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ENDÉMO-ÉPIDÉMIES SYPHILITIQUES POSTÉRIEURES A CELLE DU XV° SIÈCLE

Dépossédée de son caractère épidémique dès avant le milieu du xvr° siècle, la syphilis, répandue sur une grande partie de la surface du globe, continue. de régner avec une intensité médiocre et sous une forme simple et bénigne. Dans certaines circonstances, cependant, on la voit tout à Coup s'étendre à un grand nombre de personnes et prendre une plus grande acuité. C’est ainsi qu'elle apparaît en 1578, à Brünn, en Moravie, dans une localité où les paysans sont très-adonnés à la bonne chère et à l’eau-de-vie.

$ 4. — Maladie de Brünn.

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Cette épidémie, sans être meurtrière, avait les symptômes les plus alarmants. En moins de deux à trois mois, 180 personnes subirent ses attentes dans la ville ou les faubourgs, et un grand nombre de gens de la campagne furent également affectés. La cause en fut attribuée aux eaux des bains, les habitants ayant l'habitude un certain jour de se baigner et dé se faire appliquer des ventouses scarifiées, et l’on crut qu’elle avait commencé le Jour de Sainte-Luce, fête célébrée avec pompe dans la ville. On remarqua que ceux qui ce jour-là avaient pris des bains et s'étaient fait appliquer des ventouses l’avaient contractée. Cependant elle ne se développa que huit ou quinze jours et même un mois après cette époque. Le sénat fit fermer le local des bains, et la maladie, s'étant atténuée durant l'hiver, disparut vers l’équinoxe du printemps.

Après quelque temps d’une lassitude inaccoutumée, survenaient une Imflammation et des ulcères sanieux sur les parties mêmes où avait eu lieu l’application des ventouses. Ce qu'il y avait de singulier, c’est que, malgré le grand nombre de ventouses appliquées, une ou deux seulement devenaient le siége d’ulcérations. Le corps tout entier chez quelques-uns se couvrait ensuite de pustules qui rendaient le visage difforme et hôrrible. Dans le progrès de la maladie survenaient à la tête des callosités qui, en s’ouvrant, rendaient une humeur visqueuse comme la térébenthine. Alors se faisaient sentir des douleurs très-aiguës aux bras, aux épaules, aux membres inférieurs et surtout aux tibias, là où ces os ne sont recouverts que par le périoste. Les douleurs s’exaspéraient la nuit et diminuaient le matin. Puis, il ÿ avait prostration des forces, stupidité et même aberration mentale. Une humeur fétide distillait des narines, l'appétit se perdait, et les malades recherchaient la solitude. Les

amers, la décoction de gaïac, le turbith minéral, furent les principaux médicaments employés ; on pansa les ulcères avec l’onguent mercuriel.

Il faut rapprocher de la maladie de Brünn l'épidémie qui survint au commencement du xvr siècle, à Nuremberg (Francomie), par l’usage des saignées et des ventouses dans les établissements de bains (1), et celle qui en 1592 sévit à Zurich (2), sous l'influence de causes moins connues.

$ 2, — Pian, Yaws, Frambæsia.

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(4) Lammert, Epidemie der Syphilis, in Franken, in Folge von Operationen der Bader. Archiv für path. Anat. und Physiol, t. 24, p297

(2) Meyer-Ahrens, Geschichtl. Notizen, ete, 120, Zurich, 18/1.

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Les noms de vyaws, pian, frambæsia servent à désigner, dans des contrées différentes, une maladie dont lunité, malgré quelques opinions divergentes, est aujourd’hui généralement reconnue, et qui, de même que l’épidémie du xv° siècle, parait rentrer dans le domaine de la syphilis. Signalée dès le x° siècle par les médecins arabes, dont elle reçut le nom de Sahafati (1), cette maladie, qui sévit principalement sur la race nègre, n’a été réellement l’objet d’une étude sérieuse que depuis les observations de Pison (2).

Elle se rencontre depuis la rive gauche du Sénégal jusqu’au cap Negro, dans la Sénégambie, le Congo, la Sierra-Leone, la Nigritie, et dans la plupart des colonies où l’on transporte les nègres, surtout au sud des États de l’Union, dans les Antilles, à Cuba, au Mexique et dans toute l’Amérique méridionale. On l’observe sur les Indiens de l'Amérique du Sud et des Antilles, plus rarement chez les mulâtres, les créoles et les peuples colorés du nord et de l’est de l'Amérique, moins fréquemment encore chez les blancs.

Le yaws débute par un état de langueur et de faiblesse, par des douleurs dans les articulations, de la fièvre parfois, surtout chez les enfants ; le plan s'annonce en général par les mêmes symptômes. Apparaissent ensuite aux diverses régions du corps, dans le pian, de petits boutons rouges, dans le yaws, des papules et des pustules qui bientôt se couvrent de croûtes irrégulières, au-dessous desquelles existent des ulcères plus ou moins étendus. Ces ulcères, qui coexistent avec des tubercules volumineux et qui ont valu à la maladie le nom de yaws, sont quelquefois élevés, saignant au moindre attouchement, et suivis d’une cicatrice. A la suite du pian, on observe, entre autre lésions, le mal des os caractérisé par des douleurs ostéocopes ambulantes, par des exostoses, etc.

