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dos violet et le ventre blanc 5 la nageoire du dos brune , celles de la poitrine et de l'anus jaunâtres ; celle de la queue de même couleur , allongée et en forme de croissant. La natation de l'espadon est trèsrapide , et il perce comme un trait les cétacés, les squales et les autres poissons qu'il attaque. On a beaucoup parlé de ses combats avec ses ennemis 5 mais ce qu'on en a dit est exagéré : car , malgré sa force , ses armes et son agilité , il a les moeurs assez douces.
Habitation. — Les espadons habitent les mers de l'Europe et principalement la Méditerranée ; ils vont ordinairement par paires, probablement le mâle et la femelle; ce qui doit paraître surprenant, puisque ce poisson est ovipare et ne s'accouple pas. Ils déposent leurs œufs pendant l'été sur les côtes, et c'est à cette époque qu'on en prend le plus.
Nourriture. — Ils ne vivent que de petits poissons et de plantes marines.
Qualités. — La chair de l'espadon est très-blanche , d'assez bon goût, très-nourrissante j on la préfère à celle du thon , sur-tout quand le poisson est pris dans le mois de mai ; car plus tard elte est plus dure et difficile à digérer. On estime particulièrement les morceaux du ventre, de la c[ueue et des environs des nageoires. On les sale et on les vend à un prix élevé ; on sale également et on fait sécher le reste du corps, parce que ce poisson se corrompt promptement.
Pêche. — Les pêcheurs redoutent beaucoup l'espadon , parce qu'il perce leurs filets , et qu'il leur fait plus de dommage qu'ils n'ont de profit à en espérer. On en fait des pêches expresses sur les côtes de Sicileetàl'embouchure du Bosphore. Un homme placé en sentinelle sur la pointe d'un rocher ou au sommet d'un mât épie l'arrivée des espadons , et en donne avis aux pêcheurs par un signal qui indique la direction de leur marche : alors deux bateaux, montés, chacun, de deux hommes, un pour la manœuvre et l'autre pour le harponnage , vont à leur poursuite , et lorsqu'ils les ont joints , ils les attaquent tous deux en même temps; l'un des harponneurs lance son harpon sur le mâle , et l'autre le sien sur la femelle. Dès qu'ils sont touchés , on laisse filer la corde , comme dans la pêche de la baleine; car si on l'arrêtait on risquerait d'être submergé par les efforts que fait le poisson pour se sauver. On ne le hisse à bord que lorsqu'il est mort, ou au moins considérablement affaibli par la perte de son sang.
Ennemis de l'espadon. — On dit que ce poisson est si tourmenté par un insecte , sur-tout quand le temps est disposé à l'orage, qu'il entre dans une agitation extrême, saute en l'air, s'élance à terre, et même quelquefois jusque dans les petits bâtimens.
ESPADOT ou ESPARDOT. C'est un morceau de fer ajusté au bout d'un bâton, et qui forme un crochet; il sert à prendre au fond des écluses , dans les endroits où il reste de l'eau, les i)oissons qui y sont restés. Cette pêche se fait ordinairement aux flambeaux. V., au mot Pcche^ ce qui concerne la pèche à la basse eau.
ESPALIER. Nom qu'on donne à deux paux qui sont à l'entrée de la pantenne de la paradière. V. Parc.
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ESPAR. Levier qui sert pour la grosse artillerie ; ou emploie aussi ce terme pour signifier une forte perche plus menue qu'un màlereau.
ESPARVIER ou ESl'ERMER. C'est Tépervier en vieux français. V. Épervier.
ESPENS. V. Spens.
ESPERE. On appelle en Provence tendre à l'espère quand on tend des filais dans l'alteiite du poisson qui y donnera. V. Cibeaudière.
ESPION. On nomme ainsi en Roussillon le filet qu'on nomme ailleurs Sardinal. ^ . ce mot.
ESPROT. Petit poisson connu au Havre , et qui parait avoir beaucoup de rapport avec le sprat.
ESQUAQUE. L'un des noms vulgaires d'un poisson. V. Angelot.
ESSAUCjUE. C'est un filet dont nous avons parlé au mot Aissavgue ^ et dont on fait un grand usage dans la Méditerranée. Il y a au milieu de ce filet une grande bourse, aux deux côtés de laquelle sont deux ailes. On le tire à terre après lui avoir fait décrire une grande enceinte. V. Aissaugue.
ESSENCE D'ORIENT. Nom qu'on donne aux écailles des ubles préparées pour faire les perles fausses. V. Ables.
ESTOIRE ou ESTOUEYRE. Sorte de tramail dont on se sert sur la Gironde pour prendre des gattes ou feintes, des soles, des turbots , etc. On le r.omme aussi bigearreytes ou bigcarreyns. V. Manet. ESTRITS ou ETRITTE. On donne ce nom , sur les côtes de Basse -Normandie , à une espèce de crabes.
ESTROPE. Bout de cordage qui entoure la boîte d'une poulie , ou des cailloux , pour former une anse par laquelle on les suspend. V. Corde.
ESTROPIÉE (MORUE). Une morue estropiée est celle qui n'est pas entière. V. Morue,
ESTURGEON, acipenser sturio. (Lin.) Espèce de poisson du genre acipensère ^ qui est célèbre à cause de sa grosseur, de la bonté de sa chair, et de l'utilité qu'on retire de quelques-unes de ses parties. On le pèclie non-seulement dans la nier, mais aussi dans presque tous les grands fleuves de l'Europe et de l'Asie septentrionale, et dans les lacs qui s'y déchargent.
Histoire. — Cet acipensère fut connu des Grecs , et on le péchait, dès les temps les plus anciens, dans le Pont-Euxin et sur plusieurs points du vaste lac de Corocondame . Plusieurs forts avaient été bâtis et garnis de soldats grecs , pour assurer la pêche de l'esturgeon et de quelques autres grands poissons : des villes de la Grèce l'avaient fait frapper sur leurs médailles , et on le retrouve aussi empreint sur des médailles frappées en Espagne , dans les temps anciens. Il n'est pas certain que l'esturgeon n'ait pas été confondu par les Romains avec Vhuso , autre espèce à^acipensère. Quoi qu'il en soit , Vacipenser des Romains leur arrivait des pays les plus éloignés; ce qui résulte des vers d'Ovide et de Martial , et ce que Macrobe a confirmé dans ses Saturnales : ce dernier en parle comme d'un poisson rare, qu'on servait sur la table des empereurs au son des instrumens. Les Romains tiraient ce poisson des contrées du nord-est de l'Europe. 11 était très-abondant dans les principaux fleuves de l'Asie. Dans plusieurs
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pays , l'esturgeon était un poisson qui appartenait au souverain. En Suède, il appartenait au roi 5 en Normandie, il fut réservé aux anciens ducs , qui, par la suite des temps , en firent des concessions aux seigneurs territoriaux des fiefs baignés par la mer ou situés à l'embouchure des rivières. Les seigneurs, à leur tour, se dépouillèrent de ce privilège on faveur de quelques églises , ainsi qu'on le voit par des actes des Xle. , XII^. et XlIIe. siècles. Le même privilège avait lieu dans d'autres parties de la France, ainsi qu'en Angleterre, en Prusse, en Espagne, en Portugal et en Italie.
Description. — L'esturgeon ( PI. III des Poissons, fig. 8) a la tête longue, terminée en pointe obtuse , et couverte par huit pièces osseuses en losange \ la bouche placée en dessous du museau; des cartilages, assez durs qui garnissent les deux m.âchoires et tiennent lieu de dents 5 quatre filamens menus et semblables à des vers entre l'ouverture de la bouche et l'extrémité du museau ; la langue épaisse; les narines doubles j les yeux petits; l'ouverture des ouïes grande; le corps très-allongé, pentagone , terminé en pointe , couvert sur le dos d'une rangée de pièces osseuses , saillantes dans leur milieu , et sur les côtés deux autres rangées de pièces analogues, mais plus petites , moins saillantes, et de beaucoup d'autres intermédiaires ; le corps d'un bleu grisâtre , parsemé de points bruns ou noirs; le ventre blanc; l'anus près de la queue; la nageoire dorsale très-voisine de la queue , et composée de 38 rayons ; les nageoires pectorales composées de 3o rayons, les ventrales de iS , l'anale et la caudale de 24. Cette dernière est placée en dessous; sa forme est celle d'une faux, et elle ressemble à celle des squales.
Cette ressemblance n'est pas la seule qui se remarque entre Vesturgeon et le requin. La jjosition de la bouche , la forme générale et la grandeur du corps , la dureté de la peau , l'en rapprochent encore ; mais il n'en est pas de même des qualités : l'un est aussi tranquille et aussi doux que l'autre est actif et féroce, et cela tient à la différence de leur nourriture.
Ce poisson parvient à une grandeur considérable, c'est-à-dire à plus de 25 pieds de long. Ceux de 12 à \5 pieds ne sont pas rares.
On connaît deux espèces d'esturgeon : la première , Vacipenser sturio de Linné, qu'on appelle aussi estourgeon , sturion , créac , ichthyocolle et belliJge dans quelques contrées ou dans les parties méridionales de la France; cette espèce est celle dont nous allons donner la description. L'autre, qu'on nomme grand esturgeon, acipenser /luso, Lin. ( V. Huso ), ne se trouve pas dans les rivières de France : elle ne se voit guère que dans la mer Caspienne, la mer Noire, et les grands fleuves qui y versent leurs eaux; elle y parvient à des dimensions bien plus considérables que l'autre. La longueur de iS pieds , qui est le maximum de l'esturgeon ordinaire , est la mesure commune du second : Pallas en cite un qui pesait 2,800 livres.
Habitation. — L'esturgeon ordinaire est un poisson de nier, qui remonte les grands fleuves pour y déposer son frai.Tant qu'il reste dansl'Océanou dans
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la Méditerranée, il est mince et fluet, et n'acquiert pas ce goût fin et délicat qui le fait estimer des gourmets. Il fréquente plus particulièrement le Volga , le Tanaïs , le Danube , le Pô, la Garonne, la Loire , le Rhin, l'Elbe et l'Oder. On trouve aussi ce poisson dans d'autres rivières , et on en prend même de temps en temps dans la Seine. On a remarqué que les rivières que fréquentent le plus les esturgeons sont aussi celles où abondent les saumons, dont les premiers font leur nourriture. Ce fait est si bien établi, que les pêcheurs, certains de voir arriver ces poissons peu de jours après qu'ils ont pris le premier esturgeon , l'ont nommé le conducteur des saumons.
