OR
noir, tandis que les bords sclérosés sont pour ainsi dire taillés à pic, anfractueux, ridés et froncés ; quelquefois même une perforation véritable de l'os est la conséquence de la rencontre de deux entonnoirs se correspondant comme deux cônes par leurs sommets.
Situées dans l'épaisseur de l'os, les gommes ont pour point de départ la moelle osseuse, surtout celle de la substance spongieuse (ostéo-myélite sommeuse; elles se comportent un peu différemment, suivant qu’elles ‘ens vahissent un os long ou un os large. Dans les os longs, elles ont pour siége
habituel le canal médullaire, ainsi que le montrent les planches de Ricord (4; et se trouvent constituées par une matière de coloration et de consistance lardacées. Ricord, dans un cas, décrit comme il suit cette altération : « Les deux radius, qui étaient le siége de douleurs ostéocopes très-violentes "et d’exostoses, présentaient à leur partie inférieure une hypertrophie très-remat= quable ; le radius droit offrait à un pouce et demi de son extrémité inférieure un renflement assez considérable pour faire croire dans le premier momentà une ancienne fracture mal consolidée ; en l’examinant plus attentivement, on ne tardait pas à s’apercevoir qu'il y avait là hypertrophie avec développement des canalicules osseux ; l'os était plus rouge et plus poreux que partout ailleurs: le corps médullaire était durci, jaunâtre, et rappelait laspect et la coms sistance du lard ranci: le radius gauche était hypertrophié de la même manière, mais sur une étendue beaucoup plus considérable ; toute la moitié inférieure était envahie, » La plupart des os longs peuvent subir ce genre de lésion ;: dans un second cas observé par Ricord, c’est le tibia qui était atteint. Tout porte à croire que Îles productions gommeuses de la cavité médullaire des os sont plus fréquentes que ne permet de le supposer le petit nombre de faits connus, et, si on les observe rarement, cela tient évidemment à la négli: sence qu'on apporte en général dans l'examen anatomique du système osseux. Dans les os larges, ces productions ont pour siége de prédilection les os du crâne, où le plus souvent elles se développent dans le diploé, refous lant, écartant les lames de substance compacte, dont elles finissent pa amener la nécrose. Il en était ainsi dans un cas de Dittrich (2) où la subs stance osseuse se trouvait infiltrée par un exsudat blanc grisàtre, d’aspett lardacé.. De même que dans l’ostéite raréfiante, les travées osseuses sont cous pées et les espaces médullaires, agrandis, renferment des nodules gommeux dont les vaisseaux sont généralement perméables, Une perforation peut être la conséquence de cette altération. |
La résorption du nouveau produit, la suppuration de l'os, la carie et la në crose, sont les divers modes de terminaison des lésions gommeuses profondes des os. Si, en effet, l'observation et l’analogie portent à supposer que dans certains cas ces lésions sont susceptibles de se résoudre et de disparaître sous l'influence bienfaitrice d’un traitement approprié, il v à lieu de penser que dans d’autres circonstances elles se ramollissent et peuvent devenir le point de départ de l’ostéomyélite suppurée, qui est en général une affection grave. Be passage suivant, que nous empruntons à Astruc; semble tout au moins favora
(4) lconogr., pl. VIT bis et XXXI.
(2) Prager Vierteljahrschrift, 1849, fascs 1 p. 20:
“blé à cette opinion. « On a observé dans les cadavres, dit cet auteur, que la moelle des os était quelquefois enflammée, suppurée et ulcérée, ce qui avait causé dans la cavité des os des douleurs terribles et comme s on les avait ‘cassés, des abcès, des exostoses et des caries. » Ce mode de terminaison est néanmoins rare ; plusieurs fois, en effet, on a pris pour du pus ce qui n’était qu'un produit gommeux ramolli.
Les nécroses qui succèdent aux lésions gommeuses sont importantes à conhaître, en raison des caractères spéciaux qu’elles présentent en sénéral, et surtout dans les os du crâne. La nécrose de ces os marche ordinairement de dedans en dehors : une portion d'os nécrosé , à larges pores, à l'aspect vermoulu pour unsi dire, mais à surface plane, se sépare de los vivant par une digne de démarcation dentelée , out en conservant des angles nettement tranchés. Les bords de ce dernier, qui se sclérose de plus en plus, s’élèvent par l’apposition le nouvelles couches osseuses et lépassent la partie mortifiée. Des lésions analogues se forment tanôt à une grande distance, tantôt es unes à côté des autres, et alors es foyers, en se réunissant, 0CCasionnent ces vastes désordres qui létruisent presque toute la voûte “ânienne, tandis que lirritation lü périoste manque entièrement, u est à peine marquée. Des caactères peu différents appartienïent aux nécroses des os longs. | LEONE | \Vant tout, c’est par le séquestre percé de trous el d'orifices qui se réuiissent à l’intérieur, que la nécrose syphilitique se distingue des autres formes lé nécrose, dans lesquelles le séquestre, quand il provient de la couche cortile, offre une surface lisse, polie, compacte, égale et ayant l'aspect d’un jS normal; ajoutons que le tissu environnant est souvent éburné el lourd, qui constitue un contraste bien tranché. Enfin les nécroses syphilitiques les os du crâne présentent une disposition qui rappelle les demi-cercles de #rtaines syphilides annulaires où semi-annulaires. Gette disposition cireuairé ou serpigineuse, très-manifeste dans les figures 1 et 2, se retrouve encore lans les lésions gommeuses de la peau et des viscères. us
Les cicatrices osseuses méritent notre attention. Si l'os a élé entière” nent détruit dans un point, comme cela s’observe à la cloison des fosses lsales, au palais, ete., en général il ne sé forme aucun tissu régénéraleur, ol lü moins aucune production osseuse. Cela n'est nulle part aussi marqué qu au râne, où pourtant les perforations osseuses sont limitées en dedans par
F1G. 4. -— Nécrose syphilitique du frontal, séquestres multiples. (Musée Dupuytren.)
un organe susceptible d'ossification, la dure-mère. À l'inverse de ce qui a lieu les lésions syphilitiques sont en cet endroit difficiles,
pour d'autres affections, R ffcil ment réparables par du tissu osseux. On y voit la partie centrale de la cicatrice
formée par une masse peu vasculaire, blanchâtre, compacte, se rétrécir 4 e naturelle du crâne et finir par amener ume en vertu d'une propriété rétractile que n0% retrouvons dans toutes les cicatrices syphilitiques. Au contraire, les pars ties osseuses périphériques subiss sent des modifications hyperplass tiques : les cavités médullaires se remplissent de plus en plus de substance osseuse, l'os devient dur, épais, lourd, puis tout à fait éburné, et, à sa surface, s'élèvent peu à peu des saillies lisses, pes ji Lu tes, unies ou mamelonnées, qui FN PR ‘Te ne présentent ni le volume, ni ; l’état poreux de celles qui se pro duisent en si grande abondant dans les nécroses mereurielles ot phosphoriques des os maxillaires:
Les perforations de la voüte pala tine ont ainsi des bords tranchants:
lisses et durs; un tissu cicatrk ciel épais, blanchâtre et peu abom:
dant les recouvre. Semblables mo:
F6. 2, — Nécrose syphilitique et perforation du difications s’observent encore dam: frontal. (Musée Dupuytren.) jé | PONS E MAEA | esosdunez. Gelui-cis’affaisse, sou tenu par des os épais, souvent éburnés; au lieu de former un toit, les os pr@ pres convergent en sens inverse, forment un sillon profond qui remplatt l’arête saillante normale, leur surface est parcourue par de nombreux sillon: vasculaires affectant une forme radiée. Cette tendance à la sclérose etm l'hyperostose ne reste pas limitée à l'endroit primitivement affecté, ell s'étend au loin à la périphérie, jusqu'aux os de la base du crâne par exemple Si la nécrose n’attaque pas la totalité de l'épaisseur d'an os, il reste àss: suite une dépression irrégulière où en godet, à peine comblée par le tisst régénérateur.
Ce sont là les manifestations immédiates de la diathèse syphilitique sur système osseux. Il est d'autres lésions osseuses qui, par cela qu'elles on un rapport plus éloigné avec la syphilis, ne se rattachent pas moins à cett maladie : telles sont les nécroses et les caries consécutives à des ulcères de parties molles, à des productions gommeuses voisines des os et du pé rioste, ete. Ces lésions, nous devions les signaler, mais nous n’avons pas“ les décrire. Une dernière lésion du tissu osseux sur la nature de laquell on est Jusqu'iéit peu d'accord, et qui, suivant certains auteurs, aurait, dam: quelques cas du moins, une origine syphilitique, c’est le ramollissemen
plus en plus, abaisser la voussur dépression plus où moins profonde
Mes os. A. Paré (1) signale l'existence de cette altération lorsqu'il dit “que la vérole liquéfie les os comme si C'était métal fondu. Morgagni cite es exemples qui y ont rapport, et Portal (2) en parle également. Cepenant Swediaur et plusieurs autres auteurs® d’un mérite également incondestable repoussent l’ostéomalacie syphilitique. Nous partageons l'opinion “le Swediaur et nous croyons, comme lui, qu'il ny à aucun fait bien “onstaté d'un ramollissement syphilitique des os. Les faits rapportés par Venot de Bordeaux (3), et plusieurs fois invoqués en faveur de ce ramol- “issement, ne sont en effet rien moins que concluants. L'enseignement auquel ils donnent lieu, c’est que certains points du système osseux peu- “ent s’altérer chez les syphilitiques, et qu'il peut en résulter une fracture a suite de la plus légère cause occasionnelle, et rien de plus. Mais cette fracture, quel que soit son siége, rotule, clavicule ou fémur, est bien plutôt “effet d'une altération toute locale, d’une tumeur gommeuse, par exemple, jue d'une modification générale du système osseux, telle que lostéomaacie. Nous n'admettons done pas que la syphilis produise d'autre ramollissement osseux que celui qui peut être la conséquence de l’une des altéraions précédentes. Aussi, nous ne pouvons partager l'opinion de Lagneau el lé Vallin, qui croient à un ramollissement dont la cause immédiate serait “ne dégénérescence amyloïde du système osseux. Plus loin, nous éclairci- "ons ce point, en prouvant que cette dégénérescence n'a jamais qu'un rapjort indirect avec la syphilis.
Étude symptomatique. — Les symptômes propres aux affections syphilitijues des os varient avec l’étendue et la nature des lésions anatomiques. Ils Sont subjectifs et objectifs. La douleur, le plus important des symptômes subjectifs, mérite une grande attention; et, s’il arrive de constater son “kistence sans aucune lésion osseuse appréciable, il n’en est pas moins vrai que plus souvent elle se lie à une modification matérielle des os ou du tissu ibreux. Ce fait est prouvé par bon nombre d’autopsies qui ont permis de décou- “ir des altérations de la dure-mère, des exostoses de la table interne des os Mu crâne dans des cas où, pendant la vie, on avait observé pour tout sympiôme des douleurs dites ostéocopes.
Les douleurs, observées dans le cours des diverses altérations syphilitiques des os, plus fréquentes dans l’ostéite diffuse, sont vagues à leur début, ét parfois tout le squelette semble endolori; bientôt elles se localisent au niveau du point malade, et surtout dans les os longs des membres et dans ls os du cräne:; elles sont profondes, et les malades les font partir de lmoelle des os ; elles sont aiguës, déchirantes, térébrantes, facilement attébüées par la pression, mais quelquefois exaspérées par le moindre attouchement quand surtout le périoste est affecté. Ces douleurs, de plus, sont noctürnes, et c’est là un de leurs caractères les plus précieux, auquel il ne faut
(4) A. Paré, OŒuvr. complètes, édit. Malgaigne, t. II, p. 527.
(2) Portal, Traité du rachitisme. Paris, 1797. î
(3) Venot, Accidents tertiaires de la syphilis, friabilité des os. Bordeaux, 1846, et Gaz méd. de Paris, 1847.
cependant pas attacher une valeur diagnostique trop grande, Mobile, légère ou nulle pendant le jour, la sensation douloureuse s'exaspère avec le crés puseule pour disparaître avec l'aurore et faire place au sommeil. Les pres mières heures de la nuit sontles plus cruelles, à cause, sans doute, dé l’'échauffement des parties sous l'influence de la chaleur du lit. Ricord observe que les malades qui font du jour la nuit et réciproquement présentent des douleurs dont lapparition est en rapport avec leurs habitudes. Nélaton ajoute que les malades affectés de douleurs ostéocopes peuvent, en voyage, s'en débarrasser entièrement, pourvu qu'ils restent plusieurs nuits sans se mettre au lit. Nous savons d’ailleurs que les Kabyles, dont l'habitude est de coucher sur une natte placée sur le sol, sont exempts de ces douleurs® Vidal prétend toutefois qu'il est des vénériens qui, voulant veiller, restent à l'air ou se promènent en voiture, et qui cependant n’en souffrent pas moins quand l'heure fatale est sonnée, et cela comme s'ils étaient couchés dans un lit bien chaud. Lorsqu’elles ont leur siége dans les os du crànés ce qui est le cas le plus fréquent, ces douleurs joignent quelquefois, à line somnie qui les accompagne, des troubles de la vue, des vertiges et des étourdissements. | L
Les symptômes objectifs varient selon qu'il s’agit de l’une ou de l’autre modalité anatomo- pathologique. Un gonflement mal circonscrit, empâaté dans sa circonférence, est le propre de lostéo-périostite ou ostéite supers licielle; douloureux à la pression, ce gonflement, lorsque l'os est superfis ciellement placé, coexiste avec la rougeur ou même avec une légère augmen® lation de température d’une plus ou moins grande étendue de la peau. La résolution en est le terme ordinaire, rarement il est suivi de suppuration: Pédiculées ou intimement adhérentes à l'os, les exostoses qui surviennent dans ces conditions se font remarquer par leur dureté, leur consistance osseuse, leur forme arrondie ou aplatie, leur tendance à persister pour ainsi dire indéfis niment si on ne fait intervenir un traitement spécifique. |
Les gommes du périoste se présentent sous forme de petites tumeurs atrondies, peu douloureuses, de consistance ferme ou un peu molle, et dont l’évolution ne diffère pas notablement de celle des productions du tissu cek lulaire sous-cutané. Comme ces dernières, elles peuvent, en se ramollissant, enflammer et ulcérer les tissus voisins et se faire Jour à l'extérieur; de là des excavations, des trajets fistuleux plus ou moins longs à se cicatriser. Lorsqu’elles siégent dans l'épaisseur des os ou dans le canal médullaire, ces mêmes tumeurs n’offrent tout d’abord aucun signe objectif. Une douleur vio: lente est le seul phénomène qui permette de les soupçonner ; plus tard, s'il survient une ostéo-myélite ou une nécrose, on constate les symptômes propres à ces complications. Au niveau des os plats et dans les os du eràne en particulier, les tumeurs gommeuses peuvent, en écartant les lames osseuses, produire des saillies et des nécroses qui mettront sur la voie du diagnostic: Celles-ci procèdent, nous le savons, du dedans au dehors ; à leur suitt restent des cicatrices ou de véritables excavations qui persistent indéfi: niment, Comme des témoins du passage de la syphilis. Aux os du crâne, oi elles ont leur siége habituel, ces cicatrices sont profondes, leurs bords son
épais, indurés, rugueux, inégaux par les ostéophytes qui y sont surajoutés, Ale
voûte palatine, c'est dans certains cas une perforation définitive qui succède aux désordres en question.
“Aux manifestations symptomatiques de l’altération du tissu osseux s’ajoutent des désordres variés dépendant de À compression ou de l'altération secondaire des organes voisins, et qui sont parfois les seuls signes révélateurs des exostoses internes. Situées au voisinage des muscles, ces tumeurs osseuses peuvent gêner leur contraction et la régularité des mouvements de tout un membre. Leur action sur les vaisseaux est susceptible de produire l’œædème. Comprimés par ces tumeurs, les tubes nerveux s’alférent et donnent lieu à une atrophie musculaire consécutive (1), à des troubles dé la sensibilité et à des douleurs qu’il ne faut pas confondre avec la douleur spéciale qui a pour point de départ la lésion même de l'os. Les effets de le compression sont surtout graves quand l'exostose siége sur les os qui entrent dans la formation d’une cavité renfermant des organes d’une grande imporfance, comme la cavité cranienne ou rachidienne ; toutefois, il faut savoir qu'on a singulièrement exagéré ces effets, et que, par suite de cette erreur, on dtrop souvent rattaché à une altération de l'os des désordres dépendant dune modification anatomique de la substance nerveuse elle-même. C'est assez rarement, en effet, qu'on voit des troubles de la sensibilité ou du mouvement Avoir pour origine une lésion syphilitique des os.
“L'amaurose, qui est quelquefois la conséquence d’une exostose du sphénoïde, n’affecte en général qu'un seul œil. La paralysie des muscles oculomoteurs et l’exophthalmie témoignent d'une exosiose de la cavité orbitaire. Quoique rares, les exostoses du rachis deviennent à leur tour le point de départ de désordres variés toujours en rapport avec la fonction spéciale de la portion de moelle secondairement affectée. Sanderson a observé un cas de Mort subite causée par la nécrose des vertèbres cervicales.
“ Lente et progressive est la marche générale des affections syphilitiques du système osseux. Longue est leur durée, comme celle de la plupart des inanifestations de même nature, d'autant plus longue, on peut dire, que le début de la syphilis est plus ancien. Quant aux phases diverses que subissent tes affections et à leur mode de terminaison, nous en avons suflisamment
parlé pour n'avoir pas à y revenir.
