‹ Traité général des eaux et fort̂s, chasses et pêches, composé d'un recueil des reglemens forestiers, dʹun dictionnaire des eaux et forêts, d'un dictionnaire de chasses et d'un dictionnaire des pêches; avec un atlas pour chaque dictionnaire. [In four volumes] Quatriéme partie. Dictionnaire des pêches ... Avec un Atlas composé de 44 planchesChapitre 249 sur 292 · ESPACES · texte numérisé non relu

ESPACES

Dandin a décrit , dans son ouvrage , cinquante espèces de tortues.

i°. Tortues marines*

On compte dans cette division six espèces :

La Tortue franche, testudo^mydos. C'est la plus grande espèce de ce genre. On en a pris de 7 à 8 pieds de long et du poids de 7 à 8 quintaux ; mais ordinairement elle a la moitié de ce poids, et à cette grosseur elle fournit assez de chair pour .rassasier une trentaine d'hommes. La tête de cette tortue est arrondie et assez petite \ sa carapace est ovale, un peu en forme de cœur, et légèrement convexe. Les plaques ou écailles sont transparentes, agréablement nuancées, mais très-minces ; de sorte qu'on ne peut les employer que pour le pla- . cage et la marqueterie.

Habitation, — On a quelquefois péché des tor-* tues franches sur les côtes de France $ mais c'est entre les tropiques , dans le voisinage des lies sablonneuses et désertes , telles que les îles de Caïman , de l'Ascension, etc. , qu'on les trouve le plus abondamment. On les rencontre souvent nageant ou dormant à la surface de la mer, qu'elles couvrent de leur large corps. Il parait qu'elles entreprennent des voyages très-longs, de 7 à 800 lieues par exemple, pour aller déposer leurs oeufs sur des îles propres à cette opération. Dans certains temps de l'année , elles quittent la haute mer pour se rendre à l'embouchure des grands fleuves.

Nourriture. —Elles vivent, en général, de varecs , d'ulves , de conferves et autres plantes marines , de coquillages et de crustacés , qu'elles coupent ou brisent avec leurs fortes mâchoires.

Qualités. -— La graisse de cette espèce de tortue est quelquefois al verte, qu'on n'ose pas la manger ;

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mais sa saveur est égale à celle du meilleur beurre d'Europe. Elle sert à ^assaisonnement des légumes ; on en tire, en la faisant fondre, une huile trèsbonne à brmler. 8a chair, qu'on compare à celle du mouton , est généralement , sur-tout à l'époque de la pou te , un manger très-agréable et très - sain ; on en fait des bouillons , des potages , des ragoàts: on l'emploie avec beaucoup de succès dans le scorbut , la putmonie , la lèpre , le mal vénérien , et , en général, dans toutes les maladies qui exigent des re* mèdes incisifs et adoucissans : c'est un aliment précieux pour les navigateurs , dont la santé , altérée par Pu sage long-temps continué des salaisons , se rétablit par ce moyen avec une promptitude incroyable.

Les Français 9 les Anglaft et autres peuples envoient chaque année un certain nombre de vaisseaux aux lies de Caïman , où l'on prend des tortues pendant *4 mois de suite , et dont on sale la chair. Lorsqu'on veut manger une tortue sur le lieu, on lui enlève le plastron et on lui laisse la carapace , sous laquelle on fait du feu , et qui sert de plat pour la cuire ; l'assaisonnement consiste ordinairement en jus de citron , sel, piment , poi-

quoiqueue soie encore ires-oonne îorsqu' bien apprêtée. Les œufs de la tortue franche sont de la grosseur d'une pomme ou de 2 pouces de diamètre ; ils ont l'enveloppe molle et ne sont pas inférieurs à ceux des poules.

Pêche des tortues. — Le terrissage des tortues aux îles de Caïman commence à la fin d'avril et dure jusqu'au mois de septembre ; c'est alors qu'on peut en prendre en abondance. ,

À l'entrée de la nuit , on met des hommes à terre, qui, se tenant sans faire de bruit sur La rade, guettent les tortues lorsqu'elles sortent de la mer pour s'avancer dans les anses ou sur le sable} ils vont à elles et les renversent sur le dos les unes après les autres ( ce qui s'appelle chavirer la tortue). Cette opération doit se faire promptement, afin que la tortue ne puisse pas se défendre avec ses nageoires ou pattes, ni jeter du sable dans les yeux des matelots , qui peuvent facilement tourner chaque soir en moins de 3 heures quarante ou cinquante de ces animaux, pesant de i5o à 200 livres.

