‹ Traité général des eaux et forêts, chasses et pêchesChapitre 63 sur 344 · DOI · texte numérisé non relu

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DIME DES POISSONS. Elle fut principalement établie en faveur des monastères et des églises. Un statut de Birger, roi de Suède, de 1297, prescrit aux habitans de l'Helsingie de payer aux églises la dîme des phoques, d'un poisson appelé stroemming, et du saumon. On voit, par un mandement de Benoît , évêque d'Abo en Finlande, de i336, que ce prélat réclame la dîme des phoques, sous peine des censures ecclésiastiques contre V&s pêcheurs de l'île d'Aland.

Des actes du commencement du XVe. siècle font connaître que les églises de Saint-Bertin et de Saint- Omer, l'abbaye de Caen et l'église de Coutances, jouissaient d'un droit de dîme sur les baleines, ou plutôt sur le marsouin, auquel on donnait le nom de baleine.

En Danemarck, en Suède, en Angleterre et en France, la dîme des harengs était accordée aux monastères. Cette dîme était une suite , ou plutôt une condition de la liberté de pêcher les jours de dimanches et de fêtes, accordée par la décrétale du pape Alexandre III, en 1169.

DOBULE. Poisson du genre cyprin, qui habite le fond des grands lacs du centre de l'Europe, et qui est rare par-tout, notamment en France. Il remonte les rivières, au printemps, pour y déposer son frai. Il multiplie peu. Ce poisson pèse rarement plus d'une livre ; il a le dos verdâtre, le ventre blanc, les côtés ponctués de jaune , les nageoires changeant de couleur suivant l'âge et le sexe; deux rangées de dents à chaque mâchoire , et 1 1 rayons aux nageoires de l'anus et du dos. On le pêche avec d'autres poissons, à la seine ou à la ligne. Sa chair est blanche, de bon goût et fort saine ; mais comme elle est remplie d'arêtes, on la recherche peu.

DOGLINGE. C'est une espèce de baleine qu'on croit être le nord- caper ou le miilar, et qui ne se trouve, dit-on, qu'auprès des îles de Féroë. L'huile que fournit cet animal est très-limpide et fort pénétrante. Son lard a une très-mauvaise saveur, ainsi que sa chair. On dit que les personnes qui mangent de ce lard ont une transpiration fétide; mais il est probable qu'il y a de l'exagération dans cette opinion. Il paraît, au reste, qu'on fait rarement la pêche de cette baleine.

DOGRE. Bâtiment que les Hollandais et les Français emploient pour pêcher dans les mers d'Allemagne; il est pincé par l'avant et l'arrière, porte un mât surmonté d'un hunier, une grande voile et un beaupré à l'avant , sur lequel sont amarrés des toques,

DOGUET ou GUILLEEKENS. Noms que l'on donne, à Dunkerque, à V Aigrefin. (V. ce mot.) On nomme aussi doguei, en Flandre, la jeune Morue. V. ce mot.

DOIGT. Fâcher au doigt , c'est quand on tient la ligne à la main sans canne ; ce qui doit s'appeler Pécher à la ligne. (V. ces mots.) On spécifie quelquefois la grandeur des mailles, en les dénommant de deux doigts, six doigts , etc.

DOIGT MARIN. C'est le solen mancAe-decouteau. V. Solen.

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DOMICILIES. On nomnie ainsi les poissons qui se trouvent toute l'année sur les mêmes côtes, tels 4ue les soles, les limandes , etc.

DONZELLE, ophidium barhatum. (Lin.) Poisson du genre des ophidies, et qui a beaucoup de ressemblance avec les murènes. Il est appelé donzclle barbue par Daubenton , et ophidion par Rondelet.

Description. — La donzelle ( voy. la PL 3 des Poissons ,^g. 12) parvient ù un peu plus d'un pied de longueur. Elle a quatre barbillons à la mâchoire inférieure, et la mâchoire supérieure jdus avancée ; la tête petite et dépourvue d'écaillés 5 de petites dents aux mâchoires et sur son palais j les yeux voilés par une membrane 5 les narines à deux orifices ; les ouvertures des ouïes larges 5 le corps comprimé et couvert d'écaillés allongées, écartées et solidement attachées; le corps et la queue d'un argenté mêlé de teintes couleur de chair, relevé sur le dos par du bleuâtre, et varié par un grand nombre de petites taches ; la ligne latérale brune, et les nageoires pectorales de même couleur, avec un liseré gris ; celles du dos, de l'anus et de la queue ordinairement blanches et bordées de noir.

Habitation. — Cet ophidion se trouve dans la Méditerranée , dans la mer des Indes et la mer Rouge. Il nage en troupes, et on en voit beaucoup à Gênes et à Antibes.

Qualités. — Ce poisson a été connu de Pline , qui rapporte qu'on en faisait beaucoup de cas de, son temps. Aujourd'hui il n'est pas moins estimé. Sa chair est blanche , grasse et de bon goût. On le prend à la ligne et avec des filets.

DoN'ZELLE IMBERBE, ophidïum imbcrba. (Lin.) Autre espèce du même genre que la précédente , qu'on trouve dans les mers d'Europe , tant au nord qu'au midi , mais sur-tout dans la Méditerranée, et qui n'a point de barbillons; la nageoire de sa queue est un peu arrondie; sa couleur est jaune; sa chair est fort délicate.

DONZELLE. On donne aussi ce nom au labregirelle. ^ . Girelle.

DORADE. On donne ce nom â plusieurs espèces de poissons qui ont les écailles dorées et qui brillent d'un grand éclat , mais plus particulièrement au spare - dorade , au cyprin - dorade ou dorade chinoise, à la corj'phère-hypurus ou dorade d'Amérique. (V. ci-après.)

DORADE , sparus aurata. ( Lin. ) Poisson du genre des s pares , qui est célèbre de toute ancienneté , à raison de sa beauté et de la délicatesse de sa chair. On lui a donné, sur les côtes de France , un grand nombre de noms , entre autres ceux de sau~ guesme Qt saucanelle\ovs(\yi'ï\ est très-petit; méjane, poumerangue et poumergrav lorsqu'il est plus âgé 5 daurade , aourade lorsqu'il est parvenu à plus de 3 pieds de longetsaubredaurade lorsqu'il est très-grand.