Nourriture. — L'esturgeon ne se nourrit que de vers, de reptiles et de petits poissons qu'il attend au passage, caché dans les roseaux ou les varecs , ou c[u'il fouille dans la vase avec son museau , comme le cochon le fait avec son groin.
Propagation. — Le temps du frai est en avril et mai. La femelle de l'esturgeon dépose dans les fleuves une immense quantité d'œiifs , qui, malgré la consommation qu'en font les saumons , les brochets, les anguilles , etc. , doivent donner naissance à beaucoup de petits j cependant on n'en prend jamais. Il est probable que, dès qu'ils sont nés , ils regagnent la mer, et n'en sortent que lorsqu'ils ont acquis quelques années et qu'ils sont aptes à la reproduction.
Qualités. — La chair des esturgeons est très-délicate : on la compare , pour la consistance et le goût , à celle du veau ; on la mange fraîche , salée , séchée , Ou marinée. La laite du mâle est la parlie qu'on préfère; on fait du caviar avec les œufs de la femelle.
La fermeté de la chair de l'esturgeon permet de la faire cuire à la broche comme la viande de boucherie.
On peut garder ce poisson plusieurs jours hors de l'eau, dans un lieu humide, sans qu'il périsse; il tient cette faculté, qui lui est commune avec la carpe , l'anguille et quelques autres poissons , de la conformation particulière de ses ouïes.
Poche de P esturgeon. — La pêche de l'esturgeon se fait sur les bords de la Garonne, depuis le mois de février, et dure jusqu'en août et même plus tard, suivant la température de la saison; elle ne se fait jioint à l'hameçon, mais au filet, parce que ce poisson se nourrit plutôt en suçant qu'en dévorant. Quand les pêcheurs sentent qu'il y en a quelqucsxins de pris , ils les retirent , et les attachent à des bateaux en leur passant des cordes qui traversent leur gueule et leurs ouïes. On a soin aussi de leur attacher la queue avec la tète en forme de demicercle, et il est nécessaire de prendre cette précaution contre leur force prodigieuse; car dès qu'un esturgton se trouve appuyé , il renverse d'un coup de queue l'homme le plus robuste, et brise les perches les plus fortes.
Péchc du grand esturgeon. — Cette pêche est d'une grande importance pour quelques nations, qui font un commerce fort étendu en Europe et en Asie avec sa chair, ses œufs préparés, et la colle qu'ils eu retirent.
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Dans le Danube , oh le harponne , et lorsqu'il est arrêté , on le hisse à bord , par le mojen d'une corde, ainsi qu'on vient de le dire, ou bien on l'arrête avec des filets de ficelle à large maille , et on le traîne dans un endroit peu profond, où on le fait échouer, et on s'en emjiare facilement. Il n'est pas rare d'en voir arriver cà Vienne qui ont été pris de cette manière à 40 et 5o lieues ])lus bas , attachés par les ouïes à la remorque d'un bateau , et encore pleins de vie. On vend leur chair à la livre comme la viande de boucherie.
La manière de pêcher le grand esturgeon dans le Jaïck et le Volga est beaucoup plus remarquable encore. On choisit un endroit où un fond uni s'étend depuis le bord jusque presqu'au milieu du fleuve. Là, on enfonce une rangée d'arbres ou de pieux qui traversent une partie du fleuve , soit en ligne droite, soit en forme d'angle obtus, ouvert vers le courant, de manière que les | ieux s'élèvent au-dessus de la surface de l'eau ; après cela, on prend des claies aussi larges que l'eau est profonde , et on les assujettit contre les pieux. Dans le milieu du fleuve est une ouverture d'environ 2 ou 3 brasses de large, qui sert d'entrée à une chambre carrée, faite aussi de j>ieux , au fond de laquelle est un cadre garni d'un filet de grosse ficelle , qui peut se lever trèsfacilement au moyen de cordes et de poulies. Le poisson , qui tend toujours à remonter, trouvant un obstacle, entre nécessairement dans la chambre, où son arrivée est annoncée par le trémoussement des cordes placées à l'entrée : alors les pêcheurs, qui sont en sentinelle , laissent tomber un filet qui ferme l'ouverture, lèvent le cadre, et s'emparent ainsi, sans coup férir, du poisson; trois hommes suffisent pour cette opération , qui se fait presque toujours pendant l'iiiver , lorsque les fleuves sont gelés.
La pêche au filet, usitée dans les environs d'Astracan , se tait avec une certaine solennité. Lorsque la rigueur de la saison annonce l'arrivée des grands esturgeons , qui ont l'habitude de se tenir dans les trous les plus profonds du fleuve, on envoie ordre aux inspecteurs delà pêche de défendre toute espèce de pêche dans les endroits connus pour être les refuges des esturgeons , et on y place des sentinelles. Au jour fixé pour la pêche, on avertit tous les pêcheurs de se trouver à une certaine heure avec tous leurs filets , qui n'ont c|ue 2 brasses de long sur 2 brasses de large , et on les divise en plusieurs bandes, chargées, chacune , de l'exploliation d'une fosse. On fait le moins de bruit possible , un coup de fusil donne le signal de jeter les filets ; et dès que cette opération , qui doit être simultanée, quoiqu'il y ait quelquefois plus de trois cents bateaux , est terminée , de grands cris succèdent au silence. Les poissons, effrayés , cherchent à se sauver; mais ils sont entourés de toutes parts , et ils sont pris dans une autre espèce de filet qu'on nomme pogonai, qui n'est autre qu'une truble longue de 2 brasses et large de deux aunes , qu'on place sur leur passage. Cette pêche dure ordinairement 3 heures, et produit une grande quantité de jjoissons ; on la répète quelques jours après, même souvent une troisième fois, selon que la quantité des poissons est considérable.
Dans le même pays , on pêche aussi l'esturgeon
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avec une ligne de fond à î'emboncluire même du fleu\"e , ou dans la mer, aux lieux où la profondeur de l'eau ne permet pas d'employer le Jilet.
Nous trouvons dans le Dictionnaire d'Histoire naturelle y article Esturgeon, les détails suivans sur l'importance de la pèche des esturgeons dans la mer Noire et la mer Caspienne, et des produits i|u'on en tire , ainsi que sur la manière de préparer ces produits :
ce La pèche des esturçeons fait , comme on l'a déjà dit, un objet de grande importance sur tous les fleuves qui se jettent dans la mer Noire et la mer Caspienne. On y en prend chaque année des milliers, et on y en prendrait des millions, qu'il n'y en aurait pas encore assez pour les besoins du commerce.
3î Voici le détail des produits qu'on en tire.
y> Dès qu'un esturgeon est amené à terre, on lui tend la tète avec une hache , puis on lui ouvre le ventre depuis la tête jusqu'à l'anus, et on tire, les uns après les autres, les intestins, les œufs, la vésicule aérienne, et enfin la moelle du dos. On jette la partie inférieure de l'estomac et le boyau j mais on garde la partie supérieure de l'estomac ou le gosier, pour le manger frais, ou le saler. La vésicule aérienne se met dans l'eau aussitôt qu'elle est détachée, afin qu'elle ne se dessèche pas, et qu'on puisse la vendre toute sa valeur à ceux qui font la colle de poisson. La moelle, après avoir été lavée ^ se met sur des bâtons pour la faire sécher à l'air. Lorsque toutes ces opérations sont terminées , on coupe, avec un couteau, la graisse qui se trouve dans l'intérieur de l'abdomen, sur-tout chez les mâles, et on la nettoie. Cette graisse , quand elle est fraîche, est de bon goût , et on peut s'en servir en guise de beurre ou d'huile.
55 Le poisson étant ainsi vidé, on le lave, puis on le porte dans des glacières, où onlelaisse mariner pendant 12 heures dans une forte saumure. Après cela, on le stratifié avec du sel. Les plus gros se coupent d'une manière particulière. On en fait cinq morceaux, qui sont la tête, le ventre^ les côtés et le dos. Ces deux derniers se coupent souvent encore en longues lanières , que l'on fait sécher sur des perches.
55 La chair du grand esturgeon est blanche, grasse, douce, et approche, comme celle de l'autre, de la consistance et du goût de celle du veau ; aussi l'assaisonne-t-on de la même manière lorsqu'elle est fraîche ; mais la plus grande partie se sale et s'expédie en Europe et en Asie, où on la recherche beaucoup.
55 On a dit que lors de l'ouverture d'un esturgeon femelle, on mettait ses œufs de côté sans indiquer leur destination. C'est pour les préparer d'une manière particulière, pour en faire ce qu'on appelle le caviar, dont on distingue deux espèces 5 savoir, le cavier gréné qX. le saek caviar.
55 La fabrication du premier consiste à presser les œufs sur un crible , à les manier en tous sens pour les nettoyer des peaux et des petits vaisseaux qui y sont attachés, aies mettre pendant une heure dans une saumure forte , à les faire égoutter sur un tamis, à les entasser avec force dans des barils, dont on terme le fond après qu'ils sont remplis.
55 La fabrication du second ne diffère de celle-ci que
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parce qu'on manie les œufs lorsqu'ils sont dans la saumure, pour les amollir, et qu'on les met par petites parties, d'une demi-livre, dans des sacs de toile , qu'on tord fortement pour faire égoutter toute la saumure avant de les presser dans des barils.
55 Les ouvriers employés à ces opérations fabriquent encore une troisième espèce de caviar, avec toutes les parties qu'ils rejettent 5 mais elle est destinée à la classe la plus pauvre, et ne mérite pas d'être mentionnée.
55 Enfin, depuis peu, on a introduit la méthode de saler les œufs tels qu'ils sortent du poisson, de les laisser pendant 738 mois dans les barils où ils ont été entassés, et enfin de les saler de nouveau , et de les faire ensuite sécher au soleil.
» Le caviar est fort recherché dans la Russie , la Turquie, une partie de l'Allemagne et de IT.alie. Les Grecs sur-tout en font presque leur nourriture exclusive pendant leurs longs carêmes ; mais on eu apporte rarement en France. C'est un manger aussi agréable que sain lorsqu'il est bien choisi et convenablement préparé. H rapporte des sommes considérables au commerce de la Russie , qui , jusqu'à présent, l'a exclusivement vendu. On doit dJsirer que les autres nations, sur-tout celles qui se livrent aux grandes pêches maritimes, prennent l'habitude d'en préparer; car il est prouvé que les œufs de la plus grande partie des poissons peuvent en fournir d'aussi bon que celui de l'esturgeon. Il n'y a pas de doute c[ue si le prix du caviar baissait, sa consommation s'étendrait en Europe et dans les colonies à sucre, et qu'il naîtrait une nouvelle branche d'industrie avantageuse sous tous les rapports.
