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mener , lui sortir la tête de temps en temps hors dé l'eau : il boii, s'affaiblit insensiblement, et se laisse bientôt tirer sans résistance. Cette pêche réussit aussi bien dans les rivières que dans les étangs.
3°. On pêche encore les carpes dans les rivières avec la lùgne à perches (V. ces mots), que l'on tient à la main , et dont on a remplacé l'hameçon par un autre du n^ • 2, PL i 1 , que l'on amorce avec des vers, des fèves ou du blé; on observe toujours attentivement le mouvement du bouchon. Lorsqu'on s'aperçoit cjue le poisson mord , il ne faut pas trop se hâter ; on lui laisse le temps de bien prendre l'amorce et l'Iiameçon dans sa bouche, alors on pique par une secousse dirigée dans le sens oj)posé à celui où tire le poisson, c'est-à-dire à droite s'il tire à gauche , et à gauche s'il fait des efforts à droite.
Pêche avec les collets. — Les collets dont on se sert pour pêcher les carpes sont des nœuds coulans en fil de laiton fin et recuit, que l'on attache à l'extrémité d'une canne, et que l'on passe autour du corps de ces poissons quand ils sont tranquilles au soleil. On commence toujours par engager la tête du poisson, et aussitôt que le collet l'a dépassée , on tire fortement à soi. On conçoit que pour cette pêche il est nécessaire d'observer le plus grand silence et d'user de beaucoup d'adresse.
Pêche aux filets. — L'épervier , la seine , la truble , le tramail et le verveux sont les filets que l'on emploie pour la pêche de la carpe :
1°. On réussit très-bien avec Vépervier, qui, ayant une fois enveloppé le poisson, ne lui permet plus , quels que soient sa force et ses efforts, de s'échapper.
2°. La seine ou senne ne réussit pas toujours, parce que la carpe, étant douée d'une grande force musculaire, peut franchir une hauteur assez considérable et sauter par-dessus le filet quand elle se voit cernée ; d'un autre côté , elle a la ressource de s'enfoncer clans la vase , et de laisser passer la seine sur son corps.
3°. Pêche de la carpe à la truhle. — La Tnible ( V. ce mot) est une espèce de filet très-connu, et auquel on donne au moins 2 pieds de profondeur. On l'emploie avec la ligne , mais les précautions sont différentes.
On choisit pour cette pêche un endroit uni, sans pierres et dégagé d'herbes : on a soin sur-tout que le lieu soit accessible aux carpes et que les bords n'en soient pas escarpés ; il faut ensuite , pendant 4 ou 5 jours de suite , l'appâter, soir et matin, avec des fèves cuites, dont la préparation est ainsi indiquée dans le Traité des Pêches de Duhamel : on prend le quart d'un boisseau de fèves, que l'on fait tremper dans l'eau pendant 7 ou 8 heures , et qu'on fait bouillir ensuite jusqu'à demi-cuisson ; on y mêle 4 onces de miel , 2 ou 3 grains de musc et la grosseur de deux fèves d'aloès citrin en poudre : on achève de faire cuire la composition.
On choisit les plus grosses fèves pour mettre à riiameçon , de manière qu'il soit caché en entier, excepté la pointe.
Le pêcheur doit avoir sa truble auprès de lui quand il jette sa ligne, et lorsqu'il voit approcher la carpe, il met le pied sur la ligne et plonge le filet
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dans l'eau, le glisse sous la carpe, le lève et y trouve le poisson renfermé.
4°. Pèche des carpes au tramaille long des crânes. — Les crônes sont des cavernes où le poisson se retire quand il entend du bruit.
Il faut connaître parfaitement une rivière pour savoir oii sont les meilleurs crônes : quand on en soupçonne un, il faut le sonder; car il s'y trouve quelquefois des obstacles à la tenture du filet, tels que des arbres renversés.
On enferme le crône par un ou plusieurs tramaux. Ces filets se tendent par le moyen de plusieurs perches de saule ou d'autre bois, pourvu qu'il ne soit pas de couleur blanche; car le poisson, à sa vue, prendrait l'alarme. Ces perches doivent être grosses comme le bras, pointues par le gros bout, bien droites et d'une longueur proportionnée à la profondeur de l'eau.
