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PÉRIODE D'ÉRUPTION GÉNÉRALE, DITE DES ACCIDENTS SECONDAIRES

La syphilis, que traduit tout d’abord une simple lésion locale, ne tarde pas x montrer de la tendance à la généralisation et à la multiplicité des formes morbides, ce qui lui a valu, à juste titre, la dénomination de protée que lui donna Fallope, l'un des premiers. Après un espace de temps susceptible de varier suivant les climats, ou même suivant les individus, généralement, dans nos contrées, 40 à 50 jours ({Mac-Carthy) après l'apparition du chancre, par conséquent 60 ou 70 jours après l'insertion du virus syphilitique, 67 jours après le début de l'accident primitif, suivant un relevé de 92 cas fait par Leudet (1), parfois aussi au bout de plusieurs mois, sur= viennent des accidents nouveaux, qui, par l’ensemble de leurs caracteres, constituent une période distincte dans l’évolution de la syphilis. Ces accis dents, qui intéressent surtout les parties les plus superficielles de la peau et des muqueuses voisines des orifices naturels, justifient à notre sens la dénomination de période d’éruption générale que nous donnons à cette phases quoiqu’elle présente des lésions plus profondément situées, et dont les muscles, les os, certains nerfs, l’oœil, le foie, sont les principaux cens tres d'élection. Telle n’était pas, toutefois, lopinion de Hunter, qui repré= sentait la syphilis comme une maladie s'avançant, dans sa marche progress sive, de la périphérie au centre du corps, attaquant d'abord les membranes tégumentaires dans sa première période, et finissant par envahir les tissus

(1) Gazette médicale de Paris, p. 369, 1849.

fibreux et les os dans la seconde; mais la loi formulée par cet auteur nous paraît, comme à Bassereau et à Follin, devoir être modifiée pour être exacte.

Les accidents de cette période se rencontrent partout avec des caractères trèsanalogues, sinon identiques, fort différents, dans tous les cas, de ceux qui appartiennent aux manifestations de la période subséquente. L’altération anatomique qui leur est propre présente, en effet, un cachet particulier ; toujours limitée aux couches les plus superficielles, à l'écorce, si je puis dire ainsi, des parties intéressées, elle consiste en une hypérémie à marche plutôt chronique qu'aiguë, accompagnée parfois d’une exsudation séreuse ou purulente, ou même de la formation d'éléments jeunes de tissu conjonctif ne produisant jamais les nodosités connues sous la dénomination de gommes. Par sa nature comme par son siége, cette altération ne laisse aucune trace de son passage; elle n’est jamais, comme les lésions qui lui succèdent, suivie de cicatrices ou de destructions organiques, et souvent elle existe avec des adénopathies superficielles, dures, élastiques, chondroïdes. Un caractère non moins Important de ces accidents, c’est leur généralisation. Toujours, en effet, ils occupent plusieurs points du corps à la fois; non-seulement ils se disséminent à la surface de la peau ou des muqueuses, mais ils peuvent atteindre la plupart des organes. Dans ces dernières parties, la lésion anatomique présente des caractères semblables à ceux des déterminations morbides des téguments externe et interne. Ainsi, aux articulations, tandis que plus tard elle revêtira les caractères de la tumeur blanche et restera localisée le plus souvent à un seul genou, on la voit tout d’abord attaquer plusieurs jointures à la fois, et simuler à s'y méprendre le rhumatisme articulaire aigu. L'apparition par poussées successives, les récidives, appartiennent également aux manifestations syphilitiques de cette époque qui ont encore pour symptôme commu d'être le plus souvent précédées ou accompagnées de phénomènes fébriles. C’est donc la nature des déterminations pathologiques, et non leur siége, qui caractérise cette période de la syphilis.

Les accidents secondaires se distinguent encore, ceux-là du moins qui fournissent un produit de sécrétion, par l’inoculation possible de ce produit. Le sang paraît pouvoir être inoculé pendant tout le cours de cette période, où la transmission héréditaire est à sa plus haute puissance. Outre cette qualité particulière, le liquide sanguin est le siége de modifications plus ou moins profondes, mais peu différentes de celles que nous avons déjà signalées à propos de la période d'éruption locale; car, à vrai dire, ce n'est guère qu'à l’époque de l'apparition des manifestations dont il s’agit que survient la diminution des globules rouges et l'augmentation de la proportion d’albumine; c’est à ce moment aussi qu'il est parfois possible de constater une proportion plus grande de leucocytes ou globules blancs (leucocytose).

Nous pourrions pousser plus loin ces considérations et mieux faire saisir les analogies des lésions de la peau et de celles des viscères dans cette nouvelle phase; mais nous en avons dit assez pour montrer que la syphilis, à cette période, ne borne pas uniquement son action aux membranes tégumentaires, comme semblent le supposer la plupart des auteurs; et puisque cette maladie dissémine ses effets dans différents organes, et qu'elle est souvent précédée

de symptômes fébriles, il résulte que nous avons à passer successivement en revue :

19 Les symptômes prodromiques, ou fièvre syphilitique ;

20 Les aflections de la peau (syphilides exanthématiques) et de ses annexes (alopécie et onyxis) ; |

3° Les affections des membranes muqueuses (syphilides exanthématiques) ;

4° Les altérations des divers organes, ou affections viscérales secondaires,

$ 1, — Symptômes prodromiques. Chlorose syphilitique, Fièvre d’invasion, Fièvre syphilitique.

BIBLIOGRAPHIE, — J. Hunrer, À éreatise on the venereal diseases, London, 1736 ; trad. franc. par Ricuecor, Paris, 1839, p. 530. — M. Srozr, Praelectiones in diversos morbos chronicos, 1738, p. 158. — Swenraur, Traité des maladies vénériennes, t. Il; p. 101. — Ricorn, De la chlorose syphilitique et de son traitement, Bull. général de thérapeutique, t. XXVIT, p. 3, Paris, 1844, et Lecons sur le chancre, deuxième édit., p. 185, Paris, 1860.— Vvaren, Des métamorphoses de la syphilis, Paris, 1854. — Edm. Gunrz, Das syphilitische Fieber, Varge’s Zeitschrift, n. f. II, 428, 4863, et Schmidts Jahresb., t. 120, p. 196.—Le mème, dans Kuchenmeister’s Zeitschrift, 1865, p. 365, et Ann. de dermatologie et de syphiligraphie, t. 1, p. 312, 1869. — F, Cour- TAUX, De la fièvre syphilitique. Thèse de Paris, 1871.— Cu. BaümLer, ALr. DurriN, BERKELEY Hizz, sur la Températ. de la syphilis, Transact. of the clinical Society, 3, p.170, 1870, et Archiv. générales de médecine, t. I, p. 337, 1872.

Villalobos (1), qui, avant Fracastor, a écrit sur la syphilis un poëme dont l’élégance le dispute à celui de ce dernier, résume comme il suit les signes qui annoncent les approches du mal : « Une petite plaie au membre viril, de mauvais aspect, à bords indurés, indolente; maux de tête, visage livide, pesanteur des épaules, insomnie, rêvasseries, yeux cernés, lèvres sèches, inertie des membres, fatigue générale, nonchalance et trouble de la vision ; après l’invasion des pustules, douleurs articulaires multiples... »

Ambroise Paré nous a donné de ces signes un tableau des plus fidèles : « Lorsque, dit-il, la vérole est récente, il apparoist ulcère à la verge, où à la vulve, tumeurs aux aines, chaude-pisse, jettant quelquefois sanie puante et fort fétide, laquelle provient des parastates, ou des ulcères qui sont au conduit de la verge ; i/s ont aussi douleurs aux Joinclures, teste, espaule et autres parties, avec une lassitude des bras et jambes, de façon que les malades disent qu'il leur semble avoir esté battus de bastons, ne pouvant cheminer, ni porter leurs maïns sur la teste, sinon avec grande difficulté. 1 leur survient inflammation à la bouche... chute de poil (dite alopécie ou pelade) à la teste, aux sourcils et à la barbe, avec amaigrissement de tout le corps et grandes inquiétudes. I faut ici noter que tous ces signes ne surviennent pas à chacun malade, mais à aucuns d’iceux. Les plus certains sont, quand le malade a quelque ulcère malin aux parties honteuses, calleux, dur et difficile ; et encore que les ulcères soient consolidés, et qu’il y reste certaine dureté, principalement à la verge, cela dénonce la vérole à curer, et apparoissent tumeurs aux aines, qui

(4) Sumario de la medicina, ete. Salamanque, 1498, — Voy. Guardia, La médecine à travers les siècles, Paris, 4865, p. 218 et suiv.

s’en retournent dedans le corps sans suppurer » (livre XIX, ch. 1v). Schellig(1) résume brièvement ces différents symptômes : « Et sentiunt infecti in principio dolorem capitis et magnam gravedinem et dolorem im membris, maxime in brachiis et cruribus, et sudores habent copiosos, satis fætidos, et somnum graver cum vigiliis multis. » |

J. Hunter reconnaît que les altérations locales de la syphilis constitutionnelle s'accompagnent ordinairement de fièvre, d’agitation, d'insomnie et souvent de céphalalgie… «La fièvre, ajoute-t-il, ressemble d’abord à la Roue rhumatique, et, au bout d’un certain temps, elle participe beaucoup de la ffèvre hectique.….,» et plus loin : « Ces symptômes se manifestent souvent indépendamment de toute action locale et sans en être accompagnés ; il est très-difficile alors de reconnaître la véritable nature de la maladie... »

