‹ Traité historique et pratique de la syphilisChapitre 32 sur 98 · TUMEURS GOMMEUSES OÙ GOMMES SYPHILITIQUES SOUS-CUTANÉES · texte numérisé non relu

TUMEURS GOMMEUSES OÙ GOMMES SYPHILITIQUES SOUS-CUTANÉES

SYNONYMIE : Gumma gallicum, gammi, gummositas, nodus, tuberculces syphilifiques, tumeurs noueuses, nodules, tumeurs et dépôts syphilitiques.

Étude anatomique. — Les gonmes du tissu cellulaire sous-cutané se présene tent sous l'aspect de masses irrégulières, d’un volume qui varie entre celui d’un pois, d’une noisette, et celui d’un œufde poule. Déposées au sein du tissu conjonctif sous-cutané, et parfois dans les couches les plus profondes du dermé ces tumeurs ont une teinte grisàtre où jaune fauve, suivant la période plus où moins avancée de leur évolution. Tantôt elles sont molles et analogues à une solution de gomme ; tantôt elles sont solides, fermes, blanches ou jaunâtrés, etassez semblables à des tumeurs fibreuses. Circonserites par un tissu fibreuks blanchâtre, solide, résistant, ces masses offrent un aspect variable à AR coupe, elles sont sèches où humides, et, dans ce dernier cas, elles laissent échapper une substance grisètre semi-fluide et comme gélatineuse, ou un sûe blanchâtre longtemps confondu avec le pus. Ces états caractérisent, l'un translormation muqueuse, l’autre la transformation graisseuse dés tumeurs

2ommeuses. Quelquefois éparses ou disséminées, ces tumeurs sont d’autres fois groupées dans certames régions, et symétriquement disposées.

Les recherches microscopiques nombreuses dont ces productions ont été l'objet dans ces derniers temps ont fait mieux connaître leur structure intime. Au seizième siècle (voy. Fracastor),ces tumeurs étaient regardées comme formées par une collection de liquide, et à une époque peu éloignée de nous, cette opinion était encore fort accréditée (Dittrich, Bilhroth). IT est parfaitement avéré aujourd'hui que ces productions, quelle que soit leur consistance, molle, gélatineuse ou solide, sont toujours organisées, c'est-à-dire composées d'éléjuents parfaitement définis et qui rentrent dans le groupe des éléments de substance conjonctive.

Lebert, Charles Robin, et Verneuil, qui, en France, ont fait avec soin l'étude histologique des tumeurs syphilitiques du tissu conjonctif sous-cutané, accordent à reconnaître que ces productions sont formées, à l'état frais, d'abord par des amas de corpuscules ronds { eytoblastions de Ch. Robin) disséminés au filieu d’une masse intermédiaire finement grenue, par des cellules allongées Ou fusiformes, des vaisseaux en petitnombre, et plus tard, par des granulations, des détritus des éléments précédents, et du tissu conjonctif. Virchow assi- Mile le tissu des gommes à un tissu connectif de granulation, expression Synonyme de bourgeon charnu ou tissu inflammatoire. Dans un travail en Collaboration avec le docteur L. Gros, nous avons considéré ces produits comme étant formés par un tissu pathologique dépendant du tissu éonjonclif. Plus récemment, Cornil et Ranvier (1) admettent que les gommes Sont constituées par un tissu conjonctif embryonnaire, et que leur développenent se fait en deux temps. La première phase consiste dans la prolifération du tissu conjonctif, la seconde dans la multiplication des cellules préformées, qui s’atrophient ensuite de façon à former des ilots centraux ou nodules plus ou moins réguliers.

