AFFECTIONS DES SYSTÈMES MUSCULAIRE ET FIBRO-OSSEUX
Myosites. — Les muscles sont quelquefois, pendant le cours des cru exanthématiques, affectés de douleurs plus ou moins vives, de phénomènes € contracture ou de rétraction, à la vérité peu persistants; mais qui néanmoi présentent toutes les allures d’un état phlegmasique. Ces symptômes qui retrouvent plus tard avec des caractères un peu différents, mériteraient, dar la période qui nous occupe, une étude plus approfondie que celle à laquell ils ont été soumis jusqu'à présent.
Périostites.—Le périoste et les os n’échappent pas aux atteintes de la syphill secondaire. Les os superficiels, comme les tibias, les clavicules, le sternum les os crâniens, y sont le plus exposés; ils sont affectés de douleurs ordinain ment violentes, supportables dans le jour, quelquefois intolérables dans la nui et surtout de neuf heures du soir à quatre ou cinq heures du matin, temps pe dant lequel elles produisent l’insomnie et troublent le repos des malades. Pe différentes, quant à leurs caractères, des douleurs de la période qui suit, les dot leurs ostéocopes secondaires existent sans qu'il soit toujours facile de les ra tacher à une lésion matérielle de los. Cependant, en présence des modificatior concomitantes des systèmes cutané où muqueux, il y a lieu de croire que périoste et les os ne sont pas alors entièrement intacts. Bassereau (1) aw naître une périostose dans ces conditions, et plusieurs fois nous avons obseñ des périostites chez des individus qui présentaient, dans le cours de la pér10 des syphilides exanthématiques, en même temps qu’une légère tuméfaction la face antéro-supérieure des tibias, une rougeur diffuse accompagnée de do leurs spontanées que la préssion parvenait encore à aggraver. Tout récemmen le docteur Ch. Mauriac (2) a fait une étude suivie des lésions de ce genre, qu divise en trois catégories, suivant qu’elles affectent les os du crâne, les côt le sternum, ou enfin les autres os. Les périostites crâniennes, discrètes confluentes, occupent principalement la moitié antérieure du crâne, elles so le siége de douleurs fixes et le point de départ de douleurs irrédiantes.à à form névralgique, douleurs qui se rencontrent encore dans les périostites sterno-cos tales (3), où elles occasionnent quelquefois une dyspnée des plus vives. Ces pé riostites surviennent en général de 15 à 120 jours après le début du chancr infectant ; elles se font remarquer par une faible ténacité, la tendance à la résc lution ou même à la guérison spontanée. De même que les syphilides exanthé matiques, elles sont sujettes à récidive, souvent multiples et accompagnée d’un mouvement fébrile à exacerbation nocturne en rapport avec leur éten due (4). Il résulte de là que leur pronostic n’est pas grave. Un traitement m@ curiel ne tarde pas à avoir raison de ces accidents, dont la marche est d'ailleur
(4) Voy. Observation, p. 395 de son livre.
(2) Ch. Mauriac. Sur les affections syphilitiques précoces du système osseux ( Gaz. de hôpitaux, 1872). | (3) Brodrich, cité plus haut, p. 105, attribue à une périostite très-limitée la vive sensi bilité du sternum au début de la syphilis secondaire, | (4) Baumler et Duffin, dans Transact. of the clinical Soc. of London, I, 1870.
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lus rapide que celle que l’on remarque dans les affections plus tardives. Ainsi, iodifications passagères du tissu osseux, périostites superficielles et légères, e laissant à leur suite aucune trace appréciable de leur passage, tels sont, en »mme, les désordres que présente le système osseux pendant le cours de la ériode d’éruption générale. Les mêmes différences anatomiques qui séparent s syphilides superficielles des syphilides profondes distinguent donc aussi les sions osseuses secondaires des lésions tertiaires; ces différences se retrouvent ntre les arthropathies de la seconde et de la troisième période, et cette cironstance nous parait assez importante pour que nous croyions devoir scinder | description de ces manifestations.