Ces différents symptômes, et beaucoup d’autres qu’il serait trop long de mentionner, ne manquent pas d’analogie avec ceux de la syphilis ; mais ce qui prouve surtout l'identité de nature de ces états morbides et la nécessité de leur fusion, c’est leur mode de propagation.

Comme la syphilis, le pian est contagieux. Plusieurs enfants nègres ayant été transportés d’un lieu élevé dans une plantation de sucre où ils furent confondus avec d’autres enfants dont ils partageaient les repas, trois d’entre eux furent pris, sept semaines plus tard, de fièvre, de malaise et d’une éruption généralisée, les autres tombèrent malades au bout de dix semaines, et tous furent rétablis à la fin du huitième mois (Thomson).

(4) Théodoric, lib. VII, cap. xvin, 57. Venetiis, 1492.—Hirsch, Hist.-geogr. Path., p. 384. (2) Pison, De medicina Brasiliensi, lib. IT, cap. x1x, 1648, in-fol.

2h LA SYPHILIS.

« J'ai renfermé, dit Paulet, dans un lieu que personne n’approchaïit, douze enfants nés de parents malades ; leurs nourrices n'avaient point de pian, leur santé était remarquablement belle, et cependant à trois, à quatre, à sept mois, ces enfants ont eu le pian, et quelque temps après, dans l’espace de deux à six mois, les nourrices ont aussi été affectées. » Ce fait prouve non-seulement la contagion, mais encore l’hérédité du pian. « Trente nègres adultes m'ont offert, ajoute le même auteur, une belle éruption, vingt-cinq à cinquante jours après avoir eu des rapports avec des négresses que j'avais visitées, et sur lesquelles j'avais constaté des tubercules au ventre, à la poitrine et à la partie interne des cuisses. » |

Le pian, de plus, est transmissible par Inoculation, ainsi que l'ont prouvé les expériences de Thomson et de Paulet. Un enfant fut imoeulé par cinq piqûres avec la matière tirée de pustules dont on avait enlevé les croûtes. Trois de ces piqûres guérirent ; les deux autres, après avoir eu, pendant trois semaines, l'apparence de légères écorchures, se changèrent en petits ulcères qui devinrent bientôt sordides et inégaux. Sept semaines après l'insertion, 1l se développa de nombreuses pustules sur le front, puis sur le reste du corps, et la maladie dura en tout neuf mois. Une jeune négresse qui avait été moculée de la variole fournit la matière qui servit à l’inoculation d’un autre enfant. À peine l'insertion était-elle faite que la jeune fille accusa qu’elle était affectée de vaws..…; le sujet inoculé eut une variole bénigne ; mais au bout de deux mois, le vaws se déclara et suivit sa marche ordinaire. Cependant le sang moculé dans deux cas ne produisit aucun accident (Thomson).

Paulet pratiqua à la partie interne de la cuisse de quatre sujets sains, avec une lancette trempée dans du fluide pianique, plusieurs piqûres, qui ne donnérent naissance à aucun symptôme dans le lieu où linstrument avait agi : mais douze à vingt jours après, il s’était opéré sur le front, le menton, les bras, le ventre, une éruption caractéristique. Dans six autres essais, l’éruption commença à l'endroit piqué, et se développa comme dans les cas précédents. Le même observateur fit, deux jours de suite, des frictions sur la partie interne du bras de trois jeunes gens de dix-sept ans, en parfaite santé, avec un plumasseau inbibé de fluide, et au vingtième jour la transmission devint manifeste. Hunter, dans son Traité des maladies vénériennes, relate le fait d’une inoculation accidentelle opérée sur un médecin. Ainsi, le pian se transmet par l’inoeulation directe, par lapplication de la matière pianique sur une portion excoriée de la peau ; il se transmet, en outre, par le rapprochement sexuel, par l'allaitement, au moyen des ustensiles de ménage, sans doute encore par d'autres voies (Inoculation de la variole). C’est une maladie héréditaire qui se développe chez les enfants à trois, quatre ou sept mois. L'opinion généralement répandue est qu'on ne la contracte qu'une seule fois (Nielen, Peyrilhe, Rankine, Levacher, Hillary, Hunter, Savaresy, Paulet, Bajon, Segond, Dumontier, Thomson). A tous ces points de vue, par conséquent, le pian ne diffère pas de la syphilis; mais le traitement vient encore aider au rapprochement de ces maladies, puisque les agents thérapeutiques qui réussis-

sent dans la dernière sont aussi ceux qui conviennent le mieux pour combattre la première.

Si

& 3. — Sibbens d'Écosse.

