‹ Traité général des eaux et forêts, chasses et pêchesChapitre 98 sur 344 · GRA · texte numérisé non relu

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GRADOS. Nom que les pêcheurs donnent à deux espèces de petits poissons, dont l'une, dit M. Bosc, paraît appartenir au genre dupé .^ et l'autre parait être V Ablette. V. ce mot.

Duhamel dit que le grados est un petit poisson dont les pêcheurs se servent pour amorcer leurs haims , sur-tout quand ils se proposent de prendre des raies et des turbots, et que cependant ce poisson étant frit est assez bon à manger. On le prend, à la Hougue, avec les lançons, lorsqu'on les pêche avec le savre , filet qui est, à proprement parler,

l'aissaugue de la Méditerranée , et qu'on traîne comme une seine. Lorsque ce filet ne gratte point le fond, on ne prend que des lançons et des grados. Quand on le tire à terre et que les ailes sont tendues sur le rivage , on bat l'eau avec des perches pour effaroucher le poisson et l'engager à entrer dans la manche.

GRADOS DE NORMANDIE ou ÉPERLAN BATARD. C'est ainsi que Duhamel nomme un petit poisson qui n'a que 4^-5 pouces de longueur, et qui paraît être l' éperlan de la Seine, dont nous avons parlé au mot Eperlan. On le nomme éperlan, dit cet auteur , parce qu'il ressemble effectivement à ce poisson par sa couleur et la forme de sa queue 5 mais il est plus court, moins rond , et il a deux ailerons sur le dos, tandis que le vrai éperlan n'en a qu'un. C'est dans les mois de septembre et d'octobre que les éperlans bâtards se réunissent en plus grande quantité. Ils ne s'ensablent point comme le font quantité de petits poissons. La tête de l'éperlan bâtard a quelque ressemblance avec celle du hareng j ses écailles sont très-minces et très-petites 5 ce qui lait que son corps paraît demi-transparent; ses mâchoires sont à-peu-près égales j néanmoins celle d'en bas est plus longue j l'œil est assez grand proportionnellement à la grosseur du poisson \ le dessus de la tête et le haut du dos sont marqués de traits bruns à peine visibles 5 les mâchoires sont garnies de trèspetites dents, ou plutôt d'aspérités.

GRADOU. Chambre de la madrague, qui , avec le gravicheli et le corpou , fait la cinquième chambre. V. Madrague.

GRAGE. C'est le nom qu'on donne, en Basse- Normandie, à la drague aux huîtres.

GRAISSIN. Espèce d'écume qu'on aperçoit à la surface de l'eau dans les endroits où les poissons se rassemblent pour frayer.

GRANDS GAIS. Duhamel donne ce nom à de petits poissons qui , dit-il , ressemblent beaucoup aux aloses , et qui ont tout au plus un pied de longueur. On les nomme aussi pucelottes.

GRAND HAVENEAU. V. Haveneau.

GRAPIN. Petite ancre qui a quatre bras, une seule tige et un organeau où l'on attache le câble : on n'y met point de jas.

GRAU . C'est le nom qu'on donne à des coupures ou petits canaux qu'on fait aux digues qui séparent les étangs de la mer. V. Bourdigues.

GRA VANS. Espèce de lavaret qui se pêche dans le lac de Genève.

GRAVE. Plage de cailloux ou galets au bord de la mer. On dit plus communément ^/-^ce; mais les pêcheurs disent grave, et ce mot est adopté par les

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auteurs des ouvrages de pêche comme dérivant de gravier. On appelle maître de gra\>e celui qui préside au travail des pécheurs chargés d'étendre les morues sur la grave pour les faire sécher.

GRAVETTES. Vers qui servent aux pécheurs de la Hougue, pour prendre le raerlan,

GKELIN. On nomme ainsi , à Fécamp, le poisson qu'en Bretagne on nomme Lieu. V. ce mot.

GRELlî*Hi). Les cordes en grelins sont faites avec plusieurs aussières commises les unes avec les autres 5 c'est pourquoi elles sont commises deux fois. V. Cordes.

GREAOLLE ou GREJVIILLET. Nom que l'on donne à la Perche goujonière. V. ce mot.

GRE!N ADIERE. Filet dans le genre du bouteux, que les Flamands ont nommé grenadière , parce qu'il sert principalement à prendre des chevrettes, qu'on nomme en Flandre grenades. Les Picards le nomment buchot.