On pique ces perches dans l'eau, le long des bords de la rivière, à 6 pieds l'une de l'autre, en observant sur-tout que pas une ne se trouve à l'entrée des crônes; ce qui effraierait le poisson. Après les avoir plantées avec force , on les arrête par le haut avec une corde attachée à un arbre , s'il s'en trouve, ou à un piquet qu'on plantera : ces perches doivent être percées à fleur d'eau d'un trou de la grosseur du petit doigt, qui servira à mettre une cheville de bois vert, et longue d'un demi-pied. A chaque bout des chevilles sera une coche, pour y attacher une ficelle un peu forte , longue d'un pied ou environ : ces ficelles et ces chevilles servent à tenir attachée une corde qui traverse les perches.
Après tous ces préparatifs, le pécheur prend ses tramaux , il les déploie et les tend à fleur d'eau sur le bord de la rivière , de manière que le plomb touche au-dessus des crônes , afin de les enfermer.
On doit remarquer que les chevilles dont on a parlé doivent jouer dans leurs trous , afin qu'en tirant la corde cjui les retient, elles en sortent aisément , et donnent la liberté au filet de s'étendre pour fermer le passage des crônes, effet qui doit arriver lorsque la corde où est attaché le plomb du filet tombe tout d'un coup. On doit aussi faire attention que les perches soient préparées 8 jours auparavant, afin que le poisson s'accoutume à les voir. Quand le filet est tendu , on porte le bout de la grande corde qui traverse les perches, et qui tient aux chevilles, à l'autre bord de la rivière , et on l'attache à un piquet. On cherche ensuite une place nette d'herbes, afin que la carpe puisse voir l'appât qu'on lui jette , et cette place doit être éloignée des crônes de loo ou de 200 pas : c'est sur les 5 ou 6 heures du soir, pendant 7 ou 8 jours, qu'on doit appâter les carpes avec des fèves préparées comme nous l'avons déjà dit.
Le moment propre pour celte pêche est sur les 3 heures après midi : pour y réussir, on doit être plusieurs de compagnie; l'un se tient sur le bord où le filet n'est point tendu , pour y tenir la corde qui est attachée, tandis que les autres vont, sans faire de bruit, au-dessus de l'endroit appâté, pour y frapper l'eau avec des perches, et touiller le long des bords pour obliger le poisson de se retirer dans son asile-
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Un des pêcheurs donne le signal convenu : aussitôt l'un tire le tramail, et les autres frappent la rivière ; la corde où les plombs sont attachés tombe alors au fond de l'eau , et le filet ferme l'entrée des. crônes. Le poisson , qui veut se sauver dans sa retraite, donne dans le piège , et on sait ensuite l'en tirer. On trouve quelquefois dans le tramail d'autres poissons que la carpe, et la pêche n'en est pas pour cela moins lucrative.
5°. Pêche de la carpe au tramail dans les rivières sans crônes. — Il y a des rivières sans crônes , et d'ailleurs si garnies de grandes herbes, de petits rochers et d'arbres renversés, que la pêche semble. impraticable. Pour obvier à cet inconvénient, il faut nettoyer une place de 3o à 40 pas, et l'appâter avec des fèves cuites avec l'aloès. Le premier jour où l'on met cet appât, on plante sur le bord plusieurs perches éloignées l'une de l'autre de 6 pieds, qui aient toutes les qualités que nous avons exigées dans celles qui servent à la pêche précédente. Lorsque le travers de l'eau est ainsi bordé de filets , on en fait autant au-dessous, suivant l'étendue de la place nettoyée : ces perches doivent être , comme dans l'article précédent , percées à fleur d'eau et garnies de chevilles.
Quand tout est préparé, on va, sur les 7 heures du soir, jeter le reste des fèves dans le milieu de la place nettoyée , et dès qu'il est nuit, quatre personnes s'avancent en silence et se placent vis-à-vis , deux d'un côté et deux d'un autre , observant sur-, tout de ne point approcher du tramail au moins de 12 pieds, avant que le signal soit donné par celui qui doit faire jouer le filet.
Quand les quatre personnes sont bien disposées, le maître -pêcheur prend les deux bouts des cordeaux des chevilles qui sont attachées à un des pi-
quets ,
et en courant les tire de force : cet effort
arrache toutes les chevilles , le filet s'étend , et enferme tout le poisson qui sera accouru pour manger l'appât.
Dès que la corde est tirée , le signal se donne , et les quatre associés courent aussitôt, chacun avec une perche , et ajustent le bout du filet proche le bord, afin que rien ne puisse passer, et que les cordes soient sur chaque ligne qui se trouve au bas de chaque filet. Par ce moyen, le poisson reste enfermé entre les deux tramaux comme dans une cage.