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Le sibbens ou siwens, maladie particulière à la région occidentale de l'Écosse, et principalement aux comtés de Galloway et Dumfries, Wigton, Avr, etc., a commencé à être observé vers la fin du xvu* siècle (1694), époque à laquelle, selon quelques auteurs, il aurait été apporté par des soldats de Cromwell. Cest une affection héréditaire et contagieuse, qui se communique par l’usage des vases, des serviettes, par l'allaitement, par le coucher avec un malade, et par le coït {Wills, Swediaur). Elle se manifeste par des bubons, des nodus, des ulcères, occupant de préférence la gorge, la bouche, les parties génitales et anales, par des altérations des os qui guérissent par le mercure. Mais ce qui caractérise surtout cette maladie et la rapproche de la syphilis du xv° siècle et des pians ou yaws, ce sont des excroissances spongieuses ou fongueuses qui viennent à la peau, partout où il y a la moindre tache, écorchure ou ulcère. De la ressemblance. de ces excroissances avec le fruit du framboisier sauvage du pays, nommé dans la langue celtique swin, provient la dénomination de swinn, sibbens ou siwens, qui à été donnée à cette maladie, aujourd’hui en voie de décroissance, si elle n’a complétement disparu.

S 4. — Radesyge de Suède et de Norvége.

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La radesyge de Suède et de Norvége, maladie qui est dans les États scandinaves ce que le sibbens est en Écosse, à été, dans ces derniers temps, l’objet d’une étude approfondie de la part de Hjort, en Norvége, et de Kjerrulf et Magnus Huss en Suède. Plus récemment, le professeur Bæck, de Christiania, a publié, sur cette question, un traité remarquable par l'abondance des documents, dans lequel, après s’être prononcé contre l’opinion des médecins qui professaient l'identité de la syphilis et de la radesvge, il à fini par avouer que ces deux maladies n'étaient pas différentes.

En 1758, Honoratius Bonnevie ayant reçu l’ordre de se rendre à Egersund et à Stavanger, pour observer une maladie nouvelle qui régnait dans ces villes, apprit que cette maladie y était tout à fait Inconnue avant 1710, époque où un vaisseau russe vint hiverner près de Stavanger. Des femmes norwégiennes allaient quelquefois à bord rendre visite aux Russes ; elles en revinrent avec des ulcérations aux parties génitales qui les empêchaient de marcher. En même temps, la gorge et d’autres parties furent affectées. Les paysans, témoins de cette maladie, l’appelèrent radezyge, ce qui signifie, en norvégien, mal immonde.

Cette maladie prit de l'extension de 1750 à 1760, mais son grand développement ne date que de la fin du siècle dernier, époque où, selon Mangor, on la rencontrait sur tous les points de la Norvége, principalement sur les côtes et surtout à Bergen et à Christiania. Contrairement au docteur Cron, qui déclarait la maladie d’origine vénérienne, Mangor l’identifiait à la spedalskhed ; mais dans les faits que rapporte cet observateur, on reconnaît facilement la syphilis. À cette époque d’ailleurs, le mercure constitue déjà la base du traitement. Steflens, appelé à étudier et à traiter la maladie sur place, reconnait deux genres d’affections : l’un qui est la spedalskhed, l’autre la radesyge proprement dite. Dans la radesvge, le malade a des ulcères à la gorge, chez beaucoup d'individus la luette a disparu, chez d’autres il existe des excroissances charnues à l'anus et aux parties génitales ; on observe ordinairement, sur différentes parties du corps, des glandes indurées ; de grandes douleurs se font sentir dans les membres: les os du nez sont cariés. Hans Munk émet une opinion assez semblable, il pense que la radesyge comprend : 4° la svphilis insontium ou sibbens ; 2° la spedalskhed et toutes les plaies malignes.

Le professeur Sorrensen (1), qui ne considère pas la radesyge comme de nature syphilitique, donne néanmoins de cette maladie un résumé où la syphilis est mise en évidence, comme 1l est facile de s’en apercevoir. Les caractères du premier stade sont. « Maux de tête, douleurs dans les membres, surtout pendant la nuit; éruptions herpétiques au front, à la poitrine, sur les épaules, sur les bras ; inflammation légère de la gorge. Dans un second stade, lexanthème herpétique prend plus d’étendue et se trouve entouré d’un bord foncé. Il se montre, sur le visage, des plaies d’abord superficielles

(4) Voyez Bœck, T raité de la Radesyge. Paris, 1860.

si

qui, peu à peu, se développent en profondeur ; il vient des tubercules souscutanés qui passent à l’état d’inflammation et de suppuration. Dans un troisième stade, l’inflammation de la gorge augmente ; il v a exulcération de la luette et des amygdales ; les plaies rongent et détruisent les parties mentionnées jusqu’au pharynx ; des plaies analogues se développent dans la région palatine ; les os du palais sont attaqués et détruits. Aux extrémités il survient des plaies entourées d’un rouge foncé, parfois recouvertes d’une croûte épaisse et sèche. — Aux parties génitales, à l’anus et au périnée, il se présente des condylomes et des excrorssances qui s'étendent jusqu'aux cuisses. — La maladie s'attaque à la cloison du nez, qui s’ulcère et se perfore ; le système osseux est atteint de carie, surtout sur les os du nez, sur les os longs et sur l'os frontal; il se produit des tophus et des exostoses qui se changent bientôt en carie. La cause première de la maladie est inconnue ; on sait seulement qu’il se développe un contagium qui se communique par la salive, la sueur et l’ichor, au moyen de couteaux, de cuillers et d’habits, ainsi que par le contact. Le mercure est le premier et le plus important de tous les remèdes. »

