‹ Traité historique et pratique de la syphilisChapitre 13 sur 98 · AUS EU ROME D · texte numérisé non relu

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(2) La Statistique médicale des hôpitaux de Paris, année 1864, donne 3034 syphilitiques sur 77 510 malades. Il importe de remarquer que cette statistique est trop élevée; vu la longue durée de la maladie, il arrive que le même malade peut être compté deux fois.

(3) Vleminckx, Du mal vénérien en Belgique (Gaz. méd. de Paris, 1862, p. 445).

(4) Résumé des maladies observées dans la division de clinique médicale de Zurich pendant l’année 1853 (Gaz. méd. de Paris, 1854, p. 787).

(5) Voyez Statistique médicale de l’armée pendant l’année] 4869, p. 58. Paris, 1874.

1849, la Prusse, où la syphilis était autrefois relativement fréquente et grave, notamment dans les villes du littoral de la Baltique, a vu diminuer d’une facon notable la proportion des maladies vénériennes, non-seulement dans l’armée (1), mais encore dans la population ouvrière (2). Les affections vénériennes, en 1867, sont dans la proportion de 54 p. 1000 hommes d’effectif (3). — En Bavière, le chiffre des maladies syphilitiques a également présenté des variations sensibles, suivant le mode de réglementation de la prostitution. Seitz (4) rapporte qu’à Munich la syphilis était très-peu répandue jusqu'à l’année 1861 où une nouvelle loi de police vint changer l’état de choses établi. À partir de cette époque jusqu’en 1866, le nombre des hommes infectés de syphilis se trouve doublé. — La syphilis, quoique commune dans l'empire d'Autriche, y est cependant assez peu grave. Aussi l'opinion de A. Hirsch, suivant laquelle cette maladie serait endémique et sérieuse dans le comté de Neustra (Hongrie), est-elle contestée par H. Zeiss! (5). D’après un tableau rapporté par cet auteur, le chiffre normal des maladies syphilitiques traitées à l'hôpital général de Vienne, pendant la période décennale 1851-1861, varie entre 1337 et 2068 sur un nombre de 18 000 à 23 000 malades. Dans le reste de l'étendue de l'empire, cette maladie n’est pas plus commune que dans les autres pays du centre de l’Europe. Zeissl signale néanmoins la fréquence de la syphilis congénitale parmi les populations juives de la Gallicie. Les malades vénériens dans l’armée sont dans la proportion de 63 pour 1000 hommes d’effectif.

Région du Midi. Généralement répandue en Espagne et en Portugal, la syphilis, en raison sans doute de la douceur du climat, y revêt une forme le plus souvent bénigne et guérit avec facilité. Ce fait, constaté par N. Fergusson (6) chez les Portugais dès l’année 1812, est signalé aussi pour l'Espagne, par le docteur Rotureau (7). Les Espagnols, en effet, croient ne devoir imposer aucun traitement à la syphilis primitive, ils se contentent de combattre la syphilis constitutionnelle par une médication hydro-thermale sulfureuse. Pourtant, si l’on en croit Mollinedo (8), sur 11 527 soldats vénériens qui, en 1850, entrèrent dans les hôpitaux de la péninsule Ibérique, 79 moururent et un nombre beaucoup plus grand durent être réformés. Gette statistique malheureusement ne nous renseigne pas sur la nature de laffection qui a amené la mort ; par conséquent, il y a lieu de penser que la syphilis est peu en cause. Dans l’armée portugaise, les maladies vénériennes sont dans la proportion de 95 p. 1000 hommes.

(4) J.Behrend, dans Parent-Duchâtelet, De la prostitution dans la ville de Paris, 3° édit. ,t. IF, p. 678. Srumrr, dans The Contral of Prostitution, by T.S. Holland ( British and foreign med. chir. Review, 1854, t. XIII, p. 125).

(2) Neumann, Der Berliner Syphilisfrage, vorsitzendem der ärztlich. comiles d. Berliner Gesundheïtspflegereins. Berlin, 1862.

(3) Statistique médicale de l'armée, pendant l’année 1869, p. 54. Paris, 1872.

(4) Voyez Congrès médical de Paris, p. 399, 1868.

(5) Lehrbuch der constitut. Syphilis, 1804, p. 12. La statistique fournie par cet auteur est susceptible des objections adressées à la statistique des hôpitaux de Paris.

(6) Observat. on the venereal diseases in Portugal, ete. (Med. Chir.Transact. London, 1819.)

(7) Dict, encyclopéd. des sc. méd. Art. ARCHENA, t. VI, p. 28.

(8) Heraldo medico, 8 février 4854, p. 42. Extrait dans Gaz. hebd. de méd, et de chirurgie, 24 mars 4854, p. 411,

La fréquence et l'intensité de la syphilis varient en Italie, suivant que cette maladie est observée dans le nord ou sur le littoral, notamment dans les ports méditerranéens. Déjà Foderé (1) avait signalé son peu de gravité dans le Mantouan, et depuis lors Balardini (2), Menis (3), Guislain (4), ont fait la même observation pour les provinces de Sondrio, Brescia, ete. Au contraire, Loder (5), Ziermann (6), Jansen (7), Chardon (8) et Sigmund (9) font mention de sa fréquence et même de son intensité, à Rome, à Naples et surtout en Sicile. Sur le fittoral de l’Adriatique, la syphilis est tout aussi fréquente, mais plus grave. Dans la Vénétie, jusque dans le Tyrol, dans l’Istrie, la Dalmatie, elle offre le cachet d'une maladie sérieuse. Elle serait relativement bénigne dans l’AIbanie turque (10), très-répandue dans la Moldavie, la Valachie (11), la Servie, le nord de la Turquie (12), pr incipalement sur le littoral de la mer Noire, où elle sévit avec plus d'intensité qu’à l’intérieur des terres. Également fréquenté en Grèce (13), elle est plus rare dans les îles Ioniennes (14) et à Malte (15).

$ 2, — Asie.

Répandue et bénigne dans l'Asie Mineure (Rigler), comme dans la Turquie d'Europe, la syphilis serait, au rapport de Wagner (16), plus grave sur les hauts plateaux de l’Arménie, et d’après Poyet (17), les ostéites s’attaquant principalement aux os du nez, du palais, seraient communes chez les Turcs Œ centre de cette contrée.

Transportée il y a peu de temps dans les montagnes de la Syrie par les troupes d'Ibrahim- Pacha, cette maladie est fréquente dans les plaines de ce pays (18), et Tobler {19) à constaté son extension jusque dans la Palestine. Pruner (20) prétend qu’en Arabie elle règne à peu près exclusivement dans les ports de mer et surtout à Djedda. Toutefois, on la rencontre encore à partir de Bassora sur la route de la caravane qui traverse le Netjed jusqu’au Djof. D'autre part, suivant Burckhardt et Palgrave (21), la syphilis à tous les degrés

(4) Fodéré, Mém. de méd. prat., Sur le climat et les maladies du Mantouan. Paris, 1800.

(2) Balardini, Topogr. statist. med. della provincia di Sondrio. Milan, 1834, p. 64.

(3) Menis, Topogr. stat. med. della provincia di Brescia. Brescia, 1837.

(4) Guislain, Lettres méd. sur l'Italie. Gand, 1840, p. 69.

(5) Loder, Bemerk. über ärztl. Verfass. und Unterr. in Italien. Leipsig, 1812.

(6) Ziermann, Ueber die vorherrsch. Krankheïten Siciliens, p. 184.

(7) Jansen, Briefe über Italien, trad. du hollandais, I, 297.

(8) Chardon, Gaz. méd, de Paris, 1852, n° 5.

(9) Sigmund, Zeëtschr. der wien. Aerzte, 1855, t. IT, 393.

(40) Bertillon, art. ALBANIE, Dict. encyclopéd. des sc. méd.

(44 Neugebauer, Beëschreibung der Moldau und Wallachei, Leipsig, 1848. — Blanstein, in Rohatzsch. allgem. Zeitung für Chirurgie, 1842, n° 49. — Barasch, Wien. med. Wochenschrift.

