CAP
CAPELAN , gadus miri^utits. (Lin.) Poisson du genre des gades , qui est connu à Marseille sous ce nom de capelun , et sur l'Océan sous celui d'q^'cier. Ce poisson a 6 ou 7 pouces de longueur , la nageoire de la queue arrondie , la màclioiie supérieure plus avancée que l'inférieure , le ventre trèscaréné , l'anus placé à-peu-près à égale distance de la tète et de la queue , les yeux grands , l'iris argenté , la gueule assez grande , le dos d'un roux clair et le ventre d'un blanc sale et argenté, l'un et l'autre brillansj les écailles très-petites, le dos garni de trois ailerons, deux ailerons sous le ventre. La chair de ce petit poisson est tendre , délicate et d'un bon goût.
Les capelans arrivent en grandes troupes sur les côtes de la Méditerranée , et leur présence annonce l'approche de nombreux poissons voraces , tels que les montes , les dorscs , les égrejins , dont la pèche procure de grands bénéfices. Le capelan, hors cette époque , qui est celle du frai , se tient dans les jirofondeurs de la mer , où il vit de petits poissons , de petits coquillages et de vers.
On pèche le capelan de bien des manières : en Provence , on en prend beaucoup avec le brégin et \e garigui dans des anses, où il se rassemble quelquefois en assez grand nombre. Il s'en prend encore plus ordinairement à la seine.
Capelan de Terre-Neuve. Ce poisson, dit Duhamel , est bien différent de celui dont on vient de parler : sa longueur est à-peu-près de 6 pouces 5 sa tète diminue beaucoup de grosseur en approchant du museau ; elle a depuis cet endroit jusque derrière les opercules des ouïes deux neuvièmes de la longueur totale du poisson. L'anus est aux deux tiers de cette longueur , du côté de l'extrémité du museau. La forme du corps de ce poisson est singulière : le dos ou la partie supérieure est bombé; on aperçoit au milieu un enfoncement bordé de deux petites éminences , qui s'étendent de toute la longueur du poisson; la partie bombée est bordée par deux cordonnets , c|ui sont très-saillans ; les hélices sont formées par des écailles allongées et pointues. Les pêcheurs assurent que les capelans ont dans l'eau des couleurs très-éclatantes , qui contribuent à attirer les morues.
On pèche ce petit poisson dans des anses, où il se rassemble quelquefois en assez grande quantité pour en prendre avec des manets, mais pour l'ordinaire avec des seines, qu'on tire sur le sable. 11 en paraît quelquefois des bancs si considérables près de la surface de l'eau , qu'on les pèche en pleine eau avec deux bateaux : on en prend aussi avec des tramaux. Lorsque ces poissons se portent à la superficie , il y a des oiseaux c[ui plongent assez avant pour leur donner la chasse. Ces poissons sont très- Dons à manger frais; cjuelquefois cependant, mais fort rarement, on en sale quelques barils. Lorsque la pêche est abondante , on en sale aussi en saumure et à mi-sel , pour employer en appâts lorsqu'on en manque de frais. V. l'article Morue , où nous parlons de la pêche de ce poisson pour appât.
CAPELANlEllS. Bateaux destinés à la pèche des capelans en Amérique.
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CAPOULIERE. Nappe de filet d'auffe à larges mailles, qu'on meta l'entrée des bourdigues pour empêcher le poisson de s'échapper, et c|u'on abat pour laisser passer le bateau quand il s'en ()résente. V. Bourdigues.
CAPPA. Poisson du genre des Labres. V. ce mot.
CAQUE. Baril dans lequel on met le hareng blanc salé.
CAQUER LE POISSON. C'est lui ouvrir la gorge et lui arracher les ouïes. On caque les harengs en les mettant dans des cacjues ou barils lorsqu'ils sont salés. V. Hareng.
CAQUEUSE. Femme qui, avec un petit couteau qu'on nomme caqueux , ôte les ouïes et une partie des entrailles aux poissons qu'on doit saler en blanc. On l'appelle aussi habilleuse.
CAQUEUX. Couteau qui sert à caquer les harengs.
CARAMOL. V. Chevrette.
CARAMASSOU. On appelle ainsi , à l'embouchure de la Seine, le poisson qu'on nomme ailleurs Scorpion de mer. V. ces mots.
