SAIT
pêche se pratique dan* presque toute* tes saisons de l'année. »
Le filet dont nous venons de parler est fait de soie verte ; la tête est bordée d'une fine corde de crin noir, où l'on ajuste des flottés de liège coupées en petites tranches de 3 pouces de longueur, d'un pouce de largeur et de 3 lignes d'épaisseur : on les attache avec de la soie sur la corde de crin oui borde la tête du filet, les mettant à 2 pieds les unes des autres. Pour que- le filet se place verticalement dans l'eau , on attache des balles de plomb à la corde qui borde le pied du filet ; mais il faut éviter d'en mettre trop, parce qu'il faut que la tête du filet se tienne à la surface de l'eau. On tend, ce filet sédentaire suivant la direction du courant , et jamais par le travers de la rivière : c'est pourquoi on choisit un endroit où son lit soit droit, sans coude*, tournans ni tourbillons, et, autant qu'on le peut, à un endroit où les bords soient planté» d'arbres et garnis de crônes ou de sous-cives : on laisse le filet ainsi tendu toute la nuit , afin que les poissons qui sortent des trous pour chercher leur fie donnent dedans.
Pèche des saumons et des truites dans la Loire*
La pêche des saumons commence ordinairement à l'entrée de la Loire en septembre , et dure jusqu'au mois de mai f c'est en février et mars que cette pèche est la plus abondante*
On prend assez souvent des saumons blessée : si ces blessures sont considérables, on peut les attribuer aux marsouins, qui quelquefois leur emportent presque toute la queue; et si l'on trouve vers la queue et sur le dos des écailles percées , même emportées en forme de sillons, il est probable que ces plaies ont été faites par des insectes qu'on dit trouver assez fréquemment attachés aux saumons. Souvent les saumons ont sous le ventre des égratignures , qu'on attribue avec beaucoup de vraisemblance à ce qu'ils se sont frottés sur des cailloux ou des pierres qui sont au fond des rivières, que les saumons fréquentent par préférence à celles dont le fond est vaseux. Les pêcheurs disent que, vers le mots de mai et de juin x ils prennent les saumons qui descendent la Loire pour retourner à la mer.
Si nous disons que dans une saison ces poissons remontent la Loire et que dans une autre ils la descendent, il ne faut pas imaginer qu'ils suivent, soit en montant, soit en descendant, une ligne droite : d'où il résulterait que, dans la saison de la montée y ils se trouveraient pris dans les trémaillons du côté d'aval, et dans la saison de leur retour à la mer dans ceux du côté d'amont. Mais les pécheurs ne remarquent sur cela rien de constant, parce que les saumons suivent souvent la direction du flux et du reflux, toujours pour refouler le courant; souvent ils coupent de biais la rivière , ou nvéme ils* se portent pendant quelque temps du côté d'aval pour chercher leur proie.
Outre les saumons , on prend dans la Loire , et par les mêmes moyens , des truites, les unes à chair blanche , les autres à chair rouge ou saumonée , u'on regarde dans cette rivière comme une espèce e saumons ; néanmoins, on les distingue '& la cou*
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leur des écailles , qui sont communément moins brunes aux truites qu'aux saumons , et tachetées de rouge , su lieu que les mouchetures des saumons sont pour la plupart noires ; la chair de la truite saumonée passe pour être plus délicate que celle des saumons.
De différentes pêcheries établies à F embouchure et dans le cours des rivières.
On cite deux grands étabUssemens en France pour la pèche du saumon : celui de Chateaulin , sur une petite rivière de la Bretagne , sans doute celle d'Hières; et celui de Pont-du-Château 9 sur l'Allier.
Voici la description de celui de Chateaulin : Un double rang de pieux enfoncés à refus de mouton traverse la rivière, et forme une espèce de chaussée, sur laquelle on peut passer. Ces pieux sont placés l1un près de l'autre et assujettis par des boucles de fer, tant au-dessus qu'au-dessous de Peau. A gauche , en remontant la rivière , est un coffre en grillage, de i5 pieds sur chaque face, et tellement ménagé) que le courant s'y porte de lui-même. Au milieu de ce coffre , et presqu'à fleur d'eau, se voit un trou de ift à ao pouces de diamètre , environné de lames de fer-blanc un peu recourbées, qui ont la figure de triangles isocèles , et qui s'ouvrent et se ferment facilement. Leur assemblage ressemble assez aux ouvertures des souricières faites avec du fil de fer. Le saumon , conduit par le courant vers le coffre, y entre sans peine en écartant les lames de fer-blanc qui se trouvent sur s» route) et dont les bases bordent te trou. Ces lames, en se rapprochant les unes des autres, forment un cône , et elles s'ouvrent jusqu'à- devenir un cylindre* Au sortir du coffre, le saumon entre dans un réservoir, d'où les pêcheurs le retirent par le moyen d'un filet attaché * pour cela au bout d'une perche : leur adresse est en cela si grande, qu'ils ne manquent point de retirer aussitôt celui qu'ils choisissent de l'œil.
