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qui agissent autrement ont bientôt perdu leur tessure. Les pêcheurs attentifs à la conservation de leurs filets ont, de plus, le soin de les tanner de temps en temps ; mais il y a des pêcheurs paresseux et négligens qui les laissent long-temps à la mer sans les relever ; et il en résulte qu'une partie de leurs meilleurs poissons se trouvent endommagés par les poissons voraces , ou bien que ceux qui restent entiers sont morts et meurtris à force de s'être tourmentés dans le filet. C'est une perte réelle nonseulement pour les pêcheurs, mais encore pour le public; et elle est d'autant plus fâcheuse, que les poissons pris aux folles , quand on les relève fréquemment, sont meilleurs cjue ceux qui ont été pris dans les guideaux, ou qu'on a péchés à la traîne , parce cjue l'opération de traîner ne peut guère manquer de fatiguer le poisson.
C'est pour ces raisons qu'il est ordonné aux pêcheurs-folliers de rester sur leurs filets et de les relever presqu'à toutes les marées : ceci regarde principalement les pêcheurs qui tendent leurs folles à la mer.
§3. — De la pêche avec les folles , à la mer et sur les grands fonds.
Nous avons dit que les mailles des folles doivent avoir au moins 5 pouces d'ouverture en carré ; mais les pêcheurs les font souvent beaucoup plus grandes, parce qxi'ils se proposent de ne prendre avec ce filet que de gros poissons; cjue dans ce cas le filet coûte moins, est plus léger, plus souple, et enveloppe plus aisément les poissons.
Chaque pièce de filet a )o, 12, i5 ou 18 brasses de longueur, et 5 , 6 ou 8 pieds de chute. Comme , en joignant beaucoup de ces pièces les unes au bout des autres, on forme de très-grandes tessures, ces pêches se font toujours par un nombre de matelots qui se réunissent et se mettent à la part; ils sont quelquefois seize dans un bâtiment, PI. '6?)^fig. iW. VII. Chacun d'eux fournit depuis dix jusqu'à vingt pièces de folles, et le maître ordinairement le double : de sorte que si chacun des seize matelots a fourni dix-huit pièces de filet et le maître trentesix , la tessure entière est de trois cent vingt-quatre pièces , et elle a bien plus que 3,000 brasses de longueur. Quelquefois les flottes sont enlacées enti'e deux fortes lignes , et ces lignes forment la ralingue de la tête du filet, que quelques pêcheurs nomment bouchct. Les flottes sont petites, mais il y en a une au milieu de chaque maille. Les pierres qui garnissent la ralingue du pied du filet sont à 2 pieds et demi ou 3 pieds les unes des autres.
Le propriétaire de la barque n'a point de filet; cependant il retire trois lots pour cette barque, et il est tenu de l'entretenir bien gréée.
Quand le maître pêcheur a fourni une fois plus de filets que chaque matelot, il a deux parts : chaque matelot qui fournit des filets en a une , et ceux qui n'ont point de filet ont une demi -part pour la récompense de leur travail.
C'est ordinairement le propriétaire du bateau qui fait la vente du poisson : il a pour cela le sou pour livre du produit.
Lorsqu'on fait une chaudière commune, elle passe
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en frais de pêclie, comme avarie; mais chacun se fournit de boisson et de petits rafraîchissemens.
Nous avons dit que la folle étant un filet sédentaire, on en tendait de petites entre les roches; mais pour les grandes folles, on e'ivite les fonds où il y a beaucoup de grosses roches, de crainte que les filets ne s'y accrochent , et ne soient ou perdus ou considérablement endommagés. Quand les filets restent engagés entre les roches, on essaie de les débarrasser avec des grapins, comme on en voit un au-dessous de la hou&e fig. N°. VI ; mais il n'est pas rare cjue les grapins restent avec le filet.
Les meilleurs fonds pour cette pèche sont ceux "de rocaille , de galet , et où il croît des plantes marines ; car, comme il est difficile de pêcher à la traîne dans ces fonds, on y trouve ordinairement beaucoup de poissons et de la meilleure qualité. Ajoutons qu'il s'y rencontre moins qu'ailleurs de poissons voraces , c|ui endommagent beaucoup le fruit de la pêche.
Coname les poissons se retirent dans la grande eau lorsqu'il fait froid , les pêcheurs vont les y chercher. Les gros temps sont fort incommodes pour tendre et relever les filets : ainsi le calme et les mortes-eaux sont les circonstances les plus favorables pour la pêche aux grandes folles en mer. Quand les pêcheurs sont surpris du mauvais temps, ils laissent leur tessure à la mer jusqu'à ce que le calme soit revenu. Les filets en souffrent, ainsi que le poisson qui est pris; mais ce sont des inconvéniens inévitables.
