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mers en petites troupes ou par couples ; souvent ils viennent échouer sur nos côtes en poursuivant les
Soissona avec chaleur, et remontent même dans les euves, Nourriture* — Ils sont goulus , cruels et voraces $ ils détruisent une grande quantité de poissons, surtout de ceux qui sont plats, et qui nagent sur le côté, comme les turbots, les soles et autres pleuronectes ; ils font aussi une guerre continuelle aux veaux marins et aux diverses espèces de phoques $ ils atta*» quentmême les innocentes baleines, qu'ils déchirent toutes vives , tandis que celles-ci poussent des gémissemens affreux comme ceux d'un taureau assailli par des dogues. On prétend que les épaulards sont de bons auxiliaires pour les pécheurs de baleines, en ce qu'ils les mordent , les font mugir et les forcent à fuir quelquefois sur les côtes*
Propagation» — hss épaulards s'accouplent à la manière des hommes , et font un ou deux petits vi* vans, après lomoisde gestation, comme les dauphins.
BPEE. Instrument de pèche, qui a du rapport avec la fouane , et au moyen duquel on pique les poissons pour les prendre.
ÉPÉE, poisson. V. Cépole.
EPÉE-DE-MER ou ESPADON, ddphinus gta* diaton ( Bonnet. ) Cétacé du genre des dauphins*
Description* — Il ne faut pas le confondre avec le poisson-empereur et le poisson-scie ( Y. Scie ), qui sont de véritables poissons pourvus de branchies , ovipares et à sang froid $ tandis que Vèpée-de-mer est un cétacé qui respire par des poumons , qui a deux ventricules au cœur, le sang chaud, et qui est vivipare. Cet animal ressemble beaucoup à IVpaulard par la forme de sa tète et de ses nageoires, et par ses habitudes et sa haine contre les baleines. Sa taille est de 10 à 1 a pieds , et son corps , qui a la figure d'un cône allongé , est de couleur brune en dessus* et blanchâtre en dessous. Chaque mâchoire est armée de dents pointues et redoutables j son sabre ou épée est cette nageoire haute , triangulaire et un. peu recourbée *m>'il porte sur le dos $ elle a 3 ou 4 pieds de grandeur et 18 pouces de lame à sa base$ mais elle finit en pointe et s'abaisse du côté de la queue. Rien n'égale l'agilité del'épée-de-mer ; elle est si extraordinaire, qu'on ne peut l'atteindre et la prendre, à moins de la tuer avec une carabine chargée de lingots.
Habitation* — Les épéea-de-mer se tiennent prinr cipalement vers le Spitzberg et le détroit de Davis.
Nourriture* — Elle est la même que celle des épaulards $ et, comme eux , les épeesrde-mer font une guerre cruelle aux baleines. On dit que lorsque celles-ci , fatiguées du. combat , ouvrent la gueule , les épées-de-mer s'y précipitent pour en dévorer la langue, qui est presque la seule partie de la baleine qui leur plaise f car lorsqu'ils L'ont entièrement maa~ gée , ils abandonnent le reste. Voilà pourquoi des matelots rencontrent quelquefois des baleines montes, qui n'ont plus de langue. Les poissons appelés iillars sur les côtes des États-Unis d'Amérique paraissent appartenir à la même espèce ) mais ils deviennentplus grands , et arrivent jusqu'à 20 ou 3o pieds de longueur.
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ÉPERL AN, eperlanus. Petit poisson qui, d'après Linnseus , fait partie du genre des salmones 9 et que Lacépède a placé au rang des osmères. Il se nomme esplan ou espelan en vieux français ; stint en allemand ; smelten danois et en anglais, et spieringen hollandais. Il n'a été connu ni des Grecs ni des Romains. Belon est le premier naturaliste qui en ait parlé.
Linnœus distingue deux espèces d'éperlan : l'une, qui habite dans les lacs d'eau douce, et l'autre qui habite la mer et remonte les fleuves*
L'Éperxan des lacs n'a guère que 3 à 4 pouces de longueur. 11 brille de couleurs très -agréables ; son dos et ses nageoires présentent un beau gris ; ses côtés et sa partie inférieure sont argentés 9 et ces deux nuances sont relevées par des reflets verts , bleus et rouges. On prétend que le nom d'éperlan lui a été donné à cause de ses couleurs , qui ressemblent aux perles orientales. Ses écailles et ses autres tégumens sont d'ailleurs si diaphanes , qu'on peut distinguer dans la tête le cerveau, et dans le corps les vertèbres et les côtes. La forme de ce poisson est à-peu-près celle d'un fuseau , son corps étant terminé en pointe des deux bouts. Il a la tête petite ; les yeux grands et ronds, la prunelle noire et l'iris d'un bleu argenté ; la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure , et toutes deux garnies de dents menues et recourbées en dedans ; le palais aussi garni de dents ainsi que la langue , où l'on en- remarque quatre ou cinq ; les écailles peu adhérentes. L'éperlan répand une odeur assez forte, que l'on a comparée à celle de la violette : il s'en faut cependant beaucoup qu'elle en ait l'agrément ; et elle devient quelquefois si forte et se modifie tellement avec celle qui résulte d'un commencement de corruption , qu'elle est presque fétide.
Habitation. — Ce poisson se tient dans les profondeurs des lacs dont le fond est sablonneux. Vers le printemps , il quitte sa retraite et remonte dans les rivières en troupes très -nombreuses, pour y frayer.
Nourriture. ~1\ vit de verset de petits animaux à coquilles.
Propagation. — Il multiplie avec tant de facilité , qu'on en vend , dans plusieurs marchés de l'Allemagne , de la Suède et de l'Angleterre , des quantités énormes.
Qualités. — L'éperlan est un poisson dont la chair est très-délicate et agréable au goût , mais un peu difficile à digérer. C'est principalement en friture qu'on la mange. On sèche et on sale l'éperlan pour l'envoyer au loin , par des procédés analogues à ceux que l'on emploie pour la sardine.