55 La colle de poisson se prépare de 1 1 manière suivante : quand on a lavé la vésicule aérienne , on !a coupe en long et on en ôte la peau extérieure ; après cela, on l'enveloppe dans de la toile, et ou la presse dans les mains jusqu'à ce qu'elle devienne molle comme de la pâte ; ensuite on en fait des tablettes ou des cylindres , qu'on contourne de diverses manières, et que l'on fait sécher à ime chaleur modéi-ée, et non au soleil.
55 Quand on dissout cette colle dans l'eau, avec du sucre, et qu'on la fait cuire jusqu'à ce qu'elle devienne jaune et transparente , on obtient ce qu'on appelle la colle d bouche , en y ajoutant de l'eau-devie; on peut s'en servir pour raccommoder le verre et la porcelaine cassés , pour faire un vernis si fin , qu'il rivalise en apparence avec ceux de la Chine.
55 Les Russes possèdent encore le commerce exclusif de cette substance, qu'on emploie dans plusieurs arts , et qui se soutient toujours à des prix trop élevés pour être d'un usage aussi général qu'il serait à désirer. Il est prouvé que la vessie aérienne, et les parties cartilagineuses de beaucoup d'autres poissons, peuvent fournir une colle, sinon aussi belle et aussi bonne que celle que fournit l'esturgeon , au moins en approchant assez pour pouvoir la remplacer dans un très-grand nombre de circonstances. On doit faire des vœux pour que cette branche d'industrie s'introduise parmi nos pêcheurs, dont elle augmenterait beaucoup les bénéfices.
55 La colle de poisson est d'usage pour donner le lustre aux rubans et aux étoffes de soie , pour faire
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les perles artificielles, clarifier le vin, la bièie, le café, enfin pour remplir tous les objets auxquels on emploie ordinairement la colle -forte ordinaire, qu'elle surpasse beaucoup en bonté.
» Les Turcs ne montent leurs pierreries qu'au moyen de la colle de poisson dissoute dans de l'esprit de vin, chargé de résine ammoniaque, et on prétend que ces pierreries tiennent autant que celles qui sont montées à notre manière.
32 On emploie aussi la colle de poisson, dans la médecine, contre la dysenterie, les ulcères de la gorge, ceux des poumons , etc.
3î Les llusses et lesTartares font sécher la peau du grand esturgeon, et s'en servent ensuite en guise de carreaux de vitre. Rochon a depuis indiqué la colle elle-même comme pouvant remplir le même objet. Son moyen est très -ingénieux 5 il consiste à tremper des toiles très- claires de fil de laiton dans une dissolution de colle de poisson, et de les faire sécher à l'air. On a pu voir des lanternes et autres ustensiles ainsi préparés, à l'exposition de l'industrie nationale, qui ont été admirés de tous les connaisseurs. On les emploie généralement aujourd'hui dans la marine royale.
33 On ne sera pas étonné que le nombre des esturgeons qu'on prend dans les fleuves qui se jettent dans la mer Caspienne fournisse une si grande quantité de caviar et de colle de poisson, lorsqu'on saura c[ue les ovaires de ce poisson équivalent à plus du tiers de sa masse, c'est-à-dire qu'on a trouvé que ceux d'un poisson pesant 2000 livres étaient de 800 livres, et que chaque vessie aérienne est proportionnée à cette grandeur. On se sert d'ailleurs indifféremment du grand et du petit esturgeon , du strelet, de l'acipensère étoile, et de poissons d'autres genres, pour la fabrication de ces articles, dans les pays où on est dans l'usage de les préparer. V, aux mots Strelet Ql Colle de poisson, is
ETABLI des ouvriers qui font les haims. C'est une table épaisse, basse et solide , sur laquelle sont plusieurs ustensiles et outils qui servent à ces ouvriers.
ETAL. C'est une table placée sur le pont d'un navire destiné à la pêche de la morue, et sur lacjuelle travaillent les décolleurs et les trancheurs. V. Morne.
ETALIER. Ce mot est pris pour deux pêches fort différentes. Quelquefois c'est un établissement de pieux et de perches, qu'on fait au bord de la mer pour tendre des filets de guideaux : les uns s'appelpellent/mMî.s, et les autres bas étaliers, suivant leur grandeur. Dans les environs de Coutances, Vétalier est un filet tendu circulairement sur des perches. V. Guidenux.
ETALlEllES. Ce que les pêcheurs de Coutances nomment étalières diffère beaucoup des grands et petits étaliers dont nous avons parlé à l'occasion des guideaux. Ce sont de petites pêcheries en demicercle {PI. 32, iV'\ IV) , dont les filets ne sont pas entièrement montés sur piquets.
Le pied du filet est ensablé : ainsi il n'y a point de lest, et le haut ou la tête est garni de flottes de liège et de bandingues.
Les bandingues sont des lignes qtx'on attache à la
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corde qui borde la tête du filet. Ces lignes sont une fois aussi longues que le filet a de chute, et le bout opposé au filet porte une pierre ou une torche de paille qu'on enfouit dans le sable ; de sorte que quand le filet est debout, comme aux parties A, B, C, j?, les bandingues jp font l'office d'étais , et retenant la tête du filet , elles empêchent que la force du courant ne le couche sur le terrain : ainsi elles agissent de concert avec les flottes, pour tenir le filet à-peu-près perpendiculaire. Quand la mer monte , les bandingues n'empêchent point le filet de se coucher sur la plage; mais lorsqu'elle descend, tous ces petits étais i^ s'opposent à ce que le filet , obéissant au courant , ne s'abatte vers la mer.
Pour ces petites pêcheries , on ne met que 3 ou 4 piquets A, B .^ C, E., cjui souvent n'ont pas la hauteur de la chute du filet, et leur usage est d'en soutenir un peu le fond. On préfère de ne point mettre des piquets aux parties d , d , mais seulement des flottes et des bandingues, pour cjue le filet prête et s'abaisse quand il se présente du varec , qui passe par-dessus la tête; le filet se relève quand le varec a passé à côté des flottes et des bandingues. Comme les piquets sont bas, les immondices légères peuvent passer par-dessus.
ETALON. C'est, en terme de pêche, le nom qu'on donne en quelques endroits aux càblières» V. Folles.
ETAMBOT. Pièce qui s'élève à-peu-près perpendiculairement à l'arrière du bâtiment à l'extrémité de sa quille , et à laquelle est attaché le gouvernail.
ETAMER. C'est couvrir les haims d'étain pour empêcher qu'ils ne se rouillent. V^. Haini.
ETANG. Mot qui vient du latin stagnum , lieu où l'eau est stagnante. C'est une grande étendue d'eau c|u'on retient par une digue c[u'on nomme chaussée, au milieu de laquelle il y a un déchargeoir appelé bonde , qu'on ouvre quand on veut vider Ve'tang pour le pêcher. Le poisson croît et se multiplie dans l'étang. Il y a de petits étangs qui sont uniquement destinés à la multiplication du poisson ; on les nomme alviniers ou carpiers.
Nous diviserons cet article en trois sections : la première sera consacrée à une notice historique sur les étangs; la deuxième à la description des étangs , à leur entretien , empoissonnement et à !a manière de les pêcher 5 la troisième à la législation sur les étangs.
Première Section. — Notice historique sur les étangs et viviers.
Quelques poissons et principalement la dorade, en passant, au printemps, dans les étangs naturels et les lacs f[ui communiquent à la mer, peuvent avoir inspiré aux Romains l'idée de construire des bassins artificiels pour y avoir en tout temps du poisson. Ils poussèrent cette industrie bien plus loin que les Grecs, qui possédaient une foule de baies où la pêche était toujours praticable.
Rome, qui n'avait donné quelque attention à la pêche que dans la vue d'augmenter le nombre des hommes de mer pendant les guerres puniques, se trouvant délivrée de la redoutable rivalité de Car-
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thage, céda insensiblement aux charmes du luxe, et la pèclie tut considérée cûnime un des principaux moyens de satisfaire à la pompe des festins. On rechercha avec ardeur les poissons des mers étrangères; mais comme les vents contraires et les tempêtes s'opposaient quelquefois à la navigation des navires qui les apportaient à Rome , on vit les plus riches habitans de cette cité élever sur les bords de la mer des digues assez fortes pour résister aux vagues. D'autres firent ouvrir des montagnes, et on y creusa d'immenses viviers, dans lesquels on déposait les poissons des cèles de Syrie, d'Egypte, des lies de Rhodes et de Crète.
Il y avait deux sortes de viviers : les uns étaient alimentés par l'eau douce, les autres par l'eau salée. Les premiers et les plus anciens de tous furent appelés les viviers plébéiens, depuis que les patriciens dédaignèrent d'en posséder de semblables : ils ne contenaient que des poissons communs, tels qu'il s'en voit dans nos étangs. Les viviers ou bassins qui recevaient l'eau de la mer étaient les plus estimés et les plus dispendieux. L. LucuUus et G. Hortensius, personnages consulaires, et ensuite L. Philippus, se firent une réputation scandaleuse par les sommes énormes qu'ils employèrent à la construction de ces grands bassins , q^ui entraînaient autant de travaux que l'établissement d'un port de guerre.
Licinius INIuréna fut le premier qui donna une grande vogue aux folies de ce genre; il n'eut que trop d'imitateurs, et fut même surpassé par Lucullus. Ce dernier fit percer une montagne près de Naples pour introduire l'eau de la mer dans les bassins et il fit creuser des cavernes, où, pendant l'été, les poissons trouvaient une fraîcheur délicieuse y appropriée à leurs besoins.
Après ce" goût effréné dont les viviers ou bassins maritimes furent l'objet, la grande passion des hommes riches était de posséder des poissons apprivoisés. 11 nous serait difficile de faire connaître les diverses espèces qu'ils façonnèrent à cette servitude d'omestique : les auteurs les désignent sous les noms de mulle , de muge , de loup , de rhombe , de murène, de dorade. Nous connaissons la plupart de ces poissons , ou nous croyons les connaître. Quant à ceux dont les étangs de l'Europe sont aujourd'hui peuplés, tels que la. truite ^ le brochet y la tanche., la brème f ils étaient, comme nous l'avons dit, exclus des viviers des riches, qui n'admettaient que des poissons rares et dès-lors d'un grand prix.
