‹ Traité général des eaux et fort̂s, chasses et pêches, composé d'un recueil des reglemens forestiers, dʹun dictionnaire des eaux et forêts, d'un dictionnaire de chasses et d'un dictionnaire des pêches; avec un atlas pour chaque dictionnaire. [In four volumes] Quatriéme partie. Dictionnaire des pêches ... Avec un Atlas composé de 44 planchesChapitre 13 sur 292 · AN · texte numérisé non relu

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m une ment assez de peine à lés prendre au milieu de l'hiver, au moins à des latitudes un peu élevées; elles se cachent pendant cette saison , ou dans les terriers qu'elles se sont creusés, ou dans quelques autres asiles à-peu-près semblables ; elles se réunissent même en assez grand nombre, se serrent de très-près, et s'amoncellent dans ces retraites , où il paraît qu'elles s'engourdissent lorsque le froid est rigoureux. On en a trouvé cent quatre-vingts dans un trou de 4o décimètres cubes (12 pieds environ) , età Aisiey, près de Quiilebœuf, on en prend souvent pendant l'hiver de très-grandes quantités en fouillant dans le sable entre les pierres du rivage. Si l'eau dans laquelle elles se trouvent est peu profonde ; si , par le peu d'épaisseur de ce fluide , elles sont moins à couvert des impressions funestes du froid, elles périssent dans leurs terriers, malgré toutes leurs précautions, et le savant Spallanzani rapporte qu'un hiver fit périr , dans les marais de Commachio, une si grande quantité d'anguilles, qu'elles pesaient environ 4?ooo,ooo livres.

Pèche des anguilles à la main. — Les anguilles, ainsi qu'on l'a vu , se cachent pendant le jour ou sous des pierres , ou dans la vase , ou dans les trous creusés sur le rivage. Lorsqu'on veut les prendre à la main, il ne s'agit que de se dépouiller de ses vêtemens en tout ou en partie , de se coucher sur le bord de l'eau , d'y entrer ou de se mettre dans un petit bateau, et de les chercher dans leurs retraites. Cette manière, qui est bonne pour les petites rivières ou pour les lacs très-peuplés de cette sorte de poisson , n'est pas sans danger ; car l'anguille mord avec fureur et ne lâche jamais prise. On n'y- prend d'ailleurs que de petites pièces, les grosses trouvant

{>resque toujours le moyen d'échapper à la main qui es saisit : aussi les pêcheurs de profession emploientils très-rarement en France cette méthode, qui n'est guère mise en usage que par les voleurs de poissons et par les en fans.

Pêche des anguilles â pied sur les vases. — Cette pèche ne peut se faire que dans quelques lieux, tels que les étangs dont on a vidé l'eau , les mares où le poisson a été conduit par suite du débordement d'une rivière et qui commencent à se dessécher, et les vases que la mer abandonne chaque jour à l'embouchure des rivières et sur quelques côtes. On entre nu ou presque nu dans la vase ; on examine les endroits où se sont enfouies les anguilles , et que l'on reconnaît aux trous en entonnoir qu'elles forment pour leur respiration \ on les en fait sortir par la compression ou l'ébranlement de ces entonnoirs, et on les prend à la main , ou on les assomme avec un bâton.

Dans quelques cantons , au lieu d'entrer dans la vase les pêcheurs marchent dessus, en ajustant sous leurs pieds des espèces de raquettes faites avec de larges douves de tonneaux, qui, embrassant un grand espace , diminuent les effets de la pesanteur de leur corps, et les empêchent enfin de s'enfoncer. Lorsque , dans les mêmes lieux, il se trouve dei masses de terre solide percées de trous horizontaux, et lorsqu'on détourne le cours des petites rivières qui nourrissent des anguilles, et dont les bords sont également percés de trous dans lesquels ces |

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poissons se retirent quelquefois en très-grand nombre , alors on les prend ou avec la main, ou avec un crochet ; mais lorsque le trou est trop profond ou trop tortueux , On n'a plus que la ressource de l'enfumer 2 pour cet effet, on brûle à l'entrée du (rou de la paille, du fumier ou quelque autre matière qui donne beaucoup de fumée , que l'on force à pénétrer dans le trou avec un soufflet , ou avec le vent d'un chapeau ; les anguilles , qui ne peuvent plus respirer , ne tardent pas à sortir, sur-tout s'il n y a pas dans le trou de l'eau ou de la vase dans laquelle elles puissent enfoncer leur tête. On les saisit à leur sortie , ou on les tue à coups de bâton «

Pêche avec un râteau ou une herse de fer. — • Sur quelques côtes de la mer, on prend les anguille» qui se sont cachées dans le sable ou la vase , avec un râteau ou une herse de fer , que l'on promène aux basses eaux, et qui force ces poissons à sortir de leurs retraites. Cette pêche , qui ne se fait que pendant les chaleurs , produit rarement de grosse» pièces, et blesse beaucoup de poissons en pure perte pour le pêcheur.