Arthrites. — Plusieurs auteurs, postérieurs ou même antérieurs à Astruc, Vaient remarqué que la syphilis pouvait parfois porter ses effets sur certaines rticulations; mais aucun d'eux, que je sache, n'avait eu l’idée qu'il püt \ voir quelque différence dans l'affection articulaire, suivant qu’elle coexistait vec les accidents secondaires ou tertiaires. Astruc n’aperçut pas non plus cette iflérence que Babington, l’un des premiers, sut reconnaitre.
« Il se présente de temps en temps, quoique rarement, dit cet auteur (1), es cas où l’inflammation de la membrane synoviale des articulations se maifeste en coïncidence avec des symptômes secondaires de caractère non douux, augmente d'intensité pendant la période d’accroissement de ces symtômes et se dissipe aussitôt que l’éruption cutanée ou l'affection de la gorge st combattue avec succès par l'emploi du mercure. Dans les cas de cette esèce, inflammation synoviale se présente sous forme aiguë, et s'accompagne une douleur, d’une tension et d’une rougeur superficielle très-Imtenses, qui iffisent pour la faire distinguer de la forme lente et asthénique de la même ffection que l’on observe fréquemment dans les cas de cachexie générale. ». es observations personnelles (2) nous ont conduit à admettre la même istinction. Voici deux faits qui nous ont fourni, sur ce point, les éléments d’une onviction absolue.
Chancre, plaques muqueuses et roséole, arthropathies, grossesse. 9 J 9 ?
OBs. XIV. — La nommée B...…, âgée de vingt-six ans, couturière, est enceinte é cinq mois environ. Deux mois après la dernière époque menstruelle, elle eut à anus d'abord un seul bouton, puis un autre, qui tous les deux prirent un volume ssez considérable. Avant cette époque, elle dit n’avoir rien eu aux parties géniiles (elle affirme n’avoir eu de rapports qu'avec un seul individu). Le 11 juillet 1864, u matin, elle s'aperçoit d’une éruption constituée par des taches érythéma- ‘uses. Elle consulte un médecin qui lui prescrit des pilules, et le 16 juillet le est admise à l'Hôtel-Dieu. Le lendemain, 17, elle raconte que depuis le juin elle se sent fatiguée, courbaturée. Elle ne peut rester assise. Elle éprouve es douleurs dans les jambes. « J'ai les bras, dit-elle, comme si l’on m'avait battue. » algré ce brisement général, pas de céphalée, mais deux plaques muqueuses ir chacune des grandes lèvres ; tubercules muqueux à la partie externe des plis ruraux et à l'anus; rien à la gorge; sur toute la partie abdominale, taches ombreuses, légèrement saillantes, d’un jaune un peu cuivré, de la grandeur
(1) Hunter, Œuvres complètes, trad. de Richelot, p. 651. Paris, 1840. (2) Lancereaux, Mémoire communiqué à la Société de chirurgie, sept. 1863.
d'une pièce de 20 centimes ou un peu moins larges ; à peine quelques taches s les jambes, quelques-unes sur les avant-bras. Absence d’adénopathies ; qu
ques jours plus tard, un seul ganglion à la racine des cheveux en dehors de l’inse tion du muscle trapèze. Douleurs dans un grand nombre de jointures. Deux piluli de Dupuytren. |
Le 27 juillet, les douleurs osseuses et articulaires n'ont subi aucune modifie: tion appréciable ; les genoux, les articulations tibio-tarsiennes, les coudes, les art culations des doigts et le sternum sont tuméfiés, douloureux. La peau qui lt recouvre est rouge sur quelques points, les mouvements sont douloureux, et malade se trouve dans l'impossibilité de marcher; la douleur toutefois est mo vive que dans la plupart des affections rhumatismales. L'éruption persiste, plaques muqueuses se modifient. Ganglions indurés dans les aines. Absence à fièvre, Du 28 au 30, l’état des articulations n’a pas changé. Douleurs ostéocopes pl vives la nuit que le jour. Roideur des jambes et des jointures. Insomnie. D 30 juillet au 3 août, légère amélioration du côté des plaques muqueuses ; épan chement manifeste dans les articulations des genoux, rougeur légère de peau au niveau de ces articulations.