Au fond, les auteurs s'accordent à considérer la composition histologique des Sommes en général, et de celles du tissu cellulo-adipeux en particulier, comme formée par des cellules de petite dimension (10 à 15m.) déposées au sem d'une gangue amorphe ou vaguement fibrillaire, et par des vaisseaux perméables et en petit nombre. Plus tard, cellules et gangue subissent une métainorphose graisseuse et muqueuse. Done, quelle que soit l'interprétation théorique que l’on donne du mode de formation et de développement de ces fumeurs, le tissu conjonctif n'en est pas moins leur support el leur point de départ. Cette opinion, que nous avons formulée autrefois dans les termes que Voici, nous paraît toujours exacte: « Les éléments constitutifs des gommes nous ont toujours paru provenir du tissu conjonctif, ce qui nous porte à croire que la tendance de la syphilis est de faire naitre partout les éléments de ce tissu, dans des conditions spéciales, toutefois, en vertu desquelles ces éléments, arrivant difficilement à un complet développement, subissent presque nécessairement la dégénérescence graisseuse et se mortifient (2). » C'est à cette dégénérescence, ou mieux à celte métamorphose des produits

(4) Cornil et Ranvier, Manuel d’histologie pathologique, partie 1, p. 192. Paris, 1869. (2) L. Gros et Lancereaux, Trailé des affections syphilitiques, p. 156, 1861.

gommeux, qu'est dû le ramollissement central de ces tumeurs, travail de ré ; : y à L] . | ” gression que l’on à souvent confondu à tort avec le travail inflammatoire ét suppuratif qui n’en est que la conséquence.

Étude symptomatique. — Les tumeurs zommeuses sous-Cutanées naissent et se développent lentement et sourdement, sans provoquer de douleur êt sans éveiller de sentiment pénible ou désagréable, de sorte que le malade qui en est porteur ne s'aperçoit souvent que par hasard de leur présence. Ellés commencent par une petite saillie qui s'accroît peu à peu et finit par atteindre le volume d’une noisette ou d’une grosse noix. De forme globuleuse, le plus souvent indolentes à la pression (à moins qu’il n°v ait un filet nerveux dans leur voisinage), ces tumeurs sont dures, élastiques et recouvertes par le tégument sous leqüel elles sont mobiles ou fixées à l’aide d’un pédicule. Après un intervalle plus où moins long, plusieurs semaines en général, les gommes sous-cutanées se ramollissent, adhèrent à la face profonde du derme, perdent leur mobilité, en même temps que, par leur consistance elles donnent lieu à une sensation assez analogue à celle que fournissent certains lipomes. Bientôt lan peau prend une teinte rouge, elle devient le siége d’un état phlegmasique remar= quable par la lenteur de sa marche. Plus tard, elle revêt une teinte violacée, s’a= mincit, et finit souvent par se perforer sur plusieurs points. Alors se présente, à travers les orifices cutanés, une masse blanchâtre ou jaunâtre, sorte de bourbillon comparable, tantôt à un fragment de morue ou de veau à peine cuit, tantôt à une solution de gomme, et cela dans les cas principalement où la tumeur se développe au voisinage des os ou des tendons.

Peu à peu la substance mortifiée et ramollie, formant un bourbillon ou une eschare sèche, est éliminée. Reste une cavité, espèce de caverne à base indurée, à parois irrégulières, limitée par une coque fibreuse, qui, au dire de Vidal, doit elle-même subir une destruction ou une élimination pour que la réparation soit complète. Le fond de cette caverne présente en général, comme l’'affirme Bazin, plusieurs étages superposés ; il est recouvert d’une couché blanchätre putrilagineuse. Des bourgeons charnus apparaissent enfin, et la cicatrisation s'effectue peu à peu, laissant après elle une cicatrice déprimée,\ plus ou moins exactement arrondie, blanche, accentuée et brunâtre à son pourtour, du moins pendant un certain temps. °°

La lenteur d'évolution des gommes du tissu conjonctif sous-cutané permet de suivre exactement leurs phases successives, qui sont au nombre dé trois. Dans la première phase, la tumeur gommeuse acquiert tout son déve= ioppement. Dans la seconde, elle subit une métamorphose graisseuse où muqueuse. Dans la troisième elle est résorbée ; sinon, elle est éliminée,