(42) Roser, Ueber einige Krankh. des Orients. Augsburg, 1837. — Rigler, Die Turkey und deren Bewohner. Wien, 1852, II, 123.

(13) Roser, loc. cit., él Quitémann, Deutsche Briefe über 2 Orient.

(14) Hennen, Sketch of the med. Topograph. of the Mediterranean. London, 1830,

(15) J. Rose, La syphihs à Malte. (Lancet, I, 311, 1864.) .

(16) Wagner, Reise nach dem Ararat. Stuttgard, 1848.

(17) Poyet, De la syphilis envisagée sous le rapport des mœurs en Orient, Thèse do Paris, 1868.

(18) Robertson, Edinburgh med. and surg. Journal, LIX, 247.

(19) Tobler, Beiträge zur med. Topograph. von Jerusalem. Berlin, 1856, p. 5 ! (20) Pruner, Die Krankeiten des Orients. Erlangen, 1847.

(21) Voyez Dict, encyclop. des sciences méd., art. ARABIE, t. V, 1870,

est extrêmement commune dans l’Arabie entière, quoique relativement plus rare chez les nomades {Aneze) que chez les tribus sédentaires et chez les habitants des villes côtières. Les Arabes feraient usage du cinnabre pour la combattre.

Les peuples du centre de lAsie ne sont pas exempts de syphilis. Pollach (1) prétend que dans la Perse cette maladie revêt un caractère bénin. Les Kirghiz, au dire de Neftel (2), sont pour le plus grand nombre atteints de chancre ou de syphilis constitutionnelle ; mais il est difficile de savoir si'cette maladie provient plus particulièrement des Cosaques ou des caravanes qui de lAsie centrale traversent les steppes; elle paraît reconnaître les deux origines. Malgré sa grande extension, la syphilis n’a pas chez ces peuples de conséquences redoutables; elle se manifeste le plus souvent sous forme de syphilis légère, et ce n’est que rarement qu’on observe l’ozène ou le rupia syphilitique, circonstance qui dépend sans doute des conditions climatériques, et peut-être aussi d’un moyen dont les Kirghiz font usage et qui a une action diurétique et diaphorétique très-prononcée, savoir la décoction de lÆZphedra equisetina. Le peu de renseignements que nous avons sur les autres peuples du centre de l’Asie n’apportent aucune donnée à l’élucidation de la question qui nous occupe.

Clarck (3}, Shanks (4), Mac-Gregor (5) et plusieurs autres auteurs s'accordent à signaler la grande fréquence de la syphilis dans l'Inde. Schanks observe qu'il n'est pas rare de voir dans les hôpitaux un tiers des personnes affectées de ce mal. Edmonds (6) calcule que le chiffre des syphilitiques, parmi les troupes de l'Inde, s'élève par an, en moyenne, à 12,16 pour 100 d’Européens, et 3,18 pour 100 d'indigènes. « Dans la présidence de Bombay, les maladies vénériennes, dit Kinnis (7), font un mal affreux ; elles fournissent à elles seules le sixième environ des admissions dans les hôpitaux, augmentent la liste des malades, privent l’armée des hommes capables, et minent la constitution d’un grand nombre d’entre eux, ou les rendent impropres au service militaire. » À Pondichéry, la syphilis, d'après Lequerré (8), serait peu fréquente ; on ne l’observe guère, chez les femmes, que parmi les bayadères et les femmes d’une caste tout à fait inférieure.

Castano (9), J. Gimelle (10) reconnaissent que la syphilis est l'affection la plus commune qu'ils aient eu à combattre parmi nos soldats, dans la basse Cochinchine, et notamment à Saïgon. Ils établissent que les bubons y sont, comme dans l’Inde, d’une fréquence extrême, Déjà dans le siècle dernier,

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(1) Wochenbl. d. Zeitschrift d. Wien. Aerzte, 1856, n° 29.

” (2) Neftel, Beobacht. aus den Kirgisensteppen (Wurzburg med. Zeitschrift, t.1,p. 64,1860).

(3) London med. Gaz., 1844, July, 470.

(4) Madras Quarterly med. Journ., 1, 248, 260 ; HI, 13, 31.

(5) Mac-Gregor, Madras med. Journ., IV, p. 159. — Comparez Macpherson, London med. Gaz., 1841, Jun., 546, Voigt, Bibliothèque pour les médecins, 1834, 1, 358. Gibson, Bombay med. Transact., III, 68. Leslie, Calcuttu med, Transact., NE, 62, Mac-Cosh, Indian Journ. of med. science, I, 493,

(6) The Lancet, 1838. June.

(7) Edinb. med. and surg. Journ., LXXV, 302.

(8) Quelques considér. sur Pondichéry et ses habitants, Thèse de Paris, 1837, p. 26.

(9) Bullet, de l'Acad. de méd., séance du 2 juillet 1864.

(10) Gimelle, dans Bullet, de l’'Acad. de méd., t. XXX, p. 560, 28 mars 1865,

HISTORIQUE. h1

Saunders (1) indiquait la fréquence de la syphilis dans le Thibet et le Boutan, et C. H. Vaenmann (2) signalait sa bénignité, prétendant qu'elle affectait plutôt les parties externes que les parties internes, et que souvent la gorge restait intacte. En 1739, les RR. PP. Pierre Fourreau et Louis Parennin écrivaient de Pékin à Astruc : « Morbi venerei grassantur in sinensi imperio, perinde in Europa. » Plus récemment Wilson (3) constate l'existence de cette maladie sur les côtes de la Chine. Gauthier (4) et Armand s'accordent à reconnaître sa grande fréquence dans tout l'empire chinois, principalement dans les ports de mer et sur le littoral. Ce dernier, tout en observant qu’on rencontre la syphilis dans les régions même où n'ont pas encore pénétré les Européens, rapporte (5) que, sur 530 malades traités à l’hôpital militaire français de Tien-tsin pendant le premier semestre de l’année 1861, on comptait 90 chancres et 21 cas de syphilis. « Cette maladie, qui est la première de toutes à redouter en arrivant en Chine, se trouve partout, nous dit-il, et sa plus grande fréquence est en raison de l’agglomération des masses et de leur plus grande fréquentation par les étrangers. Mais, de plus, les affections vénériennes qui y sont contractées par les Européens prennent un caractère de sur-acuité et de gravité qui n’est pas en rapport avec les accidents éprouvés par les Chinois. Leurs vénériens ont rarement le teint altéré, et souvent chez eux, chez leurs femmes surtout, la contagion se cache sous les apparences d’un bel état de santé. On dirait que la Chine a subi, depuis des milliers de siècles, une sorte de syphilisation générale qui a atténué progressivement l’infection virulente dans les organismes qui en sont atteints. » Schlegel (6) reconnaît également chez les Chinois la bénignité relative du fléau syphilitique, qu’il attribue à leur tempérament lymphatique ; 1l signale la grande fréquence de cette maladie dans les villes situées sur le bord de la mer. Pourtant J. Rose (7) affirme que la syphilis fait d’effrayants ravages à Fou-Chan dans la classe pauvre. En tout cas, les étrangers sont peu épargnés; les maladies vénériennes sont généralement graves pour les soldats et les marins anglais servant en Chine. Smart (8) nous apprend que sur 16 syphilitiques entrant à l'hôpital, 414 au moins sortiraient sans être guéris radicalement. La cachexie syphilitique serait très-difficile à détruire et deviendrait funeste pour les individus contractant la dysenterie. Enfin, la périostite syphilitique, très-commune, rendrait beaucoup d'hommes impropres au service militaire.

Parker (9) observe que la syphilis est généralement connue au Japon sous le nom de feu de la volupté. À. Vidal et Duteuil (10) s'accordent à reconnaitre

(1) Saunders, Phrlosoph. Transact., LXXIV, 100.

(2) Morbi Nautarum Rudiæ, in Linnæti Amœænitat. Academ., t. VII, 1785.

(3) Medical Notes on China. London, 1846.

