‹ Traité général des eaux et fort̂s, chasses et pêches, composé d'un recueil des reglemens forestiers, dʹun dictionnaire des eaux et forêts, d'un dictionnaire de chasses et d'un dictionnaire des pêches; avec un atlas pour chaque dictionnaire. [In four volumes] Quatriéme partie. Dictionnaire des pêches ... Avec un Atlas composé de 44 planchesChapitre 60 sur 292 · DR A · texte numérisé non relu

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poisson le nom de forgeron. Ce poisson fait entendre , par l'air qui sort de ses organes intérieurs, un petit Druissément qui lui a mit donner le nom de troueie ou truie.

Habitation. — On le trouve dans les mers de l'Europe et principalement dans la Méditerranée.

Nourriture. — Il se nourrit de poissons qu'il poursuit auprès des rivages, lorsqu'ils viennent y déposer ou féconder leurs œufs. Il est si vorace qu'il se jette indifféremment sur toute sorte d'appâts*

Qualités* — Pline et Ovide parlent de ce poisson comme étant rare et fort recherché des gourmets , à raison de la bonté de sa chair. Cest, dit Duhamel, un excellent poisson; sa chair- se lève par écailles; elle est délicate et de bon goût : de sorte que, dans les mois de janvier , de février et mars , on la préfère au turbot* Elle est encore meilleure quand on la fait dégorger dans l'eau douce.

Pêche . —-Les dorés sont des poissons de haute mer r on n'en fait point de pêche particulière ; on en prend souvent de gros, confondus avec les merlans, k la pêche aux cordes. Quelques-uns se prennent à la fouène , lorsqu'ils se trouvent à la surface de l'eau/ On en trouve de moins gros dans les parcs , ainsi que dans les filets de ladrége ou les folles. Les gros individus de cette espèce sont devenus fort rares sur la côte de Normandie ; mais ce poisson est assez commun en Bretagne , depuis la pointe de Pennemarck jusqu'à la baie de Brest.

DORMANT. Les lignes dormantes sont celles qu'on établit à demeure au bord de l'eau , et que l'on va visiter de temps en temps pour voir si le poisson a mordu à l'hameçon. Les pécheurs de l'embouchure de la Seine appellent rets dormons des rets tendus comme les folles. Y. Ligne et Rets.

DOUCET ou SOURIS DE MER. Duhamel décrit sous ces noms un poisson qu'il dit avoir beaucoup de rapport avec le grondin, ayant, comme lui, de grands yeux fort élevés sur la tête, deux nageoires derrière les ouïes, deux sous la gorge , deux sur le dos et une sous le ventre derrière l'anus. Le nom de doucet paraît avoir été donné à ce poisson , parce que sa peau , dénuée d'écaillés , est fort douce au toucher* Quant à celui de souris de mer, qui lui a été donné sur les côtes de la Haute-Normandie y il proviendrait de la forme de sa tête , qui aurait quelque ressemblance avec celle de la souris. Le corps de ce poisson est effilé, rarement de plus d'un pied de long; orné des couleurs les plus brillantes et les mieux distribuées , mais qui disparaissent quand le poisson est mort. La femelle a ordinairement le corps bleuâtre avec des taches rouges; sa chair est meilleure que celle du mâle; mais ce, poisson est peu recherché , parce qu'on est obligé de lui retrancher la tête et que le corps est fort menu. Il parait que le doucet n'est autre chose que la Lyre. V . ce mot.

DRACONCULE. Nom spécifique d'un poissou du genre callionyme , qu'on appelle aussi dragonneau, et dont nous parlons au mot Lyre. V. ce mot.

DRAGON DE MER. C'est le nom que l'on donne à un poisson du genre trachine , à la vive, Y. Vive.

PJBLA

O^AÇONiNj&^y. Poisson du gengecalliQnyjne, que quelques, naturalistes et les pêcheurs, regardent comme la JeipeUe de le %;/*> V. cftiitf*.

DRAGUE. Espèce de pelle de fer- * rebordée de trois côtés.; pi^ivç par le devant , emmanchée d'une longue perche 9 qui sei?t à tirer le sable des rivières, kg immondices, ^tà curer les puits*

DRAGUp. Mot qui vient de l'anglais, drag7 formé du sazon dragon^ , traîner quelque chose avec peine. On comprend sous le n<orn générique de <fcg- #00 lpe pèches qui, se font à la traîue-avec des filets à manche. Cette manière de pécher rassemble beau* coup & cellg qui s*e fait avec le& Aissavgues, Boutiers, GanguiS) etc (voy, ce* mots), puisque si l'on retranche Tes ailes de ces filets , et qu'on traîne au fond de la. mer les poches oq manches qui sont au mi^en de ces mêmes fileta, on aura les dragues dont on va parler.

On varia néanmoins de différentes manières l'ajustement de- ces filet*: c'est ce qni a fait donner des noms particuliers aux pêches qu'on pratique avec la drague. A quoi il dut ajouter U variété des noms qui viennent *** jargon, des pêcheurs dans chaque port*

Ces noms, toot : drogue > ohaueee , cauche , chalut^ sac-fandnqpfe, bêche tmh&nte % couvreaum, carte., Gormt, drangueUe ou dse&gelle. un se sert encore d'ejUre* terme* dont noua éviterons de faire usage , parce qu'ils conviennent 4 des péchas très-diflSéren.-r tes, tels que traversais > picots- à- poche, grande sauterelle ^ ou grenadière à Lq, mer^ dnfge, etc.

En général les différences qu'on, peut remarquer dans les diverses manières de pêcher à la drague consistent dans l'étendue et la forme des manches , ainsi que dans celle des embouchures et dans les moyens qu'on emploie pour les tenir ouvertes , les rendre propres à, gratter ou draguer plus ou moins te fond. Les unes sont traînées à pied et à bras, d'autres le sont par un ou deux bateaux*

( 1er» De la pèche avec la chausse, halée .de terre

6urJes grèves.

Cette chausse est assez semblable à celle du gangui , mais beaucoup plus petite , étant proportionnée à la quantité d'hommes qui la peuvent traîner. Le bas de l'embouchure ab, PL $8, N°. //, est garni d'un cordage assez gros, chargé de bagues de plomb pour le faire caler sur le fond. La tête est amarrée sur un matreatt de de bois léger {' tel que du sapin , qu'on substitue aux flottes de liège , pour tenir l'embouchure du filet ouverte. On met ordinairement une câblière aux deux extrémités de la corde plombée ab; puis on attache aux bouts de du matreau deuxfunins qui vont se réunir au pointe. On frappe encore aux extrémités ab de la corde plombée deux bouts de funin a et Ih, qui vont s'attacher auxfunins ec, de aux points/^. Il part du point c un petit câblot, qui sert à traîner la manche.

Les pécheurs embarquent dans un batelet leur chausse et leurs cordes ; et ils se portent au large à une distance proportionnée à la longueur de leur câblot. Quand ils y ont calé la chausse 9 ils reviennent à terre , se débarquent sur la grève , halent sur

le c&blot et tirent la chausse suivant une direction à~peu~prè* parallèle à la laisse de la mer, figure N<*. XV f PL 38. Pern-s^peu la chausse gagne le rivage, e{ quand elle y est arrivée , ils la tirent en» tièrement à t#rro ; ifs. dénouent la ligne qui tient fermée l'extrémité de la chausse, et en retirent le poisson. f ainsi que Les immondices qui s'y sont accumulées*

On ne prend presqu'è cette pèche que des pois* sons plats y que le frottement de la chausse a lait saillir hors du sable et de la vase.

§ 2. La même pèche à la voile,

A l'Ile dé Ré , ou fait à la voile une pèche àpeu-près pareille. La chausse a environ 4 brasses d'ouverture sur 6 de profondeur. Les pêcheurs chargent les angles du Bas de leur filet avec des cà~ blières, qui pèsent de 20 à %5 livres. Les plaques de plomb qui sont sur la traverse de la grosse corde , pèsent environ 5o livres ; et pour tenir l'embouchure du sac ou ver te r au lieu de mettre sur le haut du; filet le matreau ou espar d,e9 figure iV°. II y Us en. mettent un , long de 5 à 6 brasses , amarré sur les fu oins. Cet espar est à quelques pieds de l'ouverture du s*c» qu'il tient ouvert. AU milieu de l'espar, pour le rendre engoue plus flottant , on frappe deux grosses pièces d$ liège , qui pèsent chacune 5 à 6 livres.

