‹ Traité général des eaux et forêts, chasses et pêchesChapitre 42 sur 344 · ERO · texte numérisé non relu

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Il paraît, malgré les assertions contraires , que les brochets supportent difficilement les transports lointains, et comme ils meurent promptement si on ne les conserve dans l'eau , le débit de ce poisson est toujours moins assuré que celui des carpes , qui peuvent attendre les acheteurs.

On doit éviter de mettre de gros brochets dans les étangs, parce qu'ils nuisent beaucoup aux produits par la consommation qu'ils font des autres poissons, M. Bosc conseille d'adopter l'usage pratiqué en Allemagne pour l'aménagement des étangs, et qui consiste à faire passer successivement, et tous les ans , les poissons du même âge d'un étang dans un autre. Par ce moyen, on est le maître d'avoir le nombre et la grosseur de brochets que l'on veut, et loin d'être nuisibles, ils deviennent utiles en mangeant tous les produits des carpes, des brèmes, des tanches, etc., et toute la blanchaille des étangs, produits qui consomment la subsistance du gros poisson , et empêchent celui-ci de profiter et d'engraisser.

Pêche du brochet.

On prend le brochet de diverses manières : en hiver sous la glace ; en été , avec des appâts ; dans toutes les saisons, au clair de la lune ; dans les nuits sombres, au feu des bois résineux. On emploie pour les pêcher Vhameçon , le trident , le collet , la truble , Vépenierf la louve, la nasse^la. seine et toutes sortes de filets; mais on n'en fait pas de pêche particulière avec les filets ; cependant la seine et l'épervier sont ceux avec lesquels on réussit le mieux.

Un gros brochet qui a donné dans le filet, y fait quelquefois une trouée avec ses dents ; (quelquefois il se maille, ou il se prend par le milieu du corj)S en essayant de forcer le passage. Lorsqu'il est cerné, il nage à la surface de l'eau , et au moment où il se voit rapproché de la rive, il saute par-dessus le filet, quelquefois à près de 3 pieds de haut, en parcourant une ligne proportionnée à cette élévation.

PêcJie du brochet à la ligne. — On pêche le brochet à la ligne volante et aux lignes dormantes.

Ce poisson mord très-bien aux amorces vivantes, et l'on emploie comme telles le gardon, le rouget, la vandoise, la perche, le gangan , la grenouille.

Pêche à la ligne volante. — Quoique la voracité du brochet le porte à attaquer toutes les amorces qu'on lui présente , on doit cependant préférer les gardons vivans. Il faut, quelle que soit l'amorce dont on se sert, que sa grosseur, ainsi que celle du hameçon, soit proportionnée à la grosseur des brochets qu'on suppose exister dans l'étang.

La pêche se fait avec une canne à moulinet, sur laquelle on dévide la ligne jusqu'à la longueur convenable, et comme, dans cette pêche, l'hameçon doit être entre deux eaux , il faut , si la profondeur est de 6 pieds, laisser 3 pieds de distance entre l'h;i^ meçou et le bouchon. Pour amorcer l'hameçon , on en fait entrer la tête dans la bouche du poisson , et on la fait sortir au-dessous des ouïes; on attache ensuite l'hameçon à la ligne, et on lie par-dessus la queue du poisson. Cette méthode a l'avantage de permettre au poisson de vivre plus long-tem])s ; on peut ensuite couper au gardon une nageoire pecko-

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raie, ce qui le fait pirouetter clans Peau, et attire davantage le brochet , qui croit que c'est un poisson blessé, et dont il pourra s'emparer plus facilement. Lorsqu'on se sert de petites perches pour amorcer, on leur coupe la nageoire dorsale, à cause des piquans, dont le brochet se méfie.

Après avoir ainsi disposé la ligne | on jette l'haniecon à l'endroit où l'on suppose qu'il y a des brochets, et, les yeux fixés sur le bouchon , on attend que ses mouveniens indiquent la présence d'un de ces poissons. Comme le brochet saisit l'amorce avec force et vivacité , il est important de faire la plus grande attention pour lui rendre la main et dévider la ligne; sans quoi, il pourrait la rompre si la résistance était trop forte. Lorsqu'on a dévidé la longueur de la ligne, le brochet, fatigué par ses efforts et par la blessure que l'hameçon lui a faite dans les intestins, car il l'avale ordinairement, commence ù opposer moins de force; on roule alors la ligne peu-à-peu, et on parvient, en le faisant boire de temps en temps , à le sortir de l'eau, et à l'aide de l'épuisette , on achève de le tirer à terre.

Pêche aux lignes dormantes. — Les lignes doivent être très-solides et fortement attachées sur le rivage. On y emploie des hameçons à brochet, nos. 1 et 2 , empilés sur fil de laiton , et amorcés également avec de petits poissons. Si on amorce avec une grenouille , on place l'hameçon dans la bouche de cet animal pour qu'il vive plus longtemps.