Swediaur cherche à distinguer ces symptômes de ceux qui leur succèdent, il s'exprime de la façon suivante : « Avant que le virus syphilitique existant dans le système du corps produise des éruptions à la peau ou autres effets visibles dans le corps, les malades tombent souvent dans des abatiements et des langueurs extraordinaires ; quelquefois ils sentent dans toutes les parties du corps des douleurs erratiques, et dans les os cylindriques des douleurs et des élancements de dehors en dedans ; fréquemment, il se manifeste une douleur dans le péricrne, comme si la tête était fortement comprimée. Quand les douleurs ne deviennent pas très-violentes pendant la nuit, elles causent simplement de l'agitation et de l'inquiétude ; elles paraissent fort différentes de ces douleurs perçantes qui attaquent les os cylindriques dans la maladie syphilitique confirmée, et qui causent l’épaississement et le gonflement du périoste, ou une véritable exostose qui est fréquemment suivie de la carie. Les premières sont des espèces de douleurs vagues, bornées au périoste et aux surfaces musculaires, aponévrotiques ou ligamenteuses, et elles sont quelquefois si légères, qu’elles excitent à peine des plaintes; mais, lors même qu'elles sont plus fortes, elles sont évidemment plus supportables que ces dernières. Outre ces symptômes, les malades éprouvent souvent de la faiblesse et de la lassitude, non-seulement pendant le jour, lorsqu'ils sont debout, mais plus spécialement encore le matin, lorsqu'ils se lèvent. Le sommeil ni le lit ne leur procurent aucun repos, aucun rafraîchissement. Ils sont attaqués d’une fièvre de l'espèce lente, avec un pouls faible et accéléré, les yeux enfoncés, le cercle de l’orbite livide ; ils ont les épaules et les côtés douloureux ; la physionomie montre une constitution harassée et minée ; en un mot, le malade maigrit et dépérit sensiblement (2). »

Ainsi connue des auteurs des siècles derniers (3), la fièvre d’invasion, décrite par Hecker et Morelli, n’a peut-être pas toujours été l’objet de l'attention qu’elle mérite. Ricord, Bassereau, Gibert, Bazin, Hardy, en parlent à peine ; mais si ce phénomène particulier a peu fixé l'attention de ces auteurs, ils ont néanmoins reconnu la plupart des phénomènes prodromiques de la période secondaire de la syphilis, Le laps de temps qui s'écoule entre lapparition

(1) Schellig, Consil. breve contra malos pustulos, in Wiener-Codex, xvi* siècle,

(2) Traité des malad. vénér., t. IX, p. 101. Paris 1804.

(3) Matthiole indique que la forme bilieuse du mal français s'accompagne d’une petite fièvre soit du mode tierce, soit du mode étique. ( De morbo gallico, dans Aphrodisiacus Luisini, t. I.)

de l’ensemble phénoménal et le début de léruption est ordinairement de huit à dix ou quinze Jours, mais l peut varier entre quelques jours et deux ou trois semaines. Dans les cas de syphilis inoculée, les Se prodromiques se sont montrés du soixante-cinquième au cent cinquan= tième jour apres l'insertion du virus syphilitique (Observ. de Wallace, Waller, Rinecker), et tout porte à croire qu'il n'y a à cet égard aucune différence notable relativement à la-syphilis contractée. Sur 199 cas d’éryz thème observés par Bassereau, ces symptômes existaient 143 fois et se sont montrés, autant qu'il fut possible de s’en assurer, du trentième au quatre= vingt-dixième jour qui suivit le contact impur. Dans 60 cas où des renseignements précis ont pu être obtenus, Mac-Carthy a constaté 40 fois des prodromes très-marqués, 21 fois de la céphalée nocturne seule, 411 fois de la céphalée et des douleurs rhumatoïdes périarticulaires, 8 fois des douleurs seules. Ces troubles, qui d'ordinaire précèdent les premières manifestations cutanées, disparaissent en général lors de leur apparition, mais quelquefois ils persistent ou même surviennent après l’éruption syphilitique, et cela en dépit du traitement mercuriel. Beaucoup plus fréquents chez la femme que chez l’homme, ils appartiennent uniquement aux accidents de la période qui nous occupe, et, s'ils accompagnent plus souvent la syphilide érythémateuse, c’est peut-être uniquement parce qu'elle est de toutes la plus fréquente. Il est rare qu'ils fassent entièrement défaut et qu'ils ne varient quelque peu avec les aptitudes individuelles. |

Dans le plus grand nombre des cas, les traits s’altèrent, la face devient pâle, les yeux se cernent, la physionomie s’assombrit ; le malade est triste, morose, taciturne, il maigrit; en même temps, il éprouve une courbature et un malaise qui lui enlèvent toute aptitude au travail, une fatigue et une faiblesse telles que la marche est difficile et que les jambes fléchissent sous le poids du corps. Une céphalalgie intense se fait sentir aussi bien la nuit que le jour; elle est générale ou partielle, et parfois limitée à une des régions frontale où temporale, comme dans l’une de nos observations, où le malade se plaignait de coups de canif. Elle présente des paroxysmes et peut même revêtir le caractère d’une névralgie périodique ; elle est souvent accompagnée d’étourdissements, de vertiges et d’éblouissements, phénomènes parfois indépendants et surtout provoqués par les mouvements de la tête sur le tronc.

D'autres douleurs existent encore qui ne tourmentent pas moins le malade : elles sont connues sous le nom de douleurs rhwmatoïdes. Déjà fort bien étudiées par P. Bavr (1), ces douleurs, si nettement caractérisées par À. Paré, occupent les différentes parties du système fibro-osseux. La nuque, le dos, les lombes, les parois costales, les grandes articulations (épaules, coudes, genoux), sont les régions où elles siégent le plus ordinairement. Le sternum; ainsi que l'a noté Baglivi, et la continuité des membres en sont souvent atteints ; Mais, dans tous les cas, ce sont des douleurs diffuses plutôt que circonscrites, sourdes ou lancinantes, et qui, se faisant sentir surtout dans nuit, se calment en général vers le matin. Soumises à une sorte d'intermits tence, ces douleurs, quelquefois liées à des périostéites ou à des ostéites,

f4) De doloribus musculorum ex morbo gallico genitis, Apnronisracus de Luisinus, p. 850.

manifestent vers le soir des paroxysmes qu’exaspère encore la chaleur du lit; mais un de leurs principaux caractères, c’est la mobilité, car elles disparaissent le plus souvent pour reparaître ensuite dans un autre point du corps. Plus fixes dans certains cas, elles revêtent le caractère du lumbago, moins fréquemment celui de la pleurodynie: Au lieu de les augmenter, la pression les soulage quelquefois. Au sternum, il est souvent possible de les provoquer à l’aide de la pulpe des doigts, si elles ne sont spontanées. Pour ces motifs et à cause de leur siége spécial vers le tiers inférieur ou au niveau du tiers supérieur de cet os, rarement ou jamais dans le tiers moyen, on leur a accordé, avec une certaine apparence de raison, une grande valeur diagnostique (1). Par suite de ces souffrances, les mouvements sont wénés, et 1! se produit des troubles fonctionnels. Cest ainsi que les artieulations sont roides, rigides, lourdes, engourdies, au pomt que l’extension et la flexion complète peuvent en être impossibles, qu'il existe un léger degré de tremblement.et que la sternalgie est quelquefois accompagnée d'accès d’oppression pouvant simuler l'asthme.

D’autres fois, au lieu de phénomènes douloureux, on observe, principalement chez les femmes, la diminution ou même l'abolition de la sensibilité générale. Signalés avec une précision remarquable par Hammond (2), les troubles de la sensibilité sont souvent liés aux éruptions syphilitiques et notamment à la roséole. Ils existent non-seulement au niveau des points de la peau affectés par l'éruption, mais encore dans les endroits restés sains. Si l’on pince ou si l’on irrite la peau, on constate que la sensibilité est beaucoup diminuée, et, à l’aide de læsthésiomètre, on parvient à connaître le degré de la sensibilité perdue. En effet, les extrémités de cet instrument, séparées dans l'étendue d’un pouce et appliquées sur la poitrine d’une personne saine, donnent lieu à la perception nette de l’impression produite par les deux pointes. Au contraire, ces mêmes extrémités, à la distance de deux pouces ou même de deux pouces et demi, appli- : sur la poitrine d’un individu atteimt d’éruption syphilitique, ne produisent qu'une seule sensation. Ce désordre de la sensibilité sénérale rattaché par Hamninond à l’'empoisonnement du sang disparaît souvent avant la terminaison de la période secondaire. L’analgésie et l’anesthésie syphilitiques secondaires ont été récemment lobjet d’études qui ont pleinement confirmé les résultats obtenus par notre confrère d'Amérique (3).

Il y a en même temps de l’insomnie, un léger désordre des principaux sens, parfois de la prostration, un état de langueur et d’affaiblissement général de toutes les facultés, ou même un état d’excitabilité nerveuse tel que l’on voit se inanifester des névroses auparavant latentes. Les fonctions digestives sont troublées, il existe de l’inappéténee, de l’amertume de la bouche, des nausées, de Ja diarrhée, en un mot, la plupart des symptômes de l'embarras gastrique pouvant coïncider avec un faible degré de ramollissement des gencives. Bassereau a remarqué, dans quelques cas, une exagération de lappétit, des

(1) Brodrick, Madras med. Journ,, et Dublin med. Press, 4 nov. 1863.