La grenadière , PL 2,5 ^ JS°. II, fig. 2 , a , comme le bouteux, un manche a, et une traverse que les pêcheurs nomment le seuil, qui est taillée en biseau, et qui a jusqu'à 7 ou 8 pieds de longueur. Les pêcheurs y attachent un filet à mailles très-serrées. Ce hlet forme une poche, dont les côtés sont attachés à deux cordes yy, qui s'étendent d'une extrémité du seuil à une petite ti'averse de bois , laquelle n'a qu'un ou 2 pieds de longueur , et est attachée au manche parallèlement au seuil. Il n'y a point ici de cercle , et c'est ce qui établit la principale différence de cet instrument d'avec le bouteux. Les pêcheurs se mettent dans l'eau , la mer baissant 5 ils poussent devant eux la grenadière comme le bouteux, et ils prennent les mêmes poissons.

A Boulogne , on se sert , pour prendre des chevrettes , de grenadières dont la perche a 7 à 8 pieds de longueur, et le seuil 3 pieds et demi ^ la petite traverse est attachée au manche à 2 pieds et demi ou 3 pieds du bout. V., pour les réglemens, l'article Pêche maritime , § 3.

GRENIER (SARDINES SALÉES EN). Les sardines salées en grenier sont celles qu'on sale en tas, à-peu-près comme on sale la morue.

GRENOUILLE, rana. Genre de reptiles de la famille des batraciens , dont le caractère consiste à avoir les pattes postérieures la moitié au moins plus longues que le corps; point de pelote visqueuse ni d'empâtement au bout des doigts ; le corps uni. Nous croyons inutile de donner ici la description des parties extérieures et intérieures des grenouilles : il nous paraît suffisant de faire connaître les principaux traits qui caractérisent ces animaux.

Nourriture. — hes grenouilles vivent de larves d'insectes, de lombrics et autres vers, de jeunes coquillages , d'insectes parfaits j mais elles ne \es recherchent que lorsqu'ils sont en vie. On dit même qu'elles avalent quelquefois de petites souris , de petits oiseaux et des animaux plus gros qu'elles , leur gosier pouvant se dilater considérablement, et leur estomac contenir une grande masse d'alimens.

Mais ce n'est que pendant une moitié de l'année que les grenouilles, en France , peuvent se livrer à leur voracité naturelle : dès que les froids commencent à se faire sentir, elles ne mangent plus; et

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lorsqu'ils deviennent plus considérables, elles s'enfoncent dans la vase des eaux profondes , dans les trous des fontaines et quelquefois dans la terre , et y restent à demi engourdies jusqu'au retour de la belle saison. Une matière graisseuse, renfermée dans le tronc delà veine-porte, alimente, d'après l'observation de Malpighi, les grenouilles pendant tout le temps de leur retraite ; elles la réabsorbent , comme Vours , la marmotte , le loir et autres animaux hybernans , absorbent la graisse qui est sous leur peau et entre leurs muscles.

Mue. — Les grenouilles muent souvent pendant l'été, tous les 8 jours, selon quelques auteurs; mais ce n'est que leur épiderme , ou même la portion de mucosité qui s'était fixée sur cet épiderme , qui s'en sépare; leur peau membraneuse, étant susceptible d'une dilatation indéfinie , ne les quitte jamais.

Propagation. — C'est au printemps, immédiatement après qu'elles sont sorties de leur engourdissement, que les grenouilles s'occupent de leur reproduction. L'accouplement dure plus ou moins long-temps, suivant que les jours chauds arrivent tôt ou tard : il est des années où il ne cesse qu'au bout de i5 à 20 jours; d'autres, où il est terminé au bout de 4 à 5 , par la sortie des œufs du corps de la femelle , et par leur arrosement au moment même de cette sortie par la liqueur séminale du mâle. Quelques heures après que l'opération est terminée, le mâle se sépare de sa femelle, et au bout d'un à 2 jours, ses pattes antérieures, qui avaient grossi beaucoup et étaient devenues raides , ont repris leur souplesse ordinaire.

