DES DIFFERENTES ESPECES DE PECHERIES
On appelle pêcheries certains lieux qu'on dispose pour la pêche. Les Parcs et les Bourdigues, les Crousilles, les Revoirs, les Hauts- Palis, les Rets traversans sur piquets, et les Manets, qu'on tend en ravoirs , forment ces espèces de pêcheries. V. ces mots.
§ ^, de DIFFÉRENTES SORTES DE PECHES QUI n'oICT
pu être rapportee8 a celles que nous venons d'énoncer.
article i«r. — Différentes pêches qui se font à la basse eau, à pied, à la main, ou avec râteaux, digons, fouanes, etc. , pour prendre des coquillages et des poissons, qui s* ensablent ou qui restent dans des mares lorsqu'elles n'assèchent point à la basse mer.
Il y a des coquillages qui s'attachent aux rochers, aux grosses pierres et galets qui découvrent de basse
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mer , des crustacés et quelques espèces de poissons qui se retirent dans des trous qu'ils trouvent au pied des rochers. Quantité de coquillages et plusieurs espèces dé poissons s'enfoncent dans le fond ; et suivant qu'il est plus ou moins dur , il faut employer différons moyens pour les en tirer. Enfin il y en a qui, lorsque la mer se retire, échouent à sec , ou restent dans des bas-fonds qui n'assèchent point.
Plusieurs coquillages, et particulièrement les moules , s'attachent aux rochers que la mer recouvre à toutes les marées. Les pêcheurs vont à la basse eau les. détacher avec un crochet, PL 17, 2V*. V, qui est ajusté au bout d'une perche plus ou moins longue, suivant l'élévation des rochers} et quand ils les ont fait tomber, les femmes les ramassent dans des paniers. Lorsque les roches sont basses et à portée de la main , les hommes, femmes et enfans les détachent avec une espèce de couteau qu'on nomme étiquette sur les côtes de Normandie, qui est sans tranchant et dont les bords sont barbelés.
Pêche à la pioche.
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-.es pitauds ou folades , ainsi que quelques vers rins , se retirent dans des tufs très-durs, qui for-
Les
marins, , , ^ m
ment une espèce de marne, ou dans les fonds de roches tendres délitées, qu'on nomme assez volontiers roches pourries. On va dégager de ces fonds durs ces divers coquillages , qui servent à amorcer les haims. On se sert nour cela de pics ou de pioches. (V. PL 17 , -ZV®. IV) Comme presque toujours le trou se remplit d'eau, on le vide avec une cuiller, qui est représentée au-dessus de la figure y, mêmes planche et numéro. On met les vers dans des gamelles n,
Ïtleines d'eau de mer, pour les conserver en vie , et es pitauds dans des scilleaux p, ou des paniers plats à anses o, qui sont ordinairement supportés par trois ou quatre pieds.
Pèche i F étiquette.
Lorsque les fonds sont moins durs, les hommes et les femmes vont de basse mer ramasser des vers marins et des hamilles , pour amorcer les haims , et cela a^ec l'instrument dit étiquette; qui , comme nous l'avons dit, est un couteau sans tranchant , mais dont les bords sont souvent barbelés, a . PL 1 7. iV*. IV 7
Les vers s'annoncent par de petites mottes de terre en forme de vermisseaux qu'ils rejettent sur le sable, et les hamilles, par des traces qu'ils font pour s'introduire dans le sable. Lorsque la chaleur commence à se faire sentir, la mer étant basse, les femmes tranchent le sable avec les étiquettes , auprès de ]a,lais*e de basse mer. Gomme la lame de ce couteau, esc barbelée et sans tranchant, elles tirent du sable les vers, et les hamilles , qui s'agitent alors con>me font les anguilles) ce qui leur donne le temps de les ramasser, et de les mettre dans leur panier, N\ V.
Il y en a qui, au lieu d'étiquette, se servent, pour tirer le» poissons du sable, d'une -vieille faucille b, dont se servent les moissonneurs.