En Suède, la radesyge s’observe principalement dans quelques villes de la Gothie, Fonkôping, Kronoberg, Blekinge, Gotheborg, etc. Dans le fief de Calmar, où la maladie a régné, on croyait qu’elle avait été apportée du temps de Charles XII, par des soldats revenant de Norvége, et qu’elle s'était ensuite répandue par des marins et une fileuse de Stockholm. — Dâns la Gothie orientale, elle semble avoir été importée par des soldats, après la guerre de Poméranie, en 1762. Dans le Norrtelge, elle aurait été introduite de la même manière, en 1790, après la guerre de Finlande.

Cette maladie, qui a disparu en partie aujourd’hui des contrées sus-nommées, règne encore sur la côte opposée de la mer Baltique, où elle est connue sous des dénominations diverses suivant les localités.

Syphiloides du Jutland, del Esthonie, de la C'ourlande et de la Lithuanie. Maladie de Ditmarsch. — Van Deurs (1) a décrit sous le nom de siphiloïde jutlandaise une maladie qu’il compare à la radesyge de Suède. De même que Lille, qui en 1777 avait été envoyé au Jutland pour examiner cette maladie, cet auteur, vu la rareté de la gonorrhée chez les malades qu’il a observés, pense que la maladie en question se distingue de la vraie syphilis, et 1l en fait une espèce à part, la syphilis des innocents (syphilis insontium), pour cette seule raison qu’elle se transmet principalement par les cuillers, les vases, les habits et les literies dont on se sert en commun. Hassing (2), ne voit pas de différence entre la syphiloïde jutlandaise et la vraie syphilis ; il fait remarquer combien il est difficile de découvrir la vraie cause de la maladie, qu’on est naturellement porté à attribuer à toute autre circonstance que le coït : pour lui, la transmission des accidents secondaires n’est pas douteuse, et il croit qu'elle a particulièrement lieu par le moyen des tubereules muqueux.

(1) Van Deurs, dans Journ. for Med. og Chirurg. (Journal de Médecine et de Chirurgie), juin 4835. — Comparez: Ditzel, dans Biblioth. for Læger (Bibliothèque pour les médecins), 1845, II, 270. Otto, in Rust Magazin, LIV, 203. Uldall, dans Biblioth. for Læger, 1842,

(2) Hassing, dans Ugeskrift for Leger, 2h août 1844.

En Esthonie, province russe située au nord de la Livonie, sur les bords du solfe de Finlande, on retrouve aussi une maladie analogue aux précédentes. Erdmann l’a rattachée à la radesyge, et Seidlitz la regarde comme syphilitique (1). Cette maladie se rencontre aussi sur toute la côte, en Courlande (syphiloïde courlandaise) (2) et en Lithuanie {syphiloïde lithuanienne) (3). De ces deux dernières maladies, la première s’est developpée après la guerre de Sept ans, en 1757, la seconde dans l’année 1800. Les troupes russes paraissent avoir contribué à leur genèse, ou du moins à leur propagation. ï

Dans le Holstein, s’observe également une endémie connue sous’ la dénomination de morbus venereus ditmarsiensis (h). Cette maladie, qui, au rapport de Hübener, se serait montrée dès l’année 1762, aurait été importée, suivant les médecins du pays, par des Norvégiens qui, en 1785-87, travaillaient à à l’endiguement des terres voisines du bourg de Marne.

& 5. — Bouton d'Amboine. — Maladie de Sainte-Euphémie, — Pian de Nérac.

Bouton d’Amboine. — Bontius (5) décrit sous ce nom, en 1718, une maladie endémique à l’île d’Amboine. «Il s’est répandu, dit-il, à Amboine et dans les îles Moluques, une maladie endémique qui, par ses symptômes, tophus, ulcères à bords calleux et relevés, douleurs et caries des os, est semblable à la maladie vénérienne. Il y a cependant cette différence que le mal en question peut naître et se transmettre en dehors de tout rapport sexuel. » Ce motif allégué par Bonüus pour séparer cette maladie de la syphilis est aujourd’hui sans valeur, et par conséquent le bouton d’Amboine rentre aussi dans le domaine de la syphi- Hs, d'autant mieux que le mercure est encore ici le meilleur agent thérapeutique (6).

Mal de Sainte-Euphémie, herpès syphilitique. — Jean Bayer (7) a décrit sous ce nom une endémie qu’il observa au mois de mars 1727 et qui se développa dans les conditions que voici : Une sage-femme de Sainte-Euphémie fut atta-

(4) Voyez Bœck, loc. cit., p. 25, et Rollet, Recherches sur la syphilis. Lyon, 1862, tp:1467:

.. (2) Tiling, Ueber Syphilis und Syphiloïd. Mitau, 1833. — Bolschwing, Ueber Syphilis un@ Aussatz. Dorpat, 1839.

