SYPHILIDES SQUAMEUSE ET PIGMENTAIRE
Ces deux formes élémentaires ne sont pas encore reconnues par tous les vphiligraphes ; les uns les admettent en toute certitude, les autres les “éjettent d’une façon absolue. Si lon cherche la cause de cette divergence
l'opinions, on voit. qu'elle tient en partie à ce que ces manifestations, et surtout l'affection squameuse, sont rarement primitives, et ne constituent “n général qu'une des phases d'une autre lésion. Nous ne croyons pas lévoir, à l'exemple de quelques auteurs, frapper d’ostracisme ces détermijations morbides, puisque nous avons sous les yeux, à l’heure qu'il est, “in cas de psoriasis syphilitique non douteux (1}. Cependant nous reconnaissons sans difficulté que ces affections sont beaucoup moins fréquentes que “a plupart de celles qui précèdent. |
Syphilide squameuse. — Cette affection présente plusieurs variétés. Hardy, “jui n'hésite pas à l’admettre, en décrit trois qui sont : la syphilide squameuse sn gouttes, la syphilide squameuse cireinée, et la syphilide palmaire et plantaire (2). |
La syphilide squameuse en gouttes, désignée encore par certains auteurs sous le nom de psoriasis syphilitique, est caractérisée par des taches arrondies, ÿ peine saillantes, de la largeur de 3 millimètres à 1 centimètre. Ces taches, “ou mieux ces papules, d’une coloration d’un brun cuivré, sont recouvertes par des squames fines, blanches, et non imbriquées, qui, venant à tomber au bout de quelques semaines, laissent à leur niveau une tache, sans cicatrice conséeutive. Le tronc et les membres supérieurs sont le siége le plus fréquent de cette syphilide, qui apparaît de six mois à deux ans après l'accident primitif et qui se distingue du psoriasis dartreux par un siége différent. En effet, tandis Que la première de ces affections se disperse un peu partout, la dernière S'observe principalement aux coudes et aux genoux ; les squames, d'ailleurs, qui ne sont pas imbriquées dans le psoriasis syphilitique, le sont au contraire dans le psoriasis commun. |
La syphilide squameuse circinée est remarquable par sa disposition circulaire ; elle siége le plus ordinairement à la figure, et n’est en réalité, suivant nous,
(1) Nous avons, depuis notre première édition, observé deux nouveaux faits, qui se trouvent consignés dans la traduction anglaise de notre ouvrage. En relisant ces observations, nous demeurons convaincu de la similitude de la lésion en question avec les plaques syphilitiques décrites par Bazin.
(2) Comparez : Azemar, De la syphilide squameuse. Thèse de Paris, 1868.
qu'une variété de syphilide papuleuse ou de syphilide tuberculeuse. Un présomption en faveur de cette manière de voir, c’est que, comme la syphilid tuberculeuse, dont il sera question plus loin, elle ne survient en général qu'a près une ou plusieurs années à partir du début de l'accident primitif.
Elle se présente sous la forme de taches d’un rouge brun, peu saillantes, for mant des cercles ou des segments de cercle dont le centre est habituellemen sain; sur ces taches, de la grandeur d’une pièce de 1 ou de 2 francs, on voit dé squames blanches, fines, non imbriquées. L'absence de prurit et le peu d’ex: tension de cette affection la distinguent de l’herpès circiné.
La syphilide palmaire et plantaire (psoriasis palmaire) occupe, ainsi que sa nom l’indique, la paume des mains et la plante des pieds. Cette éruption à la quelle nous avons déjà fait allusion est caractérisée par des taches un peu saile Jantes, arrondies, d’une couleur cuivrée, recouvertes de squames dures, gri sâtres, confluentes, qui, dans quelques cas, <e manifestent sous l’apparent de plaques fendillées donnant lieu à la formation de gerçures ou de rhagades souvent douloureuses. Aux limites des squames ou des plaques, on trouve un liséré brun caractéristique, sous la forme de segments de cercle. Le psoriasis simple ou dartreux, ayant même siége, se différencie par une teinté d'un rouge plus vif, des démangeaisons plus intenses ; le plus souvent il existe en même temps aux coudes et aux genoux.