Il y a de ces chausses qui sont les unes plus , les autres inouïs chargées de- lest , et qui ont aussi plus pu moins de flottes, et enfin dont les mailles sont plus 0.14 moins grandes , suivant l'idée des pêcheurs.»

J 3. De la pèche dite chalut, telle quelle se pratique aux environs de Marennes , en plusieurs endroits de la Bretagne j etc.

Quoique toutes ces pêches s'exécutent à-peu- près de la même manière , et qu'elles consistent à traîner une .manche assez semblable à celle du gangui , il y a néanmoins des variétés , tant dans la grandeur et la forme de la chausse, que dans l'a justement qu'on meta l'embouchure uourla tenir ouverte.

.La drague, PL 38, N°. III f que les pêcheurs sedntongeois., poitevins et bretons nomment chalut, est de forme carrée, longue, ayant ordinairement 8 brasses d'ouveature, qui se réduit ao fond à 5 ou 6 brasses de largeur. Les mailles sont différentes d'ouverture , mais elles se rétrécissent toujours à mesure qu'elles sont plus près du fond: L'ouverture du sac test chargée par en bas d'un cordage de * pouces de grosseur âka , et de plus d'une livre do plomb par brasse. Lé haut dé ce sac est garni d'une ligne a a, d'un quart de pouce de grosseur, qui porte des flottes en assez grand nombre pour tenir le sac ouvert. On attache quelquefois la ligne chargée de plomb a ha sur une perche pliante, dont ta corde peut avoir ao ou a5 pieds de longueur 5 ce qui établi t> à cette quantité , la largeur de l'embouchure de la drague» Consultez la figure N°. V,

La corde plombée et la ligne chargée de flottes [sont arnaxrées en aa, N°. III, à deux petits échal— ' Ions ou genouillets de bois, et on attache tant aux: échallons qu'au cordage une pierre ou oàblière pour appuyer la corde plombée sur le fond.

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C'est encore aux les éfchallons qu'on frappé d* chaque côté fin futtiit ou petite haussièrè^»', de h poscss et demi ou 3 pouces de grosseur, et long de i oo à i ao tarasse* j et pour htàau* tëhir ouverte l'enfrbouehure du filet * quelque tiédie*** ajoutent! un© perche ce, an milieu de laquelle, pour là faire mieux flotter, ils amarrent quelques pièces de liégœ rf.

Quoique le mieux soit de lie caler 1er chalut qu'ai Sou 10 brasses de profondeur , néanmoins les pê*cheurs chahrtfters lé «calent quelquefois à 3ô dû 4° brasses. En ce cas, il leur est important que lés: halins soient fort longs , pour peu que l'ehtbouchenient de la chfcuése ne s'élèVe pas.

Quand le bateau est rendu sur le lieu de là £échè, on met en panne pqut jeter Je. filet jàJ!aau.. Aussitôt qu'il y est , on fait courir de Pavant , et en larguant les bras du filet dont les bouts sont frappés à s(ri- ' bord au ve»t,àeirvii>on une braise de l'étraveét de l'étambot. Comme le batean va en dérivant' k côté en travers, en prend presque toujours un peu', de voile pour presser 1b manche * à moins* que le *veht ne soit très* fort ; eût en ee cas on le' laisse dériver à sec. De sorte qu'il faut proportionner la voilure à la force du vewt , pour que la manene de la enausse surpasse ceUedu courant» G^éét pourquoi on inè peut pas faite cette pAche par le* calme ; mais lès- vents médiocres sont les plus favorables. On la fait également de jcxur et de nuit. l '

Comme les poisson* se retirent dans les, grands fonds durant I4rive* , les pêcheurs5 sont obligés de se porter an large pour les y aller chercher ? en* été; ils tangent la côte. '" ' '

Pour relever la drague , en anvène les rOiiës^ dn haie à bras les htussièreê > -&t oh tire le filet à tribord pour le vider du pefiésori é\ des inrmcmdices qui s'y sont amassés.

S les pécheurs vetrienteon tinner un riotrtéau lûti<L> c'eet-à-dire faire un aétortd trait * ils rejettent sur* le-champ la chausse à 1& mer , et eofitivrùeht Ht ma* nœurre. que uows , venons d'ê*poeef» Quand la pèche se fait en bi»e«v un seul trait dure quelquefois 4 heures, d'antres foi» 8 j parce que la pêche* se Eût au large- et'datt* de grande fonds j nraitf Pété, quand on s'établit près? de- là cote, un trait ne dure qu'une on deux heure» ,- d'autant qu'alors là man* ©be est bientôt remplie d'i mm ôndicei? et ^è-bOûrbe, dont il faut la vider. Pour éviter cet inconvénient , les pêcheurs passent de petites «celles, de* 2 'en 2 brasses, afin de resserrer lf ouverture de la manche; ce qu'ils nontnieiit' brtd er la drague* Alors son ouverture est réduit» -à un pied et demi ou1* pieds-.

Quelcpies pédheurs mettent aux' deux boute du bateau dan bouts-defcorè ké, qui eh augmentent te longueur , et c'est à Vextréwifte-de ceebouts^dehors qu'il* attachent les halins, dàhe la* vu* de tenir l'embouchure dn filet plus ouverte. En ee cas1 y énP peut se dispenser de mettre la perche Courbé si*; ». Vi ainsi que le perche droite ce; N*. III.

Après Ve*poeé que nous venons déferre de cette pêche, on conçoit qu'ofr n'y pterfd;gtlère que dea peàssons plats. £» été., ee sont des soies *et en hiver des- raies. Outre ces méjnes poissons ^ on ptfend-defr turbots, des barbues, des1 goùrnaun * des grondins1 y des vives, etc.

Pour ViMBffk hmhche, JN". V; oft aihafrrè deux manœuvres au bout de là' perché droite ai, et une troisièhie àff^niflleu delà penché courbé mh\ Toutes trois se réunissent en dy oit l'on âtttuihè le halln el qui répond an bateau.

S 4* Chalut du Poitou , traîné sur les vases.

En Poitou, on pêsheavec des chaluts dont le sac a 5 brasses de large à son embouchure, 6 brasses de long> et au fond une* brasse et dèlhie, se terminant bar une pointé1 for t obtuse. A cet endroit , le rets est lacé, et se ferme comme une bourse : on Pouvre pOur-TterireHe pbisstih. Les pécheurs ne se servent point de ïterthes , te haut du filet est garni dé flottes de liège; et sur la torde du bas sont ànlarrées de chaque Côté quatre vieilles salâtes, âyatlt lètrr ouverture ctïHaiit e*t dans.ch&cirne desquelles ou met îilië pierre, flfy a, outre cela, au bout de la fcHatissé deux eablières pour la faire caler. Parv cet ajuste* nient i le filet rie peut enttëi1 dans la vase : il coulé dessus. 1

1 Les halrns- sont artiarrés aux deux bouts dix bateau j à Tavàrit et à l'arrière j à deirJc bouts-dehors 9 de* ia pieds de long , dont 6 piëds^ àù mtins sont dans" le bateau : en sorte que les bbuts-dehôrs font une saillie d'environ 16 pieds*. Les hafins dé ce chalut sont à-peu-près disposés comme ceux de là figure &.* II.

îlbtàthe ce chalut n'entre peint dans le' fbhd de l'eau, il prend quelques pcâssohsrondsqui se itoûveht près dtt fond. -

Quand On veut releVer lé chalut, on àtfièrie la foile-f oh tire à boîd les haussières1 j ensuite les flottes , puis la partie 0*0* sont les savates , ehsuite tout le' filet et on finit par le fond du sac j qu'on délace partir le vider. Un trait dure 2'heuTès, plus oh moins,

stâvant le lien oit l'on s'est établi.