Description. (V. la PI. 6 des Poissons, //g. 5.) — ce Plusieurs poissons, dit Lacépède, présentent un vêtement plus magnifique que la dorade ; mais aucun n'a reçu de parure plus élégante. Elle ne réfléchit pas l'éclat éblouissant de l'or et de la pourpre ; mais elle brille de la douce clarté de l'argent et de

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l'azur. Le bleu céleste de son dos se fond avec d'autant plus de grâce dans les reflets argentins qui se jouent sur presque toute sa surface, que ces deux belles nuances sont relevées par le noir de la nageoire du dos, par celui de la nageoire de la queue, ])ar les teintes foncées ou grises des autres nageoires, et par des raies longitudinales brunes , qui s'étendent comme autant d'ornemens de bon août sur le

corps argenté du poisson. Un croissant d'or forme une sorte de sourcil remarquable au-dessus de chaque œil; une tache d'un noir luisant contraste, sur la queue et sur l'opercule , avec l'argent des écailles ; et une troisième tache d'un beau rouge, se montrant de chaque côté au-dessus de la pectorale , et mêlant le ton et la vivacité du rubis à l'heureux mélange du bleu et du blanc éclatant, termine la réunion des couleurs les plus simples, et en même temps les mieux ménagées, les plus riches et cependant les plus agréables. Les Grecs.... avaient consacré la dorade à Vénus. 33

La dorade parvient à 3 ou 4 pieds de long. Elle a la tête comprimée, en pente et sans écailles; le corps large et tranchant sur le dos , arrondi sous le ventre, couvert d'écaillés bleues endessusetblanchesen dessous; 11 rayons aiguillonnés et 14 rayons articulés à la nageoire du dos; 3 rayons aiguillonnés et 12 rayons articulés à celle de l'anus; les mâchoires d'é' gale longueur, étroites, peu ouvertes, garnies de dents sur trois rangs ; les lèvres charnues ; les narines à deux ouvertures.

Habitation. — La dorade se trouve dans toutes les mers de l'Europe et principalement dans la Méditerranée. On la trouve aussi, selon Cetti, dans les lacs d'eau douce de la Sardaigne. Elle passe la saison du froid dans les profondeui-s de la mer; et lorsque la chaleur du printemps commence à se faire sentir, elle parait à la surface de l'eau.

Nourriture, — Elle aime à se nourrir de crustacés et d'animaux à coquille ; ses mâchoires et ses molaires sont si fortes , qu^elle brise les coquilles les plus épaisses ; et l'on prétend qu'elle est assez industrieuse pour découvrir, en agitant vivement sa queue , les coquillages enfouis dans le sable ou dans la vase.

Propagation. — Au printemps , les dorades s'approchent non-seulement des rivages, mais encore des embouchures des rivières pour y déposer leur irai, et c'est alors qu'on en prend beaucoup. Leur multiplication est considérable, et c'est par ce motif que les anciens avaient pris la dorade pour l'emblème de la fécondité. Elles s'engagent souvent à cette époque, ainsi que vers d'autres mois, dans les étangs salés qui communiquent avec la mer : elles se nourrissent des coquillages qui y abondent; elles y grandissent au point qu'un seul été suffit pour que leur poids devienne trois fois plus considérable qu'auparavant; elles y parviennent à des dimensions telles, qu'elles pèsent de 18 à 20 livres , et en y engraissant, elles acquièrent des qualités qui les ont toujours fait rechercher beaucoup plus que celles qui vivent en pleine mer. On a préféré sur-tout, dans les provinces méridionales de la France, celles qui ont vécu dans les étangs d'Hières , de Martigues et de Latte , près du cap de Cette. Duhamel, Bloch et Lacépède ont té-

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inoigné le désir de voir propager les dorades dans les eaux douces , qui perfectionnent leurs qualités. Mais M. Bosc observe que ce poisson meurt dès qu'il est sorti de l'eau , et que par conséquent le transport en deviendrait fort coûteux 5 il ajoute toutefois que les Romains ne craignaient pas d'en faire la dépense, et que le fameux lac Lucrin était peuplé artificiellement chaque année de ce poisson. 11 faut encore observer que, dans l'eau douce, les dorades sont exposées à périr lorsque les hivers sont rigoureux, comme on l'a vu, en 1766, en Sardaigne.

Qualités. — La dorade passait, dans l'antiquité, pour un des meilleurs poissons de mer, et aujourd'hui on l'estime encore beaucoup. Nous avons dit qu'on préférait celles qui avaient vécu dans les étangs salés 5 il paraît qu'on préfère aussi celles de la Méditerranée à celles de l'Océan. On fait cuire ce poisson au court-bouillon, c'est-à-dire dans du vin assaisonné de sel, poivre, lliym, laurier, etc., ou dans de l'eau vinaigrée avec les mêmes assaisonnemens. On le fait aussi rôtir sur le gril , et on le sert avec une sauce blanche aux câpres ou une sauce à la moutarde; enfin on le mange en friture. On le fait saler pour l'envoyer au loin , ou le garder pendant l'hiver; et alors on l'apprête comme la morue.

Pêche. — On pêche les dorades au filet, à la ligne et avec la fouène. Comme elles remontent les rivières, on les arrête, à leur retour, dans des enceintes de filets ou de branches enlrelacées. Sur les côtes de l'Océan , on en trouve quelquefois dans les parcs qu'on tend à la basse eau , et quand la mer est retirée on les prend à la main. Dans la Méditerranée^ on en trouve dans les bourdigues; on en pêche l'hiver avec le bregin : on sait que c'est une giande seine qui a une manche au milieu; on la traîne avec des gondoles, qu'on nomme en Provence spioni^ ces barques sont montées de 10 à 12 hommes. On en prend aussi avec les verveux, ainsi qu'avec le filet formé de trois nappes , qu'on nomme tramail. On en prend encore avec des haims , qu'on amorce avec la chair des coquillages nommés pétoncles ^ ou des crustacés^ écrevisses , chevrettes , crabes, etc. »

DORADE D'AMÉRIQUE, ou simplement DO- RADE, coriphœna hippunis (Lin.), en allemand gold-Jisch ; en hollandais delphin, et en anglais dolphin. C'est un poisson du genre coryphène et de la division des thoraciques.