Les saumons ne se présentent pas toujours avec la même abondance : quand ils se suivent de loin, ils se rendent- tous dans le coffre, et du coffre dans le réservoir sans monter davantage : mais quand ils arrivent par grandes troupes, les femelles attirent les mâles-, qui redoublent d'ardeur et de force pour les suivre : alors ils passent tous avec une vitesse incroyable à. travers les pieux qui forment la chaussée^ à peine peut-on lès suivre des* yeux. Par ce moyen , un grand nombre de saumons échapperaient .aux pêcheurs, s'ils n'avaient attention de s'embar-
Î[uer dans de petits bateaux plats et* de se couler le Oftff de la chaussée , en y tendant des filets dont les mailles sont extrêmement serrées : tout le poisson qui s'y prend est aussitôt porté dans le réservoir , où il se dégorge et acquiert un goût plus exquis.
Cette pèche s'ouvre à Chateaulin vers le mois d'octobre. Les saumons commencent alors à goûter la rivière; et lorsque les premiers saumons sont passés, les autres accourent en plus grand nombre , et la pêche augmeate insensiblement. Vers la fin de janvier, elle se trouve dans son fort, et elle subsiste à-peu -près sur le même pied pendant les mois de février, de mars et d'avril : on prend alors des quantités prodigieuses de saumons. En mai , les fe-
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m elles jettent leurs œufs , qui sont en même temps fécondés par la semence des mâles attachés à leur suite ; aussi commence- 1- on à voir la surface de la s^yière se couvrir de petits saumons qui ne demandent que la mer et vont s'y rendre. Dès ce moment la pèche diminue, et les saumons qui se laissent prendre ont, avec un air faible et presque hébété, un goût assez désagréable ; enfin ils disparaissent au mois de juillet, où la récolte du chanvre se trouve finie. On met le chanvre à rouir dans les eaux courantes, qui contractent une qualité malfaisante en peu de temps ; et comme elles se rendent dans les rivières que les saumons habitent, elles les chassent. Dès qu'on s'aperçoit de ce départ,* on quitte aussi la rivière, et on lève les écluses ou éventaux qui tiennent à la digue, afin que le poisson qui s'est porté au-dessus puisse descendre avec facilité (i).
On se sert de parcs à-peu-près semblables dans, plusieurs autres contrées, auprès des bouches des rivières ainsi qu'au-dessus des chutes d'eau : on leur donne une figure telle, que l'entrée de ces enclos est très-large , et que le fond en est assez étroit pour qu'un saumon puisse à peine y passer et qu'on l'y saisisse facilement avec un harpon.
On se sert de ces parcs pour augmenter la rapidité des rivières, en resserrant leur cours pour en rendie le séjour plus agréable aux saumons, rqui ne s'engagent que rarement dans les eaux trop lentes ; et ce moyen a été particulièrement mis en usage au-
firès de Dessau, dans la Milde. qui se jette dans 'Elbe. J
Derrière ces parcs, auprès des moulins, et dans d'autres endroits où le lit des rivières est rétréci par l'art ou par la nature , on forme des caisses à jour, qui ont une gorge comme une louve, et dans lesquelles se prennent les saumons qui descendent ou ceux qui montent , suivant la direction qu'on donne à ces caisses.
Dans quelques rivières , comme dans la Stolpe et le Vipper, on construit des écluses, dont les pieux sont placés très-près les uns des autres. Les saumons s'élancent par-dessus cet obstacle; mais ils trouvent au delà une rangée de pieux plus élevés que les premiers , et ils ne peuvent ni avancer ni reculer.
Les Norwégiens attirent les saumons sur leurs côtes, en couvrant les rochers de manière qu'ils leur donnent l'apparence des vagues blanchissantes que forment les fleuves en se précipitant dans la mer; d'autres fois , selon le récit de Fabricius ; les pécheurs de Norwege barrent à peu de distance de la mer l'embouchure des fleuves, où se trouvent des hauts fonds semés de rochers, sur lesquels les flots se brisent avec fracas. La pêcherie de Faick.enberi\.,J , formée de cette manière , rapporte 5o thalers au gouvernement, qui l'afferme, lly a, dit le même auteur] à une demi-lieue d'Eger, une chute qui n'est pas très-haute, mais qui, en raison de son gros volume d'eau , est forte et écumeuse : les saumons s'y réunissent en abondance; ils cherchent à franchir la chute par un saut ; rarement ils y réussissent, et le
(i) Cette pêcherie se trouve décrite dans le Traité de la pêche du saumon, par M. Deslandes.