Les poissons qu'on pêche ordinairement aux folles sont les raies, les anges , les turbots , quelques mar- S juins, de grands chiens de mer, de grosses crabes et des honiars. Les grosses raies blanches , qu'on nomme tires, se pCchcnt ainsi durant toute l'année, et il en est de même des turbots; mais la vraie saison pour prendre les bonnes espèces de raies est le printemps et l'automne.
Les pêcheurs redoublent d'activité pendant le carême, non-seulement parce que le débit du poisson est alors plus certain , mais encore parce que la fraîcheur de l'air permet de le transporter fort loin.
Voilà ce qui doit déterminer les pêcheurs sur les saisons et les lieux les plus favorables pour leur pêche. Lorsqu'ils veulent partir, ils mettent dans leur bateau leurs filets et tous les ustensiles qui sont représentés sur la PI. ^yh^ijig. N^. VI'
Les pêcheurs feraient bien de mettre de distance en distance, dans toute la longueur de leur tessure, de petites bouées, pour en retrouver les morceaux lorsqu'elle a rompu, au lieu de les aller chercher avec des grapins, qui l'endommagent nécessairement. Etant pourvus de tous ces ustensiles, ils vont se rendre au lieu de la pêcho, ou, comme ils disent, ils s'établissent sur leurs signaux ^ c'est-à-dire qu'ils prennent des à-mers sur Ta côte pour reconnaître leur position et retrouver leurs filets, quand ils ont été obligés de les abandonner.
Si le vent est fort , ils amènent le grand mât, et ne conservent qu'une petite voile à l'avant, ne prenant de voilure que ce qu'il on faut pour filer la tussure, comme ou le voit Pl. 33,7^^. iV». IV.
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Quand il fait très-peu de vent , on fait porter la grande voile pour se haler de l'avant.
Le temps le plus favorable pour tendre est quand la marée commence à porter au vent; et on jette la tessure à la mer sous le vent, afin qu'elle puisse croiser la mai'ée , et qu'elle reste sur le fond pendant le temjis qu'on juge nécessaire pour laisser le poisson donner dans le filet ; et c'est assez souvent pendant trois nuits. Mais quand les pêcheurs craignent de perdre leurs filets, et lorsqu'ils ont tendu loin de la côte , ils les relèvent au bout de 36 heures.
Les filets sont ordinairement lovés ou roués dans la cale à l'arrière du grand mât; et quand on relève, on les love à la place où ils étaient.
Pour faire ces manœuvres, qui sont longues et pénibles, à cause de la grande étendue de la tessure, qui a quelquefois une grande lieue, tout l'équipage se range le long d'un bord, à -peu -près comme quand on veut mouiller ou relever un câble.
On relève la tessure quand la marée commence à porter au vent , pour avoir fini avant que la marée rapporte ; mais si l'on est surpris par le retour de la marée , on attache aux pièces de folles qui restent à la mer un bout de cordage amarré sur la tête de l'ancre ; et les pêcheurs attendent, pour achever de relever, cjue le vent et la marée deviennent favorables.
Quand la mer et les eaux sont calmes, on peut relever de flot et de jusan ; mais lorsque les temps ne sont pas favorables, les pêcheurs attendent quelquefois plusieurs marées avant de relever entièrement leur tessure. Lorsque le temps est bon, l'on tend et relève de jour et de nuit.
Il est toujours mieux que les pêcheurs aux folles restent sur leurs filets. En ce cas , afin de n'êtie point surpris par le gros temps, outre la grosse càblière, qui pèse plusieurs quintaux, et qui est amarrée au bout- forain avec la bouée, ils en mettent une autre vers le milieu de la tessure, qui pèse environ loo livres , et encore une à environ seize pièces du bout de la tessure ) ils attachent celle-ci au câble de leur ancre.
Pour relever le filet, les pêcheurs lèvent l'ancre et l'amènent à bord. Aussitôt qu'elle y est , ils halent sur le cordage qui répond de l'ancre à la folle. Quand ils ont amené la première pièce du filet, tout l'équipage s'assied sur le franc- bord à bâbord , PL 33, i?, iVo. VII., ayant la grande voile pliée sous eux , pour être plus à leur aise et moins gênés dans leur travail. La tessure arrive dans le bateau par l'écubier de stribord, sur un rouleau qui y est solidement assujetti.