Syphilide pigmentaire où maculeuse. — Ta syphilide maculeuse, sur laquelle Monneret (1) et plus tard Hardy (2) ont les premiers fixé l’attention, a été décrite par Pilion (3) sous le nom de syphilide pigmentaire. Elle est caractérisée par des taches arrondies, non saillantes, ayant depuis les dimensions d’une pièce de 50 centimes jusqu’à celles d’une pièce de 1 france, et une coloration gri satre ou teinte café au lait. Ces taches ont des bords irréguliers ou déchis quetés; quelquelois isolées, elles sont le plus souvent réunies en grand nombre dans la même région. Elles s’observent principalement au cou, mais elles se rencontrent aussi sur la figure, à la lèvre supérieure, sur le front, l'abdomen (Hardy) et les jambes | Pillon). Un de mes malades, atteint d’angine et de plaques muqueuses de la bouche, présentait sur le flanc droit des taches grises jaunâtres, manifestement syphilitiques, qui ne durèrent pas moins d’un mois. Tantôt les éléments de cette éruption se confondent par leurs bords, d’autres fois ils laissent entre eux des intervalles de peau blanche formant des marbrures causées par la diminution de teinte du pigment. [ls ne sont accompagnés ni de chaleur ni de démangeaison, et ils ne sont pas suivis dé desquamation. Leur époque d'apparition dans la série svphilitique suit ordinairement le déclin de la roséole (4).
Parmi les affections qui peuvent simuler cette modalité symptomatique, il faut citer le pityriasis versicolor, lésion squameuse et non maculeuse, présentant d’ailleurs une teinte plus jaune, et les éphélides, dont les taches larges et accentuées n'existent que rarement au cou.
(1) Compendium de médecine pratique, t. VIII, p. 50.
(2) Leçons cliniques (Gazette des hôpitaux, 1854).
(3) Des exanthèmes syphilitiques. Thèse de Paris, 1857.
(4) V. Tanturri, De Ja syphilide pigmentaire à fond jaune (Il Morgagni, 1863, Napoli).
ALOPÉCIE SECONDAIRE.
Bigrocrabme. — Bern. Tourranus, De morbo gallico lib. IL. De mutationibus gallici imorbi, CXVIT. Aphrodisiacus Luisini, p. 1101. — A. Traj. Perrone, De pilorum Jefluvio et unguium dentiumque casu, ibid., p. 1332. — Rayer, Traité des maladies 10 da peau, 2° édition, Paris, 1835, t. Il, p. 42h. — Sicuunn, Bemerkungen über Krankheitserscheinungen an den Haaren bei Syphilis, Oesterr. Zeitschrift für prakt. Moilk. n° 37, 1859. — A. Cazenave, Traité pratique des maladies du cuir chevelu, aris, 1850. — Dray, Histoire naturelle de la syphilis. Paris, 1864.
L’alopécie, qui est la chute partielle sinon totale des cheveux ou des poils, Moit être regardée comme une des manifestations importantes de linfection “yphilitique. Elle survient en même temps que les symptômes prodromiques, bu tout au moins au début des formes précoces de la syphilis cutanée. ‘Cependant elle se montre aussi plus tardivement ; mais alors elle est le plus souvent la conséquence ou d’une lésion du cuir chevelu, et nécessairement du bulbe pileux, ou d’une altération des os du crâne (exostoses ou périostites. ‘Quelquefois enfin, l’alopécie, résultat en quelque sorte de la débilité générale de l’organisme, est, comme la chute de l’épiderme, un signe de cachexie. De à plusieurs variétés d’alopécie que l’on peut grouper sous deux chefs et qui, par opposition, peuvent être appelées l’une primitive, l'autre consécutive. La première seulement de ces deux variétés fait partie de la période d’éruption “oénérale et doit nous occuper dès maintenant. L'alopécie, si l'on en croit plusieurs autorités imposantes du xvi° siècle, ne se serait pas manifestée tout d’abord au début de la grande épidémie, “ais seulement après plusieurs années. «€ Depuis environ six ans, dit Kracastor (1), la maladie (syphilis) a encore changé considérablement. On ne oit maintenant des pustules que chez très-peu de malades, presque point de douleurs, ou des douleurs bien plus légères, mais beaucoup de tumeurs gom- ‘neuses. Une chose qui a étonné tout le monde, c’est la chute des cheveux et des “autres poils ; cela donne un air ridicule ; les uns n’ont point de barbe, les autres “point de sourcils; d’autres ont la tête chauve. D'abord, on attribuait cet “accident aux remèdes, surtout au mercure; mais quand on a été mieux “instruit, on à reconnu qu'il venait du changement de la maladie. » Brassavole (2) assure, que depuis vingt ans (c’est-à-dire 1533) il a paru des accidents vénériens qui font douter si la maladie est sur son déclin, ou sielle est changée. Le premier de ces accidents est la chute des poils, qui donne aux malades une figure ridicule ; car on ne peut s'empêcher de rire, en voyant des ‘hommes sans barbe, sans sourcils et sans poils aux paupières. Fallope (3) nest pas moins explicite à cet égard, car il dit (1560 ou 1561) : « Durant les quarante premières années (c’est-à-dire avant 1534), il n'y avait point de chute de poils ; mais elle a commencé depuis trente ans. »
Il est évidemment peu probable que l’alopécie syphilitique se soit mani-
(4) De morbis contagiosis, lib. IT, cap. 11. Venise, 1546.