(3) Albers, dans Preuss. med. Vers. Zeilung,1836, n°5 22, 23.— Metzger, Vermischte med. Schriften., Kœnigsberg, 1782, 1, 81.—Schnurr, dans Preuss. med. Vrs. Zeitung, 1837, n°5 50, 91; 1839, n°5 17, 18; 1841, n° 2, 3. — Theden, Erfahrungen aus der Wundarzneikunst, etc., Berlin, 1783, III, 9.

(4) Brandis, De morbo in Holsatiæ nonnulla regione grassante contagioso ex genere lepræ observationes. Hall. Allg. Litt. Zeitung, 1811. In Bibl. for Laeger, 1813, I. — Dührssen, dans Pfaff. Mittheil. Jahrgang 1, Heft 3 und 4, p. 1, 1833. — Franeke, Morbus Dithmarsensis, Diss. Kilona, 1838. — Helwig, in Actis reg. Soc. med. Haven, VI, 267. — Hübener, De morbi Dithmarsice natura ac indole. Kinola, 1821, et Erkenntuiss und Cur der sogenannt. Ditmars. Krankh. Altona, 1835.—Michaelsen, dans Hamburg. Zeitschr. für Med. XXI, 433.— Spiering, dans Hufeland Journ LIT, Heft TI, 64. — Struve, Ueber die aussatzartige Krankheït Holsteins, etc. Altona, 1820, dans Rust Magazin, VII, 337.

(5) Bontius, Medicina Indorum. Leyde, 1718.

(6) Nous croyons aujourd’hui qu’il y a lieu de faire quelques réserves sur la nature syphilitique de cette affection, qui pourrait peut-être, comme le pied de Madura, être parasitaire.

(7) Acta nat. eur., t. WI, p. 4, et Ozanam, Traité des épidémies, 1823.

quée au doigt index de la main droite d’une pustule qui lui causait un prurit insupportable. Bientôt le bras se tuméfia et le corps se couvrit d'une dartre universelle. La pustule subsista au doigt pendant quatre mois, et cette femrne, continuant à exercer sa profession, communiqua la maladie à plus de cinquante femmes enceintes qu’elle accoucha ou qu’elle explora. Un chirurgien consulté reconnut à la vulve de plusieurs de ces femmes des ulcères de même nature. Pendant ce temps, la maladie se propagea aux enfants que les mères allaïtaient et aux maris, tellement qu’en quatre mois on compta plus de quatre-vingts personnes contagionnées. La sage-femme fut interdite. Le corps des malades, est-il dit, se couvrait de pustules et d’ulcères ou bien de tubercules durs et calleux, tous symptômes qui rapprochent cette endémie de lépidémie du xve siècle. Louise Bourgeois, dans son Traité d’accouchements, livre IF, ch. xixr, cite un fait semblable. Éverard (voyez Ozanam) rapporte qu’une femme de Middlebourg, en Zélande, qui faisait profession de sucer le sein des nouvelles accouchées, pour former le mamelon et en extraire le colostrum, communiqua un ulcère syphilitique à ces femmes, aux enfants, et par suite aux maris. C'est de la même façon. qu’en 1804 se développa l'épidémie de Gronimgue, dont Munniks nous a laissé la relation (1).

Pian de Nérac. — C'est une maladie très-analogue à la précédente, avec cette différence qu’elle dut son origine à l'allaitement d’un enfant syphilitique. A la fin du mois de juin 1752, une maladie épidémique singulière se manifes{a à Nérac (2). La femme d’un commerçant de la ville, heureusement accouchée au commencement de novembre 1751, donna son enfant à une nourrice, qui le nourrit bien pendant six mois, au bout desquels cette nourrice étant malade, une de ses voisines donna cinq fois le sein à l’un de ses nourrissons , qui se trouva incommodé ; il maigrissait à vue d’œil etil lui sortit, en peu de jours, beaucoup de pustules aux cuisses. — L'enfant fut confié à une autre nourrice, et plusieurs autres lui donnèrent à teter, qui toutes s'aperçurent bientôt qu’elles avaient des pustules aux seins, lesquelles se répandirent ensuite sur tout le corps. Les enfants de ces nourrices furent infectés de la même maladie. A la fin de décembre 1752, on connaissait, sans compter plusieurs hommes, plus de quarante femmes et enfants ainsi infectés.

$ 6. — Maladie de la baie de Saint-Paul ou Syphiloïde du Canada. Mal anglais. Maladie des éboulements, etc.

BigciocRAPHtE. — Swevraur, Practical Observations on venereal complaints, Edinburgh, 1788, 172. Trad. fr. Traité des maladies vénér., {. Hu ParismliSO te SrRATrON, dans Edinburgh med. and surgic. Journal, t. LXXI, p. 276.—C. H. Fucus, Die krankh. Verander. der Hant, etce., p. 751. Güttingen, 1840.

Cette maladie, qui en peu d'années fit chez les Canadiens des progrès aussi rapides que considérables, commença à se manifester en 1760 parmi les mdisènes des bords du lac Huron ; en 1780, elle se montra chez les habitants du

(4) Munniks, Obs. méd., Diss. inaug., Groningue, 1805, et Journal de Sédillot, t. XXIV, p.337.