Un des plus forts matelots jp se place à l'avant, et est occupé à gaffer les gros poissons qui se présentent à mesure qu'on haie la folle. Si par malheur la tessure vient à rompre, on recherche avec un «rapin, comme nous l'avons dit, ce qui est resté à la mer ; et pour qu'il se couche sur le fond , on attache une câblière de 20 à 7.5 livres à quelque--; brasses du bout du cordage où est attaché le grapin. Quelquefois encore on frappe à une patte du grapin un menu cordage de 2 brasses, qui porte un autro petit grapin qu'on nomme chien. Quand les ralingues du filet ont échappe au premier grapin, elles
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sont presque toujours retenues par l'autre. Comme c'est une grande opération que de mettre la tessure à la mer et encore plus de lu relever, les pécheurs observent entre eux un ordre qu'il est bon de rapporter.
Lorsque les pêcheurs mettent dehors {A, Jtg. N°. VII t PI- 33) leur tessure, quatre d'entre eux descendent dans la cale pour parer les filets. Deux hommes qui se tiennent sur le pont les reçoivent, et les donnent à deux autres qui sont appuyés sur le bord ; immédiatement derrière eux sont deux forts matelots, qui souvent sont à califourchon sur le bord du bateau , et qui jetcent à la mer les pièces de filet à mesure qu'on les leur présente. Entre ces hommes, les uns se donnent de main en main le pied du filet, chargé de cailloux} les autres donnent la tète de ce filet garnie de flottes ou corcerous de liège , pour que la tessure se distribue à la mer dans la position verticale qu'elle doit avoir, et que le filet ne se torde pas. Une partie de l'équipage se repose pour prendre la place de ceux qui travaillent et les relever lorsqu'ils seront fatigués.
L'opération de relever est tout autrement pénible. Tout l'équipage y est employé, B , PL 33, Jig. N°. VII j ils sont assis le long du bord, le dos à la mer. Un fort matelot, qu'on nomme forciblement, se porte à l'avant, pour harponner avec une gaffe les gros poissons, qui , au sortir de l'eau , font de grands efforts pour s'échapper. Quand on a l'eleve un quart de la tessure, ce qu'on nomme un pitot , un autre matelot prend la place de celui-là.
Comme le filet qui sort de l'eau mouille considérablement les matelots, ils mettent des bottes de cuir, et un grand tablier aussi de cuir, qui pend depuis le cou jusqu'à mi-jambes.
On voit en A, PL 33,/^. N". VII, des pêcheurs qui mettent leurs filets à l'eau ; en d un bateau démâté qui est sur les filets 5 en b des matelots qui relèvent leur tessure ; en c un bateau qui , ayant fait sa pêche, se remâtej en e un bateau appareillé c^ui retourne au port.
Les pêcheurs sont traversés dans ce travail par beaucoup d'accidens : ils perdent quelquefois une partie de leur tessure 5 car lorsqu'il faut aller la chercher avec des grapins, on endommage une quantité considérable de mailles. Les gros temps qui surviennent quand on relève causent de grandes pertes , et encore plus lorsqu'on attendant que le temps soit favorable pour relever, les pêcheurs sont obligés de laisser long -temps leur filet au fond de l'eau : il s'y pourrit, et une partie du poisson qui adonné dans le filet est perdue, ou prodigieusement endommagée. Ils ont plus à craindre les gros temps en hiver qu'en été 5 mais le séjour des filets est plus dommageable pendant les chaleurs. En ce cas , il ne faut qu'une nuit pour que le poisson soit corrompu; et si le filet reste sur un fond marneux, les limaces , les sangsues , les coquillages et les crustacés dévorent le poisson qui est dans le filet , d'autant que les gros poissons l'affaissent et le couchent sur le terrain. Les poissons qui ont été ainsi eucés sont blancs, et si disposés à se corrompre entièrement, qu'il faut les consommer sur les lieux.
Des pêcheurs assurent qu'il y a lin poisson , qu'ils
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comparent pour la forme au marsouin, qui fend le corps des raies poiir en tirer le foie ; et ils ajoutent que ce poisson attaque les raies blanches, les anges, les tires, et autres qui ont la peau lisse ; mais rarement la raie bouclée, sans doute parce que les os pointus qui recouvrent cette espèce y forment obstacle. Comme ce poisson vorace ne mange que le foie , on tire quelquefois les poissons encore en vie : alors les marchands de marée recousent la plaie ; mais en peu de temps ces raies sont hors de vente et même corrompues.