(4) Deux années de prat. méd, à Canton (Chine). Thèse de Paris, n° 117, 1863.

(5) Lettres sur l’expéd. de Chine et de Cochinchine (Gaz. méd., 1862, 677).

(6) Schlegel, Centralblatt et Union méd., 30 mars 1869, p. 491, — Comparez G. Thier, Sur la syphilis en Chine (Edinburg med, Journ. XVII, p. 47, july 1868).

(7) J. Rose, Notes méd. et topogr. sur Fou-Chan (Chine), in Pacific med. and surgical Journ. Oct. 1862,

(8) Smart, The Lancet, August, 1861.

(9) Journ. of an Expedit. from Singapore to Japan. London, 1838.

(10) Duteuil, Quelques notes médicales recueillies en Cochinchine, en Chine el au Japon, Thèse de Paris, 1864. |

h2 LA SYPHILIS.

sa grande fréquence dans ce pays, où la prostitution est loin d’être considérée comme une chose honteuse. Duteuil signale en même temps sa bénignité et fait observer que rarement elle donne lieu à des accidents tertiaires. D’après Friedel (1), pourtant, les affections syphilitiques du système osseux seraient nombreuses à Hacodadi et à Nagazaki.

$ 3, — Océanie.

Fréquente dans l'archipel Indien, la syphilis, suivant Heymann (2), se rencontre particulièrement dans les villes du littoral et dans les pays circonvoisins en relation avec les Européens, tandis que, dans les districts de l’intérieur de quelques îles, elle est encore pour ainsi dire inconnue. Elle est répandue à Java, un peu moins à Bornéo et aux îles Célèbes (3). Selon Junghuhn (4), elle aurait été importée en 1841, par les Européens, chez les habitants des pays Battas (Sumatra) ; cependant, d’après W. Marsden (5), le mal vénérien était déjà commun au siècle dernier dans les bazars malais, mais à peu près inconnu à l’intérieur des terres. La syphilis, rare aux îles Nicobar, au rapport de Steen-Bille, est fréquente aux îles Moluques, où elle exercerait, suivant Lesson, des ravages aussi grands que lorsqu'elle apparut en Europe (6). Les Malaises les plus misérables sont la plupart perdues par cette maladie, dont les symptômes se composent de ce dégoütant cortége d’ulcères rongeants qui envahissent toutes les parties du corps. — Dans la Polynésie australienne, la syphilis règne depuis la fin du siècle dernier. Cest dans les années 1769 et 1770 qu’elle a été introduite par les matelots de Cook à la Nouvelle-Zélande et aux îles Sandwich. Bouillon-Lagrange (7) fait remarquer avec raison que les indigènes n’ont tout d’abord connu la syphilis que sous le nom de mal des Anglais. Cette maladie prit bientôt la plus grande extension dans ces îles (8), principalement à Tahiti (9), où elle exerça d’abord des ravages considérables dans la population indigène. Depuis lors, elle sévit avec moins d'intensité (10). Dans le continent australien, et particulièrement dans la terre de Van-Diemen, la syphilis était tellement rare au commencement de ce siècle, que de 1821 à 1831, Scott (11) n’observa, à Hobartstown que six fois des accidents primitifs; encore provenaient-ils de Sidney et de l’île de France. Depuis l’année 1834, cette maladie, au rapport de

(1) C. Friedel, Krankh. Ost-Asiens, Berlin, 1863,-et Arch. de méd. navale, t. V, p. 266 et 277. Paris, 1866.

(2) Darstellung der Krankh. in den Trüpenlandern, 187.

(3) Van LEenT, Archives de méd. navale, t. XIII et XIV, 14870.

(4) Die Battaländer auf Sumatra, I, 300,

(5) Histoire de Sumatra, trad. franc. Paris, 1788.

(6) Voyage médical autour du monde, 1829, p, 100,

(7) Journ. génér. de méd., I, 38.

(8) Voy. pour la Nouvelle-Zélande : Lesson, loc. cit., p. 119. — Polack, Manners and customs of the New-Landen, 11. — Power, Sketches in New-Zeland, London, 1849, 146. — Thompson, British and foreign med. chir. Review, loc. cit, — Pour les iles Sandwich : Chopin, American Journal, mai 1837, 43. — Jarves, History of the Sandwich Islands. London, 14843. — Lockwood, American Journ., janv. 1846, 91. — Gulick, New-York Journ, of med., mars 1855.

(9) Lesson, p. 55.—Comparez Wilson, Edinb. med. and surg.Journ., WU, 284, Cuzent, Soc, d'anthrop., t. 1, 466.

(10) Vauvray, Archives de méd. navale, t. 1V, p. 527.

(41) Province. med, Transact., UT,

Dempster (1), a pris une extension telle qu aujourd’hui elle est généralement répandue dans tout le pays, du moins parmi les Européens qui l’habitent. C’est de la même façon que s’est comportée la syphilis dans quelques groupes insulaires polynésiens, et surtout aux îles Sandwich (2), Marquises (3) et Gambier. Rochas (4) nous apprend que la syphilis, quelle qu'en soit l’origine, est très-répandue sur la côte de la Nouvelle-Calédonie. A l'île des Pins (sud-est de la Nouvelle-Calédonie), les chancres, dit Vinson (5), revêtent ordinairement le caractère phagédénique ; mais les accidents secondaires et tertiaires n'y sont pas fréquents. Peu répandue aux îles Tonga et Samoa (6), la syphilis ne paraît pas avoir pénétré jusqu'ici dans toutes les terres posées au milieu de l'océan Pacifique,

8 4. — Afrique,

Région du Nord. — On connaît peu l’état de la syphilis dans l’empire du Maroc; mais par contre 1l existe des documents nombreux sur le règne de cette maladie en Algérie. Hermann (7), Schônberg (8), Langg (9), Bertrand (10), Armand (11), et beaucoup de médecins s'accordent à reconnaître sa grande extension, maistandis que Furnari (12) fait coïncider sa fréquence et sa malignité avec l'occupation française, Deleau, Armand, Daga (13), Laveran (14), prétendent que ses ravages doivent être avant tout attribués à l’incurie des Arabes. L'influence du climat donne à la syphilis une suractivité qui fait rapidement apparaître les accidents consécutifs: parmi ceux-ci, les syphilides pustuleuses tiennent la première place pour la fréquence et l’acuité. Elles paraissent envahir tout le corps, et chaque pustule se transforme en ulcère profond à bords taillés à pic. Les tubercules des tissus cellulaires et musculaires ne sont pas rares (Armand). Il résulte des observations de Lagarde{15), Grellois (16), Ladureau (17), Bergot et Audibert (18) que ces accidents et quelques autres, tels que rupia, pérlostoses, exostoses, carie avec chute des os du nez, sont communs chez les Arabes, qui se soignent fort mal, La syphilis héréditaire est de

(4) Calcutta med, Transact., VII, 359.

(2) Leroy, Bull. de la Soc. danthr OPes te I, pe 270. — DEDIOU, Archiv, de méd, navale, t. Il, p. 186, 1864.

(3) Delarue, thèse de Paris, 1855.

(4) Rochas, ‘La Nouvelle- Calédonie et ses habitants. Paris, 4850.

(5) Thèse de Paris, p. 85, 1858, É/ém. de topogr. méd. de la Nouv.…Calédonie, ete.

(6) Wilkes, Narrative of a voyage, etc., III, 32.

(7) De morbis qui Alger occurrunt. Herbipoli; 1833, 31.

(8) Esquisse sur l'Algérie. Copenhague, 1837, 41.

(9) Bibliothèque pour les médecins, 1847, IL, 298.

(10) Médecine et hygiène des Arabes. Paris, 1855. — Le même, Recueil de mém. de médecine, de chir. et de pharm. milit., 3° série, t. XVIII.

(11) Algérie médicale. Paris, 4854, p. 415.

(12) Voyage médical dans l'Afrique septentrionale. Paris, 1845.

(13) Archiv. gén. de médecine, Paris, 1864, p. 158 et 287.