Pêche. — Ce n'est guère qu'au temps du frai que l'on prend l'éperlan, à moins qu'on aille le chercher dans la retraite profonde où il se tient en tout autre temps. Cette recherche a lieu particulièrement lorsque la glace commence à durcir la surface des eaux. On le pêche avec des filets à mailles trèsétroites. Il perd la vie en peu d'instans après avoir été tiré de l'eau.
L'Eperlan de mer. (PL 8,Jîg. 5.) Bloch regarde l'éperlan qu'on trouve dans la mer et qui remonte les fleuves, comme une espèce distincte de
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celle des lacs ; mais il ne lui trouve point de Caractère spécifique bien prononcé, autre que sa grandeur trois fois plus considérable. M. Noël a, dans un ouvrage publié en 1798, donné une description très-étendue de ce poisson et de la pêche qu'on en fait à l'embouchure de la Seine. Nous allons présenter un extrait de cet ouvrage , le plus propre à bien mire connaître cette espèce.
Description. — L'éperlan de mer, comme on vient de le dire, ne diffère guère de l'autre que par sa longueur et sa grosseur, qui varient suivant les endroits où on le pêche. La taille des plus longs individus est de 10 pouces; mais ils parviennent rarement à cette taille : on dit qu'on en a péché un , il y a beaucoup d'années, qui avait un pied de longueur. Ce poisson a le corps fusiforme, assez comprimé vers la queue et légèrement aplati vers la tête ; la peau d'une couleur brillante, dans laquelle se fondent le blanc , l'azur tendre et le vert de mer : de sorte que les côtés et le ventre sont d'un blanc argenté , et le dos cendré ou d'un vert bleuâtre ; les écailles petites , adhérentes et rares ; la ligne latérale simple et droite; la tête cathéoplate; lTœil grand , noir et vif; les narines larges et ovées ; l'ouverture de la gueule grande; la mâchoire inférieure légèrement recourbée et plus avancée que la supérieure, toutes deux armées de dents fortes et aiguës; le palais présentant aussi deux plaques osseuses. et denticulées ; la langue, l'os hyoïde et les osselets, qui forment l'entrée de l'œsophage, garnis des mêmes dents ; les branchies d'un rouge très-vif; sept nageoires, y compris celle de la queue; 10 rayons aux nageoires pectorales, 8 aux ventrales, 9 à la dorsale , 17 à l'anale , 19 à ra caudale, 7 dans chacune des nageoires branchiales ; entre la dorsale et la caudale , mais plus près de la dernière , la fausse nageoire ou appendice adipeuse, qui constitue le genre des salmones; la peau, la chair et les parties osseuses même, transparentes.
Variétés. — On distingue, dans la Seine inférieure, deux éperlans, le blanc et le vert. L'éperlan blanc, qui est le plus abondant, a la chair feuilletée, plus mollasse au toucher, et moins • estimée que celle de l'autre. Quelques pécheurs pensent que la blancheur et la grosseur sont le résultat de la nourriture et de l'âge.
L'éperlan vert a la chair plus ferme , et il est plus estimé à Rouen que le précédent. En automne , l'éperlan est très- vert au Hoc, à Villerville, etc.; et durant le printemps, au Pont-de- l'Arche : les éperlans qu'on suppose venir directement de la mer sont généralement verts. Des pêcheurs d'Oissel estiment que l'éperlan, originairement vert, devient blanc en faiblissant, c'est-à-dire après le frai, parce qu'alors il est malade ; mais Noël , en rapportant ces opinions, pense, au contraire, que si, après l'époque du frai, les pêcheurs ne trouvent plus que l'éperlan blanc , c'est que celui de la mer a regagné les eaux salées , et qu'il ne reste plus dans le haut de la Seine que l'éperlan qui en est indigène.
Qualités. — L'éperlan qu'on pék&e dans la Seine inférieure est, suivant le même auteur, bien préférable à celui qu'on prend par-tout ailleurs, soit dans la mer, soit dans î'Elbe, la Loire, l'Orne, etc. Il
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y a des années o^ il est si gras que, mis sur. les charbons, il en éteint le feu , comme le fait le halbourg ou hareng d'été de la Manche. Il e&t reconnu que tout l'éperian qui se pèche au -dessus de Cauaebec est plus ferme , a rôdeur moins forte , et est plus délicat que celui qui se pèche sur les fonds voisins de la mer. Aussi tous les pécheurs s'accordent-ils à dire qu'il faut que ce poisson remonte la Seine pour acquérir sa qualité. L'éperian de Caudebec et celui du Font-de-l' Arche jouissaient autrefois d'une grande réputation, pour la saveur et la finesse de leur chair.
Voyages des éperlans et leurs habitations* — Les éperlans voyagent pour se procurer une quantité suffisante de nourriture et pour se reproduire* Ils exécutent ces -voyages en troupes plus ou moins nombreuses ; ils suivent plutôt le fond de l'eau que la partie voisine de sa surface, excepté quand les vente soufflent du midi. Ils remontent à la file , précédés par les plus forts, comme les rosses, les lavarets, etc.; et on prétend à Oissel, à Cléon , àFreneuse, etc., que, fidèle à ses habitudes, l'éperian suit constamment la même route sans se détourner. Ce chemin est si étroit en quelques endroits, sur-tout dans ceux où le lit de la Seine se trouve traversé par des" bancs de falaises > que sa largeur excède à peine 4 ou 5 pieds. L*& pécheurs qui tendent leurs nasses en face de la route suivie en prennent de grandes quantités, tandis que ceux qui les tendent à droite et à gauche de cette route n'en prennent quelquefois pas un seul ; ce qui annonce que l'éperian remonte la Seine en colonnes très-serrées.
L'éperian se plaît dans les eaux un peu troubles et stagnantes où il a trouvé une bonne nourriture , et il s'y réunit plus en masse que dans les eaux claires. On a encore remarqué qu'à l'embouchure de la Seine, à mesure que l'eau du fleuve baisse avec le reflux, le poisson descend avec elle, et qu'il se porte successivement sur les bancs où il reste encore un peu d'eau.