Qu'on pense ce qu'on voudra de ce poisson , que les pêcheurs disent n'avoir jamais pu prendre , il est toujours très-intéressant de ne point laisser les filets à l'eau plus de 48 heures, à moins que les mauvais temps n'y obligent; mais quand on diffère de relever les filets, seulement pour attendre les jours où la vente du poisson pourra être plus avantageuse , on s'expose souvent à ne retirer que du poisson meurtri, mutilé par les poissons voraces , et presque pourri, sur-tout si c'est en été.
Comme on tend sur certains parages une grande quantité de folles , on prétend que les poissons pourris éloignent les autres , au point que les pêcheurs cordiers ne prennent rien quand les folles ont long-temps séjourné dans un endroit. Au reste, il faut convenir que les filets sédentaires et à trèsgrandes mailles ne font jamais autant de tort à la multiplication du poisson que ceux que l'on traîne} et le poisson des folles serait de la meilleure qualité , si , conformément à l'ordonnance , les pêcheurs restaient sur leurs filets pour les relever fréquemment. Peut-être serait-il plus avantageux de mettre à la mer plusieurs petites tessures qu'une fort grande, on aurait plus de facilité à relever les filets et moins de risque de les perdre.
La pêche aux folles se fait ordinairement entre la pêche du hareng et celle du maquereau; et on fait bien de l'interrompre pendant ces pêches non-seulement parce qu'on doit préférer de prendre les poissons de passage plutôt que les poissons domiciliés , mais encore parce qu'on recherche plus volontiers ces poissons délicats que les raies : alors si les pêcheurs ne trouvent pas à les vendre, ils sont obligés de les sécher et de les saler; ce qui fait un très-mauvais manger, qu'on est obligé de donnera vil prix dans \es villages éloignés de la mer.
§4- — D^ la pêche qui se fait avec les demi-folles y qu'on nomme aussi grandes pentières ou bretelle res, etc.
Les demi-folles se tendent sur le fond , et se relèvent de la même manière que les folles, dont elles ne diffèrent que par l'étendue de la tessure, qui est moindre par la grandeur des mailles , qui n'ont que 2 pouces et demi à 3 pouces en carré, tandis que celles des folles ont 5 pouces.
Les demi-folles, qui se nomment rieux en Picardie , parce qu'on les emploie à la pêche des raies , se nomment , sur plusieurs côtes de î^ormandie, bretelle r es , parce qu'elles servent à prendre des roussettes ou petits chiens de mer, qu'on y nomme brettes ou bretelles. On les appelle aussi canières en Basse- Normandie; et ^/-««û^e^pe/î/ière^^ parce qu'elles sont
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soutenues à-peu-près verticalement par les flottes et le lest, et qu'elles ont une grande longueur.
Au reste , ces filels sont sédentaires et garnis de bouées et de câblières , ainsi que les folles; mais comme ils sont beaucoup moins grands , on peut les tendre en tout temps, même dans les vives eaux. La meilleure saison est depuis le commencement de février jusqu'au mois de mai.
On prend , avec les demi-folles, des poissons plats et des poissons ronds, et sur la côte de Haute-Normandie beaucoup de chiens de mer , et en Basse- Normandie des colins, qui y sont assez communs.
§ 5, Sorte de demi-folles nommées jets sur les côtes
de Picardie,
Les jets des environs de Saint-Valery en Somme sont des pièces de filet longues de 20 à 25 brasses, et qui ont 3 brasses de chute. La tête est garnie de flottes de liège , et quand le passage n'est pas fort large , on arrête les bouts de filets à des pieux A A, Pl.'5/^,fg.N\I.
Le bas est plombé : il ne devrait y avoir qu'un quarteron de plomb par brasse ; mais la force des courans oblige quelquefois à y en mettre davantage. On joint ensemble deux ou trois pièces bout à bout. Cette pêche se fait à pied et avec de petits bateaux, entre les barres de la Somme , dans les basses eaux qui restent après le retour de la marée, et aussi par le travers de Saint-Valery 5 mais alors les filets n'ont que 2 brasses et demie de hauteur, sur une longueur de 20 à 25 brasses. Les pêcheurs se contentent de mettre deux pièces bout à bout, et c'est avec cette sorte de rets qu'ils font la pêche du chantage , huage ou du poisson canté (pour chanté). Le fil en est blanc et très-fin , pour que le poisson ne s'effarouche pas. Ils ne prennent guère que des poissons plats, principalement des plies de mer ou Aies.