Siége et nombre. — Le siége des sommes sous-Cutanées est très-variables puisque ces {tumeurs peuvent occuper les points les plus différents du tissu sous-dermique. La tête, la paroi antérieure de la poitrine et particulièrement les régions claviculaires, la face antérieure des membres supérieurs et inférieurs, les épaules, sont les points où on les rencontre le plus habituellement. On les trouve encore dans d’autres lieux qu'il importe de signaler à cause des erreurs de diagnostic qu'elles peuvent entraîner et des Symptômes particuliers

NOSOGRAPHIE, | | 183 qu'elles déterminent : ce sont les régions du cou, des lèvres, du scrotum et les mamelles. Indiquer ces régions, c’est dire les lésions spéciales avec lesquelles la confusion est possible. Ces-tumeurs sont quelquefois uniques, mais lpeut en exister plusieurs sur le même individu, quatre, cinq, ou même un plus grand nombre ; j'en ai vu 35, on a pu en compter jusqu’à 150 (Lisfranc).

Diagnostic. — Les nombreuses modifications que présentent les gommes sous-cutanées pendant le cours de leur évolution ne manquent pas de compliquer leur diagnostic. Après les syphilides profondes et tardives, qui peuvent simuler ces productions morbides sans inconvénient toutefois pour les malades, les altérations qui prêtent le plus à l’erreur sont le furoncle, le cancer, l'abcès froid et les tumeurs fibreuses. Chez un jeune enfant que j'ai eu l'occasion de voir, en 1859, dans le service du professeur Trousseau, il existait, à la partie postérieure du mollet droit, deux ulcères profonds, de la largeur d’une pièce de 50 centimes, à fond grisàtre, à bords nettement coupés, sauf que l’ulcération était un peu plus étendue au niveau de la peau. En même fémps on trouvait, aux plis des aines et des cuisses, des ulcérations superficielles. et très-analogues aux plaques muqueuses ; l'enfant avait en outre un curyza. La réunion de toutes ces circonstances me fit songer à une syphilis héréditaire ; la guérison fut rapide, et je pus m'assurer qu'il s'agissait Simplement d’ulcérations développées sous l'influence de la malpropreté. L'absence de cachexie, la bonne santé du petit malade, comme aussi cette eirconstance qu'il n’est pas habituel de voir coexister des gommes avec des plaques muqueuses, tels étaient ici les moyens d'éviter l'erreur. Le furoncle, dun autre côté, a une évolution plus aiguë et plus rapide que la gomme syphilitique, il est beaucoup plus douloureux.

Le carcinome et l’adénome de la peau ne sauraient que difficilement être confondus avecl’altération qui nous occupe. Quant au cancer du tissu cellulaire, 1l ïe présente pas les phases diverses du développement des tumeurs gommeuses. On peut en dire autant des abcès froids, mous et fluctuants à leur début, et des tumeurs fibreuses, qui, en général, ne subissent aucune espèce de ramollissement. Les hernies et les tumeurs anévrysmales se distinguent par des caractères propres. Les circonstances commémoratives et les manifestations ordinalrement concomitantes ont ici une grande importance; mais, il ne faut pas Oublier que les renseignements faux et incomplets des malades peuvent parfois induire le médecin en erreur.

Le pronostic des gommes sous-cutanées est sérieux, en ce sens que leur présence, indice d’une syphilis tertiaire, dénote une atteinte profonde à l’organisme. Rarement, cependant, la gravité de ces affections est directe, puisque les troubles fonctionnels qui en résultent sont en général nuls ou du Moins sans importance, comme le démontrent les observations qui suivent :

Syphilide gommeuse serpigineuse occupant la partie supérieure el antérieure de la jambe gauche.

Oss. XVII. — B. L..…., lingère, âgée de cinquante-cinq ans, est une femme

douée d’une forte constitution ; elle a Le teint coloré et un embonpoint qui éloigne l’idée de tout état cachectique. Mariée à l’âge de vingt et un ans, elle eut, à vingtcinq ans, un enfant qui, sept ou huit jours après sa naissance, fut atteint d'une conjonctivite purulente et perdit 1 œil. Cette affection, au dire du médecin traitant, devait être attribuée à une maladie vénérienne (blennorrhagie) que la mère avait eue dans le cours de sa grossesse, Après son accouchement, la femme B... s'aperçcut que son mari était atteint d'une maladie dont elle ignore nature. Elle remarqua même qu'elle portait alors quelques boutons aux parties oénitales.