CARANGUE. Poisson blanc et plat , long de 3 à 4 pieds sur un pied de largeur , et de 4 à 5 pouces d'épaisseur, qui est très-commun à la Martinique , où il donne beaucoup d'exercice aux pêcheurs, par les sauts et les efforts qu'il fait pour se dégager de l'hameçon ou de la seine. Sa chair est blanche, grasse, savoureuse, nourrissante et saine. J-ia carangue entre dans les rivières.
CARANX , caranx. Genre de poissons établi par Lacépède dans la division des thoraciques ., et qui comprend quatorze espèces, dont les plus importantes pour la pêche sont :
LeCARANX-TRACHURE, scomber lrachurus(hin.) , qui est connu en France sous les noms de saurel , sieurel , sicuril , gascon , gascanet , chicarou et maquereau bâtard. Ce poisson, qui a rarement un pied de longueur dans la Baltique, et qui en a souvent plus de 3 dans la Méditerranée , a le corps allongé et comprimé , la tète grosse et un peu inclinée , la mâchoire inférieure plus longue et relevée, les dents petites, les yeux pourvus d'une membrane , le dessus du corps d'un vert bleu et le dessous blanc, une tache noire sur l'opercule des ouïes, une fossette sur le dos , la nageoire de la queue en croissant , 34 rayons à la seconde nageoire du dos , 3o à l'anale ; la ligne latérale garnie de petites plaques armées d'aiguillons.
Le trachure se trouve dans presque toutes les mers et sur-tout celles des pays chauds. Il arrive au printemps sur les rivages pour y déposer son Irai , et c'est à cette époque qu'on en prend de grandes quantités au filet et à la ligne. Dans le nord, on estime sa chair, quoique d'une qualité inférieure à. telle du maquereau , cju'on pêche en même temps; mais à Rome il n'y a que la classe pauvre du peuple qui la mange
Le Caranx glauque , scomber glaucus (Lin. ) , qui est connu sur nos côtes méridionales sous les noms de derbio ., de biche, de cabrole et de damo , et qui se trouve dans l'Océan et dans la Méditerranée, a le dos de couleur glauque, le ventre blanc, 26 rayons à la seconde i:ageoire dorsale , et 25 à
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l'anale. Sa chair est blanche , grasse et de bon goût.
Le Cahanx-Carangue. V. Carangue.
Le Caranx-Verdieu. V. Verdier.
CARASSIN , cyprinus carassius. (Lin.) Poisson du genre cyprin, qu'on nomme aussi hamburge. On le trouve dans les petits étangs et les petits lacs de l'Europe , où il parvient rarement au poids d'une livre. Il a le corps très-large , très-épais et couvert d'écaillés de moyenne grandeur, le dos brun, les côtés verdâtres, le ventre jaunâtre avec quelques taches rouges , les mâchoires armées de cinq dents , lO rayons à la nageoire anale et la ligne latérale droite. 11 aime les petits lacs et les étangs dont le fond est marneux. Sa nourriture est celle des carpes. On doit éviter de mettre beaucoup de carassins dans les étangs consacrés à celles-ci , parce qu'ils les affameraient, et que d'ailleurs ils croissent plus lentement et donnent des produits moins avantageux. Ce poisson fraie au milieu du printemps, et il est très-fécond : on a trouvé jusqu'à 93,700 œufs dans une femelle 5 mais il a beaucoup d'ennemis, sur-tout dans sa jeunesse. On le multiplie aisément dans les petites mares, où on peut le nourrir avec du pain de chenevis , des pois et des fèves cuites, du fumier de brebis , et les matières animales et végétales cuites cju'on rejette delà cuisine. On pêche ce poisson au filet et à l'hameçon. Sa chair est blanche, tendre, peu garnie d'arêtes, et fournit un aliment sain aux malades.
CARAVELLE, CREVELLE ou CLTNQUART. Petits bâtimens de i5 à 3o tonneaux , qui sont employés pour la pêche du hareng. Ceux qui servent dans la Manche ne sont que de j 2 à i5 tonneaux.
CARCASSE. On nomme ainsi de grandes glines ou corbeilles couvertes, dans lesquelles 00 met les grands poissons qn'on a péchés. Ce sont sur-tout les pêcheurs-parquiers qui en font usage. V. Parc.