(2) Hammond, Lectures on venereal diseases, Philadelphia, 1864, p. 128.

(3) Voyez AI. Fournier, De l’analgésie syphilitique secondaire (Archives de dermatologie et de syphiligraphie, 1e année, Paris 4869, p. 486). —Saïd Moustapha, Troubles de la sensibilité générale dans la période secondaire de la syphilis. Thèse de Paris, 1870.

besoins très-fréquents de manger, et cela à partir de quelques semaines après la contagion ; cette boulimie, qui se rencontre principalement chez les lemmes, a été notée aussi par AÏf. Fournier (1). Les urimes sont modifiées, parfois rougeàtres, fébriles et rares ; d’autres fois, très-abondantes, de façon à constituer une véritable polyurie.

La respiration, plus courte, s'accélère pendant la marche 6 Ki circulation est en général troublée. Les malades éprouvent des palpitations ; 11s ont quelque= fois des épistaxis et de l’œdème des membres inférieurs ; un bruit de souffle doux, anémique, se fait entendre au cœur et dans les gros vaisseaux ; on observe, en un mot, les signes de la chloroanémie. En effet, les analyses de Grassi ont montré que ces symptômes coïncident avec une diminution dans la quantité des globules, laquelle commencerait à se produire, ainsi que nous le savons, dès l'apparition du chancre induré, avant même toute manifestation syphilitique secondaire.

De véritables accès de fièvre s'ajoutent fréquemment à ces symptômes; caractérisés par une chaleur suivie de sueurs plus où moins copieuses, ces accès reviennent ordinairement vers le soir ou pendant la nuit, et, dans quels ques cas, ils simulent à sy méprendre une fièvre intermittente quotidienne, tierce ou double tierce. Cardan, Baillou (2), Deidier, J. Frank, Werlhof, Monro (3), ont rapporté des faits de fièvre intermittente syphilitique (4) D'autres fois, la fièvre est continue avec paroxysme (forme rémittente), et, pour peu qu'il y ait de la céphalalgie, du lumbago, des nausées, de l’hébétude; de la stupeur, des épistaxis, on conçoit qu'elle puisse présenter de l’analogié avec le début d’une variole, d’une fièvre éruptive, ou mieux encore d’uné fièvre typhoïde, quand surtout elle vient à se montrer quelques jours avant l’éruption syphilitique.

La fréquence du pouls n’est pas ordinairement très-considérable ; cependant on compte parfois jusqu'à 110 pulsations et plus, principalement chez les femmes. Guntz, qui a fait des recherches sur l’état de la température dans la fièvre syphilitique, a le plus souvent constaté 30°,4 Réaumur et 29,9 pendant la rémission du matin. Dans le cours de la maladie et dans les cas les plus violents, cet observateur a vu le thermomètre monter jusqu'à 31° Réaumur le soir et présenter 30°,9 le matin. La température s’est tou jours maintenue à ce point pendant plusieurs jours, même pendant plu= sieurs semaines, avant de revenir à l’état normal. On peut établir à cet égard que plus l’exanthème est précoce et abondant, plus la fièvre est fréquente, l& température élevée, et réciproquement.

Cet ensemble symptomatique est en général plus accusé et plus durable

(1) Note sur certains cas de boulimie et de polydipsie syphilitique (Gaz. hebd., 3 et 10 févr, 1871). À

(2) Opera med., t, II, p. 97 et 417.

(3) Monro, Soc. de méd. d'Édimbourg, t. N, obs. 47.

(4) Quoique plusieurs des faits rapportés à ce sujet puissent être mis en doute, il faut re connaître cependant que la fièvre syphilitique a, dans quelques cas, une grande analogie avec les fièvres intermittentes. Boyer, p. 113, cite un fait de ce genre. — Comparez : Yvaren, Métamorphoses de la syphilis, p. 173 ; Swediaur, loc, cit., p. 299. Un trop malheureux confrère, Hourmann, mort victime d’une infection contractée dans l’accomplissement de son devoir, présenta des accidents généraux qui simulaient fort bien une fièvre intermittente. (Cazenave, Traité des syphilides, 1843.)

chez la femme que chez l’homme ; il est susceptible aussi d'offrir chez la remière une intensité extrême, Quoi qu'il en soit, on constate ordinairement une diminution plus ou moins brusque des symptômes prodromiques ru moment où survient la poussée cutanée ; celle-ci semblerait concentrer tous es efforts de l’économie ; mais souvent, au lieu de disparaitre, ces symptômes érsistent ou même s'aggravent pendant les deux ou trois premières semaines le léruption syphilitique.

Des affections fort diverses peuvent être confondues, soit avec cet appareil odromique tout entier, soit avec quelques-uns seulement des principaux >hénomènes qui s’y rattachent ; c’est, comme nous le savons, avant l’ éruption, a fièvre intermittente, la fièvre é typhaïde, et aussi l'embarras gastrique, ceraines céphalées (1) ou même des névralgies ; au moment de l'apparition de la manifestation cutanée, la plupart des fièvres éruptives. Nous aurons à revenir sur le diagnostic différentiel de ces dernières maladies ; quant aux premières, les ne pourront en imposer, si l’on tient compte des antécédents des maades, des lésions concomitantes, telles que l’ulcération primitive ou la cicatrice jui en est la trace, et des adénopathies ganglionnaires, qui font rarement léfaut en pareil cas.

On ne peut trop se prémunir contre la possibilité d’une erreur de diagnostic »n pareille circonstance, d'autant mieux que parfois les malades, les emmes surtout, plus préoccupés de leur état général que de Pétat ocal, ne disent mot de ce dernier. Il m'est souvent arrivé de voir la syphilis néconnue à ce moment de son évolution, et d'entendre des médecins spé- ‘alistes justement renommés soutenir qu'il n’y avait pas de fièvre syphilitique, iniquement parce qu'ils n'avaient jamais saisi la relation de cet accident avec a syphilis. Il est rare, d’ailleurs, que les accès fébriles liés à la syphilis soient Lussi violents et aussi réguliers que ceux de la fièvre intermittente, que la empérature soit aussi élevée que dans la dothiénentérie. Dans tous les cas, “étude attentive de la marche des accidents lèvera promptement les doutes. Il 1y a de difficulté réelle qu’autant qu'une des maladies que nous avons ertées ent compliquer une syphilis approchant de la période secondaire. La seule nerre de touche est le traitement ; mais il faut savoir que le mercure n’est plus agent qui convient en pareil cas. Ce fait, sur lequel Diday a récemment appelé attention, nous l'avons nous-même vérifié. Toutefois, de ce que le fer et l’iode sont les moyens à mettre en usage pour combattre la fièvre syphilitique, en onclurons-nous, avec Diday, que cet état morbide n’a pas avec la syphilis les mêmes rapports que les lésions constitutionnelles, qu'il est occasionné et non lirectement causé par cette maladie ? Pas absolument ; car, s’il est permis de attacher à la débilitation imprimée à l'organisme par le virus syphilitique quelques-uns des troubles généraux dont il s’agit, il en reste un grand nomdre que n'exphiquent n1 la chlorose, ni l’'anémie.

(1) Nous ne pouvons résister au désir de signaler l’analogie qui existe entre la céphalalgie iée à certaines altérations profondes des reins et la céphalée du début de la sypbhilis. Deux cas que nous venons d'observer nous ont convaincu de cette ressemblance et de la difficulté qu'il y turait à distinguer ces deux états l’un de l’autre, si l’on n'avait pour se guider les antécédents :t les symptômes concomitants. Dans l’un de ces cas, le médecin traitant avait employé sans uccès tous les antisyphilitiques pour combattre une céphalée albuminurique qni céda rapidenent à l'emploi de lavements purgatifs.

Quelle est l’indication pronostique à tirer de tout cet ensemble patholo gique, avant-coureur habituel de la période éruptive de la syphilis? Nous l'ignorons pour linstant, n'ayant pu suivre nos malades aussi longtemps que nous l’aurions désiré. Il serait important, néanmoins, de savoir si l’intensité des prodromes est en rapport avec la gravité de la maladie. Loin d’être sans importance, la fièvre syphilitique mérite donc une attention toute spéciale, et, pour ce motif, nous en rapportons plusieurs exemples (1). | Chancre induré, syphilide papuleuse, symptômes d’embarras gastrique, fiévre, vertiges,

éblouissements, troubles légers de la vue et de l’ouie (2). |

Oss. III, — Le nommé V..., lerrassier, âgé de cinquante-cinq ans, entre, le 9 octobre 1860, à l'hôpital de la Pitié, salle Saint-Paul, n° 45. Cet homme, d'une bonne santé habituelle, a contracté, il y a quelques mois, un chancre induré du prépuce, toujours reconnaissable à la cicatrice particulière qui lui a succédé. Adénopathies ganglionnaires bi-inguinales multiples ; syphilide papuleuse occupant le tronc, les membres; adénite cervicale, alopécie, plaques muqueuses sur l'amygdale droite, rougeur légère et œdème de l’isthme du gosier; douleurs at niveau des parties musculaires des parois thoraciques de la région sternalé et dans la plupart des articulations des membres; langue sale, légèrement sa= burrale; dégoût des aliments et appétit pour ainsi dire nul; étourdissements, vertiges, céphalalgie ; léger affaiblissement de la vue et de l’ouie, yeux ternes, physionomie triste; courbature générale et fièvre (85 pulsations). Vers les trois heures dé l'après-midi, la fièvre s'accroît, la peau est manifestement plus chaude et le pouls plus fréquent. La céphalalgie est surtout plus intense, le malade prétend qu'il reçoit sur les côtés de la tête des coups de canif. Les organes sont examinés avec le plus grand soin, et aucun ne parait affecté. Boissons émollientes.

