FILA
opinions, on ne peut s'empêcher de croire que le fait qui en est l'objet dépend des circonstances relatives aux localités ; que l'époque indiquée par chaque naturaliste est bien celle où la truite fraie dans le lieu où il a fait ses observations ; mais que , dans cette matière comme dans beaucoup d'autres , l'erreur vient de ce que chacun a tiré une conséquence générale d'un fait particulier et local.
» Le frai de la truite commence avec les premiers froids : l'époque est plus ou moins avancée suivant la hauteur des lieux , et , à hauteur égale f suivant leur éloignement de l'équateur ; car tout le monde sait que l'hiver se fait sentir beaucoup plus tôt sur la cime des montagnes que dans les vallées , et dans les vallées que dans les plaines : on sait aussi que la même progression se remarque à mesure que l'on s'éloigne des pôles. Il résulte de là que le frai de la truite a lieu beaucoup plus tôt à la source d'une rivière qu'à son embouchure, et que dans deux lacs éloignés l'un de l'autre , c'est le plus septentrional où le frai commencera plus tôt. Ce que j'avance ici n'est point conjectural , c'est le résultat des observations que j'ai faites en divers temps et en divers lieux.
» Par exemple , la truite fraie près des sources de la Garonne dès le mois de septembre , tandis qu'à Saint-Réal , dont l'élévation est de 5oa mètres audessus du niveau de la mer, le frai ne se fait remarquer dans ce fleuve qu'en octobre ou au commencement de novembre , et environ un mois plus tard à Toulouse, qui n'est élevée que de i3a mètres.
» Quant aux autres poissons d'eau douce, comme c'est le retour de la belle saison et une chaleur tempérée qui les disposent à l'acte du frai , le climat doit aussi influer sur l'époque de ce frai , mais dans un sens contraire à ce qui arrive à la truite ; c'està-dire que dans les lieux où l'hiver est plus court ces poissons doivent frayer plus tôt que dans ceux où les froids se prolongent jusqu'au printemps : c'est ainsi que les barbeaux se rapprochent plutôt dans la partie de la Garonne qui arrose nos plaines méridionales, que près de l'embouchure de la Seine.
y> Il en est de même des autres espèces, même de celles qui peuplent les mers ; le temps du frai n'est pas le même sur les bords de la Méditerranée et sur ceux de la Manche, et il varie dans l'une et l'autre de ces mers, suivant que le retour de la chaleur est plus ou moins avancé. »