‹ Traité historique et pratique de la syphilisChapitre 15 sur 98 · I. — SYPHILIS ACQUISE · texte numérisé non relu

I. — SYPHILIS ACQUISE

La connaissance des phases diverses que subit la syphilis accidentelle ou acquise n’a pas complétement échappé aux syphiligraphes des premiers temps, à ceux du xvr° siècle en particulier. L’Espagnol Ruiz Diaz de Isla (2) entrevoit la possibilité d'introduire une division dans l’évolution générale des affec-

(1) Lues venerea totius substantiæ morbus est occultus, contagiosus, tuberculis, maculis ulceribus, cruciatibus et doloribus sese prodens, solo concubitu aut alio impuro contactu contrahendus, (De luis venereæ curatione perfectissima liber.)

(2) Tractado, etc., en casa de Robertis, Sevilla, 4539, in-fol., et Rengifo, Thèse de Paris, 1863, p. 38.

tions syphilitiques ; il en admet trois formes : une première, que caractérise une éruption générale de boutons, guérit sans traitement ; une deuxième, dans laquelle il y a apostèmes et ulcères, réclame l'intervention d'une médication mercurielle; une troisième enfin, qui s'accompagne de fièvre, d’amaigrissement, de la perte graduelle des forces, de douleurs atroces, et qui est, pour l’auteur, l'infection universelle.

Jean de Vigo (1), au commencement du xvi° siècle, divise les accidents du mal français en deux époques : morbus non confirmatus, c'est-à-dire l’accident primitif ; morbus confirmatus, c’est-à-dire l’infection constitutionnelle.

Un peu plus tard, Fernel et Thierry de Héry reconnaissent plusieurs périodes dans l’évolution de cette maladie. Pour le célèbre médecin de Henri IF (2), le virus, primitivement fixé aux parties génitales, envahit bientôt la périphérie du corps, et y détermine une affection de la racine des poils ; c’est le premier degré de la maladie. Dans le second degré, la peau, affectée à son tour, se couvre de nombreuses macules. Au troisième degré seulement commence la véritable maladie vénérienne; le virus à pénétré tout le corps, c’est l'époque des syphilides pustuleuse et ulcéreuse. Puis le virus atteint les parties solides. Les affections des os, des muscles et des nerfs, des douleurs atroces et un marasme qui peut conduire à la mort constituent enfin le quatrième degré. Cette classification des accidents syphilitiques établit pour la première fois une distinction formelle entre les altérations superficielles et les altérations profondes de la peau. |

La division par périodes des symptômes de la maladie vénérienne n’est pas moins remarquable dans Thierry de Héry : « Les symptômes ou accidents communs de cette maladie, dit cet auteur (3), sont plusieurs, desquels les uns précèdent, les autres suivent, les autres surviennent. Geux qui précèdent sont ulcères de diverse nature... les autres (consécutifs) font pustules et ulcères naissants par tout le corps... Les derniers font douleurs fixes de toute la tête. principalement avec exostose où souvent sont les os cariés el COITOMpPUS... »

Hunter admet également des phases distinctes dans l’évolution de la syphilis. Suivant Ricord (4), d'accord en cela avec les deux précédents auteurs, le drame de la syphilis se divise en trois périodes bien caractérisées :

1 Accident primitif, le chancre, résultat immédiat de la contagion ;

2° Accidents secondaires, où empoisonnement constitutionnel, produit de l'infection; ils comprennent des altérations de la peau, des membranes muqueuses et de leurs annexes.

3° Accidents tertiaires ; ils se montrent rarement avant la fin du sixième mois, les tissus fibreux, osseux et musculaire, quelques organes en sont le siége.

Un dermatologiste éminent, Bazin (5), reconnaît dans l’évolution de la

(4) Opera Joannis de Vigo x Chirurgia. Lugduni, 1542 et de Morbo gallico tractat., Aphrod,, p.450. :

(2) Universa medicina, Francfort, 1677, 23, (3) La Méthode curatoire de la maladie vénérienne, p. 133. Paris, 1552.

LEA sur la syphilis, 2e édit,, 1856, p. 348, — Leçons snr le chancre, 22 édit., p. 198.

(5) Leçons sur les syphilides. Paris, 1859,

syphilis une quatrième phase, qui comprend les lésions viscérales, et qu’il désigne sous le nom de période quaternatre.

Ges divisions paraissent généralement peu prisées en Allemagne. Baërensprung, syphiligraphe distingué de Berlin, tenant compte avant tout du point de vue anatomo-pathologique, admet simplement une période hypérémique et une période tuberculeuse. La syphilis secondaire se manifeste par des hypérémies, tandis que a vérole tertiaire produit partout le tubercule. Nous-même autrefois avons été conduit à développer une classification analogue dans un travail fait en collaboration avec notre ami, le docteur Gros (1). Par contre, Sigmund (2) adopte une division purement chronologique.

Virchow (3), toujours en s'appuyant sur l’anatomie pathologique, classe les symptômes de la syphilis constitutionnelle en deux groupes. L’un d'eux a le caractère passif ou négatif : marasme, cachexie avec ses lésions diverses, dégénérescences viscérales; l’autre, au contraire, comprend les phénomènes irritatfs ou actifs : inflammations diverses et néoplasies. Gette division, quoique séduisante, est susceptible du grave reproche de laisser entièrement de côté tout ce qui concerne la marche de la maladie. En pareil cas, c’est un tort d’être trop exclusif, et s’il est important de tenir compte des modifications anatomiques, il faut aussi, avec les médecins français, savoir ne pas négliger l’ordre chronologique des phénomènes qui en sont l'expression symptomatique.

Ces deux principes pris’en considération, on nous permettra de proposer la classification suivante, qui nous paraît avoir l'avantage d'indiquer les principaux traits de la syphilis et de montrer certaines analogies d'évolution entre cette maladie et quelques-unes de celles qu’on appelle virulentes,

1° Période d’incubation ;

2° Période d’éruption locale, ou de l'accident primitif;

3° Période d’éruption générale, ou des accidents secondaires ;

9° Période des productions gommeuses, ou des accidents tertiaires.

Des différences très-notables séparent chacune de ces périodes; c’est, dans la première, l’absence complète de manifestations locales; dans la seconde, la présence d’une modification solitaire, unique, des tissus sur le lieu même où a été déposée la substance contagieuse. Des lésions multiples, mais superficielles, et qui ne laissent en général aucune trace appréciable de leur passage, caractérisent la troisième période, tandis que la quatrième se distingue par des altérations plus profondes et ordinairement suivies de cicatrices. Inoculable et héréditaire dans la seconde et la troisième période, la syphilis ne parait être contagieuse ni dans la première ni dans la dernière; du moins jusqu'ici aucune expérience, que je sache, n’a été tentée dans le but de s'assurer si cette maladie était transmissible pendant la période d’incubation, et les tentatives qui ont été faites pour savoir si elle était inoculable dans la période des accidents tertiaires n’ont eu aucun résultat positif. Elles sont en tout cas trop peu nombreuses pour être décisives.

(1) Traité des affections nerveuses syphilitiques, Paris, 1861.

(2) Wiener medic. Wochenschrift, 1856.

(3) Traité de la syphilis constitutionnelle. Paris, 14859, trad. franc. de P, Picard, — Comparez A, Reder, Die Perioden der Syphilis, Archiv, für Dermatol, und Syphilig., t. HI, p. 40,

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