Les accidents précités persistent, le malade maigrit, paroxysme fébrile chaque soir à peu prés vers la même heure. Proto-iodure de mercure. Amélioration pro-

gressive, mais lente. Le malade quitte l'hôpital le 13 novembre, son état est très notablement amélioré.

Dans ce fait, la fièvre, survenue en même temps que l’éruption, a persisté dans son cours, a été accompagnée de troubles nerveux (étourdissements, vertiges, etc.) et de désordres digestifs qui auraient fort bien pu faire supposer une tout autre maladie que la syphilis

Ulcérations aux parties génitales, fièvre, roséole, plaques muqueuses et végétations.

Ons. IV. — L... Éléonore, âgée de dix-huit ans, couturière, entre à l’hôpital de la Charité (service de M. Rayer), le 22 septembre 1858. Bien constituée et d’une bonne santé habituelle, cette jeune personne s'aperçoit, il y a quelques semaines; de la présence d’ulcérations aux parties génitales ; bientôt après, se manifestent au même lieu des végétations qui, à l'entrée de la malade à l'hôpital, formaient sur chacune des lèvres un relief du volume d’un œuf de pigeon. En outre, depuis deux jours, chaque soir, un frisson violent, suivi de chaleur et d’une sueur légère: malaise général et courbature. Le 23, mêmes accidents, à part la fièvre, alopécie, adénopathie bi-inguinale multiple indolente, adénopathie cervicale. (Bains, pilules de Sédillot, deux et trois par jour.) Pendant les jours suivants, surviennent plusieurs accés fébriles. Le 5 octobre, excision des végétations. Le 9, malaise, courbature;

: qu Nous avons Vu avec une vive satisfaction que les prodromes de la syphilis secondaire et a Hévre syphilitique elle-même ont êté, depuis notre première édition, un objet d’étude pour

certains spécialistes qui, jusque-là, ne croyaient pas à son existence. (2) Comparez obs, X,

louleurs vagues, fréquence du pouls, apparition d’un état fébrile manifeste, on oupçonne l'imminence d'une fièvre éruptive. Deux jours plus tard, une belle ruption rubéolique ne laissant aucun doute sur son origine spécifique couvre ie grande partie de la peau du tronc. Le traitement est continué, la fièvre tombe °n partie.

Le 49, survient, vers les six heures du soir, un frisson violent qui dure plus l'une heure. Insomnie la nuit. Le lendemain, fièvre, mal de gorge, léger gonflenent sous-maxillaire.— Le 22, la malade est bien. — Le 23, nouveau frisson vers ine heure de l'après-midi ; le soir, il y a encore de la fièvre, la malade se plaint le douleurs dans le ventre, elle accuse de l'oppression, la langue est blanche, épaisse; sueur vers le matin. Le 24, à la visite, absence de fièvre, mais douleur xt pesanteur de tête, légère somnolence. Le 25, amélioration ; le 26, l’éruption ‘tant effacée, la malade demande sa sortie et échappe ainsi à notre observation.

Infection syphilitique, courbature, fièvre, arthropathies.

Os. V. — B..., journalière, âgée de trente ans, entrée à l'hôpital de Lourcine, le 24 avril 1860. Cette malade accuse une vaginite antérieure; il y a deux mois qu’elle s’est aperçue de l'existence d’un bouton aux parties génitales.

Lors de son entrée à l'hôpital, adénopathies multiples, éruption syphilitique généralisée, facies altéré, hébété, semi-typhoïde ; céphalalgie violente et insomnie fatigue, courbature, absence d'appétit; état fébrile plus marqué le soir. Protoiodure de mercure et opium.

Le 30, même état général, amélioration les jours suivants. — Le 9 mai, disparition de la céphalalgie. — Le 26, douleurs dans les articulations du coude et du poignet droit, léger gonflement et rougeur. Bains, vésicatoire. — Le 11 juin, cette malade sort non complétement guérie. (Martel, obs. inéd.)

Chancre induré de lu lévre droite, fiévre, diarrhée, épistaæis. — Arthrite du poignet droit. 4

Ops. VI. — E.…., couturière, âgée de vingt-neui ans, entre à l’hôpital de Lourcine, le 24 avril 4860. Un mois environ après l'apparition d’un chancre induré, cette malade éprouve une sensation de courbature et de fatigue générales, son appétit diminue et disparait ; diarrhée, douleurs de tête avec exacerbations nocturnes, mais en même temps état fébrile (84 pulsat.) avec paroxysme le soir.

Quelques jours plus tard, 5 mai, épistaxis qui se répète pendant plusieurs jours ; la peau se couvre d’un érythème caractéristique. Le 21 juillet, douleur plus vive au niveau du poignet droit, léger gonflement accompagné de rougeur. Un traitement approprié finit par combattre ces diverses manifestations. La malade, toutefois, ne quitta pas l’hôpital avant le mois d'octobre. (Martel, obs. inéd.)

Chancre induré, fièvre, état gastrique, vertiges, éblouissements.

Oes. VIL.—G..., marchand de verres, âgé de cinquante et un ans, est un homme robuste et d’une bonne santé habituelle. IL y a environ deux moïs, il contracta un chancre qui fut reconnu pour être induré.

Lorsqu'il entre à l'hôpital de la Pitié, le 22 mai 4861, il présente une éruption papuleuse généralisée, et, de plus, un état fébrile qui dure déjà depuis sept à huit jours. La langue est saburrale, l'appétit est nul, Plaques muqueuses multiples à l'anus. (Liqueur de Van Swieten.)

La fièvre cesse au bout de quelques jours; l'éruption commençait à se modifier, lorsque ce malade fut pris tout à coup de vertiges, d'étourdissements et d’un malaise général qui ne fut pas sans inspirer quelques craintes en faisant songer à la possibilité d'une maladie fébrile sérieuse. Sept jours plus tard, cet état avait disparu.

140 LA SYPHILIS. ù

— L'usage de la liqueur de Van Swieten ne fut pas interrompu. — Le 2 juillet, ce malade quittait l'hôpital, son éruption était en partie effacée.

La fièvre, jusqu'ici, précède ou accompagne l’éruption, elle en est tout à fait indépendante dans lobservation qui suit : |

Boutons aux parties génitales. Troubles digestifs, malaise, courbature, fatigue, fiévres Chloroanëémie, double souffe anémique, syphilide. |

Ogs. VIIL. — L..., domestique, âgée de vingt ans, entrée, le 8 août 1860, à. l'hôpital de la Pitié, salle Saint-Charles, lit no 25, raconte qu'elle s’est aperçue, il ya environ trois mois et demi, de l’existence de boutons aux parties génitales, et d’un engorgement ganglionnaire aux aines et aux aisselles. Depuis lors, elle n'a cessé d’être fatiguée, courbaturée, et d'éprouver des douleurs vagues, erratiques,… plus particulièrement fixées toutefois à la tête et au niveau des articulations. Depuis

environ huit jours, cette malade est prise chaque soir, vers les sept heures, d’un.

frisson qui est suivi de chaleur et de sueur, et qui, vers dix heures, disparait à peu. près complétement. Elle éprouve en outre un mal de gorge el tous les symptômes.

d'une angine.

Le 8 août, rougeur ér ythémateuse des piliers et du voile du palais avec tuméfaction ganglionnaire. Adénopathies inguinales multiples, absence d'éruption,

plaques muqueuses en voie de réparation, alopécie, fatigue générale, persis=.

tance des douleurs. Double souffle vasculaire au cou, état saburral des voies digestives. Intégrité des organes thoraciques. La fièvre continue les jours suivants. L'ac. cès est moins intense le 43. On commence ce jour-là l'emploi du proto-iodure de mercure. La fièvre cesse bientôt complétement, le malaise disparaît, les fonctions digestives se rétablissent peu à peu, Le 24 août, se trouvant mieux à tous égards, cette malade demande sa sortie; il lui reste un souffle vasculaire et une pâleur générale.

$ 2. — Affections de la peau, Syphilides superficielles ou exanthématiques,

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Désignées sous le nom de pustules par les auteurs des derniers siècles, les iffections cutanées d'origine syphilitique étaient déjà connues de Gaspard lorella (1498), qui les classait en pustules sèches et en pustules humides : e Species pudendagræ sunt plures, nam alia est sicca, alia est humida..…. Sieca est briplex, humida etiam est triplex. » À. Benivenius (1), en 1507, dmettait cinq variétés de ces mêmes affections. Leonicenus (2) reconnaissait ssalement plusieurs formes qu'il distinguait, en s'appuyant sur les idées humorales de l’époque, en bilieuses, mélancoliques, etc. Haffenreffer (3) rangeait sous quatre chefs les accidents de la syphilis. Sa division toutefois diffère peu de celle de Torella: la voici : 1° la pelade et l'onglade ; 2° les taches et lès boutons secs; 3° les boutons humides, les croûtes et les ulcères; 4° les affections plus profondes. Plenck (h}, en 1783, fit connaître une division qui comprenait dix espèces syphilitiques; Cullerier et Bard (5) (1820) divisèrent les pustules vénériennes en onze classes : ortiées, miliaires, galeuses, lenticulaires, merisées, muqueuses, séreuses, squameuses, croûteuses, ulcérées, végétatives. Lagneau conserva le mot pustules pour désigner les éruptions cutanées syphilitiques, dont il reconnaissait douze espèces. Ces éruptions ont été ainsi l’objet de divisions et de subdivisions nombreuses dans lesquelles on faisait rentrer trop souvent peut-être des affections qui n'avaient rien de spécifique.