» Diagnostic. — L'exposé qui précède nous a montré comment il est pos- Sible de distinguer entre elles les diverses lésions syphilitiques du système osseux. Il nous reste à les différencier maintenant de toutes celles qui peuvent les simuler.
Deux symptômes, la douleur et Ja tuméfaction, appartiennent à la plupart des affections syphilitiques des os. À ces symptômes s'ajoute quelquefois le dérangement des fonctions de l'organe le plus voisin de l'os lésé. La réunion de ces Symptômes, mais surtout la marche lente et le peu de réaction qui les accompagne, tels sont, avec la connaissance des antécédents morbides du malade, les éléments du diagnostic de l’ostéo-périostite syphilitique, Les exostoses
: (4) Rodet, Gaz. médicale de Lyon, 4859. — L. Gros et Lancereaux, Traité des affect, nerveuses syphilitiques, Paris, 1861.
syphilitiques, contrairement à la plupart de celles qui reconnaissent une aulre origine, sont précédées ou accompagnées de douleurs ostéocopes, elles occus pent la continuité des 0s les plus superficiels, se et uniformément hémisphériques, rarement multiples ou symétriques. À l’aide de ces caractères; on les distingue des exostoses ostéogéniques, qui se développent dans la période d'accroissement du système osseux et qui sont toujours symétri ques (1), des exostoses liées à la diathèse rhumatismale, dont le siége est en général voisin des articulations, et des exostoses traumatiques, qui s'accroissent indéfiniment pour ainsi dire et sans produire de douleurs exas cerbantes.
Les lésions syphilitiques qui siégent dans la profondeur du tissu osseux, les sommes de la substance médullaire, en particulier, qui pendant longtemps ne traduisent leur existence que par des douleurs profondes, sont quelquefois diffis ciles à reconnaître. Toutefois, on peut les diagnostiquer en tenant compte des caractères de la douleur, de ses paroxysmes, et en faisant appel aux anté= cédents des malades. Ajoutons qu'une nécrose plus ou moins étendue vient quelquefois révéler leur existence. La coexistence habituelle de lésions pulmo: naires spéciales avec la tuberculose des os ne permettra guère de confondre cette affection avec l’ostéite syphilitique, et si certaine modification osseuse (altération graisseuse) dépendantes d’une intoxication chronique par l’alcoob pouvait conduire à soupçonner une altération syphilitique, il suffirait, pour sortir du doute, de se rappeler que les douleurs des os sont beaucoup moins intenses dans l'alcoolisme que dans la syphilis, et qu’elles ont pour siége de prédilection les membres et non le crâne. La dyscrasie syphilitique diffère d’ailleurs par ses diverses manifestations de la dyscrasie alcoolique. Quant aux prétendues affections osseuses produites par le mercure (2), disons qu'elles n'existent pas plus chez les malades qui ont été soumis à un trai> tement mercuriel que chez les ouvriers qui travaillent aux mines de mer cure.
Les affections syphilitiques des os n’ont pas par elles-mêmes une très grande gravité. Cependant, lorsqu'elles viennent à troubler les fonctions d'organes importants, tels que le cerveau et la moelle épinière, elles peu= vent produire des accidents rapidement mortels. La suppuration qui accompagne l'élimination des séquestres n’est pas toujours sans danger, Un accident grave de ces affections est l’ostéo-myélite suppurée, qui vient dans quelques cas compliquer un dépôt gommeux du canal osseux. Envisagées à un point de vue plus général, ces lésions sont d’un pronostic sérieux, car d’une part elles révèlent une syphilis arrivée à sa troisième période, et d'autre part leur coexistence avec des lésions viscérales de même origine est un fait assez fréquent.
(4) Voyez Soulier, Des exostoses épiphysaires. Thèse de Paris, 1864. (2) Voyez L. Singer, Wochenblatt der Zeitschr. der Wiener Aerzte, 1857, n. 12. — Pappenheim, Handbuch der Sanitäts-Polizei, Berlin, 1858, vol. II, p. 5.
$ 2. — Chondrite syphilitique.
Quoique peu étudiées jusqu'ici, les lésions syphilitiques des cartilages en ont pas moins une existence incontestable, qui ne permet pas de les asser sous silence. Elles n’envahissent pas indistinctement tous les car ilages, mais ceux-là seulement qui sont revêtus d'une toile fibreuse ou jérichondre, comme par exemple les cartilages du larynx, qui sont en quelque sorte leur siége de prédilection. Ges cartilages, dit Vidal de assis (1), peuvent être affectés de nécrose, et les séquestres être expulsés lns les efforts de l’expectoration. On rendrait un service immense au malade l'on pouvait les extraire de bonne heure; car, jouant le rôle de corps frangers, ils entretiennent l’irritation, la suppuration, et sont la cause d'une orte de phthisie laryngée. Dans un cas qui m'est personnel, la sanie puruente et gangréneuse, entretenue dans le larynx par la présence de fragments drtilagineux profondément altérés, devint le point de départ d'une résorpjon putride qui amena des métastases gangréneuses et la mort. Ce fait, que Oici, montre bien ce que peuvent être les effets secondaires de l’aflection yphilitique du larynx.
Os. XXI. — Une jeune femme de trente-deux ans, affectée d’une syphilis anénne, avait vu depuis plusieurs mois sa voix s'altérer de plus en plus. Au Moment de notre examen, cette femme se trouve dans un état de profonde fächexie : pâleur et décoloration, bouffissure des téguments, chairs flasques et molles, etc. Elle présente tous les signes d’une altération avancée du larynx : iphonie, difficulté de la respiration et de la déglutition, toux, expectoration, léger jonflement au niveau de la partie supérieure du larynx, déformation, et odeur Jangréneuse de l'haleine. Il se produit de violents frissons qui se renouvellent plusieurs fois, et huit jours plus tard cette malade succombe aux phénomènes d’une infection septique,
Autopsie. — Le larynx est tellement altéré, qu'on s'explique difficilement coment la vie a pu se continuer aussi longtemps. L'épiglotte est conservée, mais il y a plus de cordes vocales, plus d'insertions musculaires au squelette laryngien dont on trouve les fragments dénudés et ossifiés au milieu d'un magma verdâtre ét de débris musculaires. Coloration verdâtre de la trachée. OEdème du pou- Mon gauche, plusieurs points de pneumonie suppurée avec taches brunâtres écchymotiques et foyers gangréneux à droite. Cœur sain.
À la surface du péritoine et dans l'un des ovaires on trouve plusieurs taches verdâtres ayant la coloration et un peu l'odeur des plaques gangréneuses. Même altération au niveau des appendices épiploïques du petit bassin. La rate est volumineuse, d'aspect grenu, un peu molle et friable. Le foie, d’un volume normal, présente à sa surface une cicatrice profonde, allongée, qui s'étend de son bord libre à la moitié supérieure. de sa face antérieure, Reins sains. Cerveau intact.
La périchondrite, dont l’origine syphilitique ne me paraît pas contestable, ést ici le point de départ d’abord des accidents de la nécrose et plus tard de la gangrène du larynx, qui, à son tour, a produit une pneumonie mélastatique, etc. ; en somme, la syphilis seule doit être incriminee.
Les cartilages costaux paraissent susceptibles d'une altération du même
(1) Vidal de Cassis, Traité des maladies vénériennes, Paris, 1855, p. 497. — comparez Magawly, Sur la chondrite syphilitique. Petersburg. med, Zeitschrift, KIT, 4, p. 219.
genre. Bouisson raconte qu'il a vu une tumeur gommeuse dans l'épaisseur d musele grand pectoral chez un homme qui avait en même temps une pénl chondrite syphilitique des cartilages costaux. Les fibro-cartilages sont très probablement sujets à cette même lésion ; mails je ne CONS sucUEy obser: vation qui le démontre. Quant aux cartilages d encroûtement, ils n'offren généralement de modifications anatomiques qu’autant que les tissus voisins, le os ou les membranes synoviales sont lésés. C’est ainsi que, parmi les eee tions qui vont suivre, il en est une où ces cartilages présentent une sur fac irrégulière, ulcérée, en même temps que les tendons sont le siége de dépôts gommeux, ë.
$& 3. — Arthrite syphilitique.
Astruc, parlant des lésions des extrémités osseuses et des hyperostoses, ajoute que l’ankylose peut être la conséquence de ces affections. Fabre (4 reconnait aussi une ankylose syphilitique. Swediaur (2) dit que le gonflement douloureux des articulations et des os qu’on présume de nature rhumatismale ou goutteuse provient souvent du vice syphilitique. Fort différente est l’opinion de Hunter, qui ne se rappelle pas avoir jamais vu la syphilis constis tutionnelle attaquer les articulations. Mais l’un de ses commentateurs. Babington, n'admet pas seulement qu'il puisse exister des arthropathies syphilitiques, il fait remarquer que, parmi ces affections, les unes appartiens nent plutôt à la période secondaire, et les autres à la période tertiaire (3). Ph, Boyer (4) prétend que les capsules fibreuses et les ligaments qui unissent et entourent les articulations sont souvent attaqués d’une inflammation syphi litique; mais la description qu’il donne est surtout relative à l’arthrite blen: norrhagique. |
Dans ses Leçons de clinique médicale, Chomel (5) fait remarquer que syphilis'peut attaquer quelquefois les extrémités comme le corps des os longs; il admet une arthropathie syphilitique et cherche même à en établir le diagnostit diflérentiel. D’après ce professeur, l’arthropathie syphilitique se distingue du rhumatisme chronique par la limitation du travail morbide à un point quel» conque de l'articulation, par la conservation des mouvements et leur exécution sans douleur appréciable. Ricord ne voit pas que l'existence des arthropathies syphilitiques puisse être nettement établie : il ne pense pas qu’elles aient un seul symptôme caractéristique. Le professeur üchet, s'appuyant sur trois observations rapportées dans un mémoire présenté à l’Académie (6), admel deux variétés de tumeurs blanches syphilitiques : 4° Ja synovite articulaire, 2° l'ostéite articulaire suivie de synovite, selon que la synoviale ou l'extrémité
(1) Fabre, Traité des maladies vénériennes, 3° édit, Paris, 1777.
(2) Swediaur, Traité complet des maladies vénériennes, trad. franc. Paris, 1801.
(3) Voyez Hunter, Œuvres complètes, trad. fr. de Richelot, p. 565.
ë R Bars: Traité pratique de la syphilis, Paris, 1836, p. 158. |
5) Chomel, ZL ni di — i i Rio : un Leçons de clinique médicale, — Rhumatisme et goutte, par Requin, Paris,
o po Mém, sur les tumeurs blanches, et Mém. de l'Académie de médecine, +, XVI P- 97, . ké
sseuse sont primitivement lésées. Follin {1} a vu un malade chez lequel ne médication spécifique réussit tellement bien à combattre une affection rticulaire du genou, qu'un traitement chirurgical proposé devint inutile. Jusqu'ici l’histoire des tumeurs blanches svphilitiques (arthrites teraires) manque du contrôle anatomique. L'observation suivante nous periet de combler ce vide en même temps qu'elle vient affirmer les faits rapportés arnos prédécesseurs.
Mtération gommeuse de quelques glandes lymphatiques sous-cutanées. Dyspnée, toux ; symptômes de phthisie pulmonaire. Edéme des membres inférieurs et ascite. Oachezie et mort. Ulcérations et rétrécissement de la trachée et des grosses bronches. Déformation du foie, gommes multiples dans l'épaisseur de cet organe. Altération de la rate et de la plupart des ganglions viscéraux. Ovarite double, Arthrite syphilitique des deux genoux.
Os. XXII. — La nommée G..., veuve D..., blanchisseuse, est admise à l’Hôteljieu, le 10 juin 1863, dans le service de M. le docteur Gueneau de Mussy. ïétte femme, pâle, maigre, cachectique, présente dans la région sus-clavicuaire gauche des ulcérations à bords réguliers, non taillés à pic, à fond blafard. extrémité interne de la clavicule gauche est volumineuse; il existe une tuméaction en avant du sternum. Les ganglions cervicaux sont volumineux ; le cuir ‘hevelu est par places irrégulier et privé de cheveux. Il existe dans laine droite me ulcération linéaire, assez profonde, livide, de date ancienne. Les ganglions nguinaux sont médiocrement développés.
Bien que délicate, cette femme dit qu’elle n’a jamais fait de maladie sérieuse ; lle n’a jamais craché de sang. Toutefois, sa santé s’est aflaiblie, elle à maioi beaucoup ; depuis trois semaines à peu près elle tousse, sa voix est légèrement enrouée, elle a perdu l’appétit et le sommeil, elle a de l’oppression et sa déglutition est pénible. Depuis longtemps elle se plaint de céphalalgie. Au moment de l'entrée à l'hôpital, l'oppression est extrême, la malade ne peut même pas se coucher sur le dos. Pas de signes physiques de tuberculisation. Signes de bronchite intense généralisée, emphysème, augmentation de volume du foie. Cautérisation du larynx avec une solution de nitrate d'argent au 1/7°. Vésicatoires, vomitifs, opium, toniques.
Durant son séjour à l'hôpital, la malade éprouve des alternatives de pis-aller et de miceux-être. Mais son état finit par s’aggraver de plus en plus : elle est prise de diarrhée alternant avec de la constipation, de vomissements répétés, elle perd complétement le sommeil et l’orthopnée devient plus considérable ; dans les Quinze derniers jours, on observe des signes de péritonite subaiguë. Elle suc- Combe enfin à la suite d’un érysipèle de la face, dans un état complet d'anéantissement (2).
Autopsie. — OEdème prononcé des membres inférieurs et à peine marqué au niveau de la paroi abdominale. A la partie supérieure de la cuisse droite, un peu au-dessous de l’arcade de Fallope, ulcération et perforation de la peau; les
(4) Traité de pathologie externe, t. I, p. 714, Paris, 1860. | PUR - (2) M. Lemaire, qui a bien voulu me remettre la note qui précède, croyait avoir affaire à une maladie scrofuleuse, Mais il me suffit de palper l'abdomen avant l'ouverture du cadavre pour reconnaître, d’après l’irrégularité du foie et les bosselures dont il était le siége, qu'il s'agissait bien plutôt d’une affection syphilitique ; c'est alors que je demandai à mon collègue de vouloir bien m’accorder de faire l’autopsie. Or, les caractères anatomo-pathologiques du foie, qui se trouve représenté pl. III, vinrent confirmer ma manière de voir, aussi bien que ceux de la trachée et des grosses bronches. Les ulcères du cou étaient évidemment produits par des sommes ramollies ; quant aux altérations des articulations, on ne peut, à l'exemple d’un dé nos critiques, leur concéder une origine strumeuse, tant elles sont différentes de celles qu'engendre la scrofulose,
bords de cette perforation sont amincis et violacés. Un ganglion lymphatique situé dans la profondeur est atteint de dégénérescence Bt at ss partie supérieure et latérale du cou, en arriére de l’angle de le mac GER FF je plu: sieurs ulcérations d'apparence ecthymateuse, avec coloration violacée de la pea à leur voisinage. Dans le tissu cellulaire, immédiatement au-dessous de Ja ma. choire et sur la ligne médiane, se voit un ganglion gros CODES noisette, qui présente absolument la même altération que le ganglion de laine. Absence“de cicatrices sur la peau. Pas de trace d'exostoses. fi La cavité abdominale renferme plusieurs litres d'une sérosité claire et jaunûtre. Les intestins paraissent lavés, mais ils ne présentent aucune altération, pas plus que l’estomac, l’œsophage et le pharynx. Le foie adhère au diaphragme à l’aide de quelques tractus membraneux, situés principalement au niveau de son bord droit et de quelques-uns des sillons qui parcoutent sa face antérieure. Il a 25 cent, de largeur sur 20 de hauteur ; sa forme générale est plutôt triangulaire qu elliptique ; sa face supéricure est parcourue par des sillons dont les uns ont une direction transversale, les autres une direction antéro-postérieure. Quelques-uns ont jusquà 2 centimètres de profondeur, entre autres un sillon transversal qui divise le lobe droit en deux parties. Outre les mamelons limités par ces sillons, on aperçoit à la surface du foie, au niveau de chaque lobe, plusieurs saillies dures, fermes, blanchâtres, formées par des tumeurs gommeuses. Dans toute sa moitié postérieure, à face inférieure est composée de petites saillies dont le volume varie entre celui d'un pois et celui d’un œuf de pigeon. Le lobule de Spigel est déformé. L'éminence porte antérieure est doublée de volume, sa surface est lisse, elle ne contient pas de produits gommeux. Les bords de l'organe sont remarquables par leur état ma melonné, tous sont déformés ; le bord tranchant, qui est le plus épais, est constitué par cinq mamelons, dont deux sur le lobe gauche et trois sur le lobe droit. Le bord antérieur est relativement le plus mince ; on y voit une série de petits mamelons de la grosseur d'une prune ou d’un œuf, constitués par du tissu hépatique ; quels ques-uns de ces mamelons ne sont reliés au reste de l'organe que par une toile fibreuse composée de la capsule de Glisson et d’un tissu fibreux interposé aux deux feuillets de cette membrane. Des mamelons assez semblables défigurent le bord droit. Sur le bord gauche, la lobulisation existe, mais elle est moins prononcée, (Voyez pl. IL, fig. 4.) | Une coupe antéro-postérieure, pratiquée à la partie moyenne du lobe droit, laisse voir une masse gommeuse qui occupe au moins les 3/4 de l'étendue dé ce lobe. Cette masse, de couleur paille, ferme, élastique, d'aspect fibreux, n€ se laisse pas pénétrer par le doigt; elle semble constituée par ou 5 tumeurs agelomérées et déposées au sein d’une substance fibreuse rétractile. (Voyez pl. III, fig. 2.) La surface de la coupe présente, au voisinage des tractus fibreux, quelques orifices, rudiments des veines sus-hépatiques. Toute la masse gom® meuse est circonscrite par une capsule épaisse, fibreuse, rosée ou blanchtrés au sein de laquelle on trouve quelques dépôts blancs, gommeux, du volume d'une lentille ou d'un pois. Une autre coupe antéro-postérieure, pratiquée au niveau de la partie moyenne du lobe gauche de l'organe, met à décous vert une masse gommeuse ne différant de la précédente qu’en ce qu'elle est traversée par plusieurs conduits hépatiques dilatés, plus ou moins altérés €t contenant des amas de matière colorante biliaire. Cette masse, constituée par une substance eu tout semblable à celle de la première tumeur, semble formée, comme elle, par l'agglomération de plusieurs nodules; elle est également circonscrite par une zone fibreuse épaisse et résistante qui la sépare du tissu hépa= tique et dont elle peut s’énucléer. La surface de section de ces différentes tumeurs n’est pas toujours lisse et uniforme, on y voit quelquefois de petites dépressions comme sil existait des espaces vides dans leur épaisseur. A côté de ces grosses Tumeurs gommeuses, on rencontre principalement sur le lobé gauche plusieurs autres tumeurs moins volumineuses (grosses comme un pois ou un œuf de pigeon) et également enveloppées d’une zone fibreuse au-dessus de laquelle elles font saillie. Quelques-unes, inégales à la coupe, sont traversées par un cana=
sule hépatique ; toutes sont constituées par une trame fibreuse au sein de laquelle nt dispersés de nombreux noyaux, la plupart ronds ou elliptiques, sans dispotion spéciale, ainsi qu'on peut le voir sur l'un.de nos dessins (pl. Il, fig. 3), abilement exécuté par notre collègue le docteur Cornil, auquel nous devons la ote suivante. Les petits ilots circulaires très-riches en noyaux, qui sont repréntés en Vet V'et qui paraissent se rapporter à la description du syphilome de Nagner, m'ont paru n'être autre chose que la coupe perpendiculaire à la direcon de parties cylindriques et allongées. Sur d’autres coupes du même foie, pratiuées dans diverses directions, j'ai vu en effet des tractus allongés, de même diaiètre que les ilots précédents, également très-riches en noyaux, et présentant arfois une division dichotomique, comme si c’étaient des vaisseaux. Aussi me uis-je arrêté à cette hypothèse que c’étaient les vaisseaux préexistants du foie qui uraient subi, comme tout le tissu cellulaire de l'organe, une hypergénèse consiérable de noyaux, et dont la lumière aurait été par suite oblitérée. Cette opinion S d'autant plus admissible que l’on voit figurée en V'la coupe d’une de ces proüctions dont le centre est vide. En dehors de ces productions gommeuses, la ubstance du foie, d’une teinte jaune café au lait, se trouve parsemée de marrures rougeâtres ; elle est un peu molle sans être friable; elle offre l'aspect du die qui a subi la dégénérescence graisseuse. La vésicule biliaire renferme un calül, la bile est liquide et verdatre.