Le 4 août, l’éruption commence à pâlir. Le 6, on établit sur les genoux un compression à l’aide de bandes de caoutchouc. Deux jours après, les douleurs 01 beaucoup diminué; le 9, elles sont à peine senties, et cela aussi bien dans le genoux que dans les autres articulations. A dater de cette époque, les plaqu muqueuses sont en partie cicatrisées, l’éruption rubéolique s’efflace de jo en jour ; les articulations, bien moins volumineuses, sont à peine douloureus dans les mouvements. La malade sort sur sa demande, le 15 août, à peu pr débarrassée des accidents qu’elle présentait, et sans avoir jamais cessé de prend chaque jour deux pilules de Dupuytren.
Chancre induré, syphilide érythémateuse et papuleuse, récidive de roséole, fiévre et arthrites syphilitiques.
Ors. XV. — Le 24 juillet 1863, M. X..., étudiant en médecine, contracte x chancre induré de la couronne du gland, avec une femme chez laquelle il consta peu de temps après une adénite inguinale.
Environ deux mois plus tard, adénopathies inguinales, syphilides érythém teuse et papuleuse, cette dernière principalement localisée à la paume ë mains, plaques muqueuses multiples, nombreuses surtout à l'anus. Pilules Dupuytren pendant un mois, et bains sulfureux. En février 1864, nouvel dd auquel Cullerier assigne le nom d’ulcère induré, mais qui guérit en dix jours; l malade avait en même temps des plaques muqueuses dans la bouche. Continu tion du traitement mercuriel. | |
En juillet 4864, chancre phagédénique bientôt suivi de bubons suppurés quimn cèdent pas au traitement abortif (vésicatoires et badigeonnages à la teinture d’iode et qui nécessitent l'ouverture par le bistouri; suppuration longue, cicatrisatio! lente malgré des soins minutieux. |
En novembre 1864, à la suite d'excès de boissons et de femmes, apparition d'un roséole qui dure au moins trois semaines. Dans le cours de janvier 1865, malaise courbature, fatigue, fièvre par moments, bronchite légère et laryngite; en mêmi temps apparaissent des douleurs qui se localisent aux deux poignets. Ceux= deviennent bientôt le siége d’un gonflement notable et se recouvrent d’une rou geur disséminée sous forme de taches. Les douleurs sont plus violentes la nuit pendant les mouvements. Le malade les compare volontiers à une sensation d brisement (proto-iodure de mercure, chaque jour 2 pilules de 0$',025). Quinz jours de ce traitement font cesser les lésions articulaires, mais celles-ci se mani festent de nouveau un mois et demi plus tard, et elles se localisent enfin aux men bres supérieurs et principalement aux poignets; cette fois elles sont plus Vicle di mais le gonflement est moindre; la rougeur articulaire se présente encore sou forme de taches, |
Cette seconde poussée articulaire durait depuis cinq à six jours, lorsque le made, se mettant à l'usage de l'iodure de potassium, 1 gramme par jour, est ébarrassé après quatre jours de l'emploi de ce médicament. En avril il n’existe lus aucun accident. Santé générale bonne. (Voyez encore observation X, p. 140.)
De ces deux observations nous pourrions rapprocher un cas que nous à dit voir observé le docteur Charcot et un autre qui se trouve inséré dans un lémoire que nous avops remis à la Société de chirurgie. Dans tous ces faits, la Son articulaire, toujours concomitante des éruptions syphilitiques seconaires, a suivi une évolution particulière ne laissant, à notre avis, aucun doute ur le rapport de causalité qui rattache à la syphilis les désordres pathologiques rticulaires ; et la preuve en est que ces manifestations, auxquelles on avait pu {tribuer une origine rhumatismale, n’ont cédé que le jour où, reconnaissant ur véritable nature, on eut recours à une médication antisyphilitique.