(44) Dict. encyclopéd. des sciences méd., p. 762, art. ALGÉRIE.

(15) Lagarde, Recueil de mém. de méd. et de chir. milit., t. VIE, p. 287.

(16) Grellois, Recueil de mém. de médecine, de chir. et de pharm. milit., 178 série.

(17) Ladureau, Lettres sur la syphilis (Gaz. des hôpit., 1863, p. 231),

(18) Moniteur de PAlgérie, t. LX, p. 362, extrait dans le Constitutionnel, 2 septembre 1864, page 3,

même fréquente etmaligne chez eux. « Je ne crois pas, écrit Deleau {1), qu'il existe dans aucun hôpital d'Europe des exemples plus affreux que ceux que j'ai constamment sous les yeux. J'ai vu des malheureux enfants à la mamelle souvent aveugles, couverts de pustules et de végétations, la membrane muqueuse de la bouche presque détruite. » On voit par cette citation que la syphilisation héréditaire n’atténue en rien la gravité de la syphilis, contrairement à ce que prétendent quelques médecins. Cette maladie présente des caractères non moins sérieux chez les Kabvles. Pour des raisons qui sont intimement liées aux mœurs musulmanes, à la décence prescrite par le Coran, écrit le.docteur Hattute dans la Zopogruphie médicale de la Kabylie (2), la constatation de l'accident primitif de la contamination initiale est entourée d'obstacles quelquefois nsurmontables, et ainsi il est presque impossible de saisir chez nos indigènes la syphilis à son berceau. Cette difficulté, la même que l’on rencontrait dans l'antiquité, montre bien l'impossibilité qu'il y avait à établir à cette époque la filiation des accidents syphilitiques, et à connaître leur évolution. Les accidents secondaires se font souvent remarquer par l'étendue et la profondeur de l’altération ; les syphilides ne comprennent pas seulement des papulo-vésicules, l’impétigo, l’ecthyma, etc., mais encore ces formes graves d’éruption ulcérative confondues par Arnoult sous le nom de lèpre kabyle, et qui la plupart doivent être assimilées aux syphilides pustulo-ulcéreuses, tuberculo-ulcérantes, gangréneuses et serpigineuses, décrites par Bazin. La physionomie particulière de la syphilis tégumentaire des Kabyles se trouve surtout dans la rapidité de sa marche; aussi n'est-il pas rare de constater tout à la fois, sur un même individu, des éruptions de formes multiples et de gravité différente dans l'échelle nosologique. La syphilis tertiaire est largement représentée en Kabylie par des périostoses, des exostoses et des caries des os des fosses nasales, enfin par des ulcérations ou des brides du pharynx et du larynx. La syphilis viscérale y a été peu observée, sans doute à cause de la difficulté que l’on a de suivre les malades peu disposés à se soigner. Il est à remarquer que les douleurs ostéocopes nocturnes font défaut chez les Kabyles atteints de syphilis osseuse, ce qui vraisemblablement tient au mode habituel de coucher de ce peuple, borné à l’emploi d’une natte placée sur le sol (Vincent, Hattute). Le traitement mercuriel ou ioduré agit avec une rapidité d'action tout aussi surprenante que la rapidité d'évolution de la maladie. Souvent, en effet, les accidents se succèdent chez le Kabyle avec une telle promptitude qu’il est impossible de saisir -la transition d’une période à l’autre. Or, comme ces accidents se présentent dans chaque ordre sous leurs formes les plus graves et les plus profondes, il en résulte que la syphilis du Kabyle, comme celle de l'Arabe et du Saharien, en vertu sans doute de la malpropreté et de la mauvaise hygiène de ces peuples, semble se rapprocher de la syphilis épidémique du xv° siècle et des endémo-épidémies dont il a été question plus haut. De même, la syphilis des habitants de la régence de Tunis, quoique souvent curable par:les bains de vapeur et les tisanes aromatiques et sudorifiques, se montre hideuse et contagieuse sous presque toutes

) Cité par Armand, Algérie médicale, p. 415.

) Voy. Hanoteau et Letourneux, La Kabylie et les coutumes kabyles, Paris, 1378,.3 vol. in-89,t, 1, p. 382 et suiv.

HISTORIQUE. A5 les formes. Les manifestations les plus communes sont des syphilides diverses, des exostoses, des caries nasales et palatines et principalement d'énormes ulcérations de la gorge, de la langue, de la bouche, des lèvres, du menton, des narines, du cuir chevelu, lésions horribles, qui s s'accompagnent parfois de fièvre, d'insomnie et d’une tristesse RTS (1). Non moins grave dans l'État de Tripoli, la syphilis a été rencontrée par Richardson (2) jusque dans l’oasis de Ghadamès, au sud de la ville de Tripoli. « À Ghadamès, dit le docteur Hoffmann (3), la syphilis me paraït caractérisée par la prédominance des manifestations cutanées (syphilides). Les exostoses viennent après les syphilides, puis indistinctement, et avec une égale fréquence, les affections bucco-pharyngiennes, le coryza ulcéreux, etc. Cette terrible maladie se transmet dans toutes les familles, soit par P hérédité, soit exceptionnellement par une contagion directe, c’est-à-dire chancreuse ; soit, presque toujours, par la contagion des accidents secondaires, s’opérant par diverses voies, et surtout par la bouche, qui s’infecte au contact des vases et objets d’un usage commun. Le traitement consiste dans une diète très-sévère de Ra jours, et l’usage de la salsepareille (acheba) en tisane ou aliments. » | Larrey (4), chirurgien en chef de P SCO d'Égypte, fait remarquer que dans ce pays la syphilis est répandue dans toutes les classes de la société, qu'elle y est peu grave et qu'elle se guérit ordinairement par de simples tisanes sudorifiques ou amères, et des bains de sable, tandis que cette maladie transplantée en Europe, et surtout dans les contrées occidentales, devient opiniâtre et difficile à détruire. D’autres auteurs non moins recommandables (5) s'accordent à reconnaitre la fréquence et la bénignité de la Syphilis en Égvpte et surtout au Caire. Cependant, Biharz (6) signale l'existence d'exostoses et de nécroses affectant principalement les os du nez, et Schnepp (7) a trouvé qu'il v avait, sur 8230 malades entrés à l’hôpital d'Alexandrie de 1844 à 1861, 589 syphilitiques dont 6 morts.

Région du centre. — Brocehi (8) et Ebn-Omar-el-Junsy (9) rapportent que la Syphilis est devenue une véritable calamité dans les pays nègres, et principalement dans le Darfour, où elle est connue sous la dénomination de maladie franaise. Cette maladie, importée, selon Pruner (10), dans le Cordofan et le Sennaar

(4) A. Lumbroso, Lettres médico-statistiques sur la régence de Tunis (Bullet. de la Soc. de Statistique de Marseille, t. XXIIL, 14859. Rapport par E. Perrin, Union médicale, t. XII, 1861).

(2) Travels in the great Desert of Sahara, etc.

(3) Mission de Ghadamès, Rapport officiel, Alger, Duclaux, 14863. Rapport médical par le: docteur Hoffmann, p. 345. Précieuse indication que je dois à l’obligeance de mon excellent ami H. Forneron, inspecteur des finances.

(4) J. Larrey, Relation historique et chirurgicale de l'expédition d'Orient en Égypte el en Syrie, p. 254. Paris, 1863.

(5) Clot bey, Gaz. méd. de Paris, 1839, n° 45, p. 394, et Aperçu général sur l'Égypte, II, 324. —Pruner, Krankh. des Orients. Nota Apcho, f. physiol. Heilkunde, 1853, n° 2.

(6) Voy. Ernest Godart, Égypte et Palestine, Paris, 200 APDA 112;

(7) Schnepp, Du climat d'Alexandrie. Paris, 1862.

(8) Giornale, etc., V, 201.

(9) Voyage au Darfour. Paris, 1845.