Description. — « De tous les poissons qui habitent la haute mer, dit Lacépède , aucun ne paraît avoir reçu de parure plus magnifique que les corjphènes. Revêtus d'écaillés grandes et polies; réfléchissant avec vivacité les rayons du soleil ; brillant des couleurs les plus variées ; couverts d'or , pour ainsi dire , et resplendissant de tous les feux du diamant et des pierres orientales les plus précieuses, ils ajoutent d'autant plus, ces corjphènes privilégiés , à la beauté du spectacle de l'Océan , lorsque , sous un ciel sans nuages, de légers zéphirs commandent seuls aux ondes, qu'ils nagent fréquemment à la surface des eaux; qu'on les voit, en quelque sorte, sur le sommet des vagues ; que leurs mouvemens, très-agiles et très-répétés, multiplient sans cesse les aspects sous lesquels on les considère, ainsi que les reflets éclatans qui les décorent; et que, vo-

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races et audacieux, ils entourent en grandes troupes les vaisseaux qu'ils rencontrent , et s'en approchent d'assez près pour ne rien dérober à l'œil du spectateur de la variété, ni de la richesse des nuances qu'ils étalent. y>

Le nom ^.''hyppurus (queue de cheval), donné par les naturalistes à la dorade d'Amérique, l'une des plus belles espèces du genre , vient de la conformation de sa nageoire dorsale, dont les rayons très-nombreux ont quelques rapports avec les crins du cheval. Ce poisson parvient quelquefois jusqu'à la longueur d'un mètre et demi (4 pieds et demi). Il a le corps et la tête comprimés ; l'ouverture de la bouche très-grande; les lèvres épaisses; quatre rangées de dents aiguës et recourbées en arrière; un opercule composé d'une seule pièce et couvrant une large ouvertui'e branchiale ; la ligne latérale fléchissant vers la poitrine; la nageoire caudale fourchue; les écailles minces, mais fortement attachées. Lorsque ce superbe coryphène est vivant dans l'eau et en mouvement, il brille d'une couleur d'or trèséclatante , mêlée à une belle teinte bleue ou de vert de mer. Le dessous du corps est argenté ; les nageoires pectorales et thoracines présentent un jaune très-vif et qui est encore relevé par la teinte brune de leur base ; la nageoire caudale , qui offre la même nuance de jaune, est bordée de vert; celle de l'anus est dorée , et une dorure des plus riches fait remarquer les nombreux rayons de la nageoire dorsale , au milieu de la membrane d'un bleu céleste qui les réunit.

Habitation. — Le coryphène -hyppurus se trouve dans les mers des climats chauds, et particulièrement dans celles de l'Amérique méridionale, d'où lui est venue la dénomination de dorade d'Amérique; on le voit aussi dans une grande portion de l'Océan atlantique et jusque dans la Méditeri-anée.

Nourriture. — La dorade est très-vorace; elle poiirsuit sans relâche les trigles et les exocets , dont elle aime à se nourrir, contraint ces poissons volans à s'élancer hors de l'eau, et les reçoit, pour ainsi dire, dans sa gueule lorsqu'ils retombent. Peu difficiles dans le choix de leurs allniens , les dorades voguent en grandes troupes autour des vaisseaux, et saisissent avec tant d'avidité tout ce que les passagers jettent dans la mer , qu'on a trouvé dans l'estomac d'un de ces poissons jusqu'à quatre clous de fer, dont un avait plus de i5 centimètres ( 5 pouces et demi ) de longueur. Un navigateur hollandais rapporte que son équipap,e pécha une dorade longue de 5 pieds , dans l'intérieur de laquelle on trouva un poisson volant de \5 pouces de longueur.

Pêche. — On profite de leur gloutonnerie pour les prendre avec des hameçons qui sont amorcés de poissons volans, dont elles sont très -friandes; et il suffit même de garnir l'hameçon d'un leurre qui imite ces poissons. Alors on fait sautiller l'hameçon au-dessus de la surface de l'eau, et les dorades s'élancent pour l'attraper. On les prend aussi en pleine mer, en couvrant d'un peu de toile blanche un hameçon auquel on a attaché deux plumes de poule en croix, et qu'on laisse traîner à l'arrière du vaisseau; mais plus fréquemment on met à l'hameçon un morceau de couenne de lard, taillé en poisson volant.

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Pendant le temps de leur frai, c'est-à-dire dans le printemps et dans l'automne, on les pèche avec des filets auprès des rivages vers lesquels elles vont déposer les œufs. C'est à cette époque qu'on en pèche le plus dans la Méditerranée, et qu'on sale la petite portion qu'on met dans le commerce.

Qualitcs. — La pêche des dorades est d'autant plus avantageuse, que leur chair est très -saine et très-agréable au goût 5 que ces poissons voyagent en grandes troupes dans les parties de la mer qui leur conviennent, et qti'indépendammentde leur fécondité , ils croissent très-vite.

On accommode la chair de la dorade de plusieurs manières. La plus simple est de la faire cuire sur le gril et de la servir en salade ou avec une sauce à la moutarde. On la fait cuire aussi dans l'eau, et on la sert avec une sauce blanche fort épicée , ou bien avec du vin, c'est-à-dire en matelote. On en fait

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aussi des pâtés, que l'on mange chauds ou froids.

DORADE CHINOISE. Poisson du genre cyprin, qu'on appelle aussi poisson rouge , et qui est trèsmultiplié dans les maisons et les jardins de l'empire de la Chine. 11 a été apporté en Europe en 1611 , où il est enti-etenu dans des bassins et dans des bocaux de verre , où il attire les regards par l'éclat de sa couleur. Ce poisson multiplie beaucoup, croît assez vite, peut se transporter facilement à des distances assez grandes, parvient à plus d'un pied de long, et sa chair est bonne à manger ; mais il ne sera jamais répandu dans nos étangs et dans nos rivières, parce qu'il est facilement aperçu par les poissons voraces, et qu'il ri'a aucun moyen pour leur échapper.