Les symptômes propres aux arthrites de la syphilis secondaire ont une rande ressemblance avec ceux du rhumatisme (1). Dans les deux maladies, articulations sont le siége de gonflement, de rougeur et de douleur; hais, avec la syphilis, le gonflement articulaire est, en général, peu consiérable, la rubéfaction est moins étendue. Une fois nous pümes constater existence d’un épanchement séreux dans les deux genoux. La douleur, que % malades comparent volontiers à une sensation de brisure ou de déchiredent, sujette aux exacerbations nocturnes, est peu exaltée par les mouvehents. Les genoux, les poignets, les coudes, les articulations des doigts, étaient olément ou simultanément lésés dans les faits qui ont passé sous n0S Yeux. me de nos malades, jeune artiste, obligée d'étudier sur le piano, eut seulenent les poignets et les articulations des doigts atteints. Il est rare qu'une seule rficulation soit affectée, et ce fait ne doit pas surprendre puisque la généralisaion des états pathologiques est le propre de la syphilis à ce moment deson exisence. Toutefois, si les arthropathies secondaires, de même que les arthropathies humatismales, sont multiples, disons qu’elles n'ont pas la mobilité de ces lérnières et que leur durée est généralement plus longue, à moins que lon ne asse intervenir un traitement spécifique. La fièvre, d’ailleurs, peu intense le iatin, offre un paroxysme marqué le soir, dans les localisations articulaires Yphilitiques, qui, par la, se distinguent encore des manifestations rhumatisnales,: comme aussi par leur coexistence avec des adénopathies et des érupions différentes de celles du rhumatisme.
Le pronostic des arthropathies syphilitiques secondaires est relativement peu étieux, ce qui résulte de ce que ces affections, p'attaquant que la partie la plus superficielle des surfaces articulaires, ne laissent à leur suite aucun désorre consécutif dans les articulations.
Synovites tendineuses. — Les affections syphilitiques des gaines tendineuses se rapprochent des lésions précédentes, avec lesquelles elles
| (4) La ressemblance de certaines manifestations syphilitiques avec le rhumatisme articulaire
tigu ou subaigu, indiquée par nous dès 1865, a été confirmée par les recherches de Baumler et Duffin, De la température de la syphilis, dans Transact. of the clinical Society UX, p. 170, 1870. Aux caractères que nous avons signalés, ces auteurs ont ajouté les résultats fournis par la température, qui, nulle ou presque nulle le matin, s'élève le soir jusqu’à 39° et au delà,
coexistent assez généralement. Ges affections, étudiées par Verneuil (1}| AIf. Fournier sont plus communes chez la femme que chez lhomm elles se localisent le plus souvent aux tendons extenseurs des doigts, L. on les trouve aussi sur les tendons des extenseurs des orteils, sur ceux dk muscles biceps crural et brachial, long supinateur, ete, Une tuméfactiq légerement saillante se produit sur le trajet du tendon, soit dans sa cont nuité, soit en un point voisin de son insertion au squelette. Cette tum! faction, allongée, rarement accompagnée de rougeur des téguments, aplati, peu douloureuse ou indolente, donne lieu à une fluctuation obscure, à w empâtement vague et diffus. Le mouvement volontaire du muscle r'éporl dant au tendon lésé est difficile ou douloureux : le mouvement inprin détermine habituellement une assez vive souffrance au siége même de lésion. Joints aux symptômes objectifs, les troubles fonctionnels ne laisse aucun doute sur l'existence d’une synovite tendineuse ; isolés, ils permetten par la localisation spéciale de la souffrance, de soupconner cette affection. 1 relation de cette lésion avec la syphilis se déduit de sa coïncidence presq constante avec d'autres manifestations syphilitiques et de son apparition, sax cause appréciable, dès le début ou dans les premiers temps de la période $ condaire. Chez un de nos malades, les gaines tendineuses des muscles cou extenseur et long abducteur du pouce se trouvèrent affectées en même tem que le phargnx et le cuir chevelu.