Au commencement de ce siècle, Alibert (6) créa le nom de syphilide dans le but de réunir en un seul faisceau toutes les manifestations cutanées de la syphilis ; il constitua, de cette sorte, une famille des plus naturelles au point

(1) De morbo gallico tractatus, dans Aphrodisiacus, 399.

(2) Ibid., p. 38. Liber de Epidemua, etc. Venetiis, 1497.

(3) Havdogeior aiokidepu.cy, in quo cutis, ete. Tubingue, 1630, in-8°. Ulm, 14660, in-8°.

(4) Doctrina de morbis culaneis, qua hi in suas classes, genera et species rediguntur. Vienne, 1783, in-8°.

(5) Dictionnaire des sciences médic., t. XLVI, p. 271.

(6) Nosologie naturelle, Paris, 1838.

de vue de la nosographie dermique, mais non dans une description général de la syphilis. Sous cette dénomination sont comprises, en effet, des affections différentes et par la lésion qui les produit et par l’époque de leur apparition dans le cours de la maladie.

La classification d’Alibert prévalut toutefois, mais elle se ressentait de la confusion qui régnait dans les divisions de ses prédécesseurs ; il appartenait à Biett d'apporter la méthode et la clarté dans le groupe des affections cutas nées syphilitiques. Appliquant à la classification de ces affections les principes de la nomenclature de Willan, Biett admit six ordres de syphilides : exanthématiques, vésiculeuses, pustuleuses, papuleuses, squameuses, tuberculeuses.

Les nombreux élèves de Biett, en développant ses idées fécondes, don= nerent au diagnostic des syphilides une précision vraiment remarquable. Grâce aux travaux de Cazenave, Rayer, Gibert. Legendre, Martins, Bassereau, Devergie et Hardy, le groupe des syphilides est aujourd’hui bien connu. Fidèles aux préceptes du maître, ces auteurs n’ont apporté aucun changement essentiel dans la division des syphilides. Bassereau, cependant, à ajouté aux six ordres de Biett deux divisions nouvelles, qui sont: la syphilide papuleuse humide et la syphilide bulleuse ; Hardy décrit, de plus, une syphilide pigmentaire.

La méthode de Biett, en somme, nous a donné une connaissance exacte des lésions élémentaires cutanées d’origine syphilitique ; un seul reproche peut lui être adressé, qui est d’avoir rapproché des manifestations appartenant à des phases différentes de l’évolution de la syphilis. Ricord insista d’abord sur l'importance qu'il y aurait à tenir compte de cette évolution dans la classi= lication des éruptions syphilitiques, et Bazin | 1), plus tard, sans s'éloigner de la méthode de Biett, proposa une division basée à la fois sur la marche de la maladie et sur la nature de la lésion élémentaire.

Il existe pour ce médecin deux grandes classes de syphilides, les unes résolutives, les autres ulcéreuses. Les syphilides résolutives sont exanthématiques ou circonscrites. Les syphilides résolutives exanthématiques sont : érythémateuses, papuleuses, pustuleuses, vésiculeuses. Les syphilides résolutives circonscrites sont : tuberculeuses, pustulo-crustacées et papulo-vésiculeuses. Quant aux syphilides ulcéreuses, elles se divisent en syphilides puro-vésiculeuses, tuberculo-ulcéreuses et gommeuses.

Ce changement apporté à la classification de Biett a l'avantage d’éloigner et de séparer des affections différentes, non pas quant à leur origine, mais quant à leur constitution anatomique et à leur signification pathologique. Toutefois, nous ne saisissons pas bien l'utilité de la division principale. Les syphilides circonscrites, qui constituent la deuxième section de la classe des syphilides résolutives, ont beaucoup moins d’analogie avec les syphilides exanthématiques dont elles sont rapprochées, qu'avec les syphilides ulcéreuses, puisque, comme ces dernières, elles possèdent le triple caractère d’apparaître tardivement, de se montrer par petits groupes et de présenter des lésions profondes. Ces caractères, nous les croyons suffisants pour être autorisé à ranger

(4) Leçons sur les syphilides, Paris, 1859,

NOSOGRAPHIE. | 115 parmi les affections de la dernière période de la syphilis le groupe tout particulier des syphilides cireonscrites non ulcéreuses : car la peau, de même que les autres organes, peut être différemment influencée par la syphilis, et les altérations -qu'elle présente, bien qu'identiques, peuvent avoir des terminaisons diverses suivant les différents individus. L’ulcération n’est pas du reste un caractère fondamental, et personne, que je sache, n’a l'idée de diviser en “eux catégories les gommes sous-cutanées, par ce seul fait que les unes se ‘erminent par résolution, tandis que les autres amènent la destruction et lulcération du tégument externe.

En conséquence de ces considérations, nous pensons que les affections syphilitiques de la peau, les unes hâtives, superficielles et disséminées, les autres tardives, profondes et circonscrites, se divisent naturellement en deux vrandes classes :

Les syphilides précoces et exanthématiques {accidents secondaires) ;

Les syphilides tardives et circonscrites (accidents tertiaires).

Nous allons dès à présent étudier les affections qui rentrent dans le premier zroupe; plus tard nous ferons connaître celles qui se rattachent au second.

Les syphilides exanthématiques ont pour caractères de se disséminer à la surface de la membrane tégumentaire externe, d'apparaïître par poussées snevessives, d’être polymorphes, et de coexister avec des adénopathies sous- “ulanées multiples et indolentes. De plus, elles sécrètent, pour la plupart, les produits inoculables à des individus vierges de syphilis, elles ne déterminent aucune sensation prurigineuse, et présentent une coloration rouge naigre de jambon ou cuivrée, conséquence de l’arrét du sang dans les vaiseaux comprimés, et de Pissue de la matière colorante hors de ces vaisseaux. “es éruptions sont constituées par l’infiltration netternent limitée dans les ouches superficielles du derme de cellules arrondies, petites et assez semnlables aux cellules des bourgeons charnus. Accumulés et tassés au pourtour les vaisseaux, entre les trabécules du tissu cutané, ces éléments ne sont pas usceptibles d’une organisation définitive, ils dégénèrent au bout d’un cer- “ain temps et disparaissent, le plus souvent par atrophie graisseuse, quelquefois ussi après suppuration. Le développement et la régression de cette nouvelle formation suivent une loi bien déterminée : le centre, composé des éléments les slus anciens, est la première partie envahie par la dégénérescence: les parties ériphériques, au contraire, formées d'éléments plus jeunes, sont modifiées et lisparaissent toujours plus tardivement. Si l’on pratique une section perpendi- -ulaire à travers une papule considérée comme type des syphilides exanthénatiques, on voit qu'elle est formée par des cellules accumulées dans le chorion Lau niveau des papilles qu’elles compriment, tandis qu’elles distendent les éllules de la couche épidermique, qui plus tard se ride et se desquame. emblable mode de développement existe pour les syphilides plus étendues, galement remarquables par une délimitation nette et bien tranchée, contraiement à Ce qui a lieu pour les affections non syphilitiques de la peau. Si les afiltrations syphilitiques viennent à suppurer, les détritus cellulaires se iélangent avec la sérosité sanguinolente et forment, en se desséchant, une

roûte épaisse. Quand l’exsudat liquide est abondant, il se forme des vésicules : LANCEREAUX. — La Syphilis. 2° édit. 8

mais ces dernières sont toujours entourées d’un bord dur et résistant, qu les distingue de l’herpès et du pemphigus non syphilitiques. Ce caractère d'ailleurs peut aussi servir à différencier les ulcères spécifiques des ulcères d’une autre nature. L'infiltration cellulaire du derme fait défaut pour ainsi dire, toutes les fois que les syphilides s'étendent sur une petite surface comme dans le lichen: elle est fort peu marquée dans la roséole syphili: tique; et dans l'acné ou varicelle syphilitique, le centre de la papule se trouve remplacé par un follicule. En somme, les syphilides sont dues à Pinfiltration des parties superficielles de la peau par des éléments cellulaires dont laccumulation en des points divers détermine à la surface du tégument une saillie circonscrite variable de forme et de consistance. Le siége plus ou moins superficiel de cette infiltration néoplastique, son abondance plus où moins grande, et surtout sa marche ultérieure réglée en grande partie pa l'état général du sujet, nous expliquent les différentes variétés de syphilides les unes simplement papuleuses, les autres vésiculeuses, pustuleuses où mêmt

ulcéreuses.

Les syphilides exanthématiques admettent effectivement plusieurs variétés: qui sont désignées par les noms suivants : syhilide érythémateuse ; syphilide papuleuse; syphilide pustuleuse; syphilide vésiculeuse; syphilides squameus et pigmentaire, Chacune de ces variétés peut être précédée ou accompagné d’alopécie, d'onyxis et des symptômes généraux qui marquent habituellemen: le début de la période secondaire, Au point de vue de leur fréquence relative ces accidents occupent à peu près le rang que nous leur donnons ici, et € rang est encore celui que présentent ces manifestations eu égard à la rapiditt du temps écoulé entre l'accident primitif et leur apparition.