La rate est augmentée de volume (20 cent. de hauteur); la capsule fibreuse, ipaissie et blanchâtre, adhère en quelques points au diaphragme. À la coupe, on oit cette capsule épaissie se prolonger dans le parenchyme. Celui-ci est pour insi dire carnifié, assez ferme mais friable, d’une couleur brunâtre parsemée 1e quelques taches noirâtres. Le pancréas est ferme, ratatiné, cirrhosé. Quelques janglions lymphatiques sous-cutanés sont altérés. Ils occupent les régions sousnaxillaires, et inguinale droite. Deux de ces ganglions, ayant le volume d'un petit œuf de pigeon, présentent une coloration jaune, une consistance caséeuse, on un mot la plus grande analogie avec les gommes; ils sont constitués surtout par l'hypergénèse des éléments de tissu connectif. Les ganglions profonds ou viscéraux sont généralement malades. Dans la poitrine, on trouve, én avant du péricarde, entourés d'un coussinet graisseux, deux ganglions larges, volumineux, un peu mous, grisaires, offrant une apparence médullaire. D'autres ganglions altérés se rencontrent dans plusieurs points de la poitrine, entre autres au niveau de la racine des poumons. En avant de la colonne vertébrale, et surtout dans la région lombaire, la plupart de ces organes sont Wiplés ou quadruplés de volume, grisätres, mous, ayant à peu près le même äspect que ceux de la poitrine. Les ganglions qui accompagnent les vaisseaux iliaques présentent la même altération. Les ganglions mésentériques sont un peu plus fermes ; ils sont également volumineux, brunâtres ou blanchàtres. Les glandes de la partie postérieure de la langue sont saillantes, jaunâtres et Volumineuses. Les uretéres et la vessie sont sains. Les reins ont leur velume normal ; on les sépare facilement de leur capsule fibreuse, excepté en quelques points où la substance corticale se laisse déchirer. Ils ne présentent pas d'altération sensible à l'œil nu; l'examen microscopique montre quelques tubuli Seulement en état de desquamation. L'uférus, normal quant à sa structure, est de petit volume. Les trompes, distendues par un liquide couleur chocolat, adhèrent aux ovaires. Ceux-ci sont augmentés de volume, durs, fermes, résistants sous le doigt, à peu près entièrement composés de tissu fibreux. On n’y trouve pas de Yésicules de Grafe, mais seulement quelques kystes très-petits et des taches bruhâtres. Leur surface extérieure, légèrement inégale, est occupee en quelques points par une substance grenue et jaunâtre.
L'épiglotte est altérée et plus épaisse. Le larynx est sain ainsi que la surface interne de la trachée jusqu’à 3 cent. 1/2 au-dessus de sa bifurcation. À ce niveau, la trachée est rétrécie et présente des ulcérations profondes qui ont détruit là muqueuse et entamé les cartilages: Ces ulcérations, au nombre de rois, occupent la partie inférieure de la trachée et la bronche droite ; l'une d’elles,
eee |
située à la partie inférieure de la trachée, offre 1 CARRE Mere Me une autre, au niveau de la bronche droite, a près de 3 centimè ee dé n en est constitué par du tissu fibreux SOUS forme de LEGER AS es “a comblés par des ganglions lymphatiques fermes et noirâtres. Un peuéplt loin se trouve un ganglion qui est le siége d’un dépôt gommeux. Les bords de ce ulcérations sont mous, irréguliers, festonnés, fibreux F Jes anneaux cartilagineu sont nettement coupés. La bronche gauche est plus retrécie que la droite; ellem | pas 2 centimètres de diamètre, et c’est à peine si elle peut loger un Poe EE de petit volume ; sa muqueuse est comme cicatrisée ; les cartilages sont a ere mais non détruits. Toutes les ramifications bronchiques sont intactes. Les sommet des poumons sont sains ; le parenchyme de la base du poumon droit est mo aéré, plus ferme, induré en même temps quun peu œdématié. L'exame microscopique permet d'y voir de nombreuses cellules épithéliales généralemen altérées au sein des alvéoles, et un tissu fibroïde de nouvelle formation (hyperplasit conjonctive). | j Une petite quantité de sang liquide existe dans le cœur et les gros vaisseaux, la proportion des globules blancs paraît normale. Le cœur est petit, atrophié ; Î n'a que 40 centimètres de sa base à son sommet ; son tissu est mou et friable L'aorte est intacte, à part quelques dépôts jaunâtres de petite étendue. Les Carotides primitives sont saines, mais la carotide externe gauche présente, au niveau de l'origine de l’artère linguale, un dépôt membraneux qui l’obstrue en grande partie, Ce dépôt siége sous la tunique interne ; il est d’un gris rosé, formé de tissu conjonctif et d’une substance grenue. Les muscles des membres supérieurs sont minces et atrophiés. 1 Les deux articulations fémoro-tibiales sont volumineuses; elles renfermeni chacune plus d’un verre d’une sérosité louche. Les synoviales, épaissies et'en même temps injectées, sont tapissées de plusieurs dépôts pseudo-membraneux:. À gauche, une fausse membrane jaunâtre unit les deux feuillets SyYNnOVIAUX ; À droite, la bourse synoviale du droit antérieur, sans communication avec Ma cavité articulaire, n’est pas altérée. La surface articulaire du condyle externé gauche est dans un point érodée. Les cartilages articulaires des rotules sont érodés et ulcérés; mais ces altérations ne sont que secondaires, et la lésion principale porte sur les tissus fibreux de l'articulation, Du côté droit, une partie du tendon rotulien, le peloton graisseux situé en arrière de la bourse synoviale, et tous les tissus tibreux qui s’insèrent au pourtour du tibia, sont transformés en une masse uniforme, jaune grisâtre, élastique, qui a 4 centimètres d'épaisseur sur là ligne médiane, Cette masse, par son aspect, sa consistance et sa structure, se rapproche des produits morbides trouvés dans le foie; elle est formée par un dépôt gommeux, Une simple bandelette fibreuse représente le tendon rotulien, et quelques tractus fibreux semblent diviser la masse gommeuse en plusieurs petites tumeurs. Les ligaments semi-lunaires et interarticulaires sont sains. L’articulation du genou gauche est également altérée, avec cette différence que le peloton graisseux post-rotulien na Pas disparu aussi complétement que du côté Opposé. Au-dessous de ce peloton, en arrière du tendon et en avant du tibiæ existe un dépôt gommeux de 9 centimètres d'épaisseur, L'examen anatomique
des masses gommeuses articulaires m’a donné une structure identique à cellé des tubercules gommeux du foie.
Non moins intéressant au point de vuë des lésions viscérales que des ino= difications articulaires, ce fait permet de faire l'étude anatomique d’uné variété importante des arthrites syphilitiques, car, en présence dé l’alopé cie, de la céphalée, de l’insomnie et de l’ensemble des lésions qui s'y ren contrent, il n’est pas possible, malgré l'absence d’antécédents spécifiques avoués par la malade, de conserver le moindre doute sur la syphilis. montre que le tissu cellulaire SOUS-SynoVial et le tissu fibreux sont#id
» siége d'un néoplasme qui ne diffère, ni par sa consistance, ni par sa oloration, ni par sa composition histologique, des productions syphiliques du tissu cellulaire sous-cutané et de celles que nous trouverons bienit dans les viscères. Des masses jaunes, élastiques, un peu molles, sèches, ituées de chaque côté du ligament rotulien et dans l’espace qui sépare ce liga- “ent de la membranc synoviale, ont atrophié ét transformé une partie du eloton adipeux ; tapissées par la membrane séreuse d'une part, elles sont, autre part, recouvertes par la portion du ligament rotulien qui ne participe j1s à l’altération ; de chaque côté de ce ligament, elles font saillie sous les oiles fibreuses ou celluleuses qui passent en avant de l'articulation. La memnine synoviale n’est pas sensiblement lésée, mais les cartilages sont secon- Mirement érodés en plusieurs endroits, et c’est aussi sans doute à la suite de “rritation de la membrane synoviale que s’est produit l’épanchement séreux Hticulaire. Au point de vue anatomique, cette altération se distingue nettenent de l’arthrite scrofuleuse, qui a pour point de départ la membrane syno- ‘iale, et que caractérisent des masses molles, fongueuses et vasculaires; elle liffère aussi des arthropathies rhumatismales, qui ne présentent jamais de lépôts analogues aux dépôts gommeux.
“Les symptômes qui correspondent à la lésion articulaire en question sont émarquables par leur faible intensité et par la lenteur de leur évolution. Le Hit suivant, que nous ayons suivi pendant longtemps, peut en donner une
idée des plus exactes.
Mhancre, tritis, exostoses, arthropathie du genou gauche, gomme située à la partie antérosupérieure de la trachée et probablement dans le corps thyroïde.
One. XXII. -— Le nommé B. G.,., âgé de quarante-deux ans, raconte que son père a succombé au choléra de 1854, que sa mère est morte à l’âge de soixantedouze ans, après avoir joui d’une bonne santé. À dix-neuf ans, il contracta une blennorrhagie avec bubon suppuré. Depuis, il fut atteint de plusieurs écoulements uréthraux. Il y a cinq ans, ayant connu une femme affectée de syphilis, ilremarqua d'extrémité du gland un chancre qui disparut après quelques mois d'un traitement simple. On trouve aujourd’hui à ce même endroit une perte de substance peu considérable, avec rétrécissement du méat. Tout d’abord, les manifestations Syphilitiques sont absolument nulles ; pas de maux de gorge, pas de céphalalgie, pas d’alopécie, pas de plaques muqueuses, pas d’éruptions cutanées. Cependant le malade se sentait fatigué, courbaturé, moins fort, moins énergique, son appétit était conservé. Un an ou quinze mois après l'apparition du chancre survient une iritis droite avec douleur très-vive, rougeur et gonflement oculaire. Get accident persiste pendant tout l'hiver de 1859 (pommade de Lyon, purgatifs, traitement Leroy); le malade, pendant six mois, reçoit les soins d'un homæopathe, moyennant une somme de 50 fr. promise d'avance. Pendant le cours de cette iritis, deux tubercules se développent, l’uh sur le cou à droite, l’autre sur l’omoplate du même côté. Ces tubercules durent environ un mois et se terminent par suppuration, À la place qu'ils occupaient on trouve deux cicatrices blanchâtres déprimées, assez semblables à celles de la variole.
Vers la fin de l'hiver de 4859-1860 apparaissent des exostoses très-douloureuses sur le frontal droit, les jambes et les avant-bras. N’obtenant aucune amélioration, le malade entre le 5 décembre 1860 à l'hôpital du Midi. (Pornmade belladonée, atropine, iodure de potassium. Bains de vapeur.) Les exostoses ont disparu, l'œil est considérablement amélioré, à la sortie, le à mars 1861. Quatre mois plus tard, ce malade est pris de douleurs articulaires qui céssent au bout de quinze jours,
LA
sous l'influence d’un traitement approprié. En 1862, il quitte Paris pour la pro vince. Là, il est pris, au mois de septembre, de mal de gorge et de douleurs ave gonflement du genou gauche. La douleur est plus vive la nuit que le jour ; elle : son siége à la face interne de l'articulation. Le malade traine la jambe ; malgré ce accidents, il fait de nombreux excès de table (iodure de potassium). Le printemp de 1863 voit disparaitre tous ces accidents. Au mois d août 1863, peu de temp après son retour à Paris, la douleur du genou reprend, puis le mal de gorge reparai accompagné cette fois de gène de la respiration, de toux, d'une expectoratio: abondante, d’enrouement et même pendant quelque temps d'une aphonie com plète. Les liquides avalés reviennent en partie par les narines. Après un mois À traitement, il est admis à l'Hôtel-Dieu (clinique), le 27 octobre 1863. Le facieses pâle et défait, la physionomie exprime la tristesse et un découragement profond. voix estenrouée, la déglutition difficile et douloureuse, cuissons dans l’arrière-gorge Respiration gènée, oppression, Expectoration séreuse et abondante. Râles trachéaux Il existe à la partie inférieure du larynx, au niveau du corps thyroïde, une tumeu du volume d’une grosse noix. On la limite facilement sur les côtés, mais On M parvient pas à isoler nettement sa face profonde. Elle suit tous les mou: vements du larynx. C’est évidemment une tumeur gommeuse du corps thyroïde Les cordes vocales supérieures sont rouges, tuméfiées, séparées l’une de l’autf par un intervalle peu considérable, L'un des cartilages aryténoïdes, le droit est volumineux, dévié en bas, il présente une tache noirâtre et très-vraisembla blement il se trouve carié. |
Le genou gauche, volumineux, présente au niveau de la rotule, une circonfé rence de 0,38", par suite d'accumulation de liquide dans la cavité articulaire, Le douleurs dont il est le siége sont moins vives qu’elles n’étaient autrefois, la march est devenue progressivement très-difficile, (lodure de potassium 1 gramme. Quin quina.) Sous l'influence de ce traitement la gorge s'améliore, la déglutition devien plus facile, la salive est plus commodément avalée, les cuissons sont moins fortes la poitrine est moins oppressée, le râle laryngé moins fort, l’expectoration est toù jours abondante. Le genou, moins sensible, diminue un peu de volume (37 1/2) la voix est beaucoup plus claire. Le malade est moins triste. Le 44 noverubre, k voix est presque naturelle, il n’y a plus de sensation de cuisson dans l'arrière: gorge, la déglutition est facile. L’oppression est moindre, la toux diminue di fréquence et les râles sont moins nombreux. Le genou seul reste légèremen gonflé et douloureux. La tumeur située en avant du larynx représente tout a plus le volume d’une noisette. Le 17 et le 18, sensation de cuisson dans l'arrière gorge et douleurs dans le genou gauche, plus violentes la nuit que le jour. — Le 28 novembre, les forces reviennent peu à peu, l’expectoration est moins abon: dante. Les douleurs du genou gauche se font sentir à de longs intervalles. Cettt articulation a presque repris son volume normal (0,36c 1/2); la tumeur du corp thyroïde a presque complétement disparu. 1° décembre, le genou est normal, lé douleurs n’y sont plus que rares et fugaces. État de la gorge parfait, tumeur tra chéale à peine sensible au toucher. 4
Le malade quitte l'hôpital le 4 décembre. Son état est des plus satisfaisants Au bout d’un mois je le revois, il avait cessé tout traitement ; l’enrouement avai en parlie reparu, l'articulation contenait une tres-pelite quantité de liquide, elk mesurait près de 0,37 cent. Huit mois plus tard, ce malade venait me retrouver il était gros et gras, et tout à fait méconnaissable. Inutile de dire qu'il ne présen: lait aucun (rouble fénctionnel et que sa santé générale était parfaite. |
Dans ce fait, comine dans ceux qu'ont observés Richet et Follin, les print paux symptômes notés sont : des douleurs peu vives avec exacerbatiol parlois nocturnes, une tuméfaction lente de l'articulation avec hydropisie sott vent intermittente, sensation, sur les côtés des ligaments rotuliens, de masses molles élastiques, limitées en un ou plusieurs points, au niveau des replis SYnOVIaUx, et de plaques indurées et indolentes analogues à des corps étran:
xers. Ajoutons, dans tous ces cas, l’absence de réaction fébrile et la conservaion d'une grande partie des mouvements du membre lésé ; car, si les malades sn viennent à tirer la jambe ou à boiter, ils sont rarement dans l'obligation de séjourner au lit. Un fait mérite d'être mentionné, c’est que l'articulation du senou est en quelque sorte le siége de prédilection de cette localisation tardive. Jantôt un seul genou est affecté, tantôt les deux genoux sont simultanément atteints. Cependant d’autres articulations peuvent être envahies par lé même processus pathologique, et ce sont en général les grandes articulations plutôt que les petites.