Pêche aveâ té pâlot, la biche ou lafbumhe:
Quelquefois le fond, sans être endurci comme la marne , est cependant trop ferme pour être aisément entamé avec l'étiquette, ou bien les poissons, étant enfoncés dans le sable à près d'un pied de profondeur, ne pourraient être atteints par la lame de l'étiquette : dans ce cas, on se sert d'une vieille bêche qu\>n nomme pâlot, l, N°. IV, ou d'une fourche qui a trois ou quatre larges dents, et en labourant le terrain , on en tire des vers , des coques ou vannets , des hamilles, et même de différentes espèces de poissons plats, comme on le voit PL 1 7, N°. Vil.
Ce métier est très - fatigant; et cette pécne, qui se continue depuis février jusqu'à Pàque , est souvent infructueuse. Néanmoins ceux qui la pratiquent sur les sables des Vays en tirent une partie de leur subsistance.
Du côté d'Bstrehan, on faitja même pêche la nuit. Pour cela , on va de mer basse sur les sables avec une lanterne , PL 1 7, N°. VI, qui sert à mire apercevoir le poisson qu'on a tiré du sable.
Pêche des crustacés, des congres et d'autres poissons qui se retirent dans les roches et sous les pierres.
Quantité de poissons qu'on nomme saxatiles se retirent dans les trous qui se trouvent dans les rochers, ou se fourrent sous de crosses pierres. Les pécheurs en prennent bien quelquefois à la main; mais comme plusieurs pourraient les blesser, ou qu'ils courraient risque d'être fortement pinces par les gros crabes et les homards, pour les tirer de leurs retraites, ils s'arment d'un instrument qu'on nomme angon à Marennes , qui est une broche de fer barbelée et ajustée au bout d'une perche , ou de grands crocs semblables, mais plus forts que la lame d'une faucille, et qui ont un manche de 3 ou 4 pieds de longueur; ou bien ils ont un grappin, c, iV°. IV y ou un crochet £, emmanché au bout d'une perche, dont ils se servent pour visiter les trous et en faire sortir les poissons qu'ils auraient peine à tirer sans ce secours. Ils renversent les pierres à bras ou avee un levier si elles sont trop grosses, et prennent les poissons qui sont dessous , ou avec la main s'ils ne sont pas trop gros, ou avec un di-
Son, un grappin, ou la grande faucille, avec laquelle s les tuent s'ils sont trop dangereux. Dans ce cas,le crochet n'est quelquefois qu'un gros haim à morue, attaché au oout d'une perche, ou ils forment des digons avec le même haim redressé.
Pêche à Pespadot.
En quelques endroits, particulièrement dans l'amirauté de Marennes, on nomme espadotune broche de fer d'environ a pieds et demi de long^, dont le bout forme un crochet qu'on ajuste à une perche longue d'environ 5 pieds , qui augmente un peu de grosseur du côté qu'on tient à la main.
Les pêcheurs se servent de cet instrument à pied et de basse mer, pour prendre les poissons qui restent au fond des écluses et dans les endroits qui ne sèchent pas de basse mer. Ils font cette pêche de jour , mais plus souvent de nuit • «n ce cas, PL 18, N°. 1, ils vont dan* les endroits où il reste de l'eau,
avec des brandons à\é roseaux ou de paille ; et qnand ils aperçoivent un poisson, ils l'arrêtent avec le crochet tic l'espadot et l'assomment avec le même ins-
trument.
Pèche à lajbugne.
L'instrument qu'on nomme fougne est une fourche à deux, quelquefois à trois branches fort menues, barbelées, de 8 ou 10 pouces de long , et qui a un long manche. On s'en sert comme de l'espadot pour tirer les gros poissons qu'on aperçoit entre les rochers , dans les écluses et les autres endroits où il resté de l'eau de basse mer. Bile se fait de jour et de nurf. On prend à cette pêche de petites raies , des soles , des trembles , des crabes , des langoustes , des homards, etc.
Pèche des coquillages, vers de mer, lançons etau- • très poissons de basse mer, avec un crochet qu'on traîne.
Dans les endroits où le sable peut s'entamer aisément, les jeunes gens prennent un crochet double, d , PL 17, N°. IV, qui a une douille pour recevoir un manche de 5 ou 6 pieds de longueur; ils le passent entre leurs jambes pour appuyer dessus ce manche avec une de leurs cuisses, comme les enfans qui montent à cheval sur un bâton ; et courant de toutes leurs forces, ils entament et labourent le sable; des gens qui suivent ramassent les coquillages, les vers et les poissons qui se trouvent dans le sable* qui a été renversé. Cette pèche est très - fatigante pour celui qui traîne le croc. Elle est représentée PL 18, N°. I.