Quelques pécheurs admettent une montaison 5 d'autres en admettent deux , et ils ne sont pas d'accord sur les époques. Noël pense que les pêcheurs qui admettent deux montaison s confondent souvent avec l'éperian de la première montaison le poisson de cette espèce , qu'il appelle stationnait*, et qui se montre de bonne heure et avant les autres.
Quand il se réunit des circonstances favorables, une montaison s'opère quelquefois en moins de. dix jours , c'est-à-dire qu'un ou plusieurs lits d'éperlans n'emploient que cet espace de temps à monter de
âiiliebœuf jusqu'à Rouen et au-delà; ce qui est fàeux pour le pécheur, parce qu'alors le poisson passe trop vite et échappe aux pièges qu'on lui prépare.
Parmi les pêcheurs qui admettent deux montaisons, les uns prétendent que l'éperian de la seconde montaison, est plus gros que celui de la première, tandis que les autres sont d'un avis contraire ; et ce dernier avis est conforme à l'analogie et à ce qu'on remarque dans un grand nombre d'espèces* Mais une vérité incontestable, c'est qu'à telle époque de Tannée qu'on veuille pécher dans la Seine , on y trouve l'éperian en différons états , plein , vide , ré-
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paré de la maladie du frai , commençant à se remplir d'œufs , etc. Au moyen des nasses, on le prend dans tous les mois de Tannée , au-dessus de Rouen , en plus ou moins grande quantité, comme sur les fonds du Tôt, avec les guideaux. Enfin, Noël n'hésite point à affirmer qu'une partie des éperlans qui se pèchent dans la Seine y réside toute l'année ; que, dans le temps du frai, il en vient aussi beaucoup de l'embouchure de ce fleuve et de la mer; qu'ainsi les lits d'éperlans qui se trouvent dans la Seine sont composés, partie de poissons stationna ires , et partie de poissons, qui abandonnent les eaux de la mer pour remonter les eaux douces et venir déposer leur frai sur des fonds plus appropriés aux besoins de la reproduction.
Les pêcheurs qui prennent ce poisson . depuis Rouen jusqu'au Font -de -l'Arche; ceux d'Oissel , de Cléon, d'Orival , de Freneuse , etc., pensent qu'il habite une grande partie de l'année dans les endroits les plus profonds de la Seine, où l'eau est généralement plus calme , et où il se met à l'abri dans les creux du lit primitif. Us sont dans l'opinion unanime qu'il en sort dans les grandes crues d'eau , avant les celées , et qu'après avoir frayé , ce qui arrive à la fonte des neiges , plus tôt ou plus tard , suivant la température de la saison , il regagne ses demeures ordinaires avec une imperturbable régularité. '.
Nourriture.—» On ne peut indiquer, d'une manière précise , la nourriture la plus ordinaire à l'éperian réuni en troupes dans la baie ou embouchure de la Seine. On peut seulement conjecturer , d'après l'odeur de varec et de limon que sa chair y contracte , que la vase et le varec y entrent pour quelque chose* Les pêcheurs ont observé qu'il se nourrissait particulièrement de poux d'eau ou crevette des ruisseaux , qu'ils appellent vulgairement écraille (pulex fiuviatilis de Ray), insecte aquatique trèscommun dans la Seine. L'ahle , le riolet et autres Setits poissons lui servent aussi d'aliment, ainsi que es petits vers, des insectes et des graines qui se trouvent charriés par les eaux. Sur les bancs de Quillebœuf , on voit quelquefois le sable becqueté comme serait la surface d'un réseau ; on présume que ce sont des éperlans qui sont venus y chercher leur nourriture. L'opinion générale est que la bonté de la chair de l'éperian dépend de sa nourriture. Aussi les pécheurs mettent-ils une grande différence entre l'éperian pris à Noirville, par exemple, et celui qu'on pêche à Jumièges , Duclair ou Boscherville.
Ennemis. — Le marsouin , le saumon et l'esturgeon détruisent une grande quantité d'éperlans \ le brochet, le cahuhaux , la feinte poursuivent particulièrement le frai dans la saison du printemps ; l'anguille en détruit aussi beaucoup , ainsi que la carpe , l'alose , la. perche et le barbeau, tous poissons de la rivière de Seine. Ce dernier est reconnu par les pêcheurs qui tendent leurs nasses au-dessus de Rouen, pour être un des principaux ennemis de l'éperian. Les poissons que l'on vient de nommer sont si friands de sa chair, que c'est le meilleur appât qu'on puisse leur présenter.
Propagation. — L'éperian cherche toujours l'eau
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la plus douce pour y déposer ses œufs \ mais il ne réussit pas toujours à y parvenir. S'il lui arrive en remontant la Seine d'être contrarié par les grosses eaux', il fraie, dès son embouchure même, sur les tonds où il se trouve t aussi des pêcheurs de Ville» quier ont -ils tu souvent des radeaux entiers d'éperlans remonter la Seine, quoique déjà ils eussent jeté leurs oeufs. Ils ont fait la même remarque pour l'alose. Les plus gros éperlans sont ceux qui fraient les premiers , circonstance de la reproduction de Pespèce qui leur est commune avec la morue, le hareng , la bordelière , la brème , etc.
Comme te gonflement des rognes est plus sensible et plus extensif dans les femelles, que celui des laites dans les mâles des poissons, elles sont les premières qui cherchent à se soulager et à trouver des endroits propres à recevoir leurs ceufs.
Cest sur-tout à l'époque du frai, que l'éperlan exhale une odeur assez forte {aura semina/is).
Quelques personnes trouvent l'odeur du thym , d'autres celle de la violette , aux émanations qui s'échappent du corps de l'éperlan.
ha fraieson (temps du frai) de l'éperlan dure un mois et se prolonge souvent au-delà. Si la température est favorable, il met beaucoup moins de temps à frayer* On a remarqué avec raison que les
Îtoissons qui multiplient beaucoup sont ceux dont a fraieson dure le plus : le goujon, la gibèie, etc., etc., en sont la preuve.
