‹ Traité général des peintures à l'eau, ou, Lavis à l'encre de ChineChapitre 8 sur 29 · EAU · texte numérisé non relu

EAU

traire, couvriront le papier d’un travail analogue à celui dont on se sert pour éhaucher le feuilleté de certains paysages.

Si l’espace qu’un voudrait peindre uniformément était plus étendu, comme l’est un ciel, on humecterait le papier avec l’éponge; mais il faut avoir soin de ne charger de couleur que lorsque le papier mouillé ne présente plus de parties luisantes d’eau, mais un aspect demi-mat et uniformément mat, qu’on peut du reste obtenir en tamponnant le mouillé légèrement avec un petit linge fin.

On remarquera que le papier à gros grains prend difficilement la couleur sans être mouillé, le pinceau n’atteignant pas immédiatement le fond creux qui existe entre les grains; que de plus, par l’effet même de cette contexture sinueuse, les couleurs lourdes, telles que le cobalt, par exemple, et d’autres y déposent des points qui font tache dans tous ces creux, sortes, de vallées où s’accumulent les atomes colorés formant comme des lacs azurés.

Cette observation démontre la nécessité de ne pas travailler les teintes de cobalt, ou qui en renferment, en mouillant préalablement avec trop d’abondance; car si la charge du pinceau de couleur était trop forte par-dessus l’eau dont on aurait imbibé le papier, le cobalt, qui ne surnage pas, irait immédiatement se loger au fond des grains, et ne laisserait que trop peu de ces molécules à la surface des point saillants, d’où résulterait nécessairement une teinte bleue semée de points plus foncés.

Le papier dit torchon offre à l’artiste l’avantage des effets croustillants qui conviennent à de grands dessins qui doivent être traités avec hardiesse; il favorise, par aspects spongieux et éraillés, obtenus par un pinceau rapide, l’imitation des murailles, des rochers, et en général de toutes les surfaces raboteuses. Il est moins propice au moelleux des nuages et au modelé d’une tête féminine dont la grâce et la jeunesse résulte-

raient des passages arrondis de toutes les parties du visage.

On s’exercera à tirer le pinceau chargé le long d’une ligne parfaitement droite, en le faisant agir de gauche à droite et de droite à gauche, de manière que sa pointe suive sans aucune déviation la droite tracée ; on descendra, et à mesure que les bandes se traceront, on en adoucira le bord avec le pinceau auxiliaire humide, afin qu’en reprenant une seconde zone, il ne se forme pas d’arête, et que la seconde, la troisième, la quatrième, etc., bandes se confondent avec la première en une seule et sans aucune tache. Pour faciliter ce travail, il est bon d’humecter préalablement avec l’éponge le papier, et comme il arrive que certains papiers sont quelquefois rebelles à prendre la couleur, qui se retire des parties grasses que leur surface peut avoir, on corrige cet inconvénient en dissolvant dans l’eau du verre une petite partie d’une préparation de fiel de bœuf que vendent les marchands de couleurs à cet effet. Il ne faut en mettre que très peu ; cette substance doit à peine colorer Peau d’une teinte imperceptible. On peut aussi dissoudre un peu d’alun dans le verre, cela fixe les couleurs en les faisant adhérer au papier.

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