Lorsqu'on a amorcé avec l'un ou l'autre appât, on cherche à fixer la ligne à quelque branche près de l'asile du poisson; on tourne cette ligne autour d'un bàlon fourchu, à l'exception d'une demi-toise de longueur; on fend ce bâton à l'un de ses bouts , pour empêcher la ligne de se dérouler. Lorsque le brochet mordra à l'hameçon , il s'y prendra.

Si on veut que la ligne tienne à une place fixe , on y attache un morceau de plomb , une pierre ou un morceau de tuile ; ce qui sert comme d'ancre à la ligne dormante.

Lignes attachées à des corps Jlottans. — On fait une sorte de pêche , qui est assez amusante , et qui consiste à attacher les hameçons amorcés avec de j)etits poissons ou des grenouilles vivantes à une botte de paille , au corps ou aux ailes d'une oie ou d'un canard , qu'on chasse au milieu de l'étang ou de la rivière , ou à des vessies gonflées, à des branches , à des bottes de foin, qui nagent sur l'eau, et servent ainsi à faire la pêche pendant qu'on se promène sur le rivage ; mais on se sert plus ordinairement de vessies , qu'on emploie au nombre de sept à huit. On y attache une forte ficelle , dont la longueur doit atteindre à la moitié de la profondeur de l'eau dans laquelle on veut pêcher. On empile sur cette ficelle un hameçon à brochet, no*. i et 2 , que l'on amorce avec un petit poisson vivant : on met ces vessies à l'eau , et bientôt le vent les pousse au large. Le lendemain matin, on vient voir ce qu'elles sont devenues , et s'il y a un brochet pris , on le reconnaît à l'agitation de la vessie , qui ne fait que monter et descendre. A l'aide d'un batelet, on court après cette vessie, que l'on est quelque temps sans pouvoir saisir , à cause des efforts que fait le bro-

chet, qui cherche à s'éloigner. Si l'on veut s'éviter la peine de courir après les vessies, on peut y attacher une longue ficelle. On dit cjue cette pêche plaît beaucoup aux Anglais, qui font des paris assez considérables en faveur d'une de ces vessies , que l'on peint alors de diverses couleurs.

De la chasse du brochet. — On expose, dans un jour serein , un miroir au soleil , et on en fait aller la réflexion dans l'endroit de la rivière où l'on sait qu'il y a beaucoup de brochets. Ils paraissent bientôt entre deux eaux, attirés par la réflexion de la lumière, et on prend cette occasion pour les tuer à coups de fusil : quand ils sont atteints, ils paraissent sur l'eau.

J'observerai que la chasse au fusil , pour toute espèce de poisson, est un moyen destructeur, qui ne profite guère à celui qui s'en sert. Je l'ai vu employer dans des étangs pour tuer des carpes au moment où elles se pâmaient sur l'eau; on en blessait beaucoup, qui mouraient quelque temps après, et qu'on retrouvait corrompues, tandis que celles qui étaient tuées sur-le-champ étaient en très - petit nombre. Comme le brochet présente moins de largeur que la carpe, la chasse au fusil doit être toutà-fait proscrite à son égard.

Pêche au collet de crin. — Comme le brochet dort quelquefois au soleil près des bords , on le prend avec un collet , et pour cet effet on se sert d'une perche de bois léger, qui ait une longueur suffisante; on attache au bout de cette perche un collet de crin de cheval en six doubles, et on l'ouvre le long de la perche , et non en travers.

Lorsque le temps est serein et l'eau limpide , on se promène le long de la rivière, et si l'on voit un poisson dormant , on pourra s'en approcher en silence, pour ne point l'éveiller, jusqu'à ce qu'on soit à portée de le toucher avec la perche; on lui pusse adroitement le collet , et on l'enlève d'un coup hors de l'eau. Le brochet ne s'échappe point, quoiqu'on le touche; il ne s'enfuitque lorsqu'ilentend du bruit. S'il arrive que le poisson endormi ne soit pas bien tourné, on peut le toucher doucement du bout de la perche, et le placer convenablement sans qu'il s'épouvante.

On fait cette pêche depuis le mois de février jusqu'au mois d'août.

Pêche d lafouane. — On pêche encore le brochet à la Fouane. (V. ce mot.) Cet instrument, dont la forme varie, est le plus communément un trident , qui est monté au bout d'un long manche. On s'en sert pour percer le brochet lorsqu'on l'aperçoit, ou bien on l'enfonce dans l'eau à l'endroit où l'on suppose qu'il y a du poisson.

BROCHET-CARREAU. Nom que l'on donne aux gros brochets.

BROCHET DE MER. Les pêcheurs donnent ce nom au Merlus. V. ce mot.

BROCHETON. Petit brochet.

BROQUER. Ce motse prend dansplusieurs acceptions, et se dit des poissons qu'on attache aux haims pour servir d'appâts. On dit aussi que les poissons se braquent ou se maillent dans les manets , lorsque , étant engagés di;ns une maille par la tète , ils

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