritime, § 1 1 , et nous donnerons à la fin de ce Dictionnaire le texte des réglemens.

BALEINE DES EAUX DOUCES. On a donné ce nom au Glanis. V. ce mot.

BALEINON ou BALEINEAU. Jeune baleine.

BALENAS. C'est le membre de la baleine mâle.

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BALENGER. Nom qui semble avoir été donné aux bâtimcns qui, dans le moyen âge, péchaient la baleine dans l'Océan.

BALISAGE. C'est, en terme de rivières, le balaiement ou plutôt le nettoiement que l'on fait des rivières eu les faisant curer, et en ôtant de leurs lits les troncs d'arbres, poutres et autres choses qui peuvent nuire à la navigation.

BALISE , mot qui vient du latin barbare palitia, palitius. Les balises sont des signaux qu'on met sur les écueils auprès des atterrages, pour qu'on puisse les éviter. Ce sont des perches qu'on enfonce dans le sable ou dans la vase; d'autres fois ce sont des coffres , des tonnes ou des tonneaux de bois léger , retenus par des chaînes. Les pêcheurs appellent aussi balise une bouée qui indique où est établi un filet par fond pour le retrouver plus aisément. Ces bouées s'appellent communément des signaux.

BALISEUR. On appelle ainsi celui qui veille à ce que les riverains laissent 18 pieds sur le bord des rivières, pour la navigation.

BALISTE. Machine de guerre. On s'en servait, dans le moyen âge, pour tuer les Baleines. \ . ce mot.

BALISTE, balistes. Genre de poissons de la division des branchiostèges , dont le caractère consiste à avoir une nageoire sous le corps , placée au-dessous ou presque au-dessous des nageoires pectorales j la tête et le corps comprimés latéralement ; huit dents au moins à chaque mâchoire; l'ouverture des branchies très-étroite; les écailles ou tubercules réunis par une forte membrane.

Ce genre renferme vingt -huit espèces connues. Nous ne parlerons que des deux espèces qui , à raison des mers qu'elles habitent et de la qualité de leur chair, peuvent intéresser les pêcheurs français.

Le Baliste- ViEïLLE , ou LA Vieille , balistes vetula (Lin.) , ainsi nommé, parce que ce poisson semble, lorsqu'il est pris, grogner entre ses dents comme une vieille femme, a 12 rayons ou plus à la nageoire ventrale, et point d'aiguillons sur les côtés de la queue. Il parvient jusqu'à 3 pieds de long. Il a le dos d'un jaune foncé, rajé de bleu; le ventre gris, de chaque côté de l'œil ; sept à huit petites raies d'un beau bleu ; le bord des lèvres et les nageoires également bleus ; la queue traversée par des bandes de même couleur, et terminée par ui>e nageoire en croissant. Il est bien défendu sur le devant du corps, mais il ne l'est pas autant sur le derrière; et c'est par-là que les gros poissons le saisissent lorsqu'ils veulent en faire leur proie.

Ce poisson se trouve dans toutes les mers, entre les tropiques.

On le pêche à l'hameçon et à la fouane. On le mange grillé, après l'avoir écorché.

LeBALisTE-CAFRisQUE, counu à Marseille sous le nom de porc, à raison de son grognement, semblable à celui des cochons, et dans d'autres endroits sous les noms de sauris on poupon noble, se trouve dans toutes les mers des pays chauds, même dans la Méditerranée. Il a 3 rayons à la première nageoire dorsale , point de grands aiguillons auprès du rayon de la nageoire ventrale, la nageoire de la queue arrondie, elles couleurs du corps briMantes et variées,

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