“Il est des lésions articulaires également syphilitiques dont le point de départ est non plus le tissu cellulo-fibreux périarticulaire, mais bien les os qui concourent à la formation de l'articulation. Dans ces cas, le gonflement occupe une plus ou moins grande étendue de la continuité de l'os, la douleur vive et lancinante revient surtout la nuit, et la pression du membre est douloureuse. Par suite de cette altération, une sérosité épaisse s’épanche quelquefois à l’intérieur de Ja cavité articulaire, et si le tissu sous-séreux ‘St simultanément affecté, on peut observer, ainsi que l'ont vu Richet et Qullerier, des corps durs, véritables corps étrangers, situés au niveau des replis de la membrane synoviale. L'observation suivante, que nous devons à lobligeance de M. À. Guérin, chirurgien de l’hôpital Samt-Louis, est un bel exemple de cette dernière forme. Nous la rapportons d’après les notes qui nous ont été remises par MM. Duguet et Lefeuvre.
“Ons. XXIV.— D... (Joseph), ferblantier, âgé de vingt-cinq ans, est atteint à dixsept ans d'abcès du pied gauche, suite d’entorse; à dix-neuf ans, il contracte üne chaude-pisse pour laquelle il est traité dans le service de M. Ricord, qui lui lrouve, de plus, un chancre induré situé à la partie supérieure de la verge, à lünion du prépuce et du gland. L’inoculation de ce chancre faite au bras du malade donne un résultat négatif; pansement au calomel, et, pendant deux mois, traitement mercuriel : les ganglions de l’aine sont gros, durs, roulants et ñon suppurés. Point de roséole, mais alors alopécie ; il y a deux ans, à la suite dun coup sur la jambe gauche, il serait survenu une grosseur douloureuse à la pression. En même temps, douleurs nocturnes dans la jambe et l'épaule gauches. ILY à dix mois, la douleur aurait gagné le genou gauche et se serait accompagnée de gonflement notable, avec impossibilité de fléchir ni d'étendre complétement la jambe, et impossibilité de marcher. Pendant un mois, ce malade fut traité pour une hydarthrose : ne voyant aucune amélioration, il entra, au mois de janvier, dans le service de M. Guérin, où, en raison de son teint pâle et de ses apparences scrofuleuses, il fut mis à l'huile de foie de morue et au vin de quin- Quina; on lui appliqua en même temps sur le genou de la teinture d'iode, puis des vésicatoires volants, Sensiblement amélioré, mais non guéri, ilfut envoyé à l'hospice de Vincennes, où il fut repris des mêmes accidents, aussitôt qu'il voulut marcher. On lui applique de nouveaux vésicatoires volants, et, après deux semaines de séjour, il rentre dans le service de M. Guérin. Le 22 mars, cé chirurgien put constater le retour de l'hydarthrose; la rotule soulevée produisait un choc lorsqu'on pressait sur elle, et le liquide fuyait dans les culsde-sac supérieurs et latéraux de la synoviale, qu'il soulevait ; toute autre position que la demi-flexion était impossible. Au bout de quelques jours d’un traitement sans résultat par la teinture d'iode et les vésicatoires, l’idée vint que l'hydarthrose pourrait bien tenir à la syphilis; la grosseur du tibia fut regardée comme une périostose, les douleurs nocturnes comme spécifiques; le nez était
LANCEREAUX. — Syphilis, 2° édit. 414
déprimé et le voile du palais détruit, le genou gauche avait près de deux centimètres de circonférence plus que le genou droit au niveau du tibia.
Le 22 juin, emplâtre de Vigo sur l'exostose, et iodure de potassium à la dose d 4 gramme chaque jour ; mais les coliques et la diarrhée font suspendre ce médi cament le 4° juillet; le 6, le malade se lève pour la première fois et marche. On reprend le 10 juillet l'iodure de potassium : D... continue de marcher ; on peu constater la disparition complète du liquide dans le genou ; plusieurs fois encore, Je traitement est suspendu à cause des coliques et de la diarrhée. Cinquante centigrammes d’iodure sont plus facilement tolérés, et vers la fin de septembre le malade est envoyé à Vincennes, marchant très-bien, débarrassé de ses douleur nocturnes, avec diminution notable, mais non disparition de l’exostose du tibia. |
Le 27 juin 1865, ce malade entre pour la troisième fois dans le service de M. Guérin. Huit jours auparavant, à la suite d’un violent efort, il a éprouvé, da le coude droit, une douleur vive, persistante, à laquelle se joignit bientôt le gonflement de la partie. Lors de l'examen, il ne peut plus faire exécuter à son avants bras aucun mouvement de flexion ou d'extension; le coude, volumineux, tendu; douloureux à la pression, présente tous les symptômes d'une arthrite aiguë: Grâce aux antécédents bien connus du malade, un gramme, puis deux grammes d'iodure de potassium sont administrés chaque jour dans une potion, en mÈme temps que l’on combat par des cataplasmes l’inflammation locale. Le gonfle: ment diminue rapidement ainsi que la douleur, les mouvements sont rendusà Vavant-bras. Le 28 juillet, le malade demanda à sortir, se trouvant suffisamment guéri; mais, comme il restait un peu de roideur et que l’on désirait surtout lui continuer son traitement antisyphilitique, on le retint à l'hôpital jusqu'au 8 août. Il présentait encore son exostose de la face interne du tibia, les cicatrices de la gorge.
A ces deux variétés de larthropathie syphilitique est-il nécessaire d’en ajouter une troisième dont le pont de départ serait la membrane séreuse! Nous ne le pensons pas. Le tissu conjonctif sous-séreux est en effet, plutôt que la synoviale, le siége primitif des arthrites syphilitiques indépendantes d’une lésion osseuse. Pour terminer, disons que les tumeurs gommeuses voi sines des articulations ont quelquefois fini par pénétrer jusque dans la cavité articulaire. C’est ainsi que Coulson (1) a vu une tumeur syphilitique de la partie inférieure de la cuisse communiquer avec l'articulation du genou.
La lenteur d'évolution des arthrites syphilitiques rend leur durée généræ lement longue, mais heureusement sans grand inconvénient pour les: mas lades. Ces affections, comme toutes celles qui reconnaissent la même origine, n'ayant aucune tendance à la suppuration, peuvent encore guérir lors même qu'elles sont déjà très-anciennes. La guérison est du reste leur mode de términaison habituel, quand elles sont reconnues et traitées ; autrement, elles continuent leur évolution, sans éprouver le moindre changement de la part dés médications non spécifiques ; aucun fait n'indique qu’elles aient donné lieu des déformations persistantes ou à des désordres articulaires irrémédiables.
Diagnostic. — Les lésions articulaires liées à la scrofulose et au rhumatismé chronique, certaines hydarthroses qui n'éveillent qu’un léger mouvement fébrile, telles sont les affections que l’on peut confondre avec les arthrô-
pathies syphilitiques. Dans la tumeur blanche scrofuleuse, le gonflement
(4) Coulson, The Lancet, mars 1858.
NOSOGRAPHIE. à 14 :
wst plus rapide et plus considérable; les parties tuméfiées donnent aux «loigts la sensation d’une sorte d’empâtement général, et non celle de pla- (ques circonserites et indurées ; l’articulation affectée perd bientôt ses mouwements, et fréquemment l’altération finit par l'ankylose. Les lésions articuaires du rhumatisme chronique ne tardent pas à présenter des déformations “caractéristiques, elles sont d’ailleurs plus étendues que celles de la syphilis. Dans l’arthrite sèche, un frottement rude et sec se fait sentir pendant le jeu de l'articulation. Enfin, les hydarthroses simples ne se montrent pas en sénéral chez des individus cachectiques et pour ainsi dire toujours marqués au coin d'une maladie sérieuse et profonde, telle que la syphilis. L’arthrite blenmorrhagique se distingue par les circonstances au milieu desquelles elle kapparait, par la douleur et le gonflement qui l’accompagnent, comme par une certaine tendance à la suppuration.
Envisagé uniquement au point de vue de la lésion articulaire, le pronostic de l’arthrite syphilitique tertiaire n’est pas inquiétant. Les dépôts gommeux, toujours longs à détruire les tissus fibreux au milieu desquels ils se développent. n’entraînent généralement pas de désordres graves.Toutefois cette allection peut être plus sérieuse quand les os sont primitivement lésés : quoi qu'il en soit, elle ne produit pas d'ankylose persistante et ne nécessite jamais lamputation comme les affections d’origine scrofuleuse.
$ 4. Myosite syphilitique.
BIBLIOGRAPHIE. — J. B. THeoposius, Medicinales Epistolæ, Basileæ, 1553, et Aphrodisiacus de Gruner, p. 140. — Asrruc, De morbis venereis, etc., trad. franc. de Pours. Paris, 1777. — Perir-Ranez, Cours des maladies syphilitiques, 6° édit. Paris, 1828. — Ph. Boyer, Traité pratique de la syphilis. Paris, 1838. — Ricorn, Clinique iconographique de l'Hôpital des vénériens. Paris, 1851. Gaz. des hôpitaux, 1812, pe 98. — Boursson, Tumeurs syphilitiques des muscles (Gaz. méd. de Paris, 1816), et ribut à la chirurgie moderne, t. 1, p. 52, 1858. — Norra, Sur la rétraction musculüre syphilitique (Archiv. gén. de méd., décembre 1856). — Nérarox, Tumeurs Syphilitiques musculaires (Gaz. des hôpitaux, n° 6, 1858, et n° 59, 1861).— SarnT- ARROMANN, Thèse de Paris, 1858, p. 21. — Tuévener, Thèse de Paris, 1858, p. 22. — Aug. MazzccHELL1, Sur la syphilis musculaire. Ann. univers., CLXXXVIL 4° série, 4, p. 274. — Sipney Jones, dans Trans. of the pathol. Society of London, vol. VII, p.316, pl. X, fig. 5 et 6; vol. XI, p. 246. — Murcmison, tbid., vol. XII, p. 251. — Wircaow, Archiv f. path. An., vol. XV, p. 27%, et Pathologie des tumeurs, trad. fr. par Arowssonn, t. Il, p. 430. Paris, 1869.
Depuis longtemps les affections syphilitiques des muscles ont fixé l'attention des observateurs. L’un des premiers, J. B. Theodosius indique leur existence; il admet la rétraction musculaire syphilitique et les gommes des muscles. Astruc décrit ces manifestations dans les termes suivants : « Quand, dit-il (1), la substance des muscles est infiltrée du virus, il survient des ganglions ou de petites tumeurs dures qui, en interceptant ou retardant le cours du sang, donneront lieu à une douleur rhumatismale tensive, pulsative, avec une tuméfaction manifeste et inflammatoire. » Petit-Radel parle d’une rétraction musculaire
(1) Astruc, Loc. cit., t. IV, p. 54.
rebelle aux moyens ordinaires de guérison (1). Lagneau signale, parmi le accidents de la syphilis, les phlegmasies chroniques des muscles des membres lesquelles déterminent des flexions permanentes désignées sous le nom dé contractures (2). Ph. Boyer écrit : «Il paraît que la syphilis consécutive a aUss de l'influence sur le système musculaire, car j'ai vu deux fois des‘contracture: produites par elle ou au moins accompagnant ses symptômes el ne pouxan être rapportées à d’autres causes. Elles appartenaient au muscle biceps brachial: l'avant-bras était un peu porté dans la pronation, et la flexion ne pouvai être étendue. L'un des malades avait une syphilide ulcéreuse au front ; l'autr avait des exostoses aux tibias, plusieurs hydarthroses, des périostoses au mé tatarse et au métacarpe, et la teinte terreuse de la peau (3).» Ricord, en 1842 a publié plusieurs observations qui ont ‘eu pour résultat de fixer l’attentior sur les altérations syphilitiques de ces mêmes organes; Son Iconogräphie ven ferme une figure qui représente des gommes musculaires (A). Plus récemment Notta et surtout le professeur Bouisson (de Montpellier) ont étudié ave soin ce même sujet. Ce dernier donne une description minutieuse des tumeur:
syphilitiques des muscles.
Étude anatomique. — Les lésions que développe la syphilis au sein de muscles sont anatomiquement caractérisées où par une infiltration néopla sique ou par la présence de nodosités plus ou moins volumineuses et non} breuses ; de là deux modes pathologiques semblables à ceux que nous avon déjà rencontres : lésion inflammatoire, diffuse, ou myosite diffuse; lésion cr conscrite, ou myosile gommeuse.
La myosite diffuse se cicatrise tout d'abord, selon Ricord, par l'hypertrophi et la tuméfaction du muscle. Peu à peu, une matière plastique parti culière se dépose dans le tissu musculaire, lannihile; puis surviennent} raccourcissement, l’atrophie du muscle, et enfin la dégénérescence fibreuse cartilagineuse et osseuse. Done, tuméfaction, et exsudation de lymphe plas tique, ou mieux apparition de noyaux et de cellules petites, arrondies, et & définitive de fibres nouvelles de tissu conjonctif dans les espaces interfibrillai res des muscles ; plus tard, retrait de ces éléments, comme il arrive dans tou les tissus de cicatrice, et raccoureissement du muscle, ou bien dépôt d’élément calcaires dans l'épaisseur du néoplasme et calcification du muscle, c'est quoi consiste ce processus syphilitique. Virchow donne de cette lésià une description à peu près identique quant au fond; elle se rapport plus particulièrement à sa phase avancée. « Les contractures musculaire ont pour cause, dit cet observateur, des dégénérescences calleuses du tiss musculaire, altérations analogues à celles que produit l'inflammation rhu matismale simple ou traumatique; au milieu du tissu interstitiel des fais ceaux musculaires se développe un tissu conjonctif qui se scléroset détruit, après l'avoir atrophiée, la fibrille musculaire primitive (5). » Ains
(1) Petit-Radel, Cours des malad. syphilitiques, t. IT, p. 78, 4812,
(2) Lagneau, Traité pratique des malad. syphilitiques, 6° édit., t. I, p.145. (3) Ph. Boyer, Traité pratique de la syphilis, 1838, p. 167. (4) Ricord, Iconographie, pl. XXVIII bis, fig. 1. | (5) Virchow, La syphilis constitutionnelle, p.105, Paris, 1860.
Jtération primitive de la trame, lésion secondaire de l'élément musculaire, elle est la modification anatomique du muscle affecté par la syphilis.
| L'aponévrose d'enveloppe prend quelquefois part à cette altération. Dans un ras de dégénérescence plastique du jambier postérieur observé par Ricord, r'aponévrose d’enveloppe des muscles de la région postérieure de la jambe était \ifficilement séparable, et, en l’enlevant, on découvrit un tissu lardacé, jaunàre, dû à l’altération du muscle et de la fibre musculaire.