> .i (5* Pèche du même genre, nommée carte,

d Dunkerque*

La carte de Dunkerque est un filet ëtt' chausse, large à l'embonehure et qui va toujours en dlihinhant jusqu'au bout. Les mailles, qui sont assèn grandes à rentrée, tout toujours en se rétrécissant jusqu'à L'extrémité , qiii est ferthée par une corde ^ qu'on dénoue pour retirer plus fociletoent Ce que la chausse contient. Comme le fil est très*grôs , et qu'il se goaâe à l'eau , les plue petits poissons qui j sont 'entrés ne peuvent s'échapper. Cette chausse^ a environ 4 brasses de longueur. Le bas de l'embou-' chure est garni d'un gros cordage qui porte des.baefuesde plomb. Letftôtés ont a pieds ou 2 pieds et demi de haut. La partie supérieure de cette éhïbotH chute est garnie de flottes, ou ehctf pelée sur un petit sapin , pour que cette partie flotte y et que l'etnbonehure demeure ouverte. Les cordés qui correspMTtdenvyà dette' ohansse sont disposées , comme on* le voit dans le N°< II. Chaque bateau traite sa carte ou'chatwde} eâr il y a presque toujours deu* batea<B«de conserve j éloignés l'un de l'autre de 4 à 5 brasses, faisant leur pèche suivant k direction du vent et le cours dé la marée. Les câblots qur traînent la; dartê sont amarrés aux bateaux vers le1 milieu f> un bateau ayant son cordage- à' bâbord , et

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l'autre à tribord. Les pécheurs i-ecpfujssfucent plusieurs traits si le temps le permet,! ,. 1.,.

Le but principal de cette pêche est 4e se procurer des appâts pour amorcer les haims; néanmoins) on prend souvent des poissons qui sont de vente, particulièrement des poissons plats.

$ 6. De la pèche qu'on nomme dranguelle à P embouchure de la Seine»

Les pécheurs de la Seine nomment dranguelle une chausse qu'ils traînent sur le fond. Elle ressemble aux chausses de Flandre et n'en diffère que par la grandeur de l'embouchure du filet; car les manches dites dranguelles ont de 7 à 10 brasses d'ouverture et une pareille profondeur ; mais elles se réduisent par degrés à 5 brasses de largeur.

La partie de la ralingue qui borde l'embouchure , et qui doit être en bas, est garnie , dans une longueur de 5 brasses, de pinces rondes, plates et percées pour faire caler le filet sur le fond. Une pareille étendue de la ralingue est garnie en haut de flottes de liège, pour tenir cette partie élevée et l'embouchure du filet ouverte : ordinairement sept morceaux de liège et sept pierres suffisent, si on ajoute aux bouts de la corde pierrée deux càblières du poids de 7 à 8 livres , pour mieux affermir cette partie de l'embouchure sur le fond.

On aperçoit sensiblement , à l'inspection de la figure N*. II, PL 3o, la disposition des halins à l'embouchure de la dranguelle.

Ordinairement quatre hommes se mettent dans deux petits bateaux pour faire une pêche en tirant de concert la dranguelle , et il y a deux halins , afin que chaque bateau en prenne un.

En partant, on met le filet dans un des bateaux , et étant rendus au lieu de la pêche, les deux bateaux se rapprochent pour mettre la dranguelle k la mer. Un homme de chaque bateau en prend la moitié , pour qu'ils jettent ensemble tout le filet. On amarre l'extrémité des deux bras vers le milieu de chaque bateau \ de sorte que l'un a son bras à bâbord et l'autre à tribord. Four cette pêche, on suit toujours le courant; mais il faut faire en sorte, à l'aide de rames, que les bateaux aillent plus vite que le courant, afin aue les halins tirent toujours la dranguelle; et pour cela on ne met les halins à l'eau que peu-àpeu. Quand ils y sont entièrement, les deux pêcheurs de chaque bateau rament avec vigueur pour que la dranguelle aille vite. Si elle ne faisait que suivre le courant , elle ne prendrait rien ou fort peu de chose.

Quand on a traîné le filet environ deux cents pas, les deux bateaux se rejoignent pour le relever. Alors un pêcheur de chaque bateau cesse de nager et chacun haie à son bord le halin qui répond à son bateau ; l'autre continue de ramer pour faire toujours efforts contre la dranguelle à mesure qu'on s'en approche. On augure avantageusement de la pêche lorsque le filet résiste beaucoup. Pour le mettre à bord, les pêcheurs des .deux bateaux en saisissent l'embouchure, l'un parla partie pierrée 9 l'autre par celle qui est flottée. Le filet étant ainsi! soulevé , tout le poisson tombe dans le fond. Enfin ils parviennent 4 Je mettre en entier dans un des deux bateaux, et

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quand ils en ont tiré le poisson, ils continuent leur pêche , en faisant la même manœuvre.

On distingue deux espèces de dranguelle. Il y en a une qu'on nomme claire, qui a les mailles d'un pouce d'ouverture en carré, et dont on se sert toute l'année, pour prendre différentes sortes de poissons. La dranguelle qu'on nomme épaisse a ses mailles au plus de 10 lignes , et elle ne sert que pendantles deux saisons des éperlans.

Au reste, cette pêche est plus fatigante que celle qui se fait avec la seine, parce que les pêcheurs sont obligés de relever leur filet en pleine eau,. et qu'ils ne peuvent être aidés comme ceux qui relèvent au bord de l'eau sur le terrain.

$ 7. Chalut monté avec un fût de bois, formé en

traîneau.

Il y en a qui mettent au bas de leur chalut, PL 3o, N°. IV,ftg* 2, ab, des genouillets ou genouillettes, formés d'un morceau de bois fourchu ou qu'on ploie comme le collet d'une charrue, et entre les branches de l'un ou de l'autre morceau de bois une ou plusieurs pierres, comme on le voit en ce, N°. IV, pour faire caler le chalut sur le fond.

Les pêcheurs de Saint-Brieuc emploient des fûts mieux construits , N°. IV, fo. A. Ils forment les genouillettes avec deux bouts de membrures, auxquels ils donnent une forme approchant d'une console a, N°. IV* Les deux genouillettes sont assemblées l'une avec l'autre par un morceau de bois rond b, dont les extrémités entrent dans les. trous qui sont à la partie évasée des genouillettes a,* et la portion du morceau de bois qui les traverse excède leur épaisseur pour recevoir une pierre percée e, qui sert de lest. Le tout est arrêté par une clavette* qui serre et la pierre et la genouulette contre un petit épaulement qu'on a ménagé à la traverse b. Il est superflu de faire observer qu'on pourrait substituer une plaque de plomb à la pierre dont noua venons de parler. A la pointe d du genouillet, est un trou qui sert à attacher l'extrémité des bras ou petits funins e, avec lesquels le bateau traîne le chalut.

Le bas des genouillettes étant arrondi, il forme comme un traîneau qui coule aisément sur le fond , et passe sur les petites roches et les inégalités du terrain sans éprouver beaucoup de résistance. Ainsi on peut manœuvrer avec beaucoup de facilité ce chalut sans courir risque de déchirer son filet.

Comme le haut de l'embouchure du. filet est- garni de liéee , cette partie se tient soulevée, et il se prend dans le filet deVpoiasons plats et des ronds. Pour empêcher ceux-ci de s'échapper, on jette des deux côtés de la longueur du sac b,fig. 1»., comme deux cloisons 4e filet , qui s'étendent depuis les genouillettes jusqu'aux trois quarts de la longueur de ia «hausse ; ce qui forme une espèce de gouleg<bten capable d'arrêter les poissons qui voudraient sortir de la chausse : car il reste entre elles une ouverture de 5 à 6 pieds , par laquelle les poissons peuvent passer pour se rendre au fond du sac, et. lorsqu'il» passent derrière les cloisons , ils remontent jusqu'aux genouillettes et ne peuvent s'échapper. Ces manches se terminent en carré comme le tond d'un, sac ordinaire , et on attache à chaque angle, une pe-

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tite càblière g pour en tenir l'extrémité assujettie sur le fond. On laisse à l'un des coins une ouverture d'environ une brasse, qui se ferme comme une bourse, et qu'on ouvre pour vider la manche.

$ 8. Description du chalut dont on fait usage aux

environs du Havre.

Ce chalut, PL 3ç, N*.IF,fig. 3, est fait de mailles serrées. Il a la forme de ces manches dont on se sert pour renouveler Pair dans les entreponts et la cale des vaisseaux : ainsi c'est un cône tronqué. La circonférence de son embouchure est de 25 brasses; 10 brasses de cette circonférence sont encapelées sur un bâton b , qui peut avoir 4 brasses de longueur.