L'éperlan fraie depuis l'embouchure de la Seine jusqu'au Pont-de-1'Arche t sur les fonds où l'eau tranquille promet au frai qui doit éclore une nourriture douce et une pleine sécurité. Il ne fraie qu'une seule fois par an , et l'époque de la fraieson varie suivant les lieux : plus les fonds sont voisins de la mer, plus l'éperlan fraie de bonne heure, c'est-à-dire dès l'automne. Quand le jeune frai est assez fort pour venir 6'essayer à la surface de l'eau , on le distingue des autres petits poissons à sa queue , d'une couleur légèrement brunâtre. Quand le frai se montre ainsi dans les eaux courantes , le grand éperlan ne s'y fait plus voir qu'en petites troupes : on présume qu'une partie a regagné la mer; que l'autre s'est fixée sur des fonds où l'eau est stagnante , et présente des alimens plus variés et plus nourrissans.
A la fin de l'hiver , on voit souvent vers Vfllequier et au-dessous de prodigieuses quantités de petits éperlans, qui sont charriés par les grosses eaux dans la mer.
Pêche de l'éperlan*
Les pêches les plus considérables de l'éperlan se sont faites dans les temps les plus anciens , depuis Caudebec jusqu'à l'embouchure de la Seine. Caudebec était le siège ou l'estaple principal des pêches de ce poisson $ aussi cette ville portait -elle trois éperlans dans l'écusson de ses armes.
La Seine pouvait autrefois s'appeler lejfeiire des éperlans, comme on a appelé une portion Aea eaux de la Baltique qui baignent les côtes de Livonie la mer des éperlans ( stintzée). Ces poissons étaient
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qu'on détendait les gords pour éviter qu'ils ne dé* durassent les filets. On en prenait tant au Pontde- l'Arche, au plus haut point de leur ascension dans la Seine, qu'on les y vendait par charretées. Une abondance égale signalait la présence de l'éperlan sur les fonds qui s'étendent de Duclair à la Mailleraie. Il est souvent arrivé de prendre 20,000 de ces poissons avec 20 brasses de filet appelé seine j mais le nombre des éperlans a bien diminué de nos jours : on n'en voit quelques-uns au Pont-de-l' Arche qu'à la faveur des grandes marées* Un cri unanime, disait M. Noël, s'élève contre l'incroyable destruction que font du jeune frai les guideaux du bas de la Seine. L'oubli des réglemens les a tellement multipliés , qu'ils en obstruent l'embouchure.
Observons que c'était en 1798 que Noël faisait ces justes réclamations contre l'abus des pêcheries établies sur la Seine \ mais que la loi du 14 floréal an 10 (4 mai 1802), ayant ordonné que la pèche dans les rivières navigables serait affermée, et remis en vigueur les dispositions de l'ordonnance de 1669, les abus qu'il signalait alors n'existent plus , et que la pêche des éperlans, quoique moins abondante qu'autrefois, est redevenue plus importante qu'à l'époque de l'ouvrage de Noël.
Cet auteur observe que c'est le jeune frai de l'éperlan qui éprouve la plus grande destruction, parce qu'il est dévoré par les brochets , les aloses et les feintes ; et que , comme on n'a pratiqué sur les deux rives de la Seine, depuis Rouen jusqu'à la mer, aucun étang artificiel , l'éperlan n'y saurait être d'un avantage aussi grand que dans la Basse- Allemagne, où il en existe beaucoup. Il propose de transporter ce poisson dans des étangs artificiels, dont le fond serait de sable et profond , parce qu'il y serait utile pour la nourriture des gros poissons , et qu'il pour* rait y subsister long-temps sans éprouver une dégénération sensible , attendu qu'il peut se passer de l'eau de la mer.
Il y a différentes méthodes de pêcher l'éperlan r depuis le Pont-de-1'Arche jusqu'à l'embouchure de la Seine. Ces méthodes varient suivant les lieux et les saisons, et elles sont en outre soumises à diverses considérations qui se tirent de l'état de Patr mospbère, du coucher et du lever du soleil,. de la lune , de la température de l'air , des vents , et enfin du cours de la Seine, subordonné au flux de la mer.
Des pêcheurs de Tancarville estiment que la nuit est en général plus favorable que le jour à la pêche de l'éperlan. Ceux qui habitent les bords de la Seine, au-dessus de Rouen, partagent cette opinion et regardent la nuit comme plus favorable pour la pêche aux nasses ; car pour les seines, le jour et la nuit sont indifférens. Ceci ne doit pourtant s'entendre que des pêches faites quand l'eau de la Seine est claire 5 car si elle est chargée de sable et de vase, comme il arrive dans les recrues, le jour est plus avantageux que la nuit. Néanmoins, aux grandes marées du printemps, quand il y a un concours entre elles , la nouvelle ou la pleine lune et les vents du midi , la pêche , qui se fait en tous sens ,
si abondans sur les fonds de Freneuse et de Crique- parce que l'éperlan n'a plus de marche réglée , et que bœuf une vingtaine d'années avant la révolution , | le besoin de frayer le rend plus inquiet , plus erra-
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tique dans ses mouvemens, est aussi productive la nuit que le jour»
Au crépuscule, au premier chant de l'alouette, comme disent les pêcheurs , la capture de l'éperlan est généralement bonne. Sourent à la chute du jour, sur-tout si Pair est calme, le poisson s'agite dans l'eau plus volontiers, ce qui en facilite la pêche. U en est de même au lever, au coucher de la lune, principalement quand elle est pleine : au moins estce l'opinion unanime des pécheurs; mais il parait que la marée y contribue plus que tout le reste.
Vu Vent doux, soufflant du 8.-E. au S.-Oi, est préférable aux vents de la partie du nord» Ceux-ci agitant trop la Seine; ce qui, joint aux grosses eaux qui s'y mêlent asses souvent, éparpille le poisson en trop petites troupes.
fin pleine lune , en temps doux , les grandes marées sont préférables pour la pêche aux guideaux dans le bas de la rivière i Au-dessus de Rouen , au contraire, où l'on pêche avec des nasses , on a remarqué qu'une marée trop forte était moins avantageuse qu'une moyenne, parce que cette -dernière excitait plus volontiers l'éperlan à se déplacer. Entre Rouen et le Pont-de-1'Arche, c'est toujours durant le flux et quand l'eau otoétale, qu'on prend le plus d'éperlans ; il s'en pêche peu en reflux. La même remarque a lieu pour le bas de la rivière, où les guideaux prêtent face au courant de la marée.