Les opsophages étaient, chez les Grecs, non ceux qui faisaient bonne chère avec le meilleur gibier, mais bien ceux qui donnaient la préférence aux poissons, comme à la substance la plus délicate. Les Romains ne peuvent se comparer à aucune nation sous les rapports du luxe qu'ils mirent dans ce genre de consommation. Columelle et Varron s'élevèrent avec force contre cette prédilection aveugle et désordonnée, accordée aux productions naturelles des eaux sur les autres alimens. Le premier leur reproche avec raison les sommes immenses qu'ils dépensaient ; et de même , dit-il, que de grandes familles se glorifiaient de surnoms qu'elles devaient à la reconnaissance publique pour des actions honorables ou utiles, de même on voit Sergius-c^o-
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rade et Sergius-;nKr6>/je s'enorgueillir de noms empruntés de ceux des poissons dont leur luxe coupable fait toute la célébrité.
Ces vastes viviers, où les riches trouvaient réuni en tout temps ce que l'Europe, l'Asie et l'Afrique pouvaient offrir de plus rare , exigeaient un entretien qui ruinait les familles; ce qui fit donner le nom d'anthropophages à certains poissons dont la valeur n'avait plus de bornes. On ne peut voir sans étonnement le prix qu'on donnait de quelques espèces, et combien il varia successivement ; car elles obtinrent tour-à-tour les suffrages de l'extravagance et les éloges de la folie. Ces viviers, divisés en grands corapartimens pour que les poissons ne se mêlassent point, et pour qu'on pût les pêcher plus aisément , se vendaient des sommes énormes.
Vainement, vers la fin de la république, avait-on multiplié les lois somptuaires , le luxe avait fait trop de progrès pour qu'elles produisissent un heureux résultat , et il en fut de même sous l'empire des premiers Césars. L'histoire nous apprend que le frère d'Othon fit servir à cet empereur un souper où il avait réuni 2000 plais de poissons rares ; ce qui suppose qu'il avait mis à contribution, pour ce jour de fête, les mers, les lacs et les fleuves d'une grande partie de l'Empire romain.
Les invasions des barbares firent négliger les étangs; Rome, obligée de pourvoir à sa propre défense, ne put donner des soins à leur entretien: dans cet élat d'abandon général, ils se comblèrent, et il n'est pas surprenant qu'il n'en soit presque plus parlé dans les écrivains du Bas-Empire.
Les lois rendues sous les premiers rois de la monarchie française ne font aucune mention des poissons d'eau douce. Les princes de la dynastie mérovingienne avaient trojj d'intérêts politiques à régler par la voie des armes , pour donner des soins particuliers à cette branche de l'économie publique. Long-temps après, on voit, dans un Capitulaire de Cliarlemagne, une peine imposée à celui qui dérobera des filets tendus pour la pêche de l'anguille, et dans un autre acte, de l'an 800, on trouve que cet empereur prescrivit d'entretenir en bon élat les étangs et viviers de ses maisons de campagne, d'en creuser de nouveaux dans tous les lieux où cela serait possible, et de faire vendre au profit de son trésor le poisson qui en proviendrait. Les enceintes des étangs élevées de main d'homme étaient assimilées aux clôtures, qu'il n'était pas permis de rompre d'après les lois des Visigoths.
Les étangs étaient extrêmement multipliés dans toute l'Europe. Les nations barbares qui s'y étaient établies par la force des armes, ayant adopté, pour la plus grande partie , les usages et la manière de vivre des vaincus, apprécièrent bientôt les avantages des étangs artificiels, dans les contrées où le sol n'en offrait point de naturels. Presque toutes les maisons religieuses en Angleterre, sous les rois saxons, en possédaient de très-vastes : et il s'en voyait de semblables dans les domaines des grands seigneurs de la cour. Il y avait en Italie des étangs d'eau douce et des étancs d'eau salée, et leur nombre ne fit que s'accroître dans les Xlb. et XlIIe. siècles. L'agriculturen'y perdit rien; an n'y consacrait
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que les terrains bas et marécageux qui ne pouvaient être plantés ou convertis en champs labourables, ou dont le sol humide ne produisait que des plantes dédaignées par les bestiaux.
En France, les rois avaient des étangs dans les terres de leur domaine , les princes du sang en avaient aussi dans celles de leurs apanages.
Plus tard , les étangs des rois furent administrés par des baillis et des sénéchaux, ensuite par les maîtres des eaux et forêts; ces derniers furent chargés de peupler les étangs, d'approvisionner de poisson la cuisine des hôtels du roi et des princes , et d'appliquer à l'achat des poissons de mer le produit de la vente des poissons d'eau douce , qu'ils faisaient tous les 3 ans. Dans le XlVe. siècle , les frais d'entretien des étangs du roi étant devenus trop considérables, on trouva plus avantageux de les affermer. Il y avait des étangs pour les carpes, les brochets , les truites, les perches, les anguilles, suivant que la nature des fonds et des eaux convenait le mieux à ces diverses espèces.
Dans les premiers siècles de la monarchie , et à mesure que les coutumes s'établirent dans les provinces, il s'introduisit, à l'égard des poissons d'étang, une jurisprudence particulière; ils furent assimilés aux productions de la terre, et considérés comme meubles et immeubles, suivant leur condition. Les carpes et les truites mises dans un étang furent censées faire partie du fonds pendant 2 et même 3 ans , quelquefois pendant la durée indéfinie du séjour qu'elles y faisaient, suivant l'usage des lieux; mais ces poissons devenaient meubles lorsque l'étang était en pêche ouverte. On les assimilait, sous le rapport de la maturité, aux bois taillis en âge de coupe ; l'étang était alors considéré comme un simple vivier. C'est conformément à ce principe cju'aujourd'hui les poissons des étangs sont réputés immeubles parleur destination, comme le sont, par leur nature, les récoltes non séparées des racines et les fruits des arbres qui tiennent aux branches. V. la troisième section de cet article, où nous parlons de la législation sur les étangs.
Deuxième Section. — Des étangs, de leur construction, entretien et empoissonnement y et de la manière de les pêcher.
Il existe sur les étangs un grand nombre de traités et de mémoires, parmi lesquels on distingue les articles d'Olivier de Serres dans son Théâtre d'agriculture^ le Traité des Pêches y par Duhamel ; les articles Étangs des Nouveaux Dictionnaires d'' agriculture et à!' Histoire naturelle , les Mémoires de Varennes de Fcnille, et celui de M. Rougier de la Bergerie.
T^ous ferons usage de ces ouvrages , et notamment de celui de Duhamel, pour la rédaction de notre article.
Considérations sur les étangs. — M. Bosc, qui a pris une si grande part dans la rédaction des Nouveaux Dictionnaires d'Histoire naturelle et A'' Agriculture , y a consacré d'excellens articles sur les étangs, cju'il considère d'abord sous le double rapport de leurs produits et de leurs influences physiques. Il rappelle qu'autrefois l'on construisit des étangs par-
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tout où la nature et la disposition du sol le permettaient; mais que depuis deux siècles on en a considérablement desséché , et qu'aujourd'hui on les proscrit assez généralement. Il se montre le partisan des étangs; mais il observe que deux motifs principaux ont diminué la faveur dont jouissaient ces établissemens , leurs moindres produits, et les inconvéniens plus grands qu'ils présentent sous le rapport de la salubrité.
Lorsque la France était sans arts , sans commerce et mal peuplée, les terres avaient peu de valeur; d'un auti'e côté, l'abstinence de la viande, dans certains jours, était plus religieusement observée. Ces circonstances devaient donner au produit des étangs une valeur supérieure à celui de la même étendue de terre semée en grains ou plantée en bois. Les étangs étaient entourés de bois et de grandes plantes aquatiques propres à décomposer les gaz délétères, et ils étaient abondamment fournis d'eau pendant l'été , d'où il résultait qu'ils avaient peu d'influence nuisible sur la santé des hommes; mais aujourd'hui que les arts et le commerce ont pris beaucoup de développement, que la population est considérable, que les fortunes sont divisées, que les bois ont disparu de beaucoup de lieux, que la culture s'est perfectionnée et que les terres ont acquis une grande valeur, il y a moins de profit et plus de dangers à entretenir des étangs. Ce ne sont donc que les plus mauvais fonds qu'on doit mettre ou conserver en étangs , el encore si ces étangs ne sont pas situés dans les vallées , entourés de bois; s'ils ne sont pas alimentés par des eaux vives ; s'ils sont dans le cas de se dessécher sur une grande partie de leur surface, ils présentent alors une vase d'où s'élèvent des gaz qui donnent lieu à des fièvres et à la mortalité, comme cela se remarque dans la Bresse , la Sologne , le Forez , qui forment les plaines de la France les plus abondamment pourvues d'étangs.
Quoiqu'une humidité permanente soit une cause de maladie , et que de vastes étangs ou des étangs très-rapprochés produisent cette humidité , ce n'est pas spécialement à cette cause qu'on doit attribuer les maladies endémiques aux pays où il y a beaucoup d'étangs, c'est aux miasmes délétères, à l'hydrogène sulfuré , qui émanent des vases qui les entourent. Or , il est certain que les plantes en général décomposent ces miasmes, et les remplacent par l'oxigène qu'elles transpirent pendant le jour. Il faut donc entourer les étangs de plantations d'arbres et d'arbustes , en donnant la préférence à VAune et au Gale (V. ces mots dans le Dictionnaire des Forêts)^ parce qu'ils ont plus que les autres la faculté d'amélioret l'air des marais. Avec ces précautions et celles d'éloigner les étangs des habitations , et de ne pas trop les multiplier dans le même canton , ces amas d'eau cesseront d'être nuisibles ; ils seront même très-utiles quand, situés dans un vallon, lisseront alimentés par des eaux dont l'écoulement sera rapide. Les étangs de cette espèce sont pour la plupart destinés à des usages plus avantageux que celui de nourrir du poisson : les uns fournissent des moyens d'irrigation; d'autres font mouvoir des moulins , des scieries et diverses usines établies sur l'eau; d'autres enfin reçoivent et conservent les eaux fournies par
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les pluies crhiver , et servent pendant l'été à pi-ocurer de l'eau aux hommes et aux animaux do certains cantons qui manquent de sources en celte saison.
Les étangs, lorsque leurs eaux sont pures, ont encore cet avantage précieux de répandre la vie dans un pays, de tempérer la sécheresse et d'entretenir un deeré de fraîcheur utile'àlavie des animaux et des végétaux.
Des étangs destinés à nourrir du poisson. — Ces étangs sont des pièces d'eau qui diffèrent des réservoirs et des viviers, en ce que le poisson y peut grossir et s'y multiplier sans qu'on soit obligé de le nourrir; il doit y trouver sa subsistance. On ne peut guère mettre au nombre des étangs des trous ou des mares très-profondes qui ne tarissent jamais. Cependant si l'on y jette io à 12 carpes œuvées , avec 3 ou 4 laitces, on pourra se procurer plusieurs milliers de/euil/es ou à''alvin^ pourvu qu'il n'y ait ni brochets ni perches , et qu'on n'y envoie pas les bestiaux pour y boire ou s'y laver.