La myosite gommeuse ne diffère de la précédente que par la dispo- Mition du néoplasme. Au lieu d'infiltrer une plus ou moins grande partie dé la masse musculaire, celui-ci se présente sous forme de nodosités plus où hoins nettement circonscrites ayant pour siége la substance conjonctive, ou trame fibreuse du muscle, ainsi que l’a admis Bouisson, d'après la simple malogie. « L'analogie porterait à croire, nous dit ce chirurgien, que léléent cellulo-scléreux qui unit les fibres charnues ou qui leur forme une raine, est le premier envahi. Mais lorsque la lésion est avancée et qu'elle iMrevêtu l'un de ses modes de terminaison, soit par suppuration, Soit par induration, tous les éléments anatomiques paraissent affectés, et, suivant lé degré plus ou moins avancé du travail morbide, les fibres musculaires semblent plongées dans une matière de nouvelle formation, ou bien elles sont ramollies et détruites, ou bien encore elles sont transformées en tissu induré, subcartilagineux et même osseux. »
Les tumeurs gommeuses des muscles présentent les caractères histologiques des gommes du tissu conjonctif sous-cutané : cellules rondes, petites, dun seul novau (1}, dispersées au sein d’une masse fibrillaire ou fibreuse. Elles sont, comme celles-ci, parfois enkystées et toujours constituées par 16s mêmes éléments, quoique souvent différentes par leur volume et leur colration. Grisätres d'abord, plus tard jaunâtres, elles acquièrent peu à peu là grosseur d’une noisette, d'une noix où même un volume plus considérable. Primitivement molles, visqueuses, elles conservent quelquefois cette consistance première ; d’autres fois, fermes, semblables à l'œædème dur, elles marchent Yers une organisation de plus en plus complète ; sinon, elles subissent unc ffansformation graisseuse, se ramollissent peu à peu, deviennent fluctuantes, au point qu'on à pu supposer qu'elles entraient en suppuration, et qu'on à Confondu avec le pus leurs éléments désagrégés. Gette erreur à été partagée par dés hommes éminents, entre autres par le professeur Bouisson, de Montpellier ; mais il est bien évident que cet auteur a pris pour de la suppuration ou bien une lésion musculaire consécutive à l’altération d’un os voisin, ou bien le ré- Sidu de la transformation graisseuse des éléments constituants des tumeurs gommeuses. C’est donc à tort qu'on à parlé de gommes suppurées : la suppuration n’est pas le fait de la syphilis. Suivant nous, l’évolution des tumeurs sommeuses des muscles s’accomplit en deux temps ou deux périodes, l'une de formation (1° degré de Bouisson), l'autre de régression ou de métamorphose {2° et 3° degrés du même auteur). Dans la première période, il y a apparition d'un tissu analogue au tissu embryoplastique ou embryonnaire ; dans la seconde, ily a destruction moléculaire des éléments de ce tissu dont les conditions de
(4) Ch. Robin, Bull. de la Société anatomique, 1855, p. 26.
vitalité ne sont que temporaires. Quelquefois cependant on constate le déve loppement complet du néoplasme et son passage à l’état fibreux, ou bié encore son incrustation par des sels calcaires, d’où l’état osseux ou ossiforme.
Siége. — Aucun muscle n’est à l'abri des lésions syphilitiques, mais tous ne s’altèrent pas avec une égale fréquence. Les observations de Ph. Boyer, Ricordl et Notta nous apprennent que la myosite diffuse est fréquente dans les musclés des membres supérieurs et surtout dans les fléchisseurs de l’avant-bras. Bouisson à vu cette affection attaquer un des muscles oculo-moteurs. Il prétend à tort suivant nous, que la plupart des rétractions anales observées chez les syphilitiques sont dues à la même cause. Quant aux tumeurs gommeuses, elles paraissent affecter de préférence le grand fessier, les muscles trapèze, sterno-mastoïdiens, triceps’ crural. Certains organes, d’une structure essentiel lement musculaire, tels que les lèvres, la langue, le voile du palais, le diaphragme (Murchison), le larynx, le cœur même, participent quelquefois aussi cette altération, comme nous le verrons plus loin. Les lésions syphilitiques: des muscles sont assez communes pour qu’il m'ait été possible d’en observer six Cas depuis un an. Les membres inférieurs étaient, dans ces cas, le siège de l’altération, et celle-ci occupait non pas le corps mais l’une des extrémités musculaires, en général le point d'insertion des fibres contractiles sur les toiles aponévrotiques ou les cordages tendineux. Le triceps crural était trois. fois affecté à son extrémité inférieure, une fois à son extrémité supérieures
le jumeau externe présentait, dans un cas, une saillie de consistance ferme
quasi osseuse, parallèle à son grand axe et située près de son point d’inser= tion. L’altération, dans le dernier cas, avait pour siége la partie supérieure du jambier antérieur droit et l’aponévrose qui recouvre les muscles de A région antérieure de la jambe.
Étude symptomatique. — Les deux formes de myosite syphilitique ont des Symptômes communs et des symptômes propres. Un symptôme commun est la douleur : dans la myosite gommeuse elle se fait sentir au moment ou à la suite des contractions ; dans la myosite interstitielle, située à peu près exclusis vement au niveau des attaches tendineuses, elle est provoquée par les tiraille= ments sur le muscle lésé. La rétraction musculaire est le symptôme le plus: constant de l’altération diffuse ; si le biceps est malade, les mouvements par suite sont limités, l’avant-bras est dans un état de flexion permanente ; c& muscle, dur, tendu, diminué de longueur, fait saillie pendant l'extension sous là peau intacte et non colorée. La myosite gommeuse est rarement accome pagnée de ce phénomène; et, si les muscles sont superficiellement situés; le palper permet de constater la présence de tumeurs fermes et résistantes dès l'abord, plus molles ensuite, qui parfois acquièrent une dureté osseuse. La forme de ces tumeurs est ordinairement globuleuse, leur volume varie depuis celui d’une petite noix jusqu’à celui d’une orange. Elles ne s'accompagnent d'aucun changement de coloration à la peau. Selon Bouisson, les variations de température et l’état hygrométrique de l'air éveillent leur sensibilité, qui s'accroît encore pendant la nuit. Un caractère Commun à ces tumeurs et à la
plupart des tumeurs musculaires consiste dans la mobilité ou la fixité, suivant que le muscle est au repos ou contracté. C'est dans le cas de mobilité que l'exploration de la tumeur est le plus facile. Des troubles particuliers, variables avec chacun des muscles affectés, correspondent à ces altérations qu'accompagne fréquemment l’état anémique du malade.
La marche des myosites syphilitiques est lente, insidieuse, et souvent le malade ne s'aperçoit de l'existence de cette affection que longtemps après son Jébut. Habituellement, il prend pour du rhumatisme les douleurs qui parfois sxistent pendant la première période de cette altération. Plus tard, quand la gomme est ramollie, malades et médecins croient volontiers à un abcès. L’induration musculaire, longue à disparaître, diminue peu à peu de {a circonférence vers le centre.
La guérison est la règle ; mais il faut savoir que P'infiltration difluse est suscéptible d'amener l'atrophie ou la destruction d’un certain nombre de faisceaux musculaires, et qu’elle peut arriver à produire une rétraction permanente.
Diagnostic. — Le diagnostic des lésions syphilitiques des muscles n’est pas difficile lorsqu'on sait tenir compte de leur marche, des commémoratifs et des altérations concomitantes. Les exostoses, les tumeurs gommeuses du périoste, ls ulcères du pharynx ou du voile du palais, sont les manifestations qui les accompagnent le plus ordinairement; parfois elles coexistent avec des affections viscérales qui reconnaissent la même origine. Les cancers, les abcès, qu'il est possible de confondre avec la syphilis musculaire, se distingueront à laide des caractères que nous avons énoncés plus haut, relativement au diaonostic des gommes du tissu cellulaire sous-cutané.
Imdépendamment de l’atrophie musculaire et de la contracture permanente, ious savons. que les ulcères profonds et sanieux qui succèdent aux tumeurs sOmmeuses se cicatrisent difficilement; si nous ajoutons que ces ulcères peuvent amener la perforation du voile du palais et de la gène dans les mou- Yéments de la parole, on comprendra que les affections syphilitiques musculaires ne sont pas toujours sans gravité.
$ 5. — Ténosite syphilitique.
Malgré une organisation peu vasculaire, les aponévroses et les tendons n'échappent pas aux manifestations de la syphilis constitutionnelle. L'inflammation syphilitique est, en effet, essentiellement propre aux tissus fibreux, quel que soit leur degré de vascularité. Les lésions observées dans ces dépendances du système musculaire ne diffèrent pas d’une facon notable de celles que nous Yenons de voir au sein des muscles. Elles consistent, ou dans un épaississement partiel, ou dans la présence de petites tumeurs où noyaux durs (nodus, gommes) dans l’épaisseur des toiles membraneuses et des cordons tendineux. |
Connues d’Astrue (1) et d’un grand nombre de ses prédécesseurs, les lésions syphilitiques des membranes fibreuses et des tendons ne, peuvent être mises
en doute, bien que les observations sur lesquelles repose leur description soient
(4) Astruc, Traité des maladies vénériennes, À. IV, p. 11 et 75.
en général fort laconiques et souvent incomplètes. Nous avons déja signalé l'altération des toiles aponévrotiques des muscles de la jambe, ajoutons que semblable altération envahit parfois les autres aponévroses. Celles-ci peuvent être aussi le stége de tumeurs gommeuses, mais plus rarement que les tendons.
L'intiltration syphilitique des tendons, tantôt ferme et solide, semble pre duite par une hypertrophie circonscrite du tissu (Bouisson); tantôt plus molle et moins consistante, elle paraît tenir à un épanchement de matière comme gélatineuse. Le tendon par lui-même est peu modifié ; mais si l’ossi= lication s'empare du néoplasme, elle peut gagner toute la longueur du cordon | fibreux ; sinon, rester limitée à la partie malade, et former ainsi une sorte d'os sésamoiïde accidentel. |
Les tumeurs syphilitiques se développent à la surface ou au centre des ten# dons. Le premier siége est le plus fréquent. Nünn a vu dans un cas les tendons des muscles qui s’insèrent à la partie supérieure et interne du tibia présems ter une masse gommeuse qui ulcéra la peau, et fut éliminée. Les tendons du coude-pied étaient également altérés et la guérison eut lieu sans aucune rétra@ tion. Quand ils occupent le centre même de la corde tendineuse, les produits gommeux écartent les fibres, et la tumeur prend une forme ovoïde ou fusis forme. Bouisson à observé et dessiné une pareille tumeur qui siégeait dans lun des tendons des fléchisseurs des doigts ; la fluctuation était sensible à travers l'enveloppe fibreuse, et la tumeur avait à peu près la forme et le volume d’une amande. Get auteur pense que l’affection désignée par Lisfranc sous le nom de nodosités blanches des tendons n’est tout simplement qu’un cas particulier de nodus syphilitique. L'observation de Lisfrane (1) sur ce sujet a trait, comme on sait, à un danseur de l’Opéra, qui portait une tumeur volumineuse, développée dans le tendon d'Achille, et qui guérit par l'emploi de l’iodure dé potassium.
Les tendons les plus épais et les plus résistants sont le siége le plus habituel des lésions syphilitiques. En première ligne se placent le tendon d’Achille ét celui du biceps ou du triceps crural. Nélaton a rencontré deux tumeurs 20om* meuses développées dans ce dernier tendon, où elles simulaient un Corps étranger du genou. Une autre fois, la tumeur, qui occupait le muscle droit anté= rieur de la cuisse, était devenue le point de départ d’une hydarthrose qu'il était facile de prendre pour une tumeur blanche (2).
Qu'elles affectent les aponévroses ou les tendons, les lésions syphilitiques ne sont pas douloureuses au repos. Cependant, lorsqu'elles occupent les tendons, elles sont quelquefois, pendant la contraction des muscles, le siége de douleurs qui entravent plus ou moins les mouvements. Le plus ordinairement sous® cutanées, les lésions Syphilitiques tendineuses se montrent sous forme dé saillies abruptes, dures, souvent petites et circonscrites : plus tard, elles se ramollissent, la peau devient rouge, S'enflamme, s’ulcère, se perfore et livré passage au produit gommeux mortifié. Celui-ci n’est pas du pus, je l'ai dit plus
(1) Lisfranc, Gazette des hôpitaux, 1842.
(2) Saint-Arromann, Thèse de Paris, 1858.— L'observation blable; le tendon rotulien, infiltré par le produit gommeux, es du genou contient un liquide séreux abondant. |
XXII est un exemple assez sem ten partie détruit ; l'articulation
| | NOSOGRAPHIE. A saut, et B. Bell (1) à noté les différences qui le séparent du liquide vurulent : « Cette matière ténue, presque sans couleur, ou un peu teinte de sig, n'a peut-être jamais aucun des caractères du pus. » Les ulcères qui en “ésultent, ajoute le même auteur, sont sordides et communément plus difficiles
| Ent ? n Û Arpx < : è ñ PACE | guérir qu'aucun des autres qu’on observe dans cette maladie. En général la
*ontinuité des tendons est respectée, et la guérison a lieu sans rétraction. Aune certaine époque de leur évolution, lorsqu'elles commencent à se “amollir, les nodosités syphilitiques des tendons peuvent être d’un diagnostic “cile ; mais il n’en est pas de même dans la première phase de leur dévelopsement. Alors elles peuvent être confondues avec d’autres tumeurs, et particurement avec les nodosités résultant d’une accumulation de sérosité dans les “ourses muqueuses naturelles ou accidentelles, et auxquelles on a donné le “om de ganglions. Ces dernières lésions sont réductibles, et leur évolution est bien différente de celle des tumeurs gommeuses. Certains névromes peuvent core induire en erreur ; mais leur siége et la douleur qui les accompagne aident à les différencier (2).
“Le pronostic de ces affections est généralement peu sérieux, à cause du peu d'importance fonctionnelle des organes lésés.
& 6. — Dactylite syphilitique (panaris syphilitique).
DiuciocRAPH1E, — VAN Ooupr, Thèse de Paris, 1859, p. Al et 45.— CHASSAIGNAC, Déta dactylite syphilitique, Clinique européenne, p. 239, 23 juillet 1859. — Nira- “ron, Du panaris syphilitique (Gaz. des hôpitaux. fév. 1860).— Bercn, Sur les lésions syphilitiques des ongles et le panaris syphilitique (Hospital Tidende, n° 13, 1860, trad. du danois dans Behrend’s Syphilidolog. IE, 5, 1861).— Le mème, Ucber quimmose Brkrankung der finger und Zehen bei Syphilis. Archiv f. Dermatolog. und Syphil., If, Pp. 225, 1870. — À. LUCKE, Syphilitische Dactylitis, Berlin. klin. Wochenschrift, LAIV, 50, 51. — ARCHAMBAULT, Union méd., no 140, 1869.—. 0. Riser, Zur lasnislik der syphilitischen finger und Gelenk affectionen, Berlin. klin. Wochenschr., VIE, 1870. — O. Hevreroer, Cas de lésion syphilitique des doigts et des orteils, Petersb. med. Zeitschr., n. f. I, p. 38, 1870, et Schm. Jahrb.,t. CLIIL, p. 48; 1872. — BR, W. Tavcor, On Dactylitis syphilitica, The american Journ. of Syphilography and Dermetology, New-York, 1871, trad. dans Archiv. génér. de médecine, t. I, p. 112, Paris, 1871. — J. MorGaw, On a peculiar affection of the hands and feet, The medical Press and circular. 48 décembre 1872.
Les différents tissus qui entrent dans la composition des doigts peuvent ètre Smultanément ou isolément atteints par la syphilis, d’où les diverses espèces dé panaris admises par les auteurs. Nous ne reviendrons pas sur l’onyxis, dont il a été question plus haut, et ainsi, il nous suffira de rappeler que la peau des doigls est exposée aux manifestations syphilitiques de tout le Système cutané, et par conséquent à des éruptions multiples. Le tissu cellulaire sous-cutané des doigts n'est pas, sous ce rapport, plus épargné que celui des autres régions. Des tumeurs g0mmeuscs peuvent s'y déve-
(1) B. Bell, De da gonorrhée virulente et de la maladie vénérienne, t. 11, p. 187, Paris, (2) Comparez Notta, Rech. sur une affection particulière des gaines tendineuses de la main caractérisée par le développement d'une nodosité sur le tendon des fléchisseurs des doigts.
(Arch. gén. de médec., t. XXIV, 4° série, p. 142.)
lopper (dactylite gommeuse). On a trouvé le tendon de l’un des médius affect de dépôt gommeux (obs. IV, thèse de Van Oordt), et il y a toute ‘aison pour qu la svnoviale et la gaîne fibreuse des tendons déjà exposées aux atteintes de} syphilis secondaire subissent l'influence syphilitique tertiaire. Quant au périost et à l'os, ils ne sont pas exempts de cette influence, etla dactylite périostiqu peut, à la rigueur, se terminer par carie et surtout par nécrose.
Le plus souvent, toutefois, ces divers tissus sont simultanément affectés! et il devient difficile de savoir quel a été le point de départ du processus morbide, surtout quand ce processus débute dans les parties profondes et s'étend aux régions plantaires ou palmaires. Les faits de ce genre son particulièrement connus aujourd'hui sous le nom de dactylite syphilitique: Celui qui suit a été rapporté par le professeur Nélaton. « Un homme âgé d’une cinquantaine d'années entre à l'hôpital de la Clinique pour se faire traiter d'une affection du doigt médius de la main droite. Il raconte que cette maladie s’est déjà produite deux fois; ce doigt est devenu gros et doulou reux, puis ces accidents se sont dissipés graduellement, et finalement ila pu reprendre ses travaux ; une rechute eut lieu, suivie d’une guérison appa= rente, comme la première fois; enfin, après la deuxième récidive, voici l'état que présente cet homme. Le médius de la main droite est plus vo= lumineux qu'il ne devrait l'être. Il a environ 1 centimètre de plus que son! congénère du côté opposé. Cette augmentation de volume porte principalement sur la première phalange, un peu moins sur la seconde, elle est à peu près nulle sur la troisième. Les téguments, légèrement tendus, ont conservé leur aspect normal, ils offrent seulement une teinte violacée. Les mouvements sont peu gênés, la pression est faiblement douloureuse, mais il survient à divers instants de la journée et quelquefois pendant la nuit des douleurs spontanées. » Un fait analogue est en outre signalé par ce même chirurgien.