(10) Pruner, Krankh. d. Orients.— J. Bruce, lors de son voyage aux sources du Nil, observait que les maladies vénériennes, très-communes dans le Sennaar, n’y sont pas graves, et que les sueurs et l’abstinence suffisent pour les guérir. Voyage aux sources du Nil, etc., trad. par Cartera,

par des convois de troupes venant d'Égypte, revêt, ainsi que le prétendent Veit (1) et Br occhi, la plupart des caractères d’un état morbide endémique. De même, après avoir fait invasion, au commencement de ce siècle, dans les vallées circonscrites de l’Abyssinie (2), le mal dont il s’agit y a rapidement acquis une grande extension, tandis qu’il a, jusqu’à ces derniers temps du moins, respecté les habitants des pays Gallas. Observé dans la tribu des Schellouks, sur les bords de la rivière Blanche, il est à peu près inconnu dans le sud et à l'intérieur du pays. Un point intéressant à vérifier serait la prétendue introduction de la syphilis en Abyssinie par les Portugais au xv° siècle. Selon Aubert-Roche (3), cette maladie cède facilement, dans cette contrée, à un léger traitement, pourvu qu'on ait soim d'éviter les grandes hauteurs, où ses symptômes cutanés paraissent s’aggraver rapidement. Les Nubiens (4) empruntent au règne minéral un spécifique précieux contre les maladies syphilitiques, la téréba, terre grisàtre, imprégnée peut-être de sels de mercure. Pendant trois jours, les malades, mis à la diète, sont gorgés de téréba; pendant trois jours, l’usage en est suspendu, puis repris et abandonné de nouveau par périodes de trois jours. Dans le Soudan, les maladies les plus invétérées ne résisteraient pas à neuf Jours de ce traitement.

Déjà au commencement du dernier siècle, la syphilis existait sur une grande échelle le long de la côte occidentale de l'Afrique, et particulièrement au Congo ; aujourd’hui elle est tout aussi fréquente sur la côte de Sierra-Leone, dans la baie de Benin (5), à Biafra et dans les îles voisines. Selon Damiell (6), dans le royaume de Benin et le long de la rivière du même nom, cette maladie est une des plus fréquentes et des plus fatales de toutes celles auxquelles sont exposés les habitants mâles, chez lesquels elle exerce une prédominance marquée. Un grand nombre d’entre eux meurent dans leur jeunesse, faute des remèdes nécessaires à leur guérison. Il n’est pas rare de voir les accidents durer pendant les deux tiers de la vie des individus. Les affections les plus graves observées par Daniell sont des ulcères phagédéniques, gangréneux et malins, attaquant les deux sexes ; les nodus et les éruptions cutanées sont prédominants, et résistent d'ordinaire au traitement rationnel et énergique des médecins européens. Au contraire, Thévenot (7) affirme que la syphilis est trèsrare dans la Sénégambie, et que les seuls cas qu'il ait observés dans ce pays appartenaient à des Européens nouvellement débarqués. D’après Dutroulau (8), le fléau syphilitique ne présente pas dans les régione tropicales, et en partieulier chez les nègres d'Afrique, la gravité symptomatique, la durée, la tendance à l'infection générale qu'on lui connaît dans les régions tempérées. A l'ile de

(1) Wurtemberg. med. Correspondenzbl., IX, 107.

(2) Voy. Pruner, Loc. cit., 177. — Tamisier, Voyage en Abyssinie. Paris, 1839, — Rochet d’'Héricourt, Voyage dans le pays d’'Adel, étc. Paris, 4841. — Aubert-Roche, dans Annales d'hygiène; XX, 15, et Mém. de l’Acad, roy. de médecine, t. IX, p. 697; — Meyer-AÂhrens, Krankheit. der Abessinier (Prager Vierteljahrschrift, etes, À. 48; p. 103, 1855),

(3) Dict. encyclopéd. des sciences médic. Paris, 1864, t. I, p. 251.

(4) Mission de Ghadamès, Alger, 1863, p. 354. Note méditale sur le Soudan.

(5) Oldfield, Lond, med. and surg. Journ:, novemb. 1835, 403.

(6) t'a Sketches of the med, topogr. of the Gulf of Guinea: London, 14849, 43, 96, 114, 138

(7) Traité des maladiès des Européens, etc., 247, 249.

(8) Dict. encyclopéd. des sciences méd., t. Il, p. 83, 1865.

Madère, cette maladie, au rapport de Kampfer (1), règne principalement sur les côtes et dans les grands ports de mer { Funchal ); elle est rare à l’intérieur des terres.

Région du Midi. — Chapotin (2) prétend que la syphilis, au commencement de ce siècle, était peu répandue à l’île Maurice ; mais depuis lors les maladies vénériennes s’y sont montrées sous les formes les plus hideuses. « Nous en avons vu un grand nombre, dit Lesson (3), où les symptômes étaient au maximum d'intensité. Les malades appartenaient à la race nègre, et ils étaient traités à l'hôpital civil de la Grande-Rivière. Il est vrai que les nègres, avant de déclarer l’infirmité, essayent de la combattre par des remèdes qu'ils croient propres, et en buvant des tisanes faites avec des écorces d'arbres qu'ils vont dépouiller dans les bois. » A l’hôpital militaire de Saint-Denis (île Bourbon), on compte 210 affections vénériennes sur 1329 malades (4). Au rapport de Mounier (5), la syphilis et les inflammations aiguës ou chroniques des viscères abdominaux sont les affections les plus fréquentes et les plus graves chez les indigènes de l’île de Nossi-bé. À Madagascar, les accidents syphilitiques, connus depuis un petit nombre d'années, ont néanmoins déjà pris un assez grand développement, leur marche est relativement aiguë et rapide (6). Cherzer (7) et Schwarz (8) font remarquer que lasyphilis, généralementrare au Cap, se trouve moins répandue encore dans l’intérieur du pays. Gette maladie est néanmoins fréquente parmi les soldats anglais qui y tiennent garnison. Au contraire, la syphilis, suivant Livingstone (9), serait totalement inconnue dans Îe centre de l'Afrique du Sud, où d’ailleurs elle se guérirait d'elle-même. « Ge mal affreux, rapporte cet intrépide missionnaire, ne persiste Jamais sous aucune forme dans l’intérieur de l'Afrique, chez les indigènes dont la race n’a pas été croisée. Il en est autrement pour les individus de sang mêlé. Chez tousdes mulâtres que j'ai été appelé à soigner, la violence des symptômes secondaires a toujours été en proportion de la quantité de sang européen qui coulait dans les veines du malade; chez les Coronnas, chez les Criquas et les métis portugais, l'affection produit les mêmes ravages qu’en Europe. J'ai trouvé chez les Barotjès une maladie qu'ils appellent manassah, et qui ressemble énormément au fœda mulier de l'histoire. »

$ 5. — Amérique,

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Ün intérêt tout particulier s'attache à la recherche de l'existence de la syphilis en Amérique; pendant longtemps, cette terre a été regardée comme le berceau de la maladie vénérienne, et cette manière de voir eut des partisans

(4) Hamburg Zeitschrift für Medicin, XXXIV, 160.

(2) Topographie médicale de Pile de France; Paris, 1812, p. 76.

(3) Loc. cit., p.144.

(4) Voy. Archiv. de méd. navale, t, VI, p. 405.

(5) Thèse de Paris, 1849, De la fièvre interm. à l'ile de Nossi-bé.

(6) Daullé, Cinq années d'observations méd. dans les établiss. de Madagascar (côte ouest). Thèse de Paris, 1857.

(7) Zeitschrift der Wien. Aerzte, 1859, n° 14.

(8) Zeitschrift der Wien. Aerzte, 1858, n° 40.