Précautions à prendre pour l'' établissement des étangs. — La première et la plus importante précaution à prendre quand on veut construire un étang est de s'assurer si le sol retient l'eau. Pour cet effet, on examine le local après la pluie et on cherche à connaître, par des sondes ou des fouilles, la nature de la couche inférieure. Si cette couche est un banc d'argile, on a de grandes probabilités que l'eau se maintiendra dans l'étang ; mais il y a quelquefois des parties qui offrent moins de résistante à
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lin
fillration des eaux; et cette circonstance fait
qu'on n'acquiertune parfaite certitude qu'après l'expérience d'une ou de plusieurs années.
11 faut examiner également si les eaux des sources ou des pluies qui sont destinées à alimenter un étang pourront suffire, pendant les grandes sécheresses, à la conservation du poisson. A l'égard des eaux de sources, on calcule leur masse etleur vitesse à quatre époques différentes, aux équinoxes et aux solstices, et on évalue, par approximation, quelle est, année commune, leur évaporation à raison de la surface. L'évaporation varie suivant cette surface , la chaleur du soleil et la couleur de la vase : elle sera moins grande quand l'eau sera profonde; ce qui établit la nécessite de tenir les bords des étangs d'une certaine élévation. La négligence de cette précaution , en donnant lieu à une plus grande perte d'eau par l'évaporation, est aussi la cause de l'insalubrité de l'air et de la destruction d'une grande quantité de poissons, qui deviennent plus facilement la proie des quadrupèdes et des oiseaux qui s'en nourrissent.
On doit ensuite reconnaître par des nivellemens quelle sera l'étendue de terrain couverte d'eau, la chaussée ayant telle hauteur , et examiner si la retenue des eaux ne peut donner lieu à des contestations avec les propriétaires voisins, soit parce qu'ils auraient à se plaindre de leur infiltration , soit parce que le cours d'eau ne pourrait être intercepté sans nuire à leurs droits. Il faut aussi s'assurer si ou a une pente suffisante pour l'écoulement facile lors de la mise à sec de l'étang.
On doit examiner si le local et les eaux conviennent au poisson , s'il s'y plaira, s'il y sera bon , si la vente s'en fera bien, et si l'on aura quelque avan-
tage de tirer parti du local en le mettant alternativement en nature d'étang et en nature de terre arable ou de prairie. V. yl-Scc.
De l'assiette des étartgs. — Les étangs doivent èlre placés dans un endroit bas, large et spacieux. Il y en a qui sont traversés par une petite rivière, qui est cjuelquefois assez abondante pour faire tourner un moulin à la décharge. Les poissons se plaisent singulièrement bien dans ces étangs, et ils y sont excellens. On peut en dire autant de ceux où se rend un petit ruisseau. Ces derniers étangs ont même cet avantage, qu'ordinairement l'eau de ces ruisseaux , étant très-claire , ne porte point de vase dans l'étang; au lieu que les rivières un peu fortes, étant sujettes à déborder, entraînent presque toujours beaucoup de vase, qui comble l'étang.
Dans ce cas, la chose n'est pas toujours sans remède ; car il est quelquefois possible de détourner la rivière en lui pratiquant un lit à côté de l'étang.
On peut aussi, quand les eaux pluviales amènent de la vase en grande quantité dans vm étang, creuser un autre petit étang à l'affluve des ruisseaux qui l'alimentent, afin d'arrêter les immondices qu'ils apportent. On cure ces petits étangs tous les 2 ou 3 ans, et on en porte les curures sur les terres arables pour les améliorer.
Si l'on pouvait disposer d'un petit ruisseau d'eau claire, il serait plus convenable de lui laisser traverser l'étang, ayant soin de mettre à son entrée une grille pour arrêter le poisson, cjui ne manquerait pas de remonter dans le ruisseau, au grand préjudice de l'étang ; mais la plupart des étangs reçoivent leurs eaux de l'égout des terres ou des montagnes voisines. En ce cas , il faut pratiquer des fossés qui aillent de tous côtés rassembler l'eau qui s'amasse dans les terres et les mares qui se forment dans des endroits plus élevés que l'étang, et si l'on est assez heureux pour rencontrer quelques sources, on ne manquera pas d'en profiter. Il faut qu'il y ait une pente régulière depuis le fond de l'étang jusqu'à la chaussée , où doit être la plus grande profondeur d'eau. Comme il est très-important pour pêcher l'étang cjue toute l'eau s'écoule par ce qu'on appelle la bonde, on fera , dans la longueur de l'étang, un fossé avec des embranchemens qui s'étendront à droite et à gauche, aboutissant tous à celui du milieu , pour que toutes les eaux s'y rendent lorsqu'on videra l'étang et qu'on voudra le pêcher.
De la chaussée. — La chaussée est la partie sur laquelle repose le succès de l'entreprise : on ne peut y mettre trop de soin. C'est une élévation de terre ab , PI. 21 , N°. 11^ qu'on fait à la tête de l'étang pour y retenir l'eau, de sorte qu'à cet endroit, qui doit être le plus profond de l'étang, ilftiut qu'il y ait I o ou 12 pieds d'épaisseur d'eau ; car s'il y en avait moins, le poisson souffrirait lorsque l'eau diminue par les sécheresses de l'été et les fortes gelées de l'hiver. Il ne faut pas cependant qu'elle soit placée dans l'endroit le plus bas du terrain, puisqu'il doit y avoir derrière un terrain bas y qu'on nomme la fosse , nécessaire pour l'écoulement des eaux lorsqu'on vide l'étang. D'ailleurs un étang qui a 5o arpens d'eau au printemps, quand il est plein, n'en aura communément que i5 ou 3o à la fin de l'été,
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à moins qu'il ne soit alimenté par un ruisseau. L'étendue iVun étang est toujours avantageuse ; le poisson y trouve plus de nourriture, et y prospère mieux.
On ferait une chaussée très-solide en élevant du côté de l'étang un bon mur de terrasse avec de la pierre dure et de bon mortier, qu'on épaulerait parderrière avec des terres grasses ; mais dans les endroits où il y a beaucoup de glaise et de sable gras, on ne trouve pas ordinairement des pierres, et quand on en trouverait , la dépense d'un mur bien construit serait considérable.
Les curures d'étangs, les terres de marais, le sable pur , ou des terres remplies de pierres , ne valent rien pour faire une chaussée en terre. L'argile, ou un sable fort gras, c'est-à-dire du sable qui, étant allié avec de la glaise, peut prendre du corps, sont très-bons.
Il faut proportionner l'épaisseur de la chaussée à sa hauteur 5 quand elle ne doit point fournir de chemin , on lui donne^ par en haut , 6 pieds de largeur (9 ou 10 seraient mieux), et comme il faut qu'elle ait de chaque côté au moins un pied de retraite par toise de hauteur^ si elle a 12 pieds de hauteur, et 6 ou 8 pieds de largeur en haut, on lui donnera 10 à 12 pieds de largeur par le bas. Si au contraire elle est destinée à servir de chemin , elle aura 28 à 3o pieds de largeur par en haut, et davantage en bas , proportionnellement au fruit qu'elle doit avoir.
Ces proportions sont indiquées par Duhamel ; mais il paraît qu'il faut donner beaucoup plus de largeur à la base de la chaussée: M. Bosc indique, pour une chaussée de 8 pieds de haut, une base de 24 pieds , et il conseille même de forcer ces mesures de largeur quand la chaussée a plus de 8 pieds de liauteur, attendu que la force de l'eau est incalculable lorsqu'elle est refoulée par les vents.
Pour la construire en terre aussi solidement qu'il est possible , on forme des espèces de paremens de muraille avec des gazons épais, mettant l'herbe au dehors; ceux où il y a du petit jonc sont bons; cependant il ne faut pas les lever dans un endroit marécageux : on les place de suite et par lits, comme les jiierres de parement d'un mur. On remplit l'entre-deux de ces paremens, dans toute la longueur de la chaussée , avec de la terre qui ne doit pas être détrempée comme du mortier, mais être assez humide pour se pétrir et faire corps quand on la pilonnera avec la dame ou la batte. A chaque demipied d'épaisseur , les ouvriers fouleront cette terre avec la batte ; et si elle ne se pétrissait pas, ils l'arroseraient un peu ; ils continueront cette manoeuvre I'usqu à ce que la chaussée soit assez haute pour que, 'étang étant plein , l'eau jie passe pas par-dessus. 11 faut même donner 2 ou 3 pieds de hauteur à la chaussée au-dessus des plus grosses eaux, pour parer à l'inconvénient des vagues, qui, lorsqu'elles ont commencé à l'entamer, achèvent promptement de la détruire, si on n'y apporte pas remède.
De la poêle. — Pour pêcher les étangs, il est à propos qu'il y ait auprès de la bonde, où il doit y avoir le plus d'eau , un endroit encore plus profond que le reste, dans lequel, quand on pêche, tout le
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poisson de l'étang doit se rendre à mesure que l'eau s'écoule. On creuse donc auprès de la bonde une étendue de terrain, qui doit avoir 2 ou 3 pieds de profondeur de plus que le reste , et cet endroit qu'on nomme la poêle, doit avoir autant de pieds sur chaque face que l'étang a d'arpens. Si l'étang a cent arpens, la poêle aura 100 pieds de longueur sur une pareille largeur. Comme cet endroit , où l'eau est profonde, fournit une retraite au poisson lorsqu'il 2,èle et par les grandes chaleurs , il est bon de lui donner plus d'étendue qu'il n'est nécessaire pour la pêche de l'étang. Aux étangs destinés pour avoir de l'alvin, il est bon qu'il y ait autour des endroits où le terrain soit en pente douce, afin que le poisson puisse, dans certains temps, s'égayer sur l'herbe.