CAR DAINE. V. Raie.
CARDINEAU. L'un des noms de la /^/Ze.
CARDON. On nomme ainsi à Caeu les petites chevrettes.
CARÉNÉ. On appelle ainsi toute la partie d'un bâtimentqui estsubmergée : on dit aussi œuvre vive. On nomme encore carène l'endroit dont on couvre cette partie.
CARLOCK. Quelques personnes donnent ce nom à la colle de poisson qui vient d'Archangel.
CARNlAU. C'est un tuyau de bois qui communique de l'étal à la cale , et dans lequel l'habilleur de morues jette son poisson pour qu'il tombe dans la cale à portée du saleur. V, Morue.
CARPE, cyprinus carpio. (Lin.) Poisson du genre des cyprins, propre aux eaux douces de l'Europe , et qui présente plus qu'aucun autre des ressources pour la nourriture de l'homme.
Dénomination . — En italien , carpa , carpena ^ en allemand , karpfen ou karpen^ en hollandais, karpen ; en anglais , carp.
Histoire. — 11 ne paraît pas que la carpe ait été connue des Grecs , c'est du moins ce que l'on peut conclure des expressions d'Aristote, qui est supposé en avoir parlé le premier, et qui emploie une dénomination qui pourrait bien n'être qu'un nom gé- «éri^iue. Il suffit d'ailleurs qu'il ait avancé que ce
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poisson frayait six fois par an , pour qu'on soit autorisé à penser qu'il n'en parlait que d'après des rapports étrangers.
La carpe est originaire des contrées de l'Asie placées sous dés latitudes tempérées ; l'espèce n'en fut introduite qu'assez tard et par degrés dans les eaux courantes ou closes de l'Europe. Les Romains , qui subjuguèrent les Grecs et qui l'emportèrent sur eux dans tous les genres de luxe, n'auraient pas manqué de compter ce poisson au nombre des meilleures espèces que la Grèce fournissait. Pline en parle comme d'un poisson de mer , par cette raison que de son temps la carpe venait encore des côtes de l'Asie mineure , où des barques légères allaient chercher les espèces les plus délicates , les plus rares , destinées à être servies sur la table des empereurs. Ces poissons, péchés en Asie, étaient amenés vivans à Rome au moyen de réservoirs pratiqués à ce dessein dans l'intérieur des barques , genre de transport que la carpe soutenait comme l'anguille sans rien perdre de sa qualité.
Il l'esté beaucoup d'incertitude sur la véritable espèce de Ce poisson chez les anciens ; mais il est constant qu'elle est originaire d'Asie \ que de la Perse elle a été transportée dans les contrées orientales de l'Europe, et que ce cyprin, après avoir traversé la mer Noire , est remonté jusqu'à une certaine distance de l'embouchure du Danube et autres fleuves , et s'est naturalisé de lui-même dans les eaux de leur cours supérieur.
La carpe fut mieux connue dans le moyen âge. On la nourrissait dans des étangs en France et en Allemagne ; Vincent de Beanvais en fait mention , et c'est d'elle qu'il est parlé sous le nom de carpeau dans l'ordonnance de i258. Pennant observe qu'elle fut importée beaucoup plus tard en Angleterre , elle ne le fut cjue sous Jacques \^''. ^ mais il n'en est pas moins certain qu'en 1289 elle était connue en France sous le nom qu'elle porte aujourd'hui, quoiqu'elle ne soit pas nommée dans les Proverbes du XIIT'. siècle. Ce poisson est particulièrement cité dans les ordonnances de i3i 2 et i3i7, qui fixent la longueur des poissons dont la vente sera permise dans les marchés, et il faut qu'il fût déjà très-commun en France en i328, puisque, dans le festin donné par la ville de Reims à l'occasion du sacre de Philippe de Valois et de Jeanne de Bourgogne , il fut servi 2619 carpes. Les ordonnances rendues pour la police de la pêche dans la Somme et dans la Seine, en i344î 1387 et 1402 , parlent de la carpe comme d'un poisson qui n'était pas plus rare que la brème ou le barbeau , et puisque la carpe se trouvait dans la Somme il n'est pas douteux que beaucoup d'autres rivières de France n'en fussent également pourvues : nous pensons que c'est le poisson désigné parle nom de carpeait dans l'ordonnance de i35o, et c'est bien évidemment le même qui se trouve compris dans le tarif des droits à acquitter à Naerden , publié en i324 i>ar Guillaume IV, comte de Hollande.
