AFFECTIONS DU SYSTÈME NERVEUX
Névralgies. — Les névralgies, et par ce mot nous entendons des douleur fixes et localisées et non les douleurs vagues et erratiques dont il a déjà ét question, ne sont pas absolument rares dans le cours de la période secon: daire. Les nerfs encéphaliques y sont particulièrement prédisposés ; aussi le névralgies du front et de la tête sont-elles beaucoup plus communes qui celles les nerfs des autres régions. Ces névralgies n’ont aucun caractèr spécifique ; elles coexistent fréquemment avec une céphalée opinitre, € sont quelquefois intermittentes, où même périodiques. Ordinairement fuga ces, elles apparaissent au début ou dans le cours des svphilides exanthématiques ; elles occupent souvent les deux côtés ; à la tête, elles affec tent quelquefois en même temps le front et l’occiput. Ces caractères $ rencontraient chez une jeune femme admise le 26 septembre 1866 à l'Hôtel Dieu, sous ma direction. Cette malade éprouve depuis huit jours, vers le soir, dans les veux et dans le front, des élancements douloureux qu'elle com pare à des coups de canif: elle souffre peu dans le jour. Lors de son entrée? l'hôpital, elle présente une roséole syphilitique des plus manifestes. Il existe, à la pression, des points douloureux sus-orbitaires, frontaux, malaires et souss ocCipitaux très-accusés des deux côtés : bourdonnements d'oreille, msomnie, courbature légère, À la nuit tombante, dit la malade, j'ai comme des coups de rasoir qui me traversent la tête au niveau des tempes en passant par le sommet: même douleur dans les paupières et le front. Ces accidents cèdent en quelques
(4) À. Verneuil, De / ‘hydropisie des qaines tendineuses des extenseurs des doigts dans la syphlis secondaire (Gaz. hebd, de méd. et de chirurg., 4868, p. 609), — Alf. Founier, rhid., p, 645. ia
ours à l'emploi de l’iodure de potassium. Une autre malade, également au ébut d’une éruption rubéolique et qui avait eu antérieurement des accès de ièvre intermittente, fut prise d’une névralgie frontale périodique pour laelle le sulfate de quinine fut sans résultat, quand au contraire l’iodure le potassium se rendit promptement maître de l'affection. Une troisième enfin, rrivée à la même période de la syphilis, me présenta une simple névralgie ccipitale revenant tous les jours vers quatre heures du soir. Cette affection, omme on le voit, s’observe plus fréquemment chez la femmeque chez l’homme.
Paralysies locales. — Ues paralysies affectent de préférence ceux des nerfs ncéphaliques (facial, oculo-moteurs) qui parcourent les canaux fibreux ou sseux de la base du crâne, et l’on se demande st elles ne sont pas plutôt un ffet de l’altération du canal fibro-osseux que de celle du nerf lui-même, et sil iefaut pas les considérer comme des paralysies mdirectes. Quoi qu'il en soit, ces ffections apparaissent en même temps queles premiers symptômes secondaires. jassereau (1) a observé deux cas d’hémiplégie faciale peu de temps après e début d’une syphilide érythémateuse. Davaine (2) a vu survenir cette affecion un mois après les accidents primitifs. Des faits assez semblables ont été onsignés par nous dans un travail antérieur (3), et depuis lors 1l a été publié leux nouveaux cas (4) d'hémiplégie faciale comceidant avec une syphilide Xanthématique. Enfin nous avons connaissance d’un dernier fait du même ere, communiqué à la Société médicale du 2° arrondissement par le locteur Lefeuvre. Dans tous ces faits, l’hémiplégie faciale, le plus souvent apide ou subite, n’était pas tout à fait ol le musele eee des pauières était touché, et l’excitabilité électrique était diminuée. Les symptômes mamnestiques ou concomitants ont seuls servi à fixer le diagnosüc, car aucun igne particulier ne venait révéler l’origine du mal. La guérison à été la règle; Len est autrement dans la période tertiaire.
Paralysies centrales. — Dès que les affections desnerfs comme celles de la peau liffèrent suivant l’âge de la svphilis, il y a lieu de croire que les affections des entres cérébro-spinaux ne se comportent pas autrement, et que les manifestaions fibreuses, osseuses et viscérales de la syphilis sont soumises à une loi comune; mais jusqu'ici nous connaissons peu lesaltérations secondairesdes centres iérveux. Parmi les observations que renferme notre ouvrage sur les affections iérveuses syphilitiques, il est un seul cas d’hémiplégie syphilitique secondaire, encore n’indique-t-il aucune lésion cérébrale appréciable. Il s’agit d’un homme eune affecté d’un impétigo syphilitique, six mois après l'apparition d’un chanre, et qui, presque subitement, fut pris d’une hémiplégie droite. L'autopsie ne ‘évéla aucune lésion manifeste à l’œilnu ; mais il n’y a pas eu d'examen microcopique (5).Le docteur E, Vidal, nous a dit avoir observé un cas assez semblable :
(1) Traité des affect, de la peau sympt. de la syphilis, p.