Après avoir souffert de pertes blanches combattues par les préparations de noix de galle, elle est prise d'une diarrhée rebelle. Un peu plus tard, elle éprouve des douleurs vives avec exacerbations nocturnes dans les ‘jambes, en même temps survient une éruption cutanée. Pendant trois semaines; pilules mercurielles, et tout disparait. Quelques mois se passent, et arrive une iritis de l’œil droit. Le champ de la pupille, resserré, est envahi par une fausse membrane. La vue, presque éteinte dans l'œil droit, reste considérablement affai blie à gauche. A l’âge de trente-deux ans, cette malade ressent pour la première fois des vertiges, des douleurs vives dans la tête, des douleurs dans les jambes ét dans les oreilles. L'iodure de potassium calme ces douleurs, mais elles reprennent aussitôt que le médicament est abandonné. Quelque temps après apparaît at dessus du genou une petite tumeur (gomme) qui bientôt se ramollit et laisse une ulcération profonde. L'iodure de potassium en amène la cicatrisation, mais plus tard d’autres tumeurs se montrent au voisinage, qui toutes suivent la même marche.

Aujourd'hui, 23 novembre 1859, la femme B.... entre à l'Hôtel-Dieu, salle Saint-Charles ; elle présente à la face antérieure de la jambe et du genou, dans une étendue de 12 centimètres en hauteur et de 8 centimètres en largeur, une surface ulcérée et déjà en partie cicatrisée. La partie centrale est blanchâtre où violacée ; dans le voisinage, on voit quelques ulcérations en voie de cicatrisation, et quelques autres profondes, à fond sanieux, grisâtre; au nombre de 3 à 5, ces ulcérations siégent sur une surface circonscrite en haut par un ulcère en fer # cheval suppurant et couvert sur ses bords de bourgeons charnus rosés. A là partie inférieure de la jambe se trouvent plusieurs uleérations analogues, mais pius petites. |

L'iodure de potassium et le mercure administrés simultanément produisent une amélioration rapide, et la malade ne tarde pas à quitter l'hôpital.

Tumeurs gomimeuses du tissu conjonctif sous-cutané.

Oss. XVII. — La nommée B..., âgée de trente-deux ans, est admise le 3 mai 1859 à l'Hôtel-Dicu, dans le service du professeur Laugier. Le père de cette malade est mort d'une hydropisie ; la mère, âgée de soixante-six ans, souffre dé douleurs rhumatismales ; le mari a été soldat, mais, si on l’en croit, il n'aurait jamais été affecté de maladies vénériennes, En ce qui la concerne, elle raconte qu'elle s'est toujours bien portée jusqu'au mois de décembre 1852, où elle vit tomber auprès d'elle un homme frappé d’une balle. L'émotion qu'elle en res= sentit aurait été si violente qu’elle aurait amené des troubles profonds dans sa santé, tels que phlegmons sur divers points du corps, particulièrement à la face et à l'œil gauche perdu depuis le mois de février 1853; un anthrax de la nuque (gomme évidente), survenu six mois après cet accident, eut une durée d& plusieurs mois.

Trois semaines avant son entrée à l'hôpital, elle voit apparaitre successive= ment sur le tibia gauche deux tumeurs, aujourd’hui ulcérées, et d'aspect gangré-= neux, En même temps, douleurs vives au niveau des points malades, insomnie complète ct diarrhée intense, Tous ces accidents se modèrent après peu de temps sous l'influence d’un julep administré chaque jour et contenant 2 grammes d’iodure de potassium ; le sommeil perdu revient, ;

Le 44 mai, on peut constater une amélioration bien marquée. Les bourgeons harnus se développent avec rapidité, et, le 44 juin, la malade sort, n'ayant plus ue deux petites ulcérations de la largeur d'une pièce de 50 centimes, supericielles et faisant présumer une prompte cicatrisation.