(2) De morbo gallico. Venise, 1553.
(3) De morbo qall., cap. xx, 156. Comparez Hercule de Saxonia, Luis venereæ perfechssimus Tractatus, Patavii, 1597.
lestée aussi tardivement, et 1 y a plutôt lieu de croire qu'elle passa Inaper que jusqu'à cette époque. Quoi qu'il en soit, c’est à partir de ce momen que l’on a commencé à considérer la chute des cheveux comme un SYM: ptôme de la syphilis. À. Paré, Rondelet (1), N. Massa et beaucoup d’autre auteurs en font mention. Fernel n’en parle pas seulement d’une façon parti: culière, il signale encore l'époque habituelle de son apparition ; il prétend que dans le premier degré de la vérole, le virus s’insinue sous l'épiderme comm une vapeur, d'où la chute des poils et des cheveux ; ainsi il fait de l’alopéei l’une des premières manifestations de infection consécutive.
Let accident, souvent lié à la céphalée prodromique, est assez fréquent pou que Diday l'ait observé 53 fois sur 60 malades. Son siége est le cuir chevelu plus rarement les sourcils, la barbe et les poils du corps. Les femmes, à rapport de ce même auteur, sont plus sujettes que les hommes à la chute des poils du visage. L'une des premières modifications du poil est un état de séché resse qui n'est pas ordinaire ; s’il s’agit des cheveux, on les voit bientôt perdr leur brillant et leur élasticité ; ils deviennent cassants, lanugineux, et parfois même leur couleur s’altère par suite d’une diminution dans la formation dt pigment. Sigmund va jusqu'à prétendre que les cheveux noirs de l'adulte peus vent grisonner dans ces conditions. L'alopécie commence, en général, à 1 suite des premières poussées secondaires, elle s’observe encore à la fin de première année, fort peu dans la seconde. Les cheveux tombent sous l’influenct de la plus légère traction, la chute n’en est le plüs souvent que partielle, elle se fait par îlots (simple éclaircissement de la chevelure), dans une plus où moin grande étendue du cuir chevelu ; plus rarement elle se fait en masse, et elle reste limitée à certaines régions et particulièrement aux régions temporales. Ce n'est pas communément que cet accident envahit toute la surface cutanée. Ces pendant un malade observé par Vidal de Cassis (2) présenta, dans la convales cence d’un eczéma syphilitique généralisé, la chute des cheveux et de tous les poils de la face et de la partie supérieure du corps. Il ÿ eut guérison.
L'alopécie fait son évolution lentement et dure ordinairement de un à plus sieurs mois ; Mais qu’elle soit partielle ou générale, si elle a lieu au début dé la diathèse, la guérison complète en est la règle : les cheveux repoussent ÿ d’abord plus fins qu'auparavant, ils ne tardent pas à reprendre la vigueur et H consistance primitives.
Get accident n'est pas seulement un symptôme de la syphilis secondaire, il se rencontre encore dans un grand nornbre de maladies qui portent une pro londe attemte à la constitution, On le voit survenir à la suite de la fièvre typhoïde, de l’état puerpéral, ete. Toutefois, il est possible de reconnaître ces diférentes sources, pour peu qu'on soit renseigné sur les antécédents mors bides du malade. Il est des cas d’ailleurs où le sim ple siége de l'affection suffit pour éclairer le diagnostic, Ainsi, la calvitie qui occupe uniquement la partie supérieure et moyenne du crâne n’a pas une cause spécifique ; elle reconnaît plutôt une origine dartreuse. Ce point est portant à connaître, car il n’est aucune circonstance qui ne doive être Ivoquée pour le diagnostic comme
(4) Aphrodisiacus de Luisinus, p. 938.
