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Lorsque la pièce de filet est ainsi mise à l'eau , on rame mollement, seulement ce qu'il faut pour entretenir le bateau dans l'air du vent : on le laisse dériver au gré de la marée de conserve avec le filet. Pendant que l'équipage est occupé à ces opérations , un mousse délaie dans de l'eau de mer de la résure , de sorte qu'il en forme comme une bouil* lie claire ; le maître , placé à l'arrière et ayant auprès de lui un seilleau rempli de cette bouillie , en prend dans une gamelle , et avec une cuiller de bois il en jette de temps en temps des deux côtés du» filet, le plus loin qu'il peut. Quelques-uns ne se servent point de cuiller; ils la jettent à la main, et suivent la direction que prend le filet. On répand quelquefois la résure par l'avant; mais ce n'est pas l'ordinaire : l'attention que doit avoir celui qui jette la résure est de la répandre à bâbord, s'il apercevait le poisson à tribord, et le contraire, afin que le poisson soit déterminé à traverser le filet pour attraper l'appât; car les sardines apercevant cet appât, dont elles sont avides, s'élèvent près de la surface de l'eau ; elles nagent de côté et d'autre pour en attraper, et elles se maillent. Quand on voit des écailles qui flottent sur l'eau , on juge que les sardines ont donné dans le filet; on en juge aussi quand on voit que les lièges sont agités à la surface de l'eau , ou , encore mieux , quand les filets étant chargés de poissons, les lièges entrent dans Peau : alors on répand abondamment de la résure , et les pécheurs qui préfèrent celle de maquereau en jettent , pour les engager encore mieux à donner dans le filet.
Quand le patron soupçonne que son filet est bien chargé de poissons, il le relève; ou bien, s'il s'aperçoit qu'il y a beaucoup de sardines, il ajoute une seconde pièce de filet qu'il attache à la première , en épissant ou liant ensemble les cordes de Hége des deux pièces de filets , et ordinairement il met une bouée à l'extrémité foraine de la première pièce de filet, et il attache au bateau la seconde pièce de filet par la corde des lièges : de sorte que la pièce qu'on a mise à l'eau la première est reculée du bateau de toute la longueur de la seconde pièce. Lorsque le patron trouve que les sardines sont en grande quantité, il met quelquefois jusqu'à cinq pièces de filet les unes au bout des autres , en jetant toujours de la résure à mesure qu'il ajoute de nouveaux filets. On conçoit combien il est important que le bateau se tienne toujours debout au vent , pour que les filets soient en ligne droite, et qu'ils ne s'embarrassent point les uns dans les autres ; mais par l'addition de ces pièces de filets , on forme une tissure de 7© ou do brasses de longueur, qui se trouve quelquefois garnie de poissons dans toute son étendue 9 comme l'était la première pièce.
Lorsque le filet est bien garni de sardines, ou lorsqu'on est pressé de gagner la terre pour livrer le poisson , ou encore lorsque quelque gros poisson vorsxe qui s'est jeté dans les Blets les brise ou fait fuir les sardines , enfin quand le jour manque > il faut retirer les filets, et voici comment on fait cette manœuvre.
Quand, pour quelque cause que ce soit, on veut relever les filets , on détache du bateau la pièce de
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filet qu'on a mise k dernière à Peau , et on attache une bouée à la ralingue qui porte des lièges 5 puis le bateau va à la rame chercher la bouée qu'on a taise au bout de la pièce de filet qu'on a jetée la première à Peau ou au bout forain de la tissure , car c'est ce bout qu'on tire le premier à bord ; et à mesure qu'on y amène le filet , un mousse avec un novice fait sortir le poisson des mailles en secouant le filet, et suivant de même les unes après les autres toutes les pièces, le poisson se trouve rassemblé dans le fond de la chaloupe. Le filet qu'on a mis le dernier à l'eau étant aussi le dernier qu'on tire à bord , il continue à s'y mailler des poissons pendant qu'on lève les premières pièces , et c'est une raison pour le haler le dernier.