SYPHILIDE ÉRYTHÉMATEUSE.

SYNONYME : Roséole syphilitique (Biett); pustule ortiée ou formiculaire (Trappe et Lagneau).

L'érvthème, lune des manifestations les plus fréquentes et les plus pré: coces par lesquelles se traduit la syphilis, apparaît souvent pendant la duré même de l'accident pranitif.

[I se caractérise tantôt par des taches non saillantes, d’une couleur rose pale et qui disparaissent par la pression ; tantôt par des plaques d’un rouge vif ot foncé, formant une légère élevure, et peu ou point modifiées par la pression De à deux variétés : l'érythème maculeux et l’érythème papuleux, dont k coexistence est loin d’être rare. Bazin admet de plus une roséole granuleus et une roséole squameuse, caractérisées, la première par de petites saillie papuleuses, la seconde par des macules primitivement recouvertes dk squaines.

Gaspard Torella (1) nous a laissé sur cette affection l’une des premières observations. Un homme, à la suite de grandes fatigues dans le mois d’aoù 1497, fut atteint de la maladie nouvelle. Des ulcères sanguins et putrides accompagnés de plaques rouges, se montrèrent aux organes génitaux ; le

(4) Tractatus cum consiliis contra pudendugram, 1497, in-4°, et Aphrodisiacus, p, 545%

taches rouges S’étalèrent ensuite par tout le corps. « Invenit totum corpus . infectum maculis latis, rubeis, sine pustulis. » Les ulcères avaient des croûtes

» épaisses comme lécorce d’un arbre. À ces accidents succédèrent des douleurs Lau cou, à la tête et aux épaules.

Après Torella, il faut arriver à Matthiole pour retrouver l'indication de

l'érythème syphilitique. « Sunt qui maculas tantum rubeas in luteum ten: : dentes colorem monstraverint, ete. (1). »

A. Ferrier (2) mentionne ce même accident dont Fernel fait une des manilestations caractéristiques de la syphilis. La peau, dit ce dernier, se couvre de

taches nombreuses, tantôt rouges, tantôt fauves. « Cutis universa crebris ma-

culis minime tuberantibus aspergitur, tisque parvis, lentiginis instar, ac modo

-rubris, modo flavis, »

AI. Pétrone (3) nous apprend qu'en 1565 la syphilis se manifestait presque

‘toujours par des macules rouges ou par des papules ; l’érythème syphilitique

était donc aussi fréquent à cette époque qu'aujourd'hui. Après cet auteur on

“trouve peu de données relatives à cette manifestation.

Les syphiligraphes du xvu et du xvnt siècle ne paraissent pas attacher D Î

une grande importance à cet accident. Astruc et Hunter en parlent à peine ; "aussi, dans la première moitié du xx siècle, l’histoire de lérythème »syphilitique est-elle encore très-imparfaite. Trappe et Lagneau, et plus tard

Guilerier et Albert, désignent sous la dénomination de pustules ortiées, ou loriculaires, cette éruption à laquelle Biett et ses élèves, Cazenave et Schedel

“donnent le nom de roséole syphülitique. Rayer reconnaît une syphilis maculée dont 11 rapporte une observation. Baumès, Gibert, Ricord, admettent

la roséole syphilitique, que Bassereau d’abord et plus tard Bazin et Hardy ont soigneusement décrite, |

L'érythème syphilitique paraît se développer indifféremment dans toutes les Saisons de l’année, chez les deux sexes et à tous les âges de la vie. De même que la plupart des éruptions cutanées, il est d’une fréquence relativement plus grande dans les régions chaudes que sous notre climat: nous reviendrons sur ce point. ;

Gette éruption débute par le tronc, rarement par la face: son développement est tantôt lent et progressif, tantôt rapide au point d’envahir en moins de trente heures une grande partie de la surface cutanée, ce qui arrive lorsque Péruption est provoquée par une cause occasionnelle, telle qu'une émotion vive, un bain chaud, une fatigue excessive ou des excès alcooliques. Les hypochondres, les flancs, les parties antérieure et latérales du thorax, les épaules, la face interne des membres en sont le siége habituel : mais on la retrouve encore sur Le dos, au visage et à la paume des mains. Pour Bazin, l'affection précoce de la paume des nains généralement connue sous le nom de psoriasis palmaire syphilitique n’est, en effet, qu'une variété de roséole syphilitique. Dans les régions où apparaît cette manifestation, la peau commence par se nuancer de petites taches roses, à peine apparentes, mais qui au con-

(1) Traité du mul français, 1535, et Aphrodistucus, p. 248.

(2) De pudendagra, cap. IH, Aphrodisiacus, p. 907. (3) De morbo gallico, Aphrodisiacus, p. 1167,

tact de l'air prennent une teinte violacée et peuvent simuler à s’y méprendre les marbrures vasculaires bleuâtres que le froid développe à la surface de la peau. Peu à peu ces taches se colorent davantage et acquièrent une plus grande étendue. D'une longueur qui varie entre millimètre et 1 centimètre, les taches érythémateuses présentent des bords irréguliers, déchiquetés, et une disposition rarement bien déterminée. Quelquefois elles affectent par leur réunion la forme circulaire où semi-cireulaire commune à un grand nombre d’affections syphilitiques. Une jeune femme qui en était à sa seconde érup: tion, m'a présenté des taches de l'étendue d’une pièce de un franc, dont le centre n’était nullement coloré (érythème annulaire).

Ces taches rarement prurigineuses, varient avec l’âge, le sexe, la constitution des malades, et sont en général plus apparentes l'été que l'hiver, plus marquées chez les sujets blonds, à peau fine, que chez ceux qui ont la peau brune. Elles peuvent être modifiées par la région où on les observe : ainsi, tandis que la face dorsale des mains et des pieds est ie siége ordinaire de taches roses, les régions palmaire et plantaire se couvrent de taches papuleuses d’un rouge foncé, sensibles à la pression, et sur lesquelles se forment rapidement des plaques épidermiques arrondies, squameuses, qui constituent une des formes de la syphis lide cornée de Bassereau et de la roséole squameuse de Bazin. La roséole gras nuleuse de ce dernier auteur est caractérisée par la présence de petites suillies papuleuses traversées chacune par un poil, et vraisemblablement formées par les follicules pileux augmentés de volume.

L'érythème syphilitique à une marche généralement lente, même dans les cas exceptionnels où son début soudain ressemble à celui d’une fièvre éruptive: Il apparait le plus souvent par poussées successives, et de là les nuances variées de la peau, qui prend un aspect particulier (peau truitée de J. L. Petit). La durée de cet accident varie entre quelques semaines et plusieurs mois. Il se termime par résolution ou par desquamation, laissant à sa suite des macules brunàtres ou jaunâtres, plus caractéristiques, au dire de Gibert, que l’éruption elle-même. Cet érythème est sujet à des récidives (18 fois sur 192, Bassereau), les excès de fatigue et les boissons alcooliques en sont les causes occasionnelles les plus communes. La nouvelle éruption n’est plus ordinairement, comme la première, précédée de symptômes généraux; elle n’en diffère pas d’ailleurs d’une facon sensible.

Diagnostic. — I n'est pas toujours facile de reconnaître l'érythème syphil tique. À son début, cet accident peut passer inaperçu, si lon n’a pas som d'examiner attentivement et obliquement l'enveloppe cutanée. La disposition particulière des taches, en général plus confluentes à la partie antérieure du trone, la lenteur d'évolution de l’éruption et sa coloration, voilà les prmerpaux signes diagnostiques. Ces signes n’ont à la vérité rien d’absolu, mais les mani festations morbides concomitantes, telles que chanceres, adénopathies, plaques muqueuses, alopécie, ete., ne laissent aucun doute sur lorigine de l'éry= thème. |

La rougeole et la scarlatine, maladies dont les éruptions ressemblent quels quefois à l’érvthème syphilitique, se reconnaissent à l'intensité de la fièvre qui les accompagne, à leur marche aigué, et à la localisation qu’elles présentent

. dès leur apparition, la rougeole vers la muqueuse oculo-nasale, la scarlatine vers la muqueuse pharyngée. Un cas d’urticaire avec érosions hémorrhoïdales et névralgie frontale m'eût donné le change sans la démangeaison.

La roséole vulgaire etles différents érythèmes non syphilitiques ne seront . pas confondus avec la roséole qui nous occupe, si l’on tient compte des antécédents du malade et de la présence des adénopathies ganglionnaires. D'ailleurs ces érythèmes se lient à des causes souvent faciles à reconnaître. L’érythème rhumatismal, par exemple, se montre dans le cours ou à la fin d’un rhuma- Ltisme articulaire, il débute par les membres, et particulièrement dans le voisinage des articulations. L’éruption que détermine l'usage du copahu, a pu tromper quelques observateurs; mais outre qu’elle n’est accompagnée d'aucune des affections qui coexistent si fréquemment avec la syphilide érvthémateuse, la roséole copahuvique, survient en général dans le cours d'une blennorrhagie, et commence d'ordinaire au voisinage des poignets, des jarrets; quelquefois même elle reste limitée à ces régions. L'hydrargyrie ou érythème mercuriel se distingue de la roséole syphilitique par sa forme, »sa marche et sa disparition rapide après la cessation d'action du mercure sur l’économie.