DORE. Nom vulgaire au forgeron, poisson du genre des zées, zeus faber (Lin.) , et qu'on nomme aussi , à Marseille et sur quelques côtes de l'Océan , poule de mer, poisson de Saint-Pierre , rode ou rondelle , gau , coq de mer, truette ou troueie et au Cap- Breton , orille ou rose ; en Espagne , gal^ en Sardaigne ycZ'ro , à Malte laurato , en Italie citula, rotula, en Angleterre dorn , en Allemagne sonenjierh et à Hambourg keringskœnig ou roi des harengs.

Description. — Ce poisson parvient à la longueur d'un pied et quelques pouces, et il pèse alors de 12 à 14 livres. Il a le corps aplati, presque lond et couvert de petites écailles ; 02 rayons à la nageoire dorsale, 26 à l'anale ; un long filament à chacun des rayons de la nageoire du dos , depuis le second anneau jusqu'au huitième inclusivement; une rangée longitudinale d'aiguillons de chaque coté de la dorsale; la caudale arrondie ; la dorsale et l'anale trèséchancrées; les nageoires pectorales ayant deux aiguillons tournés en sens contraire, et l'anale un aiguillon ; toutes les nageoires grises, rayées ou bordées de jaune; la tête grosse; la bouche grande; là mâchoire inférieure saillante , garnie , ainsi que la supérieure, de dents pointues et recourbées ; une épine de chaque côté de la bouche et deux au menton ; les opercules des ouïes larges et ronds ; les yeux grands et placés au sommet de la tête; la couleur générale mêlée de peu de vert et de beaucoup de doré; des teintes noires sur le dos , ainsi que sur la partie antérieure de la nageoire de l'anus et de la nageoire du dos, sur le museau et quelques portions de la tête; taches qui ont fait donner à ce

poisson le nom de forgeron. Ce poisson fait entendre , par l'air qui sort de ses organes intérieurs, un petit bruissement qui lui a fait donner le nom de troueie ou truie.

Habitation. — On le trouve dans les mers de l'Europe et principalement dans la Méditerranée.

Nourriture. — Il se nourrit de poissons qu'il poursuit auprès des rivages, lorsqu'ils viennent y déposer ou féconder leurs œufs. Il est si vorace qu'il se jette indifféremment sur toute sorte d'appâts.

Qualités. — Pline et Ovide parlent de ce poisson comme étant rare et fort recherché des gourmets , à raison de la bonté de sa chair. C'est, dit Duhamel, un excellent poisson; sa chair se lève par écailles; elle est délicate et de bon goût : de sorte que, dans les mois de janvier , de février et mars , on la préfère au turbot. Elle est encore meilleure quand on la fait dégorger dans l'eau douce.

Pêche. — Les dorés sont des poissons de haute mer : on n'en fait point de pêche particulière ; on en prend souvent de gros, confondus avec les merlans, à la pêche aux cordes. Quelques-uns se prennent à la îouène , lorsqu'ils se trouvent à la surface de l'eau. On en trouve de moins gros dans les parcs , ainsi que dans les filets de la drége ou les folles. Les gros individus de cette espèce sont devenus fort rares sur la côte de Normandie ; mais ce poisson est assez commun en Bretagne , depuis la pointe de Pennemarck jusqu'à la baie de Brest.

DORMANT. Les lignes dormantes sont celles qu'on établit à demeure au bord de l'eau , et que l'on va visiter de temps en temps pour voir si le poisson a mordu à l'hameçon. Les pêcheurs de l'embouchure de la Seine appellent rets dormans des rets tendus comme les folles. V. Ligne et Rets.

DOUCET ou SOURIS DE MER. Duhamel décrit sous ces noms un poisson qu'il dit avoir beaucoup de rapport avec le grondin, ayant, comme lui, de grands yeux fort élevés sur la tête, deux nageoires derrière les ouïes , deux sous la gorge , deux sur le dos et une sous le ventre derrière l'anus. Le nom de doucet parait avoir été donné à ce poisson , parce que sa peau , dénuée d'écaillés , est fort douce au toucher. Quant à celui de souris de mer, qui lui a été donné sur les côtes de la Haute-Normandie , il proviendrait de la forme de sa tête , qui aurait quelque ressemblance avec celle de la souris. Le

corps de ce poisson est effilé, rarement de plus d'un pied de long; orné des couleurs les plus brillantes et les mieux distribuées, mais qui disparaissent quand le poisson est mort. La femelle a ordinairement le corps bleuâtre avec des taches rouges; sa chair est meilleure que celle du mâle; mais ce poisson est peu recherché, parce qu'on est obligé de lui retrancher la tête et que le corps est fort menu. Il parait que le doucet n'est autre chose que la Lyre. V. ce mot.

DRACONCULE. Nom spécifique d'un poisson du genre callionyme , qu'on appelle aussi dragonneau , et dont nous parlons au mot Lyre. ^ . ce mot.

DRAGON DE MER. C'est le nom que l'on donne à un poisson du genre trachine^ à la vive. V^ Vive.

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DRAGONNEAU. Poisson du genre callionyme , que quelques naturalistes et les pêcheurs regardent comme la femelle de la Lyre. V. ce mot.

DRAGUE. Espèce de pelle de fer , rebordée de trois côtés ^ plate par le devant, emmanchée d'une longue perche , qui sert à tirer le sable des rivières , les immondices, et à curer les puits.

DRAGUE. Mot qui vient de l'anglais, <irûg-, formé du saxon dragan , traîner quelque chose avec peine. On comprend sous le nom générique de drague les pêches qui se font à la traîne avec des filets à manche. Cette manière de pêcher ressemble beaucoup à celle qui se fait avec les Aissaugues , Bouliers, Ganguis^ etc. (voy. ces mots), puisque si l'on retranche les ailes de ces filets, et qu'on traîne au fond de la mer les poches ou manches qui sont au milieu de ces mêmes filets, on aura les dragues dont on va parler.

On varie néanmoins de différentes manières l'ajustement de ces filets : c'est ce qui a fait donner des noms particuliers aux pêches qu'on pratique avec la drague. A quoi il faut ajouter la variété àes noms qui viennent du jargon des pêcheurs dans chaque port.