Pêche des anguilles à lafouée ou javelle. — On prend des sarmens de vigne don t on forme des fouées, qu'on lie par les deux bouts d'une manière lâche ; on y attache une grosse pierre , et on les jette dans l'eau , et si on n'y a pas attaché de pierre , on les fixe avec un pieu ; on les y laisse pendant une nuit ou deux , et on les retire pendant la nuit. On prétend que, par ce moyen, on prend des anguilles entrelacées dans la fouée, dont elles tiennent les sarmens entre leurs dents.

Pêche à la fouane. —La fouane (V. la PL 17, fig. t,t,t) destinée â cette pêche doit avoir un long manche ou hampe, un grand nombre de dents rapprochées. Les proportions les plus ordinaires sont un manche de 8 à 12 pieds et un fer de quatre à huit branches , chacune de i5 à 16 pouces; cependant il est des lieux, comme à Narbonne, où l'on n'emploie que la fouane simple, qu'on appelle épëe ; mais on sent combien elle a de désavantage sur celle qui est composée de plusieurs branches.

La première manière de pécher les anguilles avec une fouane consiste à se promener sur le bord des marais , des lacs , des étangs , des rivières ou de la mer , dans les lieux qu'on sait être les plus abondans en anguilles , et à ficher avec force la fouane de distance en distance. Les anguilles que cet instrument atteint s'embrochent dans ses branches, sont arrêtées dans les crochets dont il est pourvu , et sont facilement entraînées sur le rivage : souvent on en amène plusieurs â- la -fois, sur -tout dans les endroits où elles se réunissent en grand nombre, et notamment dans les fonds de cuve, places qui , dans les lieux où il y a peu d'eau , sont plus profondes.

Cette pêche se fait aussi en bateau. Plusieurs harponneurs peuvent se réunir avec avantage; car le bruit qu'ils font, l'agitation qu'ils donnent à l'eau ne nuit point au succès de la pêche , et ils peuvent plus facilement fouiller avec rapidité une certaine étendue de vase.

Dans quelques endroits, on la pratique aussi pendant l'hiver : pour cela, on fait des trous à la

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glace, au-dessus de l'endroit où l'on sait qu'il doit y avoir des anguilles , et on les harponne au hasard. Comme dans cette saison elles sont réunies en grand nombre , entrelacées les unes dans les autres, et qu'elles ne cherchent point à s'échapper , on en prend souvent beaucoup par le même trou.

Pêche des anguilles au flambeau, -— On sait que les anguilles , de môme que la plupart des autres poissons, quittent, au printemps et en été, leurs plus profondes retraites pour -venir pendaut la nuit chercher à la surface de l'eau et sur les bords une nourriture plus abondante, et qu'elles se dirigent constamment vers les feux qu'elles voient briller dans l'obscurité. Les pécheurs ont profilé de cette observation pour prendre une grande quantité d'anguilles avec divers engins.

L'un de ces engins est encore la fouane, mais souvent à manche court et attaché à une corde , qu'on lance sur les anguilles qui passent en nageant à la portée du bord ou du bateau sur lequel sont placés les pécheurs; l'autre est une trouble, avec laquelle on les enlève ; le troisième est un échiquier,

2 ni produit le même effet d'une manière un peu ifférente ; le quatrième est enfin l'épervier , qu'on jette sur elles. Dans tous ces cas, les pêcheurs, lorsqu'ils sont sur le rivage , ont un aide, qui porte de petites bottes de paille , qu'ils allument succès* sîveinent, ou des flambeaux de bois enduits de résine ou de suif, ou des réchauds placés au sommet! d'un bâton, et dans lesquels ils mettent de petitscopeaux de bois sec de diverses espèces, sur-tout de; bois résineux. Lorsque ces pécheurs sont dans un bateau, ils fixent leur espèce de lanterne , au moyen. d'un long bâton , à la proue, et une femme ou un, -enfant est chargé d'en alimenter le feu de manière' â lui faire constamment produire le même effet.