(2) Comptes rendus de la Société de biologie, t. IV, p. 169 : see
(3) Voy.Léon Gros et Lancereaux, Des affect. nerv. Syphilitiqués, observ. Lxviit, LxIX, JCLVIIT, CCLIX, CCLX et CCLXI.
(4) Langlebert, Gas, des hôpitaux, p, 473, — Babuaud, d'Angers; même journal, p. 582; L863.
(5) Voyez Obs. xiVi, p. 173:
l’hémiplégie survint peu de temps après la disparition de la roséole ; la guérisor ne fut pas tout à fait complète. Le docteur Kuh ade son côté rapporté (1) un fai qui mérite d’être rapproché des précédents. Une femme àgée de quarante-sep| ans manifesta, quatre à cinq semaines après l'apparition d’un écoulement au parties génitales, une syphilide papulo-squameuse avec adénopathie et alopécie, Quinze jours plus tard, elleéprouva de la céphalalgie,des douleurs dans l'œil droit, avec diminution de la vue de ce côté ; en même temps survint de la faiblesse des membres inférieurs. Dans l'examen que lon fit de cette malade, on constata, outre ces symptômes, une iritis et des condylomes à la région des lèvres, La faiblesse du membre inférieur gauche se changea bientôt en une paralysie complète, qui succéda, avec la chute de la paupière de lœæil droit, à une attaque convulsive. Par suite de l’emploi de liodure de potassium, une légère amélioration se manifesta, mais de nouvelles convulsions amenèrent l’apa= thie, la somnolence, la sterteur et enfin la mort. L'ouverture cadavérique montra une infiltration des méninges de la convexité par un exsudat jaune que l’on retrouva encore sous forme de petites masses dans l’épaisseur delà substance des hémisphères.
Si je m'en rapporte à quelques faits observés par moi depuis ces dét: nières années, les affections secondaires des. centres nerveux se traduisent par des symptômes peu différents de ceux des phlegmasies subaiguës de cés centres. Un homme jeune, que j'ai traité en 1870 à la Maison municipale de santé, présenta, dans le cours d’une syphilis secondaire, des accidents qui avaient ioutes les allures d'une méningite cérébro-rachidienne et qui guérirent rapidement par lemploi de l’iodure de potassium. Les lésions de la moelle épinière ne paraissent pas se comporter d’une autre facon. Contrairement à ce que nous verrons plus tard, elles sont en général diffuses, étendues pendant la période secondaire ; en même temps elles présentent les caractères sympto= matiques d’une inflammation subaiguë. Un jeune Américain des plus robustes contacte un chancre, et, malgré un traitement mercuriel, il est, trois mois plus tard, atteint d’une éruption rubéolique et de périostoses superficielles: Vers le septième mois de sa maladie il éprouve des fourmillements et de la faiblesse d’abord dans la jambe droite, puis dans la jambe gauche, de telle sorte qu'au bout de huit jours il était atteint d’une paralysie complète du sentiment et du mouvement de la moitié inférieure du tronc, avec abolition des actes réflexes des jambes. Cette paraplégie, malgré un traitement spéci= lique, fut suivie d’eschares persistantes et de l’atrophie des muscles paralysés: Toutefois, deux petites tumeurs ayant leur siége dans les épididymes cédè= rent assez vite au traitement ioduré. Aucun caractère spécial en dehors des accidents concomitants n'est propre à révéler ici la nature de l'affection ner: veuse, et, pour ce motif, les altérations secondaires du svstème nerveux ré clament une étude plus approfondie.
Les antécédents des malades et les symptômes syphilitiques qui accompas ghent assez ordinairement ces affections, aideront à en diagnostiquer la nature el conduiront à l'emploi d’un traitement efficace.
(1) Prager med, Wochenschr. 23, 1864, et Schmidt's Jahrb. Bd. CXXV, S. 319. —
Nues Aug. Berger, Zur Casuistik der Hirnaffect. bei sekundürer Syphilis, inaug. Abhandl,
Le pronostic des paralvsies syphilitiques secondaires, très-variable suivant l'étendue de ces paralysies, est relativement moins sérieux, même lorsqu'on méconnait leur liaison avec la syphilis, que celui des paralvsies d’égale intensité provenant d’une lésion matérielle d'origine différente. La connaissance de ces paralysies permettra d'activer la marche de la maladie et d'obtenir une guérison beaucoup plus prompte.