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V. Appât et Achée

§ 7. — Des guideaux et verveux avec des ailes.

Quand on tend des verveux simples, soit dans les étangs , soit dans les herbiers où il y a beaucoup de poissons, on peut espérer une pêche iivantageuse, au moyen des appâts dont nous venons de parler. Mais lorsqu'il s'agit d'eaux courantes, il est tout autrement utile d'augmenter la vitesse du courant, et de déterminer le poisson à entrer dans les manches , en pratiquant des espèces de cloisons en forme d'entonnoir, qui y aboutissent. Il est évident que si l'on tendait un guideau ou un verveux au milieu d'un courant fort large , on ne pourrait pas espérer de faire une pèche avantageuse , parce que rien ne déterminerait le poisson à entrer dans le filet ; sa bouche ayant peu de largeur , tout le poisson qui passerait à droite et à gauche seiait perdu pour le pêcheur. C'est ce cjui a déterminé à faire précéder le filet par des ailes qui, formant une espèce d'entonnoir, rassemblent les poissons dans l'embouchure des chausses.

D'un autre côté, comme on a reconnu que plusieurs espèces de poissons se laissaient entraîner par la force du courant, on s'est proposé d'augmenter la vitesse de l'eau par des cloisons qui obligent une grande masse d'eau à passer par une ouyerture assez étroite ; c'est ce qu'on nomme des gors.

§ 8. — Manière d'ajuster des ailes aux verveux doubles , qu'on nomme louves.

Avant de tendre une louve dans les herbiers, il faut couper l'iierbe , pour /aire au travers une [ assée ou une coulée ( PL 26 , -ZV". V). En ce cas, les herbes qui bordent la passée forment en quelque sorte des ailes pour conduire le poisson dans la louve. Mais quand on veut placer le filet dans un endroit où il n'y a point d'herbe , et où la nappe d'eau est large, on ajuste , aux deux extrémités du corjis de la louve a b, deux grandes coiffes cd, et outre cela des ailes, qui sont des bandes du filet e f, qu'on soutient verticalement par des piquets, et qui s'étendent depuis la coiffe du filet jusqu'aux rives de l'eau.

Lorsque ce filet , ainsi ajusté , est dans une rivière où la marée remonte , on prend le poisson qui entre avec le flot, et celui qui veut retourner à la mer lors du jusant. C'esl pour cette raison que quelques-uns ont donné le nom de rajle à cette espèce de filet , où se trouvent arrêtés les poissons qui montent contre le courant , comme ceux qui suivent le fil de l'eau.

§ û. — Des verveux pierres et flottés , tendus dans des flaques d'eau ou des mares.

On a dit ci-dessus qu'on fait au bord de la mer , entre les rochers, principalement aux endroits où il reste de l'eau à mer basse, xine pêche avec des verveux qu'on nomme pierres , parce qu'ils sont as-

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sujettis avec des pierres {PL 26, I\^. Jf-^fig. 4)- On ajoute à la bouche de ce verveux des ailes e e, quand on tend ces filets soit sur des grèves , si^t dans des endroits où la nappe d'eau est large. Su[)posi' qu'on établisse le verveux dans un endroit où il reste de l'eau de basse mer, on n'arrête point ces ailes avec t\es pieux 5 on se contente de mettre i\ la ralingue qui borde le bas du filet des pierres qui le fassent porter sur le fond, et au bout en e une grosse câblière ; puis on attache des flottes de liège à la corde, qui bordent le filet par en haut. Ces ailes, qui se tiennent à-peuprôs droites, et qu'on a soin de suffisamment écarter l'une de l'autre, forment un entonnoir, qui dirige le poisson vers le verveux.

On tend aussi de ces verveux sur des sables à pied sec. En ce cas, on arrête les ailes plus régulièrement, ou avec des pieux, ou en les attachant à quelque roche , ou enfin en les amarrant à de grosses càblières , dirigeant toujours la bouche du filet de façon qu'elle reçoive l'eau de quelque courant. On fait maintenant peu d'usage de cette espèce de filet.