Considéré en tant qu'éruption cutanée, l’érythème syphilitique est une affection des plus bénignes. Envisagé comme accident de la syphilis constitutionnelle, 11 donne lieu à un pronostic moins fâcheux que celui de la plupart des syphilides. Cette opinion, adoptée aujourd’hui par bon nombre d’obser- Vateurs, avait déjà été émise par Fernel, qui avait parfaitement noté l'absence “le récidives graves à la suite de la syphilide érvthémateuse {€ quam nulla alia sequuntur graviora symptomata » ).

SYPHILIDE PAPULEUSE.

SYNONYMIE : Syphilide tuberculeuse disséminée (Biett) ; syphilide merisée (Albert); syphilide papulo-tuberculeuse (Bazin).

De même que l’érythème syphilitique, la syphilide papuleuse, connue de “quelques syphiligraphes du xvi siècle (Jean Benedetti et Nicolas Massa), était à peu près ignorée des médecins du xvr et du xvin* siècle. Toutefois, Cullerier l’ancien et ses élèves en donnèrent une description déjà assez complète sous les dénominations de pustules miliaires, lenticulaires, merisées. Plus tard, Alibert reconnut une syphilide lenticulaire et une syphilide pustuleuse ; mais Carmichaël, le premier, fit de la syphilide papuleuse un genre distinct qui depuis a été étudié par Biett, Rayer, Cazenave, Gibert, Ricord, Ch. Martins, Legendre, Bassereau, Hardy, etc.

Sous cette dénomination nous comprenons, à l’exemple de Bazin, la svphilide papuleuse des auteurs et la syphilide tubereuleuse disséminée, éruption précoce et en cela bien différente de la syphilide tuberculeuse circonserite, toujours tardive.

La syphilide papuleuse est caractérisée par des saillies plus ou moins volumineuses, arrondies, ordinairement disséminées, solides, sèches, se terminant toujours par résolution, et laissant sur la peau de petites dépressions brunâtres

non persistantes. Elle siége de préférence sur le tronc, et particulièrement su le ventre, les flancs et le dos ; on la trouve encore sur les membres, au front et sur le euir chevelu. Elle peut envahir simultanément toutes les régions du corps, mais le plus souvent elle procède par poussées successives, après avoir commencé par un point déterminé. La saillie papuleuse qui lui a valu son nom, quoique très-variable, ne dépasse pas ordinairément le volume d’une petite lentille, Sa coloration, à laquelle on a voulu attribuer une valeur diagnoss tique exagérée, est loin d’être constante, elle varie avec la période de Pérups tion. Lorsqu'elles commencent à poindre, les papules offrent une coloration rose ou rouge susceptible de disparaître sous la pression du doigt, et assez analogue à celle des taches rosées de la fièvre typhoïde. Plus tard, en se déve= loppant, elles prennent une teinte rouge cuivré qui ne s’efface plus complés tement sous le doigt, et qui est, avec juste raison, regardée comme très: significative ; cette teinte est toujours plus marquée sur les extrémités inférieures.

Les auteurs ne sont pas tous d'accord sur le point précis de cette lésion élémentaire. Quelques-uns (1) pensent que les follicules sébacés où pileux en sont le principal siége. C'est 1à un fait qui leur parait peu douteux, dt moins en ce qui concerne la syphilide papuleuse miliaire. Nous nous garderons d’une affirmation sur ce point, quand surtout nous croyons que les papilles du derme, comme les bulbes pileux, peuvent être le point de départ de cette affection. |

Après une durée plus ou moins longue, les papules syphilitiques s’affaissent et se recouvrent d'une écaille épidermique qui bientôt se rompt, et laisse autour du point saillant une collerette blanchâtre sur laquelle Biett insistail avec raison; c’est là en effet l’un des bons caractères de cette forme de syphilis cutanée exanthématique. Des taches violacées ou jaunâtres, toujours superficielles, mais non indélébiles, succèdent à l’éruption dont il s’agit.

La syphilide papuleuse comporte plusieurs variétés ; suivant Bassereau, elle comprend trois espèces : les papules lenticulaires, les papules coniques, les papules miliaires. Hardy ne reconnait que deux variétés, les papules lentieus laires et les papules plates. Avec Bazin nous admettrons une syphilide papuleuse lenticuluire et une syphilide papuleuse miliaire. Les papules coniques où hémisphériques, dans la première de ces variétés, sont remarquables par leur grosseur, qui peut atteindre celle d’une semence de lentille ou d’une merise, tandis que dans la seconde, dite encore lichen syphilitique, elles ne dépassent pas la grosseur d’un grain de millet. Outre ces variétés, l’éruption papulos tuberculeuse syphilitique présente des différences en rapport avec les régions où on l’observe. Au cuir chevelu, cette éruption est rarement bien dessinée, êt presque toujours recouverte de croûtes squameuses du genre de celles qui coexistent ordinairement avec l’érythème syphilitique. A la face, on observe encore celte même forme, dont le siége au front produit l’une des variétés de la couronne de Vénus. Le propre des papules de la paume des mains et de la plante des pieds est de se couvrir de squames qui sont fréquemment prises pour un psoriasis. Dans quelques cas les papules sont surmontées d’une petite

(1) Voyez Hermann Zcissl, Lehrbuch der constitutionnelten Syphilis, p.115. Erlangen, 1864.

ampoule remplie d'un liquide blanchâtre qui bientôt se concrète et tombe, -Jaissant à découvert une saillie lisse, luisante, d’un rouge cuivré.

La marchede la syphilide papuleuse est essentiellement chronique. Abandonnée à elle-même, cette manifestation a une durée qui peut être de un à plu- +sieurs mois, non pas tant à cause de la lenteur d'évolution de la lésion élémen- \jaire que du développement successif de nouvelles papules, quoique ces “dernières disparaissent en général plus vite que les premières. La résolution est leur mode de terminaison pour ainsi dire constant, la tendance à Pulcération étant pour ainsi dire nulle. Comme l’érythème, moms fréquemment toutefois, la syphilide papuleuse ‘est sujette à récidive : Bassereau “dit en avoir observé deux exemples. Elle ne succède pas toujours immé- “diatement au chancre, mais parfois on la voit venir à la suite d’une syphilide érythémateuse. Les affections syphilitiques qui accompagnent le plus souvent la svphilide papulo-tuberculeuse sont l’érythème, les plaques muqueuses, le chancre et l’ecthyma superficiel.

Diagnostic. — La disposition des papules et leur couleur cuivrée, la desquamation particulière qui se manifeste à leur pourtour après un certain temps, sont des signes objectifs qui permettent peu de confondre la syphilide papuleuse avec des affections d’une tout autre origine, même en l'absence de symptômes syphilitiques concomitants.

L'éruption de la fièvre typhoïde s’en distinguera par son peu d’étendue, le petit volume des taches et l’existence d’une fièvre intense. La miliaire fébrile est accompagnée de sueurs abondantes et de troubles digestifs qu'on ne rencontre pas ordinairement dans la syphilide papuleuse. Parmi Îles éruptions vulgaires, certaines variétés de lichen pourraient faire supposer une Svphilide papuleuse, si le prurit qui se lie à leur présence et l'absence de tout symptôme syphilitique n’indiquaient suffisamment qu'elles n’ont point une cause spécifique. Les saillies indurées de l'acné vulgaire, également susceptibles d’être prises pour des papules syphilitiques, se reconnaissent à leur siége d'élection, qui est la face et la région du dos, et plus tard aux cicatrices plissées qu’elles détermiment.

Nous venons de voir que les papules syphilitiques n’altèrent pas la texture dela peau; à ce point de vue par conséquent leur pronostic est peu sérieux. Considérées dans la série des manifestations syphilitiques. ces éruptions ne constituent pas davantage un symptôme fâcheux, relativement du moins aux formes tardives de la svphilis cutanée,

SYPHILIDE PUSTULEUSE.

SYNONYMIE : Puslules syphilitiques (pustulæ crustosæ, ambulativæ, etc.).

On désigne sous ce nom une éruption disséminée, caractérisée par une collection purulente, et qui ne laisse à sa suite qu'une cicatrice légère.

Cette éruption, par sa fréquence, prend place immédiatement après les syphilides érythémateuse et papuleuse. L'une des manifestations syphilitiques les plus communes de la fin du xv° et du commencement du xvi° siècle, elle

sévissait alors avec une grande intensité ; aussi est-elle peinte sous les plus sombres couleurs, ulcérant les chairs et rongeant jusqu'aux os. Aujourd'hui, elle a beaucoup perdu de cette gravité. 0

La syphilide pustuleuse peut s'étendre à toute la surface de la peau, mais elle débute ordinairement par le cuir chevelu ou la face, pour de Jà gagner le trone et les membres. La partie la plus superficielle du derme qui circonscrit les poils semble en être le siége anatomique. Elle se présente sous des aspects variés, Mais, quelle que soit la forme qu’elle revête, elle a une évolution peu variable : tout d’abord elle apparaît sous la forme d’une tache fauve, rouge où cuivrée; vient ensuite un bouton de petit volume qui suppure et se recouvre d’une croûte ; cette croûte tombe, et il reste une légère ulcération indicatrice.