A l'extrémité g, les mailles sont des plus étroites et faites avec un filet renforcé. Au moyen d'une ganse cette partie se ferme comme une bourse , et à cet endroit est attachée une bouée r, qui tient à une ligne ou brin , dont la longueur est proportionnée à la profondeur de Peau où on cale la chausse, qui a 8 ou 10 pieds de longueur. A Pégard de l'embouchure, nous avons dit qu'environ un tiers de sa circonférence était attaché par de petites ganses à une perche b. Le reste de l'embouchure mm est bordé d'une ralingue assez forte , qui est garnie de bagues de plomb.

Aux deux bouts du bâton b , il va àes anses de ïerkk} dont chacune porte une douille, dans laquelle entrent les extrémités du bâton. C'est encore à ces «nses de fer que sont attachées les manoeuvres ccd^ qui servent à traîner le chalut.

. Pour se préparer à mettre le chalut à la mer , le bâton ou fut étant sur le bout de la barque , on y envergue la partie b de la ralingue qui borde la chausse, et on attache aux anses de fer kkïà. partie de la ralingue mm, qui est chargée de bagues de plomb. L'extrémité g étant fermée , comme on vient de le dire, par un lacet, on jette d'abord â la mer cette partie de la chausse, avec Porin et la bouée r; le filet suit; on jette enfin le bâton b avec les anses de fer kk, sur lesquelles sont frappées en pattes d'oie les manœuvres ccd, dont deux, ce, sont attachées aux anses , et l'autre d au milieu du bâton \ toutes trois se réunissent en e, où l'on attache un funin ou filin /de 27 fils.

On donne au bateau un peu de voile, pour qu'il pille plus vite que le courant, et on file peu-à-peu le gros funin /, dont on conserve le bout dans le bateau, attaché à un banc ou tir du bateau. On ne lâche que peu-à-peu le gros funin, pour que la chausse s'établisse bien sur le fond dans toute sa longueur, et qu'elle ne soit recouverte ni par le fût ni par le gros cordage/*; ce qui ne manquerait poiDt d'arriver si le bateau ne filait pas plus vite que le courant, ou si on mettait trop promptement le câble à l'eau.

On voit que , pour que le chalut soit bien placé an fond de l'eau , il faut que les deux segmens de fer kk arrivent les premiers au fond , et qu'au moyen de la gaule b} ils se placent sur une ligne droite. Ainsi la gaule se trouve élevée au-dessus du sable de toute la hauteur des anses ou segmens de fer, et elle soutient à cette hauteur la partie du filet b, qui

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est enca pelée sur la gaule; tandis que l'autre mm, qui est chargée de plomb , coule sur le fond. Par cette disposition , le chalut, qui est traîné plus vite que le courant, présente une embouchure béante, dans laquelle entrent tous les poissons qu'elle rencontre , de quelque grosseur qu'ils soient , et ils s'accumulent au fond du sac g.

Après une heure de traîne, on amène le chalut à bord , pour prendre le poisson et vider les immondices qui se sont amassées dans la chausse. Pour cela on haie sur le funin /J et quand le chalut est près de la surface de l'eau , on s'aide en halant sur Porin de la bouée, mais seulement pour soulager le filet.

Quand le filet est à fleur d'eau , on le saisit à pleine main pour en tirer l'embouchure à bord, et successivement tout le filet ; ensuite on cherche l'extrémité*^, dont on ôte le lacet, pour tirer le poisson et les immondices qui se sont rassemblés à cet endroit.

On essaie de se placer sur un fond qui soit sain j mais si par accident le filet se trouvait accroché , il faudrait, pour le débarrasser, aller chercher Porin de la bouée , et tirer le chalut en reculant.

$ 9. Armure de la drague de Cancale.

L'agitation de la mer dans une baie aussi vaste que celle de Cancale romprait ou emporterait tous les filets qu'on pourrait, tendre à la basse eau dans la vue de prendre des soles et d'autres poissons plats. C'est ce qui a engagé à y substituer les dragues, qu'on tolère, pourvu que la traverse ne soit pas de fer.

La drague ou chausse dont on fait usage à Cancale pour prendre des soles a pour armure une perche de bois a a, PL 3ç, -ZV°. IV^fig. 4> <pû traîne sur le fond \ une corde bb9 à laquelle une partie de l'embouchure du filet est attachée ; un cercle de fer cc9 auquel est attachée l'autre portion de l'embouchure : la corde b passe dans des pitons de fer dy qui sont assujettis dans la perche de bois a , et le cercle de fer c est soutenu par d'autres pitons e. Les barres de fery sont proprement l'armure de la drague; elles se réunissent en g, où il y a un organeau, auquel s'attache le cordage qui doit traîner la drague. Voilà en abrégé la transcription de l'armure de cette drague, et après ce qui a été dit plus haut , cette description sommaire suffit pour en prendre une idée assez exacte.

$ 10. De la drague ou chausse armée de fer.

La drague anglaise >fîg- 5 , PL 3ç , N°. IV^ ne diffère guère de celle du Havre, fig. 3, que par la forme de ses genou i lie t tes, dont nous en avons représenté une en grand , avec la lettre b, et qui ne paraissent pas préférables à celles de bois dont nous avons donné ci-devant la description. Ainsi nous ne nous y arrêterons pas davantage : nous passons aux dragues, où l'armure est entièrement en fer, et qui sont de quelque usage en Bretagne.

(Jette armure ressemble assez à celle de la drague aux huîtres, dont nous parlerons dans le paragraphe suivant, excepté qu'elle est beaucoup plus grande, ayant quelquefois 10, 12 et jusqu'à j4 pieds de Ion-

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gueur. On voit en a a , fig. 6 , une lame ou espèce de couteau de fer plat, qui doit porter sur le terrain , et en l'inclinant plus ou moins , on fait qu'elle mord dans le terrain , suivant le désir des pécheurs; car pour draguer des huîtres il faut qu'elle morde plus que lorsqu'on pêche des poissons plats.

Les lettres abba indiquent une tringle de fer courbée , rivée en a a aux extrémités de ta lame.

Les lettres ad,ad,cd sont trois tringles droites , dont deux sont rivées aux extrémités de la lame , et la troisième, cJ, soudée au milieu de cette lame. Toutes trois se réunissent eu. d, où est un organeau, qui sert à attacher le halin e. Pour fortifier cet assem<blage, il y a des traverses en crochet, qui sont soudées sur la lame aaf en b sur la barre contournée, et en g sur les barres droites ad, ad, cd. Le bas de l'embouchure de la manche est attaché à la lame aa1 et le reste de la circonférence de cette embouchure l'est à la tringle contournée abba. Ainsi l'ouverture de la manche est comprise entre la lame et la barre contournée. Cette manche h ik ^Jig. 7, a de 5 à 6 brasses de longueur. Les mailles de l'entrée sont assez larges ; mais elles se rétrécissent à mesure qu'elles approchent de l'extrémité , où elles sont fort serrées.

Comme ce filet est destiné à être traîné sur des fonds qui assez fréquemment pourraient l'endommager, on attache à la lame une peau de bœuf d'Irlande Ib ,fig. 6 , sous la manche auprès de l'armure. Quelques pécheurs se contentent de faire le dessous de la manche avec des lanières de cuir tressées 9 et le dessus avec de fortes ficelles.

Quand la drague est montée , on frappe un petit câbleau e sur rorganeau; sa longueur doit être proportionnée à la profondeur de leau.

La manœuvre de cette pêche est la même que celles que nous avons décrites ci-dessus. Les pécheurs s'établissent à une petite distance du rivage , comme un demi-quart de lieue , sur au plus 7 à 8 brasses d'eau et autant qu'il est possible de basse mer; car il est avantageux pour toutes les pêches qu'on fait à la traîne que l'eau ne soit pas profonde. C'est pourquoi ces pêches sont plus avantageuses en été qu'en hiver , attendu que, durant cette dernière saison, il faut aller chercherai» poissons dans les grands fonds , où ils se retirent pour trouver une eau moins froide. Au reste , on pêche indifféremment de jour et de nuit. Cependant les pêcheurs aiment mieux le clair de lune que l'obscurité.

que

Lorsqu'on traîne la drague avec un bateau à la voile, on ajoute un petit halin à celui qui répond à la drague; puis on en amarre un à bâbord, et un autre à tribord; au moyen de quoi, la drague suit le bateau.