Description. (V. la PL <)ijig' 2.) La grosseur des carpes varie beaucoup ; leurs couleurs sont également sujettes à varier selon l'âge et le lieu d'habitation ; ces couleurs sont en général plus foncées
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"dans la jeunesse, et deviennent presque blanches dans la vieillesse. Dans les eaux vaseuses , elles prennent des teintes plus obscures.
Les carpes ont la tète grosse et aplatie en dessus ; les lèvres épaisses , jaunes et garnies en dessus de cjuatre barbillons , dont les supérieurs sont trèscourts \ les mâchoires garnies de cinq larges dents, et l'entrée du gosier pourvue d'aspérités que l'on sent au doigt 5 les yeux noirs, avec un cercle jaune ; les ouïes couvertes d'un opercule cannelé et d'une membrane soutenue par 3 rayons ; le corps ovaleallongé , épais , couvert d'écaillés grandes , arrondies , et striées longitudinalement ; le dos et la tête d'un bleu verdcàtre ; le ventre blanchâtre , et les côtés jaunâtres , variés de bleu ou de noir 5 les nageoires d'une médiocre grandeur, celle du dos bleue et composée d'environ 24 rayons , celle de l'anus d'un bleu rouge et à g rayons , celle de la cjueue fourchue et violette , les autres également violettes; mais , comme nous l'avons dit , ces couleurs sont sujettes à varier.
Il y a une variété de carpe qui n'a que deux ou trois rangs de larges écailles sur le dos et sur le ventre : on l'appelle reine des carpes ou carpe à miroir ^ il y en a même une qui n'a point d'écaillés, et qui se nomme carpe à cuir. Ces variétés sont moins fécondes que l'espèce. La carpe saumonée a la chair rougeàtre ; elle est fort bonne.
J'ai péché dans des étangs vaseux en Allemagne, près de Cologne , cette première variété de carpe , qui est beaucoup plus petite que la carpe ordinaire, .plus noire et plus arrondie. Elle se multiplie extraordinairement dans les eaux bourbeuses , peu profondes et garnies de plantes aquatiques : sa chair «st excellente. Cette espèce ou variété est décrite par Bloch : elle a deux ou trois rangées de larges écailles de chaque côté et le reste du corps nu. M. Bosc pense que ce n'est qu'une simple variété.
Habitation. — C'est dans les rivières qui coulent lentement et dans les lacs et les étangs où elles trouvent beaucoup de nourriture, que les carpes se plaisent le plus, et qu'elles parviennent à la grosseur la plus considérable : c'est par ces raisons que dans la Saône et la Seine on en trouve plus que dans le Rhône et le Rhin.
De tous les poissons connus , la carpe est celui qui se prête le plus facilement aux changemens de situation , et que l'on transporte avec le plus de succès d'un lieu dans un autre.
Nourriture. — Les larves d'insectes, les insectes même , les vers, les petits cocjuillages d'eau douce, les graines et les feuilles. tendres sont la nourriture habituelle des carpes. Il paraît que la matière extractive qui se trouve en dissolution dans les eaux stagnantes, dans celles où croissent des roseaux, des typhes, etc., les nourrit aussi. En général, elles mangent toutes les matières animales ou végétales qui sont assez molles pour être digérées par elles. llUes aiment beaucoup les feuilles de naïade, et l'on sait que dans les étangs où on les nourrit elles mangent avec avidité celles de laitue, de chou et d'autres légumes; les pois, les haricots, les fèves , les pommes de terre, les courges , les raves, le pain , les fruits pourris, le blé , l'orge et en général pres-
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que tous les grains dont l'homme se nourrit. Elles se jettent avec ardeur sur les tripes de volailles, sur les lambeaux de cadavres, etc. , etc. On remarque que dans les étangs qui entourent les châteaux elles se tiennent eri grand nombre aux endroits où tombent les relavures des cuisines et les matières fécales. Dans les étangs d'une certaine étendue , on creuse sur le bord même de l'étang une fosse dans laquelle on entasse du fumier, sur-tout de celui de brebis mêlé avec quelques morceaux de matières animales. Cette composition donne lieu à la naissance d'une prodigieuse quantité de larves de mouches, qu'on leur jette à pelletées dans l'eau.