On ne se fait pas d'idée, observe M. Lacépède,; combien un bateau monté de quatre harponne urs adroits peut prendre d'anguilles par ce procédé dans le cours d'une nuit , lorsque la saison est chaude , l'air calme , et les eaux abondamment pourvues de cette sorte de poisson.

Pêche à la ligne volante, — Comme les anguilles restent presque constamment cachées dans des trous ou enfoncées dans la vase pendant le jour , il est difficile de les prendre avec la ligne volante, c'està-dire avec celle qui est attachée â une longue perche, que tient un homme qui se promène sur le rivage; cependant on en prend quelques-unes, surtout de petites; mais le6 pêcheurs de profession, qui attendent un profit de leur travail* ne doivent faire usage que de la ligne dormante.

Pêche à la ligne dormante. — On appelle ligne dormante ou traînée une corde de la grosseur du petit doigt , dont la longueur varie suivant les circonstances, et à laquelle on attache, de distance en dis* tance , quelques cordelettes d'un à a pieds de long au plus , munies à leur extrémité d'hameçons d'un pouce de longueur, qu'on amorce d'ablettes, do goujons , de loches et d'autres petits poissons, et encore plus avantageusement de petites lamproies et de gros vers de terre.

Lorsqu'on veut faire usage de cette ligne, on choisit une place convenable, où l'eau soit dor-

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mante) on jette au fond de l'eau un pariau , grosse pierre iâ laquelle on a lié la tête de la corde ou traînée ; on attache â cette corde les empiles des hameçons par un noeud coulant, à la distance de 2 brasses les unes des autpes; à tous les cinq hameçons, on place un caillou, que l'on choisit le plus communément de la forme d'un j8 , comme plus aisé à fixer au moyen d'un nœud coulant , et à tous les cent hameçons on attache un pariau, afin de charger suffisamment la corde pour qu'elle ne puisse être entraînée par les poissons qui peuvent se prendre aux hameçons \ â la fin de la traînée , on attache encore un pariau. Pour tendre cette traînée , on se sert d'un batejet, que If on conduit sans aller ni trop vite ni trop doucement, et en laissant le temps nécessaire pour attacher les hameçons et les pierres , que l'on jette à l'eau au fur et à mesure, et toujours en descendant la rivière* Il faut que la traînée soit bien tendue et à une distance égale du rivage. On peut tendre ainsi autant d'hameçons que l'on veut.

On tend les traînées â la nuit tombante , et on vient le$ lever au petit jour $ car, dès que les anguilles aperçoivent le jour, elles cherchent à gagner leurs retraites, et font de vigoureux efforts pour se débarrasser. On relire la traînée au moyen d'un grepin de fer, avec lequel on accroche la tète de la traînée, et en suivant également le cours de l'eau. A mesure qu'on la • .relève , on décroche les anguilles qui . s'y trouvent prises , et on dénoue les empiles , qu'il convient de laisser sécher.

On trouve quelquefois des brèmes et des barbeaux pris aux hameçons, et. on peut, au commencement de juin, pêcher les lottes de cette manière.

L'auteur du Pécheur français , qui nous fournit cette description de la pêche à la traînée , conseille de varier les amorces suivant les saisons de l'année.

Depuis le xer. juin jusqu'à la fin de juillet, on emploie des. vers de terre, en préférant les plus gros et les plus fermes > et on. amorce les hameçons de manière à ce que les pointes soient bien cachées.

Pendant le mois d'août, on amorce les hameçons avec des -goujons de moyenne grosseur , en faisapt entrer la longue branche de l'hameçon par la bouche du poisson , et ressortir au-dessous de l'ouïe , ou la faisant entrer au-dessous de l'ouïe et ressortir par la bouche, ou enfin l'introduisant par la bouche et la faisant sortir par l'anus : cette dernière méthode est.moins bonne, parce qu'elle tue le poisson trop vite. Pendant le même mois , si l'on peut se procurer de petites lamproies, leur usage est pséférable.

Dans les mois de septembre et d'octobre, l'eau commençant à devenir froide, les ablettes et les éperlans quittent la surface de l'eau pour habiter les fonds, où ils deviennent la proie des anguilles. H convient alors d'amorcer avec ces poissons en les employant de la même manière que les goujons.

oi 1 on veut pécher dans un étang , on emploie une traînée bien dévrillée, de la longueur d'une cinquantaine de pieds, dont on fixe un bout par un piquet enfoncé au bord de l'eau; on attache â cette traînée dix hameçons , placés de 5 en 5 pieds, et amorcés avec des vers de terre ou de petits poissons, suivant l'époque où l'on pêche $ à l'autre bout

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