Deux malades observés par Lücke présentaient, l’un un gonflement diffus, uniforme, indolent, de toutes les phalanges des petits doigts et de quelques= uns des orteils, l’autre l’augmentation de volume des phalanges du premier orteil droit et du second orteil gauche: les parties molles des doigts étaient épaissies, la peau qui les recouvrait était tendue et résistante, les articulations étaient crépitantes, les mouvements gènés et non douloureux. Trois autres faits assez semblables ont été vus par Bergh, Me. Creadv et H. Tavlor. Réunissant ces différents cas, ce dernier a donné une histoire détaillée de la dactylite | syphilitique, qu'il divise en deux variétés. Dans la première variété l'altération occupe le tissu conjonctif sous-cutané et les tissus fibreux des articulations ; dans la seconde, le processus morbide, prenant son point dé départ dans le périoste et dans les os, envahil secondairement les join= tures. Ces altérations affectent un ou plusieurs des doigts ou orteils; la peau, à leurniveau, est distendue, quelquefois adhérente aux parties sous-ja= centes, ses plis sont effacés, sa couleur varie du rouge marbré au rouge sombre, et, lorsqu'elle devient tuméfiée et sensible, c’est toujours d’une façon ai On n'a pas jusqu'ici observé d’altération concomitante des ongles. renier di que la dactylite sous-cutanée, la dactyliten
7 PEU Produire un gonflement analogue à celui que dé termine le spina-bifida. Cette tuméfaction arrondie existait dans le cas de
Sergh, où tout portait à diagnostiquer une ostéo-myélite gommeuse. Effectivement, la paroi osseuse, amincie, donna issue en dernier lieu à un liquide clair t visqueux, el un stylet introduit dans la plaie conduisait dans une cavité “ans rencontrer de portion d’os nécrosée et sans détermimer de douleur. Après ‘a guérison, la phalange altérée se trouvait notablement raccourcie. Semblable ésultat se rencontrait dans le cas de Me Cready par suite de la résorption d’une “rande partie de la phalange, résorption dont le mécanisme était sans doute hnalogue à celui que nous avons vu produire la disparition des os cràniens. Ces faits nous montrent que la dactylite syphilitique peut produire un raccourcissement plus ou moins considérable des doigts et des orteils ; ajoutons que la difformité qui en résulte est relativement peu marquée.
L'absence de douleur, une évolution lente et une durée toujours longue en dehors de l'intervention d’un traitement spécifique, tel est l’ensemble des caractères généraux qui permettent de reconnaître la dactylite syphilitique et de la distinguer des affections susceptibles de la simuler, comme un accès de goutte, Mn panaris ordinaire, ete. Le rhumatisme chronique ne prêtera pas davantage à là confusion : limité aux articulations des doigts, il les atteint pour la plupart, respectant la peau et produisant une déformation dont la tendance est de déjeter les doigts vers le bord eubital de la main etde fixer les organes dans diverses positions de flexion et d'extension. L'enchondrome des doigts, tumeur dure, @irconscrite, saillante le plus souvent à la face palmaire, pourrait être confon- Que avec la dactylite sous-périostique ; mais son accroissement progressif, Sa dureté, ses bosselures aideront à le reconnaitre tôt ou tard. Les affections Scrofuleuses des phalanges se distingueront par les trajets fistuleux auxquels elles donnent bientôt naissance et par la concomitance d'accidents strumeux en d'autres points du corps.
Le pronostic de la dactylite syphilitique n’est sérieux qu'autant que cette affection est méconnue. C’est alors que peuvent se produire des déformations capables de gêner la fonction des doigts ; mais chose plus grave serait une opération pratiquée sans nécessité.
ARTICLE IIf. — APPAREIL GÉNITO-URINAIRE.
Nous avons fait connaître les localisations primitives et secondaires de là Syphilis sur les organes génitaux. Il nous reste à étudier les altérations terfiaires de ces mêmes organes chez l’homme et chez la femme, et celles de l'appareil urinaire.
S 4. — Orchite syphilitique.
Bisciocrapnie. — Asrruc, Traité des maladies vénériennes, trad. franç. de Louis, 1777.—Benj. Bec, Traité de la gonorrhée virulente, etc.,trad. franc. de BOSQUILLON, Paris, 48092, t. II, 490. — DuruyTREN, Leçons orales de clinique chirurgicale, t. I, Paris, 1832. — Ast. Cooper, Diseases of the testis. London, 1859, p. 135, et Œuvres chirurgicales, trad. française par RicueLor et CHassAlGNAC. Paris, 1837. — HuNTER, Œuvres complètes, traduct. française, p. 580. Paris, 1841. — HAMILTON, Essay On syphilitie Sarcocele. Dublin, 1840.— Ph. Boyer. Testicule syphilitique (Gaz. méd., 1840, p. 754).— VELPEAU, Dictionnaire en 30 volumes. — RIcoRD, Clinique icono-
graphique de l'Hôpital des vénériens, et Gaz. des hôpitaux, 1845, p. JUS OS Ham TON, Essay on syphilitic Sarcocele, Dublin, 1849. — HäLor, Mémoire A le testicul syphilitique (Journ. de chirurg., t. IV, 1846, P. 103 et 129).—Vinar (de Cassis), Du Sarcocèle syphilitique ( Mémoires de la Société de chirurgie, 1851) *— NÉLATON, Gaz. des hôpitaux, 8 avril 1852, et Annales des maladies de la peau, t. PTE 4 CaLvo, De l’albuginite syphilitique, etc. Thèse de Paris, 1854. — B. CüRLING, Traité pratique des maladies du testicule, trad. franç. par L. GosseriN, Paris, 1857, p. 357. + VENOT, Du Sarcocèle syphilitique. Thèse de Paris, 1858. — Rozzer, Mémoire sur le Sarcocèle fongueux syphilitique. Lyon, 1858. — Fossarp, De l'orchite tuberculeuse, Thèse de Paris, 1855. — M. Lesrux, Du Sarcocèle syphilitique. Thèse de Paris, 1855. — A. Lesear, Du Sarcocéle syphilitique. Thèse de Paris, 1855. — Vinaz (de Cassis), Du Sarcocèle syphilitique, ses effets sur le testicule et sur la virilité. Mém. de la Société de chirurgie, 1856. — Vircuow, Syphilis constit., trad. franc. Paris, 1859. — De Meric, Fungus of the testicle in syphilis, The Lancet, March 19, 1859 — JF. Wesr, Sur le fungus syphilitique du testicule, dans Dublin Quarterly Journ. of med. Science, nov. 1859. — Ch. Harny, Etudes sur les inflammations du testicule, Thèse de Paris, 1860, p. 48 et 49.— Lewin, Sfudien über Hoden (Deutsche Klinik, n° 2h, 1861, et Canstait's Jahresbericht, 1861). — Bern, Om dem syphilit. Tests kelid. (Hospit. Tidende, n° 9, 11, 1861). — Wiixs, dans Transact. of the pathols Society, vol. X, p. 210, XII, p. 216, et Guy’s Hosp. Reports, ser. III, vol. IX, p. 5 pl. Il, fig. 4. — Caxrox, Trans. of the path. Society, vol. XIE, p. 162, pl. IX, fig. 4 —Fr. TENORE. I fungo benigno del testicolo e la Sifilide constituzionale. Napoli, 1863, et Ann. univers., t. CLXXXVIL, (4° série, 41), p. 170. — Verneuiz, Article Aine du Dict. encyclopédique des Sciences médicales, t. 11, p. 286. — Hurex, Zur Casuistik de Orchitis gummosa, Archiv f. klinische Medicin, VI, p. 104, 1869. :
Signalées par Astruc et Van Swieten, décrites par B. Bell, les affections syphilitiques des testicules ont été bien étudiées par A. Cooper {1) et par Dupuytren ; mais c’est à Ricord, à Vidal (de Cassis), à Curling et au profes= seur Gosselin que sont dus les travaux les plus importants sur ces manifess tations. Comme la plupart des lésions syphilitiques, elles se montrent sous deux formes distinctes, lune diffuse, l’autre cireonscrite ; quelquefois com= binées, d’autres fois isolées et indépendantes, ces deux formes pathologiques méritent chacune une description séparée.
Qu'elle envahisse une partie ou la totalité de l'organe, qu’elle soit simple ou double, l’orchite syphilitique diffuse est caractérisée, à son début, par une hypérémie vasculaire et l'apparition, au sein du tissu interstitiel où connectif, de petites cellules rondes et de noyaux auxquels succèdent ordi= nairement des fibres de tissu conjonctif. Plus ard, des cloisons blanchatres, des cordons d'aspect tendineux, irradient de la tunique albuginée épaissié, et principalement du corps d'Hygmore, dans une partie ou dans toute l'épaisseur de l'organe, compriment et écartent les canalicules séminifères. Ceux-ci ne tardent pas à s’atrophier, et les cellules épithéliales qu'ils ren= ferment, granuleuses, infiltrées d’un pigment brun noirâtre, se détruisent peu à peu en subissant la métamorphose graisseuse. Le testicule, dur et résistant, crie sous le scalpel; il n’est plus constitué que par des éléments
(1) On se fera une juste idée de l’invariabilité des caractères anatomiques des lésions syphi= litiques du testicule, en comparant les planches laissées par A. Cooper avec celles que nous à léguées Ricord et celles qui font partie de ce travail. 11 sera impossible, après cet examen, de ne pas reconnaitre la spécificité des manifestations internes de la vérole, ‘4
{Je tissu connectif et quelques particules de matière grasse, il à subi une véritable transformation fibro-graisseuse. En général plus volumineux au Mjébut de l’évolution pathologique, cet organe se rapetisse peu à peu à mesure que se rétracte le tissu de nouvelle formation. De là résulte une atrophie générale si l'inflammation est étendue, une dépression ressemblant à une cicatrice lorsque la phlegmasie est limitée ou seulement lobulaire. Dans ces Onditions, le cordon est le plus souvent intact; quelquefois il est confondu “de facon à ne faire plus qu'une seule masse avec le testicule.
La tunique vaginale participe le plus souvent à l’altération du testicule | (périorchite, vaginalite). Tout d'abord elle renferme de la sérosité, qui, plus “tard, se résorbe lorsque ses deux feuillets viennent à se tapisser de dépôts ‘pseudo-membraneux et à produire des adhérences plus où moins complètes. La périorchite isolée et indépendante de l’altération testiculaire est rare, si toutefois elle existe.
L'inflammation aiguë simple et non spécifique du testicule est à peu près la Seule lésion qui puisse être confondue avec l’orchite syphilitique. Elle s’en distingue par une hypérémie et une friabilité plus considérables, et surtout par ne évolution beaucoup plus rapide, en sorte qu’elle ne produit ni l’épaississement seléreux de la trame interstitielle, ni l’atrophie qui en résulte. L’inflamation qui succède à une blennorrhagie ou à tout autre désordre de l'urèthre porte, avant tout, sur le cordon et sur l’épididyme. Je ne chercherai pas à différencier l'orchite syphilitique de lorchite chronique, dont l'existence n’est pas jusqu'ici nettement établie. Je pense, avec le professeur Gosselin, que la plupart des cas d’orchite chronique connus ont une origine syphilitique imcontestable.
L'orchite circonscrite ou gommeuse peut accompagner l’orchite diffuse, ét aux caractères ci-dessus signalés s'ajoutent ceux de la tumeur gommeuse (1). D'autres fois, les gommes du testicule se développent isolénent, elles ont pour point de départ la tunique externe d’un vaisseau ou la membrane propre d'un canalicule spermatique; elles sont multiples et dispersées en différents points, où groupées sur un seul. D'un volume qui varie de la grosseur d'une lentille à celle d’une noisette, d'une noix ou même d'un œuf, ces dépôts arrondis ou mamelonnés, d'une coloration grisètre ou d’un blanc jaunàtre, ont une consistance ferme, qui devient plus molle vers le centre; à la coupe, ils sont secs plutôt qu'humides, c'est-à-dire qu'ils laissent échapper peu où pas de liquide sous l'influence de la pression.
“De même que la plupart des tumeurs 80MMEUSCS des organes internes, les sommes du testicule sont entourées dès leur début d’une aréole grisâtre, parcourue de vaisseaux visibles à l'œil nu ; plus tard elles sont enveloppées d’une sorte de capsule fibreuse blanchätre, dont il est parfois difficile de les séparer. La constitution histologique de ces tumeurs n’est pas toujours parfaitement identique ; tandis que les unes sont presque entièrement fibreuses, les autres, > au contraire, sont composées à peu près uniquement de cellules et de noyaux ronds. Dans un cas de gomme ancienne je n'ai trouvé que des éléments altérés
(1) Les planches de l'Jconographie de Ricord et les nôtres fournissent des exemples de cette double altération.
et imformes, des granulations graisseuses abondantes et des cristaux de ma tière grasse (margarine). Ces productions passent par les diverses phases qu subit toute tumeur gommeuse, et la dégénérescence r'egressive y este général d'autant plus avancée qu'on examine des parties plus centrales, doi la possibilité, dans certains cas, de distinguer dans ces tumeurs trois zones distinctes par le degré d’altération des éléments. | S'il arrive qu'un seul testicule soit lésé, plus souvent que dans Loute autre maladie les deux organes sont simultanément affectés. Le corps du testicule est le siége de prédilection de l’altération, mais dans quelque cas pourtant l’épididyme et le cordon peuvent être atteints. Un homm présente à l’âge de trente-deux ans une tumeur du testicule gauche qu l’on ouvre à l’aide du bistouri, mais qui guérit ensuite sous l'influence de l’iodure de potassium. Huit ans plus tard, le testicule est de nouveau affecté, et lorsque ce malade se présente à moi le 13 Juin 1867, cet organe a le volume du poing d’un adulte, il forme une masse dont une partie située en haut et à droite est plus molle, c’est le corps du testicule, tandis que l’autre partie, bosselée, ferme, d’une dureté partout égale et très-grande, est constituée par l'épididyme et la portion adjacente du testicule. Le cordon forme une baguette rigide du volume du pouce, renflée en ‘plusieurs endroits, et dont l’un des renflements, situé près de l’arcade de Fallope, a le volume d’un gros marron. Le! malade rapporte que cette lésion a commencé à se développer il y a cinq ans, et que pendant environ une année elle a été le siége d’élancements : il ne sait pas exactement à quelle époque il a eu un chancre, mais il se souvient d’avoir été soumis à un traitement ioduré. Le testicule droit est intact; une cicatrice ancienne se voit sur le scrotum. Santé générale bonne, pourtant | céphalée habituelle, insomnie, maigreur. J'administre l’iodure de potassium et, le 1% juillet, je porte la dose du médicament à 2 grammes par jour. Le 13 août, après deux mois de traitement, la santé générale est parfaite, la céphalée a depuis longtemps disparu, le testicule se dégage de l’épididyme dont le volume est diminué de près de moitié. Le cordon est moins volumineux, mais tou jours dur et ferme. Le traitement ayant été délaissé pendant les mois d'octobre et de novembre, l’état local du malade resta stationnaire. Repris dans le mois de décembre, le traitement ioduré, cette fois à la dose de 3 grammes par jour, ‘amène au bout de vingt jours une diminution dans la tumeur ; le 8 janvier, cette diminution est plus marquée, et le 22, J'ai tout lieu de compter sur une guérison prochaine et définitive. Effectivement, le testicule est entièrement dégagé de l’épididyme, qui conserve encore une partie de sa dureté, mais qui à au plus le volume d’un marron. Le cordon, assez souple, est réduit au volume d’un manche de plume à écrire; ses renflements, à l'exception d’un seul, sont inappréciables. Quant à la santé générale, elle est des meilleures. Depuis lors j'ai eu l'occasion de revoir ce malade, il se portait bien et conservait fort peu de chose de son état local. Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître que les faits de ce genre sont exceptionnels, et que Ja prédilection des tumeurs gommeuses pour le corps des testicules constitue un caractère important et très-propre à différencier ces lésions de l'affection tuberculeuse, | qui se développe primitivement dans l'épaisseur de l’épididyme, et s’accompagne, le plus souvent, de tubercules miliaires et erisâtres du corps de
‘organe. L'évolution des produits syphilitique et tubereuleux n'est d’ailkeurs pas identique ; le tubercule se ramollit plus rapidement que la xomme, :l enflamme les tissus voisins, adhère à la peau et devient le jége de trajets fistuleux plus ou moins nombreux. Le sarcome est une sroduction anatomiquement diflérente de la tumeur gommeuse, par Île voume de ses éléments constituants et par sa riche vascularisation. Le carcijome, formé de cellules épithéliales, se sépare nettement de toute production syphilitique. |
L'observation suivante, dans laquelle les testicules, plus volumineux qu'à l'état normal, sont presque entièrement constitués par une substance jaunatre homogène quelque peu analogue au jaune de l'œuf bien cuit, est un exemple frappant des graves désordres que peut produire l’altération gommeuse. Â peine, en eflet, trouve-t-0n à la périphérie de cette altération à surface irr'égulière et déprimée quelques vestiges de la tunique albuginée ; cette membrane, qui a subi une transformation identique à celle du reste de l'organe, n'est en aucune façon distincte.
Accidents syphilitiques traités à l'Hôpital du Midi, gommes et ulcères de la jambe; sarcocéle syphilitique; cachexie et mort. — Gommes multiples du foie; lésions des ganglions viscéraux, orchite diffuse et gommeuse.