Elles peuvent supporter des jeûnes de longue durée. Tous les hivers, elles s'enfoncent dans la boue, et n'y vivent que de ce que l'eau peut leur fournir de matières extractives animales et végétales, c|ui se trouvent dissoutes dans toutes les eaux. On en a vu rester des années entières dans de l'eau de fontaine sans rien manger d'apparent ; mais M. Bosc observe que lorsqu'elles ont abondamment de subsistance elles en mangent avec tant de gloutonnerie, cju'il en périt souvent : aussi lorsqu'on les conserve dans des viviers, on doit leur ménager la nourriture.
Propagation , croissance et longévité. — La fécondité des carpes est prodigieuse; une femelle d'une livre a offert 280,000 œufs; une autre, d'une livre et demie, 342,000; une troisième, de 9 livres , 621,000. Ainsi, le nombre de leurs œufs, toujours considérable, augmente encore avec l'âge. Si l'on ajoute qu'il y a plus de femelles que de mâles , et que les carpes commencent à pondre à l'âge de 3 ans, et qu'elles sont d'une grande longévité, l'esprit concevra à peine l'immense quantité d'œufs qu'elles doivent produire; mais la destruction est à côté de cette surabondance : une très-grande partie des œufs est mangée par les oiseaux d'eau et par les poissonsde toute espèce. Plusieurs causes empêchent une autre jiartie d'éclore ; les petits qui éclosent sont exposés à des dangers sans nombre, comme à être mangés par les animaux qui vivent dans les eaux ou qui les fréquentent , et à périr par le froid et le chaud, au point qu'un petit nombre arrivent à la fin du premier mois de leur naissance; ce n'est guère qu'à 2 ou 3 ans que les carpes sont en état de braver leurs nombreux ennemis , et de ne plus redouter que l'homme, les loutres et les gros brochets.
Lors du frai , c'est-à-dire au milieu du printemps, les carpes qui se trouvent dans les étangs cherchent les endroits du rivage les plus couverts d'herbe, et celles qui habitent les rivières sont portées à entrer dans les étangs pour y déposer leurs œufs. Dans ce cas, les mâles suivent les femelles pour féconder leurs œufs au moment même de leur sortie ; les uns et les autres font alors beaucoup de bruit en sautant au-dessus de la surface de l'eau, ce qui décèle leur retraite.
La progression de la croissance des carpes est rapide , et elle l'est d'autant plus qu'elles sont mieux nourries et dans un climat plus chaud. X-'ne carpe, pesée à 6 ans, était de 3 livres, et la même , pesée à 10 ans , était de 6 livres.
11 n'est pas rare de voir en France des carpes dfe 12 à i5 livres; mais c'est dans le nord de l'Aile-
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magne que se pèchent les carpes les plus grandes. Valmont de Boniare en cite une qui pesait 45 livres, et Bloch une autre qui pesait 70 livres, et avait deux aunes et demie de Prusse de long sur une de large.
Les carpes vivent plusieurs siècles : on en a vu eu Lusace qui avaient 200 ans constatés ; il y en avait , avant la révolution , à Pont-Chartrain , de i5o ans, à Fontainebleau et à Chantilly de 100 ans.
Ennemis et maladies. — Les jeunes carpes sont, comme nous l'avons dit , exposées à périr de mille manières, et à être dévorées par les brochets, les truites , les perches , etc. , et les autres ont toujours à redouter les gros brochets et les loutres. Les vieilles carpes sont souvent couvertes de fongosités qui ont l'aspect de la mousse. Ces excroissances se voient aussi sur les jeunes 5 mais c'est chez elles une maladie mortelle. Elles sont aussi sujettes à avoir des boutons analogues à la petite vérole, et qui disparaissent au bout d'un certain temps.