Si les pécheurs reconnaissent des tempe plus ou moins favorables à la pêche de l'éperlan, il en est de même de ceux qui lui sont absolument contraires ou des circonstances qui la rendent impraticable. Ainsi, par exemple , les basses eaux et les grosses eaux sont tout ensemble un obstacle à la meilleure capture possible de l'éperlan. Le premier cas arrive quand , durant l'hiver, il est tombé peu de neige, et que la fonte en est peu sensible pour l'augmentation du volume des eaux de la Seine ; le second , lorsque les grandes crues qui viennent à la suite d'une température humide et pluvieuse repoussent l'éperlan jusqu'à l'embouchure de la Seine, et qu'alors il remonte difficilement.
Quant aux instrumens dont on se sert , on en use de plusieurs sortes.
En les prenant , depuis le Pont-oWArche jusqu'à l'embouchure de la Seine , on en distingue deux espèces : les instrumens ou filets sédentaires s, les instrumens ou filets mobiles, qui se déplacentà volonté*
Les gords, les nasses, les guideaux appartiennent à la première espèce.
I«e gords ne sont point employés plus bas que Tourville. On. sait que ces instrumens ae pêche consistent en une file de pieux jointife, qui forment une espèce d'entonnoir auquel on adapte des verveux ou guideaux disposés à cet effet, et qui, ouverts au courant de la Seine, arrêtent l'éperlan à l'aval de l'eau $ ce qui n'a lieu oue lorsqu'il y est entraîné et poussé par des tourbillons, qui forcent le poisson trop faible d'y entrer malgré lui. Aussi est-ce un des argumens dont se servait un des pêcheurs d'Oissel , qui , en attctordant que l'éperlan pouvait bien remoa té* dênèk 'mer , niait qu'il y retournât , parce que, diaéfcfril, il ne prenait guère ce poisson qu'en montant' et presque jamais en descendant.
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Les nasses sont des espèces de paniers d'osier, à claire- voie , qui laissent passer l'eau et retiennent le poisson : elles sont particulièrement employées à pêcher entre les rochers ou falaises du lit du fleuve, où l'usage des seines ne peut avoir lieu d'une manière fructueuse au pécheur. On prend beaucoup d'éperlans dans les nasses* Malgré la petitesse de ce poisson , dit l'auteur du Traité des Pèches t on n'a pas besoin que les osiers soient aussi serrés que lorsqu'on prend des anguilles. On attache dix à douae nasses ensemble, qu'on iait descendre, au moy*a( d'une corde , dans l'endroit du passage des éperlans , quand ils remontent à contre-courant* Cette suite de nasses interrompant le cours de l'eau, les éperlans nagent autour, s'avancent vers le goulet et s'introduisent successivement dans la nasse : on y prend aussi divers autres poissons, tels que de% brèmes, des gardons, des barbeaux, etc., etc. Les nasses qui servent à la pèche de l'éperlan ne durent guère qu'une année, parce qu'elles sont faites avec un osier fin et vert. Cet instrument de pêche est particulièrement en usage entre Reuen et Pont- de -l'Arche, sur l'une et l'autre rive de la Seine , suivant l'opportunité des lieux.
Les guideaux sont un instrument de pécha trèsdestructif du poisson : c'est un appelet d'environ 6 mètres et demi en carré , attaché sur des pieux fixés avec des câbles, et placé au milieu dis courant ou flux. Quand la marée pousse les eaux de la Seine devant elle et las refoule contre son cours , tout le poisson , gros où petit, bon ou mauvais, s'y trouve emporté , froissé et y meurt en peu de tempe. C'est principalement quand l'éperlan , contrarié par les grandes eaux , a été oblige de frayer dans le bas de la rivière , que la destruction du frai est incalculable. Trop faible pour lutter contre le flux , dans les marées de l'équinoxe du printemps, il est entraîné vers les guideaux avec une violence difficile à décrire, et bientôt il y est couvert de sable, de vase, de goémon ; ce qui en fait périr une quantité prodigieuse du premier et du second âge. Personne n'ignore que les guideaux sont tendus pendant toute l'année , excepté durant la saison de* glaces 9 leur ouverture est en regard avec le flux. Quoiqu'à Tan* carville et au-dessous la maille du filet soit assez large pour- qu'un éperlan y passe aisément , les algues et autres plantes marines ont bientôt obstrué ces portes ouvertes à la petitesse et à l'agilité du poisson, vu sur «tout que les mailles du fond du guideau ont bien moins d'ampleur que celles des ailes ou bandières latérales. C'est un crible qui laisse passer l'eau et arrête tout le poisson.
La seconde espèce des instrumens de pêche employée dans la Seine consiste en filets mobiles appelés seines; Il y a la grande , la moyenne ou seine drue, et la seinette, le tramai 1 ou tramai! Ion, etc.
Sous la dénomination de seine, on voit qu'il faut entendre des filets simples, tombant en nappe et employés en traîne , dont la maille diffère pour la lar- genr, et dont les dimensions ne varient pas moins , suivant la profondeur de l'eau où doit se pécher l'éperlan. La maille a depuis 1 1 milKm. jusqu'à 4o et au-delà Q5 lignes jusqu'à 18). Quand on se sert de la seine, on pêche, soit avec des barques, soit à
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bras d'hommes , sur des fonds unis , où Peau a peu de profondeur.
Le tram ail ou tramaillon est composé de trois pièces de filets, deux à grandes mailles, une à petites, dont la largeur ordinaire n'excède pas 1 1 miflim. (5 lignes), et dont la flue est faite d'un fil très-fin , qu'on tanne à volonté ; le pied du filet est garni de
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plomb , la tête l'est de flottes de liège. Ces filets
ont depuis a mètres et plus jusqu'à 3 mètres de
chute (7 à 9 pieds). Les pécheurs les font descendre
à^plus ou moins de profondeur, au moyen de cordes
qui se prolongent à volonté* La pèche au jpunail se
lait avec des barques.