Dans les environs d'Abbeville, à l'embouchure de la Somme, on fait aussi une pêche de jets, mais un peu différente de celle qui se pratique à Saint- Valery. Les pêcheurs, au nombre de trois, quatre ou cinq , se mettent dans de petits bateaux plats avec des filets dont les pièces ont 2 brasses et demie ou 3 brasses de chute, et 3o ou 35 brasses de longueur; ce qui fait toute la longueur de la tessure , qui n'est composée que d'une seule pièce. Le pied est garni de plaques de plomb, pour le faire caler, et la tête est garnie de flottes de liège. Cette pêche ne se fait que dans la rivière. Les pêcheurs frappent sur une petite ancre le bout de leur filet , qu'ils jettent du bateau au milieu de l'eau. Ils filent ensuite le rets jusqu'au bord , et amarrent à ce bout du filet une câblière; puis ils mettent cette partie du filet à l'eau, au plus à une brasse du rivage.
Comme il ne reste pas ordinairement assez d'eau dans le lit de la Somme pour faire flotter le filet de toute sa hauteur, il se plie dans le sens de sa largeur, de sorte qu'il fait une foliée ou une espèce de poche. On frappe une bouée sur la tête du filet, tant au-dessus de l'ancre qu'au-dessus de la câblière , j)Our faire mieux apercevoir l'étendue du filet, qui est placé de manière qu'il traverse ou barre une partie de la rivière , et pour que la foliée soit exposée au courant.
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Quand les jets sont ainsi établis, trois ou quatre pêcheurs, hommes ou femmes, se mettent dans le bateau. Ils naviguent avec leurs avirons , en s'éloignant de cjuelques centaines de brasses au-dessus du filet, en chantant et faisant le plus de bruit qu'il leur est possible , criant, hurlant et frappant sur le bord du bateau pour augmenter le bruit. Quelques pêcheurs se mettent encore à l'eau , qu'ils agitent et battent avec leurs avirons ou des perches, pour faire saillir le poisson hors du fond : en sorte c|ue suivant le courant, il tombe dans la foliée du filet.
De temps en temps, les pêcheurs relèvent le filet pour prendre le poisson; et pour cela, commençant par le bout qui répond à la câblière , ils plient en deux le filet, suivant sa longueur, joignant ensemble la tête et le pied du filet.
Quand ils ont pris le poisson, ils remettent le filet à l'eau , ce qu'ils continuent jusqu'à ce que la marée les oblige à se retirer.
Plusieurs pêcheurs conviennent qu'ils pourraient faire cette pêche sans tant de bruit et de fracas , mais qu'il est nécessaire d'agiter le fond , pour faire dessabler les poissons qui s'y retirent : aussi il y en a qui font cette pêche sans aucun bruit.
La grandeur des mailles n'est pas constante , même dans les environs d'Abbeville : les unes ont 21 lignes et d'autres 14 , et on change de filet selon les saisons. Quand on tend dans un courant , on fait en sorte que la tête du filet soit au-dessous de la surface de l'eau, pour que les immondices passent par-dessus les jets.
On traîne aussi ces espèces de filets comme on le voit dans le lointain de la^g". N° . I , PI. 34» Deux hommes tirent le filet d'un même bord , tandis qu'un troisième, qui est de l'autre côté de la rivière, tient une corde qui est amarrée au milieu du filet , par le moyen de laquelle il aide à ceux qui traînent à le guider à-peu-près à l'endroit qu'il désire. Ce filet, dont l'usage tient beaucoup de la seine, est plombé et flotté.
§ 6. — Sorte de rets ou demi-folles nommés picots sur la côte de Normandie.
Les picots de Normandie reviennent assez aux jets de Picardie; ils sont sédentaires, flottés et plombés. Les flottes, cjui ont 3 quarts de pouce d'épaisseur sur 7 à 8 pouces de circonférence, sont espacées de 2 en 2 pieds sur la ralingue de la tête ; et les bagues de plomb qui sont sur la ralingue du pied pèsent une demi-once , et sont aux mêmes distances que les flottes.
Les pêcheurs nomment ces filets picots, parce qu'ils piquent ou agitent et brouillent le foTid aux environs des filets.