Ces noms sont : drague, chausse , cauche , chalut, sac-de-drague , bâche traînante , couvreaux , carte, corret, dranguelle ou drangelle. On se sert encore d'autres termes dont nous éviterons de faire usage, parce qu'ils conviennent à des pêches très-différentes, tels que traversiers , picots-à-poche, grande sauterelle., ou grenadière à la mer^ dre'ge , etc.

En général les différences qu'on peut remarquer dans les diverses manières de pêcher à la drague consistent dans l'étendue et la forme des manches , ainsi que dans celle des embouchures et dans les moyens qu'on emploie pour les tenir ouvertes, les rendre propres à gratter ou draguer plus ou moins le fond. Les unes sont traînées à pied et à bras, d'autres le sont par un ou deux bateaux.

§ i^r. Ue la pêche avec la chausse y halée de terre SUT les grèves.

Cette chausse est assez semblable à celle du ean- .1 , . , P

gui, mais beaucoup plus petite, étant proportionnée à la quantité d'hommes qui la peuvent traîner. Le bas de l'embouchure ab , PL 38, iV». //, est garni d'un cordage assez gros, chargé de bagues de plomb pour le faire caler sur le fond. La tête est amarrée sur un matreau û?e de bois léger, tel que du sapin , qu'on substitue aux flottes de liège , pour tenir l'embouchure du filet ouverte. On met ordinairement une câblière aux deux extrémités de la corde plombée ah ^ puis on attache aux bouts de an matreau deux funins qui vont se réunir au point c. On frappe encore aux extrémités a Z» de la corde plombée deux bouts de funin a et Ih ^ qui vont s'attacher aux funins ec, de aux points /"A. Il part du point c un petit câblot, qui sert à traîner la manche.

Les pêcheurs embarquent dans un batelet leur chausse et leurs cordes 5 et ils se portent au large à une distance proportionnée à la longueur de leur câblot. Quand ils y ont calé la chausse , ils rcvicn-

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le câblot et tirent la chausse suivant une direction à-peu-près parallèle à la laisse de la met , figure iVo. IV, PL 38. Peu-à-peu la chausse gagne le rivage, et quand elle y est arrivée, ils la tirent entièrement à terre j ils dénouent la ligne qui tient fermée l'extrémité de la chausse, et en retirent le poisson, ainsi que les immondices qui s'y sont accumulées.

On ne prend presqu'à cette pêche que des poissons plats, que le frottement de la chausse a fait saillir hors du sable et de la vase.

§ 2. La même pêche à la voile.

A l'île de Ré , on fait à la voile une pêche àpeu-près pareille. La chausse a environ 4 brasses d'ouverture sur 6 de profondeur. Les pêcheurs chargent les angles du bas de leur filet avec des câblières qui pèsent de 20 à 25 livres. Les plaques de plomb qui sont sur la traverse de la grosse corde, pèsent environ 5o livres j et pour tenir l'embouchure du sac ouverte, au lieu de mettre sur le haut du filet le matreau ou espar d,e .^ figure N°. II ^ ils en mettent un , long de 5 à 6 brasses , amarré sur les funins. Cet espar est à quelques pieds de l'ouverture du sac, qu'il tient ouvert. Au milieu de l'espar, pour le rendre encore plus flottant , on frappe deux grosses pièces de liège , qui pèsent chacune 5 à 6 livres .

Il y a de ces chausses qui sont les unes plus , les autres moins chargées de lest , et qui ont aussi pliis ou moins de flottes, et enfin dont les mailles sont plus ou moins grandes , suivant l'idée des pêcheurs.

§ 3. De la pêche dite chalut, telle qii?elle se pratique aux environs de NIarennes , en plusieurs endroits de la Bretagne , etc.

Quoique toutes ces pêches s'exécutent à-peu-près de la même manière , et qu'elles consistent à traîner une manche assez semblable à celle du gangui , il y a néanmoins des variétés , tant dans la grandeur et la forme de la chausse, que dans l'ajustement qu'on met à l'embouchure i)Ourla tenir ouverte.

La drague , PL 38 , iV». ///, que les pêcheurs saintongeois , poitevins et bretons nomment chalut, est de forme carrée, longue, ayant ordinairement 8 brasses d'ouverture, qui se réduit au fond à 5 ou 6 brasses de largeur. Les mailles sont différentes d'ouverture, mais elles se rétrécissent toujours à mesure qu'elles sont plus près du fond. L'ouverture du sac est chargée par en bas d'un cordage de 2 pouces de grosseur aka , et de plus d'une livre de plomb par brasse. Le haut de ce sac est garni d'une ligne a a, d'un quart de pouce de grosseur, qui porte des flottes en assez grand nombre pour tenir le sac ouvert. On attache quelquefois la ligne chargée de plomb aka sur une perche pliante, dont la corde peut avoir 20 ou 0,5 pieds de longueur; ce qui établit, à cette cjuantité, la largeur de l'embouchure de la drague. Consultez la figure N° . V.

La corde plombée et la ligne chargée de flottes sont amarrées en aa, N°. III, à deux petits échallons ou genouillets de bois, et on attache tant aux échallons qu'au cordage une pierre ou câblière pour

nent à tcnc , se débarquent sur la grève , halent sur ' appuyer la corde plombée sur le fond

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C'est encore sur les échallons qu'on frappe «le chaque côté un funin ou petite liaussîère b b ^ de 2 pouces et demi ou 3 pouces de grosseur, et long de 100 à 120 brasses; et pour mieux tenir ouverte l'embouchure du filet, quelques pêcheurs ajoutent une perche ce, au milieu de laquelle, pour la faire mieux flotter, ils amarrent quelques pièces de liège d.

Quoique le mieux soit de ne caler le chalut qu'à Sou 10 brasses de profondeur, néanmoins les pêcheurs chalutiers le calent quelquefois à 3o ou 4° brasses. En ce cas , il leur est important que les halins soient fort longs , pour peu que l'embouchement de la chausse ne s'élève pas.