(2) Joseph Raulin, Observations de médecine. Paris, 1754, p, 250.

rivage de la baie de Saint-Paul, et en quelques années elle se répandit dans la plus grande partie du Canada, fit de grands ravages dans quelques tribus indiennes et principalement chez les Indiens Otawa. En 1785 on trouva dans le Canada 5800 individus infectés de cette maladie, sans compter ceux qui ne déclarèrent pas qu’ils en étaient atteints; cependant elle était encore mconnue alors à tous les Indiens du voisinage. »

Elle s’annonçait, au rapport de Swediaur, par de petites pustules aux lèvres, à la langue, dans l’intérieur de la bouche, et plus rarement aux parties de la génération.

Ces pustules, qui ressemblaient d’abord à de petits aphthes remplis d’une humeur blanchâtre et puriforme, étaient autant de germes de transmission. L’humeur qui en provenait avait une telle virulence qu'elle infectait ceux qui mangeaient avec la cuiller des malades ou qui buvaient dans leur verre, ceux qui fumaient avec leur pipe; on a même observé que la maladie se communiquait par le linge, les vêtements, etc.

Cette maladie se manifestait ultérieurement par des dépôts considérables (tubereules), des douleurs nocturnes dans les os, des ulcérations de la bouche et de la gorge, des adénopathies multiples, quelquefois suppurées, le plus souvent dures, fermes et indolentes. En dernier lieu, les os du nez, ceux du palais, du crâne, etc., étaient attaqués de carie ; on voyait survenir la chute des cheveux, des maux de poitrine, la toux, la diminution de l'appétit, etc., qui annonçaient la fin prochaine du malade. Les deux sexes et tous les âges étaient également exposés à la maladie ; les enfants étaient affectés en grand nombre.

$ 7, — Endémo-épidémies syphilitiques des côtes de la mer Adriatique. — Falcadina. — Scherlievo. — Male di Breno. — Frenga, etc,

Falcadina (1). — Fixée en 1786 dans le district d’Agordo, cette maladie, d'abord observée à Falcado (de là son nom), s’est bientôt répandue dans d’autres villages tyroliens, entre autres Fassa et Manzon, où elle est éteinte depuis 1814. Selon le docteur Zecchinelli, qui en a donné la description, elle aurait été apportée par une mendiante infectée d’une gale vénérienne, de poireaux et d'ulcères aux parties génitales. Les alliances surtout contribuèrent à la répan-

dre ; elle attaquait les adultes et les enfants, se manifestait par des ulcérations

profondes de la peau et de la gorge, des dartres serpigineuses au cou et aux épaules, des tumeurs gommeuses, des douleurs ostéocopes, mais rarement des exostoses. Elle guérissait enfin par un traitement mercuriel.

-Scherlievo, maladie de Fiume (2). — On connaît sous ce nom une endémie

(1) Consultez Zecchinelli, dans Omodei Annali universali di medicina, n. 39, 335.—Valenzasca, 1bid,, n° 93, et Della falcadina, fase. 1, Venet. 1840, — Sigmund, dans Zeitschr, der- Wien. Aerzte, 1855, p. 87.—Marcolini, Memor. med. chirurg. Milano, 1839, p. 18.— Facen, dans Gaz. med. Lombarda, 1849, n. 21, p. 133.

(2) Cambieri, dans Omodei Annali universali di medicina, n. 34, 5,36, 273. Rapport Journ. gén. de méd., XLIL, p. 1. — Boué, Essai sur la maladie de Scherlievo. Paris, 1814. — Jenniker, dans OEst. med. Jahrb. 3, 104, Heft 4, 43. — Lorenzutti, Del male di Scherlievo. Padua, 1830.—Michahelles, Das Male di Scherlievo. Nuremb., 1833.— De Moulon, Nouvelles observat. sur la nature du scherlievo. Milan, 1834, 2° édit., 1848, et dans Presse méd., 1837, mai, n° 35, — Sporer, dans OEst. med. Jahrb., neueste Folge, II, 241.—J, Vial,