Huit jours après sa sortie, cette malade se présente de nouveau, avec une umeur dure et du volume d’une noix, siégeant sur la jambe droite. Cette tumeur st sous-cutanée, et tout autour le tégument est rouge. Au bout de dix-huit jours on oit apparaître à son sommet un petit point noir. La peau ainsi lésée s'ulcère, lonne lieu à une ouverture circulaire à bords nets et réguliers, au fond de laquelle voit une eschare d’un blanc jaunâtre, un peu charnue. Cette eschare, éliminée tu bout de quelque temps, fait place à des bourgeons charnus qui ne tardent pas, ous l'influence du traitement, à se développer sur toute l'étendue de la plaie.

Le fond de l’ulcération se relève peu à peu et arrive au niveau du tégument. Lépithélium se reproduit à la circonférence, et la cicatrisation est presque comslète à la sortie de la malade, le 4 août. Les anciennes ulcérations ne présentent lus que quelques bourgeons non cicatrisés. La malade a suivi pendant trois se-

maines environ un traitement par l’iodure de potassium (1 et 2 grammes).

Tumeur gommeuse de la jambe gauche (forme bourbillonneuse).

OBs. XIX. — La nommée M..., âgée de cinquante-sept ans, domestique, entrée iHôtel-Dieu, le 30 juillet 4859, est une femme qui a les apparences de Ja force et de la santé; elle nie toute espèce d'accident primitif et même secondaire ; foutefois, elle avoue qu’elle a toujours eu une conduite fort légère. Depuis plus d'un mois elle s’est aperçue de la présence, à la partie antérieure de la jambe gauche, de deux tumeurs du volume d’une grosse noix. Ces tumeurs, primitivement sous-cutanées, ont fini par altérer et ulcérer la peau; au fond de l'ulcération, éxiste aujourd'hui une substance sèche, flétrie, complétement blanche, assez semblable à du tissu cellulaire mortifié ou à un fragment de morue. A l'examen microscopique, cette substance est composée de granulations grisàtres et jaunâtres, dé noyaux sphériques assez petits, libres ou enfermés dans des cellules fortement eranuleuses, de corps fusiformes plus ou moins réguliers et granuleux, de débris de cellules et de noyaux ; on y voit de plus une gangue légèrement striée, couverte de granulations et de gouttelettes graisseuses, ayant assez l'apparence de la fibrine exsudée à la surface des valvules du cœur, où même de celle qui constitue les caillots déjà anciens.

Tumeurs gommeuses multiples de la jambe gauche ; destruction partielle du voile du palais ; syphilide crustacée du cuir chevelu. Alopécie complète.

OBs. XX. — La nommée P... Rose, âgée de trente-neuf ans, journalière, entre à PHôtel-Dieu, le 1° juillet 1859. Cette femme, maigre et de petite taille, présente les apparences d’un état cachectique avancé. Sa voix très-peu intelligible, à cause de la destruction du voile du palais, sa faible intelligence et la remarquable tendance qu’elle manifeste à verser des larmes sitôt qu’on vient à l’interroger, font qu'il est difficile de se procurer les renseignements relatifs à ses antécédents morbides.

Quoi qu’il en soit, ses cheveux, nous dit-elle, tombèrent il y a environ deux dus ; à partir de cette époque, elle à des croûtes et des ulcérations à la tête (syphilides crustacées). Depuis son entrée à l'hôpital, ces croûtes sont tombées, et aujourd'hui, 25 juillet, sa tête est lisse et complétement nue. En outre, il existe sur le genou gauche, à la face interne et antérieure, plusieurs plaies légèrement excavées, recouvertes de bourgeons charnus et non encore complétement cicatrisées. Ces plaies, qui ont succédé à des tumeurs fermes spontanément développées, sont manifeslement dues à des gommes ramollies. Sur la face interne et inférieure de la même

jambe on remarque une autre plaie, de 8 centimètres de diamètre environ, cou verte de bourgeons fongueux, déjà en partie cicatrisée sur les bords, puis au-dessu un gonflement œdémateux, qui s’'abcède quelques jours plus tard. # Sous l'influence de l’iodure de potassium, tous ces accidents se dissipent ave rapidité, et le 4% septembre, jour de sa sortie, la malade est en bonne voie de güé rison ; la santé générale, considérablement délabrée, se trouve meilleure. La syphi lide crustacée du cuir chevelu a complétement disparu.