Il y en a qui suivent une autre méthode : ils retirent une couple de pièces de filets du bout forain de, la tissure ; et quand ils en ont secoué le poisson, ils mettent à l'eau ces filets du côté que le bateau était , et ils continuent cette manœuvre jusqu'à ce qu'ils aient chargé leur bateau; ou quand ils ont vendu leur poisson à des chasse-marées , qui les distribuent le long de la côte , ils continuent leur pêche jusqu'à la nuit sans interruption. On a quelquefois vu la pêche donner si abondamment, qu'un bateau, étant revenu chargé de 5o milliers de sardines , a retourné faire une seconde pêche; mais elle n'est pas toujours aussi heureuse, il arrive que les bateaux' sont dehors des journées entières infructueusement, et après avoir consommé beaucoup de résure, ils rentrent sans avoir presque rien pris; et le malheur est encore plus grand quand des marsouins ou d'autres gros poissons se sont jetés dans les filets et les ont déchirés.
A Guérande, côte de Belle-Ile, où l'on prend beaucoup de sardines , les pêcheurs se servent de résure pour attirer le poisson, et ils essaient de croiser la marée avec leurs filets ; quelquefois une chaloupe prend jusqu'à a5 ou 3o milliers de sardines, mais ces cas ne sont pas ordinaires. Les sardines fraîches ou saupoudrées de sel se répandent par les chasse-marées le long des côtes de Bretagne ; et celles qu'on a salées et pressées se transportent en Poitou , Aunis, Saintonge, Gascogne, le long des côtes d'Espagne, à Saint -Sébastien, à Alicante et dans la Méditerranée, en Provence, en Languedoc, jusqu'au port de Gênes, etc.
§8- — De la pèche des sardines à Quimper, Douarnenez, Tréboul, etc.
On fait de très-grandes pêches de sardines dans les environs de Quimper. La saison de cette pêche varie beaucoup : quelquefois elle commence à la fin de juillet ou avec le mois d'août; d'autres fois les premiers jours de septembre, et elle finit quelquefois au commencement d'octobre ; souvent elle dure jusqu'à la fin de l'année, et vers la fin de la saison on prend des sardines grosses comme de moyens harengs. On dit qu'aux environs de Douarnenez et de Réboul, où l'on prend des sardines qu'on estime beaucoup, les chaloupes se retirent dans le port de Pouldavi, qui est fort bon ; mais les marsouins, qui sont abondans dans ces parages , font souvent bien du tort aux pêcheurs.
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On y prépare des sardines en saumure rouge qu'on appelle anchoisées** on les met dans des fouilles où il y a eu du vin de Bordeaux , et on les expédie pour les ports du Levant, -ou on les met en petits barils pour les envoyer à Beaucaire. Depuis qu'on sait leur donner cette préparation en Bretagne, elles ont beaucoup augmenté de prix.
A Douarnenez, les sardines qui sont fort grosses ne paraissent qu'au mois de novembre, même en décembre, et à- peu-près dans le temps que les harengs quittent les côtes de Normandie et de Picardie ; on en trouve assez fréquemment dans les manets confondues avec les célans et célerins.
§9. — De la pêche des sardines à Brest, à Saint*
Jacut et à Saint- Cast.
Dans les environs de Brest, on a quelquefois pris jusqu'à 1200 tonneaux de sardines ; mais dans d'autres années, on n'en prend pas un cent. Les sardines y sont grosses , et y arrivent dans le même temps qu'à Douarnenez.
On pêche chaque année , au mois d'août , de la vraie sardine à Saint- Jacut et à Saint-Cast j on prétend à Brest que les limités de la sardine, du côté du Nord , sont l'Ile de Bas , sous Morlaix : cela est généralement vrai. Cependant ce poisson semble avoir étendu ses limites; car depuis le^. siège de Belle -Ile, au mois de juin 1761, il s'en montre toutes les années une quantité à Lannion , dont une partie remonte la rivière jusqu'à la ville et au-dessus. Il en vient tous les ans, depuis cette époque, un nombre suffisant pour en faire manger à tout le monde à 10 lieues à la ronde pendant 3 semaines , et à bon marché.