Elle comprend plusieurs variétés. Beaucoup d'auteurs n’en admettent que deux, la syphilide ecthymateuse et la syphilide acnéiforme. Avec Bassereau et Bazin nous décrirons les trois modalités qui suivent :

1° La syphilide pustuleuse lenticulaire de Bazin (1), acnéiforme de Bassereau, que caractérisent des pustules du volume d’une petite lentille, composées d’une base rouge surmontée d’une ampoule remplie de sérosité louche ou de pus. Discrètes, réunies en groupes, ces pustules, par leur base indurée et leur sommet purulent, ressemblent à l’éruption de la varioloïde. Primitivement elles se développent sur la face ou sur le cou. après quoi elles s'étendent par poussées successives sur la plupart des régions du COTPS sans avoir jamais, comme les pustules de l’acné vulgaire, leur siége presque exclusivement sur les parties supérieures du tronc.

Après avoir persisté pendant un temps plus ou moins long, le contenu de la pustule, peu développée, disparaît rapidement, laissant à sa suite une tache rouge saillante qui est le siége d’une desquamation épidermique. Quand, au contraire, ampoule est prononcée, son contenu se solidifie en croûtes grises jaunâtres qui se détachent et laissent une ulcération superficielle suivie d’une cicatrice blanche, arrondie, légèrement déprimée, différente de la cicatrice allongée et plissée qui appartient à l'acné vulgaire,

2° La syphilide pustuleuse miliaire de Bazin, impétiginoide de Bassereau, débute sur les mêmes régions que la variété précédente ; elle consiste en de petites ampoules traversées à leur centre par un poil et entourées d’une auréole d’un rouge vif. Le pus s’y concrète parfois, et alors se forme une croûte jau= nâtre ou grisètre analogue à celle de l’impétigo. La cicatrice qui survient plus tard est remarquable après un certain temps par sa décoloration centrale, encadrée par un rebord cuivré, lequel disparait peu à peu.

3° La syphilide pustuleuse phlyzuciée (ecthyma syphilitique superficiel disséminé) à des pustules plus étendues, disséminées, quelquefois ombiliquées au centre et toujours entourées d’une auréole rouge, Ces pustules renferment un liquide qui, en se concrétant, souvent après plusieurs semaines d’un état sta= tionnaire, forme des eroûtes brunes ou noirâtres. Celles-ci laissent à nu une tache livide dont la disparition s'opère lentement, et plus tard une cicatrice blanche, mais différente de la cicatrice gaufrée de la variole.

(1) Bazin, article Acné syphilitique du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales” LA PAbTA.

La marche de la sYphilide pustuleuse est subaiguë ou chronique ; sa durée,

rariable, est généralement de plusieurs mois, grace surtout à son mode d’appaeition par poussées SUCCESSIVES.

Diagnostic. — Lorsqu'elle est précédée de phénomènes généraux, la svphiide pustuleuse phlyzaciée pourrait tout d’abord faire croire à une varioloïde ou une variole ; mais la différence dans la marche et dans l'intensité des symptômes généraux, les antécédents morbides du malade ei les lésions syphilitiques soncomitantes ne peuvent longtemps prêter à l'erreur.

Parmi les éruptions non fébriles, l'acné ordinaire est facilement confondue vec la syphilide pustuleuse lenticulaire, mais elle s’en distingue par des pusjules plus volumineuses et d’un rouge plus sombre. Les pustules acnéiques, du reste, siégent sur la face et le dos, sans jamais se montrer sur les jambes, elles sont suivies de etcatrices blanches allongées et plus profondes.

Les éruptions svmptomatiques de la gale donnent lieu à un prurit intense et secaractérisent par des sillons particuliers qui vont aboutir à des vésicules dont le siége ordinaire est le ventre, Les fesses et la verge. On peut facilement les différencier.

Le pronostic de la syphilide pustuleuse est en général plus sérieux que celui des formes exanthématiques dont nous avons parlé jusqu'ici, à cause des récidives nombreuses {quinze fois sur soixante-“douze cas, Bassereau) auxquelles elle est sujette. L’exsudation purulente serait en outre, suivant plusieurs svphiligraphes, l'indice d’une svphilis grave. Mais 1l est bon de faire observer qu'un arand nombre d'auteurs comprennent dans le groupe des syphilides pustuleuses lecthyma profond et le rupia; ainsi on s'explique la tendance à voir le pronostic de l’affection qui nous occupe plus fàcheux qu'il ne lest réellement. | |

Les relevés de Bassereau établissent que le chancre qui précède léruption pustuleuse se présente le plus souvent sous forme d’ulcération profonde ou phagédénique. L'espace de temps qui sépare le moment de la contagion de l'apparition de la syphilide pustuleuse diffère peu de ce qu'ilest dans les syphilides érvthémateuse et papuleuse.

SYPHILIDE VÉSICULEUSE.

SyNonvmie : Pustules syphilitiques vésiculenses, séreuses (Aerpes syphiliticus, ete.),

Cette manifestation relativement rare est caractérisée, comme son nom lPindique, par la présence de petites ampoules séreuses plus ou moins régulièreent disposées à la surface de la peau. Admise par Trappe, Cullerier l’ancien, sous le nom de pustule séreuse, et par Alibert, sous la dénomination de svphilide pustuleuse miliaire et seabioïde, la svphilide vésiculeuse est mieux étudiée depuis les importants travaux de Cazenave et Schedel, de Bassereau, qui en ont donné des observations détaillées (1).

(1) Comparez : Roth, et Kleinhaus, déjà cités. — Lorda, Gaz. des hôpitaux, 1862, p. 52. — L. Kleinwachter, Wäer. med. Wochenschr., XVI, p. 98, 1866, et Schmidts Jahrb., teCXXX VII, p. 180.

L'une des formes les plus rares de la syphilis cutanée, elle est aussi celle si laquelle les auteurs sont le plus en dissidence. Bassereau, qui en a obsermt seulement douze cas, admet les quatre variétés suivantes :

La syphilide vésiculeuse à forme de varicelle, dans laquelle les vésicules disséminées, tantôt acuminées, tantôt globuleuses et quelquefois ombiliquées: sont remplies d’une sérosité qui se trouble rapidement et finit souvent pars changer en un liquide purulent; d’où une ressemblance plus grande aveclk varioloïde qu'avec la varicelle. Chaque vésicule est entourée d’ailleurs d’une auréole cuivrée.

La syphilide vésiculeuse à forme d’eczéma, dont les vésicules, tantôt transpa: rentes, réunies en groupes où disséminées, occupent distinetement les follis cules pileux de la peau; tantôt troubles et agglomérées, se couvrent de croûtés flavescentes (eczema impetiginoides).

La syphilide vésiculeuse 4 forme d’herpès, qui offre des vésicules disposées en groupes irréguliers ayant laspect de lherpès phlycténoïde, ou bien ex groupes arrondis ou ovales affectant la forme cireinée. La quatrième variété st disungue par la base dure et cuivrée sur laquelle reposent les vésicules,

Hardy reconnait les trois premières variétés ; Follin dit avoir observé un caf très-manifeste d'herpès syphilitique; Bazin n’admet que la syphilide varicelli: forme. Celle-ci commence par une tache d’une couleur rouge vif, sur laquelle st développe une petite vésicule arrondie, dont Ja sérosité devient purulente au bout de’ huit à dix jours et se transforme en eroûtes. Suivant le même auteur, les autres variétés ci-dessus admises ne sont que des manifestations parasitaires arthritiques ou dartreuses. Ce dermographe décrit de plus une syphilide papulo-vésiculeuse eirconscrite, qui est l'affection connue de Rayer, d’Alibert, de Baumès et de Cazenave, sous le nom d’exzéma syphilitique, et à cette espèce il rattache une variété de syphilide désignée par Erasm. Wilson sous le nom de syphilide en corymbe. Cette variété, que nous avons pu obser= ver nous-même dans un cas, est généralement tardive, et sous ce rapport elle appartient plutôt à la période tertiaire. Elle est caractérisée par de larges pla= ques lichénoïdes, confluentes, formées par des granulations rapprochées, où mieux par de petites papules rouges, les unes pleines, solides, exfoliées, les autres vésiculeuses à leur sommet. Ces plaques forment une première zone qui est entourée par une seconde dont les éléments papulo-vésieuleux sont plus écartés, de sorte que l’ensemble de l’éruption offre quelque chose de spécial, etaflecte réellement une disposition en corymbes.

La marche de la syphilide vésiculeuse est chronique, malgré les phénomènes réactionnels qui s’observent parfois à son début, comme au début de toutes les syphilides exanthématiques. La durée de l’état vésiculeux est habituellement courte, mais la période squameuse qui lui succède se prolonge en général beaucoup plus longtemps, un mois pour le moins. Les vésicules syphilitiques se terminent par résolution après avoir quelquefois légèrement ulcéré les tissus, laissant alors de petites cicatrices qui finissent par s’effacer.

Diagnostic. — La difficulté du diagnostic est ici en rapport avec la rareté de laflection. La varicelle ordinaire et la variole sont les deux maladies que la syphilide vésiculeuse peut simuler dans les commencements : maïs

à lenteur de la marche, les phénomènes syphilitiques concomitants, ne euvent laisser longtemps subsister l'erreur. Le prurit est un excellent signe Listinctif des herpès ou des eczémas qui ne sont pas de nature syphilitique.

Le pronostic de la syphilide vésiculeuse est peu différent du pronostic des -vphilides papuleuse où pustuleuse. Bassereau n’a jamais vu cette éruption écidiver ou succéder à une autre forme. Dans les douze cas qu’il a observés, lle a toujours été le premier symptôme consécutif à laccident primitif (éro- Lion chancreuse), et elle s’est toujours montrée de un à six mois après la ‘Ontagion.

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