Qualités. — La chair de la carpe est aussi saine qu'agréable au goût , et elle est d'autant meilleure, que la carpe a vécu dans des eaux limpides , pourvu qu'elle y ait trouvé une nourriture suffisante; car les carpes maigres et dont la tète est grosse , comparativement au corps , sont désagréables à manger, à cause des arêtes 5 mais celles qui sont d'une bonne grosseur , grasses et charnues , ont la chair ferme , délicate et de bon goilt qrutnd elles proviennent d'une eau vive : c'est pour cette raison qu'on estime beaucoup celles qui proviennent d'un étang d'eau douce et vive , qui se trouve auprès de Montreuilsur-Mer. Les carpes qui viennent des fonds vaseux et qu'on reconnaît à leur couleur noire , ont un goût désagréable , qu'il faut leur faire perdre en les tenant une huitaine de jours dans l'eau vive pour les dégorger.
Les carpes sont en France l'objet d'un commerce considérable ; cependant beaucoup moins qu'en Allemagne , et notamment en Prusse.
On recherche beaucoup plus les carpes mâles , appelées carpes laitées, cjue les carpes femelles; mais ce ne peut être que parce que les œufs sont moins agréables à manger que la laite ^ car la chair des femelles ne parait pas inférieure en goût. En Angleterre, on a imaginé de châtrer les carpes mâles ou femelles pour les rendre meilleures. (V. Castration. ) Dans le Nord , on fait avec les œufs un caviar., dont le débit est toujours assuré. L'hiver est la saison où les carpes sont meilleures à manger.
Conservation des carpes. — On a tenté plusieurs fois de saler et de fumer des carpes ; mais ces moyens en altèrent la chair, et on y a renoncé. Le meilleur moyen de la conserver pendant un peu de temps est de la faire cuire et de la plonger dans du vinaigre chargé de sel , et assaisonné de poivre , de laurier, de tjiym et autres aromates. Il paraît , d'après le témoignage do M. Bosc , que la carpe ainsi préparée peut se conserver d'auiant plus long-temps , qu'on la renferme dans un vase bien clos et dans un lieu frais. Il dit en avoir mangé après 3 mois qu'on avait conservée dans un pot de faïence hermétiquement fermé , et placé dans une cave fraîche.
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Féche de la carpe.
On pêche la carpe à la ligne , aux filets , aux collets , avec une cage ou mue, avec une chaloupe submergée , etc.
La carpe est très-rusée , et évite avec adresse les pièges qu'on lui tend : tantôt elle s'élance en l'air , et saute par-dessus le filet; tantôt , en le voyant approcher , elle plonge la tête dans la fange , et laisse glisser le filet sur sa queue, qui se plie à sa volonté : elle reste ainsi tranquille jusqu'à ce que le danger soit passé.
Des appâts dont on fait usage. — Lorsqu'on se propose de pêcher des carpes, on jette des appâts dans les endroits où l'on veut les attirer. Ces appâts, qu'on nomme appâts de fond ., peuvent être de différentes espèces ; mais assez ordinairement ce sont des fèves de marais, du blé, de l'orge et du chenevis, qu'on fait cuire ensemble ou séparément. On se sert aussi de sang de boucherie et de vers coupés en piorceaux , le tout mêlé ensemble avec du limon pourleur donner de la consistance. On place ces appâts dans un endroit net d'herbes et sur un tond (le sable; mais si le fond est vaseux, on met sur une table une couche de glaise de 3 pouces d'épaisseur , soit pour que la table soit assez chargée pour aller au fond , soit pour que le poisson ne soit pas effarouché par la vue de la table. On place sur cette glaise les appâts , et on conserve sur le rivage une corde qui répond à la table, j)Our la tirer à soi quand il faut renouveler les appâts, ou pour s'assurer s'ils ont été enlevés par les carpes, et par conséquent si l'on peut esp:'rcr de faire une bonne pêche.
Les appâts dont on amorce les hameçons pour pêcher à la ligne sont ordinairement de gros vers de terre ou de très - grosses fèves de marais, qui puissent , par leur volume , cacher la pointe du ha., meçon. On emploie aussi du blé , des mouches , de la mie de pain. Quelques auteurs recommandent de faire usage d'appâts composés; mais l'auteur du Pêcheur jrancais , qui s'est beaucoup'occupé de lat pêche à la ligne , blâme ces compositions, et assure que les appâts naturels que nous venons d'indiquer sont bien préférables. Toutefois , il ne peut être inutile de faire connaître ces compositions, que d'autres pêcheurs vantent beaucoup : on prend une livre de marc de clienevis, 2 onces de manne , autant de saindoux, d'huile de héron et de miel , une livre et demie de pain blanc bien rassis , et 4 grains de musc ; on mêle le tout ensemble , et on en fait une espèce de pâte cj^u'on coupe par morceaux : ces pilules servent pour garnir l'hameçon.