Il reste encore le moyen de le saisir , et voici comme on s'y prend : deux hommes prennent chacun un bout d'un des filets , et l'approchent peu-àpeu de l'autre, pendant que les autres, avec des perches, foulent le fond de l'eau et le long du rivage, pour que le tramail ne passe point pai'-dessus le poisson, et pour l'obliger à fuir vers l'autre filet. On continue cet exercice jusqu'à ce que les deux filets soient proches l'un de l'autre et que le poisson s'y trouve renfermé comme entre deux nap- |)cs pliées en double; ensuite on retire le tout hors de l'eau. Cette pêche ne peut se faire utilement que dans un endroit où l'eau soit calme et tranquille ; un courant rapide empêcherait les filets de s'étendre et de se tenir eu état sur les chevilles.
Pèche des carpes avec une chaloupe submergée.— On prend une vieille clialoupe , qu'on remplit de
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l.rancliates el de bois d'ancienne palissade, et on la fait descendre au fond de l'eau, où elle doit rester 3 mois sans qu'on y touche. L'eau doit être assez profonde pour que le poisson puisse entrer dans cette chaloupe sans être Vu : la carpe ordinairement choisit un tel endroit pour en faire son asile. Quand le jour de la pèche est arrivé, on prend deux autres bateaux, auxquels on attache avec des cordes la vieille chaloupe; on la relire du fond de l'eau, el on la conduit sur un des bords de la rivière où l'eau soit si peu profonde , qu'on puisse vider la chaloupe sans y laisser entrer l'eau de la rivière. On ôte ensuite tout le bois (ju'on y a rassemblé, et on prend les carpes qui sont au fond. On prétend qu'on peut, par cette industrie, jêcher à-la-fois jusqu'à cent carpes, toutes grosses; les petites n'y entrent jamais. Cette pèche se fait dans un étang aussi bien que dans une rivière.
Bombajdement des carpes Après avoir épuisé
toutes sortes d'artifices pour la pèche des carpes^ on a recours à l'artillerie , et cet élément destructeur, qu'on a employé contre le genre humain , devient fatal au sein des eaux à ses timides habitans.
On choisit un endroit de rivière ou d'étang où l'eau forme une espèce de bassin , dégarni de joncs et de racines d'arbres, qui pourraient nuire aux filets; on prend un petit bateau, et par son moyen on entoure le bassin de filels , dont le plomb touche le fond à l'ordinaire , et dont le dessus se soutienne sur l'eau par le secours des morceaux de liège C|iii y sont attachés. On prend ens'.iite quinze ou vingt bombes ou pétards ordinaires , auxquels on attache des pierres, afin de les faire couler à fond ; on les allume , et on les jette promptement dans les bassins les uns après les autres. Les éclats troublent l'eau si étrangement que la carpe s'épouvante ; mais croyant trouver un air plus pur, elle monte el donne dans le filet, où les pêcheurs la saisissent. Par cet artifice, on peut prendre d'un seul coup de filet jusqu'à soixante carpes. Toute sorte de temps n'esl pas favorable pour cette pêche, et on y réussit beaucoup mieux quand le ciel est serein cjue quand il est orageux.
Pêche amusante de la carpe et d'autres poissons dans les étangs, — Loi"squ'il fait du vent , ou attache une ligne garnie de haims amorcés, soit à une vessie remplie d'air, soit à un fagot de roseaux secs, soit enfin à une bouée de liège ou tout autre corps léger. Une ficelle ou corde menue tient à ces corps Hottans , qu'on expose sur l'eau ; le vent les met au large avec les lignes qui y sont attachées, et on laisse filer la corde. Dès qu'on s'aperçoit que les poissons sont pris, ce qu'on connaît aux mouvemens de la vessie ou d'autres corps flottans , on tire la ficelle et on amène le poisson à terre.
Diverses autres pêches. — Enfin on pêche la carpe avec la seine et autres grands filets , l'épervier, la nasse et le verveux. Lorsqu'on veut en prendre avec l'épervier , il faut les attirer dans un endroit en leur jetant de la nourriture pendant plusieurs jours de suite : les nasses et les verveux en contiennent plus souvent des petites que des grosses.