De la bonde. — En construisant la chaussée de l'étang, il faut ménager au milieu un endroit qu'on puisse ouvrir pour laisser écouler l'eau lorsqu'on veut pêcher l'étang. On pourrait y pratiquer une vanne ou une pelle, PI. 21 ,fig. 3; mais comme cet ajustement perd toujours un peu d'eau, parce que les planches qui touchent à l'eau seulement d'un côté se déjettent, on préfère donc d'y mettre une bonde, ^^. 5. Cette bonde est formée d'une auge, a^Jig. 5 , qui est assujettie sur un patin de charpente b, du pilon c, dont; la queue traverse l'entre-toise d et le chapeau e. Ces pièces sont assemblées avec les jumelles^ qui répondent par le bout d'en bas au patin par les liens g. La ^^. 4 représente la bonde, vue du côté de l'étang; on y voit des planches h clouées sur les liens et percées de trous, pour, lorsqu'on laisse échapper l'eau, retenir le poisson dans la poêle , et empêcher qu'il ne passe de l'autre côté de la chaussée. C'est ce qu'on nomme la cage.
h''auge a est faite d'un gros corps d'arbre de chêne bien sain, franc d'aubier, sans roulures, gelivures, ni cadranures au cœur 5 elle doit être creusée en gouttière depuis a jusqu'à b^ et la tête ac, qui est du même morceau , est creusée en dessous jusqu'audelà du trou d. Cette pièce doit nécessairement être fort grosse, pour que les joncs qui bordent l'auge aient au moins 3 pouces d'épaisseur, et qu'à la tête, qui est dans l'étang, il reste 4^5 pouces de bois autour du trou d, qui reçoit le pilon.
Comme il faut que la partie ab traverse toute l'épaisseur de la chaussée à sa base , on est obligé de faire cette gouttière de plusieurs morceaux j le charpentier les assemblera le mieux qu'il lui sera possible, et on mettra sur les jointures par-dehors de la mousse, qu'on retiendra par une bande de plomb laminé, qui sera assujettie avec des clous. Comme le pilon fait l'effort d'un coin en entrant dans le trou d de la bonde, il sera bon, pour empêcher que cette tête ne se fende , de fortifier cette partie par deux étriers de fer, un qu'on mettra en a, et l'autre en c. La partie de l'auge, depuis a jusqu'à i, qui traverse la chaussée, doit être recouverte, non pas ])ar des planches de long, mais avec ce qu'on nomme des pelotons. Ce sont des bouts de membrures de chêne très-sain, de 3 ponces d'épaisseur, et qu'on clouera sur les joncs do l'auge, comme on le voit en e,fig. 5. On laisse ordinairement 2 ou 3 pieds sans être recouverts par des pelotons.
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La tête /"du pilon c doit être faite de cœur de chêne de la meilleure qualité, et afin qu'elle soit moins sujette ;\ se fendre , on la fait avec du bois qui a passé 2 ou 3 ans dans l'eau 5 sa forme étant conique, le trou (/qui la reçoit doit être évasé. Lorsque la tète du pilon est bien ajustée dans le trou , on y met une queue g^ de bois de chêne , qui y est arrêtée par des chevilles de 1er. Cette queue traverse l'entietoise d, ot le chapeau e. On tait en haut des trous, dans lesquels on passe au-dessus du chapeau une cheville de fer lorsqu'on veut tenir la bonde ouverte 5 et quand elle est fermée, ou passe la cheville dans un trou sous le chapeau , mettant un cadenas dans un œil qui est au bout de la cheville de fer pour empêcher qu'on ne lève le pilon lorsqu'on veut que la bonde reste fermée. Cependant, comme des gens mal intentionnés pourraient rompre le cadenas et lever la bonde, il est mieux de mettre un boulon ou cheville de fer, qui, dans la partie du côté de l'étang, est à vis, et entre dans un écrou j cet écrou est encastré dans le chapeau et retenu avec des clous. Le boulon du côté de la chaussée est à quatre quarts; on se sert d'une forte clef pour l'ouvrir et le fermer : cette clef est faite comme celles dont on se sert pour monter les soupentes d'un carrosse.
JDes j'umeiies. — Liesjumel/esJ',Jïg. 4, sont deux pièces de bois carrées, qui s'élèvent verticalement, et sont assemblées par en bas dans le solin bb, qui fait partie du patin, et par en haut, dans le chapeau e. De plus, elles sont fermement assujetties parles liens g^ que quelques-uns appellent jarretières ,, sur lesquelles on cloue, du côté de l'étang, des planches h, qui forment la cage. On les perce de trous poxir que l'eau s'écoule et que le poisson ne passe pas dans la bonde: ainsi il faut que les trous soient assez petits pour que l'alvin ne puisse pas les traverser. On doit avoir l'attention de mettre les meilleures planches en haut, parce que celles qui sont toujours couvertes d'eau durent beaucoup plus long-temps que celles qui sont tantôt dans l'eau et tantôt à l'air. 11 est vrai que , quand les bondes sont bien faites , il faudrait que l'eau fût fort basse dans l'étang pour que les planches les plus élevées se découvrissent.
On est obligé , presque toutes les fois qu'on pêche, de lever les planches de la cage pour donner de l'écoulement à l'eau , parce que les joncs , la vase et les herbes s'amassent sur ces planches, et que ces immondices, étant soutenues par le refoulement de l'eau , ne peuvent s'enlever en totalité ou même en majeure parlie; mais avant de lever ces planches, on enfonce avec un maillet, derrière la chaussée de l'étang , à quelques toises par-delà le trou de la bonde, de petits pieux, entre lesquels on entrelace des osiers, pour empêcher d'aller plus loin le poisson qui pourrait passer. Ce clayonnage ou rouettis n'empêche pas que l'on ne mette encore devant la bonde et en dedans de l'étang une truble pour retenir le poisson qui voudrait s'échapper.
Du placement de la bonde. — La bonde étant faite , il faut la placer vers le milieu de la chaussée , ou au milieu de la poêle, et l'établir de façon que le dessus de la tête de l'auge soit placé un pied plus bas que le fonl de la poêle , et l'autre extrémité de l'auge , qui excède la chaussée du côté de la fosse ,
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doit être de 5 à 6 pouces plus bas , pour qu'au moyen de cette pente, l'eau coule rapidement dans toute la longueur de l'auge, ot quand on ne l'a pas établie assez bas , on est obligé d'achever l'épuisement eu baquelant l'eau avec des écopes.
(Jomme il est important qu'il ne s^échappe point d'eau par aucune partie de la bonde, il j'aut faire une bonne provision de la meilleure glaise qu'on pourra trouver, la plus pure, la moins graveleuse, et la faire bien corroyer par un potier de terre ou par un tuilier.
Avant de commencer à élever la chaussée, ayant creusé suffisamment l'endroit où l'on doit établir la bonde, on y fera un lit de 6 pouces d'épaisseur de glaise bien corroyée. On placera dessus les pièces b qui forment le patin, en les enfonçant un peu dans cette plaise, de sorte que l'auge a, qui doit être dessus, se trouve par la tête, qui est du côté de l'étang, d'un pied plus bas que le fond de la poêle. On mettra en place les jumelles f, l'entretoise d, le cliapeau e, et les liens ^; puis on remplira de glaise bien corroyée l'épaisseur des pièces de bois qui forment le patin, qu'on couvrira de 2 pouces de glaise, et l'on placera sur cette couche de glaise, bien battue, l'auge rt, lui donnant la pente nécessaire de 6 pouces. On mettra en place la queue c du pilon et le pilon y^ pour s'assurer s'il se rencontre bien avec le trou d de la tête de l'auge. Cet article est très-important, et pour que la situation de l'auge ne change pas, on mettra de chaque côté, entre les jumelles et l'auge, un bout de membrure qui la tienne bien assujettie , ayant soin que ces pièces n'excèdent pas l'épaisseur des jumelles. Il y en a qui élèvent ensuite un mur avec du moellon de pierre dure piqué et bien échantillonné, posé à chaux et ciment, dont le parement affleure le côté des jumelles qui regaide la chaussée; on élève ce mur jusqu'à la hauteur que doit avoir la chaussée , et on l'étend audelà de la bonde de 2 ou 3 toises de chaque côté. Ce mur est pour empêcher que l'eau ne dégrade la glaise, et que les carpes, qui sucent la glaise , les rats d'eau et les canards, n'entament le corroi; mais dans l'endroit où la pierre est rare, on garnit de planches la place où doit être le corroi. Cette construction est assez bonne , parce que les bois qui sont dans l'eau, ainsi que la glaise humide, durent fort long-temps.
Mais si l'on apercevait quelques voies d'eau, on les étancherait en y jetant du frasil , qui se trouve dans les forêts aux endroits où l'on a cuit du charbon : c'est pourquoi on a soin d'avoir sur les chaussées et auprès de la bonde une provision de ce frasil pour que les gardes puissent en avoir sous la main lorsqu'ils aperçoivent quelque écoulement d'eau.
JDu cul-de-lampe. — Si, malgré les précautions prises, il arrivait, par quelques accidens imprévus, ou la mauvaise qualité des matériaux, que l'eau s'échappât par la bonde, il n'y aurait point d'autre remède que de faire autour de la fosse qui est derrière la chaussée un batardeau pour retenir celle qui s'échapperait : c'est ce qu'on appelle un cul-de-lampe. Il est sensible que, quand l'eau retenue par ce culde-lampe sera parvenue au niveau avec celle de l'étang, il ne s'en échappera plus.
Des grillages et des décharges des étangs. — Il y
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a peu d'étangs qui ne soient exposés à avoir trop d'eau en certains temps, soit à cause des déborderaens des rivières qui y aboutissent , soit par la grande quantité d'eau que fourxiissent quelquefois les sources, soit par les eaux de pluie qui découlent trop abondamment des coteaux ; ce qui pourrait tellement gonfler l'eau de l'étang, qu'elle se répandrait par-dessus la chaussée , ou qu'elle se déchargerait dans un endroit bas qui se rencontrerait à quelque partie de la circonférence de l'étang. Des déchargeoirs naturels sont très-avanragenx dans ce cas, sur-tout lorsqu'ils ne laissent échapper l'eau que quand l'étang est entièrement trop plein 5 mais pour que le poisson ne sorte pas de l'étang avec l'eau, il faut établir en ces endroits des grilles de bois d, N° . II, PL 21 , ou, encore mieux, de fer, dont les barreaux soient assez serrés pour que le poisson ne passe pas au traveis.
Tant pour retenir le poisson que pour conserver la chaussée , il est important d'établir des déchargeoirs naturels avec de bonnes pierres dures, bien taillées et posées à chaux et à ciment ; mais quand ces déchargeoirs sont trop larges pour que la face qui regarde l'étang soit fermée par une seule pierre, il faut y mettre une pièce de bois noyée dans la maçonnerie , les joints de pierres ne pouvant pas résister à l'écoulement rapide de l'eau. Au reste , à quelque endroit qu'on les place , il faut qu'ils soient précédés d'une grille qui retienne le poisson dans l'étang.
Si , malgré ces déchargeoirs , on s'apercevait que l'eau est sur le point de passer sur la chaussée , il faudrait lever la bonde ouïes bondes, s'il y en avait plusieurs 5 ce qui ne serait sujet à aucun inconvénient si la cage ou les planches qui précèdent la bonde du côté de l'étang étaient en bon état, et on baisserait le pilon lorsque la force de l'eau serait passée.