Quand le bateau est rendu sur le lieu de la pêche, on met en panne pour jeter le filet à l'eau. Aussitôt qu'il y est, on fait courir de l'avant, et en larguant les bras du filet dont les bouts sont frappés à stribord au vent, à environ une brasse de l'étrave et de l'étambot. Comme le bateau va en dérivant le côté en travers, on prend presque toujours un peu de voile jiour presser la manche , à moins que le vent ne soie très-fort ; car en ce cas on le laisse dériver à sec. De sorte qu'il faut proportionner la voilure à la force du vent , pour que la manche de la chausse surpasse celle du courant. C'est pourquoi on ne peut ])as faire cette pêche par le calme ; mais les vents médiocres sont les plus favorables. On la fait également de jour et de nuit.

Comme les poissons se retirent dans les grands fonds durant l'hiver , les pêcheurs sont obligés de se 2:)0rter au large pour les y aller chercher : en été, ils rangent la côte.

Pour relever la drague, on amène les voiles; on haie à bras les haussières , et on tire le filet à tribord pour le vider du poisson et des immondices qui s'y sont amassés.

Si les pêch eurs veulent continuer un nouveau land, c'est-à-dire faire un second trait, ils rejettent surle-champ la chausse à la mer, et continuent la manœuvre que nous venons d'exposer. Quand la pêche se fait en hiver, un seul trait dure quelquefois 4 heures, d'autres fois 8, parce que la pêche se fait au large et dans de grands fonds; mais l'été, quand on s'établit près de la côte, un trait ne dure qu'une ou deux heures , d'autant qu'alors la manche est bientôt remplie d'immondices et de bourbe, dont il faut la vider. Pour éviter cet inconvénient , les pêcheurs passent de petites ficelles, de 2 en 2 brasses, afin de resserrer l'ouverture de la manche; ce qu'ils nomment brider la drague. Alors son ouverture est réduite à un pied et demi ou 2 pieds.

Quelques pêcheurs mettent aux deux bouts du bateau des bouls-dehors A/, qui en augmentent la longueur, et c'est à l'extrémité de ces bouts-dehors qu'ils attachent les halins, dans la vue de tenir l'embouchure du filet plus ouverte. En ce cas, on peut se dispenser de mettre la perche courbe ah, N^. K, ainsi que la perche droite ce, N°. III.

Après l'exposé que nous venons de faire de cette pêche, on conçoit qu'on n'y prend guère que des poissons plats. En été, ce sont des soles et en hiver des raies. Outre ces mêmes poissons, on prend des turbots, des barbues, des gournaux, des grondins, des vives, etc.

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Pour traîner la manche, N°. V, on amarre deux manœuvres au bout de la perche droite ab,el une troisième au milieu de la perche courbe ab. Toutes trois se réunissent en a?, où l'on attache le halin t?, qui répond au bateau.

§ 4« Chalut du Poitou , traîné sur les vases.

En Poitou, on pêche avec des chaluts dont le sac a 5 brasses de large à son embouchure , 6 brasses de long, et au fond une brasse et demie, se terminant par une pointe fort obtuse. A cet endroit, le rets est lacé, et se ferme comme une bourse : on l'ouvre pour retirer le poisson. Les pêcheurs ne se servent point de perches, le haut du filet est garni de flottes de liège , et sur la corde du bas sont amarrées de chaque côté quatre vieilles savates, ayant leurv)uverturc en haut et dans chacune desquelles on met une pierre. Il y a, outre cela , au bout de la chausse deux câblières pour la faire caler. Par cet ajustement , le filet ne peut entrer dans la vase : il coule dessus.

Les halins sont amarrés aux deux bouts du bateau , à l'avant et à l'arrière, à deux bouts-dehors, de 22 pieds de long , dont 6 pieds au moins sont dans le bateau : en sorte que les bouts-dehors font une saillie d'environ 16 pieds. Les halins de ce chalut sont à-peu-près disposés comme ceux de la figure N-. II.

Comme ce chalut n'entre point dans le fond de l'eau, il prend quelques poissons ronds qui se trouvent près du fond.

Quand on veut relever le chalut, on amène la voile ; on tire à bord les haussières, ensuite les flottes , puis la partie 011 sont les savates , ensuite tout le filet et on finit par le fond du sac , qu'on délace pour le vider. Un trait dure 2 heures, plus ou moins, suivant le lieu où l'on s'est établi.

§5. Pêche du même genre , nommée carte, à Dunkerque,

La carte de Dunkerque est un filet en chausse, large à l'embouchure et qui va toujours en diminuant jusqu'au bout. Les mailles, qui sont assez grandes à l'entrée, vont toujours en se rétrécissant jusqu'à l'extrémité , qui est fermée par une corde, qu'on dénoue pour retirer plus facilement ce que la chausse contient. Comme le fil est très-gros , et qu'il se gonfle à l'eau , les plus petits poissons qui y sont entrés ne peuvent s'échapper. Cette chausse a environ 4 brasses de longueur. Le bas de l'embouchure est garni d'un gros cordage qui porte des bagues de plomb. Les côtés ont 2 pieds ou 2 pieds et demi de haut. La partie supérieure de cette embouchure est garnie de flottes, ou encapelée sur un petit sapin , pour que cette partie flotte, et que l'embouchure demeure ouverte. Les cordes qui correspondent à cette chausse sont disposées, comme on le voit dans le A^°. //. Chaque bateau trnine sa carte ou chausse ; car il y a presque toujours deux bateaux de conserve, éloignés l'un de l'autre de 4 ^ 5 brasses, faisant leur pêche suivant la direction du vent et le cours de la marée. Les câblots qui traînent la carte sont amarrés aux bateaux vers le milieu; un bateau ayant son cordage à bâbord , et

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l'autre à tribord. Les pêcheurs recommencent plusieurs traits si le temps le permet.

Le but principal de cette pêche est de se procurer des appâts pour amorcer les haims ; néanmoins, on prend souvent des poissons qui sont de vente, particulièrement des poissons plats.

§ 6. De la pêche qu'on nomme dranguelle à V embouchure de la Seine.