Quelquefois un même bateau haie deux dragues: l'une amarrée à bâbord, et l'autre à tribord , Pi. 3o, N°. Il I.

On ne traîne pas au-delà d'un quart de lieue sans relever , ne fût-ce que pour vider la chausse , qui se trouve toujours remplie de varecs, de pierres, d'huîtres et d'immondices. Quand les pécheurs l'ont vidée, et qu'ils en ont retiré le poisson, ils remettent le filet à l'eau pour faire un nouveau trait.

DRA

Comme cet instrument pèse quelquefois 200 livres, il laboure et bouleverse les fonds et détruit beaucoup de poisson et de frai , d'autant qu'on le traîne auprès des côtes , où les poissons déposent leur frai.

$11. De la drague pour les huîtres.

Comme nous parlerons en détail de la pêche des huîtres, à l'article qui traite de ces coquillages, nous nous bornerons à dire ici un mot de la drague avec laquelle On les pêche. Cette drague ou chausse est une espèce de filet qu'on fait en entrelaçant des lanières de cuir de bœuf, en sorte que les mailles aient 2 pouces en carré d'ouverture . La chausse a ordinairement 4 pieds de long, sur 1 2 ou 1 5 pouces de large \ sa hauteur est d'environ 3 pieds et demi. L'embouchure est montée sur un châssis de îet^Jig. 8, lequel, raclant le banc, en détache les huîtres, qui tombent dans la manche. Quelquefois on emporte aoo huîtres d'un seul coup de drague. Cette pêche se fait par les beaux temps, depuis le mois d'octobre jusqu'à Pàque.

§12. Pèches à la drague qui se pratiquent dans

différens ports.

Dans la baie de Bourgneuf, et près des îles de Bouin et de Noirm ou tiers , les pécheurs vont avec des bateaux non pontés, du port de 8 à 10 tonneaux, à une lieue au large. L'équipage consiste en un maître, un matelot et quelquefois un mousse. La drague a 5 brasses de longueur , sur 4 d'embouchure ; ses mailles ont un pouce et demi en carré. On y prend des raies, des soles , des merlans , des turbots , etc.

A Saint~Malo, des vieillards qui ne naviguent plus ont de petits bateaux, depuis 4 jusqu'à 10 tonneaux, pour aller autour des rochers pêcher des soles avec la drague.

A la Hougue, on prend nombre de petits poissons plats , et quelques grands, avec une drague de fer , qui laboure les fonds, détruit le frai et gâte même la rade , où mouillent souvent des barques et de petits navires qui y relâchent.

A Olone, les petits pêcheurs ont des dragues de 2 brasses de largeur sur 4 de longueur , dont les mailles ont un pouce et demi en carré, avec lesquelles ils prennent des soles , des raies , des plies , des turbots, des merlans, des vives, congres, sardes, barauds, merlues, chiens de mer, etc. Cette pêche se fait souvent à deux ou trois lieues au large , nors des fonds de rochers. Pour cette pèche, sept hommes ; savoir , le maître , cinq matelots et un mousse s'embarquent dans une chaloupe de 2 à 3 tonneaux. Ils sortent pour cette pêche tous les jours et rentrent les soirs.

D'autres pêcheurs se servent de barques non pon. tées, du port de 1 5 tonneaux . Leur drague a 4 brasses de largeur et 18 de longueur* L'ouverture des mailles est d'un pouce et demi en carré : ils rentrent toixtc les soirs dans le port et vendent leur poisson à des chasse-marées, qui les transportent dans les bourgs et villes où s'en fait la consommation.

Les pêcheurs d'Oléron, ayant des filets dont les mailles sont très-serrées , détruisent beaucoup de frai et de menuise, outre le tort qu'ils font aux tonde en les labourant avec leur drague.

DRE

11 y a poulie ports où l'on ne fasse bien usage des dragues, qui diffèrent un peu les unes des autres; mais ce que nous venons de dire suffît pour donner une idée de ces différences, qui ne sont pas considérables ; d'autant qu'à l'occasion des pèches particulières, nous aurons plusieurs fois occasion de parler de la chausse et de la drague.

DRAGUEUR. Bâtiment de Haute -Normandie pour la pèche de la morue , du hareng , du maquereau , au Nord , à Tarin ou th , aux côtes d'Irlande , etc.

DRAIGNAUX. L'usage en est défendu, ainsi que de tous les filets et instrumens traînans. (Déclar. du roi? du 23 avril 1726. ) V. Pêche maritime.

DRAINETTE, DRIVONNETTE , DROUIL- LERTE , par corruption de derivette. Filet dont on se sert à la dérive pour prendre plusieurs sortes de petits poissons ronds : c'est un mariet. Y. Manet.

DR ANETS bt DR AVENETS , synonyme de coA Uret. L'usage en est prohibé par la déclaration du roi , du a3 avril 1726. V. Seine.

DRANGUELLE. Sorte de drague, ou chausse simple qu'on traîne sur le fond au moyen d'un petit bateau. 11 y a des dranguelles claires et d'autres épaisses. V. Drame.

DREIGE. Pèche considérable qu'on fait dans l'Océan avec un grand tramai! qui est traîné par un bateau nommé nef. On donne aussi ce nom , en Bretagne , à une manche qui est tenue ouverte par un châssis de bois , et dont le bas est chargé de plomb et de fer : c'est une vraie dreige.

A l'article Tramail (yoy. ce mot), nous parlerons des tramaux pierres et flottés qu'on tend sédentaires à la basse mer , sur les grèves ou en pleine eau , ainsi que des pèches où le filet est abandonné au cours de l'eau.

Ici nous traiterons de l'une des plus grandes pèches que l'on fasse avec le tramail à la mer 9 et que l'on nomme dreige sur les côtes de Normandie et de Picardie. Ce nom lui vient apparemment de ce que le filet gratte ou drague le rond de la mer ; néanmoins, il ne faut pas le confondre avec les dragues, qui sont des manières de pécher très-différentes , et dont nous avons parlé au mot drague.

La dreige , ou drège, ou droige, est une pèche qui exige de forts équipages , de grands frais , et qui forme d'excellens matelots. Elle se fait au large, avec des bateaux pontés , auxquels on donne divers noms, suivant les différons ports où on la pratique. A la Rochelle, ce sont des traversée rs; dans une partie de la Picardie, des dreigeursf à Dieppe, on y emploie les crevelles, qui servent à faire les grandes pèches du canal , et les mêmes équipages ; dans les environs de Boulogne , on se sert de bateaux moins grands , qui n'ont que huit à dix hommes d'équipage, y compris le maître et un mousse : dans ce cas , les filets sont proportionnellement plus petits, et ces petits dreigeurs vont, dans la saison, à la pèche du hareng. 11 y a donc des dreiges beaucoup plus grandes les unes que les autres. Comme nous décrirons la pèche d'une grande dreige r nous ne parlerons point des petites,. qui en sont un diminutif.

Pour prendre une idée de cette pèche, il faut imaginer us très-grand tramail op, PL 35 7 -ZV*. III,

DRE i39

qui porte sur le fond de la mer, et qu'il faut traîner de façon que les deux extrémités p o soient le plus ouvertes que possible. On emploie pour cette opération un seul bâtiment A, qui emprunte le secours d'un corps flottant iC, auquel on donne le nom de bourset ou corset. Il est évident que si ces deux bras g et o étaient amarrés à proue et à poupe du bâtiment A , les deux bouts o et p du filet se toucheraient : au lieu qu'ils sont tenus fort écartés l'un de l'autre au moyen du bourset K , qui est bien éloigné du bâtiment A. Cette manœuvre se montre déjà fort ingénieuse; mais elle paraîtra bien autrement admirable quand nous aurons suivi en détail toutes les opérations de cette belle pêche.

On distingue deux espèces de pêcheurs à la dreige : les uns , qui l'exercent tonte Pannée ; les autres, qui ne dreigent que pour prendre des vives, et ne doivent chasser, d'après les ordonnances, que depuis le lundi-gras jusqu'au samedi-saint. Or, les filets des pêcheurs qui exercent leur métier toute l'année doivent avoir les mailles des hamaux de 9 pouces d'ouverture en carré , et celles de la flue de 21 lignes.