L'éperlan se prend aussi à l'hameçon; mais ce qu'on en pécherait serait peu considérable.
ÉPERLAN BATARD. On appelle ainsi , dans quelques endroits , de petits poissons , tels que des ablettes, dont on se sert pour amorcer les lignes. V. Ablette.
EPERLAN FRANC. On donne mal à propos ce nom à un petit poisson que l'on pêche à l'embouchure de la Loire , et qui ressemble un peu à la sardine de moyenne grosseur , avec cette différence qu'il est plus effilé et plus arrondi. Ce poisson a les écailles argentées ; des points noirs régulièrement distribués sur le dos ; les yeux gros , l'iris couleur de perle , la prunelle noire ; la gueule grande , la mâchoire inférieure plus avancée que l'autre, toutes , deux armées de dents ; le palais garni d'aspérités ; la langue rude) les narines doubles; deux nageoires dorsales , une ventrale , la caudale fourchue ; deux nageoires branchiales; deux nageoires sous la gorge, et toutes formées par des rayons souples , et la plupart rameux. Ce poisson est transparent comme le véritable éperlan ; il entre dans la Loire au printemps , et c'est alors qu'on le prend en abondance. Sa chair est d'assez bon goût , mais nullement comparable à celle de l'éperlan de la Seine.
ÉPERVIER. Filet de pèche, en Uxinjunda, et dont le nom pourrait bien provenir de ce que ce filet agit à l'égard du poisson comme l'oiseau qui porte le même nom agit à l'égard de sa proie, en fondant dessus de haut en bas ; on le nomme aussi furet et risse au.
L'épervier est un filet de forme conique ou en entonnoir. (V. PL 23,Jtg- 29, A B C.) Son embouchure A B est fort large , et dans les grands filets elle a jusqu'à 11 et 1 a brasses; elle diminue peu à peu d'étendue, et le filet se termine en pointe au sommet du cône C, ou est attachée une corde , qu'on tient plus ou moins longue suivant l'endroit où L'on veut pêcher. Sa chute , depuis C jusqu'en bas, a une longueur proportionnée à son embouchure : supposant, par exemple, que le tour de son envergure soit de 60 pieds , sa coiffe aura 1 2 pieds , parc,e qu'elle doit avoir le cinquième de la circonférence de l'embouchure.
Ce filet, qui est d'un fort bon fil retors en trois, est bordé en A B d'une corde, grosse comme le doigt pour les giands filets , et comme un tuyau de plume pour les autres; on la garnit de bagues de plomb, qui peuvent peser , chacune , une once , et quelquefois avec des balles percées , qu'on enfile dans la corde comme des grains Île chapelet , et qu'on as-
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sujettit par des nœuds faits entre deux balles. Le plus souvent les bagues sont de petites plaques de plomb qu'on roule sur la corde à petits coups de marteau , comme le ferret d'un lacet. Toute cette plombée pèse environ 4° ou 5o livres pour les
frands filets, et de 20 à 25 livres pour les autres, ic bord du filet excède de 12 à 18 pouces dans le premier cas , et de 8 à .12 dans le second, la corde plombée; mais cette partie est retroussée en dedans du cône , et comme elle est soutenue de distance en distance par des lignes D , cette portion du filet forme , tout autour de l'embouchure de l'épervier , des bourses dans lesquelles le poisson s'engage.
La^/%. 3o, a b, représente une coupe de ce filet; a est un plomb ou une portion de la corde plombée; b est la partie du filet relevée en dedans, et qui, retenue par les ficelles B D9 qui sont assez éloignées les unes des autres, comme on le vo'R fig. 29 , forme les bourses e9 dans lesquelles le poisson y en cherchant à s'échapper par-dessous le filet, s'engage et reste nécessairement en la possession du pêcheur.
Manière de travailler les éperviers.
Comme on augmenterait inutilement le travail, le prix et le poids du filet , si on faisait , dans toute l'étendue d'un épervier , les mailles aussi serrées Qu'elles le doivent être en bas, on a coutume de donner auprès de la culasse 2 pouces d'ouverture aux mailles , tandis que vers l'embouchure on peut quelquefois à peine y passer le doigt , à moins qu'on ne se propose de prendre seulement de gros poissons. Au bord de la mer, les mailles ont assea communément 11 lignes en carré.
On travaille les éperviers en rond , et pour faire la diminution des mailles , .comme nous venons de le dire , quand on a fait dix rangs de mailles ou dix ourdres en descendant, à compter de la culasse ou de la levure, on forme les mailles suivantes sur un moule plus petit, et on continue, de dix en dix rangs de mailles, à changer de moule pour en prendre de plus petits , jusqu'à ce qu'on soit arrivé au bas du filet. Quand on se propose de tenir les mailles d'en bas moins serrées , on ne change de moule que de quinze en quinze rangs de mailles.
Comme il but que le filet s'élargisse peu-à-peu à mesure qu'on approche de l'embouchure, on fait alternativement un rang de mailles sans accrues et un autre avec des accrues de six en six mailles. 11 est sensible que quand on fera un rang de mailles au-dessous des. accrues, le nombre des mailles de ce rang sera augmenté proportionnellement au nombre des accrues qu'on aura formées , et la circonférence du filet sera plus grande qu'elle n'était : en continuant à former ainsi des accrues jusqu'au bas du filet , on lui procure un évase ment convenable.
Ensuite on retrousse en dedans les bords du filet, et on les attache de pied en pied , pour former des bourses au bas et autour de l'épervier ; enfin on doit avoir attaché avec de bon fil retors-la corde plombée à la partie du filet destinée à formai*l'embouchure :
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ce] [ment,
1 îa partie au met destinée a lormai^i emooucnure : /'est ainsi que sont faits la pluparT>^Qirépeçyiers ; «pendant il y en a de petits qu'on montqpraféremnent. • 1 ^'«.