Fossés et plantations autour de l'étang. — Pour la sûreté du poisson et des terres voisines , il est bon que l'étang soit entouré d'un fossé de 6 à 8 pieds de large au moins , et de 4 à 5 de profondeur , dont les terres seront rejetées du côté de l'étang , et feront obstacle pour empêcher les grandes eaux de se répandre au-delà. Ce fossé pourra être empoissonné de menuisaille, et recevoir des écrevisses et des anguilles , dont la présence peut être dangereuse dans l'étang , à raison de leurs dispositions à creuser des trous dans la digue. Il réunira à cet avantage celui de servir au besoin de supplément au déchargeoir, et sera par conséquent un motif de sécurité pour le propriétaire lors des crues extraordinaires.
Une haie de toutes les variétés d'arbres et d'arbustes qui ne craignent ])as l'eau sera utilement plantée sur la berge de ce fossé , ainsi qu'une ligne de peupliers, de saules , de frênes, etc. ; mais il ne faut jamais souffrir le plus petit buisson sur la chaussée, à cause des trous qui peuvent résulter de la pourriture de leurs racines. Si on a à craindre les émanations délétères de l'étang, on plantera une ceinture de bois plus ou moins large en dehoi's du fossé.
De l' empoissonnement des étangs. — En supposant qu'on ait fait des digues pour arrêter l'eau ou la détourner, pour établir l'étang, on les rompra poTir le laisser se remplir; s'il s'y trouve des trous par où l'eau s'infiltre ^ la première chose à faire est
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de les fermer, non pas avec un simple tampon d'argile , mais en ouvrant des tranchées j)lus ou moins larges , qu'on remplit ensuite de terre bien choisie et bien corroyée. Il en est de même des trous qui peuvent se trouver au fond même de l'étang , et qui sont faits souvent par les taupes, les campagnols, les racines d'arbres pourries.
Quand on pêche de grands étangs , on y trouve des barbeaux, des dards ou vandoises, des meuniers , des chevannes, qu'on nomme aussi chevereaux ou cheveneauxj des goujons, des vérons et autres menuises, des anguilles, des écrevisses, des grenouilles , etc. Il se trouve toujours de ces poissons qu'on appelle roussaille ou blanchaille^ quoiqu'on n'en mette point pour peupler les étangs, 2:)arce qu'ils ne sont pas marchands. Les poissons estimés et qu'on appelle marchands sont la carpe, le brochet, la perche, la tanche, la truite. On peut y ajouter le gardon et l'anguille.
On appelleyê«///e , alvin , menuaille ou fretin les petits poissons de toute espèce qu'on emploie à repeupler les étangs. Le motfeuille paraît cependant s'appliquer plus communément aux individus d'un an, et le mot fretin k ceux qui appartiennent à des espèces de petite stature et qui ont peu de valeur.
La quantité d'alvin ou de gros poissons à mettre dans un étang pour l'empoissonner varie suivant les espèces de poissons et la qualité des eaux, abstraction faite de l'étendue de l'étang. Il faut donc indiquer d'abord les espèces de poissons qui doivent être choisies ou rejetées quand il s'agit de l'empoissonnement d'un étang.
On ne s'avise pas d'empoissonner un étang avec du gardon, qu'on met au nombre des blanchailles, et qui se transporte difficilement; mais comme il multiplie beaucoup, on en trouve toujours quantité dans les étangs. Sa principale utilité est de nourrir les poissons voraces, le brochet, la perche et la truite.
La tanche se plaît par- tout, particulièrement dans les étangs limoneux. Ce poisson peuple beaucoup et se transporte aisément en vie. D'ailleurs les grosses tanches sont estimées quand elles ne sentent point la vase; mais on prétend assez généralement qu'il faut plus de terrain pour nourrir cent tanches que pour engraisser 5oo carpes. Outre cela , comme elles se vendent toujours à meilleur marché que les carpes, on en met plutôt dans les mares vaseuses que dans les étangs.
ha. perche est un excellent poisson, qui se vend très-bien. Il est vrai qu'il est vorace, mais pas aussi redoutable que le brochet. Il se nourrit de petites blanchailles, dont il débarrasse les étangs. Quoiqu'il soit difficile à transporter, on peut en mettre dans de grands étangs qui sont à portée des grandes villes, où l'on est assuré d'en trouver un débit avantageux. Ce poisson se plaît dans les eaux vives : on prétend qu'en relevant une arête qu'il a sur le dos , il ne craint point le brocliet; mais certainement \v brochet parvient à le saisir par la tête , et à s'en nourrir, puisqu'on en a trouvé souvent dans l'estomac des brochets.
La truite est un excellent poisson , qui est plutôt de rivière que d'étang. Elle subsiste néanmoins dans
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les étangs où l'eau est vive, mais elle n'y multiplie pas. Ce poisson est vorace comme le brochet, et encore plus difficile à transporter que la perche. On se borne donc à la truite dans les rivières d'eau vive, tonds de gravier, où elle se plaît. Si cependant on voulait en conser\'er pour son propre usage ou pour vendre dans le voisinage, on ferait pour ce poisson une espèce de vivier sur un fond de gravier, où couleraient des eaux de sources : il sutfirait de don- - ner à ce vivier 8 à lo pieds de largeur 5 mais plus on lui donnera de longueur, et plus on pourra y mettre de truites. Celles qu'on prendra dans la rivière se conserveront très-bien dans le vivier ; elles s'y multiplieront même, si ce vivier est fort long, sur-tout si on les nourrit avec de la blanchaille } mais cette pêcherie sera peu profitable : le mieux est de la restreindre à en faire un réservoir, où l'on conservera les truites qu'on aura prises dans la rivière.
Le barbeau, la vandoise et la brème , de même que la truite, dont nous avons parlé , et le brochet^ dont il sera parlé plus loin , sont des poissons qui demandent une eau vive, et qiii ne peuvent prospérer dans un étang vaseux.
Les anguilles sont un fort bon poisson, qui est vo" race; mais comme il n'attaque que la menuise, il ne fait de tort que dans les étangs où l'on fait de l'aivin ; il a l'avantage de se transporter aisément , et quoiqu'on ne soit pas dans l'usage d'en mettre dans les étangs, il s'jr en trouve toujours. Quelquefois on en met dans des fosses ou des viviers ombragés, dont on proportionne la grandeur à la quantité qu'on désire en avoir. Les anguilles se nourrissent de grenouilles et de têtards^ cependant elles prospèrent mieux si on leur jette quelques menuises, quelques tripailles , des fruits tendres, etc.
Les écrevisses d'étang ne sont pas, à beaucoup près , si bonnes que celles qu'on pèche dans les eaux vives et courantes. Comme elles mangent du frai , elles font tort aux alivinières.
Les grenouilles multiplient beaucoup, et on en trouve par-tout. Quoiqu'on en expose dans les marchés, elles ne font pas un objet de commerce. Comme elles mangent le frai , elles détruisent l'alvin ; mais elles ne font aucun tort aux grands étangs ; au contraire, quelques poissons s'en nourrissent, et surtout des têtards ou de jeunes grenouilles , qui se trouvent en quantité au bord de l'eau.
Le brochet est avantageux pour la vente , quoiqu'il soit plus difficile à transporter par terre que la carpe et la tanche, les marchands s'en chargent volontiers, d'autant qu'il se transporte aisément par eau dans des bascules. Mais c'est un poisson très-vorace, qui coûte au propriétaire de l'étang plus qu'il n'en retire ; car un brochet d'un écu n'est parvenu à ce degré de valeur qu'après avoir mangé pour 40 ou 5o francs de poisson. Il est vrai qu'il se nourrit de blanchaille, dont il décharge l'étang sans faire tort au propriétaire; mais il n'en est pas de même quand les brochets sont un peu gros : celui qu'on vendrait 3o sous en mange un de i5 5 il s'ensuit que si l'on ne mettait dans un étang que des brochetons gros comme des harengs, au bout d'un an à peine
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y en trouverait-on six de chaque cent qu'on aurait mis dans l'étang.
Il faut donc faire son possible pour qu'il n'y ait point de brochets dans les étangs qu'on destine à avoir de l'alvin ; mais cela n'est i)as aisé : car quand
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années
il y a une fois eu du brochet dans un étan" on ] peut l'en purger qu'en le laissant plusieurs anné à sec. S'il y reste un peu d'eau en quelques endroits, il s'y conservera de petits brochetons, qui s'y montreront quand l'étang sera plein , et détruiront beaucoup de frai et de poisson.
A l'égard des grands étangs, il n'y faut point mettre de brochets avec l'alvin ; mais si l'alvin est fort, on peut y jeter de très-petits brochetons. Cependant il est mieux de n'en mettre que la seconde année, lorsqu'on ne pêche qu'à 3 ou 4 ans ou deux étés révolus , et si l'alvin était très-fort, on pourrait mettre de la brochetaille après la première année révolue. En général , quand les carpes sont plus grosses que les brochets, on prétend que ce poisson, qui les chasse sans les pouvoir manger, leur fait du bien par l'exercice qu'il leur fait prendre; et dans les étangs qui ne sont pas destinés à produire de l'alvin, on regarde comme un avantage que le brochet détruise la menuise.
Les étangs sont particulièrement destinés pour la carpe, dont elle est la reine; elle y prospère singulièrement bien, croît promptement, se multiplie beaucoup; elle est aisée à transporter par terre et par eau , et la vente en est assurée ; c'est pourquoi les marchands s'en chargent volontiers.
Les carpes s'accommodent assez de toutes sortes de fonds, limoneux, sablonneux, etc. , ainsi que de toutes sortes d'eaux; mais elles sont bien meilleures dans certains terrains et dans certaines eaux que dans d'autres. Des carpes qui ne seraient pas mangeables au sortir des étangs limoneux se dégorgent dans les bascules ; en les tenant cjuelques jours dans une eau vive, elles deviennent très-bonnes.