Manière de transporter les carpes. — Les carpes supportent mieux le transport que beaucoup d'au-
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très poissons; cependant il y a des précautions à prendre : on ne doit voyager que la nuit ou pendant les jours froids , et il faut renouveler souvent l'eau des tonneaux. Celles qu'on apporte à Paris des élangs de la Bresse, du Forez, de la Sologne, au nombre de plus de cinquante mille, arrivent dans des bateaux séparés en trois parties dans leur longueur, et dont la partie du milieu, qui est la plus grande , communique avec l'eau par un grand nombre de trous. C'est dans des bateaux à-peu-près semblables , ou même dans des caisses percées de trous et fermées avec un cadenas, qu'on les conserve dans les rivières , les réservoirs , etc., pendant des années entières sans leur donnera manger. On peut: aussi les transporter à des distances considérables hors de l'eau en les enveloppant d'herbes ou de linges mouillés , ou de neige , si c'est en hiver. On dit même qu'en Hollande on les garde des mois entiers à la cave , dans des paniers garnis de mousse , et qu'on les y engraisse avec de la mie de pain.
Castration. — On a remarqué cjue les carpes privées naturellement des organes de la génération , telles que celles connues sous le nom de carpeaux du Rhône, dont nous allons parler, avaient la chair plus délicate que les autres : de là sans doute l'idée de soumettre ces poissons à la castration. On la pratique en Angleterre, et il ne paraît pas que cette cruelle opération en fasse mourir beaucoup. V. Cast ration.
Veuplement des étants. — La carpe est un des poissons que l'on doit placer de préférence dans les étangs, sur-tout quand l'eau n'en est pas trop froide , et qu'il s'y trouve des herbes et autres matières propres à les nourrir. Elle s'y multiplie facilement ; sa croissance y est prompte , et si on en écarte ses ennemis, elle donne des produits abondans. Quand on possède plusieurs étangs , il est bon d'en consacrer un au frai des carpes, et d'y prendre tous les ans l'alevin qu'on destine à peupler les
autres. V. Etangs.
Réglemeiis.
Nous avons indiqué plusieurs moyens de prendre les carpes , qui ne peuvent être pratiqués que par les particuliers propriétaires des eaux dans lesquelles ils pèchent, et qui sont interdits aux fermiers de la pêche dans les rivières navigables ot flottables , et même aux habitans des communes dans les rivières non navigables : tels sont l'épervier, le tram ail, le chalon ou grand filet, les lignes appâtées avec des amorces vives, les appâts ou drogues de diverses compositions , et tous autres moyens propres à dépeupler les rivières. V. \etit. XXXI de l'orJ. de 1669 , et particulièrement les art. 10 , 11 et n\ de ce titre.
Il est ordonné aux pêcheurs de rejeter à la rivière les carpes ayant moins de 6 poi:ces entre l'œil et la queue. {Art. 12 du même titre.) V. Pêche.
CARPEAU DE LYON. Le carpeau de Lyon , dit Duhamel, est un poisson conformé extérieurement comme la carpe , quant à ses parties essentielles , telles que les écailles , la bouche, les appendices, les ailerons, les nageoires , la forme de la cjueue , etc.. S'il y a entre ces deux sortes de poissons quelques différences , elles sont peu caractéristiques ; la plus
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remarquable est l'aplatissenicnt du ventre dans le carpeau. Quant aux parties intérieures et à l'organisation géjiérale, tout est égal et disposé de uième dans l'un et dans l'autre, excepté que , de quelque grosseur que soit le carpeau , on ne trouve jamais ni œufs ni laite dans l'abdomen, et qu'il n'a point, comme la carpe, une troisième ouverture destinée à la sortie de ces matières pour la multiplication de l'espèce; et leur absence , vu la place qu'elles occupent dans tous les poissons, ne peut que donner lieu à ce resserrement sensible dans le ventre dont on vient de parler.
Le carpeau, ainsi qu'il a été constaté par Latourette , est une carpe mâle , privée, dans sa jeunesse , des parties de la génération par une espèce de castration naturelle, qui produit les mêmes effets que l'artificielle, et de là viennent la grosseur prématurée, i'enibonpoiiit et la succulence qui distinguent le carpeau.