Deux particularités nous frappent dans les observations qui précèdent, C’est d’une part, le long espace de temps écoulé entre l'accident primitif et la for mation gommeuse ; d'autre part, l'absence presque constante des manifestà tions secondaires chez nos malades : cette dernière refnarque, sur laquéll nous aurons l’occasion de revenir, n’est pas seulement particulière à nos faits elle se retrouve encore dans d’autres observations. À cet égard, on pour consulter avec intérêt le chapitre que Bazin a consacré à la syphilide gom meuse de la peau (1).

MASTITES SYPHILITIQUES.

Assez rares, où plutôt fort peu connues, les altérations syphilitiques de glandes mammaires ont plus d’une fois donné lieu à des méprises préjudi ciables aux malades. Cependant elles n'avaient pas échappé à la sagacité dt quelques médecins des derniers siècles, que l'observation clinique avait con duits à admettre un cancer vérolique des mamelles. |

L'un des premiers, le célèbre Sauvages (2) signale l'existence de ces man} lestations, et rapporte à cet égard les deux observations que voici : |

1° Je vis, ditAl, il y a quelques années, à Alais, une femme qui avait él attaquée du virus vénérien, et qui portait depuis longtemps à la mamelle à carcinome de la grosseur de la tête d’un enfant. Cette tumeur était ulcéré quand je prescrivis à la malade des frictions mercurielles. En très-peu dé temps, le volume de la tumeur diminua considérablement. Toutefois, le car cimome n'étant pas entièrement guéri, il fallut en venir à lextirpation.

Ce premier fait est loin d’être concluant et l’on peut conserver des doute sur l’origine de l’altération mammaire. Au contraire, l'observation suivan paraît démonstrative : k

2° Une fille de trente ans, qui usait depuis plusieurs mois de l'extrait d jusquiame, présentait à chaque mamelle une tumeur du volume d’un œuf poule. Dense, bosselée, cette tumeur causait des douleurs lancinantes qu s'irradiaient par moments jusqu’à la région axillaire, le long d’une série de glan des également dures et bosselées. La malade accusait des ulcérations à ki bouche et au vagin, ulcérations provenant d’une vérole acquise depuis dix ans. Les pilules de Keyser, continuées pendant un mois, amenèrent la disparitio de k tumeur douloureuse et des autres manifestations syphilitiques, les quelles ne reparurent pas. 4

L’abondance des détails, la clarté de la description, attestent ici l'exactitud

(1) Bazin, Leçons sur les syphilides, Paris, 4859, p. 497 et suiv. (2) Nosologie méthodique, t. IV, p. 344.

Mdiagnostic, que des circonstances particulières, telles que l’âge de la madéet la symétrie de l'altération, contribuent encore à mettre hors “loute. Yvaren, qui rapporte ces deux observations, donne un troisième ibque lui a communiqué un deses collègues, mais dans lequet il s’agit d’une fection de la peau ou du tissu cellulo-adipeux, plutôt que d’une lésion de la ande mammaire elle-même (1).