Les pêcheurs de la Seine nomment dranguelle une chausse qu'ils traînent sur le fond. Elle ressemble aux chausses de Flandre et n'en diffère que par la grandeur de l'embouchure du filet; car les manches dites dranguelles ont de 7 à 10 brasses d'ouverture et une pareille profondeur 5 mais elles se réduisent par degrés à 5 brasses de largeur.

La partie de la ralingue qui borde l'embouchure , et qui doit être en bas, est garnie, dans une longueur de 5 brasses, de pinces rondes, plates et percées pour faire caler le filet sur le fond. Une pareille étendue de la ralingue est garnie en haut de flottes de liège, pour tenir cette partie élevée et l'embouchure du filet ouverte : ordinairement sept morceaux de liège et sept pierres suffisent , si on ajoute aux bouts de la corde pierrée deux câblières du poids de 7 à 8 livres, pour mieux affermir cette partie de l'embouchure sur le fond.

On aperçoit sensiblement, à l'inspection de la figure iVo. II, PI. 39, la disposition des halins à l'embouchure de la dranguelle.

Ordinairement quatre hommes se mettent dans deux petits bateaux pour faire une pêche en tirant de concert la dranguelle , et il y a deux halins , afin que chaque bateau en prenne un.

En partant, on met le filet dans un des bateaux , et étant rendus au lieu delà pêche, les deux bateaux se rapprochent pour mettre la dranguelle à la mer. Un homme de chaque bateau en prend la moitié, pour qu'ils jettent ensemble tout le filet. On amarre l'extrémité des deux bras vers le milieu de chaque bateau', de sorte que l'un a son bras à bâbord et l'autre à tribord. Pour cette pèche , on suit toujours le courant ; mais il faut faire en sorte , à l'aide de rames , que les bateaux aillent plus vite que le courant, afin que les halins tirent toujours la dranguelle j et pour cela on ne met les halins à l'eau que peu-àpeu. Quand ils y sont entièrement, les deux pêcheurs de chaque bateau rament avec vigueur pour que la dranguelle aille vite. Si elle ne faisait que suivre le courant, elle ne prendrait rien ou fort peu de chose.

Quand on a traîné le filet environ deux cents pas, les deux bateaux se rejoignent pour le relever. Alors un pêcheur de chaque bateau cesse de nager et chacun haie à son bord lehalin qui répond à son bateau; l'autre continue de ramer pour faire toujours efforts contre la dranguelle à mesure qu'on s'en approche. On augure avantageusement de la pêche lorsque le filet résiste beaucoup. Pour le mettre à bord , les pêcheurs des deux bateaux en saisissent l'embouchure, l'un par la partie pierrée, l'autre par celle qui est flottée. Le filet étant ainsi soulevé, tout le poisson tombe dans le fond. Enfin ils parviennent ii le mettre en entier dans un des deux bateaux, et

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quand ils en ont tiré le poisson, ils continuent leur pêche , en faisant la même manœuvre.

On distingue deux espèces de dranguelle. Il y en a une qu'on nomme claire , qui a les mailles d'un pouce d'ouverture en carré, et dont on se sert toute l'année, pour prendre différentes sortes de poissons. La dranguelle qu'on nomme épaisse a ses mailles ail plus de 10 lignes , et elle ne sert que pendant les deux saisons des éperlans.

Au reste, cette pêche est plus fatigante que celle qui se fait avec la seine, parce que les pêcheurs sont obligés de relever leur filet en pleine eau , et qu'ils ne peuvent être aidés comme ceux qui relèvent au bord de l'eau sur le terrain.

§ 7. Chalut monté avec un fût de bois ^ formé en traîneau.

Il yen a qui mettent au bas de leur chalut, PL Sç, N°, IV , ftg. 2, ûZ», des genouillets ou genouillettes, formés d'un morceau de bois fourchu ou qu'on ploie comme le collet d'une charrue, et entre les branches de l'un ou de l'autre morceau de bois une ou plusieurs pierres, comme on le voit en ce, iV°. IV, pour faire caler le chalut sur le fond.

Les pêcheurs de Saint-Brieuc emploient des fûts mieux construits, iV°. IV, fig^ b. Ils forment les genouillettes avec deux bouts de membrures, auxquels ils donnent une forme approchant d'une console a, N°. IV. Les deux genouillettes sont assemblées l'une avec l'autre par un morceau de bois rond b , dont les extrémités entrent dans les trous qui sont à la partie évasée des genouillettes a,* et la portion du morceau de bois qui les traverse excède leur épaisseur pour recevoir une pierre percée c, qui sert de lest. Le tout est arrêté par une clavette, qui serre et la pierre et la genouillette contre un petit épaulement qu'on a ménagé à la traverse b. Il est superflu de faire observer qu'on pourrait substituer une plaque de plomb à la pierre dont nous venons de parler, A la pointe d du genouillet, est un trou qui sert à attacher l'extrémité des bras ou petits funins e, avec lesquels le bateau traîne le chalut.

Le bas des genouillettes étant arrondi, il forme comme un traîneau qui coule aisément sur le fond , et passe sur les petites roches et les inégalités du terrain sans éprouver beaucoup de résistance. Ainsi on peut manœuvrer avec beaucoup de facilité ce chalut sans courir risque de déchirer son filet.

Comme le haut de l'embouchure du filet est garni de liège , cette partie se tient soulevée , et il se prend dans le filet des poissons plats et des ronds. Pour empêcher ceux-ci de s'échapper, on jette des deux côtés de la longueur du sac b,fîg. 1'»., comme deux cloisons de filet , qui s'étendent depuis les genouillettes jusqu'aux trois quarts de la longueur de la chausse; ce qui forme une espèce de goulet bien capable d'arrêter les poissons qui voudraient sortir de la chausse : car il reste enti-e elles une ouverture de 5 à 6 pieds, par laquelle les poissons peuvent passer pou/ se rendre au fond du sac , et lorsqu'ils passent d'errière les cloisons , ils remontent jusqu'aux genouillettes et ne peuvent s'échapper. Ces manches se terminent en carré comme le fond d'un sac ordinaire , et on attache à chaque angle une pe-

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tlte càblière g pour en tenir l'extrcmîté assujettie sur le fond. On laisse à l'un des coins une ouverluie d'environ une brasse, qui se ferme comme une bourse, et qu'on ouvre pour vider la nianclie.