Mais les tramaux employés pour les vives peuvent avoir les mailles de leur flue de ^ 3 lignes en carré , sans changer celles des hamaux.

H est sensible que ce tramail doit prendre plus de petits poissons que l'autre , qui a les mailles plus ouvertes. On n'en tolère l'usage qu'en considération de l'approvisionnement du carême; d'ailleurs, la destruction du frai n'est pas autant à craindre dans cette saison que dans celles qui sont plus avancées.

La tessure op des dreiges a 6 pieds de chute, et de a5o à 280 brasses de longueur, suivant la force des équipages; elle est composée d'un nombre de pièces de tramail qui ont depuis 1 5 jusqu'à 1 8 brasses de longueur, qu'on réunit les unes aux autres.

Comme ce filet est fort cher, il n'appartient pas en entier à un pêcheur : chacun en fournit une ou deux pièces, et il a part au profit de la pêche proportionnellement à ce qu'il a fourni. L'étendue qu'on donne au filet ne dépend pas uniquement de la force de l'équipage , car toutes les marées ne permettent pas de traîner un fort grand filet ; et dans ce cas ; les pêcheurs qui ont deux pièces de filet n'en fournissent qu'une. Un filet ne dure ordinairement qu'une saison, même lorsqu'on a soin de le radouber ou ramamder à tous les démarrages.

Nous avons dit ailleurs que pour tous les tramaux, il fallait que la flue fut considérablement plus étendue que les hamaux , dont les mailles doivent être fort grandes. A l'égard du filet de la dreige, il faudrait qu'une maille de hamaux contînt sept mailles de la flue ; cependant cela varie , suivant qu'on fait les mailles de la flue plus ou moins serrées , celles des hamaux restant les mêmes.

On traîne ce filet sur des fonds qui n'ont quelquefois que 5 à 6 brasses d'eau , et d'autres fois dans des endroits où il y en a de 35 à 40 •

Pour que le filet puisse résister à l'effort qu'on

fait pour le traîner , on le borde tout autour avec

une ralingue , ou, comme disent quelques pécheurs,

un bouchety aux angles duquel on fait des anses

| pour y amarrer les cordages, ou bras qui servent à

DRE

le traîner. Il faut , pour empêcher le filet de se coucher sur le terrain , et pour qu'il traîne sur le fond dans une situation à-peu-près perpendiculaire , attacher des lièges sur la ralingue d'en haut; et sur celle d'en bas, des bagues de plomb, dont douze à quatorze pèsent ordinairement une livre. Suivant l ordonnance , il est défendu de mettre plus d'une livre et demie de plomb par brasse de filet : ainsi, il faut de 24 à 26 livres de plomb pour garnir une pièce de filet de 18 brasses. Il est évident qu'en chargeant le pied du filet de beaucoup de plomb, on le fatiguerait, ainsi que l'équipage, lorsqu'il faudrait amener la tessure à bord. Ce n'est cependant pas dans la vue de ces ménagemens, soit de l'équipage , soit du filet, que le poids du lest a été fixé par l'ordonnance , mais afin de favoriser la multiplication du poisson , et d'empêcher que les pêcheurs ne bouleversassent les fonds, comme ils le faisaient en joignant à beaucoup de plomb des barres de fer et des chaînes , qui labouraient le fond à-peu-près comme l'eût fait une charrue.

Voilà, au moyen du plomb , une force qui tire en bas le pied du filet, pour qu'il se place verticalement dans l'eau : il faut appliquer à la tête du filet une force contraire , qui tende à le porter vers la surface. Pour cela, comme nous venons de le dire , on garnit la ralingue de la tête avec des morceaux de liège qu'on nomme flottes , corcerons^ corckes , tous termes synonymes. On choisit les lièges les plus épais , et on les distribue sur la ralingue de la tête à environ 20 pouces les uns des autres , plus ou moins , suivant la bonté du liège ; car le li^ge le moins ligneux a le double avantage d'être plus léger et de s'imbiber plus difficilement d'eau, que celui qui est dur et poreux.

On prétend que pour la dreige des vives, il faut que le filet soit tendu plus verticalement que pour les autres pêches à la dreige. Cette raison doit engager à y multiplier les flottes; mais d'un autre côté, comme le liège qui est long-temps dans l'eau perd de sa légèreté , il s'ensuit que les dreiges qui pèchent toute l'année doivent être flottées davantage que les autres. Ainsi il faut que la tête des dreiges soit bien garnie de flottes, puisque, si, dans les dreiges ordinaires, elle venait à battre le fond, on ne prendrait rien.

Il y a- des circonstances plus ou moins favorables pour la pêche à la dreige. Supposons que l'on se propose de pêcher à la dreige , dans la Manche, à un endroit où le canal commence à se rétrécir au point de n'avoir que 20 à 22 lieues de largeur, les pécheurs , pour y faire plus avantageusement et plus aisément la pèche, ont besoin d'un vent traversier, que nous supposons être dans cet endroit de la Manche le nord -est et le sud -ouest. Il faut encore que ce vent traverse la marée; car les vents qui seraient d'accord avec la marée ne leur permettraient pas d'établir leur pêche, ainsiqu'on le verra plus loin. N Les gros vents ne conviennent pas aux dreigeurs , parce que, comme ils relèvent leur tessure à force de bras, cette manœuvre serait très -pénible et même impossible par un vent forcé.

Les marées trop molles et trop fortes ne sont pas propres à cette pêche} celles de morte-eau sont les

DRE

moins favorables. Ainsi , les plus avantageuses sont celles des de mi- vives-eaux, sur-tout s'il y a un peu d'agitation à la mer , parce que les petites motures engagent le poisson à quitter le fond.

Quand la mer est tranquille , les grandes viveseaux sont très-bonnes ; cependant les grandes ma* rées seraient fort à craindre si le filet venait à s'accrocher : car les pêcheurs ne pouvant s'arrêter et le bateau ainsi que le boursef halant de même bord , ils rompraient infailliblement le filât, que nous avons dit être fort cher.

Quand les eaux sont chaudes , on peut s'approcher des côtes ç mais lorsqu'elles sont froides , il faot aller chercher les poissons dans les grands fonds. De plus , les pêcheurs prétendent qu'ils font de bonnes pêches lorsqu'il y a eu de fortes gelées pendant l'hiver, parce qu'alors les poissons, ayau t quitté les baies et les bas -fonds, se sont retirés dans la grande eau, où la dreige va les chercher. Quelle qu'en soit la cause, on convient généralement qu'après les hivers doux , les pécheurs reviennent le plus souvent à retour, c'est-à-dire que la dépense et les avaries excèdent le produit de la pêche. • La pêche est ordinairement bonne quand la mer est devenue praticable après une tourmente.

Il est encore sensible que le succès de la fêche dépend du choix du terrain où l'on s'établit. On perdrait son filet et on ne prendrait rien sur un fond de roche ; et sur les fonds inégaux , beaucoup de poissons s'échappent par-dessous le filet : mais entre les fonds doux et unis, il y en a qui méritent la préférence non- seulement à cause de l'abondance du poisson , mais encore à cause de sa bonne qualité. On regarde comme excellens les fonds qui sont de fragmens de coquilles, que les pêcheurs dis* tinguent par le nom de pailleux ; on estime ensuite les fonds de sable , pour les poissons plats. Il en est à-peu-près de même des fonds vaseux , mais la qualité du poisson y est inférieure .

Nous aurons occasion de faire remarquer, dans la suite, que les poissons perdent assez promptement le goût de vase quand ils ont séjourné dans une eau vive. C'est pour cela qu'à un cap qui s'étend à la mer, on prend quelquefois de bon poisson d'un côté, et de très-médiocre de l'autre.

Enfin les pécheurs qui ont une grande pratique d'une côte connaissent des endroits plus fréquentés que d'autres par certains poissons : c'est sur quoi on ne peut prescrire aucune règle.

Maintenant que nous avons donné une idée de la pêche à la dreige , des bàtimens qui y servent , des filets qu'on y emploie, des temps et des parages qui y sont favorables, il faut parler des apparaux nécessaires pour cette pêche.

Le bâtiment qui doit y servir , son grée ment et ses apparaux y appartiennent presque toujours à un bourgeois, qui a part au profit delà pêche. 11 n'y a que les filets qui appartiennent aux pécheurs.