Il faut remarquer que le carpeau, reconnu pour une monstruosité naturelle , ne se trouve point partout où la carpe abonde, ni même dans la Seine et le Rhin, où elle se plaît et s'engraisse facilemejit. Peut-être en est-il de ce poisson comme de plusieurs animaux et végétaux, à qui la nature semble avoir assigné certains lieux de préférence , hors desquels ils ne peuvent prospérer : toujours est-il certain cpie cette variété est particulière à la Saône et au Ilhône. On en pêche en pli. s petite quantité et de moindre grosseur et qualité dans ce fleuve , à cause sans doute de la vivacité et de la rapidité de ses eaux; tandis que celles de la Saône, qui sont lentes et savonneuses , lui conviennent beaucoup mieux. Elle en fournit en giajid nombre , piincipa'euient après les pluies et les grandes inondations ; mais la plus grande quantité lui vient des étangs, cjui sont très-fréquens dans les provinces de Bresse et de Dombes : de grandes pluies les remplissent quelquefois subitement ; leurs eaux s'élèvent au-dessus des chaussées, les rompent, passent d'un étang dans un autre, et vont s'écouler dans le lit des petites rivières qui se jettent dans la Saône. En cet instant , on entend tous les villages voisins sonner le tocsin, pour avertir d'ouvrir les bondes et do faire écouler les eaux sans perdre le poisson ; néanmoins il en écliappe beaucoup qui passent dans cette rivière ; en peu ide jours , tous ces poissons y perdent ce goût de vase propre aux poissons d'étangs ; les carpeaux , en ]>articulier, y acquièrent très-vite une excellente qualité.
Cependant la plupart de ceux qui se consomment à Lyon viennent des étangs de la liresse , et en sont tirés directement. On les transporte la nuit sur des charrettes, avec les aulrcs poissons, renfermés dans des tonneaux rcmjdis d'eau, que l'on renouvelle de temps en temps; mais souvent le poisson souffre de ce transport : les carpes y perdent leur laite et leurs œufs, quelquefois il en meurt. Si l'étang que l'on pêche est à portée de la Saône , on cliarrie ces tonneaux sur son rivage, et on embarque le poisson dans des bateaux percés , qui le conduisent jusqu'à Lyon; arrivé à la ville, on le garde encore un certain temps pour le faire dégorger dans de semblables bateaux. Les eaux du Hliône ne convien-
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nent point à cet usage ; le poisson y meurt oi: y maigrit en peu de temps. Celles de la Saône font perdre aux carpeaux leur goût de marais en partie , sans diminuer leur poids ; mais , quelc^ues soins que l'on prenne , le carpeau pèclié dans un étang est toujours inférieur à celui de la Saône, même à celui qui s'y est dégorgé en liberté pendant quelques jours. La chair du carpeau du Rhône est ordinairement assez dure et peu chargée de graisse , différant en cela du brochet, c|ui dans ce fleuve prend une qualité supérieure.
On a trouvé quelquefois des carpeaux dans des étangs de la plaine du Dauphiné. On dit que le lac de Genève n'en fournit point , et que celui de Nantua en a c[uelques-uns : il en vient aussi du lac du Bourget en Savoie; mais les meilleurs, les plus forts, les plus gras et les plus succuiens sont ceux qui se pèchent dans la Seille, petite rivière qui a son embouchure dans la Saône entre Màcon et Tournus. Son lit est étroit et profond , et son cours assez lent ; les carpeaux y remontent volontiers après de fortes pluies : les pêcheurs de la Saône les prennent , comme la cai'pe , à l'hameçon , à l'épervier, et plus ordinairement à la seine; ils nomment pagniaux ceux qui ne pèsent qu'une livre. Les cafpeaux ordinaires pèsent depuis une livre jusqu'à 5 : les gros sont de 8 à lO livres; les plus forts vont à i5, mais cela est raie. En général, c'est un poisson peu comn)un et très-recherché. Les plus gros soiit les plus délicats : leur chair fond à la bouche , elle a le goût de la car[)e; mais ce goût est infiniment pi us fin ; le court- bouillon est la manière de les apprêter la plus en usago.
CAIIPIERS. Petits étangs appelés aussi alviers. V. Etang,
CARPJON. Excellent poisson du genre salmone, saliiio carpio , qu'il ne faut pas confondre avec la carpe. Le carpion ressemble à la truite par le nombre et la position des nageoires ; il a sur le dos le [)elit appenilice cartilagineux c[ui caractérise la famille des saumons : il ressemble encore aux truites par les écailles , c|ui sont petites; par sa couleur, qui est brune sur le dos, et argentée sur les côtés, chargée de mouchetures noires , rousses ou d'autres couleurs ; il a des dents au bord des mâchoires, au palais et sur la langue; sa longueur est communément d'un pied ; son corps est ])lus large que celui des truites; sa tête paraît menue, ce qui est commun aux poissons c]ui sont gras et dont le corps est gros : son dos est un peu arqué ; sa forme approche de celle du barbeau.