§ 10. — Des guideaux ou verveux tendus dans des Jlaqiies d'eau où il y a peu de courant.

Dans les mares et les étangs où il y a peu de courant, on emploie quelquefois des pieux et des filets pour former des palissades en zigzag {PI. 26, N° . F, fip. 1) ^ qui couvrent toute l'étendue du terrain, et on place des guideaux ou des verveux aux angles saillans , quelquefois même aux angles rentrans. Ces grandes ailes ou palissades servent à conduire le poisson dans les filets. Il est sensible qu'on peut ajuster ces ailes en bien des façons différentes , pour les rendre convenables aux terrains sur lesquels on les tend ; et souvent on a soin de diriger l'embouchure des guideaux ou des verveux en plusieurs sens, pour qu'ils reçoivent les poissons qui nagent suivant différentes directions.

§11. — Des moyens de rendre la pêche aux guideaux et verveux plus abondante.

Nous avons dit qu'il était avantageux de tendre les guideaux et les verveux dans des courans , et que cette pèche devenait plus utile , à proportion que l'eau avait plus de rapidité. Il est sensible que c'est pour arrêter au passage les poissons qui suivent le courant, qu'on y place ces filets 5 et on fait l'embouchure des filets fort large, pour qu'une jilus grande masse d'eau en traverse la manche.

Les meuniers qui ont plus d'eau qu'il ne leur en faut pour faire tourner leur moulin parviennent à élargir l'embouchure de leurs filets et à augmenter la vitesse du courant, en plantant des files de pieux qui s'entretouchent, d a, caiPl. 26, iV°. JII). Ces files rétrécissent le cours de l'eau et l'obligent de traverser les manthes que l'on a ajustées en c et en d. Le bout y de la manche c est fermé par un lien , et celui de la manclie d aboutit à un panier^, dans lequel se rassemble le poisson.

Les meuniers font aussi des ouvertures dans la chaussée qui conduit l'eau vers leur moulin, pour

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y ajuster un verveux e. Par ces industries, qu'on peut varier de différentes manières, toute l'eau d'une petite rivière traverse les filets, où se trouvent arrêtés tous les poissons qui en suivent le cours.

Il faudrait , pour ne point altérer la ([ualité du poisson, employer des verveux, ou soutenir l'intérieur des guideaux ouvert avec des cerceaux , comme on le voit à celui qui est coté e. Pour no point faire de tort à la multiplication du poisson, on devrait aussi donner 2 pouces d'ouverture aux mailles, même au bout des manches : c'est ce que ne font pas les meuniers.

§12. — De la tente des guideaux et verveux dans

les gars.

Il arrive assez souvent qu'il se rencontre des îles ou îlots dans les rivières navigables (PI. 36, iV". IJ) : alors on laisse le grand bras libre pour la navigation, et les pêcheurs font dansles petits bras ce qu'ils nomment des gors. Ce sont de grands entonnoirs c f faits avec des pieux jointifs , le bout évasé étant du côté du haut de la rivière, et ils ajustent au sommet de l'angle des guideaux ou des verveux e. Il est sensible qu'au moyen de ces gors, on prend tout le poisson qui peut passer par les petits bras, et que le poisson cjui se trouve engagé entre les files de pieux est déterminé à entrer dans les manches, qu'il y est même en quelque fiicon forcé par la vitesse du courant, qui est beaucoup augmentée par le rétrécissement que forment les gors.

Il y a des gors à quelques lieues au-dessus de Rouen, en allant vers Paris; mais on ne peut en placer plus bas , à cause de la marée qui remonte dans la Seine avec beaucoup de rapidité.

§ i3. — Tente des verveux dans les haies.