§ 8. Description du chalut dont on fait usage aux environs du Havre,

Ce chalut, PL Sç, N"" . IV, f g. 3, est fait de inailles sériées. 11 a la forme de ces manches dont on se sert pour renouveler l'air dans les entreponts et la cale des vaisseaux : ainsi c'est un cône tronqué. La circonférence de son embouchure est de 2.5 brasses} lO brasses de cette circonférence sont encapelées sur un bâton b^ qui peut avoir 4 brasses de longueur.

A l'extrémité^, les mailles sont des plus étroites et faites avec un filet renforcé. Au moyen d'une ganse cette partie se ferme comme une bourse , et à cet endroit est attachée une bouée r , qui tient à une ligne ou brin, dont la longueur est proportionnée à la profondeur de l'eau où on cale la chausse, ([ui a 8 ou 10 pieds de longueur. A l'égard de l'embouchure, nous avons dit qu'environ un tiers de sa circonférence était attaché par de petites ganses à une perche b. Le reste de l'embouchure mm est bordé d'une ralingue assez forte, qui est garnie de bagues de plomb.

Aux deux bouts du bâton Z> , il y a des anses de (erkk^ dont chacune porte une douille, dans laquelle entrent les extrémités du bâton. C'est encore à ces anses de fer que sont attachées les manœuvres c c d , qui servent à traîner le chalut.

Pour se préparer à mettre le chalut à la mer, le bâton ou fût étan t sur le bout de la barque , on y envergue la partie b de la ralingue qui borde la chausse, et on attache aux anses de Ter kkXa. partie de la ralingue mm, qui est chargée de bagues de plomb. L'extrémité g étant fermée, comme on vient de le dire, par un lacet, on jette d'abord à la mer cette partie de la chausse , avec l'orin et la bouée r; le filet suit; on jette enfin le bâton b avec les anses de fer kk, sur lesquelles sont frappées en pattes d'oie les manœuvres ccd, dont deux, ce, sont attachées aux anses, et l'autre c?au milieu du bâton; toutes trois se réunissent en e, où l'on attache un funin ou filin /de 27 fils.

On donne au bateau un peu de voile, pour qu'il aille plus vite que le courant, et on file peu-à-peu le gros funin f\ dont on conserve le bout dans le bateau, attaché à un banc ou tir du bateau. On ne lâche que peu-à-peu le gros funin, pour que lu chausse s'établisse bien sur le fond dans toute sa longueur, et qu'elle ne soit recouverte ni par le fût ni parle gros cordage^; ce qui ne manquerait point d'arriver si le bateau ne filait pas plus vite que le courant, ou si on mettait trop promptement lu câble à l'eau.

On voit que, pour que le chalut soit bien placé au fond de l'eau, il faut que les deux segmens de fer kk arrivent les premiers au fond, et qu'au moyeii de la gaule Z», ils se placent sur une ligne droite. Ainsi la gaule se trouve élevée au-dessus du sable de toute la hauteur des anses ou segmens de fer, et elle soutient à cette hauteur la rartic du filet ^, qui

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est encapelée sur la gaule; tandis que l'autre mm, qui est chargée de plomb, coule sur le fond. Par cette disposition , le chalut, qui est traîné plus vite que le courant, présente une embouchure béante, dans laquelle entrent tous les ])oissons qu'elle rencontre , de quelque grosseur qu'ils soient , et ils s'accumulent au fond du sac ^.

Après une heure de traîne, on amène le chalut à bord , pour prendre le poisson et vider les immondices qui se sont amassées dans la chausse. Pour cela on haie sur le funin y^ et quand le chalut est près de la surface de l'eau, on s'aide en halant sur l'orin de la bouée, mais seulement pour soulager le filet.

Quand le filet est à fleur d'eau , on le saisit à pleine main pour en tirer l'embouchure à bord, et successivement tout le filet ; ensuite on cherche l'extrémité g^ dont on ôte le lacet, pour tirer le poisson et les immondices qui se sont rassemblés à cet endroit.

On essaie de se placer sur un fond qui soit sain ; mais si par accident le filet se trouvait accroché , il faudrait, pour le débarrasser, aller chercher l'orin de la bouée, et tirer le chalut en reculant.

§ 9. Armure de la drague de Cancale.

L'agitation de la mer dans une baie aussi vaste que celle de Cancale romprait ou emporterait tous les filets qu'on pourrait tendre à la basse eau dans la vue de prendre des soles et d'autres poissons plats. C'est ce qui a engagé à y substituer les dragues, qu'on tolère, pourvu que la traverse ne soit pas de fer.

La drague ou chausse dont on fait usage à Cancale pour prendre des soles a pour armure une perche de bois aa, PL 89, N°, IV^^fig. 4, qui traîne sur le fond ; une corde bb^ k laquelle une partie de l'embouchure du filet est attachée ; un cercle de fer ce, auquel est attachée l'autre portion de l'embouchure : la corde b passe dans des pitons de fer d, qui sont assujettis dans la perche de bois a , et le cercle de fer c est soutenu par d'autres pitons e. Les barres de fery sont proprement l'armure de la drague; elles se réunissent en^, où il J a un organeau, auquel s'attache le cordage qui doit traîner la drague. Voilà en abrégé la transcription de l'armure de cette drague, et après ce qui a été dit plus haut, cette description sommaire suffit pour en prendre une idée assez exacte.

§ 10. De la drague ou chausse armée de fer.

La drague anglaise ,fig- 5 , PL 89 , JV. /^, ne diffère guère de celle du Havre, fîg. 3, que par la forme de ses genouillettes, dont nous en avons représenté une en grand , avec la lettre b , et qui ne paraissent pas préférables à celles de bois dont nous avons donné ci-devant la description. Ainsi nous ne nous y arrêterons pas davantage : nous passons aux dragues , où l'armure est entièrement en fer, et qui sont de quelque usage en Bretagne.

Cette armure ressemble assez à celle de la drague aux huîtres, dont nous parlerons dans le paragraphe suivant, excepté qu'elle est beaucoup plus grande, avant quelquefois 10, i 2 et j^isqu'à i4 pieds de Ion-

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