Le carpion se trouve dans le Danube et en plusieurs endroits, principalement dans le lac de Garde^ 11 y a une saison où l'on en prend plus que dans les autres. Quand les pêcheurs en ont pris abondamment, ils en conservent en vie dans les réservoirs de bois fju'ils construisent au bord de l'eau ; et lorsqu'ils s'aperçoivent qu'ils maigrissent, ils en font cuire et les assaisonnent avec du vinaigre, du sel et des épices ; au moyen de cjuoi, ils transportent fort loin ce poisson, qu'ils estiment beaucoup et qui est en effet excellent.
CARRA ou CAVA. On nomme ainsi , à la Teste dc-Buch et dans le bassin d'Arcachon , une espèce
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de manet avec lequel on pêche à la dérive Le filtt s'appelle aumaillaiie.
CARREAU. Les marchands de poisson nomment brochets-carreaux les phis gros brochets.
CARREAU, CARRELET, CARRÉ, CALEN, venturon, ECHIQUIER et HUNIER. Le filet auquel on donne ces dltïérens noms est une nappe simple et carrée , qui a 4 > 5 , 6 et jusqu'à 8 pieds de côté. Elle est toujours bordée d'une corde, qui n'est pas grosse, mais ([ui doit être forte et bien travaillée. On fait ordinairement les mailles du milieu plus serrées que celles des bords, pour prendre des ables, ainsi que pour la menulse, qui sert à amorcer les hameçons. On fait ces mailles du milieu très-serrées , pour cjiie les petits poissons ne passent pas au travers. Mais quand on veut prendre des poissons un peu gros, il convient de faire les mailles plus larges; car il est Important pour cette pêche de pouvoir tirer promptement le filet hors de l'eau ; et plus les mailles sont larges et le filet délié, moins on éprouve de résistance de la part de l'eau.
Autrefois on tenait la nappe presque plate ; mais comme on s'est aperçu que les poissons un peu gros, qui sautaient sur cette nappe, en gagnaient assez fréquemment le bord , et retombaient à l'eau , on a fait les nappes un peu en poche, et on augmente la profondeur de cette poche quand on prévoit qu'on ne sera pas maître de tirer promptement le filet hors de l'eau.
On forme à chaque coin de la nappe , avec la corde qui la borde, un œillet pour recevoir le bout des perches courbes dont nous allons parler.
On a deux perches légères et pliantes a b ( Fi. 24, ^g. i\'o. //), plus longues que la diagonale du filet; on les plie en portion de cercle , pour en passer les bouts dans les œillets cju'on a formés aux angles de la nappe. On lie ensuite ces perches courbes à l'endroit c ^ où elles se croisent; et la même corde sert aussi à attacher le carrelet à l'extrémité d'une autre perche, qui est faite d'un bois léger, et plus ou moins longue , suivant la profondeur de l'eau où l'on veut pêcher, et la distance qu'il y a depuis le bord où l'on s'établit, jusqu'à l'endroit où l'on se j)ropose de tendre le filet.
Quelcjuefois encore, suivant différentes circonstances, on attache le carrelet presque Imniédlateinent à la perche , ou bien on le suspend à une corde plus ou moins longue. (Fiff. A. )
Les poissons se rassemblent ordinairement dans une anse où il y a peu de courant, où l'eau est échauffée par le soleil, ou bien dans des endroits oii quelques insectes nagent , soit sur l'eau , soit dans l'eau. Apercevant donc des poissons ainsi rassemblés, on plonge le carrelet dans l'eau, de manière qu'il s'étende sur le fond. Si l'on volt des poissons qui nagent au-dessus du filet, il faut le relever promptement : car lorsque les poissons aperçoivent le mouvement des perches, Us veulent plonger dans le fond, et ils se précipitent ainsi sur le filet ; mais aussitôt que le ïilet quitte le fond , ils sautent, font des efforts pour s'échapper, et ils s'échappent en effet si l'on ne relève pas promptement le carrelet. C'est pour cela qu'on fait ordinairement cette pêche dans les endroits où la nappe d'eau a
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peu d'épaisseur. Le poisson trouve d'autant plus de facilité à s'échapper, qu'il faut plus de temps pour faire sortir le filet de l'eau. C'est aussi pour cette raison que les pêcheurs ont différentes manières de lenir la perche du carrelet.
Comme ceux qui pèchent au bord de la nier sont fréquemment obligés d'avoir la perche fort longue, ils en appuient le gros bout contre leur pied gauche, et saisissant la perche avec les deux mains, ils ont ainsi beaucoup de force pour relever le carrelet, qui est ordinairement plus grand cjue ceux dont on se sert dans les rivières.
