AFFECTIONS DES GLANDES LYMPHATIQUES !ADENITES
De même que la période d'éruption locale, la période d’éruption générale a ses adénites particulières; mais tandis que, dans la première de ces périodes, l’altération reste limitée à la sphère ganglionnaire correspondant au chancre, dans la seconde elle se généralise à plusieurs points du COTpS.
Déjà modifiés pendant la durée du chancre, les ganglions ingumaux sont le plus souvent affectés dans le cours de la syphilis secondaire. Viennent ensuite, par ordre de fréquence, les ganglions cervicaux postérieurs, prineipalement ceux qui occupent la racine des cheveux, à droite et à gauche de la ligne médiane ; les ganglions mastoïdiens ou voisins de l’apophyse mastoïde ; plus rarement les ganglions sous-maxillaires, épitrochléens, axillaires, poplités, etc. C’est quelquefois des la troisième semaine qui suit l’époque d’appamton de l'accident primitif, plus souvent vers la cinquième ou la sixième semaine, ou même à partir de la sixième (Ricord), que commence l’envahissement des glandes Iymphatiques de ces dernières régions. |
La question de savoir si ces adénopathies sont une manifestation directe de Minfection générale ou simplement un symptôme d’une lésion locale du voisinage est depuis longtemps débattue sans avoir encore reçu une solution défiimtive. Les deux hypothèses sont possibles ; comme Ricord et Puche, j'ai trouvé Mnduration des ganglions cervico-oecipitaux postérieurs et mastoïdiens chez des individus dont le cuir chevelu était parfaitement sain. Chez ces malades, il V avait lieu de croire que l’action morbifique avait porté directement sur le système lymphatique, et cette manière de voir me paraît prouvée par ce fait qu'il n’y a le plus souvent aucune relation entre l’adénopathie et Péruption. À côté de ces cas, il en est d’autres où une influence locale ne peut être méconnue, et dans lesquels il existe bien réellement une liaison intime entre l’adénite et l’éruption qui l'accompagne ; mais alors l’adénopathie revêt un cachet inflammatoire plus franchement aigu et se montre avec des caractères différents de ceux qui suivent.
La glande lésée, tout d'abord de la grosseur d'un grain de chènevis, dure et mobile, augmente de volume graduellement et sourdement sans attirer l’attention du malade; une seconde et une troisième glande sont affectées de la même manière, Puis, dès qu’elles ont acquis le volume d’une noisette, ces glandes restent stationnaires, sans amener de troubles pathologiques bien appréciables, à part peut-être de la chloro-anémie et dans cer:
{ains cas la gène des mouvements et du jeu régulier de quelques-uns des organes du voisinage. Ces adénopathies, qui offrent la plus grande analogie avec les bus bons symptomatiques du chancre induré, n’acquièrent jamais un grand vos lume: indolentes, multiples, de consistance égale, ferme et élastique, elles | conservent ces caractères pendant toute leur durée, à moins de conditions in- | dividuelles spéciales (scrofulose). La mobilité qui leur est propre n’est pas partout identique; elle est généralement moindre dans les ganglions qui siégent à la racine des cheveux ou dans la région mastoïdienne. Cest là, une exception qu'il faut connaître, et dont l’anatomie de ces régions rend pars faitement compte. |
En même temps que ces modifications ganglionnaires existent, les vaisseaux lymphatiques sont quelquefois le siége d’une altération spéciale (Iyma phangite adhésive). Ils donnent au toucher la sensation de petits cordons. durs, mobiles, renflés çà et là au niveau des valvules. Bazin, qu, l’un des premiers, a signalé ce fait à l'attention des observateurs, insiste avec Sigs mund (1) sur la présence de ces lymphites à la partie supérieure et interne des cuisses et des bras, attendu que, dans un cas obscur, leur présence peut devez nir un précieux élément de diagnostic.
une marche lente et une longue durée. Rarement elles disparaissent avec l’éruption qu’elles accompagnent. Elles persistent durant des mois où même des années, surtout chez les individus cachectiques ou scrofuleux et chez les per: sonnes qui ontété atteintes de fièvre intermittente. Les individus jeunes, de bonne constitution, et qui se soumettent à un traitement rationnel, les gardent moins longtemps. Leur présence n’est pas à négliger, car elle fixe l'âge ou plutôt la période de la maladie. Souvent, en effet, les adénopathies sous-cutas nées sont les seuls témoins de la période des accidents secondaires. Plus tard on ne les retrouve plus; du moins on ne les voit jamais se présens ter avec les mêmes caractères dans le dernier stade de la syphilis, où laltés ration qu'ils subissent est toujours fort différente.
” Les lésions des glandes lymphatiques dans la scrofulose, la tubercu= lose et la carcinose, se distinguent facilement de celles que produit I syphilis. Les adénopathies scrofuleuses, plus volumineuses, moins dures et moins mobiles, forment des groupes plus compactes ; il en est de même des adénopathies tubereuleuses, qui d’ailleurs diffèrent par leur siége. Quant aux ganglions cancéreux, on ne les rencontre que dans le voisinage de l’affection cancéreuse, et d'ordinaire ils ne se généralisent pas ; lors même qu'ils se gé=
néralisent, le dépérissement qu'ils entraînent à leur suite ne peut laisser les
diagnostic incertain.
Les amygdales, ces glandes Iymphatiques peut-être un peu trop oubliées pat les syphiligraphes, présentent, comme la plupart des organes, dans la ma& ladie qui nous occupe, deux modes d’altération. L'un, plus fréquent, survient
au début de la période secondaire, peu de temps après la généralisation des
adénopathies et au même moment que les premières poussées éruptives. Les amygdales, tuméfiées, se rapprochent et gènent plus ou moins profondés=
(1) Revue méd, chirurg. de Paris, t, XIV, p. 176, 1853.
| Les adénites et les lymphangites sont des accidents remarquables par
ment la déglutition; eette tuméfaction diminue, en général, au fur et à mesure que s’efface la rougeur du pharynx. L'autre mode se manifeste plus tard ; les lésions qui s’y rapportent ont les caractères des tumeurs gommeuses, mais il faut avouer que nous possédons peu de renseignements à leur sujet.