Détail des ustensiles nécessaires pour cette pèche*

Les halins , chasses ou grelins dont on fait usage sont représentés en a , PL 35 , 2V°. VIII» On voit en b des matelots qui les portent au bateau rf, qui est dégréé ; c indique des matelots qui portent une

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grande voile à bord 5 en e sont des barils vides, dont on se sert pour soutenir sur Peau la vergue du bourse t. Il faut en outre des bouées , des càblières , des grapins, des gaffes, et autres ustensiles, qui sont représentés sur la PL 33, N°. VI* Les chasses, cablots , orins et halins sont des cordages qui ont àpeu-près 4 pouces de circonférence; et ordinaire* ment la chasse-foraine , qui répond au bourset , est

{dus menue que celle qui tient au bateau. L'une et 'autre chasse ont de 100 à 120 brasses de longueur. Gréement du bourset, — Le corps flottant qu'on nomme bourset, PL 35 , N°. V, est composé d'une voile Cf c'est proprement elle qui forme le bourset. £1 le a 17 aunes de chute } 6 à 7 aunes de large , ou «nviron 64 pieds de hauteur, sur 18 de largeur par la tête ou à l'envergure, et 27 par le bas ou le pied. JBUe est fortifiée tout autour, comme les autres voiles , par une ralingue : cette ralingue forme des annelets dans lesquels passe une autre manœuvre , qui sert pour recueillir la voile , et lui faire prendre la courbure que les pêcheurs jugent convenable, -afin que la marée et le courant s'y entonnent, ainsi qu'on l'expliquera par la suite.

Cette voile est tannée et quelquefois goudronnée , pour qu'elle résiste mieux aux impressions de l'eau, dans laquelle elle doit être perpétuellement plon-

Sée; cependant son milieu doit être d'une toile once et molle , pour qu'elle se prête à l'effort de l'eau» La tête , ainsi que le bord le long des ralingues , sont d'une toile plus forte. Le bourset est eucapelé par la tête sur cette vergue dd, PL 35, iV\ Vf qui a 1 9 à 20 pieds de longueur.

Au bout de cette vergue sont frappés les bras d'eau ee, qui se réunissent et s'amarrent au halin f, qu'on nomme du bourset ou forain* Au bas du bourset ou aux points de la voile, sont frappées les écoutes d'eau h et les càblières g, qui servent de lest pour faire entrer dans l'eau la voile du bourset : elles pèsent de 8 à 12 livres, plus ou moins, suivant fa force de la marée.

Les deux écoutes h se réunissent à une manœuvre plus menue, qu'on nomme \e petit-Jour, et qui n'a qu'une demi- brasse de longueur. On fait ce petitfour avec un vieux cordage usé , pour qu'il rompe quand la tessure est accrochée au fond de la mer à une roche , et éviter par là la rupture du filet.

Le petit «-four est prolongé par une manœuvre plus longue/, qu'on nommele/ô;/-/bttrou le grandfour, et qui va s'attacher au halin du bourset, qu'on nomme aussi la chasse-foraine f» Ce point d'attache est environ à 14 brasses du bout qui tient à la vergue d*

Les càblières jf tiennent les angles ou points de la voile C sous "eau.

Quoique la vergue dd, qui est de sapin, flotte sur l'eau , elle pourrait bien n'avoir pas assez de légèreté pour soutenir la tête de la voile à fleur d'eau : c'est pourquoi on attache au milieu de cette vergue un baril vide k, qui est sur son roule. Cette futaille, enfoncée par les deux bouts , est garnie de dix-huit cercles , cinq sur chaque bout et huit sur le bouge. La plupart de 'ces futailles ou barils ont à la douve du bondon une anse ou poche, dans laquelle passe une manoeuvre qui sert pour l'amarrer à U vergue ;

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d'autres entourent la futaille d'une estroppe, qui sert pareillement à l'attacher à la vergue.

On frappe , encore sur le halin-forain , à environ 25 brasses de la vergue, un orin n, long de 9 brasses, qui répond à une bouée m* C'est assez souvent un baril conique , lequel est amarré par un de ses fonds, pour que l'autre, flottant sur Peau, soit plus aisé à apercevoir. Cette bouée, que les pêcheurs nomment éprevier, sert à soutenir en partie le halin* forain , et est fort utile pour gouverner le bourset. On attache un bout du filet à l'extrémité du halin» forain ou de la chasse du bourset , et on ajoute en cet endroit une càblière plus ou moins grosse , suivant la force de la marée.

Gréement du bateau* — Après avoir exposé en détail le gréement du bourset, il faut parler de celui du bateau, PL 35, JY"°. IV. La grande voile d est destinée à être jetée à l'eau pour augmenter la dérive ^du bateau, lorsqu'il est démâté, comme on le voit en A. Cette voile d et la vergue c, sur laquelle elle est encapelée , sont celles du bateau , et servent quand le vent manque , ainsi qu'on le verra dans la suite. Cette vergue c est retenue au bateau par une manœuvre qu'on nomme traversinne : elle a environ 36 brasses de longueur, et est un peu plus forte que le halin de la dreige f, N°. V* Les bras d'eau g g, N°. IV> de la grande voile , sont les mêmes qui servaient au gréement du bateau. A l'égard des écoutes h, celles du bateau seraient trop courtes, et ordinairement on les fait avec de vieux halins.

Tous ces agrès étant préparés à' terre, les matelots les portent au bateau d, comme on le voit dans le N.°. VIII de la même planche. Us élèvent le mât, parent la grande voile, gréent le bâtiment pour se porter au large, et rangent la tessure sur un bord , les cordages sur l'autre , et appareillent pour se rendre à l'endroit où ils se proposent d'établir leur pêche, comme nous allons l'expliquer.

Les pêcheurs amènent sur le bord la vergue et la grande voile, sans la plier ou ferler : si elle l'était, elle serait moins bien disposée pour être jetée à l'eau ; puis ils amènent leur mât sur un chandelier, comme on le voit en a, N°. VII Quand le bateau est démâté , on dérape, ou l'on détache les écoutes et écouets de la grande voile, pour frapper à leur place les écoutes d'eau hyN°. IV* On frappe aussi la traversinne^ au milieu c de la vergue. A l'égard des bras g g, on se contente de les allonger quand il en est besoin. Enfin , on amarre aux points ou angles de la grande voile , à la place des écoutes et écouets , les écoutes d'eau h , qu'on fait ordinairement, comme nous l'avons dit, avec de vieux halins.

Tout étant ainsi disposé , on pare ou arrange sur le bord le bourset de dreige , qui a été précédemment gréé et armé de ses càblières.

De la pêche* -—Lorsque tout est prêt, le maître commence à faire la manœuvre , soit & l'avant , soit à l'arrière du bâtiment , suivant l'établissement du vent et sa direction.

On jette d'abord le bourset à la mer, en le croisant par le travers du flot, pour que l'eau s'y entonne et qu'elle enfle la voile; ce qui est nécessaire pour qu'il tire. bien son halin : car, comme nous

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marquer que si l'on employait une chaloupe 9 ce serait le vent qui la ferait agir, au lieu que c'est le courant de la marée qui fait chasser le boureet.

Un des bouts o de la tessure N°. III a donc été amarré au halin y du bourset qu'on nomme halinforain. On amarre l'autre bout/? au halin g du bateau qu'on nomme la nefj et aux amarrages qui joignent les bouts du filet aux haiins, la ralingue de la tête du filet est réunie avec celle du pied. Le halin embrasse toute la largeur du filet.

On jette le filet à la mer par le travers du bateau , tribord au vent. Deux matelots font ce travail, et un troisième soutient les flottes, comme on le voit en a dans le N°. VII \ pour que la ralingue flottée ne s'engage pas avec celle qui est plombée.

Afin de prévenir que les deux hommes qui mettent hors le filet ne tombent à la mer, ils sont contre-tenus par les jarrets avec un aviron , que deux matelots tiennent ferme dans une situation convenable* A l'égard du matelot qui arrange les flottes, il n'a rien à craindre, parce que son ventre est. appuyé contre le bord du bateau.