La plupart de ceux cjui pèchent avec le carrelet, au bord des rivières et des étangs , tiennent le gros bout de la perche dans la main gauche, et le posent contre la cuisse ; puis, saisissant la perche 3 pieds plus loin avec la main droite, ils sont en force ponr relever le filet.
D'autres posent la perche comme en balance sur le bras gauche, qui alors forme un point d'appui , et ils emploient la main droite pour relever le filet, en apjjuyant cette main sur le gros bout de la perche, pendant qu'ils élèvent le bras gauche.
Mais il paraît mieux, pour avoir plus de force , de mettre le gros bout de la perche entre les deux cuisses, de l'appuyer sur une fesse, et de tenir la perche en cet état avec les deux mains, l orsqu'on aperçoit des poissons sur le filet qui est étendu au fond de l'eau, pour le relever promptement, ou porte les mains à 2 pieds plus loin; et pliant les cuisses, en même temps qu'on fait agir les bras, on tire le carrelet très-vite de l'eau.
On ne pratique guère cette pêche au bord de la mer que dans la Méditerranée, particulièrement à la côte de Gênes, pour prendre de petits poissons. Mais, dans l'Océan, quand la marée monte, les pêcheurs s'établissent à l'entrée des gorges et des basses, ou à l'embouchure des rivières : au lieii de coucher le filet à plat sur le fond, ils l'opposent au courant, pour arrêter les poissons cjul le suivent, sur-touc les poissons plats, qui s'empressent de monter avec le flot.
Cette pêciie étant plus avantageuse quand l'eau est trouble cjue lorsqu'elle est claire , les pêcheurs ne peuvent pas toujours apercevoir les poissons qui donnent dans leur filet : alors ils relèvent de temps en temps le carrelet pour en tirer le poisson.
Comme on oppose pour cette pêche le filet au courant , on attache le carrelet à une corde plus longue (jue quand on pêche dans les eaux dormantes; el attendu qu'il faut plus de force aux pêcheurs pour relever le filet , ils saisissent la perche avec les deux mains. Aussitôt qu'ils ont pris les poissons qui se trouvent dans leur filet , Us le remettent à l'eau , et recommencent les mêmes manœuvres.
Pêche au carrelet appelé calen ou venturon. — Quelques pêcheurs font une pêche à-peu-près semblable avec de petits bateaux {PL 24, -ZV"- -^)j soit dans les étangs , soit à la mer à portée de la côte. Ils élèvent à l'arrière du bateau un chandelier a ou un montant do bois , cpii se termine au bout d'en haut par un enfourchement , ou qui porte une grosse boucle ou un boulon de fer b ; ce cjui est nécessaire, afin d'avoir un point d'appui qui leur procure de la
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force pour tirer de l'eau un grand carrelet qu'on nomme calen. On met dans l'enfourchement,ou bien on passe dans la boucle un espar qui a i5 à 18 pieds de long. Enfin, on attache au bout de cet espar les arcs qui portent le filet, et qui sont ordinairement de fer ; ce filet a de i o à 1 1 pieds en carré. Comme tout cela fait ui) poids considérable, on charge avec un billot de bois ou des pierres le bout de l'espar qui répond au dedans du bateau , afin de le mettre en équilibre avec le filet.
Le pécheur fait plonger le filet dans l'eau pendant que ses camarades rament mollement j de temps à autre , il fait sortir le filet de l'eau , ce qui s'exécute facilement, à cause du contre-poids 5 et quand il y a du poisson pris, un des pêcheurs tire à lui le filet au moyen d'une corde qui tient à la bordure , pour prendre plus aisément le poisson.
Dans le port de Mai-seille , on pêche au calen autour des bâtimens qui y sont amarrés.
Auprès de Fréjus, dans un étang qui communicpie à la mer par un canal , on pêche des muges et des anguilles avec le calen , que l'on y nomme aussi ventiiron.
Pêche à r échiquier, dit hunier. — On supprime quelquefois la perche pour pêclier dans des eaux plus profondes et avec de plus grands filets. Pour cela Xjig. A) ^ on attache la croisée du filet à un cordage qui passe dans une poulie, frappée à l'extrémité d'une corne ou demi-vergue, et quand on veut l'elever le carrelet, on haie sur le cordage ; mais comme on ne peut pas tirer fort vite le filet hors de l'eau, afin que le poisson ne s'échappe pas, on fait le filet grand et profond , en sorte qu'il forme comme une es])èce de sac.