2) Traité des maladies vénériennes, 1855, p. 490.
hour le pronostic de la syphilis, et, à ce dernier point de vue, Palopécie, orsqu’elle est étendue et qu’elle persiste pendant longtemps, une année par sxemple, peut être regardée comme un signe fâcheux. Rarement la syphilis ju’elle accompagne guérira d’une manière spontanée Wie
ous les auteurs ne s'accordent pas sur là condition pathogénique de l’alonécie syphilitique. Cet accident, qui, suivant les uns, est la conséquence d’une “ruption du cuir chevelu, est regardé par les autres éomme .un effet de Fanenie que détermine linfection syphilitique. Le mercure aussi à été mis en rause, mais à tort. Bassereau, qui partage la première opinion, prétend que es cheveux tombent d'autant plus abondamment qu'il s’est formé un plus Srand nombre de pustules sur le cuir chevelu. Mais cependant on ne peut souenir que la chute des poils soit uniquement et nécessairement produite par ette éruption. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle s’observe sur des points su l'on ne trouve souvent aucune trace de lésion cutanée. Il n'en faut pas moins reconnaître qu’elle est le résultat d’une lésion du follicule pileux, tantôt directe et primitive, tantôt indirecte où consécutive.
ONYXIS SECONDAIRE,
Bruiockavme, — Devvecn, Chirurgie clinique de Montpellier, 1823, 1. 1, p. 365. Raven, Traité des maludies de lu peau, 2° édit., p. 34, Paris, 1855.—CAZENAYE, Druité des syphilides, Paris, 1843, p. 429.— Eu, Konw, Zur Pathologie und Therapie der Nagelerkrankungen syphilitischer, Wien. med. Press, XI, 24, 27, 28, 1870, et Schmidt's Jahresb., t. 449, p. 49, 1871. — Sicmunr, dans Pitha et Billroths Handbuch der allyem. und spec. Chirurgie, 1 Band, 2, Abth., p. 223.
L'altération des ongles est toujours la conséquence d’une modification survenue dans la matrice qui est l’organe sécréteur de la substance cornée. Au dire de Brassavole, la chute des ongles, comme la chute des poils, n'aurait pas été observée dès l'apparition du mal français, mais seuleinent quarante ans plus tard, vers 1533. Quoi qu'il en soit, il faut arriver à ces derniers temps pour trouver une description un peu complète de cette manifestation de la syphilis. Simple dépendance de la peau, la matrice de l'ongle présente la plupart des formes éruptives déjà décrites. En outre, le repli sousunguéal est souvent envahi par les plaques muqueuses, accidents que nous étudierons bientôt, et alors s'établit à son niveau un suintement blanchâtre ou brunâtre tout spécial. Deux observations de Lélut, relatées par Rayer, sem blent se rapporter à une lésion de ce genre. Ces observations, que l'on consul- {era avec fruit, donneront une idée exacte des caractères des plaques muqueuses de la sertissure des ongles.
L'éruption qu'on pourrait appeler psoriasis de la matrice de longle ne diffère réellement du psoriasis de la paume des mains que par la modification de la lame cornée unguéale. Le fait suivant, relatif à un jeune étudiant, est un exemple de cette affection :
Ovs, IX, — X°**, jeune Valaque, âgé de vingt-trois ans, remarqua, en avril 4859, la présence,sur la verge, d’un chancre induré pour lequel il consulta M. Ricord.