Pèche avec des râteaux.
On emploie aussi pour la pêche deux espèces de râteaux : l'un, petit et tout-à-fait semblable à ceux dont les jardiniers se servent dans les potagers , e , PL 17, N°. IV, est employé à ramasser entre les roches les coquillages qu'on a détachés avec l'étiquette ou les autres instrumens dont nous avons parlé. Mais on emploie , pour pêcher les poissons plats , les lançons et les vers qui s'enfouissent dans le sable, de grands râteaux, dont la tête a 3 ou 4 pieds de longueur, et est garnie de 1a à i5 dents de fer qui sont fortes, et ont 7, 8 ou 10 pouces de longueur ; le manche a 7 à 8 pieds de Ions* Vers le milieu , un peu plus cependant du côté de la tête , est ajusté un morceau de bois de 2 ou 3 pieds de longueur, que le pêcheur saisit de la main gauche, pendant qu'il tient de la droite le bout du manche. Ce morceau de bois, qui s'élève verticalement, lui donne la facilité d'appuyer sur le râteau, pendant qu'il le tire de la main droite ; car cette pêche ne consiste qu'à traîner le râteau sur le sable , pour en faire saillir le poisson qui s'était ensablé. C'est pourquoi ces pêcheur* ne prennent que des vers , des coquillages et des poissons plats, rarement des équille*} qui, pour l'ordinaire, sont trop souvent dans le sable.
Le temps le plus favorable pour cette pêche est par les chaleurs et les grandes marées , qui découvrent beaucoup. On a reproché à cette pêche , qui n'exige aucune dépense, de détruire beaucoup de menuise. Elle est représentée PL 18, 2V°. II.
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Pêche a*ei> des ketsn**
Ceux qu'i ont des herses et des bêtes, de trait expédient beaucoup plus leur pêche que ceux qui sont obligés de se servir de râteaux , et ils fatiguent infiniment moins.
Les herses, les unes carrées , h , PL 1 7, N*. IV $ les autres triangulaires , /, endentées tantôt de bois , et , pour le mieux , de fer , sont les mêmes dont les laboureurs font usage pour enterrer les grains qu'ils ont semés. Cette p&he'se fait dans le même temps que celle au râteau , et l'on y prend les mêmes poissons.
On y attelle un boeuf ou un cheval. PI. 1$, N°. III, et on la traîne de basse mer sûr les sables. Quand ils sont couverts de quelques pouces d'eau, la pêche ne s'en Tait que mieux. Fendant qu'un homme conduit la herse, quelques enfans ou des femmes qui la suivent prennent à la main le poisson qui saillit du sable : ce sont des soles, de petits turbots, des barbues, des plies, des limandes , des carrelets, des anguilles, des lançons, etc. On reproche à cette pêche , à plus juste titre qu'au râteau, de détruûe'la meniiise; on ne la fait que dans les chaleurs , parce que c'est alors que les poissons terrissent , et les grandes vives-eaux y sont les plus propres non-*' seulement parce que le courant amène plus de poisson à la côte , mais encore parce que la plage se découvre davantage.
Pêche dite tonnelle re, pour prendre des coquillages.
A Aiguës - Mortes , on fait à pied au bord de la mer, dans des endroits où il reste peu d'eau • une pêche avec le râteau , pour prendre les coquillages u'on nomme touilles $ on emploie un grand râteau e fer , qui a une douzaine de dents longues de 6 pouces. Aux extrémités de la tête de ce râteau sont attachés deux longs bâtons qui se croisent ; derrière le râteau, est ajusté un filet en forme de sac, dont les mailles sont serrées : un seul homme traîne cet instrument ; le râteau détache les coquillages , et le filet les reçoit : c'est ce qu'on appelle le ton illier.
Pêche dite en Provence salabre de fond .