Tout le jour, les matelots sont occupés à mettre en pièces et à saler les tortues qu'ils ont prises pendant la nuit. La chair des toftues salées n'est pas moins en usage dans les colonies de l'Amérique que la morue dans tous les pays de l'Europe.

On prend aussi les tortues de mer au harpon , àpeu-près comme les baleines. La nuit, lorsqu'il fait clair de lune et que la mer est tranquille , un pêcheur monte sur un petit canot avec deux autres , dont l'un tient l'aviron , qu'il fait remuer avec autant de vitesse que de dextérité. Le maître-pêcheur se tient droit sur le devant du canot , et lorsqu'il aperçoit que quelque tortue fait écumer la mer en sortant par intervalles , it montre du bout d'un bâton l'endroit où celui qui gouverne le petit esquif doit' le conduire. Lorsqu'il est à portée, il lance son harpon avec une telle forte sur le" corps de la tor-

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tue, qu'il pénètre la carapace et entre tyen avant dans la chair. La tortue, qui se sent blessée , coule à fond ; aussitôt l'autre homme qui est dans le canot lâche une petite corde qui est attachée au harpon, et lorsque là tortue s'est bien débattue, et qu'elle a perdu beaucoup de sang , on la prend aisément. Cette sorte de pêche s'appelle prendre la tortue à la varre.

Voici la manière dont les pêcheurs s'y prennent dans la mer du Sud : un plongeur se place sur l'avant d'une chaloupe, et lorsqu'il ne se trbuve plus qu'à quelques toises de la tortue qu'il veut prendre, il plongeet remonte aussitôt vers la surface de l'eau, fort près d'elle : alors, saisissant l'écaillé vers lai queue, il s'appuie sur le derrière de l'animal , qu'il fait enfoncer dans l'eau, et qui , se réveillant, commence à se débattre des pattes de derrière. Ce mouvement suffit pour soutenir sur l'eau l'homme et la1 tortue , jusqu'à ce que la chaloupe vienne les pêcher tous deux.

Dans quelques colonies , on prend aussi les tortues avec des filets de cordelettes, tendus dans les lieux où l'on sait qu'elles viennent paître.

L'Ile de l'Ascension est célèbre par la quantité de tortue%qui s'y prouvent : aussi les vaisseaux qui vont dans l'Inde ou qui en reviennent ne manquent jamais d'y attérir dans la saison , uniquement pour cet objet.

La Tortue rid£e se trouve dans la mer des Indes, et se rapproche beaucoup de la précédente.

La Tortue-Caret est moins grosse que la tortue franche ; il est rare d'en trouver du poids de 3 à 4oo livres. Elle a les i3 écailles du dos imbriquées 5 la^ carapace elliptique , légèrement carénée en son milieu et dentée sur les bords; le plastron arrondi et un peu saillant en devant, obtus en arrière, couvert de douze plaques très -larges, imbriquées, blanchâtres et coriaces; la tête allongée , pointue , convexe en dessus, recouverte d'écaflles non im-

briquées ; la mâchoire inférieure relevée en pointe comme le bec des faucons 5 ce qui a fait donner à cette espace le nom de bec-de-faucon par quelques auteurs ; les quatre pieds plus allongés que dans les autres espèces de tortues marines.

C'est principalement cette espèce qui fournit ces' belles écailles recherchées dès les temps les plus' anciens pour faire un grand nombre d'objets de luxe, ; tels que boîtes, peignes, etc. On fait ramollir l'écaille dans de l'eau bouillante ou devant le feu , \pour lui donner toutes les formes qu'on désire; et au moyen d'un moule de fer chaud, on lui fait prendre toutes sortes d'empreintes en, relief. Lea' rognures des objets qu'on travaille sont soumises à un degré de chaleur considérable , et à l'action de la presse pour en former ce qu'on appelle /Vcaille fondue. Les écailles d'une seule couleur, qu'on, trouve quelquefois sur la tortue -caret, sont réservées pour certains usages , tels que les bonbonnières : c'est l'écaillé blonde*

Si la tortue-caret se recommande par ses écailles-, elle n'a pas le même mérite sous le rapport de sa chair, qui est communément jaune, d'une saveur désagréable et d'un usage souvent malsain; mais

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