Cette pêche est commune dans les environs de Honfleur. On la commence à la fin d'avril, et elle continue jusqu'au mois de novembre. Les pêcheurs vont en bateau établir leur filet par fond , de travers à la marée, dans des endroits qui ont depuis 5 à 6 pieds jusqu'à 9 ou 10 brasses d'eau. La longueur du filet est de 40 ou 5o brasses sur 2 ou 3 de chute; les mailles sont faites d'un fil fin , retors en trois, et ont environ 2 pouces d'ouverture en carré.
Le bout forain , qui est le premier qu'on met à
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l'eau, est frappé sur une ancre avec son orin et sa bouée, A, PL ?>^,fg- iV°. FUI. Après avoir tendu le filet un peu en demi-cercle , on attache à l'autre bout une grosse pierre JB , qu'on nomme étalon ou cdhlièrc^ sur laquelle est encore frappée une bouée C. Quand le illet est ainsi établi, les pêcheurs dd s'éloignent à i;ne distance de 4© ^ 5o brasses du filet; puis ils reviennent vers lui, louvoyant de droite et de gauche, en piquant et brouillant le fond avec une perche ferrée quand il y a peu d'eau ; ou bien , lorsqu'il y a beaucoup d'eau , au lieu de piquer le fond avec des perches, ils prennent une grosse càblière qui pèse de 60 à 80 livres; ils l'amarrent à un cordage , et la laissent se précipiter au fond de l'eau pour épouvanter les poissons plats ; d'autres parcourent lentement la longueur du filet , traînant sur le fond une chaîne avec des anneaux et autres morceaux de fer qu'ils font sauter pour faire du bruit. Le poisson, épouvanté, prend la fuite, et étant en partie porté par la marée vers le filet, il v-a s'y arrêter. Loi'squ'on est parvenu vis-àvis du bout forain , on s'en rapproche à la distance d'environ i5 brasses, et on revient parallèlement au filet, en pratiquant la même manœuvre avec la chaîne, jusqu'à ce qu'on soit revenu à la bouée de la càblière. Par ces manœuvres, les poissons sortant du sable se jettent dans le filet; ce qui réussit surtout quand les picots sont tendus sur des fonds durs et de roche, qui sont recouverts d'une couche de sable suffisante pour que les poissons plats s'y enfouissent.
Quand les pêcheurs sont arrivés, en brouillant le fond tout près du filet, ils le relèvent le plus promptement et le plus horizontalement possible, en réunissant les deux ralingues, et tirant avec plus de force celle du bas : par ce moyen, le filet se trouve plié en deux, et le poisson reste engagé dans le milieu, qui forme une poche dans toute sa longueur. Les pêcheurs répètent cette même manœuvre tant que le reflux le leur permet.
Quand leur pèche n'a pas été heureuse , ils la reprennent de flot en faisant la même manœuvre.
Cette pêche est sur- tout avantageuse dans les temps de forte marée : on y prend principalement des poissons plats, et fort peu de ronds, parce que ces derniers ne s'ensablent point comme les autres. Ainsi, on en obtient des turbots, des barbues , des soles et sur-tout des flets, que pour cette raison les pêcheurs nomment picots francs.
§ 7. — Pêches qui ont rapport aux folles et aux demi-folles , et auxquelles on donne des noms particuliers dans différens ports.
Les grands et petits vieux .^ qui sont des demifolles, servent à pêcher à pied sur les grèves ou à la mer. Ils sont pierres et flottés, et leurs mailles doivent avoir au moins 2 pouces d'ouverture en carré- Ce que nous avons appelé /o//e est nommé à Dunkerque cibaudière. Ses mailles ont depuis 5 jusqu'à 8 pouces d'ouverture.
Les cibaudières ou demi-folles des environs de Calais sont composées de plusieurs pièces , dont chacune a i8 ou 20 brasses de longueur sur une
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brasse de chute. L'ouverture de leurs mailles est de 2 pouces en carré. Quand on tend ces filets à la basse mer , leur pêche se fait comme nous l'avons représenté dans la PI. 33 , fg. N^. V. Cette pêche dure depuis la Saint-Michel jusqu'au commencement de mai.
Les petites pentières du Crotoy sont les petits rieux d'Ambleteuse.
A Boulogne, les pêcheurs appellent ^ra«</5 //ewx et folles des rets d'un fil très-fin , et dont les mailles ont 5 ou 5 pouces et demi d'ouverture : on les tend à la côte et à la mer. Les petits rieux ou demi- folles que ces pêcheurs tendent à la côte ont de plus petites mailles que celles des grands rieux; leur calibre ordinaire est de 2 pouces et demi. Pour pêcher à la côte, on ensable le bas du filet, qu'on place le plus près qu'on peut de la laisse de basse-mer. Les pièces des petits rieux ont 10 ou 12 brasses de longueur ; leur tête est garnie de quelques bandigues. Ces petits rets s'établissent comme les folles et cibaudières flottées de Calais.