Ors. XXV. — D.., âgé de quarante-quaire ans, tailleur d’habits, longtemps traité à l'Hôpital du Midi, dans le service de M. Cullerier, pour une maladie syphilitique, entrait le 5 avril 1862 à l'hôpital de la Pitié, dans le service de M. Michon. Cest un homme d’une taille élevée, mais très-amaigri, qui offre toutes les apparences d'un état cachectique avancé, savoir : décoloration ef teinte jaunâtre des téguments, œdème des membres inférieurs, mollesse et flaccidité des tissus, appétit presque nul et diarrhée. Il est d’une faiblesse excessive, et il demande plutôt à reprendre ses forces qu’à se faire traiter d’une large ulcération d'aspect gangrémeux qu'il porte à la partie antérieure et inférieure de la jambe droite, et qui \paraît avoir pour origine une gomme ancienne et ramollie. La faiblesse de ce malade croissant de plus en plus, il succombe au bout de quelques jours (25 avril) dans le marasme le plus complet, sans avoir présenté d'autres symptômes que ceux qui viennent d'être rappelés.
Autopsie, — Les cheveux sont en grande partie conservés ; plusieurs dents sont cariées ; la couche épidermique est partout mince el légèrement desquammée ; üne large ulcération (0",50 de diamèt.} sanieuse et verdâtre, un peu foncée, existe à la partie inférieure de la jambe droite. Le gland offre à sa partie anté- Heure et inférieure une perte de substance et une cicatrice qui a amené un hypospadias. On constate en outre quelques cicatrices blanches et irrégulières de la peau à la région antérieure de la poitrine et plusieurs croûtes d'ecthyma sur l'épaule droite. Le cerveau est sain, mais pâle et décoloré. L'arachnoïde, épaissie, grisâtre au niveau du bulbe, adk$re intimement à la substance nerveuse. Néomembrane de peu d'étendue à la surface interne de la dure-mère, au vOismase de Ja faux du cerveau. Les os sont infacis.
Le péricarde renferme une petite quantité de sérosité. Le cœur, large et mou, se trouve recouvert d'une légère couche de graïsse et d'une plaque blanche laiteuse: il est parsemé de quelques taches ecchymotiques. Les valvules du cœur sont un peu épaissies; le tissu musculaire n’est pas altére. Taches vineuses ecchymotiques nombreuses à la surface des plèvres et plus particulièrement de la plèvre diaphragmatique. Absence d’adhérences, mais épanchement peu abondant et séro-sanguinolent dans la cavité pleurale gauche. Adhérences nombreuses du
poumon droit avec la paroi thoracique, intégrité de l'organe. Le poumon gauch est, au niveau de son bord postérieur, le siége d une induratien prunûtré (pneu monie avec infiltration sanguine). Le foie, augmenté de vole déborde le rebôr des fausses côtes, son diamètre antéro-postérieur est de s ,22, le transversal est d 0®,32. Cet organe adhère en plusieurs points avec les parties voisines, et plus parti culièrement avec le diaphragme, à l’aide de fausses membranes allongées et blan châtres. Au niveau de chacune des adhérences il existe, soit une dépression plus ou moins profonde et comblée en partie par du tissu fibreux, soit une petite tumetn
Fig. 3. — Hépatite gommeuse (2 du volume) (fig. tirée de notre Atlas d’anat. path.).
arrondie, blanchâtre, du volume d’un gros pois ou d’une noisette. La plupart des dépressions sont étoilées de trois branches, et les lèvres qui limitent la perte de substance sont réunies par de fins tractus de tissu conjonctif. Les tumeurs que l’on remarque à la surface du foie sont enveloppées d’un tissu fibreux blanchâtre ét
légèrement saillantes (voyez fig. 3). Assez abondantes et régulièrement disséminées à la surface convexe du foie, ces tumeurs sont beaucoup plus rares à la face concave de cet organe. On en rencontre plusieurs au niveau du bord droit; l’une d’elles donne lieu à une échancrure manifeste de ce bord. Une trame fibreuse au set
de laquelle se rencontrent des noyaux et des cellules arrondies, atrophiées, de nom= breuses granulations graisseuses et quelques cristaux de cholestérine, telle est la constitution de ces tumeurs. Le tissu grisâtre circonvoisin contient simplement des
cellules arrondies ou elliptiques et des fibres de tissu connectif (Voy. pl. I, fig. 5, 5% et 5” ), Les cellules hépatiques voisines sont remplies de graisse et déformées ; maïs
celles qui sont situées dans le reste de l'étendue du foie sont à peu près noï-
males, Les dépôts syphilitiques sont, pour la plupart, développés au pourtour d’un
canalicule biliaire, car leur centre présente une tache jaune ou verdâtre, due à la présence de la matière colorante de la bile. Leur coloration est blanchâtre, leur consistance est assez ferme ; quelques-uns d’entre eux, plus mous, sont en. méme temps plus jaunâtres. Après une section de l'organe, on aperçoit plusieurs points grisâtres vers lesquels convergent des sillons fibreux ; de sorte que le tissu rétractile que nous avons vu, à la surface de l'organe, enveloppant les tumeurs
s0mmeuses, se retrouve à l’intérieur et semble ainsi indiquer l'existence de tumeurs anciennes résorbées. La coloration du parenchyme hépatique est jaunâtre, ce qui tient aux nombreuses granulations graisseuses que renferment les cellules propres du foie. Dans plusieurs endroits où il n'existe pas de tumeurs, on trouve néan-
NOSOGRAPH:E. 9295
moins quelques canalicules dilatés, dont les parois épaissies renferment une matière colorante verdâtre.
nn. Aa a SE si AE LA APEE laiteuses. Les ganglions le : ) Touge grisatre ou vineux, plus mous qu'à l'état normal et sans aucun doute altérés. Les reins sont pâles et décolorés, mais d'ailleurs sains, La vessie n'est pas altérée. Le tube digestif est intact, à part une ulcération de petite étendue, mais profonde, qui se rencontre sur la muqueuse à l'union de l'S iliaque el du rectum.
Les deux testicules sont altérés. Le gauche est augmenté de volume, la sensation qu'il fournit est celle d’un corps piriforme ferme, légèrement irrégulier, partout également résistant, Le droit, dont le volume est peu modifié, donne la sensation de points indurés et élastiques qui paraissent avoir pour siége la tunique albuginée. À gauche, le feuillet viscéral, la tunique fibreuse ou albuginée, et la substance testiculaire sont confondus entre eux et forment une masse jaune élastique peu friable et d’une consistance uniforme ; cette masse, du volume d’un gros œuf de poule, présente quelques bosselures à sa face antérieure, elle est uniquement constituée par un produit nouveau, sans canalicules spermatiques. Toutefois, au voisinage de l’épididyme, la tunique albuginée se distingue encore de la substance sous-jacente ; la tunique vaginale s’y trouve épaissie, doublée d’une fausse membrane vasculaire ; absence de liquide épanché. La substance,'assez analogue à un jaune d'œuf bien cuit, qui remplace le testicule est composée d’une matière fibroide, de noyaux et de cellules parsemées de granulations. On y trouve de nombreux amas de cristaux de graisse (margarine) et d'abondantes granulations graisseuses, Lorsque, par la dissection, on arrive à droite sur le feuillet pariétal de là tunique vaginale, on remarque la présence d’une vascularisation et un épaississement dû en partie aux adhérences qui unissent les deux feuillets. Ges adhérences sont nombreuses, et entre elles se trouve épanchée une petite quantité de sérosité. La tunique albuginée est épaissie aussi bien que les cloisons qui en émanent ; par-ci par-là, on aperçoit de petites tumeurs blanchâtres plus ou moins molles; la substance testiculaire présente des stries jaunâtres, disposées suivant la direction des canalicules spermatiques ; un grand nombre de ces derniers renferment des cellules épithéliales altérées et des granulations graisseuses. Dans les parties molles et jaunâtres, les gouttes d'huile et les granulations graisseuses sont abondantes ; on trouve même des cristaux de cholestérine (pl. H, fig. 8 et fig. 8”). à
Sans parler ici de Paltération du foie, sur laquelle nous aurons à revenir, il Va lieu de penser que c’est dans les cas de ce genre et à la suite de l’envahissement de la tunique vaginale par le produit gommeux que l’on voit naître ces fongus syphilitiques du testicule qui naguère ont fixé l'attention des observateurs d'une facon plus particulière. On conçoit en ellet que ce produit, venant à se ramollir, puisse enflammer, ulcérer et même perforer le scrotum, d’où son issue au dehors et l'accident décrit sous le nom de fongus. Ge mécanisme ne diffère en rien de celui que nous avons signalé à propos des gommes du tissu cellulaire sous-cutané. C’est à tort qu’on a voulu faire provenir cet accident d’une suppuration du produit syphilitique. Il est bien évident qu'en Pareil cas les éléments glandulaires qui ont pu rester intacts, faisant hernie avec le dépôt gommeux, ne tardent pas à s’altérer, el que l'organe est toujours gravement compromis.
Étude symptomatique. — Les manifestations syphilitiques des testicules (orchites diffuse et circonscrite) ont un début insidieux ; le malade ne s’aper-
coit souvent de leur présence que par hasard ou par la gêne que détermine
, LANCEREAUX. — Syphilis, 2€ édit. Ca
PA
l'augmentation du volume de l'organe malade. Celui-ci s'accroît peu à peu, il devient plus lourd, dur, ferme à la palpation ; 1l est inégal et bosselé lorsque des gommes ont leur siége à sa surface ou que des fausses membranes épaisses occupent la tunique vaginale. Dans ces conditions, un certain degré de tiraillement exercé sur le cordon produit quelquefois des douleurs lombaires ou abdominales, et, suivant A. Cooper, le testicule lui-même serait parfois le siége d’une douleur peu intense s’exaspérant la nuit.
La sensibilité à la pression, si tant est qu’elle soit accrue au début, s’affaiblit avec la progression du mal, et le testicule peut devenir complétement indolore” Les bourses conservent leur coloration et leur souplesse, excepté dans les cas: rares de fongus ; le cordon et l’épididyme, le plus souvent intacts, sont enchàs® sés, le dernier du moins, dans la masse du testicule. Après un certain temps, l'or gane affecté constitue une masse piriforme, très-dure, relativement lourde, lisse ou parsemée de petites inégalités ; dans l’un de nos cas, il donnait la sensation d’une agglomération de tumeurs volumineuses, bosselées, arrondies et élas tiques ; d’autres fois, il est comme enveloppé d’une coque ferme et résistantes ce sont là autant de différences dont l'anatomie pathologique rend parfais tement compte. L’hydrocèle, symptôme assez ordinaire du début de l’affee” tion, est peu volumineuse, et la sérosité qui la constitue ne tarde pas à être résorbée quand les fausses membranes sont organisées. Contrairement à l'opinion de Gurling, nos faits prouvent que les deux testicules participent lé plus souvent à cette altération, que leur affection soit simultanée ou suc» cessive.
Les désirs vénériens sont faibles où nuls. Les fonctions génératrices perdent peu à peu de leur énergie ; l'érection devient de plus en plus difficile ; la sécré= tion du sperme diminue, elle peut cesser complétement, si les deux testicules sont lésés, et de là l'impuissance et l’infécondité si fréquemment liées à l’exis= tence de lorchite syphilitique. Il suffit toutefois que l’un des organes resté sain pour que, suivant la judicieuse remarque de Gosselin, il n'y ait aucun trouble appréciable des fonctions génératrices.
Le fongus consécutif à l’orchite syphilitique se présente sous formé d’une tumeur, en général régulière, d’une consistance partout égale, ayant: assez l’aspect d'un chapeau de champignon. La surface de cette tumeur est granuleuse, elle sécrète un pus louable et de bonne nature. La peau qui la cir= conscrit est libre et intacte, les ganglions inguinaux correspondants sont sains.
L'orchite syphilitique tertiaire se manifeste tardivement, deux, trois cinq, ou même dix ans après l'accident primitif, et simultanément avec. les affections des viscères. ‘C’est une affection toujours lente dans son évo= lution, et d’une durée qui parfois dépasse une année, subissant des phases diverses dont le dernier terme peut être la transformation fibreuse et l’atro” phie de l’organe malade. La transformation calcaire de cette altération, quoique possible, ne repose sur aucun fait avéré. Quant à la suppuratlOn, tout porte à croire que le testicule syphilitique n'y est pas plus sujet que les autres organes. Cette opinion, qui est celle du professeur Gosselin, de Ricord et la nôtre, a l'avantage de reposer sur des faits nombreux. Là destruction du testicule est loin d’être un phénomène constant, et Curling:
pense que l’orchite syphilitique guérit habituellement. En tout cas, il peut y avoir conservation de la fonction lorsqu'on fait interv » J K A . : À dire avant l'atrophie Gornpiète des canalicules Spermatiques, un traitement approprié. Gosselin a pu s'assurer que le Sperme arrivait alors à recouvrer ses qualités normales. Les gommes des testicules, quand elles ne sont pas trèsvolumineuses, finissent par se résoudre, laissant à leur suite une destruction plus ou moins profonde ; quelquefois leur ramollissement rapide donne lieu à des foyers qui ulcèrent les parties voisines, et de là un fongus simple,
comme le démontrent les observations de Rollet, de Gosselin et de plusieurs autres observateurs.
enir assez tôt, c’est-à-
Diagnostic. — Les affections avec lesquelles il est possible de confondre le sarcocèle syphilitique sont nombreuses. L'orchite blennorrhagique et toutes celles qui ont le canal de l’urèthre pour point de départ s’en distinguent par ce fait qu’elles sont précédées d’une uréthrite et qu’elles commencent par l'altéraon du cordon spermatique et de l’épididyme. L’orchite aiguë spontanée ou traumatique se reconnait à une douleur vive avec gonflement du testicule et rougeur des bourses. L'orchitechronique non spécifique est plus difficilement séparable ; mais 1l y a lieu de croire que les faits qui ont servi à édifier cette dernière affection sont pour la plupart sous la dépendance d’une infection Syphilitique méconnue. Quoi qu’il en soit, la tendance à affecter les deux testicules, la résistance à la suppuration, une infection syphilitique préalable, telles sont.les circonstances qui plaident en faveur du sarcocèle syphi-
ltique. Des douleurs lancinantes, un accroissement rapide, des bosselures saillantes et irrégulières qui ne tardent pas à se ramollir, l’altération consécutive des bourses et des ganglions lombaires, c’est en quoi consistent les signes qui caractérisent le carcinome des testicules, et qui le différencient de l’orchite syphilitique. L’orchite tuberculeuse débute par lépididyme, elle n’envahit pas le corps entier de la glande, adhère bientôt aux bourses, et modifie l’état normal du scrotum de façon à produire en dernier lieu des abcès suivis de trajets fistuleux, ce qui n’arrive pas dans le sarcocèle syphilitique. De plus l’hydrocèle est très-rare dans l'affection tuberculeuse, qui du reste est le plus souvent accompagnée d’une lésion analogue de la prostate et des vésicules séminales.
Considérée en elle-même, l'affection syphilitique du testicule n’est pas dangereuse, puisqu'elle ne compromet en rien l'existence de l'individu et quelle cède le plus souvent à un traitement approprié. Dans quelques Cas, pourtant, elle présente un certain degré de gravité en raison de sa longue durée, de la possibilité d’une transformation fibreuse ou calcaire et de la destruction des éléments sécréteurs, conditions dans lesquelles les fonctions génératrices se trouvent pour toujours abolies. Comme la plupart des affections syphilitiques, l’orchite est sujette à récidives, tant que la substance glandulaire n’est pas entièrement transformée.
AFFECTIONS SYPHILITIQUES DES CANAUX DÉFÉRENTS, DES VÉSICULES SÉMINALES ET DE LA PROSTATE.
Ces différentes parties subissent rarement les atteintes de la syphilis; nous savons que dans l’orchite syphilitique le cordon spermatique est presque tons jours intact, et que cet état d'intégrité est même un signe diagnostique. Ce canal, néanmoins, est quelquefois lésé par extension de l’altération du testicule (voy. p. 222); c’est par exception qu'il est primitivement affecté. Verneuil a vu une tumeur gommeuse du cordon, qui, au moment de son plus grand développement, formait une masse morbide du volume des deux poings. Dure, lardacée, remontant jusque dans la fosse iliaque, cette masse, qui était le siége de dous leurs sourdesavecexacerbation, avait été prise tout d’abord pour un cancer. Une production pareille occupait la paroi antérieure de l'oreillette droite (1). Il existe plusieurs observations de tumeurs syphilitiques inguinales (Ricord, Sarrhos, Azam), et j'ai eu moi-même l’occasion d'en voir un cas ; mais rien ne prouve que le cordon participât à ces altérations et surtout qu'il en füt le point de départ. |
Il n’est pas démontré que les vésicules séminales aient jamais été le siége de désordres syphilitiques. En est-il ainsi de la prostate ? Je ne le pense pas, en raison de l'existence, dans l’un des cas qui seront rapportés plus loin, d’une altération de cette glande, à laquelle il est difficile de ne pas attribuer une origine syphilitique. Il y a lieu de croire tout au moins que parmi les nombreuses tumeurs dont la prostate est le siége, quelques-unes pourraient bien provenir de la syphilis. J. L. Petit (2) se montrait déjà le défenseur d’une opinion qui consiste à attribuer une influence syphilitique à un certain nombre de tumeurs prostatiques ; mais, de même que la plupart des auteurs qui l'ont précédé ou suivi (3), confondant la blennorrhagie avec la syphilis, il comprenait sous le nom d’engorgement syphilitique les altérations blennorrhagiques de la prostate. Cette remarque, faite par Béraud (4), nous paraît parfaitement exacte; l'erreur une fois signalée, il sera facile de faire à l'avenir, dans les affections prostatiques, la part de la syphilis et la part de la blennorrhagie.
$ 2. — Organes génitaux de la femme.
OVARITE SYPHILITIQUE.