Quand tout le filet est à la mer, on file le plus promptement qu'on peut le halin du bateau, que les matelots appellent la chasse de la nef. Si on fait cette manœuvre .de marée montante, on file jusqu'à la rencontre du cordage B} iV°. IV, qui a environ 1 8 brasses de longueur , et que les matelots nomment la guie* Cette guie fait , à l'égard de ce halin, le même effet que le four pour le halin du bourset. On porte, soit la chasse, soit la guie, à l'avant du bateau , pour le faire venir debout à la marée , et attendre que le bourset ait pris sa place pour faire route de concert , comme fait le bateau b avec son bourset a, N°. VII.

S'il arrive que le bateau ne puisse pas suivre le bourset , on lui donne sur l'avant une petite voile dite trinquette> comme on le voit au bateau c.

Si , faute de vent , cela ne suffît pas , c'est le cas de mettre à l'eau la grande voile dont nous avons parlé. Voici comment se fait cette manœuvre :

Qn tend toujours le bourset à bâbord, et le plus souvent la voile du bateau se jette à tribord : mais si le vent change pendant la pêche; si, par exemple, ayant tendu par un vent nord-ouest, on s'aperçoit qu'il se jette au sud, on fait en ce cas passer à bâbord la grande voile qui était à tribord, et la marée s'achève ainsi.

La voile étant armée et préparée comme nous l'avons expliqué , on la pose sur le bord par le travers de tribord, et on jette à l'eau toute la voile et ensuite la vergue , ainsi que ses écoutes ; puis , lorsque la marée est entonnée dans la voile , on file en partie toutes les manœuvres. Ensuite on les largue ou on les haie , suivant les ordres du maître , qui parvient à faire traîner le filet , partie par le bourset et partie par le bateau, lesquels doivent faire route de concert , et agir également sur les halins. On emploie pour cela des manœuvres particulières , qu'il n'est pas aisé de bien décrire. Eu voici

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cependant quelques -unes qui pourront donner une idée des autres.

Quand la grande voile tire le bateau par le travers de la lame, la traversinne est amarrée au grand mât , et les deux écoutes le sont à l'avant et à l'arrière vers les couples de balancement. Les bras, qu'on laisse ordinairement largues , sont en ce cas simplement roulés sur les écoutes. Par cette manœuvre^ la voile à l'eau augmente la dérive du bateau.

Quand on est obligé de se servir de la voile à l'eau, aux marées du vent , on l'établit à l'avant du bateau, qui est ordinairement rasé de tous mâts. Pour faire venir le bateau travers à la marée , on haie sur Ja chasse de nef et la guie ; on jette la voile à tribord , et on amène à l'avant toutes les manœuvres d'eau. Pour cela , on amarre la traversinne à l'étrave, et les deux écoutes bâbord et tribord, comme on le voit à ^fig* N6* IV, PL 35 ; on largue ou haie aussi les bras pour que la marée s'entonne bien dans la voile. x

Aux marées de jour, on aperçoit la manœuvre du bourset, ce qui indique celles qu'il faut faire dans le bateau. On n'a pas ce secours la nuit $ mais tant que la tessure est à la mer , le maître a continuellement de nuit et de jour la sonde à la main $ ce qui le met en état de connaître l'établissement de ta tessure au fond de la mer : car si le bourset haie trop de l'avant, la sonde va de l'arrière 4 si le bourset se porte trop au large, la sonde s'y porte aussi, et si les deux chasses vont bien , la sonde reste à-plomb.

Il peut arriver que, pendant la marée, la tessure s'accroche dans le fond à de6 roches , à des ancres perdues ou à des carcasses de navires. Alors si la marée porte au vent, on haie aussitôt les chasses; mais si la marée porte contre le vent, on attend la morte -eau, pour éviter de rompre le filet, et on porte le halin de la nef, ainsi que sa guie à l'avant du bateau , qui alors reste comme si c'était à l'ancre. A l'égard du bourset, comme son petit-four rompt, alors sa voile flotte sur l'eau , et ne ait pins d'effort pour haler sur sa chasse.

Si la dreige se trouve arrêtée pendant la nuit pour uelque cause que ce soit , les pêcheurs sont obligés e faire des signaux , afin de prévenir que les autres pêcheurs ne les abordent. Suivant l'ordonnance , ils ne doivent même jamais mettre leurs filets en pêche pendant la nuit sans avoir deux feux, un à l'avant , l'autre à l'arrière.

Voilà tout ce qu'il nous est possible de dire pour donner quelque idée des manœuvres qu'on fait pour traîner régulièrement les filets; nous allons parler de la façon de les relever lorsque la marée est finie.

Cette manœuvre, qui apprend aux pêcheurs ce qu'ils peuvent espérer de leur travail , est sans contredit la plus pénible.

Pour se disposer à relever la tessure , tous les matelots s'asseient à bâbord , sur le bord du bateau , le dos tourné à la mer ; et pour se donner plus de force, ils s'appuient par les genoux contre un mât , qu'on, a amarré exprès pour cela en dedans du bateau.

Le matelot qui doit tirer à bord le halin et la testsure se place à tribord de l'étrave. A mesure qu'on

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amène à bord la chasse , on la roue sur le pont , à] Pavant du grand mât ? aux deux c6tés de la grande écoutiile, ayant l'attention de mettre le halin de la nef à tribord el celui du bourset à bâbord. On tare à bord la tessure, en halant sur les ralingues. On voit exécuter ici cette manœuvre dans le bateau d, N°. VII, PL 35.

Quand le temps est favorable , il arrive souvent que les dreigeurs chassent quatre marées en &4 heures. Ils traînent pendant 3 heures ; ils relèvent en* suite leur tessure , prennent le poisson et nettoient le filet ; ce qui occupe encore 3 heures , et sur-lechamp ils mettent hors. Ils continuent ainsi toutes les marées, quand le temps est favorable.

Cette pêche est sans contredit la plus fatigante de toutes : les pécheurs y sont toujours en action ; et comme les dreiges qui vont chercher les poissons dans les grands fonds vont à la mer dans les saisons humides et froides , les pêcheurs sont entièrement habillés de cuir, pour se garantir de l'eau le plus qu'il leur est possible. Il est vrai que pendant que le filet dérive, l'équipage n'ayant que quelques manœuvres à exécuter, il peut prendre un peu de repos; mais le maître fait un quart continuel , ayant toujours, comme nous l'avons dit, la sonde à la main. Le seul temps où il a quelque relâche est entre deux marées, pendant qu'on vide et qu'on répare la tessure»

Si la marée est douteuse et que l'eau n'enfle pas bien, la voile , il y a pendant toute la pêche un autre matelot que le maître, pour veiller la grande voile, et mire exécuter les manoeuvres qui en dépendent.

Lorsque l'équipage est de dix-sept hommes , il y en a deux qui mettent le filet à l'eau : au reste , tous peuvent faire cette opération. Si le temps est beau, ils se mettent à califourchon sur le bord , ou bien ils s'y asseient les jambes en dedans ; et ils sont, comme nous l'avons dit , contre-tenus par un aviron qu'ils nomment ansel, et que deux matelots tiennent dans une position convenable. Un cinquième pare les flottes pendant ce travail'; le reste de l'équipage a différentes occupations , comme de désagréer le bateau , et d'appareiller la grande voile à l'eau , si cela est nécessaire.

Quand on relève la tessure, qui alors est très-chargée d'eau, tout l'équipage est occupé à la haler, quoiqu'il n'y ait qu'un seul homme placé à l'avant , à c6té de l'étrave , les pieds dans la gatte , lequel haie la tessure à bord , et prend avec un petit gaffot les gros poissons lorsqu'il s'en présente. Les autres matelots rer'«ivent le filet , se le donnent de main en main et 1 arrangent sur le pont.

Lorsque le filet est tiré à bord , tout l'équipage travaille à en retirer le poisson et les immondices , et à nettoyer la voile pour la préparer à être mise à l'eau lorsque la marée le permettra. Enfin , quand la pêche est finie , l'équipage remâte le bateau , comme on le voit en e, -ZV*. VII, PL 35 5 et ils appareillent pour retourner dans le port avec leurs apparaux et avec leurs poissons , qui sont des turbots , barbues, soles, limandes, carrelets , raies, vives , rouges, merlans, esturgeons, saumons, etc. Il passe pour constant que les poissons que nous venons de nommer sont tellement effarouchés par la dreige ,

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