qui pendant longtemps exerça des ravages sur les côtes d'Illvrie, en Dalmatie et en Croatie. Des villages de Draga et de Scherlievo où elle prit naissance, elle se répandit peu à peu à Proputnik, à Kukulionovo, à Buccari et jusqu’à Novi. Dans lintérieur des terres on l’observa à Grobnick, Senosich, Schnaberg, Wipach, Adelsberg, etc. C’est en 1800 qu'on prévint le gouvernement de Fiume qu’une maladie contagieuse d’une espèce inconnue s'était manifestée au village de Scherlievo, à huit milles à l’est de Fiume et à trois milles des côtes de l’Adriatique. Cette maladie attaquait le visage et la peau par des pustules malignes qui ulcéraient la chair, corrodaient les os et détruisaient la langue, les oreilles et les parties génitales. Le rapport qui en fut fait par le docteur Cambieri montra qu’à l’instar des épidémies ci-dessus décrites, cette maladie se manifestait d’abord par des douleurs dans les os et surtout aux articulations; plus tard survenaient les tubercules, les ulcères de la peau et de la gorge, qui amenaient ordinairement des désordres considérables. Chez les enfants, la maladie se développait toujours par une éruption érysipélateuse, d’un rouge obscur, principalement {sur les fesses, aux aïnes, dans l’intérieur des cuisses, à l’abdomen. La transmission s’opérait par l'usage commun des ustensiles, des habits, par l'allaitement, par l’haleine et en couchant ‘avec les malades. En général le même individu ne contractait pas deux fois la maladie, dont l’origine est restée inconnue. On prétend cependant qu’elle fut apportée. en 1790 par quatre matelots arrivés avec des femmes des bords du Danube après la guerre contre les Tures. D’autres hypothèses existent encore à ce sujet, qui ne sont pas mieux prouvées. Quoi qu'il en soit, l'étude attentive des descriptions données de cette maladie par les différents auteurs conduit à conclure, avec le docteur Barth, que le scherlievo est une forme de syphilis, se transmettant et par voie héréditaire et par contagion des accidents primitifs et secondaires, dont le virus pénètre par des voies diverses et multiples chez des populations vivant dans de pauvres cabanes, où, d’après les expressions de H. de Moulon, hommes, femmes et enfants vivent et couchent pêle-mêle sur un lit de feuilles sèches.

Il y a lieu de placer à côté du scherlievo les maladies endémiques connues sous les dénominations de frenga (1), male di Breno (2), syphiloïde de Hesse (3), spirocolon (4), et peut-être ‘aussi d’autres endémies telles que la lèpre de Crimée (5), le mal kabyle (6), le Yang-Mey-Tchoang des

Thèse de Montpellier, 1814.—Sigmund, Zeëtschr. der Wien. Aertze, 1855, 93,142, anal. Arch. génér. de méd., t. 11, p. 607, 1855.—G. Pernhoffer, Unters. und Erfahr. über das Krankheïtsübel Skerljevo in Croutisch-istrianischen Kustenlande, Wien, 1868.—Barth, Sur le scherlievo, dans Bullet. de l’Acad. de méd., 17 sept. 1872, p. 392.

(4) Sigmund, dans Zeitschrift der Wiener Aerzte, 1855, p. 33.

(2) Voyez OEst. med. Jahrb., V, Heft IT, p. 21. Sigmund, Loc. cit.

(3) Rothamel, dans Zeëfschr. fur die gesammte Heilkunde, 1, 15. |

(4) Olympios, dans Correspondenzbl. Bayr. Aerzte, 1840, 185. — Pallis, dans Omodei Annali, 1849, avril. — Pruner, Die Krankheït. des Orients, 177. — Quitzmann, Deutsche Briefe üb. den Orient. — Wibmer, dans Schmidt’s Jahrb. für Medicin, XXX, 305.

(5) V. Martius, Dissert. inaugural. de lepra Taurica. Leipzig, 1815. — Krebel, Lepra Taurica, Med. Zeitung Russlands, 1846, p. 3 et 39. — Bergson, Annalen der Charite, 1852, fasc. 1.

(6) J. Arnould, La Lèpre kabyle. Paris, 1862. — Vincent, Exposé clinique des maladies des Kabyles. Paris, 1862.

Chinois (1) (ulcère en forme de framboise), et enfin la maladie de Berezoff (2). Les auteurs qui ont le mieux étudié ces maladies sont en effet d'avis que la plupart des manifestations groupées sous ces dénominations populaires sont manifestement et traditionnellement liées à la syphilis ; ils reconnaissent toutefois que, dans certains cas, on a accordé ces dénominations à des variétés d’ulcères ayant pour origine tantôt le scorbut, tantôt la scrofulose, le cancer ou toute autre maladie, ce qui a pu contribuer à leur faire perdre pendant quelque temps leur signification spéciale.

S 8 — Maladie de Chavanne-Lure, et de quelques épidémies plus récentes,

La relation qui a été faite de la maladie de Chavanne-Lure (Haute-Saône) par. le docteur Flamand (3) est celle de toutes les épidémies qui précèdent. Cette maladie débutait par un sentiment de faiblesse générale suivie de douleurs nocturnes plus ou moins vives dans les membres ; la bouche et la gorge étaient affectées, et survenait une éruption pustuleuse sur toute la surface du corps et particulièrement à la tête. Les ustensiles qui servaient à la nourriture furent les principaux moyens de propagation.

De cette dernière maladie doit être rapprochée une épidémie (4) qui sévit en 1840 et 1841 dans la commune de R..., aux environs de Luxeuil, où près de quatre-vingts individus, sur une population de sept cents habitants, furent affectés de tubercules muqueux à l’anus et aux parties génitales. Nous en rapprocherons encore deux petites épidémies qui se sont développées, l’une dans la commune de Capistrello, des Abruzzes, l’autre dans les villages d’Astragal et de Calihera, province de Bellune. Ces deux épidémies provenaient de l’ sie tement, et avaient pour point de départ un nourrisson infecté (5). Les épidémies qui ont leur origine dans la pratique de la vaccination, et en particalier celle de Rivalta, trouveraient iei leur place si nous ne devions en parler plus loin.