Non moins importantes, mais moins fréquentes que les affections des testicules, les lésions svphilitiques des ovaires ont si peu fixé lattention des observateurs, qu'un grand nombre de médecins doutent de l'action possible de la syphilis sur ces organes. Astruc (5) parle cependant de tophus, de squirrhes et de tumeurs ovariennes ; mais ce qu’il dit à cet égard est telle-
(4) A. Verneuil, Bull. de la Société anat., 2° série, t, I, p. 12, 1856; et Dict, encyclop., t. II, p. 236.
(2) J. L. Petit, Œuvres complètes. Paris, 1844.
(3) Voyez André, Dissertation, etc., p. 46. — Swediaur, Loc. cit.
(4) Béraud, Des maladies de la prostate. Thèse de concours, Paris, 1857, L
(5) Astruc, loc. cit., t. IV, p. 103.
ment vague et entaché des théories de l’époque, qu'il n’est guère possible de tenir compte de ses indications. Après Astruc, le docteur Richet est peut-être le seul auteur qui fasse mention de ces altérations; parlant des tumeurs du sein, «on y rencontre de plus, dit-il, une variété de tumeurs qui survient sous l'influence de la diathèse syphilitique: c’est ce que j’appellerai la tumeur syphilitique du sein, analogue à celle de nom semblable qu'on trouve au testicule et dont j'ai recueilli quelques observations pour l'ovaire (1). » L'histoire des affections syphilitiques des ovaires reste donc à faire tout entière. La fréquence relative de ces lésions n’est nullement connue; mais, en raison de leur “structure fibreuse, les ovaires semblent particulièrement prédisposés aux manifestations de la syphilis. Celles de ces manifestations qui nous sont connues ont la plus grande analogie avec les lésions des testicules, et 1l y a lieu de leur reconnaître les mêmes formes anatomiques, diffuse et cireonscrite. La forme diffuse ou ovarite syphilitique n’a été vue par nous qu’à la période atrophique ; mais elle présente une telle ressemblance avec l'orchite syphilitique, qu'il est permis de croire qu'elle suit la même évolution, à savoir : au début, multiplication des éléments du tissu conjonctif et augmentation de volume de l'organe; plus tard, organisation ou développement complet de ces éléments, épaississement fibreux (2), induration; puis, rétraction et atrophie : c’est ce que paraissent indiquer plusieurs de nos faits où, chez des femmes non encore arrivées à l’état de la ménopause, nous avons trouvé des ovaires d'un volume ordinaire ou petit, mais entièrement fibreux, quelquefois parsemés de cicatrices et ne renfermant plus de vésicules de Graaf. La forme gommeuse de la syphilis ovarique présente la plus grande analogie avec lorchite gommeuse, comme le prouve la figure 6 de la planche I, que nous devons à l'obligeance du professeur Richet. L'ovaire, volumineux, contient une masse molle, sèche, jaunâtre, qui trahit parfaitement son origine spécifique. Un cas communiqué par Lécorché à la Société de biologie (3) donne lieu de penser que ces productions sont susceptibles de se calcifier. « À la surface de la coque fibreuse de chaque ovaire, on aperçoit, dit notre collègue, des dépôts calcaires nombreux qui font effervescence avec l'acide azotique et qui se sont formés sans doute sous l'influence d’inflammations fréquentes et répétées. » Il s’agissait dans ce cas d’une femme atteinte de cachexie et présentant une svphilide papuleuse à la région frontale. On trouva dans les poumons trois masses qu'on crut tuberculeuses, mais que nous serions tenté de regarder plutôt comme des tumeurs gommeuses.
Les symptômes qui s'associent aux lésions dont il s’agit fixent peu l'attention; aussi, sans l'examen cadavérique, ces lésions passent-elles le plus souvent inaperçues. Une douleur sourde, obtuse, peu intense, semble constituer parfois le seul symptôme de la syphilis ovarique; mais un trouble plus
(1) Richet, Traité d'anatomie chirurgicale, p. 513, Paris, 1857. |
(2) Une fille de trente-trois ans, morte d'accidents syphilitiques, présentait ce genre altération. L'un des ovaires, plus volumineux, était le siége d’une induration blanche disposée par plaques, il était manifestement lésé dans sa plus grande étendue, et adhérait à la trompe et aux parties voisines. Le col de l'utérus était infléchi sur la partie antérieure du corps.
(3) Comptes rendus de cette Société, année 1856, et Gaz. méd., 743.
fréquent et très-difficile à constater, c’est l'abolition de la reproduction. L’anaphrodisie, la stérilité, sont en effet une conséquence nécessaire des désordres anatomiques que nous venons de signaler, pourvu toutefois que les deux ovaires soient affectés. En raison de leur siége, ces organes sont peu accessibles à nos moyens d'investigation ; mais on peut néanmoins constater, dans certains cas, une augmentation de leur volume manifeste à la palpation abdominale et au toucher vaginal combinés. Chez une malade âgée de quarante-trois ans que nous avons observée à l'Hôtel- Dieu, en 1859, il existait, en même temps que des douleurs ostéocopes du crâne, deux tumeurs du volume d’un œuf, situées à la région des ovaires et allongées suivant la direction du ligament large. L’iodure de potassium administré, dans l’hypothèse d’une affection syphilitique des ovaires, amena une diminution rapide de ces tumeurs, et après vingt jours de traitement, quand la malade demanda sa sortie, on put constater que l’une d'elles, celle du côté gauche, avait diminué ou disparu, car on ne la retrouvait plus à la palpation. Une chute faite sur l'abdomen, telle était, au dire de la malade, l’occasion du développement de ces productions. |
Le diagnostic de la syphilis ovarique est difficile; il repose, en dehors du trouble ou de l'abolition des fonctions génératrices, sur les antécédents morbides, la concomitance d'accidents syphilitiques, l’état cachectique, la présence de tumeurs dans les régions des ovaires, et la modification rapide qu'elles subissent ‘sous l'influence d’un traitement spécifique. Le pronostic est sans gravité au point de vue de l'individu ; mais envisagé au point de vue de l'espèce, il est beaucoup plus sérieux.
AFFECTIONS SYPHILITIQUES DES TROMPES UTÉRINES, DE L'UTÉRUS ET DU VAGIN:
BIBLIOGRAPHIE. — P. MaynarD, dans Luisini Aphrod., p. 392. — Gossezin, Archiv. générales de médecine, t. IT, p. 145, 1848. — Rogerr, Affections du col utérin. Thèse de concours, Paris, 1848, p. 37 et 38. — BErNurz, Des affections syphilitiques de l'utérus, Mémoire lu à la Société médicale des hôpitaux, 1855. — $. Rossienoz, Aperçu médical sur la maison de Saint-Lazare. Thèse de Paris, 1856. — Mac-Czin- TOOCK, Sur les tumeurs des lèvres, du clitoris et du vagin, Schmidt’s Jahrb., t. CXIX,
p. 56. — SiGmunn, Syphilis an dem Scheidentheile der Gebarmutter, Spital Zeitung, 8 et 9, 1863.
J'écrivais, dans ma première édition : Il n'est, à ma connaissance, aucun fait certain d’altération syphilitique des trompes utérines, pourtant on conçoit la possibilité d'action de la syphilis sur les conducteurs des ovules. Depuis lors, Bouchard et Lépine (1) ont trouvé, chez une femme atteinte de tumeurs gommeuses du foie et du cerveau, les trompes utérines augmentées de volume et contenant chacune trois gommes de Ja grosseur d’une noisette, molles et rougeûtres.
L'utérus est sujet à des manifestations syphilitiques diverses. Gosselin, Robert, Bernutz, Rossignol, etc., ont étudié avec soin l'accident primitif et les localisations syphilitiques secondaires du col utérin. Mais l'utérus peut-il,
(1) Gaz, méd. de Paris, 1866, p. 756,
comme la plupart des organes internes, subir l'influence de la syphilis tertiaire? Dans son fameux Traité des maladies vénériennes, Astruc n’oublie pas plus les affections de la matrice que celles des autres viscères, et, après avoir parlé des ulcères de l'utérus, il signale le squirrhe vénérien qui souvent dégénère en cancer et produit par degrés la douleur, les élancements, lulcération. Vraisemblablement le cancer de l’utérus est ici en cause, il est diffiile de songer à l’une de ces productions gommeuses communes dans d’autres viscères. Depuis Astruc, on s’est peu occupé des métropathies syphilitiques tertiaires. Whitehead (1) prétend que l'utérus peut devenir le siége de lésions spéciales dépendantes de la lues venerea. Ge sont : 1ol’hypertrophie, avec ou sans induration, occupant d’abord le segment inférieur de l'utérus, et s’étendant à une portion plus ou moins étendue ou à la totalité de cet organe ; 2 l'érythème, présentant une surface d'un rouge foncé, lisse ou parsemée d’élevures blanches, connues sous le nom d’hypertrophies folliculeuses ; 3° les excoriations : 4° les ulcérations aphtheuses ; 5° l’'endométrite; 6° les excroissances verruqueuses. Ces lésions, en admettant qu’on pût les rattacher à la syphilis, Ce qui n’est rien moins que prouvé, appartiendraient aux premières périodes plutôt qu’à la dernière; mais rien ne conduit à penser que la plupart d’entre elles dent une origine syphilitique, on pourrait même dire que c’est tout l'opposé.
Quelques faits portent cependant à soupçonner une lésion tertiaire de l’ütérus, si l’on s’en rapporte uniquement aux bons effets d'un traitement spécifique. Ainsi, dans deux cas rapportés lun par Duparcque (2), l’autre par Montanier (3), on vit survenir la disparition d'accidents utérins sous l’inuence d’un traitement ioduré. Mais il faut dire que ces faits très-imcomplets Sont loin d’être irréprochables, et que la lésion utérine n’a pas été constatée de visu: de sorte que les données touchant l’altération syphilitique de l'utérus sont des plus pauvres. Ne serait-il pas possible d'expliquer cette pénurie par la facilité qu’il y a de confondre ces altérations avec les lésions les plus ordi- Maires de lutérus, les tumeurs fibreuses en particulier? L'examen de la Malade et de toute la maladie doit être ici de la plus grande importance pour la détermination anatomique et clinique des affections en question. La Marche assez différente des lésions cancéreuses et des lésions syphilitiques finirait certainement par éclairer le diagnostic, s’il restait douteux.
Le vagin, rarement affecté dans les périodes primitive et secondaire, est encore moins fréquemment lésé dans la période tertiaire de la syphilis. Jusqu'ici, il est peu d’altérations de ce canal auxquelles il soit possible “attribuer sûrement une origine syphilitique. Le vagin, pourtant, peut être le siége de tumeurs gommeuses, d'ulcérations plus ou moins profondes, lesquelles, en se cicatrisant, sont susceptibles d'amener un rétrécis- “sement plus ou moins considérable. Si dans les travaux récents nous {rouvons peu de faits à l'appui de cette manière de voir, disons que l’on peut en rencontrer quelques-uns chez les anciens auteurs. Le cas suivant ne manque pas d'intérêt, malgré son ancienneté. « Mulierem etiam vidimus (dit
(1) Whitehead, De La transmission des parents aux enfants de quelques formes de maladies. Londres, 1857. Analyse dans Archives générales de médecine, t. I, p. 375, 1857.
(2) Duparcque, Maladies de la matrice, p. 133. Paris.
(3) Montanier, dans Gaz. des hôpitaux, 1862, p. 450.
Ant. Benivenius), cui morbus quem vulgo gallicum appellant, fofam vulvam eroserat, etincuria medici, quicquid erosum fuerat, oris invicem Junctis obcalluit. Indeque sola urina, et ea ex parvo quidem foramine reddebatur. Huic nos ( propterea quod callus 1pse altior esset, quam ut citra mortis diserimen incidi posse æstimaremus) consuluimus, ut incurata potius vivere, quam tanto se periculo exponere, vellet, (1). » Cette dernière lésion, qui peut mettre obstacle à l'ac=
couchement, est, comme celles qui portent sur l'utérus et les o aires, SUSCEpE üible de produire un symptôme déjà signalé par Astrue (2). Ce symptôme, de causes multiples, est la stérilité que lon observe d’une façon malheureusement trop fréquente dans le cours de la syphilis ; il en est un autre qu'il n’est pas moins Important de connaître, c’est l'avortement: mais ce dernier effet dé la syphilis, le plus souvent inhérent au fœtus, quelquefois aussi à une lésion du placenta ou de la matrice, nous occupera plus loin.
$ 3. — Organes urinaires dans les deux sexes.
AFFECTIONS SYPHILITIQUES DU CANAL DE L'URÈTHRE, DE LA VESSIE ET DES URETÈRES:
Une certaine,analogie de structure conduit à penser que le canal de l’urèthre peut être le siége d’altérations syphilitiques analogues à celles que l’on observe dans le conduit trachéen ou dans le canal digestif. L'observation, suivant quelques auteurs, serait venue confirmer les prévisions de l'esprit, en montrant dans les canaux urinaires et dans les conduits aériens des désors dres anatomiques assez semblables. |
« Les ulcérations et les cicatrices du canal de l’urèthre sont très-bien connues, dit Virchow, elles ont exactement le même caractère que celles du larynx ; j'ai rencontré quelquefois ces lésions dans l’urèthre de la femme, et j'ai décrit avec détail (3) le cas d’une personne chez laquelle ulcération s’était étendue jusqu'à la vessie et était cicatrisée. » Nos faits ne nous permettent malheureusement ni de Confirmer, ni d’infirmer les assertions du professeur de Berlin : mais nous ne pouvons nous dissimuler que l'étude des lésions syphilitiques tertiai= res de la membrane muqueuse et du tissu sous-muqueux du canal de l’urèthre exige des recherches plus complètes. Relativement aux altérations des corps caverneux, nous possédons des données un peu plus étendues. « Quelquelois, dit Ricord (4), chez un malade à la troisième période de la vérole, il arrive qu'un petit point dur se manifeste dans les COrps caverneux de la verge ou dans l’un d’eux. Un jour, sans avoir été averti par aucune douleur, par aucun phénomène appréciable, le malade sent, dans l’épaisseur de la verge, une petite dureté de la erosseur d’un grain de millet. Peu à peu cette dureté: augmente de volume, va progressant, soit d’un seul, soit des deux côtés à là lois, sans occuper un point des corps caverneux de préférence à tout autre : ainsi, On la trouve aussi bien en dessous qu'en dessus ou latéralement. La
(1) De abditis Morbor. causis, obs. XXXI, p. 235, et Aphrodis. de Gruner, p. 85. : n re Traité des maladies vénérienne;, t, IV, p. 45 et 104: ) VITCNOW, Wärzburger Verhandtun ol. I méd., 1868, p. 269, L PR M te me (4) Ricord, Induration Syphililique du co tique (Gaz. méd., 1841, p. 136.)
— Comparez H, Veale, Gaz.
PS Caverneux et affection semblable de la scléro=
*aladie marche lentement, sans douleur aucune ; mais à mesure que l’indurabn fait des progrès, la verge commence à dévier de la ligne droite, et voici ce arrive : si l’on a affaire, par exemple, à une induration latérale d’un seul ps CAVCTNEUX le tissu érectile prend sa perméabilité dans le point imduré ; “ele malade ait une érection, le corps caverneux du côté sain se gonfle seul,
corps caverneux malade reste avec les dimensions qu’il présente à l’état de xccidité, et la verge décrit une ligne courbe à concavité latérale ; le malade résente une érection qu'on pourrait appeler imguino-crurale, l'extrémité de werge regardant le pli de laine. L'induration a-t-elle pour siége le dos de la erse, celle-ci se redresse pendant l'érection, et forme un arc de cercle à conivité supérieure, le gland venant rejoindre la symphyse du pubis. Nous avons bservé toutes les variétés de la maladie que nous décrivons, et nous avons vu ertains malades chez lesquels la verge décrivait un anneau complet. »
Les altérations syphilitiques de la vessie, si elles existent, ce qu’il y a tout eu de supposer, sont jusqu'ici fort peu connues. Follin (1) a présenté à la ociété de biologie la vessie d’une femme sur la muqueuse de laquelle il y wait une douzaine de petites tumeurs larges. comme une lentille, s’élevant un millimètre à la surface de la vessie et présentant une grande resémblance avec les tubercules muqueux qui se manifestent sur les grandes bvres de la vulve. La nature syphilitique de ces productions parut d'autant lus probable que la femme sur laquelle elles furent observées avait le voile du alais et la voûte palatine détruits par une affection vénérienne. Mais, outre que a ressemblance dont il est ici question ne suffit pas pour que l’on admette Origine syphilitique, les tubercules muqueux ne coexistent généralement as avec les affections tertiaires, telles que la perforation de la voûte palatine. Vous ne croyons pas davantage qu'il faille voir une lésion syphilitique dans in certain épaississement de la paroi vésicale noté dans l'observation VIT du Tavail de Virchow, pas plus que dans d’autres cas où il existe tout à la fois une alcération de l’urèthre et une cicatrice de la vessie. L’hypertrophie des parois ésicales, l'atrophie de ces mêmes parois, sont des lésions qui se trouvent encore dans un certain nombre d'observations ; mais il n’est nullement prouvé qu'elles reconnaissent la syphilis pour cause.
Les lésions syphilitiques des uretères et des bassinets sont à chercher, et bien qu'il v ait lieu de penser que certains cas d'hydronéphrose peuvent avoir üne cause syphilitique, il faut bien avouer que, jusqu'à ce jour, les faits manquent pour établir sûrement cette vue de l'espril. |