(4) Diday, Histoire naturelle de du syphilis, p. 107,
Traité pendant quatre mois, il prit 180 pilules de proto-iodure de mercure, ce qu ne l’empêcha pas de voir paraître en août une nouvelle ulcération sur les carac. tères de laquelle il est peu explicite. En septembre, il prend de l'iodure de potas: sium pendant trois semaines. Dans le courant de Janvier apparaît à la paume des mains une éruption de psoriasis syphilitique. Cette affection disparaît rapidement après quelques jours de traitement, mais survient une angine qui persiste plus longtemps. Le bichlorure de mercure, administré tout d’abord, est cessé en mars, et, à partir de cette époque, l'iodure de potassium est continué jusqu’en juin. Dans le courant d'avril, ce malade, qui avait eu antérieurement des accès de fièvre intermittente, est repris par cette même maladie, contre laquelle, cette fois, 1e sulfate de quinine à peu de succès. Pendant le mois de Juin, des plaques mu queuses apparaissent au niveau des amygdales très-fortement tuméfiées et sur le voile du palais ; le psoriasis palmaire se montre de nouveau. C’est à cette époque que je fus consulté, Au niveau du pli unguéal de la plupart des doigts existe un gonflement d’une teinte rouge sombre qui se recouvre bientôt d'une desquamation épithéliale, les ongles sont parsemés de paints blancs légèrement saillants. J'ordonne une pilule de proto-iodure chaque soir et des poudres ferrugineuses. Huit jours plus tard, les plaques muqueuses étaient effacées, le psoriasis moins apparent, ainsi que l’altération de la matrice unguéale. Les ongles cependant n’ont pas repris leurs caractères ordinaires ; quelques-uns offrent une coloration légèrement pâle et des sillons longitudinaux, il en est d’autres dont la matrice est manifestement altérée et qui présentent à leur surface de pelites dépressions analogues à la marque que produirait la tête d’une épingle sur un corps lisse et peu dur: cest un pointillé légèrement blanchâtre que peuvent voiler certains reflets, mais qui se voit bien à contre-jour, Les sillons normaux sont effacés au niveau de cette lésion qui occupe à peu près la partie moyenne de l’ongle. Malgré le traitement institué, la guérison n’était pas encore complète dans le mois de novembre.
Dans quelques circonstances, l'onyxis parait liée à une svphilide papuleuse ou pustuleuse, Une tuméfaction légèrement douloureuse, résistante, rougeñtre où mieux rouge brun, encadre l’ongle sur une partie de son pourtour, de façon à simuler une tourniole dont elle diffère par la lenteur de sa marche. Après un temps lort long, cette lésion disparait par résorption où s’ulcère, Dans un cas observé par Bassereau les ongles des mains offraient à leur surface une foule de points mats, blancs, déprimés et comme vermoulus ; leur bord libre épaissi, fendillé, se détachait par lamelles. Jamais alors on n'observe d’ulcérations profondes de la matrice de l’ongle. Il n’en est pas de même lorsque l’onyxis succède à un tubercule cutané de la peau, à une uleération grisètre, sanieuse et fétide de la partie latérale de l’ongle. Dans ce cas, l’ongle tombe et ne se reproduit généralement pas, l’ulcère syphilitique est remplacé par une cicatrice formée de quelques plaques cornées de petite étendue et plus ou moins informes.
I est des cas enfin où la lésion élémentaire fait défaut ou plutôt passe inaperçue, et où l’ulcération paraît être primitive ; cette variété de l’onyxis, qui atteint les orteils plus souvent que les doigts, a été décrite par Delpech. « Un symptôme fort insolite et tout à la fois très-Incommode, dit cet observaleur, ést une ulcération spontanée de l'organe sécréteur de l’ongle, soit der la main, soit du pied. Une douleur se déclare Spontanément, ou à l’occasion de quelque légère violence, autour de la racine d’un ongle et sous son extrémité. Les parties douloureuses sont soulevées par un léger engorgement et ont une couleur rouge brun. L'ulcération se déclare d'abord à l'extérieur en contournant la racine de l’ongle. Elle présente ordinairement une surface fon-
-gueuse, humide, brunâtre, saignant aisément par le contact et fournissant une suppuration ichoreuse et fétide. Le sommet de l’ongle se détache, et cet isolement, qui s'étend insensiblement vers la base, est suivi bientôt de l’ulcération de la nouvelle surface. Si cette dernière ne fournit qu’un suintement médiocre, ce qui a lieu quelquefois, l’ongle conserve de la consistance où n’est que peu amolh; il est d’un blanc pâle, légèrement boursouflé et renversé en dehors. Si, au contraire, la suppuration qui provient des parties que longle à aban- “données est abondante, l'ulcération de ces dernières est plus profonde, leur isolement par rapport à l’ongle est plus étendu vers sa racine, l’ongle Iuimème, plus ramolli, se décompose insensiblement et se réduit à quelques brins d'organisation cornée qui occupent la région de ce que l'on appelle la lunule, se déjettent en dehors et se trouvent ainsi plongés au milieu d’une grande ulcération. En cet état de choses qui est le plus haut degré de développement, à moins qu'il n’entraîine la nécrose de la phalangeite, l'extrémité du doigt ou de l’orteil est fort engorgée, de couleur violette, et le malade éprouve le plus souvent des douleurs vives qui vont jusqu’à troubler les grandes fonctions de l'économie, » Ces diverses lésions des ongles font partie de la période des accidents secondaires et coexistent, en général, avec les éruptions cutanées ; dans un cas rapporté par Vidal, l’ulcération unguéale aurait coïncidé avec une épididymite syphilitique.