Du côté d'Abbeville, on nomme macle, peut-être par corruption de maille , ce qu'ailleurs on appelle rieux. Les pêcheurs donnent aux demi-folles le nom de grands macles. Lorsque les raies abondent à la côte, ils tendent ces filets flottés et pierres, un bout à terre et l'autre à la mer.
Dans les environs d'Eu , les pêcheurs donnent le nom de lesques ou lisques aux cibaudières ou petits rieux.
Les Dieppois pratiquent beaucoup la pêche aux folles pendant le carême, entre les saisons du hareng et du maquereau.
Quelques pêcheurs de Saint- Valery-en-Caux tendent à la côte pour pêcher, de même qu'on le fait en Flandre et en Picardie, avec les filets nommés cibaudières , petits rieux ^ mailles royales ou sixdoigts , dont nous avons parlé aux étentes sur piquets ; mais ils tendent aussi ces filets flottés. Ils vont avec des carvelles du port de 25 ou 3o tonneaux, depuis les mois de février jusqu'en mai, dans l'intervalle de la pêche du hareng et de celle du maquereau , pour pêcher des raies, des anges, des turbots , vers les côtes d'Angleterre, durant les morteseaux. Pour tendre à la basse mer, ils placent leur filet en demi-cercle, comme on le voit dans la PL y^.,fig. iVô. V, avec des bandigues/de distance en distance.
On fait cette pêche depuis la fin d'octobre jusqu'au commencement de mai. Comme on s'y sert de mailles dont les calibres sont différens, on prend des poissons plats et des poissons ronds. Il y a de ces rets dont le fil est très-fin, et qui ont leurs mailles de 21 lignes en carré; d'autres, faites de fil blanc qui est aussi d'une grande finesse, ont 20 ligues d'ouverture; on en fait aussi avec du fil très-fort, auxquelles on donne ce même calibi'e.
Environ à 2 lieues à l'est de Fécarap , on se sert de bateaux dont le port est de 3 ou 4 tonneaux, pour aller à la pêche des roussettes, des soles, des rougets , etc., depuis le mois de février jusqu'à celui de mai. Les pêcheurs joignent cjuarante ou quarante-deux pièces de bretelières , qui ont chacune '5o brasses de longueur et 3 pieds de chute , et dont
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les mailles sont d'environ i6 lignes en carré. Ces rets sont d'un fil très-fin et très-blanc. On fait cette pêche comme celle des folles, à la mer. Plusieurs pêcheurs se réunissent pour former une seule tessure. Quelquefois chacun prend le poisson qui se trouve dans la partie du filet qu'il a fournie , et il le vend à son profit; d'autres fois, les associés sont à la part, et le poisson est vendu en commun. L'équipaee de chaque bateau est ordinairement de douze hommes, y compris le maître et un mousse. Les filets sont garnis de bouées, de câblières et de Hottes. Dans les environs de Barfleur, on nomme houleviches les rets à prendre des chiens de mer. Ces rets diffèrent des bretelières en ce que celles-ci ne prennent que de petits chiens de mer, au lieu que les houleviches en pèchent de gros, que l'on appelle houles, et qui sont assez estimés sur cette côte, où on les sèche et apprête comme la merluche. Ces rets se tendent sur les fonds de roche , que fréquentent ces sortes de poissons, s'ils sont pierres et flottés : on les tend aussi au large, depuis le mois d'août jusqu'à la fin de décembre. Leur fil est comme celui des folles , et les mailles ont 2 pouces 6 ou 7 lignes d'ouverture.
Les pêcheurs de Honfleur vont à morte eau le long de la côte tendre des folles, pour prendre des barbues, turbots, raies et quelquefois des esturgeons. En hiver, ils vont aussi de temps à autre tendre des folles qui ont 6 pieds de chute , sur un banc de galet qui est du côté du Havre.
Les folles de Trouville ont leurs mailles de 8 pouces d'ouverture.
Les pêcheurs de Villerville se réunissent quatre ou six pour porter à la mer leurs folles , qui ont 6 pieds de chute , 4° brasses de longueur , et les mailles de 6 pouces en carré. Ils y prennent plus de poissons plats que d'autres.