Le salabre est un sac de filet ,y, PL 17, K9. IV, de 3 pieds de profondeur, qui est monté wr une armure de fer de i5 à ao pouces de diamètre : les deux extrémités courbes répondent à une traverse droite, qui est dentée comme la roue d'une grosse horloge; la partie cintrée porte qm douille, qui reçoit un manche de 12 â i5 pieds de longueur. On garnit ordinairement cette armure avec des paquets de vieux filets. Lorsque les pêcheur» -veulent «Vu servir, ils laissent aller leur salabre sur le fond , à 4 ou 5 brasses de profondeur, quelquefois beaucoup plus. Ils le tiennent amarré par deux cordée, dont une est attachée au bout du manche, l'autre l'est environ au tiers de sa longueur du côté du cercle de fer. On le traîne lentement, et en raidissant tme dee cordes, on fait que les dents entrent plus ou moins dans le terrain , qu'elles grattent, et le sac ee remplit de coquillages et de sable* Cerjé pêche., qui se fait eh mars , ne se pratique que snr les -fonds de sable et par les temps calmes.
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Pêche qu'on fait à pied sur les sables et les vases, et mise nomme plyetter ou pommeler, ou à la foula.
Pour faire cette pèche , qu'on pourrait nommer piétiner, les pécheurs qui connaissent les endroits que fréquentent les poissons qui s'ensablent vont pieds nus au bord de la mer ou dans les rivières ; ils marchent , PI. 18, N°. iy, sur le fond lorsque, la mer étant retirée , il ne reste qu'une petite épaisseur d'eau. Quand ils sentent sous leurs pieds les poissons qui se sont enfouis dans le sable , ils les saisissent avec les mains , ou ils les percent avec le
S eût instrument appelé angon, ou avec une pointe e fer ajustée au bout d'une canne. On prend de cette façon des plies dans la Loire , et on la pratique dans l'amirauté de là Rochelle , à Pile de Ré, etc. On la fait de jour et de nuit , et en ce cas c'est aux feux. La pêche que nous venons de décrire revient à ce que pratiquent les pécheurs picards pour prendre des flets. A l'embouchure des rivières sablonneuses, lors même qu'il y a 3 ou 4 pieds d'eau , quand ils sentent le poisson , ils le piquent avec un bâton, au bout duquel il y a deux pointes de clous de 2 ou 3
Sauces de longueur. Cette pêche se fait quand les ets commencent à monter dans les rivières, et elle fiait lorsque les eaux deviennent très-froides.
Pêche des coques ou vanoses à la foule*
On connaît qu'il y a des coques à un endroit par de petits trous que ces poissons font avec ce qu'on appelle leur langue, et encore parce qu'on entend leurs coquilles, qui sont à peine couvertes de sable, craquer sous les pieds. Quand les pêcheurs jugent qu'il y a des coques en un endroit , ils piétinent le sable , qui s'amollit et permet aux dents des râteaux d'y entrer pour en retirer le coquillage , ou bien ces coquillages se portent d'eux-mêmes à la surface, et on les ramasse avec des râteaux de bois.' La pêche à la foule est représentée PI. 18, N°. IF.
Pêche du coquillage appelé manche de couteau*
Le coquillage qu'on nomme manche de couteau ou manchot est fort commun , et se trouve sur-tout abondant sur la côte du Cotentin. Les riverains qui en font la pêche se servent d'une petite brothe ou aiguille à tricoter, qui a 18 à ao pouces de long; il y a au bout un petit bouton de ter, ressemblant à une olive de moyenne grosseur , qui serait coupée par le milieu de sa longueur. Ceux qui pèchent ces coquillages avec cette broche , qu'ils nomment aiguillet ou digot, ne les désablent point , comme on fait ailleurs. Ils examinent à la basse mer les trous que font ces coquillages sur le sable ; et comme les manchots sont toujours placés perpendiculairement, les pêcheurs enfoncent leur digot tout droit , le bouton ne manque guère d'entrer entre les deux valve* , qui ne se joignent pas exactement. Le poisson , (pli se sent blessé, contracte un peu ses valves, et en retirant le- digot, cm amène le coduillage.
'Cette pêche se uut aux Côtés' de là Basse-Normandie , depuis le mois de:mai jusqu'à la fin d'août. Dans le mois 'de nïai, ce coquillage, qui n'est jamais fort 4»on , est mangeable. Passé ce temps f il