Les maîtres des grlbannes d'Abbeville , cjui naviguent dans la Somme depuis Abbeville jusqu'à Amiens, font la pêche au carreau, et ils la pratiquent dans les eaux salées et les eaux douces de la rivière 5 les filets dont ils se servent ont une brasse et demie en carré, et les mailles ont environ 6 lignes d'ouverture.
On fait encore dans les environs de Calais la pèche au carreau dans de petits batelets qu'on nomme flambarts , du port d'un demi-tonneau au plus ; ils ne s'écartent guère de la citadelle. Ces bateaux sont à fond plat, et ont un petit mât ou plutôt une perche de 7 à 8 pieds de longueur, qui s'incline pour que le bout excède le bateau. Au bout de cette perche est frappée une poulie, qui reçoit un cordage menu, qui porte le carreau. Quand on a hissé le carreau plus haut que le bord du bateau, le pêcheur l'amène à lui au moyen d'une petite ligue , qui est frappée au bord du carreau.
On ne prend guère à cette pêche que des llets et des anguilles. Elle commence à la fin d'avril, et finit au c(jmmencen)ent de septembre.
Des circonstances oii l'on emploie des appâts, — On voit, par ce que nous venons de dire, qu'il y a des carrelets qu'on tient sédentaires dans des eaux dormantes, et que, dans d'autres circonstances, le carrelet est établi sur un bateau et en mouvement, ou dan-^, un endroit où il y a un courant.
Dans le premier cas, il faut que les pêcheurs attendent qu'il s'arrête des poissons sur le filet, pour
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les saisir en enlevant promptement le carrelet. Dans les rivières où les pêcheurs se proposent de prendre soit des ables , soit de petits poissons pour amorcer les haims , ils se placent à des endroits où il y a peu de courant, et ils mettent dans le courant, au-dessus de l'endroit où ils plongent le filet, des tripailles et du sang caillé dans un panier*, les petits poissons, alléchés par cet appât, se rassemblent audessus de la nappe du carrelet , et on en prend quelquefois un bon nombre 5 mais, pour attirer les gros poissons , on prend une poignée de vers de terre , c[u'on nomme achées ou lèches^ après les avoir enfilés tous en travers et par le milieu du corps avec un bon fil retors, on noue l'un à l'autre les deux bouts de ce fil , et on attache ce paquet de vers à l'endroit de la croisée, en sorte que les vers soient un peu au-dessous des bords de l'échiquier; ces vers s'agitent , et bientôt on voit un nombre de petits poissons s'attrouper pour les manger ] mais il ne faut pas encore relever le filet : car, peu de tf^mps après, il vient de gros poissons qui chassent les petits , et en relevant le carrelet on les prend.
Il y en a qui mettent l'appât de sang caillé ou autre au fond du carreau , ovi ils cousent un morceau de toile, qu'ils fendent pour introduire l'appât entre lui et le filet.
Ceux qui pèchent au carrelet dans les eaux courantes ne se servent point d'appâts. Comme ils se proposent de prendre les poissons qui suivent le cours de l'eau , ils les arrêtent au passage ; et dans ce cas , au lieu de descendre la nappe sur le fond , ils la soutiennent entre deux eaux, afin qu'étant entraînée par le courant, elle prenne une position àpeu-près verticale, et que, l'eau courante traversant le filet, les poissons se prennent dans le fond, qui fait une poche j mais on a trouvé plus avantageux de se servir, pour remplir cette intention , de filets autrement disposés, dont nous parlerons dans la suite.
Régletnens.
L'usage du carrelet est interdit aux pêcheurs dans les rivièi'es par l'art. 5o du cahier des charges , sous les peines portées par l'ordonnance de 1669, titre XXXI , art. 10.
Quant aux réglemens relatifs à l'usage de ce filet pour la pêche en mer , et de ceux dont nous venons de parler , V. l'article Pêche maritime , § 3, et le Recueil à la fin de ce Dictionnaire.
CA.RRÉ , CARRELET ou CARREAU. V. Carreau.
CARRELET ou Ck'KEL'WI, pleuronectes rhomhus. (Lin.) Poisson du genre des pleuronectes, que l'on nomme, dans plusieurs provinces de la France, barbue f rhomboïde y en Italie , rhombo • auprès de Venise, scatto ^ en Allemagne, gluttbutt ^ à Londres , pearl.
Description. — Ce poisson {PI. 'J tjig- 7) et le turbot sont les pleuronectes qui présentent le plus de largeur ou plutôt de hauteur; car la hauteur est presque égale à la longueur de l'animal. Il a la tête petite, la mâchoire inférieure plus avancée que l'autre; plusieurs rangées de dents petites et pointues aux