Au bout de quelques jours, l'œuf, qui consiste en un globule noir, s'allonge du centre, prend une queue, cevient un têtard; il grossit, brise ses enveloppes, et après avoir vécu plusieurs jours aux dé- |)ens de la masse glaireuse qui reste et qui se décompose, il se met à nager. Au bout de i5 jours, on commence à voir les yeux et les rudimens des pattes de derrière ', autant de temps après, ces dernières sont formées, et on commence à voir celles de devant; enfin, au bout de 2 ou 3 mois, plus ou moins , suivant la chaleur de la saison, les têtards se changent en grenouilles , c'est-à-dire que leur peau se fend sur le dos, et c^u'on voit sortir un animal d'une forme fort différente , mais qui conserve encore une queue, laquelle diminue chaque jour de volume, et finit enfin par s'oblitérer complètement. Ennemis. — Les grenouilles , soit à l'état de têtard, soit à celui d'animal parfait, sont exposées à devenir la proie d'un grand nombre de quadrupèdes, d'oiseaux, de reptiles, de poissons , etc.

Malgré l'immense destruction qui s'en fait, les grenouilles sont toujours abondantes ; car chaque femelle pond, tous les ans, de six cents à douze cents œufs , et il j)araît qu'elles peuvent vivre un grand nombre d'années.

Pêche des grenouilles. — On les 2>êche ou avec une truble, comme les poissons, ou avec un râteau, qui les amène avec la vase sur le bord des ruisseaux. On peut aussi les prendre à la ligne , à cause de leur grande voracité , et toutes sortes d'appâts peuvent garnir l'hameçon : on y attache indifféremment des vers, des mouches, des papillons, des

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scarabées, des hannetons, des entrailles de grenouilles , un morceau de drap rouge , ou un peloton de laine teinte de couleur de chair. Cette pêche doit se faire en silence.

Voici un moyen de faire venir les grenouilles dans l'endroit où l'on veut les pêcher : on en met une vivante dans un verre à boire, sur le bord d'un étang , et on charge le verre d'une pierre assez lourde pour que l'animal n'en sorte point. Dès que les autres entendent croasser la grenouille captive, elles accourent pour la délivrer, et alors on les saisit avec un filet formé de deux cerceaux en croix qu'on nomme trahie.

La pêche de cet animal, la plus amusante, aussi bien que celle qui s'exerce le plus à la campagne, est celle du feu. On choisit une nuit obscure; deux pêcheurs se mettent dans l'eau, et prennent chacun un sac, qu'ilsplacententreleursjambespoury mettre les grenouilles qui seront à leur portée. Pendant ce temps-là, d'autres prennent des torches de paille et les allument, pour obliger ces animaux à courir à la lueur de ce feu. Cette lumière sert aussi aux pêcheurs pour voir les grenouilles , qu'ils prennent à la main sans qu'elles cherchent à fuir.

C'est principalement en automne , lorsqu'elles viennent de se plonger dans les eaux où elles doivent passer l'hiver, qu'elles sont bonnes à manger, parce qu'alors elles sont grasses. On les pêche toutes les fois que le temps, en s'adoucissant, les détermine à sortir de la vase où elles sont enfoncées; cependant c'est au printemps qu'on en fait la plus grande consommation , parce que c'est l'époque où on les prend le plus facilement. Il y a des endroits où on en met en réserve dans des jardins garnis de pièces d'eau et clos de murs , pour pouvoir en vendre en tout temps aux amateurs.

Qualités et usages, — En France , on ne mange que les pattes postérieures des grenouilles. On les accommode au vin comme le poisson , à la sauce blanche , à la sauce rousse ; on les fait frire , et on les met même à la broche. De toutes manières , quand elles sont tendres ou cuites à propos , c'est un mets très-délicat.

En médecine , on regarde le bouillon de grenouilles comme humectant et incrassant. On l'ordonne, en conséquence, dans les âcretés de la poitrine , dans les commencemens de pulmonie, la consomption, les chaleurs d'entrailles et les éruptions cutanées. On emploie aussi leur frai, comme réfrigérant , dans les inflammations goutteuses , l'érysipèle , les feux volages, etc. On le garde en l'enfermant dans des vaisseaux de verre , où il commence à se décomposer, mais où il conserve cependant toutes ses propriétés.

Espèces de grenouilles. — Les naturalistes distinguent un assez grand nombre d'espèces de grenouilles, dont les plus importantes, en France, sont les deux espèces suivantes :

La Gkknouille commune, rana esculenta (Lin.), qui est verte avec quelques taches brunes, et trois lignes longitudinales jaunâtres, le dessous blanc, ponctué de brun. Elle se trouve par toute l'Europe, dans les eaux stagnantes , dont elle s'éloigne rarexnQaf, 5 sa longueur ordinaire est de 3 pouces , sans

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