Voici une autre recette : on prend de la chair de héron, que l'on met dans une bouteille; on enterre cette bouteille dans du fumier chaud, où on la laisse pendant i5 jours ou 3 semaines, c'est-à-dire jusqu'à ce que la chair se change en huile; on lire alors cette bouteille , que l'on tient bouchée pour que la liqueur ne s'évapore point. Lorsqu'on veut pêcher, on prend de la mie de pain et du chenevis, qut; l'on pile ensemble et que l'on imbibe de l'huile contenue dans la bouteille : on en fait une masse , que l'on divise par petites boules..
CAll
On t'ait encore un appât avec de la cluiir de lapin ou de chat , coupée en petits morceaux et mêlée avec de la farine de haricots ou autre, du sucre ou du miel , que l'on pile ensemble dans un mortier, jusqu'à ce que le tout forme une pâle dont on puisse former xine ou plusieurs boules , et que la composition puisse tenir à l'hameçon sans se délayer dans l'eau. Lorsqu'on veut conserver cette pâte toute l'année , on y mêle de la cire vierge et du miel clarifié ; on se sert aussi de mie de pain mêlée avec du miel.
Enfin quelques pêcheurs se servent des appâts ordinaires , tels que des vers de terre, des fèves cuites ou des morceaux d'un vieux chapeau gras, et ils ont soin de frotter souvent leur hameçon avec une composition de 2 grains de musc , 4 gouttes d'huile d'aspic, et autant de momie et de camphre.
Pèche d la lii^ne. — Le moment le plus favorable pour pêcher à la ligne est le soir, 2 heures avant le coucher du soleil, ou le matin, au soleil levant. 11 faut avoir soin de bien visiter les lignes dont on veut se servir, pour s'assurer de leur solidité , parce que les carpes font de grands efforts pour se dégager quand elles sont prises , et que d'ailleurs elles sont quelquefois d'un poids assez considérable. On ne doit pas négliger non plus de se servir d'une épuisette pour les retirer au besoin. Il y a plusieurs manières de pêcher à la ligne :
1°. On pêche dans les étangs à la ligne dormante, et, pour mieux réussir, on amorce une place avec un appât de fond , qu'on jette le soir pour pêcher le matin , ou le matin pour pêcher le soir. On amorce la ligne, en faisant entrer la pointe de l'hameçon dans la fève ou tout autre appât, et en la laissant tant soit peu ressortir. On en jilace quatre ou six de distance en distance, et de manière que le liège soit visible à la surface de l'eau. Ces lignes sont fixées à des gaules posées sur l'eau, et à l'extrémité supérieure est attachée une ficelle, qu'on lie solidement à un piqnet fiché en terre. On observe constamment le mouvement des bouchons, et aussitôt qu'on en voit un filer sur l'eau, il faut prendre la gaule à deux mains, laisser suivre la ligne de toute sa longueur, et alors faire sentir une secousse pour accrocher le poisson; ce qui réussit presqu'à tout coup. L'hameçon doit pour cette pêche , traîner au fond 5 on ne peut la pratiquer dans les rivières que lorsque l'eau y est dormante , le moindre courant en contrarierait le succès. V. Ligne dormante.
20. On pêche les carpes dans les rivières et les étangs avec la Ligne à tanches et à carpes ( V. ces mots) , et on n'amorce de la même manière que pour la pêche ci-dessus indiquée. On attache à la canne n°. %, PL II , une ligne de cette espèce, à laquelle on laisse une longueur de 18 pieds lorsque l'eau en a 6 de profondeur, afin d'avoir une pente très-douce. On garnit l'hameçon avec des vers de terre ou des fèves; on s'assied , et tenant la canne à deux mains, on observe le bouchon, qui est presque couché sur l'eau. Si on le voit filer, il faut, comme dans la pêche précédente , laisser suivre de toute la longueur de la ligne ; on pique alors, et on est sûr d'accrocher le poisson. Comme il fait de violens efforts pour se débarrasser, on peut le pro-