Telle est la description des endémo-épidémies qui ont suivi la grande épidémiedu xv° siècle. Le moment est venu de comparer entre elles ces maladies, de faire ressortir les analogies et les différences qu'elles présentent.

À ne les envisager que dans leurs manifestations symptomatiques, ces maladies, après un malaise général, des douleurs ordinairement violentes au niveau des os et des articulations, se caractérisent du côté de la peau par des éruptions pustuleuses, des Intumescences framboisées et fongueuses, des tubercules enfin qui laissent d’ordinaite à leur suite des cicatrices profondes et difformes, du côté des muqueuses par des ulcérations plus ou moins profondes et qui souvent amènent la perforation du voile du palais.

(4) P. Dabry, La Médecine chez les Chinois. Paris, 1863, p. 163.

(2) Ssokoloff, dans Archives de médecine légale et d’ hygiène publique, 3° année, fase. 2 + 3. Saint-Pétersbourg, 1867.

(3) Journ. complém. du Dict. des sciences méd., t. V, p. 135.

(4) Aliés, Mémoire sur une épidémie de pseudo- syphilis (Journ. de méd. de Lyon, 1843, et Gaz. médicale de Paris, 1814, p. 154).

(5) Voy. L'Imparziale, 1 septembre 1868, et Annales de dermatologie et de syphitigraphie, t. 1, p. 158.

Au point de vue des affections plus profondes, elles présentent des différences qui les constituent pour ainsi dire en deux groupes : tandis que, dans les contrées voisines des tropiques, les accidents bornent leur action aux appareils tégumentaires, et n’envahissent que rarement les organes profonds ; dans d’autres localités, et principalement dans les pays du Nord, ces organes sont le plus souvent affectés. L'absence de la blennorrhagie et des bubons suppurés, dans la majorité des cas, doit être notée. C’est là une circonstance qui n’a pas peu contribué à tromper les médecins, et les a souvent poussés à rejeter à tort l'idée de la syphilis.

Pour ce qui est de l’évolution, il est à remarquer que souvent les symptômes locaux primitifs ont été insignifiants ou, faute d’une observation attentive, sont passés Inaperçus, de sorte que les phénomènes généraux ont semblé apparaître d'emblée. Le plus souvent il existe un degré de gravité plus notable que dans la syphilis ordinaire.

La marche de ces endémo-épidémies n’est pas partout la même : à Brünn, à Sainte-Euphémie, à Nérac, etc., la propagation s’est faite avec une grande rapidité, à peu près comme au xv° siècle; mais, plus tard, le mal a rétrogradé au lieu de prendre racine, et a fini par perdre son cachet d’endémicité. Dans d’autres endroits, tels que différents pays du littoral de la mer Baltique et du nord de l’Adriatique, la maladie, au lieu de décroître, s’est étendue progressivement, en raison sans doute des mauvaises conditions hygiéniques des habitants, jusqu'au moment où l’on est parvenu à la combattre à l’aide d’une thérapeutique et d’une hygiène appropriées.

Sous le rapport étiologique, la ressemblance est frappante ; la contagion est le mode de transmission ordinaire et pour ainsi dire indispensable; le point de départ est variable, c’est tantôt une opération à l’aide d'instruments malpropres, tantôt l'allaitement, tantôt le simple séjour d’un individu infecté parmi des populations vivant en dehors de toute règle hygiénique. Les moyens de transmission sont en général des ustensiles de ménage, du linge ou d’autres objets; parfois un contact quelconque, mais assez rarement, il paraît du moins, l’acte génésique. L’inoculation pratiquée dans certains cas a prouvé que la période d’incubation {maladie de Brünn, pian) ne diffère pas de celle de la syphilis ordinaire. R

À part des différences pour ainsi dire insignifiantes, ces endémo-épidémies ont donc entre elles et avec la syphilis des points de contact non douteux ; tout porte à croire, par conséquent, qu'elles ne forment pas des maladies distinctes, mais une seule et unique maladie. Dès lors ces épidémies n’appartiennent plus qu’à l’histoire de la médecine, puisqu'elles n’ont jamais existé comme maladies mdépendantes. |

Les observateurs qui les ont le mieux étudiées ont d’ailleurs tous été frappés de leur ressemblance avec l’épidémie du xv° siècle, et de leur dissemblance avec la plupart des maladies connues. Pour tous ces motifs, nous pensons, avec Rollet (4}, qu'il ne faut voir, dans ces épidémies comme dans celle du xv® siècle, autre chose que la syphilis isolée et indépendante, débar-

(4) Rollet, Recherches sur la syphilis. Lyon, 4862, p. 116. — Comparez L. V. Lagneau, Traité pratique des maladies syphilitiques. Paris, 1828, t. IT, p. 400.

LANCEREAUX. — Syphilis, 2e édit. J

rassée en un mot de ses acolytes ordinaires, la blennorrhagie, le chancre simple et le bubon chancreux.

L'étude topographique qui va suivre, en montrant les modifications que subit la syphilis dans des conditions données, permettra de mieux saisir l’identité de nature des maladies dont il vient d’être question.

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