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Ces derniers éperviera (fig. a8 ) sont ordinairement moins grands que les autres , et n'ayant point débourses à l'embouchure, tout le rets se termine à la corde plombée 5 de plus , au lieu de lier une corde à la pointe du cône par où le filet a été commencé , on arrête cette partie de filet sur un anneau de cuivre ou de corne , épais de 6 à 9 lignes : ainsi les douze premières mailles, qui font la levure du filet, sont fermement arrêtées sur cet anneau à la corde.
En général , les éperviers sont de différentes grandeurs , suivant l'étendue de la nappe d'eau où l'on se propose de pêcher.
Manière de pécher avec l'épervier,
" Il y a deux fa'tions de pêcher avec l'épervier : l'une en le traînant , l'autre en le jetant.
Pour pécher avec l'épervier en le traînant^/g. 3 1 , PL a3, on attache deux cordes à celle qui entoure l'embouchure du filet, et qui porte les plombsy^ , faisant en sorte que l'espace fg occupe à-peu-près la largeur de la rivière ou du courant d'eau dans lequel on pêche.
Deux hommes traînent le filet en halant sur les cordes k /, de manière qu'une portion du filet f g se 'tienne presque droite à la surface de l'eau ; Le reste de l'embouchure du filet tombe au fond de l'eau, à cause des plombs. Cette embouchure porte sur le fond en décrivant une espèce d'ovale : la queue ou culasse du filet flotte entre deux eaux. Un homme m suit les pécheurs , il tient la corde qui répond à la pointe du filet , et quoiqu'il la laisse lâche, il s'aperçoit cependant s'il y a des poissons pris, par les* secousses qu'ils impriment au filet et qui se communiquent à la corde.
Lorsqu'on s'aperçoit aux secousses de la corde de la culasse qu'il y a du poisson pris , il est à propos de relever le filet : pour cela , le pêcheur cherche un endroit où la berge ne soit point trop élevée , où il n'y ait pas beaucoup d'herbes , en un mot qui soit commode pour tirer le filet à terre : alors les deux pêcheurs lâchent leur corde pour que toute la circonférence du filet porte sur le fond ; un des pêcheurs prend la corde de la culasse , il la tire doucement à lui , non pas directement , mais en se portant d'une enjambée vers la droite , puis vers la gauche $ ce qu'il répète à plusieurs fois, pour faire en sorte que les plombs qui portent sur le fond se rapprochent les uns des autres , et ferment l'embouchure du filet.
.Quand ii tient la culasse même du filet , il continue à tirer le filet en se balançant encore vers la droite et vers la gauche, mais sans changer de place ; aussitôt qu'il s'aperçoit que tous les plombs sont bien réunis et qu'ils quittent le fond , il tire de tontes ses forces pour mettre promptement le filet sur l'herbe : alors , saisissant la corde qui porte les plomba , il la suit tout autour du filet , vidant les poches ou bourses, qui sont ordinairement remplies de vases, d'herbes, de coquilles, et de très-petits poissons qu'il doit rejeter à l'eau \ mais à mesure qu'il s'en présente qui méritent d'être conservés , il les met dans un panier couvert , au fond duquel il y a de l'herbe fraîche.
Quand les rivières sont bordées d'herbiers ou de
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crânes, ou de sous-rives ; en un mot, quand le filet ne peut pas embrasser toute la largeur de la rivière , on prend des bouleurs : ce sont des hommes armés de perçues , qui marchent d'un côté et de l'autre du cours.de l'eau, immédiatement derrière ceux qui halent le filet , et avec leurs perches ils battent les herbiers ; ils fourgonnent dans les crônes pour engager le poisson à donner dans le filet.
C'est une question de savoir lequel est le plus à propos de traîner Fépervier contre le courant , ou en suivant le cours de l'eau $ dans l'un et l'autre cas , une partie du poisson , effarouchée par les pécheurs, les bouleurs et le filet, nage devant pour l'éviter : aussi est-ce pour arrêter ces fuyards qu'on tend de distance en distance, comme de 100 en 100 toises, un tramail qui traverse la rivière; et c'est ordinairement aux approches de ce filet qu'on prend beaucoup de poisson.
Quand la pêche est finie, les pêcheurs portent leur filet à un endroit où l'eau soit fort claire, pour le laver; ensuite ils le pendent par la culasse , et ils en étendent les côtés, pour le mire sécher : sans ces attentions, il serait bientôt pourri.
Lorsque les bords des rivières ne sont point praticables pour traîner le filet , deux pêcheurs mettent par le travers de l'eau un petit bateau , à l'un des bords duquel ils attachent une partie de la corde plombée, qui occupe la longueur du bateau : un pêcheur étant à l'avant, l'autre à l'arrière , ils conduisent avec des gaffes le bateau en le faisant toujours aller de travers au courant. Far ce moyen , on traîne le filet comme si l'on était à terre ; mais, attendu que le bateau et les perches des pêcheurs effarouchent le. poisson , une partie se retire dans les crônes , et communément on prend moins de poisson que quand ceux qui traînent sont sur les deux rives.
On voit dans d'anciens titres que les seigneurs avaient droit de pécher à la gourde : nous allons donner une idée de cette fsçon de pêcher. Il arrivait assez souvent que deux seigneuries étaient séparées par une rivière , et que les deux seigneurs avaient un droit pareil d'y pécher ; mais les pécheurs devaient, chacun , se tenir sur le bord qui leur appartenait. Le pêcheur K , jig. 4> ne pouvant point passer du côté de Z, il attachait le bord supérieur du filet sur une perche qui traversait la rivière , et pour faire flotter cette perche, afin de soutenir le bord du filet à fleur d'eau , il attachait le long de la perche des gourdes ou calebasses vides , et à chaque bout de Ta perche deux cordes , une longue et l'autre plus courte, avec lesquelles il traînait le filet au milieu de la rivière.
Manière de jeter Pépemer.
On ne peut pécher en traînant l'épervier que dans des courans d'eau qui ont peu de largeur, où l'eau n'est point profonde , et sur les fonds où il ne se trouve pas de roches ou même de pierres d'une grosseur un peu considérable. La manière de pêcher dont il s'agit présentement peut se pratiquer dans les grandes rivières , dans les étangs , entre les roches y même à quelque distance du rivage , pourvu
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qu'il s'y trouve beaucoup de poisson, et que la nappe d'eau ne soit pas fort épaisse.