Astruc, dans un passage de son livre, fait sans doute mention de Paltétion dont il s’agit, lorsqu'il dit : « Les femmes ont des maladies qui leur nt propres ; comme le cancer au sein ; la suppression des règles, ete. [2), » mter, Swediaur, Bell, ne disent pas un mot des lésions syphilitiques des amelles. Astley Cooper n’en parle pas davantage, de sorte qu’il faut arriver squ à notre époque pour trouver de nouvelles données sur ce sujet. Ées'altérations syphilitiques des glandes mammaires ne s’écartent pas de Iles des autres organes ; on peut, malgré leur rareté, leur reconnaître ux modes distincts : diffuses, elles constituent la mastite syphilitique propreent dite; circonscrites, c’est l’altération gommeuse des mamelles ou astite gommeuse. C'est à une mastite lfluse que semblent se rapporter iélques observations du docteur Ambrosoli (3). Un forgeron, au déclin Ma période secondaire, vit naître, au niveau du mamelon, un gonflement arriva à former une tumeur de la grosseur d’un gros bouton. Deux jeunes les, lune de dix-neuf, l’autre de vingt-quatre ans, présentèrent toutes les ux, peu de temps après la disparition d’un exanthème syphilitique, une méfaction diffuse, ferme, légèrement douloureuse, sans changement de loration à la peau. Il existait simultanément quelques ganglions durs et rmes dans l’aisselle. L’iodure de potassium (180 et 200 grammes) parvint à ire disparaître ces accidents sans qu’il en restât la moindre trace. Jai, pour on compte, vu un fait assez semblable; néanmoins des observations us nombreuses me paraissent nécessaires pour faire cesser toute espèce de jüte sur l'existence d’une mastite syphilitique diffuse. Il n’en est pas de ème de la mastite gommeuse. |

Vérneuil (4) a présenté à la Société anatomique les pièces pathologiques Un homme atteint de gommes multiples, chez lequel il trouva une tumeur du in avant 6 centimètres de diamètre en largeur sur 3 centimètres d’épaisür, et toute prête à perforer la peau. Le tissu de cette tumeur, qu’il considère “nme une gomme, rappelait celui de l’encéphaloïde ramolli. On en faisait inter par la pression un suc abondant, crémeux, lactescent, miscible avec au. J'ai également observé chez l’homme un cas de gomme du sein, dont un ditément spécifique amena Ja résorption; ce cas se trouve consigné dans la èse d’agrégation de P. Horteloup (5).

Maisonneuve (6) prétend que les affections syphilitiques du sein ne sont

(1) Des métamorphoses de la syphilis, Paris, 1854, p. 435.

(2) Astruc, Traité des maladies vénériennes, trad. franç., t. IV, p..15 et p. 99.

(3) Di una malattia, ete., Sur une maladie de la glande mammaire qui quelquefois s'associe ec différentes formes de la syphilis (Gazetta medica di Lombardia, n° 56, 1864).

(4) Bulletin de la Société anatomique, 30° année, p. 96.

(5) P. Horteloup, Des tumeurs des mamelles chez l’homme. Thèse d’agrégation, Paris, ip. 413.

(6) Leçons cliniques sur les maladies cancéreuses, Paris, 1854.

pas rares chez la femme. Il est d'avis qu'il faut considérer comme telles bo nombre de prétendus cancers guéris par les préparations iodées. Cest auss notre manière de voir, bien que les tumeurs d’une nature différente de cell des productions gommeuses nous paraissent pouvoir céder parfois à l& ploi des préparations diode. |

Richet écrit au sujet de la svphilis mammaire (1) : « On rencontre dans inamelle une variété de tumeur qui survient sous l'influence de la diathès syphilitique; c’est la tumeur syphilitique du sein, analogue à cette tumeur nom semblable qu'on trouve au testicule. Cette tumeur se présente dans Pom gine avec tous les caractères d’une tumeur squirrheuse, et j'avoue, dansw cas observé à Phôpital Loureine, avoir été sur le point de pratiquer lextirpa tion du sein, lorsque la découverte d’une autre tumeur, sinon semblabie, 4 moins analogue, dans lPépaisseur du mollet, m'arrêta et me fit réfléchir. & disparition simultanée de ces deux tumeurs sous l'influence d’un traitemet approprié acheva de m’ouvrir les yeux. »