(9) Méssionary Travels, London, 1857, 128, et Société anthropol., t. I, 237.

acharnés. Delgado (1), cependant, soutint que la syphilis était d'importation européenne, et, plus récemment, des voyageurs ont été conduits à partager cette opinion, qui s'appuie en définitive sur les relations qui ont existé entre les indigènes et les colons. Des observations faites à la fin du dernier siècle, et au commencement de celui-ci, prouveraient que la syphilis était mconnue, ou du moins fort peu répandue dans le nord et dans le sud de l'Amérique, tant que les naturels sont restés éloignés des Européens ; mais que, depuis, l’extension de cette maladie a toujours été proportionnelle à l'intimité des rapports établis entre ces peuples et ceux d'Europe. Aujourd’hui même, certaines tribus indiennes, restées sans communication avec les Européens, sont exemptes du fléau syphilitique. C’est là un fait, on le conçoit, peu favorable à la doctrine de l’origine américaine de la syphilis. Ajoutons que deux célèbres historiens américains, Prescott et Irwing (2), déclarent formellement, après sérieuse enquête, et prouvent jusqu'à l'évidence que les compagnons de Christophe Colomb n’ont pas exporté la syphilis d'Amérique, mais qu'ils Pont au contraire importée.

Région du Nord. — Kalm (3) rapporte que, dès le commencement du siècle dernier, et même avant l’invasion européenne, la syphilis était connue au Canada, où elle avait été introduite à la suite des luttes qui fréquemment existaient entre les indigènes et d’autres tribus plus méridionales en rapports commerciaux avec nous. Nous savons d’ailleurs (voy. p. 29) que, vers la fin du même siècle, elle prit une grande extension, et exerça des ravages effroyables parmi les naturels du pays. Plus récemment, elle sévit avec une égale intensité chez les indigènes de la Colombie et des provinces du territoire russe du nord de l'Amérique (4). Dans les îles Aléoutes, le fléau syphilitique est une des maladies qui atteignent le plus fréquemment les Russes habitants de ces contrées (5). D'autre part, les soldats de l'Amérique septentrionale anglaise ont présenté annuellement, en 1862 et 1863, 161 maladies vénériennes, dont plus de la moitié étaient svphilitiques, pour 1000 hommes d’effectif, et plus de 8 hommes sur 109 malades vénériens sont actuellement renvoyés en Angleterre, dont 5 définitivement rayés du service comme invalides.

Dans la partie septentrionale des États-Unis, l’armée fédérale (6), durant les deux années de guerre contre les confédérés des États du Sud, ne présenta qu'une moyenne annuelle de 67 vénériens sur 1000 hommes d’effectif ; mais les corps, peu nombreux d’ailleurs, de la région du Pacifique, atteignirent une proportion de 34h, supérieure même à celle qu'offre l’armée des îles Britanniques. Dans l’armée des fédérés, sur 1000 maladies vénériennes, il y eut 360 syphilis, proportion relative assez analogue à celle de l’armée belge.

(4) Del modo di adoperare il legno sancto d'India occidentale. Venise, 1509, in-40.

(2) Consultez New-York Journal of medicine, mars 1844.

(3) Svenska Vetensk. Academ. Handl., XI, 280.

(4) Blaschke, Topogr., 66, et Canst. Jahrb., 1844, 11. Romanowsky, dans Med. Zeitung Russland, 1849, n° 20. :

(5) Voy. Dict. encyclopéd. des sciences méd., t. 11, p. 36. Art. ALéourEs. |

(6) Voyez Reports on the extent and nature of the mater. available for the prepar. of a med, and surg. History of the rebellion. Philadelphia, 4865.

Dans quelques villes des États-Unis, à Nashville, à Memphis, la moindre proportion des vénériens de l’armée est en rapport avec la réglementation plus parfaite des prostituées. En somme, la syphilis, aux États-Unis d'Amérique, ne diffère pas notablement de ce qu’elle est en Europe; chez les nègres (1), toutefois, elle est fréquente et maligne, comme aussi parmi les tribus indiennes (2) de l’ouest depuis leurs relations avec les Européens. Elle a pris, chez les indigènes de la Californie, une extension telle qu’il n’est pas rare, au dire de Praslow, de voir tous les membres d’une même famille en être affectés. L'absence de police des mœurs contribue pour une grande part à sa propagation à San-Francisco (3). Le fléau syphilitique n'est pas moins répandue au Texas, où

Husson (4) et Swift (5) le font provenir des communications établies entre les Indiens et les Mexicains.

Région du centre. — On s'accorde (6) généralement à reconnaître que la syphilis a pris au Mexique une extension plus considérable que sur la plupart des points de la surface du globe; le peuple v est même si peu renseigné sur la nature de ce mal qu'ilen parle comme de toute autre maladie, l’attribue à des influences générales, et ne doute pas de sa genèse spontanée. Plusieurs docteurs mexicains de mes élèves m'ont affirmé, à plusieurs reprises, que les affections syphilitiques avaient une intensité plus grande au Mexique qu’en France, et qu'elles étaient graves surtout chez les Européens nouvellement débarqués. Au contraire, elles sont moins sérieuses chez les Indiens, de sorte qu'elles paraissent subordonnées à l’acclimatation plus ou moins complète des individus sur lesquels elles sévissent, Jourdanet (7) et Libermann (8) insistent sur la fréquence et la ténacité de la syphilis au Mexique, et notamment à Mexico. L. Coimdet (9) constate que la syphilis se propage sans entraves dans cette dernière ville, qu’elle sy traduit par des manifestations hâtives, intenses et tenaces, et qu'elle s’y termine assez souvent d’une manière fatale. C. Heinemann (10) fait également mention de la gravité de la syphilis mexicaine, 1l insiste sur les ulcérations qu’elle détermine à la peau, dans le larynx, etc.

Dans les Antilles, la syphilis sévit avec moins d'intensité. Dès le siècle dernier, Hunter (11) rapportait que ce fléau y était plus rare, particulièrement dans les parages où l’on a prétendu qu'il avait son origine, que

(4) Tidymann, dans PArlosoph. Journ. of med and physic. SRE HYH 6,

(2) Hunter, American med. Record, V, 412.

(3) Lantoin, Arch. de méd.nav., t., XVII, p. 179.

(4) Coolidge, Statistical Report, etc. Philadelphia, 1856, 377.

(5) Ibid., 385.

(6) Voy. Uslar, dans Preuss. med. Vereins Ztqg., 1843, n° 36. — Stricker, dans Hamb. Zeitschr. für Med., XXXIV, 530. — Newton, Med. topogr. ofthe city of Mexico. New-York, 1848. — Porter, dans American Journ., jan. 1853, 40.

(7) Jourdanet, Gaz. hebdom. de méd. et de chirurg., 10 mars 1865.

(8) Libermann, Recueil de mém. de méd., de chirurg. et de pharm. milit. 3° série, t. XIIT, p. 333, 1869,

(9) (a) Coindet, Études statistiques sur le Mexique. (Gaz. hebd. de méd. et de chirurg., 4 ou mars, 8 et 29 avril 1864.)

: (£0) Carl Heinemann, Klein. Mittheilung von der Mexican. Expedition (Archiv für pathol. ne und Physiol., t. XXXIX, p. 613).

(41) J. Hunter, Observat. on the diseases of the Army, in Jamaica, London, 1788, p. 284.

LANCEREAUX. — Syphilis, 2e édit. L:

dans toute contrée d'Europe. De son côté, Cordoba (1) insiste sur la rareté relative de la syphilis à Porto-Rico, et se prononce pour l'importation espagnole. Plus récemment, Clark (2) affirme que la syphilis est à peine connue dans certaines îles des Indes occidentales. Cette maladie, au rapport du même auteur, est si peu fréquente parmi les troupes anglaises de la Jamaïque, qu'il est possible d’en observer plus de cas dans un seul régiment des Indes orientales que dans toute la garnison des Antilles (3).

La statistique de l’armée anglaise confirme cette donnée; elle imscrit pour toutes les possessions tropicales de l'Angleterre en Amérique 90 malades vénériens sur 1000 hommes d’effectif. Ces malades sont conséquemment moins nom breux que dans les îles Britanniques; quant aux proportions relatives des diverses affections vénériennes, elles ne diffèrent pas considérablement, sauf les bubons, en Angleterre et dans les Antilles.