Four cette pèche , on ne tf aine point le filet, mais on le jette aux endroits auxquels on voit ou au
moins
)ins on juge qu'il y a du poisson rassemblé. Quand on a jeté l'èpervier , les plombs font ir les bords du filet au fond de l'eau , et le corps de ce filet couvre le poisson , de manière qu'il
échappe bien difficilement quand on tire le filet hors de l'eau ; mais la façon de jeter convenablement ce filet n'est pas aisée , et elle ne peut être bien exécutée que par un homme grand et fort.
son
et de La même main il empoigne tout l'èpervier viron à a pieds au-dessus de Ta corde plombée \ en suite9 tenant cette portion du filet pendante, de sorte néanmoins que les plombs portent un pen à terre , il prend environ le tiers de la circonférence de l'embouchure du filet, et renversant le filet en entier, il jette cette partie sur son épaule gauche, se formant avec elle comme un manteau à l'espagnole ; après quoi , il empoigne de sa main droite environ un autre tiers : le reste du filet pend devant lui.
Ayant ainsi tout disposé, et étant au bord de l'eau , il tourne son corps vers la gauche pour prendre un élan , et le rappelant avec vivacité vers la droite , il jette le plus fortement qu'il peut tout le filet à l'eau, de façon qu'en se déployant il forme une roue, fig, 32. La corde plombée entraîne au fond de l'eau i'embouchuTe du fitet , qui enferme les poissons qui se trouvent sous le corps du filet. '
On relève l'èpervier, comme nous l'avons déjà dit, fort lentement, en se balançant de droite et ce gauche pour rassembler les plombs ; ensuite on tire tout le filet le plus vite qu'on peut, sur-tout lorsqu'il sort de l'eau.
Il est essentiel de choisir , pour jeter le filet, un endroit où le fond soit uni , sans fortes herbes , sans grosses pierres ni bois : sans cette précaution, l'on courrait risque de déchirer le filet et de perdre beaucoup de poisson , qui s'échapperait par les endroits où fa plombée ne porterait pas sur le fond. Il est encore bien important que celui qui jette le filet n'ait ni boutons ni agrafes à ses habits 5 car si une maille du filet s'accrochait à un bouton ou antre chose semblable, le pécheur, qui a pris un élan vers l'avant, serait infailliblement entraîné dans l'eau.
Pour éviter cet inconvénient , et se garantir en même temps de la quantité d'eau qui découle de l'èpervier, que l'on jette plusieurs fois de suite, la plupart des pêcheurs ont coutume de mettre par-dessus leurs habits une espèce de chemise de femme , faite avec une toile très -serrée, et en outre ils attachent sur leur épaule gauche une peau de chèvre ou de mouton, le poil en dessus.
Les éperviers que l'on jette ne sont ni aussi grands ni aussi lourds que ceux qu'on traîne. Il y a même des façons de pêcher pour lesquelles les éperviers doivent être petits et légers, comme on va le voir.
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Pécheê diverses à l'èpervier.
Les pécheurs de la Méditerranée font un fréquent usage des petits éperviers, qu'ils nomment risseaux t quand ils aperçoivent des poissons attroupés entre les roches ou dans les étangs qui communiquent à la mer*
On prend quelquefois à la rivière d'Agde, d'un seul coup de filet, plus de trente aloses ; ce qui se répète plusieurs fois dans une journée.
Dana les étangs salés , près de Narbonne , on se sert d'éperviers qui n'ont point d'emboursement ni beaucoup de plomb.
A la côte de Saint-Tropeft, de Fréjus et autres endroits de la Provence , on se sert d'éperviers ou risseaux qui ont environ a brasses de hauteur et 10 de circonférence $ les pêcheurs se promènent le long du rivage , et ne jettent leur épervier que lorsqu'ils voient des poissons près de terre.
Sur la Dordogne, deux pêcheurs se mettent dans de petits bateaux avec un épervier, et prennent, durant toute l'année, des carpes, des barbeaux, etc.
A Libourae, sur la rivière d'Isle, on prend de même des poissons blancs, des carpes, des barbeaux, des brochets, et dans les saisons convenables des aloses et des surmulets.
A Fécampi dans la partie la plus étroite de la rivière de Paluet , on prend des truites avec l'èpervier.
Les pêcheurs qui s'adonnent particulièrement à cette pêche mettent volontiers aux endroits où ils veulent pêcher des appâts de fond ; mais comme il faut employer dans cette occasion des appâts qui coûtent peu , ils les font ordinairement avec du son, des feuilles de menthe sauvage, du millet et d'autres graines germées. Au reste , on prétend que cet ap-
Sàt n'attire point le saumon ni l'alose. Observons 'ailleurs que les appâts deviennent inutiles dans les grandes rivières, telles que la Seine, où les égouts qui y aboutissent fournissent aux poissons des alimens en asses grande quantité , sur-tout quand on pêche au-dessous des grandes villes.
fin général, la pêche à l'èpervier n'est pas avantageuse pour prendre le poisson qui s'enfonce dans la vase ou le sable 4 cependant quelquefois des poissons , effarouchés par les plombs, nagent pour s'enfuirj et donnent dans le filet*
Dispositions réglementaires.
La pêche à l'èpervier ne serait point destructive, si les pêcheurs avaient l'attention de rejeter à l'eau les petits poissons ; mais comme on ne peut guère compter sur cette attention , l'ordonnance de 1669, tit. XXXI, art. 10, défend expressément l'emploi de l'èpervier pour la pêche dans les rivières , à peine de 100 fr. d'amende pour la première fois , et de peine corporelle (l'emprisonnement) pour la seconde.
La défense de pêcher avec l'èpervier s'applique aux rivières non navigables ni flottables, comme aux grandes rivières. Gela résulte des anciennes ordonnances de mars i5i5 , art. 89, et de février i554, art. 3t , qui défendent de pêcher avec des filets prohibés dans toutes les rivières en général, grandes et petites; d'un arrêt du conseil, au vj novembre
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