Dans les environs de Touques et de Dives , on fait en mer la pêche aux folles avec des plates du port d'environ 2 tonneaux , et montées de six hommes. Chaque pièce de filet est longue de 5o brasses : on en met ensemble trente, qui forment une tessure de i,5oo brasses. Ces pêcheurs se servent aussi de fines et demi-folles pour prendre des poissons plats ; elles se tendent comme les folles. Chaque pièce a 12 brasses de longueur et 2 brasses de chute. Le calibre des mailles est de 3 pouces et demi ou 4 pouces. Chaque bateau en porte jusqu'à quatrevingt-quatre pièces, dont les pêcheurs forment quatre tessures , de vingt et une pièces chacune; ce qui fait pour le tout une étendue de 8,000 brasses.
Les séchécs de Morlaix sont les cibaudières des Flamands, ainsi que les bretelières, flues , et haussières ou ansières des Normands , et les tressons ou fressures des Bretons de la côte de l'Est. Cette espèce de pêche n'est guère en usage dans cette endroit qu'à Roscoff. On s'en sert aussi sous le même nom à l'ile de Bas.
A l'île de Bouin , on nomme rets de gros-fond des folles dont les pièces ont 35 ou 40 brasses de longueur, les mailles 5 pouces 8 lignes ou 6 pouces d'ouverture, et qu'on tend rarement à plus de 2 lieues au large.
Ce que les Languedociens nomment mâclonnièrc
FOL
sur les côtes de la Méditerranée est un filet que l'on peut rapporter aux folles. Il est formé d'une simple nappe, dont les mailles ont 2 pouces 4 lignes d'ouverture. On le tend à la mer par 4 ou 5 brasses d'eau ; il porte environ 28 brasses de longueur. Sa chute est de 4 pans ou 36 pouces. Les plombs et lièges dont on le garnit sont à 3 pans les uns des autres. Ce filet est assujetti au fond de l'eau avec des pierres qui tiennent par des lignes à la ralingue du pied : sa tête est soulevée au moyen de quelques gros lièges ou signaux. On n'y prend guère que des poissons plats.
Re'glemens. — V., pour les réglemens sur la largeur des mailles et l'emploi des folles , l'article Pêche maritime , § 2.
FOLLEE. Bourse que les pêcheurs laissent faire au filet en le tendant sur des perches. V. Folles.
FOLLIER. Bateau qui sert à la pêche aux folles.
FOND. Nom que les pêcheurs donnent à une espèce de garenne à poisson : elle se fait pour l'ordinaire dans les rivières sablonneuses et dans les endroits les plus découverts.
Le lieu choisi pour placer le fond doit avoir au moins 4 pieds de profondeur quand les eaux sont basses ; on y jette quantité de pierres , éloignées les unes des autres de manière qu'il s'y trouve autant d'espaces j^leins que de vides; ensuite on place sur ces pierres une espèce de porte faite avec des planches de bateau , longues d'environ 12 ou i5 pieds , et larges de 8 ou 9 , et on fait au bord de cette porte deux ou trois trous , afin de pouvoir la lever avec un crochet de fer quand on veut pêcher le fond.
Quand la porte est posée sur les pierres , on la charge de sable et de cailloux , pour empêcher que l'eau ne l'entraîne et pour la dérober à la vue de ceux c|ui voudraient se servir de ce réservoir. Cette précaution contribue aussi à y entretenir la fraîcheur , et par consécjuent à attirer le poisson , qui, dans les grandes chaleurs, se réfugie dans cet asile.
Pêche du fond.
Avant de pêcher ce réservoir , on approche avec un petit bateau, et on remue tout autour avec une perche : si l'on voit l'eau bouillonner , c'est une preuve que l'on y trouvera du poisson.
Quand on est sûr de sa proie , on s'avance avec une perche , un ou deux boutoirs et un tramail assez grand pour environner un espace de 7 à 8 pieds de distance autour du fond; on tend ensuite le filet, et on en joint les deux bouts, afin qu'il forme une espèce d'enceinte.
Après ces préparatifs , on prend un gros pieu bien uni, long à proportion de la profondeur de l'eau où l'on veut pêcher, et ferré par l'extrémité inférieure , afin qu'il entre mieux dans le sable , et on le pique contre la porte.
Bientôt après , on accroche la porte , on la lève toute droite contre le pieu ; on passe ime corde dans un de ses trous, et on la lie bien fortement au haut du pieu; on arrête ensuite le bateau; on prend le boutoir pour fouler le fond de l'eau, et on contraint le poisson à se ieter dans le filet : dès qu'on le senl, on lève le tramail, et la pêche est faite.