À Haïti, toutefois, la syphilis est répandue et maligne, surtout parmi les nègres (4). Le libertinage et le peu de précautions qu'on apporte à Saint- Domingue dans l’usage des femmes font qu'il y a dans ce pays peu de maladies plus communes que les affections vénériennes, qui, outre leurs symptômes ordinaires, se montrent sous plusieurs formes, et compliquent la plupart des maladies (5). Dazille, Rufz de Lavison (6) et Louis Blacas (7) reconnaissent la fréquence de la syphilis chez les nègres des Antilles, comme aussi la promptitude de sa guérison. Cette maladie, répandue dans l’Amérique centrale (8), v est en général assez bénigne (9).

Région du Midi. — Le fléau syphilitique se montre dans cette région, si l’on en excepte la Colombie, avec une extension et une gravité peu différentes de celles qu'il présente au Mexique. En effet, la plupart des auteurs s’accordent à signaler sa fréquence en Bolivie (10), au Pérou (11), au Chili (12),

dans les États de Rio de la Plata (13). Les maladies vénériennes, suivant Guezennec (14), sont graves à Arica ; on y rencontre des malades atteints d’exostoses, de carie, d’ozène, de syphilide. Au Callao et à Lima, la syphilis est surtout le triste apanage de la classe pauvre. Les recherches de Tschudi lui ont appris que le mal syphiliique n’était pas connu au Pérou avant la conquête ; aussi pense-t-il avec plusieurs autres auteurs qu’il a été introduit par les Espagnols

) Cordoba, Memor. geograf, de la Isla de Puerto-Rico. Sanmiltan, 1831. ) Madras Quarterly med. Journ., 1, 381.

) Comparez Saunders dans Hermann Holder, Traité des maladies vénériennes, p. 132. (4) Hirsch, Hist, geographisch. Pathologie, t. I, p. 363. (5) Voyez Conseils aux Européens dans les climats chauds, ch. p. 463. Maladies communes à Saint-Domingue.

(6) Rufz de Lawson, Bullet. de la Soc. d'anthropol., t. I, p. 467, 1860. (7) L. Blacas, La syphilis observée à Saint-Domingue, ete. Thèse de Montpellier, 1853. (8) Bernhard, dans Deutsche Klinik, 1854, n° 11, (9) Voy. Lagarde, Archiv. de méd. navale, t, 1, p. 2108 202: (10) Bach, Zeitschrift für vergleich. Erdkunde, 1, 543. (11) Lesson, Voyage, p. 27. — Tschudi, OEst. med. Wochenschrift, 1846, 474, (12) Poppig, dans Clarus und Radius Beitrüge zur Heilkunde, I, 529.—Laforque, Bulletin a dite de médecine, XVII, 189. — Lantoin, Archiv. de méd, navale, t, XVII, p. 165, Ne Brunel, Observ, topograph. etc., 45. — Tschudi, Wien, med. Wochenschr., 1858, n° 45.

(44) Archiv. de méd, navale, t. 1, 1864, p. 181.

HISTORIQUE: oi

ou par les nègres. À Valparaiso, les affections syphilitiques sont des plus sérieuses et des plus aiguës dans leur marche, au rapport de Lafargue (1), de Lantoin (2) et de Guezennec. On rencontre à Valparaiso, écrit ce dernier (3), les affections syphilitiques les plus graves que l’on puisse imaginer : ulcères détruisant les téguments du bas-ventre, du périnée et du rectum, avec dénudation, mort dans quelques cas. Ces affections, toutefois, sont moins répandues dans la population indigène que parmi les Européens, et il paraît même qu'elles sont entièrement inconnues des tribus qui vivent à l’ouest des Andes. Mantegazza à également remarqué que parmi les populations de l’Uruguav, du Paraguay et de la confédération Argentine, les Indiens n’étaieñt atteints de cette maladie que lorsqu'ils vivaient auprès des blancs ; aussi ne croitl pas à l’origine américaine de la svphilis. Il dit avoir observé dans ces contrées quelques cas graves, voire même mortels, et avoir vu les os du nez s'attaquer et se détruire immédiatement après les lésions congénitales. Cependant, 1l eut souvent aussi l’occasion de constater la guérison spontanée de la syphilis dans toute la confédération Argentine. Tschudi observe que même dans les localités les plus isolées de cette contrée, on trouve des individus affectés de déformation formidable de Ta face. Oister rapporte que le tiers de la population de Cordova est atteint de syphilis, et que les individus frappés de ce mal se trouvent par douzaines, mendiant dans les rues.

Au Brésil, la syphilis constitue une maladie commune et grave, surtout parmi la population indienne qui est en rapport avec les peuples d'Europe (4), tandis que, selon Martius (5), elle serait entièrement inconnue des tribus qui vivent à l’ouest. À Rio-de-Janeiro, où la prostitution est libre, patentée et tolérée, Fa svphilis règne dans une forte proportion; elle s’alimente d’ailleurs par l’arrivée incessante de navires étrangers, car aucune disposition de police sanitaire n’est prise pour arrêter les progrès du mal. On peut se faire une idée de la propagation de cet élément pathologique dans la population brésilienne en consultant les relevés des salles de chirurgie de l’hôpital Santa-Casa da Misericordia pendant la période quinquennale de 1861 à 1866. — 7082 svphilitiques à divers degrés ont été traités dans Îces salles ; 6311 hommes, 771 femmes. Le chiffre des malades traités pendant cette période dans les mêmes salles a été de 18 143 dont 16 231 du sexe masculin et 1862 du sexe féminin. Le nombre des malades atteints de syphilis a donc dépassé le tiers de la totalité des entrées, 1 sur 2, 5; et bien plus, sur les 42 141 malades admis pendant cette période de 5 ans dans le service médical du même hôpital, beaucoup de maladies compliquées de l’élément syphilitique ne sont pas entrées en ligne de compte. En 1869, dans divers hôpitaux de la ville, on a noté sur 24 819 maladies, 1,665 entrées pour maladies syphilitiques diverses ou 6 à 7 entrées sur 100, et dans ce chiffre il n’est pas tenu compte d’une foule d’ulcères et d’affec-

(1) Lafargue, De l’état du Chili au point de vue hygiénique et médical, Rapport de Renaudin, Bullet. de l'Acad. de méd., t. XXVIT, p. 189.

(2) Lantoin, Archives de médecine navale, t, XVII, p. 165.

(3) Guezennet, Archives de médecine navale, t. IT, p. 108. ,

(4) Pleasants, American Journ , jul. 1842, 88, — Rendu, Études topograph, ete. sur le Brésil, — Sigaud, Du climat et des maladies du Brésil, 117, 133, 421.

(5) Martius, dans Buchner, Repert, für Pharmacie, XXXIV.

tions externes dont une bonne partie relève de la syphilis. Dans de semblables conditions, la syphilis héréditaire est nécessairement connue ; aussi la plupart des médecins s'accordent à reconnaître qu’elle joue un rôle important dans la mortalité des jeunes enfants (1).

Ces différents exemples démontrent avec la dernière évidence l’importance d’une réglementation de la prostitution et la nécessité pour les nations d’instituer des lois sanitaires dans le but d'arrêter les progrès de la syphilis. La fréquence de cette maladie est, en effet, dans un rapport constant avec la tolérance accordée à la prostitution; elle tient aussi en grande partie aux relations propres à certains centres, dans lesquels la maladie provient manifestement du dehors. Toutes choses égales d’ailleurs, les ports de mer, les villes de garnisons et les villes commerçantes se font remarquer par une plus grande extension et une plus grande activité du mal ; peut-être même serait-il possible d'établir que cette extension est en raison directe des transactions commerciales. D’autres conditions semblent tenir sous leur dépendance la gravité de ce fléau. Partout où les lois de l'hygiène ne sont pas respectées, nous voyons la syphilis sévir avec une plus grande intensité, C’est ainsi qu’elle revêt une forme grave dans les grands centres de population et principalement dans les ports de mer où se rencontrent des individus non acclimatés, adonnés à des excès de toute sorte, ou encore parmi les populations mal nourries et malpropres, comme sont les Arabes, les Kabyvles, les Indiens de l'Amérique. Remarquons que les hauts plateaux paraissent favorables à la gravité de la syphilis. C’est du moins ce qui arrive en Arménie, en Abyssinie et au Mexique. Le climat, par contre, n’a qu'une influence médiocre, tant sur la fréquence que sur la gravité du fléau syphilitique; mais il n’en est pas de même pour la marche de cette maladie. La syphilis évolue plus rapidement dans les zones tropicales ou dans les climats chauds que dans les climats froids; il faut ajouter qu’elle s'y guérit aussi plus facilement. Le défaut d’acclimatement et sans doute aussi les fatigues sont les causes auxquelles on peut rattacher la gravité de la syphilis contractée dans un pays étranger et largement infecté. L'influence de la race est à peu près nulle ; à part les nègres, chez qui les accidents contitutionnels sont généralement peu sérieux, toutes les autres races sont dans une égalité pour ainsi dire complète en présence du virus syphilitique. L'immunité relative des Islandais, dont l’origine est principalement scandinave, tient en effet à toute autre cause qu'une Influence de race, puisque la svphilis est très-répandue chez les peuples de la Suède et de la Norvége.