On estime qu'on peut mettre 18 à 20 milliers d'alvin de carpe dans un étang qui a 100 arpens d'eau , 10 à 11 milliers dans celui de 5o arpens , augmentant ou diminuant cette quantité suivant la force de l'alvin, l'étendue de l'étang et la nature du fond j car il y en a qui sont bien plus propres à nourrir beaucoup de poissons que d'autres. Il serait sur cela difficile de donner des principes certains ; l'expérience en apprendra plus que tous les raisonnemens. De la saison d' empoissonner les étangs. — « Ordinairement, dit M. Bosc , on empoissonne les étangs au printemps , parce que c'est l'époque ou on les pêche , et où par conséquent on s'en procure les moyens ; mais cette époque est-elle la meilleure ?
x> On empoissonne les étangs , ou avec de petits poissons de 2 ou 3 ans, ou avec des pères et mères de plus de 3 ans.
y> Dans le premier cas, l'empoissonnement au printemps est sans inconvénient. Dans le second , il relarde d'une année la production, parce que les pères et mères ont jeté leur frai. :>■>
A cette occasion, M. Bosc observe qu'en général tous les vieux poissons fraient les premiers et les jeunes les derniers, et que chaque espèce est plus ou moins précoce, soit par sa nature, soit à raison
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de la qualité des eaux et du degré de chaleur de la saison. Ainsi , la ponte des truites précède celle des carpes, et celle des carpes a lieu plutôt dans un étang peii profond et vaseux , que dans une eau courante et roulant sur le sable.
De l'étang destiné à fournir de l'ahin. — Il serait bon , quand on pêche un étang , d'en avoir un à empoissonner, dans lequel on mettrait les carpes qui ne seraient pas assez grosses pour être d'une vente avantaeeuse. Mais comme on ne trouve souvent dans les grands étangs que peu dalvin, sur-tout si dans celui qu'on pêche il y avait du brochet et de la perche, le propriétaire de plusieurs étangs doit faire en sorte d'avoir de quoi alviner ceux qu'il doit empoissonner : sans cela il se trouvera souvent dans le cas de n'en pas trouver à propos , ou d'être obli'^é d'en acheter fort cher. C'est pourquoi il faut ou'il ait de petits étangs, qu'on nomme caTpiin'S ou nlvinières , qui soient uniquement destinés à fournir de l'alvin.
Il suffit que ces étangs aient 8 à 10 arpens d'eau j mais il est très-important qu'ils n'en manquent point en été , afin que les carpes cju'on y mettra pour frayer puissent s'égayer sur l'herbe des rivages où il reste peu d'eau ; car c'est l'endroit où elles déposent leur frai , sur-tout aux parties qui sont exposées au midi et au couchant.
Les meilleures carpes pour peupler ne doivent être ni ti'op grosses ni trop petites : on les choisit à-peu-près de 10 à 11 pouces j elles doivent être rondes et avoir le ventre plein, observant qu'il ne faut au plus qu'un quart de mâles de ce qu'on met de femelles; c'est-à-dire que pour cent femelles il faut au plus vingt-cinq mâles, et dans un étang de 8 arpens, il ne faut mettre que cent femelles , qui jetteront chacune plus d'un millier d'œufs.
Dans les mois d'avril et d'août, qui sont à-peuprès la saison du frai pour les carpes, il faut bien garder les étangs ; car le poisson, alors engourdi et presque à sec dans l'herbe , se laisse prendre à la main. 11 faut aussi empêclier que les bestiaux n'aillent boire à l'élang ; ils feraient avec leurs pieds une énorme destruction de frai. Les cochons sur -tout sont fort à craindre , parce qu'ils mangent le frai avec avidité.
Il est très-essentiel cju'il n'y ait dans l'étang ni brochets ni perches, ni autre poisson vorace.
La première et la seconde année, ce petit poisson n'étant grand que comme une feuille de saule, on le iiomme f'euil/e en phisieurs endroits. Quelquefois au bout de deux étés, il a 4 pouces de longueur lorsque le fond est très -bon; mais c'est encore de la ieuille, et il prend le nom d'a/w'/z lorsque , après le troisième été, il a 5 pouces depuis le bas de l'œil jusqu'à l'angle de la fourchette de la queue, ce qu'on appelle entre œil et bat. Cet alvin est encore petit; car pour être bon, il faut qu'il ait 6 pouces, et il est encore meilleur (juand il en a 7, pourvu qu'il n'ait que 4 ans; car on n'estime point l'alvin qui n'est parvenu à cette grosseur qu'au bout de 5 ans.
On doit exiger qu'il ait l'écaillé nette et le corps assez gros, par proportion à la tête; celui qui aurait une grosse tête et un corps menu Jic vaudrait rien. On rejette encore l'alvin qui a l'écaillé noire.
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qui provient d'un étang bas et vaseux, dans lequel il tombe beaucoup de feuilles d'arbres voisins. H pourraitnéanmoins se réparer dans les grands étangs, où il trouverait de bonne eau.
Lorsqu'on empoissonnera un grand étang avec de l'alvin de 7 pouces, on fera bien d'y mettre du brocheton, pour empêcher que la carpe ne peuple trop et ne force dans cet étang.
Méthode pratiquée à la Chine pour empoissonner les endroits où il reste de l'eau. — La Chine offre une prodigieuse abondance de poisson : les rivières, les lacs, les étangs, les canaux même y sont remplis de poisson, qui fourmille jusque dans les fossés qu'on creuse dans les champs pour conserver l'eau qui sert à la production du riz : ces fossés sont remplis de frai ou d'œufs de poissons, dont les propriétaires du fond tirent un profit considérable.
On voit tous les ans, sur la grande rivière de \ angtse-Kyang, dans la province de Kiangsi, un nombre surprenant de barques qui se rassemblent pour acheter du frai. Vers le mois de mai, les habitans du pays bouchent la rivière en plusieurs endroits dans l'espace de 9 à 1 o lieues , avec des nattes et des claies qui ne laissent d'ouverture que pour le passage d'une barque, afin d'arrêter le frai, qu'ils savent distinguer au premier coup-d'œil, quoiqu'il ne produise presque aucun changement à l'eau. Ils remplissent des tonnes avec cette eau chargée de frai, pour la vendre à des marchands, qui la transportent en diverses provinces^ ayant l'attention de remuer cette eau de temps en temps. Elle se vend par mesure à ceux qui possèdent des étangs. Dans l'espace de peu de jours, le jeune frai commence à paraître et forme de petits bancs , étant si petits qu'ils sont presque imperceptibles. On les nourrit avec de la lentille d'eau ou des jaunes d'œufs, à-peu-près comme on élève en Europe certains animaux domestiques. On empoissonne aussi des canaux avec des poissons qu'on tire des rivières et des lacs.
De P entretien de l'étang empoissonné. — Il faut visiter de temps en temps toutes les parties des étangs pour voir si la chaussée, la bonde, les déchargeoirs, la grille sont en bon état. Il faut nettoyer les fossér. qui conduisent l'eau à l'étang; faire la chasse aux renards et aux lapins, qui fouillent dans les chaussées, les endommagent; affôter et tendre des pièges pour prendre les loutres; tuer les hérons et les autres oiseaux pêcheurs, même les canards, principalement sur les alvinières ; ne pas souffrir qu'on aille pêcher dans l'étang à la ligne, à la truble, au carreau , à l'épervier, et encore avec plus de sévérité à la seine et au trainail : ce serait épuiser l'étang et montrer le chemin aux voleurs.
Il est bon d'avoir sur l'étang \in petit bateau pour se mettre à jjortée de tirer sur les oiseaux , hérons, grues, canards, etc., pour faire la chasse aux loutres, arracher avec un croc les roseaux, qui forment quelquefois à la longue des îles ilottantes, qui servent de retraite aux loutres et aux autres animaux malfaisans. On prétend cependant que les coups d( fusil étonnent le poisson et le rendent malade. Enfin , il faut tendre de grandes souricières pour détruire les rats d'eau , qui s'y prennent d'autant plu>
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volontiers qu'ils sont très-gourmands , et des pièges ou traquenards aux loutres.
Si l'eau baisse considérablement dans l'étang, il faut essayer d'v en conduire, on d'un ruisseau, si on en a à sa portée, ou même d'un étang supérieur, quand même on devrait pêcher l'étang supérieur hors de saison et mettre le poisson dans celui qui est plus bas.
A quel âge il faut pécher les étangs. — Quand un étang est en bon fond , et qu'il a été peuplé de bon alvin , ou peut le pêcher 3 ans après qu'il a été alviné, c'est-à-dire lorsque l'alvin a resté trois étés dans l'étang : par exemple, s'il avait été mis dans l'étang en janvier ou lévrier 1826, on compterait cju'il a 3 ans en octobre 1828.
Dans un bon étang , qui a été [peuplé avec de l'alvin très-fort , les carpes se trouvent quelquefois assez grosses au bout de 2 ans pour être vendues.
On est encore obligé de pêcher un étang au bout de 2 ans quand il y a de grandes réparations à faire à la cliaussée ou aux bondes, ou quand il y a de gros brochets, qui détruiraient toutes les carpes ; enfin, quand l'élang a été à sec l'année qui précède son empoissonnement : car on compte qu'une année d'à-sec et les deux années suivantes de bonne «au valent 3 ans.
Lorsqu'on a été obligé d'empoissonner un étang avec de fort petit alvin, le poisson n'est ordinairement parvenu à une bonne grosseur qu'au bout de 4 ans : alors il ne faut mettre du brocheton dans l'étang que la troisième année.
Si l'on croyait les marchands, on ne pécherait les étangs que la quatrième année. Comme les poissons seraient plus gros, ils y trouveraient leur compte 5 mais le propriétaire perdrait une année et beaucoup de poissons, qui seraient mangés par les brochets.
De la saison où il convient de pécher les étangs. — Plusieurs personnes pensent qu'il ne faut pêcher les étangs que peu avant le carême. Cela peut être quand l'étang est tout près de l'endroit où l'on doit vendre le poisson j mais il y a bien des raisons qui doivent déterminer à pêcher en octobre.
i''. On ne court point le risque des gelées, des crues d'eau , et des autres accidens qui arrivent fréquemment pendant l'hiver 5 d'ailleurs le poisson n'augmente pas en cette saison 5 et s'il y a beaucoup de brochets, il vit, pendant le retard, aux déjiens de l'étang.
2°. En péchant en octobre , lorsque le pilon est rabaissé aussitôt après la pêche, l'élang se remplit pendant l'hiver, et il n'est pas rempli entièrement par des eaux de neige, qui sont contraires au poisson.
3°. L'alvinière qu'on pêche en novembre a le temps de se remplir pendant l'hiver, au lieu que si Ton ne péchait ces étangs qu'en février ou mars, on courrait risque de perdre le frai des gros poissons, qui le jettent à cette époque , et il pourrait arriver que l'étang n'eût pas le temps de se remplir suffisamment d'eau pour n'être pas à sec l'été, à moins qu'on ne pût conduire à volonté dans l'étang l'eau de quelque rivière ou de quelques sources abondantes.
4"- Quand on pêche en octobre , on est plus mai-
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