Dans son 7raité des maladies du sein, le professeur Velpeau (2) fait mention! quatre cas de lésions syphilitiques observés par Maisonneuve. Il s'agissait, dam l’un de ces cas, d’une simple tumeur gommeuse; dans les trois autres, il À avait à la fois ulcération des téguments et engorgement circonscrit du tiss de la glande mammaire. Dans tous, il existait simultanément d’autres mani festations syphilitiques, telles que gommes à la tête, périostoses, ulcères atë jambes. La guérison a été promptement obtenue par les préparations ioduréés Le même chirurgien donne de plus la relation du fait suivant que lui communiqué le professeur Richet, Une femme de vingt-deux ans présentai au sein droit une tumeur ferme du volume d’une petite pomme avec élancé ments douloureux et rétraction du mamelon. Cette tumeur, devenue fluctuant au bout d’un certain temps, fut ouverte, et il s’en échappa un liquide visqueu mélangé de flocons, tout à fait analogue à celui qui s'échappe des gommes syphi litiques. Les parois du foyer restaient indurées et manifestaient peu de tendant à la cicatrisation, lorsque survint au tiers inférieur de la jambe gauche une tt meur dure, empâtée, indolente, large comme une pièce de cinq francs et ana: logue à celle du sein. Au bout de deux mois de traitement par les pilules di Sédillot et l’iodure de potassium, la malade se trouva entièrement euérie, U cas que lon peut rapprocher du précédent a été rapporté par le docteu Icard, de Lyon. Une femme àgée de cinquante ans, atteinte de chant syphilitique dix ans auparavant, présente de nombreuses cicatrices cutanées une destruction du voile du palais, des accidents épileptiformes, une gomnt sous-Cutanée et une périostose de la clavicule. Un des seins est le s169e. à sa partie inférieure et externe, d’une tumeur inégale, dure, bosselée douloureuse à la pression, avec un point ramolli et fluctuant. Trois gan: glions indurés et du volume d’une amande existent dans l’aisselle. SOus l'influence d’un traitement antisyphilitique, la tumeur et les ganglions dimi: nuerent de volume; la malade reprit ses forces. Cependant une ulcératiôr S'élablit au niveau du point ramolli; mais bientôt cette uleération se ciét

(1) Richet, Traité d'anatomie chirurgicale, p. 513, 47e 6dit,, 1857, (2) Velpeau, Traité des maladies du sein, 2€ édit., p. 534.

NOSOGRAPHIE. 189 sa, la guérison eut lieu et se continuait encore six mois plus tard (1). [ennig (2) rapporte qu'il à trouvé, à l’autopsie d’une femme, une tumeur oïmeuse occupant la partie moyenne de chacune des mammelles. elles sont les données que nous possédons relativement aux lésions syphiitiques des glandes mammaires. Ces données sont assez pauvres; pourtant les its qui précèdent ne nous paraissent laisser aucun doute sur l'existence de es lésions. [ls nous apprennent au moins que les mamelles peuvent être ectées de tumeurs semblables ou même identiques-aux tumeurs gommeuses [ue nous avons rencontrées dans le tissu cellulaire, et que nous retrouverons us tard dans d’autres organes.

Diagnostic. — Le diagnostie de la mastite syphilitique, celui de la mastte rommeuse surtoui, repose sur l’évolution spéciale à cette affection et sur la onnaissance des antécédents pathologiques des malades. Le carcinome et Mdénome du sein sont les principales affections avec lesquelles on pourrait confondre les lésions syphilitiques des mamelles. Mais la tumeur cancéreuse listingue par un développement plus continu, par les ulcérations qui en sont a suite, et par les lésions ganglionnaires dont elle est fréquemment accompagnée. Les antécédents de la malade, les altérations concomitantes, et ee fait que l'affection syphilitique des mamelles offre souvent une disposition sYme- Mique (observation de Sauvage, etc.), sont autant de circonstances qui vienlent puissamment en aide au diagnostic. L’adénome présente de plus grandes lfficultés : on le reconnaît à la lenteur de son évolution et à cette dureté Oujours égale qui contraste avec le ramollissement progressif de la tumeur sommeuse.

Le pronostic des affections syphilitiques du sein est sans oravité, puisqu'il suffit, pour les guérir, de savoir les reconnaître. Il est à regretter, seulement, que leur étude soit encore si incomplète et si obseure ; car la connaissance acte de ces manifestations morbides permettrait, peut-être plus souvent Qu'on ne le pense, de substituer à une opération qui n’est pas exempte de danger un traitement sûr et toujours inoffensif.

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