Telles sont les principales données scientifiques résultant de l'étude de la syphilis dans les différentes parties du globe. Maintenant que nous avons fait connaître les grands traits historiques de cette maladie, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, le moment est venu de porternos regards en arrière et d'embrasser d’un coup d'œil général l’espace qui vient d’être parcouru. Dans tous les temps et pour ainsi dire dans tous les lieux, partout où l’on a pris la

à ST > Pathologie de Rio-de-Janetro (Archives de méd. navale, t. XVILI, p.24, 872).

peine de lobserver, on a noté l'existence d’affections variées des organes génitaux, dont quelques-unes ne sont pas sans analogie avec le chancre syphilitique. Les ulcères de la bouche et de la gorge, les éruptions de la peau, les altérations du système osseux, bien que moins fréquemment signalés, n'ont cependant pas fait défaut. Depuis les temps les plus anciens, par conséquent, on a connu la plupart des manifestations à la réunion desquelles nous appliquons la dénomination de syphilis. Une seule chose a manqué aux premiers observateurs, qui est la connaissance synthétique de cette maladie ; aussi les accidents qui s’y rattachent sont-ils, les uns décrits séparément dans le chapitre consacré aux ulcères des parties génitales, les autres confondus et relégués dans le domaine des maladies ordinaires de l’époque et de la lèpre en particulier. Il a fallu la grande épidémie du xv° siècle pour montrer la relation qui unit l’accident primitif aux accidents secondaires et tertiaires, c’est-à-dire les ulcères des parties génitales aux éruptions de la peau et aux affections des os. Dès ce moment seulement, la syphilis est apparue constituée de toutes pièces, et de cette époque date en réalité l'établissement du système syphiligraphique actuel. Obscur à ses débuts, ce système a été peu à peu débrouillé. Bientôt, en effet, fut reconnue la contagion par ce quid ignodura qui prit le nom de virus, et le rapprochement sexuel fut considéré comme la cause la plus fréquente de la contamination. L'évolution du mal fut mise à jour, les manifestations les plus profondes, celles-là seulement qui attaquent les viscères, restèrent dans l'ombre. Un jour vint cependant, qui n’est pas éloigné de nous, où l’on se prit à douter de la solidité du brillant échafaudage dressé par une observation de plusieurs siècles. Un instant ébranlé sous l’influence de lagitation des esprits produite par les idées révolutionnaires de Broussais, cet échafaudage ne tarda pas à reprendre des assises meilleures et à se consolider au point de devenir inébranlable. Pourtant des observateurs consciencieux se demandent si l’épidémie du xv° siècle est bien la syphilis ; mais, sur ce point encore, le doute ne peut persister.

Les endémo-épidémies postérieures à celle de 1495 présentent en effet avec cette dernière, au dire de la plupart des observateurs, une similitude tellement parfaite, qu'il n’est guère possible de nier leur identité; peut-être même seraiton autorisé à rapprocher de ces manifestations épidémiques, à l'exemple de certains auteurs, quelques maladies observées et décrites dans des temps plus anciens. Ce qui, du reste, prouve d’une façon peu contestable la nature syphilitique de ces diverses épidémies, c’est le rapprochement possible de leurs désordres symptomatiques avec ceux de la syphilis étudiée, aujourd’hui même, au milieu de circonstances particulières à certaines contrées. De cette étude ressort ce fait important que, tandis qu’il est des localités où la syphilis est généralement bénigne, ou n’a pu jusqu'ici s'étendre, il en est d’autres où cette maladie, très-répandue, se montre habituellement sous les formes les plus hideuses et les plus malignes, avec un ensemble symptomatique peu différent de celui qui a été observé dans le cours des plus graves épidémies. Dans ces lieux par conséquent, ou mieux dans les conditions diverses des individus qui les habitent, il importe de chercher la raison des épidémies de Syphilis et de celle de la Renaissance en particulier. Or, les circonstances qui, en certains endroits, paraissent aggraver la syphilis: le défaut d’acclima-

zf LA SYPHILIS.

tation, les fatigues, les excès, l'encombrement, et peut-être aussi la contamination d’une race à une autre, sont précisément celles au milieu desquelles s’est développée la grande épidémie de 1495. Ainsi tout porte à croire que la maladie épidémique de cette époque n’a différé, ni dans ses causes, ni dans sa nature, d’un certain nombre de cas de syphilis de nos jours survenus, pour la plupart, dans des conditions spéciales. Notons en outre que la maladie de Naples a pu être influencée dans sa propagation par la température élevée de l'année. « Cette année-là, dit Commines dans ses Mémoires, tous les vins d'Italie étaient aigres, ce que nos gens ne trouvaient point bon, ni Pair qui était si chaud,» Remarquons de plus qu'un grand nombre des épidémies de syphilis qui ont suivi celle du xv° siècle, ont eu, comme cette dernière, une guerre pour point de départ. A ces épidémies nous pourrions encore ajouter, entre beaucoup d’autres, celle dont Fergusson nous a conservé la relation, et qui sévit, en 1814, sur les troupes anglaises de l'Espagne. De même que la plupart des maladies, la syphilis est done soumise à des variations diverses subordonnées elles-mêmes à des conditions particulières de temps et de lieu, tellement que, légère et bénigne aujourd'hui, dans des circonstances données, cette maladie, plus tard, pourra devenir grave et maligne, ces circonstances venant à changer, et réciproquement. |

N'aurait-elle d'autre point de vue, l'étude qui précède ne peut être stérile ; aussi comptons-nous plus tard en tirer des déductions étiologiques et pratiques du plus grand intérêt. Pour l’instant, et après les considérations dans lesquelles nous sommes entré, nous croyons pouvoir émettre, à titre de conclusions générales, les propositions suivantes :

19 Les affections syphilitiques paraissent avoir été vues où même décrites dans les temps les plus reculés ; toutefois, comme le lien qui réunit ces diverses manifestations , et en constitue une unité pathologique, avait échappé aux anciens observateurs, il faut bien reconnaître que la conception nosologique de la syphilis ne date en réalité que de la fin du xv° siècle.

2° En dehors de sa forme commune et habituelle, la syphilis se montre parfois sous les formes épidémique ou endémique. Rare et presque exceptionnelle, la première de ces formes n'apparaît que dans des circonstances spéciales ; plus sénérale, la seconde est pour ainsi dire la forme ordinaire de la syphilis dans certaines localités où il y a agglomération d'individus non encore acclimatés, et en particulier dans les grands ports de mer.

3° Répandue sur presque toute la surface du globe, la syphilis ne sévit pas partout avec une égale intensité ; tandis que dans certaines contrées, telles que l'Islande (Schleissner), le centre de l'Afrique méridionale (Livingstone), elle germe à peine et ne peut se développer, il est des lieux (littoral de la mer Baltique et de la mer Adriatique, îles Moluques, Mexique, ete.) où elle prend

une extension et une intensité qui lui donnent beaucoup des allures de l’épidémie du xv° siècle.

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