Les haies ou arrêts sont des files de pieux a b {PI. 27, 7V°. III)., qu'on met sur le bord des rivières pour diminuer le courant de l'eau. On a donné le nom de haie au remou ou tournoiement d'eau qui est occasionné par ces pieux. Les pêcheurs placent des verveux, en sorte que Fembouchure regarde d'un peu loin l'endroit où se rapproclient deux files de pieux, afin que les poissons qui vont s'y ranger pour être à l'abri du courant entrent dans le filet. Ainsi , ces verveux se placent dans la haie des gors, au lieu que ceux dont nous avons parlé se tendent la plupart à la pointe et dans le fort du courant : c'est pourquoi les verveux qu'on met dans les haies ne font aucun tort à la multiplication du poisson, et les poissons qui entrent dans ces filets y restent long-temps en vie.

Quand on tend des verveux à l'embouchure des rivières où la marée monte , on place la bouche des verveux à amont ou à aval , suivant le cours de l'eau.

On voit, dans \di Jig. iV". III, que la pointe des verveux est retenue par des piquets d, et l'ouverture c par des càblières ee, qui sont aux pointes des cerceaux de la coiffe : cela suffit quand on n'oppose pas la bouche du filet au courant ; mais quand on les pose en sens contraire , il est bon de mettre des piquets au lieu des càblières.

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§ i4' — Des gors , verveux ou guideaux sur les grèves au bord de la mer.

Ce que nous venons de dire des gors sert pour en établir au bord des rivières; mais on en tend aussi au bord de la mer, ,sur les grèves, que la mer recouvre. Leurs palissades peuvent être formées de pieux ou i)alots ( PL 26 , N°. II) ou avec des clayonnages ( P/. 27, N°. II), qu'on nomme en quelques endroits des braies, ou avec des filets soutenus par des piquets {PL 27, JV*". /), et qu'on nomme volontiers tonnelles^ toutes ces choses sont assez indifférentes, pourvu que l'ouverture du filet soit du côté de terre , et sa pointe du côté de la mer. 11 faut aussi établir le gor dans un endroit d'où la marée se retire avec vitesse. C'est pourquoi l'embouchure des petites rivières est favorable, et les grandes vives-eaux sont avant;igeuses pour cette pèche, ainsi que les chaleurs, parce qu'alors les poissons donnent à la côte plus abondamment. Mais il arrive quelquefois des tourmentes qui bouleversent tous ces filets.

Comme les verveux et leurs ailes ont peu de hauteur , la marée recouvre tout cet appareil j et lorsqu'elle se retire , le poisson qui n'a pas passé pardessus les ailes est pris : ce qui arrive au plus grand nombre.

Les ailes des gors, qui sont presque réunies par un de leurs bouts a ( PL 27 , N°^. /et /7), s'écartent, du côté c 6, de 20 ou 3o toises.

Sur les côtes oii il y a beaucoup de pierres plates , on forme les ailes des gors ou avec des murs à pierres sèches , ou avec des pierres longues et minces qu'on plante debout dans le sable : ces divers moyens reviennent au même pour l'effet.

A l'égard des tonnelles formées avec des filets, il y a des pêcheurs qui aftermissent le bas des ailes avec des pierres et un petit clayonnage. Cela est défendu , parce que l'intérêt public exige qu'il reste un peu de jour au-dessous des ailes , pour laisser échapper les petits poissons.

Quand les bars et les mulets approchent du verveux , et que les ailes sont assez rapprochées l'une de l'autre, ces poissons ont l'adresse de sauter pardessus. Il y a des pêcheurs qui , pour empêcher qu'ils ne leur échappent , tendent d'une aile à l'autre, en cet endroit, un filet horizontal : c'est ce qu'on appelle verveux avec jambe, et chasse couverte.

Rcgleniens.

Les verveux sont des instrumens de pêche dont l'emploi dans les fleuves et rivières est permis; mais les roglemens ont fixé la distance à mettre entre les baguettes ou brins d'osier qui les composent. Nous en avons parlé au mot Engin ( voy. ce mot ) , et à l'article Pêche.

Quant à l'emploi des verveux pour la pêche à la mer, il faut consulter la déclaration du roi , du 18 mars 1727, qui est à la fin de ce Dictionnaire.

VIBORD. Partie du vaisseau qui s'élève au-des-' .sus du pont le plus élevé , et forme avec ce pont une espèce de coffre.

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