Ces dernières lésions constituent la forme inflammatoire ou sécrétante de lonyxis syphilitique, paronychia syphilitica de quelques auteurs, elles consistent surtout dans l’altération de la circonférence de la matrice de l'ongle: les premières se rattaehent à la forme sèche de la svphilis unguéale, décrite, comme Lsuit, par À. Cazenave: « Tantôt l’ongle, piqueté dans plusieurs points, devient seulement grisàtre, sec et cassantà son extrémité libre ; tantôt, indépendamment de ces altérations, il s’épaissit dans les deux tiers de son étendue, il devient opaque, chagriné, sa surface exfoliée est rugueuse, inégale, et, chose renarquable, 11 y a ordinairement une ligne de démarcation bien tranchée qu! sépare cette partie malade de la partie saine représentée par une surface qui ommence un peu au delà de la lunule, surface où l’ongle conserve son éclat, son poli, sa couleur. Dans quelques cas cependant, l’altération de structure est xénérale, et l’ongle est converti en une production cornée, sèche, grisàtre, chazrinée, très-friable, Cette forme, bien connue des anciens, est très-commune : il est même rare qu'une syphilis existe depuis longtemps sans que les ongles lu malade soient plus ou moins altérés. Elle est toujours secondaire, et quelquefois le seul symptôme qui traduise une svphilis consécutive, »
La marche de lonvyxis syphilitique secondaire est généralement lente ; la guérison en est la terminaison ordinaire, sinon constante, Le pronostic est sans gravité, le seul mconvénient de cette affection est celui qui résulté de la chute de l’ongle et de l'inquiétude qu’en éprouvent les malades. Il est d’autres manifestations syphilitiques des ongles qui se distinguent par une apparition plus tardive, une évolution moins rapide et des suites plus graves: elles nous oceuperont plus loin.
Diagnostic. — Les antécédents du malade et les affections conconmitantes de l'altération unguéale sont des cireonstances qu'il haporte de rechercher si l’on LANCEREAUX. — Syph. 9 édit, 9
veut arriver au diagnostie précis de lonyxis syphilitique. Avec la forme humide ou ulcéreuse de cette manifestation on pourrait confondre l'affection décrite sous la dénomination d’ongle rentré dans les chairs. Mais l’ulcération dans ce dernier cas, habituellement peu profonde, n’occupe pas primitivement la mas trice unguéale.
Le psoriasis des extrémités digitales n’est pas sans analogie avec la forme sèche; 1] se distingue, sinon par ses caractères objectifs, du moins par la coexis= tence habituelle de plaques psoriasiques aux coudes et'aux genoux. Le renfles ment des extrémités des doigts chez les individus atteints de lésion cardiaque ou de phthisie pulmonaire, n’amenant, en général, aucun désordre appré= ciable dans la nutrition de l’ongle, ne pourra faire croire à une onyxis svpht litique.
S 3, = Affections des membrines muqueuses, — Syphilides énanthématiques.
Les manifestations syphilitiques secondaires des membranes muqueuses ne sont, pour certains auteurs, qu'une reproduction des éruptions cutanées, telles ment qu'il est possible de retrouver, à la surface de ces membranes, les diverses lésions élémentaires que l’on observe à la peau. Cette manière de voir, qui concorde parfaitement, avec nos recherches personnelles, trouve sa justifi= cation dans l'étude que nous allons faire des plaques svphilitiques.
De même que les syphilides exanthématiques, les affections syphilitiques des muqueuses se manifestent, soit par des plaques saillantes humides, soit par des taches érythémateuses, soit par des papules ou des pustules qui se terminent par des ulcérations légères et peu profondes, ne laissant pas à leur suite de traces appréciables de leur passage. De là des manifestations diverses, qui sont : les plaques syphilitiques, les svphilides érythémateuses et les syphilides papulo-pustuleuses ou ulcéreuses superficielles,